‹ Histoire romaineChapitre 81 sur 107 · CHAPITRE CIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIV

fUUm. — SON APOSTASIB PCBUQCV. — KtACTIOlff

PAISNHB.

« Le soleil , que j'ai surtout invoqué, et le grand Jupiter, « savent que bien loin de souhaiter la mort de CcHistance, (K je faisais des vœux pour sa conservation. » Ainsi écrivait Julien à son oncle maternel , de même nom que lui K On a dit sur ces serments, dont Julien aimait à se servir, « qu'il serait peu généreux de révoquer en doute Thonneur • d'un héros", et la véracité d'un philosophe. » Le moyen de résister à une réflexion si engageante? Julien, puisqu'on le veut, ne désirait donc pas cette mort, mais du moins il l'espérait, et s'il faisait des vœux pour la conservation de

> Jnl., iHLf 5.

• Gibb., Décadence de tempire^ aa, ajoute en note : « Le pieux abbë de

« La Bletterie panSt ttnté de respecter \c» pieuses protestations i|ii paies. ■

Soyex donc généreux a?ec de tels gens, ils s'en autorisent et s'en moquent tout à la fois.

GUERRE QYILE. 41^1

son rival, il pensait bien que ses dieux ne s'offenseraient

pas de ces protestations de convenance, et qu*ils avaient

trop d'intérêt à ne pas Fexaucer ; car il en recevait , et leur

demandait souvent des présages d'un plein succès ^ Déjà ,

pendant les apprêts du départ à Vienne, au milieu de la

nuit 9 après un léger repas, une très-brillante apparition

TaTait averti en vers d'oracle, mais très-intelligibles , que

Ck)ifôtance mourrait au mois de novembre suivant. « En

« Illyrie, il ouvrait assiduement les entrailles des victimes,

tf obiservait les oiseaux , dans Timpatience de connaître la

« fin de son entreprise. L'ambiguïté des indices augmentait

« son incertitude; un orateur gaulois, très-habile dans la

« divination, et qu'il fit dans la suite gouverneur de la Nar*

a bonnaise, lui annonça enfin une heureuse réussite à l'in-

< spection d'un foie qui avait une double enveloppe. Ce-

« pendant le prince craignait encore une interprétation de

« complaisance pour flatter son désir, et il s'en affligeait,

« lorsqu'il vit lui-même un pronostic bien plus favorable ,

« qui lui découvrait clairement la mort de Constance; car

« au même moment que l'empereur expirait en Gilicie, un

« cavalier étant tombé en s'élançant en selle , s'écria : ce-

« Itti-là est tombé , qui s'était élevé au plus haut point. Et

« quoique Julien reconnût ce pronostic heureux, ne se con-

a fiant que dans une ferme défensive, il demeurait en de^

« çà de la Dacie , non sans de grandes inquiétudes'. y>

' Amm. Marcell., ai-i, fait une curieuse discertation pour justifier son bérM, « ee prinee habile en toutes choses, » d'avoir pratiqué des secrets coupttblcft pour eonnaicre TatMiir. Il soatient U vérité des présages, et « qutaf aux sofDges : « Ik seraient indubitables, dit-il aaivemeal, si les raisonnements « ne se trompaient dans Tioterprétation, et quelquefois, comme Aristote l'af- « ârfne, ils sont certains, lorsque , par exemple, pendant un profond som- «c meil, la prunelle de r<etl, nafls tourner fûfàewn côté, regarde droit devant « toi. » Il nipporie encore force prooottict do la mort de Goostante , ao-i jl^

^ Amm. MarceM., ai-i, a, 2a-i.

4Uâ HISTOIHE ROMÀlfVC.

Dès qu'il n'eut plus de doute, il courut à ConstaDtinopie; sa renommée et la joie d'un avènement sans guerre attiraient une foule immense au-devant de lui , et firent de son entrée un triomphe. Son premier soin fut de formera Calcédoine une commission extraordinaire de justice pcMir abattre « cette hydre de bêtes féroces qui avaient obsédé « Constance, et dont les crimes devaient être légalement « punis. » Salluste Secundus, préfet d'Orient, présida ce tribunal; mais avec lui siégeaient cinq personnages indignes de lui être adjoints : c'était le consul panégyriste Mamertin , qui , après avoir fort vanté son propre mérite, fut mis en jugement pour péculat , sous Valentinicn ; c'étaient quatre généraux , hommes sanguinaires et passionnés, parmi lesquels Arbélion, esprit double et arrogant, un des intrigants de la cour précédente, et c< qui passait « pour avoir le secret de la commission. » Entourés de l'élite et des chefs des Joviens et des Herculiens, ils satisfirent leur haine et celle du nouveau maître plus que l'équité : avec quelques coupables, comme Apodemius, Paulus Catena et le chambellan Eusèbe, ils condamnèrent à la mort ou à l'exil des hommes qui ne le méritaient pas , oa qui méritaient une toute autre reconnaissance. Ainsi le seul tort de Taurus, préfet d'Italie, était d'avoir gardé fidélité à Constance , auprès duquel il se retira au moment de la rupture ; on ajouta une indigne dérision à sa sentence, en la datant de son consulat. « La justice elle-même « pleura la mort du trésorier Ursulus , et semble avoir « convaincu Julien d'ingratitude envers un ministre » qui lui avait rendu de généreux services malgré la cour. Aussi Julien, pour apaiser les exécrations publiques, essaya â* excuser ce crime inexcusable , en affirmant qu'à son insu on avait immolé Ursulus au ressentiment de l'armée; car ce stîvère gardien des deniers de l'État, en voyant les ruines d'Amide , s'était écrié dans sa douleur : « Voilà donc

a avec quel courage les villes sont défendues par le soldat a que l'empire s'épuise à payer si largement ! » Quelques mois après la commission abolie, il y eut encore d'autres exécutions aussi arbitraires ^

Le nouvel empereur termina d'une manière plus gaie , mais non plus noble , une autre atfaire assez embarrassante. Il s'agissait de faire rendre gorge à ceux qui avaient abusé de leur crédit ou de leurs fonctions pour extorquer de l'argent. Une nombreuse députalion de l'Egypte était venue réclamer à ce sujet, « criant comme des geais, )» sans laisser de repos au prince ni à ses préfets. Un édit leur ordonna de traverser le Bosphore, sous promesse qu'il irait lui-même à Calcédoine leur porter une prompte décision; et, dès qu'ils furent passés, il défendit aux maîtres de barques de transporter un seul Égyptien à Coustantinople. Les réclamants ayant été ainsi contraints de s'en retourner, une loi pourvut à ce que nul ne fût inquiété touchant les sommes qu'il serait constaté avoir reçues légitimement '.

Il procéda ensuite à la réforme du palais. Ayant demandé qu'on lui coupât les cheveux, et voyant venir un personnage magnifiquement vêtu, il lui dit avec étonnement : « Je n'ai pas appelé un trésorier , mais un bar- « bier ; » et celui-ci , interrogé quels étaient ses gages, répondit qu'il recevait vingt livres d'argent par jour, autant de rations de fourrage , outre une somme armuelle considérable, sans compter beaucoup d'autres profits; sur quoi Julien congédia tous les ofiiciers palatins, « mais non comme un philosophe qui fait profession d'examiner la vérité : » il eût dû en conserver un petit nombre, que recommandaient leur modération et leur probité. A cela

* Amm. Marcell., aa-a, 4» n» i6-4, lo-ii*

* Amm. Marccll., 33-4 i Cod» TheocLf ii-39, i*

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