‹ Histoire romaineChapitre 70 sur 107 · LES FILS DG CONSTANTIN · texte numérisé non relu

LES FILS DG CONSTANTIN

des bandes légères de Sarrasins , quoiqu'il eût avec lui le prince Hormisdas , frère exilé de Sapor, et qu'il eût enfin rétabli le roi d'Arménie , chassé par ses sujets à l'instigation du roi perse.

La Mésopotamie subissait chaque année les ravages d'un ennemi dont il était aussi difficile de prévenir les agressions sur tant de points d'une si vaste frontière, que de le I)Oursuivre chez lui. Si les Perses ne pouvaient parvenir jusqu'à l'Euphrate , l'empire , réduit à la défensive , avait le désavantage et l'affront de voir ses forteresses prises et reprises, ses plus importantes places assiégées, huit combats inutiles. Une bataille générale à Singare était gagnée par les Romains (548), si leur témérité, les emportant, malgré Constance , à forcer le camp des Perses, ne les eût livrés à une surprise nocturne des vaincus ralliés ; le dé^ sastre fut effi'oyable, mais la perte à peu près égale des deux côtés. Sapor ne reparut qu'au bout de deux ans pour assiéger Nisibe. La ville avait déjà soutenu deux sièges, l'un de soixante -trois jours (538), l'autre de trois mois (547); elle se défendit une troisième fois avec le même courage et le même succès ; les ardentes prières et la fermeté de l'évéque Jacques rendaient les habitants invincibles. Les assiégeants excédés se retirèrent après cent jours d'efforts inouïs de part et d'autre (550). Une invasion des Massagètes rappelait en même temps Sapor, qui avait mieux espéré de cette campagne pendant l'éloignement forcé de Constance *.

Une révolution venait de changer la fece de l'Occident.

» Amm. Marcell., i4-3, i5-ii, i6-4; Thëodoret, a-a6 ; Socrat., 3-i5. Julien et Libaniiu, chargés du panégyrique officiel, n'ont tiré que des louanges de cette guerre pour Constance ; quand il ne fut plus , ils se dédommagèrent de celle bnssessc par une autre, en outrant la palinodie. Ils n'ont dit vrai ni à l'une ni à l'aulru époque : l'nmpirc ne brilla pas dans ce rtule débat, mais il faut bien que Siipor ait éprouvé de la résistance, puisqu'il n y gag )a ricu.

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Magnentius, amené captif de Gennanie, affranchi ensuite, et parvenu , de grade en grade, au commandement des Joviens et des Herculiens , conspira contre Constant avec Marcellinus, comte du trésor, et quelques autres. (Tétait un homme d'une grande force de corps , fourhe et superstitieux autant que hardi ; il prit la pourpre dans un festin des conjurés, l'argent lui donna Farmée. Constant trahi s'enfuit vers l'Espagne ; atteint à Helena * dans les Pyrénées, il Ait tué (590). Prince médiocre, adonné à la chasse, il avait trop de confiance dans ses intentions et dans celles d'autrui.

Constance apprit coup sur coup à Édesse l'usurpation de Magnence et celle du vieux Vétranion, que Constantine, veuve d'Annibaiien, voulait opposer au meurtrier de Constance. A Rome, un troisième parti se forma en faveur de Nepotianus, fils d'Eutropie, sœur de Constantin ; mais Marcellinus le renversa promptement : les cruautés qui suivirent ce succès marquaient la résolution d'anéantir la famille Flavienne. Constance cependant , arrivant inopinément sur Vétranion , hésitant à le combattre , consentit à le reconnaître, et, les deux armées réunies, il n'eut besoin que d'une harangue pour déposer son collègue ; il le traita bien , et lui assura une condition honorable en Bithynie. Vétranion lui écrivit souvent depuis, en le remerciant d'une vie si heureuse.

L'hiver suspendant la marche des troupes , et le bruit courant que Sapor recommençait les hostilités, l'empereur embarrassé eut^ alors l'idée de se choisir un second dans sa propre famille. Dès qu'il avait su ses deux cousins sauvés de la mort, il avait pris soin de ces orphehns, mêlant une précaution politique à cette espèce de réparation. II

I Depuis Saintc-Elne, fondée sur les mines d'IIliberis, en Thonneurde rimpdiairice IIlMciic, première femme de Constance-Chlore.

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nomma César Gallus, lui donna en mariage sa sœur Constantia, et le chargea de surveiller l'Orient (3oi). Magnence, de son côté, créait aussi César son frère Decentius pour la défense de la Gaule. Les deux rivaux se trouvèrent bientôt en présence à Mursa sur la Drave ; la défection du Frank Sylvanus>.qui se rangea au parti de Constance avec un corps de cavalerie, hâta la bataille. L'usurpateur, complètement défait , fatigua vainement la Gaule pour s'y soutenir encore quelque temps; un faible combat l'abattit sans ressources : il se tua lui-môme à Lyon après avoir tué tous les siens. Son frère, également défait par les Germains, n'eut plus d'autre moyen de se soustraire à la vengeance du vainqueur.

Cette vengeance n'en fut pas moins impitoyable pour tous les fauteurs de l'usurpation. Le moindre soupçon d'avoir servi ou connu Magnence entraînait la confiscation , la déportation ou la mort. Le secrétaire Paulus, surnommé Gatena , pour son habileté détestable à compliquer les procédures et les accusations , alla fureter des coupables jusqu'en Bretagne ; il réduisit le vicaire de la province à se tuer en le menaçant de le saisir comme complice, parce que cet officier s*opposait à ses iniquités, et il ramena dans les fers, pour une condamnation inévitable, une foule de suspects, dont le crime réel était la peur qu'avait le maître de perdre son pouvoir, et l'affreux intérêt des courtisans à profiter de cette faiblesse. Les jeux dispendieux donnés dans le cirque et le théâtre d'Arles pour la trentième année de son titre impérial, ne célébrèrent qu'une funèbre victoire et une tyrannie plus pesante. Le triomphe de l'arianisme s'y joignit.

Constance, à Mursa, avait à ses côtés l'évéque arien de cette ville , Valens , qui avait prétendu lui prophétiser le succès de la bataille; depuis ce moment, dévoué plus que jamais aux sectaires, il leur livrait tout l'Occident: «Brouil-

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« lant par une supefôlition de vieille femme Tunité et la « simplicité de la religion chrétienne, plus soigneux de « discuter et de ramener tout à son sens, que de pacifier, « il fomenta les dissensions par des querelles de mots, aa « point de fatiguer les relais publics à transporter çà et li « des troupes d'évêques aux synodes K » Gomme les plos savants et les plus pieux évêques demeuraient inébranlables, il les séparait violemment de leur troupeau , par des sentences d'exil ou de déposition. Les sectaires , par une astuce profonde, avaient réussi, dès Torigine, à détourner la question fondamentale en prenant à parti le cél^re Athanase, comme Tauteur de tout le trouble. Depuis le concile de Nicée, où, tout jeune encore, et simple diacre, il avait confondu leurs subtilités par sa pressante logique, ils n'avaient cessé de le persécuter. Maintenant patriarche d'Alexandrie, il les déconcertait seul plus que tous les autres, avec son invincible union au siège de Rome. II est curieux d'entendre Ammien rapporter les rumeurs continuelles qui , chargeant ce grand homme d'ambition politique et d'intrigues pernicieuses avec l'étranger, exaltaient en même temps « son habileté singulière dans la connaissance des destins et des présages ; car on disait qu'il avait plusieurs fois prédit les événements, d Le même historien résume toute la guerre arienne en peu de mots, que son indifférence païenne rend plus frappants: « £n outre, « on lui reprochait de s'éloigner du sens de la loi à la- « quelle il présidait. Liberius pensait comme lui, et, averti « par le prince de le déposer du siège épiscopal par sou 4( assentiment, quoique les autres eussent obéi , il refusait « constamment, s'écriant souvent que c'était le dernier « crime de condamner un homme sans l'avoir entendu; « et il repoussait ouvertement la décision impériale. Car

* Amm. Marccll., ai*iâ.

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