‹ Histoire romaineChapitre 85 sur 107 · LB COMTE THÉODOSE. B · texte numérisé non relu

LB COMTE THÉODOSE. B

auparavant , une alternative continuelle , et toujours semblable, de guerres et de négociations avec les Germains, les Sarmates et les Perses, sans conclusion réelle : toujours; ruptures imprévues des Barbares, hostilités indirectes de Sapor, représailles des Romains, victoires difiSciles et traités précaires. L'empire , avec toute sa supériorité , ne pouvait plus sortir de la défensive. Au moment de l'usurpation de Procope , les Goths redevenaient menaçants ; Athanarik, leur roi, réclama les prisonniers de sa nation; Valons refusa, et après deux ans de combats, il retrancha aux Goths leurs subsides, en leur interdisant le territoire romain , hors deux villes sur le Danube , pour y faire les échanges de denrées (369). Il se retourna ensuite contre Sapor, qui s'était débarrassé par trahison du roi Arsace pour s'emparer de l'Arménie. Para, le fils de ce prince, fut rétabli ouvertement par l'empereur , et le Perse vaincu demanda une trêve (373), De tels succès étaient dus aux .capitaines de l'armée d'Orient , à la tête desquels brillaient Arintheus et Victor, maîtres de la milice, tous deux également habiles pour les campagnes et les négociations, également redoutés des Perses et des Goths ; le premier, célèbre par sa force et sa beauté , qui en faisaient le « modèle de la nature humaine, » et par ses exploits, qui surpassaient toute idée; le second, non moins estimé pour la bravoure et le talent. Valens, qui favorisa l'arianisme, sut apprécier leur mérite, et s'en servir, malgré leur zèle catholique *,

Valentinien , de son côté , résidant à Lutèce , envoyait ses généraux contre les Alamannes, les Saxons, les Scots. Le comte Théodose , alors le plus illustre guerrier de l'Occident, réussit seul à préserver Albion d'une ruine presque certaine, en confmant les Scots dans leurs montagnes, au

* Thëmist., Orat.y lo; Amm. Marcell., a6« 37, 3o , 3i, pax^tm ; Basil., Fp«*«., 374» 4»8, 3i/|, 186, 38o.

5i0 RisToinB ROHAnnE.

delà du pays des Maœlcs, dont il fit, sous le nom de Yalentla, la cinquième province romaine en Bretagne. Il revint ensuite battre les Saxons et les Franks (56^570) ; et pendant que Tempereur garnissait de fortlQcations noavelles le Rbin et le Danube S il fut cbargé de soumettre encore l'Afrique, soulevée par le prince maure Firmus. Avant que le rebelle eût consolidé son indépendance , il Hborde à Igilgitanum (Gigeri), déconcerte, par une active fermeté, toutes ses ruses et ses feintes propositions, qui n'avaient d'autre but que de gagner du temps et de séduire les troupes romaines, prévient tous ses complots, le poursuit sans relàcbe avec autant de hardiesse que de prudence. Arrivé à Tusupta , ville antique , située aux pieds des montagnes de fer, il reçut et renvoya sans réponse une nouvelle dépulation de Firmus. En plusieurs expéditions, ce vaillant homme fit franchir aux Romains les plus inaccessibles défilés de l'Atlas jusqu'alors inconnus (les Portesde-Fer ) , sans avoir jamais plus de quatre mille soldats, avec lesquels il dispersait des armées de vingt mille Africains *. Enfin, parvenu chez les sauvages Isafles, où s'était n'îfugié Firmus , il eut une entrevue avec leur roi Igmazcn , et celui-ci lui demandant fièrement : ce Qui es-tu, el « que viens-tu faire? — Je suis , répondit Théodose, avec « un regard de mépris, un comte de Valentinien, le maître « du monde , qui m'a envoyé pour mettre à mort un bri- « gand, et si tu ne le livres sur-le-champ, selon la vo- « lonté de l'empereur, tu seras exterminé avec toute ta « nation. » Le sauvage, exhalant son dépit par des injures, se retira pour livrer bataille ; mais effrayé de deux défaites , il revint secrètement demander grâce , engageant le vainqueur à redoubler ses attaques , pour contraindiv

' A mm. Varoetl., aS.

*Aiiim. M,trci?1l., ap-io, la.

TàLENTIKIEN I*'. — talens. 82 1

^' les Isafies à quitter la cause de Firmus, qui, bientôt saisi, ^ en effet, se pendit afin de n'être pas livré (571-373) *. ' Tant de succès des deux côtés de l'empire n'empochèrent B pas les deux empereurs d'employer la trahison , secours f ordinaire de la crainte ou de la lassitude. Yalens, soup- : çonnant Para de se ménager un accord secret avec Sapor, t donna ses ordres au chef des troupes romaines en Arménie, et Para fut tué dans un festin (573). Sapor profita i seul de ce crime ; il reprit l'Arménie et la suprématie de t ribérie \

La même année , un jeune duc de la frontière illyrienne s'étant vanté d'achever les fortifications du Danube en dépit des Quades, feignit d'écouter les réclamations de leur roi Gabinius, qui vint protester en personne, et, après une

* Aqim. Marcell., s9-l4; ^a*^* vet.; Pacatus, 5; Claud., De tertio consul, Honor., v. 5a.

Quem littus adustœ

Horrescit Libyae, ratibusqae impervia Thule. nie levés Mauros, Dec faîso oomine Pictos Ëdomuit, Scotumque vago mucrone aecutus, Fregit liyperboreas reinU audacibus undas, Et geminis fulgens utroque sub axe tropaeis Teihyos alternée refluas calcavittireiias.

De quarto couitil,, v. *\ :

Cui post arctoa frementi,

Classica, Massylas annexuit Africa lauros. lUe Caledoniis posuit qui castra pruinis.

Maduerunt Saxooe fuso

Orcades : incaluit Piclorum sanguine Tliule, Scotorum cumulos flcvit glacialis Hiberna. I^uis calor obsistit forti ? per vasta cucurrit iEthiopum, cinxitque novis Atlanta maniplis.

Laus Serentgj v. 4» :

Qui signa Britanno

Intulit Oceano, Gaetulaquc repulit arma.

Claram Scipiadum taceat Comelia gcntcm, Seque minus jaclet Libycis dotata trojaeis.

s Amm. Marcell., 3o.

récoplion honorable, il l'assassina , ce qui attira unftirien soulèvement des Quades et d'horribles ravages en Pannonie. Les Barbares ne rencontrèrent de résistance que du jeune comte de Mœsie, digne soutien du nom et delagto de son père Théodose. Valentinien, sans songer à punir du moins la perfidie de son général, alla lui-même refouler l'invasion, ravager à son tour le pays ennemi, et contraindre les Quades à demander la paix. Il reçut leurs députa en vainqueur irrité , et, se laissant emporter à saviolenoe naturelle, sur ce qu'ils rappelaient pour excuse les fortifications contraires aux traités, il éclata en reproches et en menaces, et tout-à-coup, frappé comme d'un coup de fondre, il perdit la voix * 5 on le ramena, couvert d'une sueur froide, dans son palais, où il expira (375). Il laissait deux fils, dont il avait déjà déclaré Auguste l'aîné, nommé Gratien.

Le règne intérieur des deux frères se ressemble ; la différence de leur caractère ne se fit sentir qu'en W seul point, la conduite touchant les affaires religieuses. Tous deux d'une exacte pureté de mœurs , ils réformèrent la mollesse et le luxe de la cour impériale par une véritable simplicité. Us ne donnaient point les charges à la faveur ni à l'intrigfue: les services et les talents militaires n'avaient point à craindre l'oubli ni le caprice. Nul homme de finance n'était mis au gouvernement d'une province. Et tout en attribuant aux deux princes une avidité de richesses, on reconnaît que Valens, loin de pressurer les peuples, diminua les tributs d'un quart ; que l'Orient , sous ce rapport , * n'eut jamais de meilleur maître. » Quant à Valentinien, moins généreux, mais très-économe, il n'exigeait rien que pour les nécessités pubhques, telles que les dépenses des fortifications. U prévarication connue n'évitait point le chàtitppnt, et dans

» Amm. M.ircell., 29-9, i5, 16.

YALENTINIBN l*. 523

l'ordre civil, comipe dans Tarmée , une rigoureuse vigilance imposait le devoir ^

Yalentinien porter plusieurs lois remarquables, qui furent communes aux deux empires. Il établit un médecin pour le service public de cbaque quartier, à Rome et à Gonstantinople, avec des appointements et des privilèges convenables. Il punit sévèrement l'abandon des enfants nouveaunés. Il rendit la liberté d'enseignement aux cbrétiens, et favorisa Tinstruction , en la régularisant, pour toutes les provinces, sur le modèle des deux écoles ou académies des deux capitales, dont chacune avait trente-un professeurs, de droit, de philosophie, de rhétorique et de grammaire grecque et latine, et se^^X antiquaires ou scribes, pour multiplier les copies des auteurs classiques; il compléta ainsi Vuniversité de Constantin. On tenait registre des étudiants^ on inscrivait , avec leur nom , leur condition et leur demeure, d'après l'attestation préalable du magistrat de leur province. Les études finissaient à vingt ans ; le préfet de la ville avait juridiction sur eux, devait veiller à ce qu'ils ne fréquentassent pas les spectacles, et présentait tous les ans au maître des oSîces un rapport sur leur exactitude et leurs talents.

Les villes de l'empire durent encore à Valentinien l'institution d'un magistrat nouveau, intitulé défenseur^ à élire par tous les habitants entre leurs plus nobles citoyens, pour prendre les intérêts de tous et de chacun , et porter plainte, au besoin, devant les gouverneurs, les préfets pré^ toriens , et devant l'empereur même. Ce renouvellement si lointain des anciens ecdices des villes d'Asie, peut être considéré cQpme une véritable création, et indique un heureux progrès d'idées et d'intentions de la part du pouvoir '. C'é-

* Amm. Marcell., 3i-i5, 3o-ia.

• Cod. Tlieod. , 1 3-3-6, 1 4-9-1 ; Aug., Confess,y 5-8; Giannone , Istoria di

Kâi HiSTOntB fiOMÀINC.

mit le premier lien qui rattacliait les citoyens au prince. Certes, aucun empereur, si ce n'est le seul Alexandre Sévëi*e, n*avait encore aussi bien compris les intérêts publics, et n'avait été si populaire.

Malbeureusement une autre idée, qui semblait vérifiée par Texpérience , et que Dioclétien avait conçue uniquement pour l'avantage du monarque , porta Valenlinien à continuer la subdivision des gouvernements. Il fît deux provinces de la Gappadoce, trois de la Palestine, une de la Lycaonie, démembrée des provinces voisines ; il forma de même en Gaule une seconde Narbonnaise. Ammien , en mentionnant le supplice des deux officiers qui avaient livré Procope, ajoute cette réflexion : « S'ils avaient trabi un « prince légitime^ la justice elle-même ratifierait leur con- « damnation; si, au contmire, ils avaient trabi un rebelle, « un perturbateur de la paix intérieure, comme on le disait, « on leur devait des récompenses pour cette action mémo- « rable ^ » L'historien n'ose approuver la tentative de Procope, tout en regrettant le mauvais succès du rebelle, tout à la fois païen et représentant des droits de Constantin. Ceci exprime la situation descboses à cette époque. Le pouvoir, monarchiquement posé , semblait par là même appartenir à une famille qui donnait désormais des princes légitimes. Mais deux élections militaires interrompant sitôt la dynastie naissante , remettaient en question le principe d'héi-édité. C'était un motif de plus, pour un nouveau prince, de diminuer toujours les chances de révolte ; la diminution des autorités secondaires et locales produisait cette utilité, en affaiblissant les moyens de résistance, et en multipliant la surveillance avec la communication du centre à la circw-

Aapoti; Cic, Leti,fmm.^ i3.56; Plin., lo-S; Cod. Theod.y i-ii, Cod, Instin., IÔ5-I, j>; Til'em.. raient,, i3, 7liW«Mf.« 73, et Uonor., 35. *Ajnm. Alni-ccil., '6-ia.

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