CHAPITRE LXXV
PRINGIPAT BIS CLAUDE. — PIN DE MESSALINE. — DOMWATIOPT DB LA SECONDE AGIUPPIN£.-~Pm DE CLAUDE.
S'il n'est pas hors de vraisemblance d'attribuer quelque part aux afifranchis dans les bonnes inlentions de Claude ; si plusieurs, peut-être Polybe et Narcisse particulièrement, avaient un dessein suivi et une ambition moins basse que les autres, il est certain, d'ailleurs, que l'extrême cupidité de tous, l'extrême corruption dans laquelle ils avaient toujours vécu, et qui avait été leur principal moyen de fortune, les ignobles séductions dont ils entretenaient leur lyrannique faveur auprès du prince, ne pouvaient avoir que des effets funestes. Le pire de leur position précaire était la nécessité de servir les passions de l'impératrice, qui les tenait chaque jour occupés aux plus lâches intrigues.
Messaline fut le dernier terme de l'opprobe où puisse descendre une femme *. Insatiable d'argent, de voluptés et
» Juv,, Sat., 6-8a :
Respice rivales divorum ; ClauJiiis audi
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(le vengeance, elle ne trouvait de goût que dans Texcès et l'audace. Elle voulait la cité entière pour témoin de ses dés-* ordres , et nulle indignation n'osait les trahir, parce que sa haine était certaine, et sa domination sur Claude invincible. Une sentence ou un ordre du stupide empereur la délivrait aussitôt de tous ceux qui lui déplaisaient, qui lui résistaient, ou dont elle voulait hériter. Ainsi périrent le mari de leur fille aînée, Pompée, avec son père et sa mère, Valerius Âsiaticus, et plusieurs personnes impliquées dans un complot supposé (47). Elle en fit tant, qu'à la fin le péril de la compUcité donna du courage contre elle aux affranchis. Ne sachant plus qu'inventer, après avoir contraint le jeune Silius, alors consul désigné (48), de divorcer, elle résolut de Fépouser elle-même, et de contracter ainsi un double mariage. Elle poussa jusqu'au bout Feffronterie, fit signer à Claude l'acte de cet adultère public, en lui persuadant que c'était une cérémonie de préservation contre des présages qui le menaçaient, et le premier jour où des soins d'administration appelaient le prince à Ostie, elle célébra ses noces nouvelles ù Rome.
Cependant il n'y avait plus do sûreté pour Silius que dans la perte de Claude, et , pour les affranchis, que dans celle de Silius et de Messaline. La mort récente de Polybe avertissait assez les autres que nulle complaisance ne pouvait garantir la vie d'aucun d'eux. Callislo, Narcis* se et Pallas tinrent conseil : le seul expédient qu'ils ju* geaient praticable était d'engager l'impératrice, par do secrètes menaces, à quitter Silius. Mais Pallas et Calliste y renoncèrent presque aussitôt, redoutant sa fureur. Narcisse persista seul ; et, sans perdre de temps, avant qu'elle
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6à HISTOIRE ROMAINE.
pût rien soupçonner, il fait avertir Claude de ce qui se passait ; lui-même arrive ensuite pour lui en confirmer la vérité. Les amis du prince sont appelés, et veulent qu'il se rende au camp prétorien; le pauvre homme, effrayé, demande s'il est encore empereur.
Cependant Messaline, sous le prétexte du divertissement des vendanges, continuait l'orgie de ses noces impudentes. Des femmes, vêtues en bacchantes , dansaient devant les pressoirs écumants, autour de Silius, nonchalamment étendu, couronné de lierre, et chaussé du cothurne; auprès de lui, l'impératrice, les cheveux flottants, animait ces jeux en agitant son thyrse. On rapporte qu'un des compagnons de la fête étant monté en folâtrant sur un arbre, et les autres lui demandant ce qu'il voyait, il répondit : « Je vois tt un affreux orage du côté d'Ostie. » Tout-à-coup des gens accourent, qui disent que Claude sait tout, et qu'il vient se venger. Tout se disperse ; Messaline et Silius, dissimulant leur crainte, s'en vont l'un aux affaires du Forum, l'autre dans ces délicieux jardins de Lucullus que le meurtre de Val. Asiaticus lui avait acquis. Des centurions se présentent avec des liens pour s'assurer des coupables. Messaline, malgré son trouble, prend le parti d'aller au-devant de l'empereur, et de lui amener Britannicus et Octavie, ses deux enfants ; la plus ancienne des vestales consent à l'accompagner, afin d'intercéder pour elle. C'était tout son cortège; le reste l'abandonnait. Après avoir traversé la ville à pied, pour se rendre vers Ostie, elle fut réduite à monter sur un charriot qui servait à enlever les immondices des jardins.
Nulle résolution n'était prise encore dans le conseil de l'empereur ; on revenait à Rome dans la plus grande incertitude. Le flatteur de Messaline , Vitellius, ne faisait que répéter : a 0 crime ! ô forfait ! » Narcisse le pressait en vain de découvrir toute la vérité ; personne n'osait rien