‹ Histoire romaineChapitre 76 sur 107 · CHAPITRE CIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIL

COMMENCEMENTS DE JULIBN-l' APOSTAT ; SON COMMANDE- MENT EN GAULE.

« Julien avait les quatre vertus principales d'un sage, « dit Ammien, la tempérance, la justice, la prudence, la ce valeur, et, de plus, Thabileté guerrière, Fautorité, le bon- « heur et la libéralité. Ses serviteurs les plus secrets n'ont « jamais accusé ses mœurs , et il se préserva des voluptés « par une extrême sobriété de repas et de sommeil. Reje- « tant tout le luxe ordonné pour sa table, il vivait comme « assujetti aux lois somptuaires ; dans ses expéditions, on a le voyait quelquefois, comme les soldats, prendre debout « une nourriture courte et grossière. Il faisait trois parts a de ses nuits : une pour le repos, une pour les affaires, (( et Tautre pour les muses. Il dormait sur un tapis ou sur « des peaux de chèvre, se relevait pour expédier ce qui « était le plus important, ou, en campagne, pour aller vice siter les postes , et il revenait se réfugier dans Tétude a comme dans un fort. Il est incroyable avec quelle ardeur

JLLIEN. 467

« il rechercliait la haute notion des choses premières , et « à quelle sublimité il s'élevait par Texamen de toutes les « parties de la philosophie. Il ne négligeait pas pour cela « les sciences moins hautes, la poésie, la rhétorique, This- « toire ; il composait même en latin. Doué d'une mémoire « prodigieuse , il parlait tour à tour élégamment , d'une « manière piquante ou élevée, en conversant ou en discu- « tant. Quant aux usages et aux exercices de cour, comme « d'accorder ses pas au son de la flûte par la pyrrhique, « il ne s'y prêtait que par contrainte, et s'écriait : 0 Platon ! « ce n'est pas là notre emploi.... Il avait coutume de dire « qu'il était honteux à un sage , puisqu'il a un esprit , de «c tirer quelque louange du corps. Sa justice était terrible « sans cruauté : il réprimait les vices avec peu de chàti- « ments, et punissait avec douceur même des perfidies. «( Son courage se montra dans une multitude de combats ; « il frappait hardiment l'ennemi, et arrêtait quelquefois « ses soldats, prêts à fuir, en leur opposant sa poitrine. Il « conduisait habilement les campements et les sièges. Aimé « et redoi^é, son autorité était si grande, qu'il n'avait qu'à « menacer de se retirer pour apaiser une sédition ; et les c( Germains, domptés par lui, ne remuèrent pas depuis son « départ de l'Occident, tant qu'il vécut. Prudent et généreux a dans son administration, il leva peu de tributs, remit les « longs arrérages, et ne prit point d'or coronaire ; il tera minait à égal avantage les procès du fisc et des particu- « liers ; il restitua aux villes leurs revenus propres avec « leurs domaines municipaux , excepté ce qui en avait été c< justement vendu sous les règnes précédents. » Enfin , ce qui prouve mieux encore : ce A son arrivée en Gaule , on « payait vingt-cinq écus d'or par tête, et quand il partit, on ic n'en payait plus que sept, qui suffisaient à tout : aussi a n'accordait-il plus de remise, car il savait que par là on « donnait aux riches, tandis que les pauvres étaient coa-

463 nisToiRi; RonAmc.

« Irainis d'acquitter leur part dès le commencement de la « taxation. Peu désireux d'argent, il disait comme Alexan- « dre-le-Grand , qu'il avait ses trésors chez ses amis ^ » Àmmien et Julien, ce semble, auraient pu citer un modèle plus prochain et plus sûr, Constance-Chlore.

L'historien ensuite relève les défauts de son héros , quoique d'une main complaisante, qui n'ombre pas l'éloge trop fortement, a II avait, ajoute-t-il, une certaine mollesse « de caractère , mais qu'il tempéra par une habitude excel- « lente, en permettant qu'on le reprît quand il déviait du « droit chemin. Il parlait avec une grande volubilité , gar- « dait rarement le silence. Flatté des applaudissements du « vulgaire, immodérément avide de louange sur les moin- « dres choses, il affectait souvent de s'entretenir avec les tt moins dignes, par passion de popularité. Il disait lui- « même que la justice, exilée au ciel par les vices des « hommes , était revenue sur la terre depuis qu'il régnait, <K et cependant quelquefois il se montrait en contradiction « avec ses maximes par des actes arbitraires ; car parmi « ses lois, qui n'étaient point vexatoires d'ordinaire, il y « en eut quelques unes de despotiques. Ce prince avait la « taille médiocre, le corps bien proportionné, ce qui le « rendait robuste et agile, la tête grosse, les cheveux fins, « comme si on les eût cardés , la barbe touffue , descendant « en pointe, de beaux sourcils , un nez très-droit , la bou- « cheuhpeu trop grande, la lèvre inférieure divisée, lesyeux « très-vifs, où s'exprimait l'agitation de son esprit *. »

Ce portrait est loin de tout dire ; il y manque quelque chose d'essentiel pour connaître le héros et expliquer les événements qui vont suivre. Il s'était opéré depuis six

• Àmm. MarceU., a 5-5, 16-1, a. J'ai fait un ensemble des deux passages, en retranchant seulement les redites et les longueurs d'un style obscur et emphatique.

• Amm. Alarcell., a 5-6.

ans un grand changement dans cet esprit bizarre et léger *. Julien , sauvé de la mort à Tabri des autels chrétiens , élève par les soins d'une éducation chrétienne, était devenu païen dans le cœur. Si le massacre de sa famille, la contrainte de sa jeunesse, et les variations turbulentes de Tariiinisme, eussent déterminé, comme on Ta dit, ses sentiments religieux , tous ses tuteurs et ses maîtres volontaires ou imposés, étant ariens aussi bien que Conslance, son aversion pour eux devait, ce semble, l'incliner vers les catholiques , persécutés plus que lui ; au contraire , c'est surtout au catholicisme qu'il en voulut. Voici vraisemblablement l'origine de cette étrange aberration. Dès l'âge le plus tendre , il reçut ses premières leçons du même esclave qui avait déjà instruit sa mère à comprendre Homère et Hésiode. Or, c'était alors la manie des sophistes de voir « une alliance rigoureuse entre la littérature et la « religion grecque ; et , au lieu d'admirer les poésies d'Ho- « mère, comme les productions originales du génie d'un « homme, ils les attribuaient sérieusement à l'inspiration « céleste d'Apollon et des muses. »

Ce vieux pédagogue, qui obligeait son élève « à marcher « en public les yeux baissés , » le forma sous cette double influence ; il développa hâtivement et tourmenta cette intelligence naissante , en la jetant dans les inventions mythologiques des poètes, et la ramenant sur elle-même par une incessante répétition de préceptes et d'observances philosophiques. Dès lors le nourrisson des muses, agité d'une curiosité insatiable, tournant sans fin sur sa propre pensée, ne voulut chercher qu'en soi la raison ^s choses, ni croire qu'à ses conceptions '. De là sa prévention, qui per-

* A mm. Marcell., 1 6-3 : « Asiaticis coalitum moribus, ideoque ievem ; » et 23-1 o : M Qiiod levitatem agnoscen» couimolioris iogeaii sui. »

* Julien, Misopogon ; il n'est guère possible de douter , aux dlo^jes de lé,

470 HISTOUUB rohàine.

çait déjà , sans qu'on y prit garde, contre la religion chrétienne, dans les déclamations littéraires qu^il composait avec son frère, y plaidant toujours la cause de ridolàtrie, sous prétexte que la tâche était plus difficile ; et son plaisir à contempler les astres le faisait déjà consid^er comme un astrologue, avant qu'il connût Fastrologie ^. Il «d ch^cha la connaissance avidement dès qu'il put quitter Macellum et jouir de quelque liberté ; il connut, à Nicomédie, Libanius, et vit en secret un devin, qui commença à lui enseigner cette science interdite. Au premier signe de rapprochement , les sophistes accoururent autour d^un pareil adepte ; son ardente « curiosité leur offrait une conquête « facile. » On l'attira auprès d'JBdesius, qui s'efforçait de perpétuer tristement à Pergame l'école néoplatonique, et qui r^doctnna complètement avec l'aide de ses deux, disciples, Ghrysanthe et Eusèbe. « U parsdt que ces pbiloso- « phes se distribuèrent les r61es, et qu'après avoir excité « l'impatient espoir de l'aspirant par de feintes disputes et « d'obscures insinuations, ils le mirent entre les mains de « leur associé Maxime , le plus effronté et le plus adroit de « tous les maîtres de théurgie *. » Ce sage l'initia, daos Ephèse, aux mystères grecs, et Julien renonça au christianisme pour les inventions des anciens hiérophantes, remises à neuf par les cérémonies magiques des platoniciens.

lère, que sod précepteur Mardonius ne fût secrètement païen , quoique Tiilemont y résiste. L'aberration de cette jeone intelligence, sous les leçons de ce vieux sophiste, rappelle la eomparaisoa de Virgile an siyet d'Amace , jKneid., 7-379:

Ceu qnondam torto Tolilant snb irerbere turbo, Qnem pueris magno in gyro vacua atria circum faitentiludo exercent; illeaetus faabena Gunratis ferturspatiis; stupet inscia supra Impubesqae manus, mirata Tolubile buxum; Dant animos plagae.

> Grég. Naz., Orwf., 3; Jui., Orwt., 4* • Liban., OrtA.^ 5 ; Eûaap., 5; Gibb., Décttéence de l'empire ^ ch. 33; il

j Cette nouvelle, communiquée avec discrétion aux secta-

I teurs des dieux dans toutes les provinces, leur montrait un

protecteur futur, « qui avouait ingénument son désir d'at-

. « teindre à un état où il pût les servir. » Une telle espé-

; rance avait peine à se contenir, malgré le danger de la dé-

i celer. Il en revint quelque bruit à Gallus, qui envoya d'An-

I tioche le diacre Àëlius , un des boute-feux de Tarianisme ,

, pour détourner Julien d'un fanatisme insensé. Àêtius con--

, 8ola ces inquiétudes fraternelles, en rapportant les protes-

, tations du jeune prince, a son zèle à bâtir des maisons de

prière , » et sa vie édifiante de lecteur et d'ascète. En effet ,

pour mieux écarter les soupçons, le philosophe de vingt

, ans imitait au mieux extérieurement les austères exercices

, des solitaires chrétiens, qu'il méprisait déjà profondément,

comme des hommes insociables, a possédés par de mé-

a chants démons, en punition d'avoir abandonné le culte

« des dieux ^ »

Après la catastrophe de Gallus et ses propres périls à la cour, ses six mois de séjour dans Athènes nejse passèrent pas uniquement au milieu des bocages de TAcadémie : les philosophes et leur crédule prosélyte voulurent également profiter d'une si bonne occasion pour assurer son dévouement. Les cérémonies nocturnes, les bruits formidables, « les flamboyantes apparitions et les visions célestes » de l'initiation d'Eleusis, confirmèrent celle d'Ephèse. « Un en- « thousiasme profond , inaltérable et sincère pénétra l'es-» « prit de Julien dans les cavernes d'Ephèse et d'Eleusis; ce « qui ne l'empêcha pas d'y mêler quelquefois dans sa con- « duite ces fraudes pieuses et cette hypocrisie, qu'on peut

ajeute cette note : « Euaape décrit avec naïveté le manège des sophistes , qui « se renvoyaient l'un à l'autre le crédule Julien. Labbé de La Bletterie a très- «< bien saisi le plan de toute cette comédie, et il l'expose avec netteté, n

* Liban., OraU, ta ; Julien, /ra^fntenfï, Lettres choisies , ag, A, et la première, qui est de Gallus ; Philost.) 3-27.

472 HISTOIRE ROHÀINB.

« remarquer, ou du moins soupçonner, chez les fanatiques « qui semblent avoir le plus de bonne foi. y» Dès cet instant, « dédaignant, par une étrange contradiction, lejoog « salutaire de TÉvangile , tandis qu'il faisait le sacrifice a volontaire de sa raison sur les autels d'Apollon et de Joie piter, » il fut le plus ardent païen qu'on vit jamais. Il croyait au miracle de la vestale Claudia, traînant avec sa ceinture le navire qui portait Cybèle ou la pierre de Pessinunte sur le Tibre; il croyait au bouclier sacré de Numa , et « prenait en pitié l'aveuglement des chrétiens , qui « préféraient la croix à ces trophées célestes. » Il n'y avait rien qu'il ne crût, hors le christianisme. Il sérail bien étonnant que de telles dispositions, malgré toute soa adresse à se contrefaire, eussent échappé entièrement à la jeunesse chrétienne qui étudiait à Athènes.

Il s'y rencontrait précisément deux jeunes écoliers que l'Église devait bientôt compter parmi ses plus éloquents et ses plus saints évèques : c'étaient Basile et Grégoire de Nazianze. Ce dernier atteste qu'il n'attendait rien de bon, dès lors*, « de cette agitation continuelle où il voyait le jeune « prince, de ces yeux égarés j de ce regard fier, de cette « démarche irrégulière , de ce visage railleur et dédai- « gneux, de ce rire immodéré, de cette parole hésitante et <t entrecoupée , de ces questions intempestives et désor- « données, de ces réponses confuses et embarrassées. Quel « monstre, disait-il, nourrit l'empire romain * ! »

• Euo., 5; Jul., OraLf S, 7, etfragm,; Liban., Oral., 10, 1% ; Grég. Nax., Oral., 3, 4 i Basil., EpisU^ 207, ao8 ; Gibb., Décadence de l'empire , 19, 93, expose, le plus raisonnablement qu'il peut , la manière dont Juliea allégorisiit le paganisme; il dit complaisamment comme quoi ce pieux scrmimieur des mystères de la mythologie, averti par leur extravagance mémie^ « y de- M vait chercher cette sagesse cachée que la prudence des anciens avait con- « verle du masque de la folie et de la fable , » et qu'il y trouva les importants et sublimes principes de la religion naturelle. Or, ceci amène cetti: conchiiion , jot<k; en dpigramine dans une note: « {«e raisonnement de Juiicii

Julien, rappelé à la cour, ne céda que pour obéir aux dieux, «qui lui firent connaître leur volonté par des visions « et des présages. » Qu'il eût préféré , dans son enthousiasme, rhonneur d'être chef d'école à celui de gouverner le monde, cela n'est point invraisemblable ; mais comment supi>oser, comme on l'a prétendu, que «c sa vanité , sans « cesse excitée par les sophistes, i» qui comptaient sur son élévation, ait résisté aux idées ambitieuses, et n'ait pas espéré, désiré, la souveraine puissance, au moins quand il fut César? Au milieu de tous ses compliments de modestie, il était trop assuré que ses dieux lui réservaient cette destinée. Il partit pour la Gaule, emportant, comme son plus précieux trésor, une bibliothèque de philosophes et d'auteurs divers : c'était un présent d'Eusebia, ce qui valut à la bienfaitrice un panégyrique où il mit plus d'érudition que de reconnaissance. Quant à ceux qui lui avaient sauvé la vie et protégé son enfance délaissée, comme ils s'intéressaient peu à la philosophie, ils n'eurent pas même un souvenir de lui. 11 attribuait uniquement aux dieux sa conservation et sa prospérité. 11 continua d'invoquer et de mériter leurs secours en Gaule , par une adoration ponctuelle. La guerre et les affaires d'État remplissant toutes ses journées, « il consacra invariablement plusieurs heures de la nuit à « ses dévotions particulières. La sobriété, qui ornait en lui

« n*ët:<i( pas ti m^iivau que celai de quelques théoloijiens modernes, qui di" •I sent qu'une doctrine extravagante ou contradictoire doit être divine, parce •I que personne n*:i pu Tinventer. » N'a*t-on pas bonne grâce, après le raisonnement qu'on vient de voir sur la mythologie , à railler celui des théologiens modernes, qui, de plus, n*ont pas dit celle sottise? D'ailleurs, depuis longtemps déjà, on le sait, les philosophes sont convenus d'appeler extravagant et contradictoire tout ce qui passe leur intelligence sublime, ou, en d'autres termes, ils ont signifié que Dieu ne devait pas avoir plus d'esprit qu'eux. Toutes les objections de Gibbon se résument ainsi en sarcasmes d'aigreur et t^e mensonge, comme on petit le remarqtier ou du moin* le soupçonner chez certains écrivains non ftinatiqneSt qui ont le plus de prétention à la bonne foi,

474 BISTOIRB EOKÀINB.

« les moNirs sévères du guerrier et du philosophe, étoit li- « goureusement assujettie à des règles frivoles d^abati- « nence religieuse; et, afin de plaire à Pan ou à Mercure, à « Hécate ou à Isis, il se privait à certains jours de diven « aliments qu'il croyait odieux à [ces divinités tutélaires. « Par ces jeûnes, il préparait ses sens et son esprit aux vi- « sites fréquentes et familières dont Thonoraient les pois- « sances célestes ^ Malgré son modeste silence, nous a- « vous de Forateur Libanius, son fidèle ami , qu'il vi?aJ} « dans un commerce habituel avec les dieux et les déesses; « que ces divinités descendaient sur la terre pour jouir de « la conversation de leur héros favori; qu'elles interrom- « paient doucement son sommeil, en touchant ses maiqs ou « ses cheveux; qu'elles l'avertissaient de tous les dangers « dont il se trouvait menacé; que leur sagesse infaillible le « guidait dans chacune des actions de sa vie, et qu'enân il « était si familiarisé avec elles, qu'il distinguait su^-i^ « champ la voix de Jupiter de celle de Minerve, et la 6gu!^ « d'Apollon des formes d'Hercule. »

Néanmoins, tout cela n'était toujours connu que de sas

» Malgré ces burlesques absurdités, qui ont fait une fois sou rire er roopiV le sceptique an(;lais , il ne perd jamais l'estime et le respect que lui inspire ion héros relifieuit Une autre contradictipq, esseoliallemenf philoaopbique , c'est de poursuivre sans relâche ce qu'il lui platt d'appeler fanatisme catholique* quand il est si indulgent pour le fanatisme de Julien, pour celui de Mahomet, et de tout ce qui n'est pas chrétien. Voici encore un trait de raison traotceodentalc ches l'écrivain modcrqe: ■ Les visions et les longes, qui ravalent prtf- • que l'empereur au niveau d'un moine égyptien , n ne rempèchenl pas<l«le mettre bien au-dessus des cénobites qui passaient leur vie inutile à se prirer de tout, et à travailler de leurs mains pour la subsistance des pauvret; tvai ils ne faisaient pas , comme Julien * la guerre, plus des lois, plus de la liH'î' rature, plus de la philosophie , ou il eiarçait son goAt délicuU Cvpeoàiitt avajit et depuis Julien , on a vu des gens porter l'épéc , faire des lois, de U littérature, et même de la philosophie; le monde n'en a pas été mieux» E' depuis que la noblesse anglaixc a confisqué les biens de ces moines inutilt^* l'Angleterre est dévorée par la Uxe des pauvres. Fo/ex les lettres de Gobbeiu

\TVtimes confideqts. pl Aspirant à la gloire d'un héros plutôt

«c qu''à celle d'un martyr, il crut devoir à sa sftr^té de dis-

^ simuler ses opinions religieuses, et les principes accom-

«( raodants du polythéisme lui permirent de prendre part

«c au culte publie des chrétiens, qu'il méprisait au fond du

« cœur. Loin de blâmer cette hypocrisie, son ami Lihanius

<& en fait un siget d'éloges. L'aimable vérité, dit cet orateur,

« rentra dans l'esprit de Julien après qu'on l'eut purifié des

« erreurs et des folieaile son éducation, ainsi qu'on replace

« dans un temple magnifique les statues des dieux, souil-

« lées autrefois par des ordures. Ses opinions n'étaient plus

<i les mêmes ; mais comme il eût été dangereux de les

«( avouer, il ne changea pas de conduite : bien différent de

« râne d'Ésope, qui se cachait sous la peau du lion, notre

a lion fut contraint de se cacher sous la peau de l'âne. »

Cette dissimulation dura plus de dix ans, jusqu'au moment

où il put se déclarer, à la tête d'une armée, « l'implacable

« ennemi du Christ et de Constance *. »

Lorsque Julien entra dans Vienne, au miheu d'une

< Jul., Jd Jih^nienses, tt lettres 'choisies f 9t 3s Ora<.| 7« 3; Liban., Oral., 4> Sf >^* '*f Oibb., Décadence de f empire^ a3. La sceptique anglais ajoute « que cet état de gène donna peut-être une oouvelle force à la dévo- « tiou païenne de Julien ; (car) comme toute espèce de dissimulation estpé- « Qible à un caractère ne pour la franchise, Julien, obligé de professer la « christianisme , n'en eut que plus d'aversion pour une religion qui oppri- « mait la liberté de son esprit, et le forçait à un déguisement contraire à la • sincérité et au courage, les plus nobles attributs delà nature humaine.» À quoi sert de mettre le raisonnement à cette torture d'amphigouri pour ex-» pliquer une lâcheté si facile à comprendre, et pour 6ter à un empereur la ridicule honte d'avoir été un bigot païen et un tartuffe de christianisme? Autant valait avouer, avec le sophiste grec, ce qui est plus impudent, mais plus vrai, qu'il y a souvent ici bas du profit à paraître ce qu'on n'est pas , et à ne pas paraître ce qu'on est; et voilà pourquoi l'hypocrisie varie selon les temps. H •st bon seulement de remarquer, si l'on tient à l'exactitude, qu'il ne allait à Julien, pour se déclarer, que tout juste assez de courage pour supporter une disgrâce et manquer sa fortune. Du moins, ni la législation , ni la politique, n'eussent permis alors de le mettre à mort comme païen. Bien plus, son pa-

affluence joyeuse, une vieille femme aveugle demanda qod était celui qui causait tout ce mouvement et cette allégresse , et comme on lui nomma le prince , elle s^écria que « celui-là l'établirait les autels des dieux. i» Cette prùdictioD, qu'il entendit peut-être comme le plus heureux augure, se perdit dans fattente générale qui suivait un César, un neveu de Constantin, un petit-fils de Constance-Chlone en Gaule, au moment où les Barbares, encouragés par toutes les fautes de l'empereur et par la mort de Sylvanus, venaient d'incendier quarante-cinq cités, et, occupant quinze lieues en deçà du Rhin, le long de son cours , répandaient la terreur dans toute la contrée. Ce fut une grande épn^uve, où Julien déploya d'autant plus heureusement ses talents, que son rôle soutenu de chrétien , et sa position précaire, le préservant malgré lui d'imprudence , ne laissaient voir que ses qualités, et « cachaient ses défauts. » Il avait tout contre lui , le petit nombre et le découragement des soldats, sans paie ni gratification depuis deux ans, l'épuisement do pays, l'audace des hostilités, la mauvaise volonté de h cour, et les contrariétés préméditées qui l'entouraient.

Pendant le premier hiver qu'il passa dans Vienne , une poignée de vétérans défendait Autun, assiégée par les Barbares. Il commença par visiter cette ville et ses braves défenseurs, puis rejoignit l'armée à Reims, non sans peine , à travers les partis ennemis. La campagne commencée, il perdit deux légions par une surprise d'arrière-gardc, reprit sa revanche dans un second combat, et, après avoir relevé Cologne (356) , il ne revint à Sens que pour s'y voir inopinément assailli par une incursion des Germains.

ganisme connu eût dû rassurer Constance contre le succès d'une rivalité; car, quelle que fût l'opinion intime des usurpateurs récents , aucun , ps même Magnence, n'avait cru prudaitde foire appel aux païens, et nous verrons encore que Julien ne se déclara pas avant la réussite de son usuqpalioo, loin (Iti la prt^parer par ce moyen.

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