‹ Histoire romaineChapitre 10 sur 50 · DU CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE PREMIER

Tribanat te Gfaeches , 1 33-f 24 .

S'il eût été possible à un homme de trouver le remède à tous ces maux , de rendre au petit peuple les terres et l'amour du travail qu'il avait perdu, de mettre un frein à la tjrannie du sénat ^ à la cupidité des chevaliers, d'arrêter ce flot d'esclaves qui venait de tous les points du monde inonder l'Italie et en détruire la population libre, celui-là eût été le maître et le bienfaiteur de l'empire. LAlius, et peut-être Scipion Emilien ^ , qui partageait toutes ses pensées, avaient songé d'abord k cette réforme, mais ils comprirent qu'elle était ^impossible, et

• Plutarcfa., in Gmcch., ç. 8 , p. â25. (Paris, 4 624. ) ticiX^îpvfn pcvovv TQ ^topBôitni Tâïoç AaîXeoç o IxcTrtcavoç eloiîpoç.

eurent la .sagesse d'y renoncer. Les Gracches la tentèrent, et y perdirent la vie, l'honneur, et jusqu'à la vertu.

Depuis que le premier Scipion l'Africain avait été si près de la tyrannie, le but était marqué pour l'ambition des grands de Rome. Les familles patriciennes des Scipions* et des Appii, et la famille équestre des Sempronii ^ , d'abord ennemies et rivales, avaient fini par former une étroite ligue, Tib. Semproniud Gracchus protégea dans son tribunat l'Africain et l'Asiatique, et en récompense il obtint pour épouse la fille du premier, la fameuse Comélie. D exerça la censure avec Appius Pulcher, et se montra moins populaire encore que lui, tout plébéien qu'il était. Appius donna la main de sa fille au fils aîné de son collègue, au célèbre Ti-

* Cette origine équestre des Gracches semblera un fait important , si Ton songe que de toutes les réformes de leur tribunal , il n>n resta qu^une : ia translation du pouvoir judiciaire des sénateurs aux chevaliers. Peut** être leur proposition de donner lie droit de cité aux Italiens , et même leur loi agraire , n^étaient-elles qu^un moyen de donner à Tordre équestre le pou- Toir judiciaire , auquel étaient attachés tous les autres. J^adopterais cette opinion si un passage de Salluste n'y semblait contraire. Sali. , Jug, e. 42. — Les Italiens avaient plus à perdre qa'à gagner au succès des Gracches. On Terra plus bas quMls prièrent Scipion Emilien d^empécher l'exécution de la loi agraire. Cicéron dit ( De Rep», lib. III, c. 24 ) : « Tibérius Gracchus , dont les citoyens n'eurent point à se plaindre , ne respecta ni les droits, ni les triiités des alliés et des Latins. »

bérius Gracchus^ 6t fut^ arec ce dernier^ triumvir pour Pexécution de la loi agraire. Cette race des Appius depuis les décemvirs jusqu'à l'empereui^ Néron, en qui elle s'éteint, cherche toujours la tyrannie, tantôt par l'appui du parti aristocratique, tantôt par la démagogie.

Gracchus eut de Comélie deux fils, Tibérius et Caïus , et a«tant de filles ; l'une fut donnée à Sdpion Nasica, le chef de l'aristocratie, le me«rtxi«r de son beau-A'ère Tibérius. L'autre épousa le fils de Paul Emile , Scipion Émilien , qui périt par les embûches de sa femme % de sa belle-mère Comélie et de son beau-frère «Caïus. Le dédain de Scipiôn pour sa femme lui eût attiré la haine de sa bellemère Cornélie, quand même l'ambitieuse fille^du premier Scipion n'eût pas \u avec dépit dans le second Africain, l'héritier d'une gloire qu'elle eût voulu réserver à ses fils. Elle se plaignit long-temps d'être appelée la belle-mère de Scipion Eiailien plutôt que la mère des Gracches. Lorsque ceux-ci eurent péri dans les entreprises téméraires où elle les avait précipités , retirée dans sa délicieuse maison de Misène , au milieu des rhéteurs et des sophistes grecs dont elle s'entourait, elle prenait plaisir à conter aux étrangers qui la venaient voir, la mort tragique de ses enfans.

F, plus bas.

Cette femme ambitieuse avait de bonne heure préparé à ses fils toUs les instrumens de la tyrannie ^ y l'éloqùenoe ^ ààns laquelle ils passaient tous lea hommes de leur temps j la valeur , Tibérius

* G^est ce qui ressert de tout le rckât dé PlvUrqne. EUe s'en repentit pfais iai^ y ^ esspya de relenir Gaïus , à une épo<pie où "rraiseoftbkilileineut.U eût été perdu , même sans ^^^r.

In Corn. Nep. Ltettre de Ck)rnëlie à C. Gracchus : k J'oserais jurer avec les paroles consacrées qu'après ceux qui ont tué Tibérius Gracchus , aucun eaaemi ne m'a dondé autant de chagrin , m autant de peine cpue toi par dfe pareille choses , toi qqi devais re«|p|a<;er .auprès- de moi tous les t»(àat qae j'ai perdus , veiller à ce que j'eusse le moins de souci possible en ma vieillesse, n'avoir d'autre but dans toutes, tes actions que de me plaire, et regarder comme un crime de rien faipe d'important contre mon gré ; à moi surtout à qui il ne reste que peu de temps à vivre , et à qui même ce si court espace ne peut être en aide pour t'empêcher de m''être contraire et de dé* solèf la république. Mais, puisqu'il n'en peut advenir ainsi , que nos enne-* mis, malgré le temps, ma^^ les factions , ne périssent' point d'iHL longtemps , qu'ib ne soiei^ plus demain ce qu'ils sont aujourd'hui , plutôt que la république ne soit désolée et ne périaAse. Et puis quand ferons-nous donc une panse ? quand donc cessera notre famille de délirer ainsi ? quand donc y aura-t41 un terme ^ tout cela ? et quand finirons-nous , àbsens et présens , de nous causer tant de chagrins et de tourmens? quand donc aurons-nous honte de brouiller et de troubler la république ? Mais , si absolument il n'en peut advenir ainsi , dès que je serai morte , demande le tribunat , fais ce que tu voudras , alors je n'en sentirai rien. Dès que je serai morte , tu m'offriras le culte des aïeui , et tu invoqueras la divinité de ta mère ; mais ne rougiras-tu pas alors d*implorer par des prières ces divinités que vivantes et présentes tu auras négligées et délaissées ? Veuille ce Jupiter ne pas permettre que tu persévères 'davantage , ni qu'il te vienne dans l'esprit une si grande démence ^ car si tu persévères , je crains bien que pour toute ta vie tu ne recoeilles de ta faute une si grtmde douleur y qu'en aucun temps tu ne puisses être bien et en paix avec toi-mêjne ? » Trad, de M^ Ca$Mn.

n. Il

monta le premier sur les murailles de Carthage; la probité même ^ y ce n'était point de telles ambitions qui pouvaient s'arrêter à l'avarice. Les stoïciens qui élevèrent les deux en£ans^^ comme ils avaient élevé Clcomène^ le réformateur de Sparte^ leur inculquaient cette politique de nivellement qui sert si bien la tyrannie y et les fables classiques de l'égalité des biens sous Romulus et sous Lycurgue. L'état de l'Italie leur fournissait d'ailleurs assez de motifs •spécieux. Quand Tibérius traversa l'Italie pour aller en Espagne^ il vit avec douleur les campagnes abandonnées ou cultivées par des esclaves '.

* Fragment d'un discours de Tibërios Gracchus : « Je me suis conduit dans li^|N>Tince comme j'ai cru deyoir pour Totre profit et sans coBsoher mon ambition. Chez moi point de festins , point de jeunes garçons à mes côtés. — Mais yos fils trouvaient ï ma table plus de réserve que sous la tente du général... Je me suis conduit dans la province de manière que pas un ne pût dire que j'aie reçu de lui un as ou plus d'un as en présent , ou qu'il se ' soit mis en frais pour mon service i et je suis resté deux années dans cette province. Si jamais j'ai tenté l'esclavage d'un autre , regardes-mo^ comme le dernier , comme le plus pervers des hommes. D'après ma conduite si chaste

avec leurs esclaves , vous pouvez juger comment j'ai vécu avec vos fils

Aussi , Romains , ces ceintures qu'à mon départ de Rome j'avais emportées pleines d'argent , je les ai rapportées vides de la province : d'autres ont emporté des amphores pleines de vin , et ils les ont rapportées pleines d'argent. » ' PluUrch., tn Gracch. , — q Ti6ipioç... AiOf)àvouf tov piHopoc

Plulardi. in Gracch. , p. 828. — Tàioff iv rtvt jScSXtw yeypaffV» , tiç Nouocvlîav cjopcvoj^cvov §eà rHç Tup^^viocç tov Ti^épeov, tmIto^

L-ainé) Tibérius, d'un c^actère naturellement doux^ fat jeté dans la violence par une circonstance fortuite. Questeur de Mandnusen Espagne, il avait signé et garanti le traité honteux qui satuva l'armée. Le sénat déclara le traité nul, livra Maneinus , et

Tibériiu disait dans ses harangues an peuple : <c I^ bêtes sauTages qui sont répandues dans lltalie ont leurs tanières et leurs repaàres où elles peurent Se rétirer, et ceux qui combattent, €pi verseift leur sang pour là defieiise.de Tltale, n^y ont à eux q«e la lumière et Pair qu'ils respirent : sans maisons, sans demeure fixe , ils errent de tous côtés arec leurs femmes et leurs enfans. Les généraux les trompent, quand ils les exhortent à combattre pour leurs tombeaux et pour leurs temples. En eSt-îl un iseùl dans un si grand BCBibrÊ qui ait du autel domestique et nn to^ieau où reposent ses ■anc4ties? Os ne. combattent et ne meurent que pour entretenir le luxe et Topulence d'autrui; on les appelle les maîtres du monde, et -ils n'ont pas en propriété une motte de terrel »' — 'Ceci explique la dépopulation rapide qui eut lieu. Att'temps de Ute-Livë , le Latium était d^à presque désert : « Non dubito , » prsBtgv. flaftictqitqn , tôt jam libris assidua bella cum Vobcis gesta legen-

» iibus, iUud quoque succursurum* unde teties "victis Yolscis et iEquis

n sufiecerint milites : quod cum ab antiquis tacitum praetermissumque » sit, cujus tandem ego rei praeter opinionem, que sua cmque con- » jeetanti esse potest, aucto^ san ? SiiiiUe> veri est , aut inberrallis bello- » mm, sîcttt BUDO ia. deleotibos fit romanis, alià atque aliâ subole joniomm » ad bdla instaurand^i toties usos esse aut non ex iisdem semper populis » exercitus scrîptos, quamquam eadem gens bellum intulerit : aut innume- » rabiiem muititudii^^m liberorum capitum in eis fuisse locis , ^uœ nunc, » Pix seminado exiguo tniUiutn rtlich , ^roitia romana ab •soUùt'- M ^me viudicdnt, »

roulait lÎYrer Tihériut. Le peuple, et san$ doute les cbenralièra auisquels apparteuiût sa famille/ le sôiwèreat dé cet opprol^re, e% assurèrent au sénat uii ^(inemi impUcs^Ie,

Ij^ prffiiière loi agr^iire qu'il prpposa dwis son tribunat, n'était pourtant pas, il faut le dire, injuste ni violente. Il l'avait concertée avec son beaupère Appius, le grand-pontife Crassus, etMut^u^ Sc^évola, le célèbre jurisconsulte. Il ne prétendait pas, comme Licinius Stolo, borner à cinq cents aiv pëps lés propfiçtés patrimoniales des riches. Il ne leur ôtait que les terres du domaine pubUc. qu'ils avaient usurpées. Encore leur en laissai t<4l cinq cents arpens, et dçux cent cinquahté de plus aU nom de ji^urs epfans mâles. Ils étaient indemnisés du su^ phis , qui devsut étrepaitagé aux citoyeiis p^uvi^es» L'opposition ïiit vive. Les riches considéraient ces ferres, pour la plupart usurpées depuis un temps immémorial, comme huff propriété* I^^nr résis-^ tance irrita Tibérius, qui, de dépit, proposa nsie loi nouvelle, où il leur retranchait l'indemnité, les cinq cents airpens , et leur ordonnait de. sortir s^ns délai des terres du domaine. C'était ruiner ceux qui n'avaientpas tfautre bien, spolier ceux qui avaient acquis de bonne foi, par achat, mariage, etc. C'était dépouiller, npn-seulemçnt les propriétaires, mais leurs créanciers. Cependant Tibérius poursuit son projet avec un emportement aveugle; il viole

la puissance tribunitieiine^ fait déposer par le peuple soti collègue Octavius dont le i^to Farrétaity et lui substitue un de ses clibns» U se fait noihmer lui-même triumvir > pour l'exécution de sa loi ^ avec ^on beau-père Âppius et son jeune frère Caîus, aloris retenu sous les drapeaux» Enfin ^ au préjudice des droits du sénat ^ qui depuis long-temps réglait les nouvelles conquêtes^ il ordonne que l'héritage du roi de Pergame légué au peuple romain par ce prince , sera affermé au profit des citoyens pauvres ^ .

«Après avoir soulevé tant de haines^ il était perdu s'il n'obtenait un second tribunat^ qui lui permit d'exécuter sa loi y et d'intéresser par le partage des twres une multitude de nouveaux propriétaires à sa vie et à sa puissance. Mais le peuple s'inquiétait (noins de savoir par qui les terres lui seraient partagées. Tibérius, craignant d'échouer, se chercha de nouveaux auxiliaires ; il promit aux cheva-^ liers le partage de la. puissance judiciaire avec les sénateurs, et fit espérer aux Italiens le droit de eité^. Depuis que le petit peuple se composais en.

* Plutarch. , in Gracch. , c. H , p. 830. *- ôjemç twç t^v ;c«f>«W

Plutarch., in Gracch, , c. <9, p. 832. ^ Tofç x^tvouvt tÔIï ay);x^ïjTcxoec oScrc xalajxiyvù? ex twv cTTTriuv t^ taov àpid/xov. — ^^' Paterc. , liv. II , c. 2. <f 11 promit le droit (le cité à toute Fltalic. »» * ' " ' '

grande partie d'affranchis^ et que le sénat s'étaîf saisi des jugement criminels^ les riches^ la tête du peuple, autrement dit les chevaliers^ réclamaient le pouvoir comme représentant désormrais seuls le peuple, dont la partie pauvre avait disparu. Re-% poussés depuis long-temps des charges qui donnaient entrée au sénat , ils voulaient du moins influer indirectement sur ce corps tout puissant, et juger leurs maîtres. Mais en même temps ce que les chevaliers craignaient le plus, c'était l'exécution des lois agraires qui les auraient dépouillés des terres publiques dont ils étaient les principaux détenteurs ; c'était l'admission au suf&age des cotons romains sur qui une grande partie de ces terres avait été usurpée, encore plus celle des populations kaliennes, à qui elles appartenaient originairement, et qui, une fois égalées à leurs- vainqueurs, eussent été tentées de les reprendre. Ainsi les riches romains, les chevaliers , rivaux du sénat pour la puissance judiciaire, étaient encore plus ennemis du petit peuple romain et italien qu'ils tenaient ruiné et a£Eamé. Tibérius, en essayant de les gagner en même temps, voulait une chose contradictoire. D ne fut soutenu de personne. Les pauvres, Romains et Italiens, virent en lui Famî des chevaliers qui retenaient leurs biens : les sénateurs et les chevaliers , Fauteur des lois agraires qui les forçaient de res^ tituer.

Le peu de partisans qui lui restaient dans les tribus rustiques étant éloignés pendant Tété par les travaux de la campagne ^ ^ il resta seul dans la ville avec la populace qui devenait chaque jour plus indifférente à son sort. N'ayant plus de ressource que dans leur pitié , contre les embûches des riches ^ il parutsur la place en habits de deuil ^ tenant en main son jeune fils et le recommandant aux citoyens ^. En même temps, il tachait de se justifier de la déposition d'Octavius^ et employait toute son éloquence à mettre au jour ce secret fatal qu'il eût dû, dans son intérêt, ensevelir au fond de la terre : que îes caractères les plus sacrés, celui de roi, de vestale, de tribun^ pouvaient être effacés. Ses ennemis pro-

" Appian., 2»t. , p. 6H , c. 357,

" Plutarch. , in Tib, Gr, — Fragmentum nuper repertum in ioedito CU ceronis interprète. « Si vellem apud vos verba facere et à robis postulare , » cùm génère summo ortus essem et cùm fratrem propter vos amisissem , » nec qubquhni de P. Africani et Tiberii Gracchi famiiia nisi ego et puer » restaiemus , ut pateremini hoc tempore me quiescere , ne a stirpa genus » nostrom interiret et uti aliqua propago generis nostri reliqua esset, baud ?> scio an lubentibus a vobis impetrassem. ^»

c Romains, si je voulais prendre devant vous la parole et vous demander, moi le descendant d^une si noble famille, moi qui ai perdu mon frère pour vous, et qui de la maison de Scipion F Africain et de Tibérius Gracchus reste seul avec cet enfant , de souffrir que je trouve maintenant le repos, afin qne notre famille ne soit pas anéantie tout entière, et qn^il en survive qudque débris, je ne sais si vous m^accorderiez cela volontiers. » Traduetion de M. Villemain. — G^cst ici Gains Giacchus qui parle.

filèrent contre lui-même de cette imprudente apologie.

Le lendemain^ de bonne heure, il occupa le Capitole avec la populace. Il portait sous sa robe un dolon, sorte de poignard des brigands dltalie. Les riches, appuyés de quelques-uns des tribuns ennemis de Gracchus , ayant voulu troubler les suffrages qui le portaient à un second tribunat, il donne aux siens le signal dont ils étaient convenus. Ils se partagent les demi-piques dont les licteurs étaient armés , s'élancent sur les riches, en blessent plusieurs et les chassent de la place ^ . Des bruits divers se ré^ pandent j les uns disent qu'il va faire déposer ses collègues; les autres, le voyant porter la main à sa tête, pour indiquer qu'on en veut à sa vie, s'écrient qu'il demande un diadème*. Alors Scipion Nasica, souverain pontife, l'un des principaux détenteurs du domaine', somme en plein sénat le consul Mu-

' Appian. , p. 6i1 , c. Ô59.

' Plutai^. , c. 22, p. 333. — H^^alo f^ X"f>' '^i- xïftt^^tf o«

' a avaU de plus une haine persoiûieUe contre Tibérkis. Vakr. Mftx. ^ I , c. 4 : « Gaïus Figalus et Scipion Nasica étant nonmés consals dans il» comices présidés par Tib. Gracchus , celui-ci , d^à àrriTé dans son goûternement , informa le collège des augures qu^en parcouf ant le livre des eéré^ monies publiques > ii s^était aperçu d^nn vice de formalité dans la manièie dont les auspices avaient été ofasorvés» Les consuls furent obligés de revenir de la Gaule et de la Goirse , et d^abdicpier le eensnl et» an de R< 594 . »

cius dfe se mettre à la tête du bon pani et de marcher contr0 le tyran. L'impassible jurisconsulte lui rq).ond firoideméilt : iSi parfnmde ouparfotte, Tihénus Sempronius Hràcckiis surprend un pléhiscite conr traire aux lois de la république y je ne le ratifierai point. Alors Scipion : Le premier Magistrat trahit la patrie, à moi, qui veut la sawer! Il rejette sa toge sur sa tête, soit qu'il fut convenu de ce signe avec son parti , soit qu'il eût cru devoir se voiler à la Vue du Capitole, dont il allait violer l'asile. Tous les sénateurs le suivent avec leurs cliens et leurs esclaves qui les attendaient. Ils arrachent deis bâtons à leurs adversaires , ramassent des débris de bancs brisés, tout ce qui se trouve sous leur main, et poussent leurs ennemis jusqu'au précipice sur le bord duquel le Capitole était assis. Lès prêtres avaient fermé le temple. Gracchus tourne quelque temps à l'entour . Enfin , il fut atteint par un de ses collègues qui le frappa d'un banc brisé. Trois cents de ses amis furent assommés à coups de bâtons et de pierres, leurs corps refusés à leurs familles et précipités dans le Tibre. Le romancier Plutarque prétend que les vainqueurs poussèrent la barbarie jusqu'à enfermer un de^ partisans de Tibérius dans un tonneau avec des serpens et des vipères. Cependant ils respectèrent la fidélité héroïque du philosophe Blosius de Cumes, l'ami de Tibérius et son principal conseiller. Il déclarait qu'il avait en tout

suivi les volontés de Tibérius. Eh I quoi^ dit Scipion Nafsica, ^^7 faisait dit de brûler le Capitale? — Jamais il rCeût ordonné pareille chose. — Mais enfin, s^il ien eût donné ordre? — Je F aurais brûW.

Scipion Nâsica avait cru peut-être obtenir du parti aristocratique ce pouvoir suprême que Tibérius avait espéré du petit peuple. Ce chef farouche du parti des nobles^ qui venait de se souiller du sang de son beau-frère, du meurtre d'un magistrat inviolable, avait pourtant la réputation du plus, religieux des Romains.'» Cest chez lui que la bonne Déesse, amenée de Pessinunte à Rome, descendit de préférence; ses relations avec l'Orient expliquent peutêtre son surnom de Sérapion. Personne n'avait pour le peuple un plus insolent mépris. Un jour qu'il prenait la main endurcie d'un laboureur dont il sollicitait le suffrage, il lui demanda s^il OA^ait cou^ tume de marcher sur les mains ^. Après le meurtre de Tibérius , le sénat délivra le peuple d'un homme si odieux, et peut-être se délivra soi-même d'un tyran dont tous les ennemis des lois agraires eussent été les satellites. Il fut, sous un prétexte honorable , envoyé en Asie, où il finit ses jours.

Ce qui prouve que le sénat était moins intéressé

• Plutarch. , c. 25, p. 834. — Kaldç zà|*0£ ToOlo opâÇat eyjnt. — Valer. Max., IV, 7.

• Val. Max.,VII,5. — r. lemème, II, 4 j III, 2, 7;Vm,45.

que les chevaliers dans la question de la toi agraire^ c'est qu'il ne craignit pas d'en permettre Fexécutien après la mort de Tibérius. D est vrai qu'il se fiait aux innombrables difficultés qu'elle entraîne^ rait dans la pratique.

« Après la fin tragique de Tibérius Gracchus % et la mort d'Appius Claudius, on leur substitua Fulvius Flaccus et Papirius Carbon , pour exécute? la loi agraire avec le jeune Gracchus. Les possesseurs* des terres négligèrent de fournir l'état de leurstproprietés. On fit une proclamation pour les traduire devant les tribunaux. De là une multitude de procès très-embarrassans. Partout où, dans le voisinage des terres que la loi atteignait, il s'en trouvait d'autres qui avaient été ou vendues, ou distribuées aux alliés, pour avoir la mesure d'une partie, il fallait arpenter la totalité, et examiner ensuite en vertu de quelle loi les ventes ou les distributions avaient été faites. La phipart n'avaient ni titre de vente , ni acte de concession j et lorsque ces documens existaient, ils se contrariaient l'un l'autre. Quand on avait rectiiié l'arpentage , il se trouvait que les uns passaient d'une terre plantée €t garnie de bàtimens sur un terrain nu ; d'autres quittaient des champs pour des landes, des terres en friches et des marécages. Dès l'origine, les ter-

* Appian , p. 64 5 , 7.

res conquises avaient été divisées négligemment; d'autre part , le décret qui ordonnait de mettre en valeur les terres incultes ^ avait fourni occasion à plusieurs de défricher les terres limitrophes de leurs propriétés y et de confondre ainsi l'aspect des unes et des autres. Le laps du temps avait d'ailleurs donné à toutes ces terres une face nouvelle; et les usurpations des citoyens riches^ quoique considérables y étaient difficiles à déterminer. De tout cela, il ne résultait qu'un remuement universel , un chaos de mutations et de translations respectives d^propriétés. » '

(( Excédés de ces misères^ et de la précipitation avec laquelle les triumvirs expédiaient tout cela^ les Italiens se déterminèrent à prendre pour défenseur contre tant d'injustices Cornélius Scipion^ le destructeur de Carthage. Le zèle qu'il avait trouvé en eux dans les guerres > ne lui permettait pas de sy refuser. Il se rendit au sénat ^ et sans blâmer ouvertement la loi de Gracchus^ par égard pour les plébéiens y il fit un long tableau des difficultés de l'exécution y et conclut à ce que la connaissance de ces contestations fût ôtée aux triumvirs comme suspects à ceux qu'il s'agissait d'évincer. »

« La chose paraissait juste ^ et fut adoptée. Le consul Tuditanus fut chargé par le sénat de ces jugemens ; mais il n'eut pas plutôt commencé, qu'effrayé des difficultés , il partit pour Flllyrie. Cepen-

daûl personne ne se préseniait devant les triumvirs. Ce résultat commença d'exciter contre Scipîon Tanimosité et l'indignation du petit peuple. Deux fois ils l'avaient, malgré les grands et malgré les lois, élevé ^n consulat, et ils le voyaient agir contre eux dans l'intérêt des Italiens. Les ennemis de Scipion, qui entendaient ces reproches , disaient hautement qu'il était décidé à abroger la loi agraire par la foi»ce des armes, et en versant beaucoup de sang. »

La haine de la populace contre le protecteur des Italienis éclata, lorsqu'il osa flétrir la mémoire de Gracchuâ, et révéla l'origine semlc du nouveau pcupte* de Rome. Le tribun Carbon lui demandait ce qu'il pensait de la mort de Tibérius. Je pense , dit te héros , quîl a été justement tué; et comme le peuple ïAurmurait, il ajouta le mot terrible que nous avons rapporté au commencement de ce chapitre. Lé5 faux fils de V Italie se turent, mais leurs chefs comprirent leur humiliation et leur fureui^. Caïus Gracchus s'écria :« 11 faut se défairedu'tyran. >> Ce n'était pas la première fois que le parti démago^ gique reoourait aux violences les plus atroces. Naguère le tribun C, Atinîus, récemment chassé du sénat par le censeur Métellus , avait essayé de lé précipiter de la roche Tarpéienne^

« Un soir, dit Appien , Scipion s'était retiré avec ses tablettes, pour méditer la nuit le discours qu'il devait prononcer le lendemain devant le peuple, r

Au matin , on le trouva mort , toutefois sans blessure. Selon les uns , lé coup avait été préparé par Comélie^ mère des Gracches^ qui craignait l'abolition de la loi agraire^ et par sa fille Sempronia, femme de Scipion y laide et stérile^ qui n'aimait pas son mari^ et n'en était pas aimée. Selon d'autres^ il se donna la mort^ voyant qu'il ne pouvait tenir ce qu'il avait promis. Quelques-uns prétendent que ses esclaves , mis à la torture^ avouèrent que des inconnus^ introduits par une porte de derrière^ avaient étranglé leur maître; mais qu'ils avaient craint de déclarer le fait , parce qu'Us savaient que le peuple se réjouissait de sa mort, n Satisfait de cette vengeance , et menacé par les Italiens qui s'introduisaient toujours dans les tribus et étaient parvenus à porter un des leurs au consulat , le peuple laissa le sénat suspendre l'exécution de la loi. agraire^ et éloigner Caîus en l'attachant comme proquesteur au préteur de Sardaigne. Le sénat profita de ce moment pour bannir les Italiens de la ville y pour frapper les alliés de terreur ^ en rasant la ville de Frégelles qui^ disait-on , méditait ime révolte. Caïus passa pour n'être pas étranger au complot ; et tel était son crédit sur les villes d'Italie qu'elles accordèrent à ses sollicitations personnelles les vêtemens que la province de Sardaigne refusait à l'armée , avec l'approbation du sénats

Pendant que le sénat croit retenir Caïus en Sardaigne, en lui continuant la proquesture, il reparaît tout à coup , et prouve au tribunal des censeurs et des préteurs, que son retour est conforme aux lois. Le peuple revoit en lui Tibérius , mais plus véhément, plus passionné. Sa pantomime était vive et animée, il se promenait par toute la tribune aux harangues. Sa voix puissante emplissait tout le Forum, et il était obligé d'avoir derrière lui un joueur de flûte qui la ramenait au ton et en modérait les éclats * . Lorsqu'il se présenta pour le tribunat , il y eut un si grand concours d'Italiens dans Rome , que l'immensité du Champ-de-Mars ne put contenir la foule, et qu'ils donnaient leurs suffrages de dessus les toits. L'année suivante, il se fit, en vertu d'une loi faite exprès, continuer dans le tribunat.

Ses premières lois furent données à la vengeance de son frère. Il adopta tous ses projets en les étendant encore. D'abord, il fait confirmer la loi Porcia, qui exige, pour toute condamnation à mort, la confirmation du peuple. Il ordonne pour chaque mois une vente de blé à bas prix 3 pour chaque année une distribution de terres, et il la commence en établissant plusieurs colonies. La loi agraire , ainsi exécutée progressivement , ne se présente plus

' Plularch., c. 8, p. 825. — Oc «X^^ ywvaoTcexov op^avov «Vî5iSov TÔvov fAGtXaxov , etc. — V. Max. , MU ,10.

sous un aspect si menaçant. U afferme au profit des pauvres citoyens Fhéritage d'Attale. U défend.de les enrôler avant dix-sept ans. Jusque-là son système est un y dans l'intérêt exclusif du peuple de Rome. Mais dans^on second tribunal^ il est obligé d'invoquer, à son aide des intérêts contradictoires. D'abord il frappe le sénat au profit des chevaliers y c'est-à-dire des riches^ en donnant à ceux-ci le pouvoir judiciaire qui leur soumet tous les nobles. Mais il frappe les riches en ipême temps que les nobles, en leur ôtant le droit de voter les premiers dans les comices des centuries, et d'y décider la majorité par l'influence de leur exemple. L'exécutioja de la loi agraire blesse principalement deux sortes de personnes : les chevaliers et autres riches 4étenteurs des terres confisquées sur les Italiens, et les Italiens auxquels elle menace d'enlever, ce qui leur reste. Caïus a cru s'attacher les chevaliers en leur don-? nant les jugemens; il entreprend de se concilier les Italiens en leur accordant à tous le droit 4e cité,. IVi les uns y ni les autres n'en seront reconnaîssans ; Caïus n'est pour eux que le défenseur de la loi agraire qui livre leurs propriétés à la populape de Rome. Celle-ci attend impatiemment les terres qui lui sont promises, et en attendant, elle maudit celui qui* lui 6te la souveraineté , en accordant le suffrage aux Italiens, dont le nombre doit la tenir désormais jdans la minorité et la sujétion.

> Il était, trop visible^ que la toute -^puissance de Caïus dans Rome ne serait pas employée au profit de Rome seule. En même temps qV^ii occupait les pauvres par toute lltalie à construire ces voies admi«* râbles qui perçaient les montagnes y comblaient les vallées y et semblaient faire une seule cité de la péninsule^ il s'entourait d'artistes grecs; il accueillait les ambassadeurs étrangers^ faisait vendre le blé d'Espagne au profit des Espagnols dépouillés ^ et proposait le rétablissement des vieilles rivales de Rome , Csq^oue , Tarente et Carthage ^ . Ce dernier projet, qui fut repris par César, révèle en Caïus le génie cosmopolite du dictateur , dont -il égalait la puissance. A trente ansilavait gagné par l'éloquence cette domination absolue que le vainqueur de Pompée n'eut qu'à plus de cinquante, après les victoires de Pharsale et de Munda. Caïus , qui attachait sa gloire à ces fondations, voulut relever lui-même Carthage, et passa en Afrique, laissant la place aux intrigues du sénat. Peut-être aussi ne pouvait-îl supporter la vue de sa popularité décroissante.

Le sénat prit un moyen sûr pour dépopulariser Caïus : ce fut de le surpasser en démagogie. II gagna

Plut. — Vell. Pat. , II , c. 4 5 : « Le premier , il fonda des colonie» hors de Tltalie , ce qu^avaient jusqae-là évité les Romains , sachant bien que kft coktnies surpassent souvent leurs métropoles ^ Tyr est restée inférieure à Carthage , Phocéc à Marseille , Corînthe à S\T«ruèe , Milet à Cvzique. )> ' ''

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