JULIEN EN GAULE
Les divers corps étant déjà distribuésen quartiers d*hi ver, il n'avait avec lui que très-peu de monde, sans le moindre secours , quoique le maître de la cavalerie, Marcellus, occupât la station la plus voisine ; il y suppléa par son activité intrépide; il se montrait jour et nuit sur les tours et les créneaux , fi*émissant de colère de ne pouvoir exécuter une sortie. Au bout de trente jours , les assiégeants lassés se retirèrent. Marcellus , rappelé par Constance avec un ordre d'exil, essaya de se justifier, en accusant le César de projets ambitieux; mais le chambellan Eutberius partit en même temps, et le récit de ce vertueux eunuque, appuyé de rimpératrice , fit donner enfin au prince l'autorité do son rang. Cet Eutherius, dont Constant avait eu le malheur de ne pas suivre les conseils, avait été très-ulile à Julien pour le prémunir contre sa légèreté naturelle *.
Comme on voulait recouvrer la frontière du Rhin sans trop de gloire pour le nouveau César, le général Barbation s'avança de Milan avec trente mille hommes. L'incapacité de ce chef , et peut-être une trame de conriisans pour attirer Julien dans le double péril d'une défaite ou d'une disgrâce, tournèrent précisément à l'honneur de celui qu'ils espéraient perdre. Barbation , dans sa marche vers Bâle, loin d'appuyer celle du prince sur Saveme, et de serrer les Alamannes entre deux attaques, ne troubla ni une tentative des Barbares sur Lyon, ni leur retraite par-devant son camp ; deux tribuns même qui voulaient les poursuivre, dont l'un Valentinien, depuis empereur, furent cassés sur son rapport infidèle. Bien pis encore, aux premières hostilités dirigées contre lui, son pont de bateaux ayant été rompu , il céda sans résistance avec tout le désordre d'une déroute, remit ses troupes dans leurs stations, et revint triompher de sa honte à la cour par des
* Lib.j Oral., lo; Anfim.Mdrc«ll , i6-3.
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calomnies. Julien demeurait seul, obligé de tenir tète aux forces jréunies de sept rois , et un transfuge les avertit qu'il n*avait que treize mille hommes. Il s'avança hardimoit audevant d'eux , quand ils n'étaient plus qu'à sept lieues de son camp , et , se confiant à l'ardeur de ses troupes , «agagea le combat avec un ennemi trois fois plus Doii]î>reui. La glorieuse victoire d'Àrgentoratum (Strasboui^) mit entre ses mains Ghnodomar, le plus redoutable chef des Alamannes. Le ravage de leur territoire força bi«[itôt ces Barbares à lui demander une trêve (557) de dix mois, pendant lesquels il alla relancer les Franks, renvoyant la tribu des Gbamaves au-delà du Rhin, et ne souffiûnt les Saliens dans la Toxandrie qu'à titre de sujets auxiliaires. Un traité obligea les uns et les autres à fournir un corps de cavalerie (358). Il retourna ensuite sur les Alamannes et réduisit tous leurs rois successivement à demander la paix (359). Il leur imposa, pour principales conditions, de rendre vingt mille captifs gaulois , de fournir et de transporter les matériaux nécessaires à rebâtir les villes frontières qu'ils avaient ruinées. Il put enfin détacher des troupes et un général en Bretagne , afin de contenir les Scots.
Tant de succès ne furent pas acquis sans difficultés ; une fois, les soldais, manquant de vivres, se mutinèrent, s' emportant jusqu'à l'appeler un <i Grécule d'Asie, menteur et imbécille sous une apparence de sagesse. » Il eut de la peine à les calmer, non sans beaucoup de douces paroles. Afin d'éviter désormais un si grave inconvénient, il fit construire exprès une flottille destinée à transporter le blé d'Albion*.
Non-seulement il avait délivré la Gaule, mais il la restaurait par une administration actiye et intelligente. Il
* Amm. Marcell., i6 et 17; Liban.» OraUj 3, 12 ; Zos., 3; Jul., Epist. ad Athenienses .
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prenait ordinairement ses quartiers d'hiver dans la petite cité des Parisiens, sa chère Lutèce^ petite ville toute romaine par les habitudes et le langage, quoique ses citoyens, vivant du commerce de la Seine depuis un temps immémorial, eussent toujours conservé leur organisation particulière en corps de nautes, ou négociants par eau. Il y aurait sur la rive gauche un Champ de Mars , un palais et des thermes, dont quelques restes existent encore*. Julien de là surveillait tout Fintérieur. Avant chaque campagne, il recommandait aux gouverneurs les causes qui lui avaient été déférées, et, à son retour, il fallait lui en rendre compte. Il arrêta les vexations du préfet Florentius dans la perception des finances, et s'opposa ouvertement à une taxe extraordinaire. Quoiqu'on lui eût alors retiré Salluste, il luttait avec la même vigueur contre les agressions des Barbares et du fisc. L'agriculture et le commerce renaissaient sous sa protection avec la sécurité publique*.
■ 4u1.,Mmojkn/.; Rayoouard, Hist. du droit municipal f Fëlibien, Hist, de Paris. Ces restes de coostruction romaine sont rue de la Harpe. * Jul., Lett, choisies; Paneg* vet., 1 1 iÂram. Msircell., 17-8, t8-i.