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CONSTANCE ET GALLUS

aux flatteries du rhéteur Libanius et des autres panégyristes, qui attribuaient à sa présence l'inaction des Perses ; il était surtout excité par une mégère mortelle^ Gonstantia, plus avide encore de richesses et de domination*. Après avoir vendu en secret les sentences, les deux époux suscitèrent eux-mêmes des accusations de conspiration, afin de confisquer; de vils espions de divers degrés, répandus dans Antioche , décidaient par leurs rapports de la fortune et de la vie des gens. Gallus lui-même courait déguisé la nuit dans les rues de la ville, a où la multitude des lumi- « naires imitait le jour ; » il entrait dans les tavernes, suivi de satellites travestis , s'informait en grec de ce qu'on pensait de lui ; il ne cessa que quand il se vit reconnu. Tout entier à cette vile tyrannie , il ne songeait ni aux brigandages des Isaures et des Sarrasins , ni aux incursions partielles des Perses, réduits à piller les caravanes de commerce, qui transportaient les denrées de l'Inde et de la Chine au grand marché annuel de Batné, non loin de l'Euphrate*.

L'inquiétude de Constance sur ces manières absolues , qui ressemblaient trop bien aux siennes, s'accrut bientôt par de nouveaux méfaits (354) , plus graves aux yeux d'un souverain. Gallus ayant voulu remédier à une disette par une baisse de prix, fit mourir les principaux curiales pour avoir réclamé, et désigna au mécontentement du peuple le gouverneur de Syrie, qui fut massacré. Constance dissimulant, lui retira des troupes sous divers prétextes, et lui dépêcha Domilien en qualité de préfet du prétoire. Cet officier suivit mal ses instructions, heurta de front le César, et, à la première entrevue, lui signifia brutalement qu'il avait ordre de l'emmener en Italie. Le prince, furieux

• Liban., De siia vif a ; A min. Marcdl., i^-i, », 6, 8, lo. » Amin. Marct'll., i4-3.

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de son opposition publique, envoya des gardes chez lui, sur quoi le vieux questeur Montius ayant osé dire qu'il fallait donc renverser les statues de Fempereur avant d'ôter la vie à un préfet, Gallus, hors de soi et grinçant les dents, lâcha d*autres satellites, qui saisirent les deux officiers et les traînèrent garrottés par la ville jusqu'à ce qu'ils eussent mis leurs corps en lambeaux. Ce ne furent pas 1^ seules exécutions.

Plus le coup était hardi, plus Constance s'étudia à cacher son ressentiment , pour éviter une dernière hardiesse de Gallus; mais ayant résolu sa perte , il le pressa par ses lettres de venir à Milan, afin de s'entendre avec lui sur des affaires importantes, et il témoignait un grand désir de voir Constantia. La princesse, agitée de crainte et d'espérance, se hâta de partir pour préparer la voie à son mari; elle mourut en route. Gallus , plus irrésolu par cet événement, n'osant tenter d'usurper l'empire, parce qu'il n'avait pas l'affection des peuples, céda enfin aux messages réitérés du souverain. On avait d'avance éloigné de son passage toutes les troupes. Arrivé dans le Noricum, il rencontra Barbation , qui lui ôta les insignes de César, et le mena prisonnier à Flanone près de Pola, en Istrie. Eusèbe, qui avait donné ce conseil , alla interroger lui-même le misérable prince , qui eut la tète tranchée. On mit à mort ensuite tous les ministres de ses tyrannies.

Gallus était à peine pris, que déjà l'agent Âpodemius, de toute la rapidité des relais , avait rapporté à son maître la chaussure de pourpre du César, comme s'il eût présoité les dépouilles d'un roi de Perse occis. Il n'y avait plus de doute, l'artifice avait réussi ; les courtisans « portaient aux nues » le courage, le mérite et le bonheur de Constance , et le pauvre empereur, enflé de ces flatteries, seul Auguste enfin, et désormais sans rival , se qualifiait lui-même d'^ ternité, de maUrç du monde, soit en dictant, soit en écri-

STLYàKUS. — URSICIKUS. i6 1

vant *. Il devenait plus dangereux de jour en jour d'avoir de la réputation et de la capacité indépendamment de la protection d'Eusèbe.

Les torts de Gallus, d'ailleurs inhabile, ne devaient rassurer personne ; un mérite et des services réels n'en paraissaient que plus redoutables. On ne laissa donc point en Orient le maître de la cavalerie, Ursicinus, père de plusieurs fils aimés des soldats, ainsi que lui, et dont on vantait trop les talents et les exploits pour ne pas lui supposer quelque dessein; on le rappela comme par honneur, sans lui ôter son titre. Il ne flatta personne ; Tabandon de ses anciens amis, qui se portaient vers les hommes en faveur, «comme les licteurs passent d'ordinaire aux fonctionnaires nouveaux, » l'avertissait du péril ; Arbétion, son collègue, qui lui donnait le plus d'éloges, travaillait surtout à le perdre. 11 était décidé qu'on tuerait Ursicinus pendant la nuit, sans jugement, loin de la présence des soldats, lorsque la résolution de l'empereur changea inopinément.

Ce fut le tour de Sylvanus , qui n'en sortit pas aussi heureusement. Maître de l'infanterie depuis la bataille de Mursa, et chargé de défendre la Gaule, où il tenait, à Cologne, les Barbares en respect, ce brave capitaine était trop utile pour ne pas exciter l'envie. Un vil subalterne du palais lui ayant demandé des lettres de recommandation, les elfaça pour substituer au-dessus de sa signature un texte de conspiration. Là-dessus, grande délibération en consistoire. Le Frank Malarik, commandant des troupes étrangères, se récria, et ofTrit d'aller chercher Sylvanus , qui se justifierait sans aucun doute; mais « il parlait aux vents. » Arbétion fit choisir Apodemius, qui, au lieu de remplir sa mission, s'entendit avec le comptable du fisc en Gaule pour vexer les amis de Sylvanus. Sur ces entrefaites , Malarik

' Amm. Marcell., i5*i.

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découvrit toute la trame avec la correspondance supposée que Ton continuait. Ni le faussaire, ni ses complices, puissamment protégés, ne furent punis ; Fun d*eux: devint même président de province. Malheureusement Sylvanusaussiani; connu cette odieuse intrigue, et, n*attendant point de justict d*une telle cour et d'un tel prince, il hésitait sMl ne se retirerait point ches les Franks; puis, craignant d*étre tué od livré par eux, il fit par désespoir ce qu'on lui avait feiissement imputé, et se déclara empereur, comme le seul moyen de sauver sa vie. Constance, fhippé comme d'un coup de foudre à cette nouvelle, tint consistoire la nuit; on ne savait à quoi s'arrêter; quelqu'un prononça à denii-voii le nom d'Ursicinus , et Ton décida aussitôt qu'on renverrait remplacer Sylvanus , dont on feindrait d'ignorer Tusurpation. Ursicinus partit avec dix des gardes protecteurs à son choix, parmi lesquels Ammien Marcellin, qui lui resta toujours très-attaché. Malgré sa dihgence, il arriva trop tard; on savait tout à Cologne ; il n'eut plus d'autre parti à prendre que de suivre en apparence le parti de Sylvanus, et de chercher une occasion de le faire périr. Il joua si bien son rôle de transfuge, qu'il eut bientôt sa confidence intime, et ses projets de venger tant de révoltantes iniquités : « Nous « en étions effrayés, dit l'historien, ainsi que des murmures « de l'armée , qui brûlait de franchir les Alpes. Dans cette « position critique, nous cherchions secrètement un eipéa dient pour exécuter notre dessein. Après bien des hési- « tations, il fut convenu qu'on gagnerait avec beaucoup <t d'adresse quelques hommes dont on s'assurerait parla « religion du serment; ensuite, qu'on persuaderait de c( môme, à force de récompenses, deux nombres, les moins <i fidèles à Sylvanus, les deux corps désignés sous les noms « de Braccati et de Cornuti. Alors, toutes les mesures fixées, « une troupe de soldats armés se précipite un matin dans « la demeure de Sylvanus, massacre ses gardes, et le pour-

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