III
62 HISTOIRB ROKÀINE.
Les révolulions nouvelles des Parthes, depuis la mort d'Artabaa (41), fournirent encore aux affranchis Toccasion de ressaisir FArméniQ, en y rétablissant Mithridate; ils faillirent même donner un roi aux Partbes. Du moins Claude reçut de ce peuple Tinsigne honneur d'une ambassade, et il leur envoya Méherdate, fils de Vonone, élevé à Home comme son père (49). Mais la suite ne répondit pas à une si haute intervention. Ce jeune prince, sans expérience, perdit une bataille et fut livré à son adversaire Gotarzès, qui , le traitant non comme un parent et un Arsacide, mais comme un étranger et un Romain, lui fit couper les oreilles, et le laissa vivre en témoignage de sa clémence et de Tinsuite faite au César.
L'Arménie, toutefois, n'était point reprise par le Partbe , et l'empire maintenait sa réputation avec assez d'éclat non loin de là, dans le Bosphore. Après en avoir chassé un allié infidèle (47), non-seulement on défendit contre lui son frère qui lui était substitué , on battit encore les peuplades du Caucase, qu'il voulut armer ; les légions ne s'arrêtèrent qu'à trois journées au-delà du Tanaïs, où le roi de ces Barbares demanda grâce en se prosternant devant l'image de l'empereur, et le rebelle expulsé se livra lui-même.
Il n'y avait d'autre avantage pour la grandeur romaine dans ces embarras de frontières, que de s'en dégager sîins perte; à peine y avait-elle réussi, et le Parthe insolent restait toujours impuni, lorsqu'elle se trouva gravement compromise en Arménie (SI). Mithridate, qui y régnait, succomba sous les horribles trahisons de son frère et dje son neveu, Pharasmane et Rhadamiste; un commandant romain avait trempé dans ces crimes. Les gouverneurs des provinces voisines laissèrent presque sans réclamation les Ibériens envahir ce royaume allié, l'un par corruption, l'autre par une politique non moins vile, estimant que ces querelles de Barbares les ruineraient mutuellement. La peur
GLAUHC. 6S
Ibt encore un inotif plus détenninant; car Vologèse, le second successeur de Gotarzès, survint, qui s'empara du pays et le doima à son frère Tiridate. Rhadamiste s*y rétablit Tannée suivante; une révolte y ramenant son rival, il fut contraint de s'enfuir en toute hâte, et son épouse Zénobie, alors enceinte, ne pouvant suivre à cheval la vitesse de sa course, pour qu'elle ne tombât pas au pouvoir de Tennemi, il la frappa de son épée et la jeta dans TAraxe. Sa blessure n'était pas mortelle; la malheureuse reine, secourue par des pâtres, fut menée à Tiridate, qui la traita généreusement. Le trône , repris et perdu tour à tour par les deux prétendants, demeura enfin au Parthe (54); 11 fut alors impossible aux Romains de ne pas intervenir, et la guerre, que de lâches gouverneurs avalent cru éviter, ne fut que plus difficile pour le principat suivant. (Tétait sans doute assez fait pour Claude , car il se donna vingt-sept fois en moins de dix ans le titre ùUmpêrator *.
Quoiqu'on eût pu agir d'une manière plus utile et plus honorable, toutefois ces succès d'une importance certaine, après plus de vingt ans d'inaction timide, témoignent de quekfue habileté dans le conseil des affranchis; on dirait même qu'ils ont essayé de relever au dedans la majesté im«périale par quelques actes imposants. Cette entreprise était plus difficile. Les jeux séculaires, célébrés sans raison (47) soixante-quatre ans après ceux d'Auguste, amusèrent un moment aux dépens du prince, auquel Vitellius souhaita de les célébrer souvent, et rappelèrent plus vivement la persécution de Messaline envers la seconde Agrippine. Lorsque le fils de celle-ci, le jeune L. Domitius, parut avec Britannicus dans le jeu iroyen, l'inclination du peuple fut manifeste pour le petit-fils et l'unique rejeton de Germanicus.
* Tac, j4nn,, 1 1 et la j Joseph., Àntiq.jwî,, aoo ; Dion, 60 ; Tllleinoni , C/«iu/,, 17, aa, »7.
On voulut ensuite renouveler le dénombrement, et remettre en honneur la censure; cette représentation d^une institution ruinée ne tourna qu'en moquerie et en abus nouveaux. Claude prit pour collègue, comme censeur, ce Vitellius, non moins connu pour sa débauche que pour son adulation, qui vénérait entre ses dieux lares les images de Narcisse et de Pallas, qui,* ayant sollicité une fois, comme une très-grande fonction, de déchausser les pieds de Messaline, portait constamment sous sa toge, depuis ce jour, un brodequin de Timpératrice , pour le baiser de temps en temps avec respect. L'opération fut digne de pareils censeurs : chacun, il est vrai , eut à rendre compte soi-même de sa conduite sans défenseur, et des sollicitations d'amis ayant obtenu de Claude qu'il ôtàt une note d'infamie infligée à un citoyen, « il n'est pas moins effacé, » ajouta-til ; mais il renvoya avec plus d'indulgence encore les gens les plus décriés pour leurs mœurs.
Malgré son zèle de sévérité et les enquêtes prescrites contre les matrones non mariées, contre les dissipateurs et les naissances incertaines , il ne put trouver de coupables par la négligence des inquisiteurs : les unes produisaient des maris, les autres des pères- et des possessions d'emprunt. Cette censure semblait agir avec autant de douceur envers les sénateurs, mais, dans la réalité, elle ne fut sévère que pour eux. Les avertir que chacun devait s'examiner soimême et avait le droit de quitter sa dignité, en proposant la démission comme une compensation des fautes, c'était contraindre les sénateurs diffamés à se démettre. De plus, la revue du sénat mit publiquement à découvert un mal qu'il eût été plus utile de cacher, l'avilissement et la ruine de l'aristocratie. Il ne restait plus que très-peu de familles patriciennes des premiers siècles; les nouveaux patriciens créés par César et par Auguste étaient même épuisés; Claude en fit de nouveaux. Il s'agissait aussi de compléter le sénat
après l'épuration, et ce môme prince, qui ne permettait pas aux étrangers de prendre des noms romains, qui avait puni du supplice Fusurpation du droit de cité, qui avait rayé de la liste des juges, et remis dans la condition étrangère, un Grec distingué, parce qu'il ne parlait pas latin, demanda un décret qui attribuât aux Gaulois le privilège de siéger dans la curie, et d'obtenir tous les honneurs de Rome. D harangua le sénat récalcitrant, pour prouver, par les exemples anciens, que cela n'avait rien d'extraordinaire, et que les Romains, qui avaient suhi les rois tusques, le joug des Samniteset une capitulation de la part des Gaulois, ne devaient pas être si ditliciles. Quand on montrait ainsi à la démocratie les suites de sa victoire , il servait peu de réprimander officiellement le peuple des insultes qu'il adressait aux grands dans les théâtres. Je ne sais si , des vingt édits qui signalèrent la censure de Claude , le plus convenable au temps n'était pas celui où il recommandait « de « bien enduire de poix les tonneaux, parce que la récolte « des vins était abondante. » Les Gaulois conservèrent gravé, à Lyon, le discours de Claude, comme leur titre le plus précieux; à Rome, au contraire, après la mort de l'empereur, on n'épargna pas les railleries et le mépris sur cette prodigalité politique *.
• Suët., Clauâ.y ai, 16, FitelL, 1 ; Tac, Ann.y ii-ii, a5, «3, «4» > 3; Dion, 60 ; Séoèq., AjuKcloq.; Tillemont, Claude, i5.