‹ Histoire romaineChapitre 7 sur 107 · CHAPITRE LXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIV

r&mCIPAT DB CLAUSE ; OOUYBHNBMBIIT DB8 AFFRANCHIS ;

SUCCÈS BXTÉRIBURS.

Au fou cruel succédait un tyran imbécîUe. Sénèque et Julien -l'Apostat se sont égayés à Tenvi sur ce stupide empereur, qui semblait en effet dépourvu de pensée aussi bien que de parole , et incapable de volonté. Une enfance toujours languissante, en affaiblissant son corps et son esprit, avait fait de ce misérable prince un objet d'aversion ou du moins de méprisante pitié pour sa famille. Sa mère Antonia l'appelait une ébauche, une dérision de la nature; Livie ne lui parlait presque jamais que du ton le plus dur. Auguste seul plaignait ce pauvre petit, et s'occupait de lui avec quelque attention. Il paraît même que le jeune Claude reçut des leçons de Tite-Live et y profita; il étudia le grec avec plaisir, et inventa trois lettres qui manquaient en effet à l'alphabet latin K II s'exerçait à la composition; em-

* Saët., Claitd.^ 4* t Catsaubon, Torrentiaft et Gnevius, th.; Tac, j4mn.^ I i-i 3 et i4* Une de ces trois lettres, le digarnina, F^ est restas en usage ; les deux autres sont incertaines.

^ HISTOIRB EOVAmB.

pcreur, il haranguait volontiers, citait souvent Homère, et il continua d'écrire. Il avait commencé une bistoire romaine à partir de la mort de César ; mais les reproches de sa mère et de Livie ne lui permettant pas de dire librement la vérité, il interrompit ce travail après le second livre, pour le reprendre à l'époque de l'établissement de Fempire. Outre cet ouvrage en quarante-un livres, il laissa encore des mémoires de sa vie , moins sensés qu'éléganls , et une défense de Cicéron contre Asinius Gallus , dans laquelle il y avait du savoir. Il écrivit enfin une histoire des Tyrrhénieijs et une autre des Carthaginois; c'est pourquoi il éleva un second musée , qu'il appela Claudien^ dans Alexandrie, et il régla que tous les ans on lirait alternativement, dans chacun des deux musées , une de ces deux histoires *.

Claude n'était donc point frappé d'une incurable ineptie; mais accoutumé à se voir le jouet des esclaves et des femmes du palais , il en contracta une extrême timidité , par où on le poussa facilement dans tous les vices. Il ne savait ni exiger ni résister ; les spectacles sanglants du cirque, et la débauche où ceux qui l'entouraient eurent soin de l'entretenir, le rendirent insensible jusqu'à la cruauté. Ses distractions et ses absences mentales s'accrurent ; il tomba dans une sorte d'abrutissement, d'où l'on ne voyait sortir que de loin en loin quelques lueurs de raison.

Il sentait lui-même sa faiblesse d'esprit, et, quand il fut empereur, il prolesta plusieurs fois qu'il avait simulé la sottise pour échapper à Caligula; il ne persuada personne, et il parut bientôt une satire sous ce titre : Exaltation des sots, où l'on soutenait que « personne ne feignait la sottise.» Claude, en effet, en donnait bien la preuve. Les commencements de sa puissance étaient bizarrement mêlés de bonnes intentions et de stupidités. Il refusa tout honneur ex-

» Su<Çt., Clatid.f 4»> 4* ; Casaub. cl Torrent., ib.

traordinaire, n^accepta le titre d'Auguste, ni pour sa femme Messaline , ni pour son fils Britannicus. Quoiqu'il n'osât pendant un mois aller au sénat , qu'on ne pût l'approcher sans être fouillé , et qu'il ne visitât jamais une personne malade sans faire examiner la chambre , le lit et les couvertures, il rappela les exilés, restitua les confiscations de Caligula , abolit les poursuites de majesté , punit sévèrement les délateurs , et promit avec serment de ne point employer la torture contre les personnes de condition libre, n ne décidait rien sans le sénat, et honorait publiquement les magistrats. Les approvisionnements furent entretenus avec soin ; un incendie ayant éclaté dans un quartier, il engagea le peuple à seconder les efforts des soldats et des esclaves , ne quitta pas la place lui-même durant deux nuits , et , tenant devant lui une grande somme d'argent , il promettait et donnait à chacun la récompense de sa peine. De grands travaux s'exécutèrent par ses ordres : le dessèchement du lac Fucin , dont les eaux devaient être conduites par un canal dans le Tibre, pour rendre ce fleuve plus navigable, et la construction d'un port en face d'Ostie (Porto). C'étaient deux projets de César. Le premier, qui occupa continuellement trente mille ouvriers pendant onze ans , ne réussit pas ; l'aqueduc de Caligula s'acheva , et fournit à Rome deux fraîches et abondantes fontaines d'eau claudienne. Une dérivation de l'Anio se distribua également, par un conduit en pierre, en plusieurs bassins magnifiques.

Le nouveau prince était aimé , tellement qu'un jour le bruit ayant couru à Rome qu'il avait été tué à Ostie , le peuple s'en prit aux sénateurs et aux soldats, les appelant parricides et traîtres, et une sédition s'élevait, si les magistrats n'eussent oflQciellement démenti cette nouvelle. Il n'est pas besoin de dire que les distributions et les spectacles de tous genres se renouvelèrent continuellement , m. b"

54 HISTOTM KOHAnfC.

sans quoi nul empereur ne pouvait plaire. Claude rem-" plaça dans le grand cirque les barrières de tuf et les bornes de bois par des barrières de marbre et des bornes dorées, avec des places fixes pour les sénateurs ; le jeu tioyen remis en usage y succédait aux courses de quadriges ; les cavaliers prétoriens , leurs tribuns et leur préfet , exécutaient les chasses. On y voyait aussi desThessaliens à cheval poursuivre des taui'eaux , puis , quand ces animaux étaient lassés, leur jeter par un mouvement rapide un filet sur la tête et un nœud aux cornes pour les abattre sur Farène. Claude venait aux jeux publics dès la pointe du jour; il y demeurait encore quand le peuple se retirait pour dîner, et il avait avec lui des ouvriers toujours prêts ^ outre ceux qui étaient de service , pour réparer les machines et les décorations au moindre accident ^

La personne même de Claude fournissait aux Romains un nouveau g^re de divertissement, qui dut contribuer à sa popularité. Il était rare qu'il fit raisonnablement les choses les plus raisonnables, 11 aimait à rendre la justice, il s'en acquittait avec zèle, souvent jusque dans les jours de fête; et, sans s'astreindre aux lois, il en modérait la rigueur ou Findulgence d'après le sentiment de l'équité naturelle. Il rendait action à ceux qui l'avaient perdue par une inexactitude de formule. S'il y avait fraude avérée, il outre^passait pour les coupables le châtiment légal. Une femme refusant de reconnaître son propre fils, comme les

> Dion, 60 ; Suët., Ciaud,t 38, 35, t», ill, I9|2«, ai, 34; ib.,GnÊw\itê,qiii ciie Arlémidorc d'après SaumaUe , et l'épiçramme suivante de Philippus :

OtTT*\int toijnrad rauftXâi^ttK X^çh «ir/y«r

Aju.piCit>.i7f oirtùJ'iitf irKsyfjtn /uiiTetn'iStaf. Anfùtctrùf J' i(>Nf kxhâLt Sl/aôlk Iv^uiruf âfAfAêi.

CLAUBl. 88

preuves manquaient, il ordonna qu'elle épouserait ce Jeune liomme, et Tobligea ainsi & avouer sa maternité. Mais les bizarreries les plus ridicules détruisaient tout Teffet des meilleures sentences, et, après un trait de sagesse ou de sagacité tout*à-*fait singulière, il décidait une autre affaire À la bâte, ou d'une manière absurde. U donnait ordinairement raison aui plaideurs qui se présentaient sans leurs adversaires. Dans une certaine cause, il écrivit sur sa ta* blette qu'il prononçait selon le sens de ceux qui avaient exposé la vérité. Une autre fois, on excusait Fabsence d'un témoin sans l'expliquer; enfin, ayant compris, à force de questions: « Il est mort, dit4l ; cela lui est permis, je pen« se. D II répétait à toute beure de la journée, et presque à tout moment, un de ces deux mots: « Me prends-tu pour « un Telegennittsî 9 ou bien : a Parle et ne touche pas. » Son seul aspect, son rire excessif, quand l'envie lui en prenait, ou ses emport^nenis grossiers, ses narines humides, ses lèvres bavantes, son bégaiement et le tremblottement de ses membres, achevaient d'ôter toute retenue envers lui. Les avocats abusaient de sa patience jusqu'à le rappeler quand il quittait son tribunal, jusqu'à le retenir par les franges de sa toge, et quelquefois même par le pied. Un vil Grec l'appela un jour publiquement vieil insensé; et un chevalier, poursuivi injustement, il est vrai, lui jeta au visage son mémoire et son poinçon ^

A tout pr^dre, un tel gouvernant eût encore mieux valu que Tibère et Caligula. Malheureusement ce n'était pas lui, ce n'était pas cet imbécille empereur qui gouvernait ; il ne savait qu'obéir à Messaline et aux nombreux affranchis qui l'entouraient. Les plus influents furent l'eunuque Po-

* SuéUt Claud,^ 14» i5,40) 3i ; Casaubon^Torrentiiis, Gronoviat et Graerius sur Suét., t^o \ Séoèc|., Apocoloquinto»ts$ifM*j êat»t 6-47S :

Et longam manantia Iftbra MlirAm.

tjQ HISTOmS ROHAINB.

8i(lès , qui déshonora les honneurs militaires en les recevant; un Harpocras, que les Romains voyaient traverser la ville en litière et célébrer des jeux * ; un Polybe, ancien précepteur de Claude, et qui marchait souvent entre les deux consuls; un Féhx, qui commanda les cohortes, administra la Judée, et devint le mari de trois reines ; son frère Pallas, intendant de l'empereur ; Narcisse, secrétaire , auxquels le sénat n'eut pas honte de décerner les insignes de la questure et de la préture. Ils s'adjoignirent volontiers Galliste, affranchi de Galigula, et qui avait conspiré contre lui, dans la crainte d'être dépouillé de sa fortune. « J'ai vu, ditSénèque, l'ancien maître de Galliste « demeurer longtemps debout à sa porte. Ce maître l'avait « vendu comme un esclave de rebut, et Galliste se vengeait « maintenant en le laissant attendre souvent en vain la « faveur d'être introduit. » Galliste, Narcisse et Pallas, plus riches que Grassus, s'entendaient surtout avec l'impératrice pour tenir Claude en tutelle , et , dès qu'ils sentirent son principat affermi , ils disposèrent absolument de sa personne et de toutes les affaires. Ils ne laissèrent plus approcher de lui que ceux qui avaient obtenu d'eux la bague d'or où était gravé son portrait. Ils n'en avaient pas d'ailleurs plus d'égards pour lui; ils s'en moquaient comme tous les autres.

Le misérable prince s'en apercevait bien, il s'en plaignait même risiblement. Un jour, en parlant au sénat pour une des femmes de sa mère, il assurait qu'elle l'avait toujours regardé comme son patron : « Ce que je dis , ajouta- « t-il, parce qu'il y en a encore dans ma maison qui ne me

• juT., Sai,, 3-34 1

Oiioiulam hi eornicîneSi et municipalis aren» IV'rpf tui comités , notaeqnc per oppida biiccae Muucri nuuc eduni.

« regardent pas comme leur patron. » Cependant il s'était tellement fait à sa dépendance , qu'il ne pouvait s'en passer, et quand, par hasard, il n'avait pas auprès de lui Tun d'eux ou Messaline, il ressemblait à un a vrai garde de tragédie , à un corps sans ame ; » il ne décidait et n'agissait que comme il leur plaisait ^

De cette époque commença donc le fléau des affranchis; jamais il n'y eut de domination plus vile et plus insolente. Cette détestable ligue de rapines , de dissolutions et de vengeances, distribua à son profit et à son caprice, par les ordres de Claude , qui le plus souvent même ne s'en doutait pas, les commandements, les dignités, les droits de cité, les sentences, les rescisions et les suppositions de testaments, l'impunité, les condamnations, les taxes et les supplices. A peine les deux sœurs de Caligula, Agrippine et Julie, eurent été rappelées de l'exil, que la jalousie de Messaline y renvoya Julie (41) , pour l'y faire périr peu de temps après ; Sénèque fut relégué aussi en Corse, comme comphce des désordres de cette jeune femme : aucune défense n'avait été accordée aux accusés.

Un ressentiment plus honteux encore de Messaline perdit App. Silanus, allié de la famille impériale. Elle et Narcisse dirent un matin à Claude , d'un air très-effrayé , qu'ils l'avaient vu en songe assassiné par Silanus. Celui-ci mandé d'avance par eux, se présentant dans ce moment môme^ Claude ne douta pas de son mauvais dessein, le fit tuer surle-champ (4â) , et rapporta au sénat cet heureux événement.

'Siiét., Claud»t a5, 98, 4<* ; Graeviiu sur Snëtone, a8 ; Tac, w^nit., 1 1-49 , 19-54 » Sénèq., left, 47f ^pocoloq,; Plin., 33-3, 10 ; Jos., Àntiq.jtul.f 19-1 ; Julien, Dialog.des Césars; Juv., Sat.j 1 4-3 14 :

Nec Crani fortuna unquam , nec pereica régna Siiffîcient nnimo , nec divitiae Narci»si Induisit Capsar cui Claudiiis omnia , cujus Paruit impcriis iixorem occiderejussus.

S8 HisTOiiB moHÀmi.

Lé8 grands comprirent ce qu^ils avaimt à craindra; ils poussèrent à la révolte Gamillus Scribonianus» un de ceux auxquels le sénat avait songé pour Télection impériale. Gamillus , qui commandait en Dalmatie , se déclara en e£Fet , et écrivit une lettre menaçante au stupide empereur , qui demandait déjà s'il devait abdiquer. Mais cette hardiesse venait trop tôt ; la famille d'Auguste possédait toujours Taffection des troupes; au bout de cinq jours, un mauvais présage sufiH pour tourner leurs armes contre ru8urpateur« Les affranchis , si heureusement délivrés d'une ruine im-* minente, poursuivirent les moindres indices de la conspi*' ration par des exécutions nombreuses* On n'épargna per« sonne ; au mépris des promesses de Claude , des citoyens et des sénateurs subirent la torture. Parmi les accusés parut Galesus , affranchi de Gamillus , et il parlait avec une grande liberté. Narcisse lui demandant ce qu'il aurait &it si son maître eût obtenu l'empire, il répondit : « Je me se* rais tenu derrière lui , et j'aurais gardé le silence* »

Les douleurs publiques étaient plus tristes encore par la famine qui se fit sentir alors et l'année suivante. Cette calamité se renouvela fréquemment pendant ce prmcipat, et l'avidité impitoyable de Messaline à tirer des contributions de tout n'augmentait pas peu les maux de la stérihté ^.

Qui croirait qu'un pareil gouvernement eût rendu à l'empire quelque mouvement au dehors et quelque gloire militaire? Claude, du moins , n'était point jaloux du mérite d'autrui , comme ses deux prédécesseurs, et les affranchis cherchaient à étendre leur influence sur les légions. Ils organisèrent plus régulièrement la cavalerie « ils établirent même une sorte de milice imaginaire, qu'ils appelaient surnuméraire, et qui jouissait du titre et de la solde sans service obligé*. Quoiqu'on n'en trouve le motif ni la durée,

* DioD, Go ; Suét., Clattd*, aS, 29, 35, S7, i8{ Sénèq., Apoooloq*

* Siiët., Claud.f a5.

il est évident, toutefois, qu*en inventant un avantage sous une forme militaire, ils croyaient honorer le métier des armes. Les ornements triomphaux s*accordaient très-facilement, et il y eut un exemple d'ovation. Les frontières d'Orient , déjà assez reculées, demeuraient tranquilles ; on ne changea rien de ce côté, si ce n*est qu'on rattacha par des générosités quelques petits princes aux intérêts de Rome. Agrippa , pour prix de son zèle , reçut une augmentation de territoire ; là Gomagène , la Gilicie et le Bosphore furent restitués ou maintenus en royaumes (41) ; les Lyciens, au contraire , à cause de leur turbulence , perdirent leur liberté et agrandirent la province de Pamphylie (45); la Thrace devint province à son tour , après la mort de Rhymétalcès (46). En Occident , le nom romain se relevait par Galba, qui battit les Cattes, et par Gabinius, qui eut le surnom de Caucicus pour avoir repris aux Gauques la dernière aigle romaine restée entre les mains des Barbares. Les succès allèrent plus loin , et procurèrent deux acquisitions importantes , au midi et au nord de l'empire.

Un des derniers caprices de Galigula avait soulevé la Mauritanie en mettant à mort Ptolémée, roi de cette contrée. Suéton. Paulinus châtia la révolte , s'avança par-delà l'Atlas jusqu'au Niger (4â) , et Glaude fit de cette conquête deux provinces, la Mauritanie Césarienne et la Mauritanie Tingitane. Il en donna l'administration à deux chevaliers ; et comme il n'est si pauvre esprit où la vanité ne trouve place , il se mit en fantaisie d'illustration guerrière. Il ordonna une expédition dans l'Ile de Bretagne, et cette conquête , que César avait seulement tentée , à laquelle Au^ guste crut prudent de renoncer, s'exécuta sous le plus inepte des empereurs. Plautius, qu'il en chargea, no voyant pas les légions de Germanie disposées à une entreprise si lointaine et si difficile, Narcisse vint les haranguer; et cette entremise ridicule , qui devait plutôt exciter leur résistan-

ce, les décida pourtant, mais par un effet tout contraire à ce que s'en promettait Taffranchi. Les soldats, regardant avec mépris cette « mascarade » de général , se moquèrent de lui, et, sans vouloir Técouter, crièrent qu'ils suivraient leur commandant. Plautius pénétra jusqu'à la Tamise (43). Claude voulut alors prendre part au succès : il alla voir capituler Camalodunum et plusieurs autres villes. Vespasien fit connaître dans cette campagne ses talents militaires. La flotte courut les côtes jusqu'aux Orcades.

Claude , au bout de seize jours , repassa en Gaule , où il prétendit abolir par un décret le culte des druides ; mais cette sanguinaire superstition n'en subsista pas moins. 11 revint par la Cisalpine , et , dans la joie de sa gloire , il donna le titre de roi et un accroissement d'États (44) au petit prince allié Cottius, qui tenait dans les Alpes le défilé de Segusio , d'où celte partie prit le nom d'Alpes Cottiennes (Pas-de-Suze , passage du Mont-Cenis). Il rentra dans Rome six mois après son départ , et triompha magnifiquement. Messaline suivait son char dans une voiture élégante (carpentum) ; venaient ensuite, à pied et en toge prétexte, tous ceux qui avaient obtenu à cette campagne les ornements triomphaux. Un Crassus Frugi, qui jouissait pour la seconde fois de cet honneur , était seul en toge brodée de palmes , sur un cheval caparaçonné. Des présidents de province eurent la permission de venir assister à ce spectacle , et plusieurs exilés furent rappelés. Le prince plaça sur le faîte du palais impérial une couronne navale avec une couronne civique , en mémoire de l'Océan franchi et dompté ; il prit le surnom de Britannicus , qui demeura spécialement à son fils, appelé auparavant Germanicus. Cette conquête ne fut pas moins durable que celle de la Mauritanie; aussi, en rappelant Plautius, lui accorda-t-il l'ovation (47) ; il alla au-devant de lui hors de la ville , el se tint à sa gauche pendant toute la cérémonie.

CLÀLDB*. 6!

Ostorius (oO) poussa vaillamment à son tour les progrès de la domination romaine en Bretagne, prit après une grande bataille Caractacus, roi des Silures, qu'il envoya captif à Rome, et établit des vétérans à Camalodunum , qui devint la colonie de la victoire (Colonia Victricensis) , Gomme si ce n'était point assez, les Chérusques demandèrent pour i^égner sur eux Italiens , né à Rome, et le dernier rejeton de leur race royale.

Domitius Corbulon , chargé du commandement en Germanie , était en même temps la terreur des légions et des ennemis. Il assujettit de nouveau les Frisons, et fit périr par trahison le roi des Cauques, qui avait trahi les Romains; mais cette peuplade, qu'il sollicitait à se soumettre, s'irrita, et le danger égal des revers ou des victoires, dont une guerre de Germanie semblait menacer, dans l'opinion, l'empire ou l'empereur, attira au guerrier trop hardi l'ordre de rentrer en deçà du Rhin. Se voyant ainsi en défiance au pouvoir, en mépris aux ennemis, en dérision aux alliés, il ne dit que ces mots : « Heureux autrefois les généraux romains l » et il donna le signal de la retraite. Pour ne pas laisser les soldats oisifs , il les occupa à creuser un canal entre la Meuse et le Rhin, de vingt-trois milles de longueur, lequel remédierait aux inondations de la mer. Il eut bientôt pour successeur Quint. Curlius Rufus, celui qu'on présume avoir écrit l'histoire d'Alexandre. Corbulon reçut néanmoins les ornements triomphaux. Mais comme partout, à son exemple, on imposait aux légions des travaux pénibles, une lettre fut composée et adressée à l'empereur au nom des armées, pour le prier, quand il donnerait un commande- Daent, d'accorder aussi d'avance les insignes du triomphe ^

» Suët., Claud,, a4, «5, 17, 27; Dion, 60; Joseph., Jntiq.Jud,, 19-4; Plin., 5-1 ; Pomp. Mêla, 3-6; Tac, Ann., 11-16, 18, iQi »»* »2, de 3i à 38, rit. ^$riv,j >^, 14; TiUemont, Claud.^ \^, i4*

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