‹ Histoire romaineChapitre 82 sur 107 · III · texte numérisé non relu

III

494 niSTOlHK ROMÀUfE.

près, il eût été louable de supprimer tant de serTiteras inutiles, Ticieux, intéressés, et toutes les somptuosttég prodiguées pour la table et la parure du prince, si d^autrn abus n'eussent succédé , qui n'avaient de difiTérence que le buflesque. A la place des eunuques, des barbi^is, des coisinierBetdes écbansoiis, cm vit des pontifes mytliologiques, des devins et des philosophes; au lieu des parfums, du fard et de Télégance efféminée , on vit deA manteaui grecs , de longues barbes, et une négligence affectée.

Qu*on juge avec quelle joie les rhéteurs et les sophistes se rendaient de toute paît à Finvitation d'un empereur qui se vantait de la « longueur de ses ongles, toujours noircis < d'encre, i» et de sa barbe « touffue , au milieu de laquelle « courait librement la vermine, comme les bètes dans ud « taillis ^ 1» Il n'avait pour eux que les noms de camarades et d'amis ; il célébrait en petits vers leur arrivée. La plupart, il est vrai , s'en retournaient un peu confus d'avoir été mandés pour faire foule et recevoir ces caressantes politesses, quelques uns seulement avec Finsigne honneur d'avoir mangé à sa table , et vu leur auguste conirère boire k leur santé ; mais un bon nombre, plus célèbres os plus adroits ^ demeuraient au palais à titre de conseillers et de iBivoris, plusieurs n'ayant de philosophe que le costume. Il n'accueillit aucun avec autant d'empressement que Maxime, quittant tout pour recevoir et embrasser ce charlatan, et lui témoignant une déférence dont ses sincères amis rougissaient.

Ce fut biesi pis quand ses hôtes l'eurent décidé à publier un édit pour le rétablissettient de l'idolâtrie ; car si déjà, dans son manifeste , il avait déclaté son apostasie , il ne poutait prudemment, avant de posséder Fempire, ordonner l'ouverture, la réparation des temples païens et la re-

* Amm. Marcell., 2a-3; Jirt., Misopog.

Lvs PBiU>sorais. 495

prise dds sacrifices. Alors affluèrent h la cour magiciens , astrologues, augures, sacerdotes de Fun et Tautre sexe, tous artisans de superstition, gens sans aveu et sans gtte, sortis des mines, des jH-isons ou des plus bas métiers, pour être nommés pontifes des divers cultes et comblés d'honneur ; spectacle curieux et inouï dans Tbistoire du genre humain. On n'entendait parler que des dieux , que discourir sur les présages, la vertu, la sagesse, Tessence de la justice , la liberté, le mépris du faste et le bonheur des peuples. On citait sans cesse Hoipère, Socrate, Aristote, Chrysippe et Platon *.

Au fond, rien ne changeait dans le gouvernement : efé»* tait, comme auparavant, un maître et des courtisans, mais d'un autre genre, tous également vains, également dupes les uns des autres, et captant la réputation par leur affectation même de la mépriser. Et qu'attendre, en effet, de ces graves dissertateurs, qui pensaient que a la fortune, « avec le Dieu suprême, dispose de toutes les affaires hu*- « maines, » même quand ils y joignaient « Thabileté pour tt troisième arbitre? » Si Julien estimait, n avec Aristote, tt la royauté absolue contre nature , » il n'était pas moins tenté par Fopinion de Platon , que « le prince , noi) contt tent d'être plus vertueux que ses sujets , doit devenir « aussi d'une nature plus excellente. » Or, la philosophie seule pouvant opérer cela, son ambition était de combat^ tre à la tête des philosophes , pour le bien de l'humanité *. Il voulait y dit^on, détruire je despotisme, quitter le diadème , et rétabUr la république ; il assure lui-même qu'il ne souffrait pas qu'on l'appelât seigneur, et l'on soutient qu'il eût aboli cette dénomination superbe, si le temps ne

* Àmm. Harcell., aa-5, 4 ; Lib., Orat.^ la ; Jul., Utt'i passim*; TiUem.,

* Julien, £e(l., a; AniiiiiMarceli., 93-4.

496 msToniB ROMAnot.

lui eût manqué : il était beaucoup plus coart de ne pu permettre qu'on la gravât sur sa monnaie.

Du reste, son règne profita peu au peuple; le trésor eifi à rassasier Favidité indigente des philosophes, qui ne s'étaient pas vus, depuis longtemps, à pareille fête. Maiiiffi, en particulier, ne s'oublia pas, et choqua bicaitôttootfe monde par son luxe autant que par son insolence. H fallait aussi la part du culte et des pontifes. Il était d'ailleurs &• cile de s'enrichir avec Julien , car il mit peu d'ordre dans les finances, et fut toujours assez négligent à se faire nndre compte. U réduisit , il est vrai , l'or coronaire au poids de soixante-dix. onces; il ne voulait point que ses ofBcien se prévalussent ni trafiquassent de leurs fonctions; loais il mettait trop peu de réflexion dans le choix de ses anm et de ses ministres, et il fermait les yeux sur leur conduite. Par affection pour le lieu de sa naissance , il é^ complètement le sénat de Gonstantinople à celui de Rome. Les pères conscrits d'Orient durent s'en féliciter; mais ils n'en eurent pas plus d'importance. On l'a loué encore d'avoir réparti plus justement les impôts, et, parla, « rendn « rame et la vie aux villes expirantes de l'empire. » Luimême, il se plaît à rappeler qu'il a eu soin de porter jusqu'à deux cents le nombre des décurions d'Antioche, ne foisant grâce à personne , et permettant de « les prendre « parmi les plus riches receveurs du fisc et les ofûciersde « la monnaie. )>

Il y a là, en effet, l'intention très-louable de soulager i<^ peuple; mais il faut aussi noter que cela intéressait aicore davantage le fisc, et en assurait bien mieux les rentrée^ puisque lescuriales, répondant de l'impôt, étaient oblige de faire les deniers bons. Si la curie, trop peu nombreuse, n'y suffisait pas , ses biens une fois saisis et vendus , alors commençaient forcément les arrérages, dont on se souciait peu. Le peuple vivait mieux du luxe des riches non respon-

tua CHRÉTIENS. 497

sables , tandis que tout propriétaire engagé dans la curie devenait plus impitoyable, rejetait sur le peuple tout ce qu'il pouvait des charges publiques , et le dédommageait moins. Aussi, « les citadins obtenaient^ils très-rarement « et très-difQcilement de Julien leur radiation de la cuti rie, quoiqu'ils justifiassent de leurs droits d'exemption « par des services militaires ou une origine étrangère ; « tellement que la plupart, désespérés, se rachetaient « clandestinement de cette vexation à prix d'argent ^ »

Dans les autres actes de ce prince, on remarque la même décision inégale et imprévoyante, n aimait à juger, et se piquait de bien juger; il abhorrait la dénonciation, et souvent, en sévissant contre les dénonciateurs, il prenait plaisir à renvoyer les accusés absous. Mais quiconque avait servi Constance dans la rupture, et donnait la moindre prise, échappait difficilement à sa rigueur. Et lorsqu'on nous le représente , jetant dans l'examen des causes ses questions intempestives, « s'informant toujours de la reli- « gion des parties, » on a beau nous affirmer « qu'il se « laissait volontiers reprendre de ces légèretés, et que ja- « mais l'opinion religieuse n'influait sur ses jugements, » la raison doit hésiter au moins à le croire*.

Jamais homme , en effet, n'abonda plus que lui dans son propre sens, comme il l'a prouvé par toute sa conduite à l'égard du christianisme. Rien ne serait plus évident , de prime^bord , si l'on n'avait , à dessein , contesté et brouillé sur ce point. Toutefois , il ne vaut pas la peine de discuter fâstidieusement tout ce qu'ont dit là-dessus tant d'illustres et autres, du temps passé et du temps présent, qui tous

> Lîb.^ Orat, la ; Zoc., 4»Enii.,5; Amm. MarceU., 39-4* «1-9; Eut., 10; Cod* Theod., ia-i-5o à 55.

• Amin. Bfarcell., 99-10, 11. Parce que cet historien avoue en panant les défauts et les torts publics de son bëros, ce n'est pas une rubon d'admettre comme irrécusables tous les témoignaijps de sa constante admiration.

ni. AT

408 msToni loxAmx.

s'ébrouant au seul mot d'apostat, voudraient libérer oà Tempereur réfractaire de cette épitbète fameuse, que qoin siècles ont iuséparablement attachée à son nom. Lesfùl précédents ont montré ses motife de conviction. Qa'fli repria, comme on Ta ingénieusement remarqué, laié* gion de ses aopétres en quittant celle de son père,peai» porte : il n'a pas moins renoncé à la religion dans laquii* le il avait été élevé , qu'il avait professée jusqu'à viog ans , et qu'il professa encore, de son aveu , dix ans aprii qu'il n'y croyait plus. Il ét$iit libre d'agir ainsi , sansaiH cun doute ; de même , toute société dont on se retire ei également libre de constater cette désertion , et de Fiiii prouver, Les chrétiens n'ont pas fait autre chose , et tdk est, comme on sait, la signification ù'apostat. Ne les appelait-il pas, de son côté, déserteurs du paganisme *?Qiie si les autres religions n'ont pas de terme spécial pour qualifier un tel changement, et si l'Église catholique seule a pu imprimer une idée de blâme et de honte aux noms de renégat et d'apostat, qu'y faire, et à qui la faute?

Quant à la tolérance de Juhen, à sa politique religieu», et ses projets de réforme païenne , voici les faits dont se apologistes contemporains conviennent, et dont il ÊiulbieB convenir. Il commença par rappeler tous les évéquesetles prêtres bannis par les ariens sous le règne précédent, œ qui comprenait les catholiques aussi bien que les novatiens, les donatistes et les autres sectes; mais , afin qu'on ne put se méprendre sur cette impartialité, il engagea les diireR chefs des dissidents, qui donnèrent dans le piège, à venir en sa présence , avec une suite de leurs adhérents , disGOter leurs doctrines, et il les exhortait à cesser leurs disco^ des , chacun étant libre maintenapt de suivre sa religion ; et il répétait ironiquement, à l'imitation de Marc-Àarëe:

> Jul., leli; 39.

LI8 CHRÉTIINS. 4M

« Écoutez-moi , les Pranks et les Alamannes Tn*ont bien « écoulé ; ce qu*il faisait dans le dessein d'accroître les di»- « sensions au lieu de les apaiser , pour n^avoir plus à crain- « dre runanimité de la population chrétienne , sachant , « par expérience, que les bètes féroces sont moins hostiles « aux hommes que I4 plupart des chrétiens les uns aux « autres ^ , » réflexion d'Àmmien , répétée probablement de aon héros, qui, tous deux, oubliaient un peu vite les horribles tortures endurées par les chrétiens, durant trois siècles, de la part des païens, et cette unanimité, que Julien n^eût pas tant redoutée s'il ne Teût pas reconnue encore cbea les catholiques.

Déjà môme, il n'y avait plus de doute sur ses projets et ses sentiments. Par ses rescrits, qui se succédaient mpiàement, il imposait aux chrétiens le nom méprisant et superstitieux de GaliUens, puisque « leur folie avait failli « perdre Tempire ; » il exigeait absolument qu'on leur préférât les adorateurs des dieux, et cela, sur ce passage tant soit peu détourné d'Homère, « qu^il n'est pas juste « d'avoir soin ni pitié de ceux qui sont haïs des dieux im- « mortels. » Il ôtait au clergé ses privilèges, aux églises leurs biens; « puisque Tadmirable loi des chrétiens leur « prescrivait de renoncer aux biens de la terre, afin d'ar- « river plus aisément au royaume des cieux, il voulait,

tt autant qu'il était en lui, leur faciliter le voyage La

« pauvreté les rendrait sages en ce monde, et les ferait « régner dans l'autre. » Il ne manquait pas de les astreindre partout aux obligations de la curie, ecclésiastiques ou fidèles, quelles que fussent leurs exemptions. Il alla jusqu'à défendre aux chrétiens d'enseigner la grammaire, ni la rhétorique , ni la médecine , ni arts libéraux , sur ce motif, <x qu'ils ne croyaient point à l'inspiration des muses

* Jul.y lelf., 27 ; Amm. Mareell., aa-S.

800 HISTOIRE nOHÀINË.

« ni des dieux; qu'ils ne pouvaient regarder la littérature « comme religieuse, à moins de professer le paganisme. > En même temps, il accordait à la jeunesse la liberté de fréquenter les écoles nationales , affectant de ne pas vouloir les contraindre, quand il ne laissait aucun autre moyen d'instruction : « Ce n'est pas, dit-il, qu'il y eût « injustice à les guérir malgré eux , comme des frènéti- « ques; mais je permets d'être malades à ceux qui le voo- « dront. » Il ne tint pas à lui que les livres des Galiléais ne fussent anéantis ^

« Par les dieux! s'écrie-t-il dans un préambule de loi, « je ne veux pas qu'on fasse mourir les Galiléeus, qu'on « les firappe injustement, ni qu'on les maltraite en aucune

« sorte J'ai résolu d'user de douceur et d'humanité en-

«c vers tous les Galilé^s, et de ne point soufiFrir qu'aucan « d'eux soit nulle part violenté , traîné aux temples, con- « traint par de mauvais traitements à quelque chose de « contraire à son opinion, n En attendant , il les poursuivait sans cesse de ses mépris, de ses sarcasmes; il répétait contre eux toutes les vieilles calomnies amassées par la haine de trois siècles; et, comme il arborait sur les tribunaux et dans les armées les signes idolâtriques, comme il avertissait ironiquement ci qu'il n'était pas permis à un « cbrétien d'employer le glaive de la justice ni celui de la « guerre, )» comme il ne confiait les fonctions qu'à des païens zélés , réglant principalement ses choix par la divination; comme, enfin, on savait qu'il appelait les « impies Galiléens un mal funeste » au genre humain, il s'en-

* Jul., Lett, choisies^ 37, 6, 38, 4«t 33 , ao, 11, a3 ; Amm. Marcell., «9-3, 10, a54; Lib., Omf., la { Grég. Naz., Oral,, 3 ; Cod, Theod., ia>i , 5i , i3-3- 5'; Uom., Odyrs,, io>73 : c'est Eole qui parle, répondant à Ulysse, dont les compagnons ont laissé envoler les vents enfermés dans un outre :

0«/ yâf fAcs BijunçtT^t KfifAt^ijuii ôy/' iTcrf/^îrii»

LBS CHRÉTIENS. 501

suivait nécessairement que les chrétiens furent éloignés de tous les emplois, et partout arbitrairement vexés *.

Julien le supportait fort patiemment, malgré ses protestations ; il fournit d'ailleurs, contre eux, un prétexte perpétuel de persécutions indirectes, par la loi qui les condamnait à rétablir les temples païens détruits. Les évoques étaient surtout poursuivis avec acharnement par les magistrats et la populace à ce sujet : Marc d'Âréthuse reçut alors dans de barbares souffrances, qui ne furent point punies, la récompense d'avoir sauvé la vie au prince enfant. Quand il y avait meurtre, comme celui de George de Cappadoce , patriarche intrus d'Alexandrie , et que de telles violences ne pouvaient pas être ignorées, Julien se contentait d'une réprimande oratoire, et pardonnait en faveur de Sérapis au peuple meurtrier, qu'il n'appelait pas moins un peuple pieux.

Il eût bien désiré éviter le reproche de persécution, et la fermeté des chrétiens irritant ses espérances déconcertées , il essayait astucieusement d'ameuter les populations contre leurs évoques, qu'il leur représentait comme l'unique cause de troubles, sous prétexte qu'il avait permis aux Galiléens bannis de rentrer dans leur patrie , mais non dans leurs églises. Ce moyen réussissait peu, et alors sa fureur secrète se trahissait : « Si tu négliges de me mander autre chose, « écrivait-il au gouverneur d'Egypte , tu devais au moins tt m'informer d' Athanase , l'ennemi des dieux , puisque tu « connais depuis longtemps mes sages ordonnances. Je « jure par le grand Sérapis que si , devant les calendes de « décembre , Athanase , l'ennemi des dieux , n'est pas hors « d'Alexandrie , ou plutôt de toute l'Egypte , les officiers « qui sont sous ton commandement paieront une amende « de cent livres d'or. Tu sais que je suis lent à condamner,

» îiib., Om/., 12-88 : « finfo) BtSv xat/ SiSwi ha) fiii (TicTct/f. ]>

^iûS HISTOIftB BOKAINC.

« mais plus lent encore & faire grâce. » Et cette lettre officielle ne répondant pas assez à sa colère, il ajouta de sa main : « On méprise tous les dieux, j'en suis outré. Tu ne « peux rien faire qui me soit plus agréable que de chasser « Athanase de toute TÉgypte. Le scélérat ! il a osé , soos « mon règne, persuader à des femmes d'une naissance il- « lustre de recevoir le baptême ^ I »

On sait ensuite que le grand évoque fut obligé de se ea* cher pour échapper au glaive des soldats chargés de le tuer. Enfin les monuments ecclésiastiques, ûaaX je m'abstiens de faire usage ici , attestent des martyres présidés par Julien lui-môme et par son oncle, un des plus implacables bourreaux des chrétiens.

A défaut de ces divers témoignages, et quand le païen Eutrope, qui le loue, ne lui reprocherait pas d'avoir pwsécuté *, le fanatisme seul de Julien autoriserait à le penser. Tous les écrivains païens sont d'accord sur sa superstition. Plus fier du titre de grand-pontife que de la dignité impériale, a il sacrifiait à tout propos, portait le bois aux « autels, allumait et souillait le feu, égorgeait les victimes, « plongeait ses mains dans leurs entrailles pour en tirer le ^ cœur et le foie, i» Plus n avide de présages qu'Adrioi, « plus superstitieux que légitime observateur des eérémo- « nies sacrées , » on le voyait courant par les rues , avee une troupe d'augures et de prétresses, la lie des prisons; ses gardes ne le suivaient qu'à distance , tandis qu'il s^ffiitourait de cette escorte infâme, a disant et faisant tout ce

> Jul.) l£U,f 3o; «t pour ce qui |Hrëcède, £>«., 6, 38, 8, «(, t?, i^; Lib^ Oraf., i2-6o, Epist,, 7S0 ,• Âmm. Marcell., aa-io,

> Eutr., 10 : M In qaibusdam philosophie propior, in amicos liberalis, sed minus diligens^ quant tantum principem dacuit; fuerunc enint Donoalliqai vulnera gloriae ejus inferrent ; in provinciales juscisstmus et tributoram, quatenus fieri posset, repressor ; civilis in cunctos ; mediocrem h^ben^ «nrii

l'hellémsme. 505

« qu'on peut attendre de pareilles gens *. » Sa vision d'Apoûon à Vienne lui avait inspiré une prédilection pour le culte de Mithra, même par-dessus les divinités homériques; il 86 faisait représenter sur les monnaies en Sérapis, et Hélène en Isis; il était encore Osiris, Horus, Harpocrate, Anubis , Nil et Sphyns. Dans les tableaux destinés aux temples, il paraissait entre Mars et Mercure , recevant de Jupiter le sceptre et le diadème ".

Hais , depuis un siècle surtout, que le christianisme sortait toujours plus fort et plus radieux des tortures, on sentait invinciblement le vide et la turpitude de tout le paganisme. Aprèd avoir entrepris contre les merveilles de la prédication évangélique une rivalité de prodiges divinatoires et tbéUrgiques, en Tbonneur des dieux, les sophistes et les pontifes, ligués sous la protection du pouvoir impérial, avaient essayé ensuite une rivalité de doctrine. C'avait été « le principal effort des néoplatoniciens, lamblique, Plotin « et Porphyre à leur tête , de s'approprier, en les dénatu- « rant, les dogmes de l'Évangile. » Ils avaient, [à Tenvi, tourmenté leur imagination à épurer, par l'allégorie, la démence et l'infamie des fables rehgieuses. Nul n'était plus imbu que Julien de cette idée; il avait, de plus, un exemple récent qu'on n'a pas assez remarqué , l'organisation tentée d*une hiérarchie>t d'une discipline païennes dans le peu de temps que le second Maximin régna en Orient. Julien voulut reprendre et réaliser cette double tentative, donner un corps à la mythologie, c'est-à-dire une doctrine et

curam ; gloriae avidus, ac per eam aDÎmi plertimque immodici ; nimius re^ ligionis christianœ insectator^ perinde tamen utcruore abstineret. »

* Amm. Bfarcell., a 5-6. * Il est étrange, dît nattement Gibbon, que notti « ne trouvions rien à opposer au titre d'uo des chapitres de Tillemont : La « cour de Julien est pleine de philosophes et de gens perdus. • yoy, Tiilem., JuLf i3.

* Banduri, Numism, imperat.

U)4 nisTOias romaine.

une r^lo sur le modèle du christiaDisme, et il appela cette prétendue réforme Y Hellénisme. Là, les uns admirent encore av(jourd*hui un projet vaste , d'avoir essayé de faire une Église du polythéisme; ils y trouvent une grande habileté, une intention même louable en un sens, et ils le proclament le Lulher païen de son siècle ^ D'autres, par un sentiment opposé, ont nié qu'on eût le droit de lui prêter des vues si vastes, « parce que le paganisme, par sa na- « ture et celle du temps, n'était pas réformable*. » Ce fut là précisément l'absurdité; et lorsqu'on avance qu'il n'a pu imiter les Galiléens, parce qu'il les méprisait, il n'est pas si rare qu'on le pense d'envier ce qu'on méprise et d'imiter ce qu'on déteste.

Où donc aurait-il pris ses règlements nouveaux , cet homme qui raillait l'histoire de Moïse et la discipline chré« tienne ? Était-ce dans les poésies grecques, quoiqu'il les regardât comme des conceptions et des enseignements de piété ? Où aurait-il pris surtout cette distinction, inconnue avant le christianisme , du culte rendu aux images et de l'adoration rapportée à un être invisible? D'où aurait-il conçu cette subordination de ses pontifes provinciaux à son autorité de grand-pontife , et du corps sacerdotal aux pontifes provinciaux, comme celle des évêques au pape, et des prêtres aux évêques? Où aurait-il trouvé enfin toutes ces prescriptions qu'il adressait à ses vicaires religieux dans ses circulaires : « Ne penserons-nous jamais aux « moyens par lesquels l'impiété s'est le plus accréditée

* MM. Benjamin Constant et de Chateaubriand. Reste à savoir si la comparaison est honorable pour Julien. L'école d'histoire romantique se remet de plus belle à vanter Lutlier^ qui ne fut pourtant, au fond, qu un pauvre iiomme, malgré son succès. Cest ce que prouvera pleinement une histoire réo'lc des réformateurs, que prépare H. Leclerc d'Aubigny, jeune érudit, esprit ferme et ardcut, qui iio craint pas plus le travail que la vérité.

• M. Deugnot, Destruction Un ffaganisme.

l'ukllénisme. 505

« dans le monde? Je veux dire Thospitalité, le soin d'en- « scvelir les morts, une vie extérieurement réglée. Ils jouent « toutes les vertus; c'est à nous de les pratiquer vérjtable- « ment.... 11 ne suffit pas« dit-il au pontife de Galatie, Ar- « sacius, que tu sois irréprochable, tous les sacerdotes do « Galatie doivent Tôtre comme toi. Emploie la persuasion <c ou les menaces pour les obliger à vivre conformément à « leur état... Avertis-les qu'un sacrificateur ne doit pas « paraître au théâtre, ni dans les tavernes , ni avoir dans « sa bibliothèque des comédies, des satires, des contes lift ccneieux. v Ailleurs, il ne leur permet pas non plus de lire les systèmes d'Épicure et des sceptiques, a Etablis en

« chaque ville des hôpitaux Il est honteux qu'aucun

« juif ne mendie, et que les impies Galiléens, outre leurs <c pauvres, nourrissent encore les nôtres, qui manquent de « tout par notre faute. Apprends aux Hélices à contribuer « pour ces dépenses; ne souffrons pas que ces nouveau- « venus nous enlèvent notre gloire, ni qu'en imitant des « vertus dont nous avons parmi nous l'original et le mo- « dèle, ils couvrent d'opprobre notre négligence et notre

« inhumanité Je suis prêt à secourir les habitants de

« Pessinunte, pourvu qu'ils se rendent propice la mère

« des dieux S'ils la négligent, non-seulement ils sont

« coupables, mais, j'ai peine à le dire, ils ressentiront mon « indignation^. »

Tout ce zèle tombait à terre; les pontifes païens ne comprenaient pas qu'ils dussent s'astreindre à une vie régulière, si contraire à celle de leurs dieux : c'était précisément pour cela qu'ils ne voulaient point du christianisme. Quant aux autres , riches et pauvres , contents de ce que l'ancien culte relevé légalement leur ouvrait les honneurs et les emplois , comme il ne s'ensuivait pour eux aucune

* Jul., Lett., 8, 33, ttfragm,

ni. 45

506 HISTOIRE ROMAmS.

pratique absolument obligée , ils laissaient le prince et ses pontifes multiplier à leur gré les rites et les sacrifices, et tiraient môme cet avantage du discrédit de leurs divinités, qu*ils n'aUaient point aux temples et n'y fournissaient rien. Julien n'en pouvait cacher son dépit; tous ses efforts étaient inutiles : « Si Thellénisme ne fait pas encore les pn^rès €t qu'il devrait, c'est la faute de ceux qui le professent; de « la part des dieux tout est grand, tout est magnifique, et, « soit dit sans offenser Némésis , au-dessus de nos espèce ranceset de nos souhaits. )» Ces plaintes revenaient souvent *.

» laL, UtLt H, t7» 6a, 63, et MUopog»

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