‹ Histoire romaineChapitre 9 sur 50 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Extinction des plébëieDS pauvres , remplacés dans la culture par les esc]a,ye8 , dans la cité par ks affranchis. — Lutte des riches et chevaliers contrp Us uobles. Tribunal des Graocbes > 433-123. Les cheraliers enlèTent ai^ #ip^/tff le pouvoir judiciaire.

Au moment où tous les rois de la terre venaient rendre hommage au peuple romain, représenté par le sénat, ce peuple s'éteignait rapidement. Consumé par la double action d'une guerre éternelle

* Cette trobième période reproduit la première. La lutte des nobles k des

chevaliers répond à celle des patriciens et des plébéiens. La guerre sociale à la ^lierre Hes Snmnites , la ^erre des Gaulois transalpins à celles, d^ cisalpins, — Sylla est un Appius , César un Scipion , etc.

et d'un système de législation dévorante, il dispa« raissait de l'Italie. Le Romain, passant sa vie dans les camps, au-delà des mers, ne revenait guères vi-* siterson petit champ . La plupart n'avaient plus même ni terre, ni abri, plus d'autres dieux domestiquea que les aigles des légions. Un é(fliange s'établissait entre l'Italie et les provinces. L'Italie envoyait ses enfans mourir* (^ajis les pays ^Ipintains^i, et. recevait en compensation des millions d'esclaves ^ . De ceux-^

' Plaçons ici quelques idées ingëniéuses de M. Cofl^le , Tr. de législation^ A* vol. , sur l^esclavage : « Silence général de Thistoire sur les populstions, esclaves. Trois âges : antiquité, féodalité, colonies modernes; esclavage domestique , esclavage, d^Jafl^, nè^<es; T^<l^elt^ ('iC^ libres de Tantiquité devenaient belles : \ ^ par une vie d'exercices continuels y 2^ par leur mélange avec les plus belles femmes esclaves ^ mais les races inférieures se détérioraient d^iûtâlnt.' — ^ Lès citoyens' des peuples anciens étant égàiix entM''ëtix, Thomme avkit besoin* tfagît' sùi* Thomme ( sciences morales , polhique , éloquence ); Mais leùrs^sdaves les dispcihsai'ent d^agir sur l'a natiu-e { point d'*arts industriels ). Lorsque les maiti*ÊS furent asservis eux-mêmes , tout s^èteignît. — . Sous le régime féodal , leS maîtres étant soumis à une hiérarchie fixe , n'a-, vaient pas besoin d'agir les uns sur les autres , par la puissance de l^esprit • de là i eue. •— L^escdàvàge nuit non-«eaiemeÉt aiix maîtres el an^ ^esclaves , ipais aux. hommes libres ^m n^ont pas d'esclaves ; i° il c^mproitieb la «oor dition ^es bon^mes libres. Dans l'antiquité, les peuples étaieAt ennemis^ aucun homme libre n'ôsait émigrer isolément ^ Virginie , — danger des hommes de couleur en Amérique ) ; 2<* * les hommes fibres -restent inactifs , de peur d'être méprisés ; 3° ils ne peuvent se procurer un travail régulier» 4° ^ mesure que les esclaves devinrent nombreux à Bome , ils cultivèj;ent les terres ; les petits propriéts^ires disparurent \ l'agriculturç étapt trqp compliquée pour des esclaves , tout fut changé en pâturages, -rtfne partie djs la population travaillant machinaleçient d'après les ordres de l'autre , les ftcicRces , les arts , l'industrie , tombèrent en décadeqce. \a concfiiéraat ro^

cî^ les uns attachés aux terres y les cultivaient et les engraissaient bientôt dé leur$ restes^ ; les autres, entassés dans là ville, dévoués aux tices d'un maître, étaient souvent affranchis par lui*, et de^ venaient citoyens. Peu à peu lés fils des affranchis furent seuls en possession de là dtéi, composèrent le peuple romain , et sous ce nbm'donnèrent des lois au monde. Dès le temps dés Gracches, ils rem-* plissaient presque seuls le Forum. Un jour qu'ils, interrompaient parleurs clameurs Scipion Emîhén^ il ne put endurer leur msoleiice, et il osa leur dire j Silence ^ faux fils Ide V Italie^! Et encore : Vous avez

main , devenu maître d'un* homme libre et industrieux , donnait les ouTragies de cet homme poÂr modèles i^Ées esclaves v Lorsqu^in^y eut plus d'hoRHi** industrielle à ^bju^er,. ksfesdajpie> ne furent pftçs instruits, que par,le| esidaves. Les ouvra^ devinrent de plu$^ en plus grossiera. Lç? maîtres euxlAêmes ne souhaitaient pas mieux. Cherté de la puaiq-d^œuvre \ vx machines , ni division du travail , etc. y^ ^ ■ . . .

*. On sVtoiiâera moins de la rapide extinctioà des.«s<^ves ; ^ V^nÉoa^ qu'ails étfdent^ , traités comme choses, et npn point ^ comme hommes* ^Daaf leur définition du mot servi , iElius Gallus et Cicéron comprennent les chevaux et les mùlét5. Varron compte les esclaves parmi les iiistrumens ârâ-~ toireft.' '' ' ■ ' . . .' ç ,..'. . j

' Ceux-ci même laissaient rarement une famille. Le maître affranchissait <}rdinairement Tesclave, sous la condition expre$$e qu^il ne se marierait pojnt, pour que tout le bien qu'il pourrait acquérir revînt ^u patron par héritage., Auguste défendit d'exiger ce serment. Dio. , XLVII ^ H.

' « Taceant , quibus Italia noverca est ; non cfijcietis u( solutos verear ,

V quoç alligatos adduxi. n Yal. Ma;s. , YI, 2. — « Ilostium armatorum

V tbties damore non territus ', qui possum vestro moveri , quorum noverca « est Italia. » Yell. Pat. , Il , c. 4 (.

beau fciire^ceux que j'ai amenés garrottés à RoniCj ne me feront jamais peurj toiU déliés quHls sont mainte^ noM. Le silence dont fut suivi ce mot terrible^ prouve assez qu'il était mérité. Les affranchie craignirent qu'en de^çençlant <le la tribune, le vainqueur de Çarthagç çt de Num^nçe, ne reconnût ses captifs africains pu ^espagnols, et ne découvrît sous la toge les jnarques du fouet. . , .

Ain$i yn nouveau peuple succède au peuple romain alèsent ou détruit. Les .esclaves prennent la place des, maîtres, occupent fièrement le Forum, çt dans» ces bizarres, saturnales, gouvernent pa^ leurs décrets les Latins , les Italiens qui remplissent les légions. Bientôt il ne faudra plus demander où »om lies plébéiens de Borne. Ils ^w^onjt laissé Jeurs t»!s sur tous les rivages. DeS' camps 3 de^ arnes , des Voies étemelles, voilà tout te qui doit rester d'eux.

Veut-on savoir dans quel état de misère et d'éjpukiement se trouvait le peuple dès Je /commeocettiënt de la gtiet-ré contre Persée ^? qu'on lîfee le discoiirs d'un centurion qui, comme plusieurs autres, avait eu recours à la protection des tribuns >

* En comparaison des flottes de la première guerre punique , où combattirent jusqu*^ sept (ïehts quinquérèmesj celles des successeurs d^'Âlexandre , des guerres médiques , et de la guerre du ï^éloponnèse , étaient peu de chose y on n y employait que de simples trirèmes... Comment se fait-il que les Romains , maîtres du monde , ne puiséeht plus équiper de si grandes flottes ? » Polyb:, lib. !.'

pour ^e. }«^ sçrvir au-delà du temp$ prescrit ^^,4" çinguantQ.fouçi c;^. ;vaillaat ;soldat n'ayait qu'u^^^j pçp^^popr uowrijç sa poinJbreu^e famiUe. U ea% 4yÂr dcfl* fjjuje la inult,itydie dçs pauvres légionnaires,, jif .^ubsi^Vt que d^ <listributioi|s d'argent qui s^ ^af^ saient à chaque triomphe. La plupart n'ava^^oj: plu^^de tefjT^j, et quand ils en eu$sçat euJKtpujours,éiloig9^pour le ^çryicç de l'état j ils njÇ fijQ!%

' Tit.-I4v, , XLII^e. 34: « Dès que h C011311I eut fini de pa^e^^ Sp. i.igustinus f un des centurions quiaraient eu recours à la protection. d^ tribuns, demanda la pennissiop d^adressor quelques mots afi p^{)le, ^t Pol;^ tint sans difficulté : « Bpmains, dit-il» je suis Sp. Li^tinus, né au pays dep Sabips, dans jla- tribu Cmstumine. Mon père m'a laissa pour héritage, up ajpc;nt dç terre 0, , h chamuière où ut si^s né| mt^ni été ^evé . et ou j^ha^ hite^nc<;ure aujour^'buif Quand je f us ep â^e de me mariei:, il ^e tit épouser la fille .de son frère , laquelle ne m'apporta d'autre doit que la liberté ^ Ip ▼ertu, aTec uqe fi^oijidité su£Gsante,^ m^e .pour une maison .riche. De cette union sont nés six fils , et deux filles ()ëjà mariées l'une let l'autre. Quatre dp mes filsQDt la robe yirile, les deux ajitres porteut. encore la prétexte, J'^ donné mon ï^pm à U i^ilice sous 1^ coivsulit de p. Sulpicius et de Ç, Aurelius i j'ai serri deux ans comme simple soldat contre Philippe , dans IVmée qui a p9S6é en Macédoine ; la troisième année , T. Quintius FUminius m'a donné , pour prix de mon courage , 1^ (;ommandpi)[fent de la dixième ço,mpagnie des /^a^/4^. Après la défaite de Philippe et des Macédoniens ^Uctîncij^ avee mes camarades et raa^ené en Italie , j'ai si^iTÎ , cojpEune yoloQtaire, If consul Porcius Çaton en Espagpe. Tous ceux que de:l9ngs ^irices put m'^ à portée de le-copnaitre , savent que * parmi les ^éraux exisLans ^ le çoi^i^^ n^a pas de témoin plus éclairé ni de meilleur j}ig§. Ce général m'a cru di^ae du gsade de .premier ceitfurion dans le preinier manipule des hastats- J'ai pris parti, pour la troisième fois^ commb yolpntaire dans l'armée envoyée contre Antiochos et les Ëtoliens , et dans cette guerre , Mawlus Acilius m'a fait pjj^e-mier centurion du premier manipule des princes. Après l'expulsion d^Antio-

K*sÀ

vaient les eultiver. La ressaurce' insuffisante et précaire des distributions ne leur permettait guè^ res de se marier et d'élever des enfans. Le centu-r non , que le sénat fit parler ainsi devant le peùpl^^ était $ms doute un modèle rare qu'on lui* prop<>saît.

Indépendamment de la rapide consommation d'hommes que faisait la guerre , la constitution de

cbds et la soumission des Etoliens , bous sommes iHcTeaus en Italie , où je suis resté àevtx ans sous le drapeau. Ensuite, j^ai scrrî encore deux ans en. Espagiie , d^àbord sous les ordres de Q. Fulviùs Flaceus , puis sous le préteur T. Sempronius Gracchus. Je fus du nombre dé ceux que flaceus ramena pour partager Thonneur de ^on triomphe j mais je ne tardai pas à retourner dans cette proTÎnce , k la prière, de T. Gracchus. En très-peu d^annëes, j'ai quatre fbis été mis à la tête de la première centurie dé ma légion; trente-quatre fbis mes généraux ont accordé à ma valeur des récompenses militaires , entre lesquelles sont six couronnes civiques ; je compte dé^ vingt-deux ans de service , et j'ai passé chiquante aAs. Quand même je n^anrais pas fait mon temps , quand même mon âge ne serait pas un titre d^exemption » pouvant fournir quatre soldats à ma place , j'aurais le droit de demander ma retraité. Voilà ce que j^ai à àite dans la cause qui m^est perscvinelle. Cependant , tant que ïes officiers chargés des enrôlemens me jugeront propre à servir Tétat , on ne mVntendra point aUégtfér d'excuse. (Test aux tribuns des soldats à juger de quel grade ils me croient digne, et t^est à moi de faire tous mes efforts pour ne céder à personne le prix de h Taicur, comme je Tai fait jusquHi présent. Mes^ généraux et tous ceux qid. ont iervî avec moi peuvent témoigner si je di^ vrai. Imitez-moi , mes vieux camarades ; quel que soit votre droit d'en appeler , comme dans votre jeunesse , il ne vous est jamais arrivé de résister ^ Tautorité des magistrats , tl est digne de vous de rester soumis au sénat et aux consuls. Croyez-moi , tous les postes sont honorables pour qui défend sa patrie. » Tmd. dt

^ome suffisait fSburameneràlalonguelisimisèteet là dépopulation. Cette <K>nstittitidn était ^ comme noua allons .le prouver, une pure -aristocratie d'argent. Or^ dans une aristocratie d'ai^ent ^âans industrie, c'est*à-ctire sans moyen de créer de nouvelles ri*^ ehesses, chacun cherche la richesse dans la seule voie qui puisse suppléer à la production , dans la foliation. Le pauvre devient toujours plus pauvre, le riche toujours plus riche. La spoliation de l'é-^ tranger peut faire trêve à la spoliation du citoyen. M^ tôt ou tard il* £aut que <ïd[ui«-ci. soit ruiné , affamé, qu'il meure de faim, s'il ne périt à la guerre. La vieille constitution des curies patriciennes , ou les pères des ^aitte^^ seuls propriétaires, seuls juges et pontifes, se rassemblaient la lance à la main (quir , quintes) , et formaient seuls la cité , cette première constitution avait péri. On en conservait une vaine image par respect pour les augures. Les testamens, les lois rendues par les tribus, étaient confirmés par les curies. Du reste personne ne venait à ses assemblées. Le§ trente curies étaient représentées par trente licteurs.

Le pouvoir réel était entre les mains des centuries, c'est-à-dire de l'armée des propriétaires. Les <îenturies, composées d'un nombre inégal de citoyens, participaient au pouvoir politique, en raison de leur richesse^ et en raison inverse du nombre de leurs membres. Ainsi , chaque centurie

donnant égalamem tin stif&âge^ U» notnhreùses' cetitUfies qui se trouTâient <îônlposéed d\in petit nombre de riches y avaient pltis* de suffirâged qtte )es dernières oh Ton avait entassé la nmltitud^ des pauvres. Les dix-huit premières ceiiftiiri^ ooraprenant les riches^ sénateurs ou autres /avaient droit de servir à cheval y et comme dans l'ancîeilnè côiis-' titntion y les plus nobles de la cité étaient désignés par Farme jusque-là la plus honorable, je veux dire la lancé; de même dans Torganisation militaire et politique des centuries., les Jdus riches de la cité tiraient leur nom de leur service dans la cavalerie; on les appelait chevaliers. Toutefois ceux d*éntre eux qui étaient sénateurs dédaignaient le nom de cavaliers ou chevaliers, et le laissaient aux autres riches qui n'avaient point de distinction politique*

- AuKiessous des centuries , cfjïnposées de ceux qui payaient et servaient à la guerre , se trouvaient les œrarii qui n'y contribuaient que de leur argent. Ceux-là ne donnaient point de suffrage. Mais leur position politique n'était guèrés plus mauvaise que celle des citoyens placés dans lés centuries des pauvres. Celles-ci , consultées les dernières et lorsque le suffrage des autres avait décidé la majorité, ne l'étaient que pour la forme ; et le plus souvent t on ne prenait pas la peine de recueillir leurs suffrages.

Le peuple avait cru échapper à cette tyrannie dé la richesse , en opposant aux comices par centuries les comices par tribus, que les tribuns convoquaient et présidaient. Lés augures n'étant pas consultés dans ces assemblées, les riches ne pouvaient les rompre à leur gré au nom de ces vieilles religions qu'ils avaient héritées des patriciens. Mais les riches poursuivirent lés pauvres dans cet asile. Portés par les assemblées des centuries aux fonction» de censeurs, ils rejetaient tous les cinq ans les pauvres dans les tribus urbaines , dans celles qui votaient les dernières. Chaque tribu donnant un seul vote^ sans égard au liombre de ses membres , les tribu*' riches formaient , malgré le petit nombre des leurs, plu6.de votes que celles où se trouvait réunie la multitude des pauvres. Il en était des tribus comme des centuries. Le radicalisme du système des tribus était idéal. C'était une consolation pour les pauvres. En réalité , la richesse donnait la puissance dans toutes les assemblées de Rome. Les maîtres de rétat étaient les riches. Ils dominaient les comices, recrutaient le sénat, remplissaient toutes les charges. Ils spoliaient le monde en qualité de consuls et de préteurs ; comme censeurs , ils spoliaient l'Italie, en adjugeant aux.riches, aux hommes de leur ordre, la ferme des domaines de l'état, au préjudice des pauvres qui les tenaient au prix très-bas des anciens baux. Peu à peu ces terres devenaient

la propriété du riche locataire % et > par la connivence des censeurs, il cessait d'en payer le fermage à J'état.

Le cens frappait encore le petit propriétaire d'une autre manière. Il déclarait, il soumettait à l'impôt sa propriété, res mancipiy comme disaient les Ro^

' « Dans Wr con(}ùéte su<ïèéssiTe des 'divèrieâ tdontrto de Fltalte/ ks Bomains étaient dans Piièage ou de s*approprier une partie dà territoire et ^^y bâtir des Tilles» ou de fonder, dans les yilles déjà*existantes , une colonie composée de citoyens romains. Ces colonies servaient comme de gaHiiiions pour assurer la concftiète: La portion de tenitôire dont le droit die la guerre les avait renduft propriétaires , ils la distribuaient sur-le-champ «nx 'colons «i elle était en valeur ^ eu bien ils la vendaient on la baillaient à ferme : si , au contraire , elle avait été ravagée par la guerre , ce qui arrivait souvent, ils n^attendaient point pour la distribuer par la voie du sort, lâais ils la mettaient à rêncfaère telle qtt'eUe était , et se chargeait de Texploitelr qm voulait, moyennant une redevance annuelle ai fruits : savoir i du dijdème pour les terres qui étaient susceptibles d'être ensemencées , €t du cinquième pour les terres à plantations. Celles qui n'étaient bonnes que potu: le pâturage , ils eh reliraient un tribut de gros et Menu bétail.' Leùl' Vtie en cela était de multiplier la race italienne , qui leur paraissait la {Jbi propl« à supportai des travaux pénibles , et de s'assurer d^auxiliaSrejB nationaux. Le contraire arriva. Les citoyens ridbes accaparèrent la plus gran()e partie de ces terres incultes , et, à la longue t ils s'en regardèrent comme lés 'propriétaires incommutabies. Ils acquirent de gré où de force les petites propriétés des pauvres qui les avoisinaient. Les terres et les troupeaux furent remis à des mains esclaves \ des hommes libres eussent été souvent éloignés par le service militaire. Cela était très-avantageux aux propriétaires \ les esclaves , n'étant pas appelés à porter les armes , multipliaient à leur aise. 11 résulta de tontes ces circonstances que leâ grands devinrent très-riches , et que la population des esclaves fit dans les campagnes beaucoup de progrès , tandis que celle des hommes libre» allait diminuant par suite du malaise , des cod-

mains ^ ce qui comprenait la terre y la maison , les esclaves et les bêtes , le bronze monnoyé ^ . Cet impôt lourd et variable dans lequel on n? tenait pas compte du produit divers des années^ changeait tous les cinq ans. Au contraire, le riche ne payait, ni pour les terres du domaine dont il jouissait sans titre de propriété, ni pour les res nec mancipi qui

tnbutioiis et da service militaire qui les accablaient j et lors même qu^ils. jouissaient , à ce dernier égard , de quelque relâche t ils ne pouraient que languir dans Finaction puisque les terres étaient entre les mains des riches , qui employaient des esclaves préférahlement aux hommes libres. »

<c Cet état de choses excitait le mécontentement du peuple romain. Car il voyait que les auxiliaires italiens allaient lui manquer , et que sa puissance serait compromise au milieu d^une si grande multitude d^esdaves. On B^imaginait pas néanmoins de remède à <^ mal , parce qu'il n^était ni facile , ni absolument juste de dépouiller de leurs possessions agrandies , améliorées , couvertes d'édifices , tant de citoyens qui en jouissaient depuis longues années. Les tribuns du peuple avaient anciennement fait passer avec bien de la peine une loi qui défendait de posséder plus de cfnq cents arpens de terre , et d'avoir en troupeaux plus de cent têtes de gros bétail et cinquante de menu. La même loi avait enjoint aux propriétaires de prendre I leur service un certain nombre d'hommes libres , pour être les surveillans et les inspecteurs de leurs propriétés. Cette loi fut consacrée par la religion du serment. Une amende fut établie contre ceux qui y contreviendraient. Le surplus ^es cinq cents arpens devait être vendu à bas prix aux citoyens pauvres : mais ni la loi ni les sermens ne furent respectés. Quelques citoyens , afin de sauver les apparences, firent, par des transactions frauduleuses , passer leur excédant de propciété sur la tête de leurs parens ; le plus grand nombre bravèrent la loi. Appian. , IV v. , p. 604 (j'ai corrigé l'inexacte et prolixe traduction de Combes-Dounous ).

' ^, Niebufar , 2* vol. Ce critique ancien directeur de la Banque de Copenhague a supérieurement traité l'histoire primitive des finances de Romeii

II, lO

faisaient une grande partie de sa fortune^ tandis qu'elles n'entraient pour rien dans celle du pauvre. Les lois de Caton sur les meubles de luxe avaient sans doute pour principal but d'égaliser l'impôt.

Toutefois, entre les riches qui composaient les dix-huit centuries équestres, il n'y avait pas unité d'intérêt. Ceux d'entre eux qui étaient entrés dans le sénat, et qui avaient occupé les charges, se distinguèrent par le nom de nobles y et s'efforcèrent d'en exclure les riches citoyens , ou chevaliers. Depuis la fin de la seconde guerre punique, le gouvernement était devenu si lucratif et dans les missions lointaines de consuls et de préteurs, et dans le sénat même où devaient affluer les présens des rois , que les nobles dédaignèrent les lents bénéfices de l'usure, et essayèrent de réprimer sous ce rapport l'avidité des chevaliers (igS-a). En récompense, ils leur laissaient usurper ou leur adjugeaient par la voie du cens tous les domaines publics dont ils expulsèrent les pauvres. Quant à 4î;eux-ci , on leur jeta d'abord quelque pâture pour étouffer leurs cris. En aSi et 196, on leur vendit à tressas prix une énorme quantité de blé. Après chaque triomphe, (en 197, 196, 191, 189, 187, 167), on distribuait aux soldats du bronze monnayé. En même temps on donnait des terres, on fondait des colonies. Les soldats romains profitèrent des biens dont on dépouillait les Italiens qui

s^étaient déclarés poui* Hannibal (aoi-199). Cinq colonies sont fondées en 197 dans la Campanie ^t dans l'Apuliej six^ en i94-3^ dans la Lucanie et le Brutium. En 193% 190, nouvelles colonies dans la Gaule italienne ; en 1 89 ^ fondation de celle de Bologne ; en 181 , de PisauFum et PoUentia ; en i83, de Panne et Modène; en 181 , de Graviscâe , de Saturnia et d'Aquilée ; de Pise en 1 80 ; de Lucques en 177.

Vers l'époque de la guerre de Persée , les nobles, voyant le monde à leurs pieds ^ ne se soucient plus du peuple. Qu'il vive ou meure, peu leur importe. Ils ne manqueront pas d'esclaves pour cultiver lenrs terres. D'ailleurs Caton lui-même, le grand agriculteur, n'a-t-il pas reconnu à la fin de sa vie que les meilleures possessions étaient les pâturage^i ? Pour conduire, des troupeaux , on n'a que faire de la main intelligente d'un homme libre ; un esclave suffit. Le laboureur expulsé de sa terrje n'y P^ut donc rester, même comme fermier, U se réfugie à la ville , et vient demander sa nourriture à ceux qui l'ont exproprié. Là peut-être il subsistera des gratifications du sénat, des dons des riches. U attendra la chance d'une nouvelle colonie. Mais le sén^t n'accorde plus ni blé, ni terres. Pas une seule colonie pendant un demi-siècle. Que restetril aux pwivrçs? lour vote. Ils le vendront aux can^ didats. Ceu^-K:i peuvent bien payer ces consulats,.

tes préiures, qui leur livrent les richesses des rois» Mais les, censeurs ne laisseront pas cette ressource aux pauvres. Ils entasseront dans la tribu esqui*^ line, avec les affranchis^ tous les citoyens qui n'ont pas en terre trente mille sesterces. Relégués dans une des dernières tribus , leur vote est rarement nécessaire. D'ailleurs, le sénat ne daigne plus guères consulter le peuple 5 depuis la victoire de Paul Emile , il décide seul de la guerre et de la , . paix. Il a substitué aux jugemens populaires quatre* tribunaux permanens {quœstiones perpetuœ j i49i44)^ composés de sénateurs, qui connaissent des causes tîriminelles, et particulièrement des crimes dont les sénateurs peuvent se rendre coupables , de la brigue, de la concussion , du péculat. Le jugement des crimes est remis aux criminels. Ainsi le sénat s'est affranchi du peuple. Le pauvre citoyen n'avait plus que son vote pour gagner sa vie : on le liii ôte. Il faut qu'il meure, qu'il fasse place aux affranchis dont Rome est inondée. Tel était le sort du citoyen romain, et le Latin, l'Italien lui portaient encore envie.

L'ancien ^système de Rome, qui avait fait sa force] et sa grandeur, était d'accorder des privilèges plus ou moins étendus aux villes en proportion de leur éloignement. Ainsi , autour de Rome , se trouvait d'abord une ceinture de villes municîpa-

les y investies du droit de suffrage et égales en droits à Rome elle-même; c'étaient les villes des Sabins, et TusGulum, Lanuvium^ Aricie, Pedum, Nomentum, Acerres^ Cumes, Priverne , auxquelles on joignit, en i8&, celles de Fundi, Formies et Arpinum. Puis venaient les municipes sans droit de suf&age et les cinquante colonies fondées avant la seconde guerre punique , toutes (moins trois) dans l'Italie centrale ; vingt autres furent établies de 1 97 à 177, mais dans une position plus éloignée. Ces colonies avaient toutes la citéy mais sans le privilège qui lui donnait de la valeur , le droit de suffrage. Au-dessous des municipes et des colonies, se trouvaient les Latins et les Italiens. Les Italiens conservaient leurs lois et étaient exempts de tribus. Dépouillés de leurs meilleures terres par les colonies romaines , on peut dire qu'ils avaient bien payé le tribut d^avance. Les Latins avaient de plus l'avantage de devenir citoyens romains en laissant des enfans pour les représenter dans leyr ville natale , en y remplissant quelque magistrature , enfin en coni^ainquant de prés^arication un magistrat romaine Est-il nécessaire de dire que personne n'était assez hardi pour tenter de devenir citoyen par cette dernière voie ^ ?

* On sait le succès des poursuites intentées p«ur cpuctissions à ScipUa , à Mételius , à Scaurus , à Fonteius, etc.

L'Italien , le Latin , le colon , le mutiicipe sans suffrage, dont les droits, plus ou moins brillans , se réduisaient dans la réalité à recruter jusqu^à extinction de leur population les armées romaiiies , tous Voulaient devenir Romains. Chaque jptir ce titre était plus honorable ; chaque jour aussi , tous les autres changeaient en sens inverse et devenaient plus humilians. Dans cette fatale année de la âéfaite de Persée (172), un consul ordonne, pour la première fois, aux alliés de Préneste de venir audevant de lui et de lui préparer un logement et des chevaux. Bientôt un autre fait battre de verges les magistrats d^une ville alliée, qui ne lui avait pas fourni des vivres. Un censeur^ pour orner un temple qu'il construit, enlève le toit de celui de Junon Lacinienne, le temple le plus saint de l'Ita-lié. A Férente, un prêteur veut se baigner aux bains publics, en chasse tout le monde, et, pour je ne sais quelle négligence, fait battre de verges un des questeurs de Ta ville. A Teanum, la femme d'un consul fait traiter de même le premier magistrat du lieu. Un simple citoyen porté dans utie litière sur les épaules de s^ç^^ esclaves, rencontre un bouvier de Vénusium : Est-ce que i^ous portezmn mort? dit le rustre. Ce mot lui coûta fei vie. Il expira sous le bâton ^ .

* Cat* , in Geli, X , X. « De felsis pugnis vel pœnis : DLxit a decemviii*

Pour édmpper à uiie pareille tyrannie;^ chai:ut:u tàehait de se rapprocher de Rome y et de s'y établir^ iS'il était possible. Rome exerçait ainsi sur l'Italie une sorte d'absorption y qui devait en peu de temps &xre du pays un désert, et la surcharger elle-même d'une énorme population. L'Italie/ n'ayant pu dé^ truîre Rome, ne songeait plus qu'àVunir à elle, et l'ëtou£fait en l'embrassant. Les Latins pouvant seuls devenir citoyens romains, l'Italie affluait dans le Latiom, le Latium dans Rome. D'une part, les Samnites et les Péligniens, ne pouvant plus fournir

V pamm sibi bene cibaiia curata eMe. lussit Yestimenta detrahi atque flagro » cxàk, DçcaBmroë Bnittiani veiberaTere* Videre muHi mortatet. Qab » hanc <x>iitiiiiieiiain , qids hoc i]iq>eriuin| quis liafic sçrvitutem ferre posget ? i> Nemo boc tex auras ' eit facere. Eane ISeri l>onis , bono génère gnatis , r botii GODsulitis f Ubi societas? ubi Mdes majonim ? insignitas injurias , a plagas , verbera , <ribices , eos dolores atque canniicinas , per dedecu^ » atque maidmam contumeliam , insjiiectantibus popularibus suis atque nauHis » mertalibas , te faoere ansum esse ! Sed quantum luctum , quantumque 1» gemituiD , quid lacrumaram , quantumque fletum factum audivi ! Serti D ii^nrias mmis ffigre fenmt ; quid ittos bono génère gnatos , magna tirtute » piiaeditos -optnamim anhni haboisse atque faabituroa dùm tivent. »

m II dit que les décenwirs n^aTaient pas assez de soin de ses prwrisions. Il ordonne qu'iMi arrache leurs vêtemens , et qu'on les frappe de verges. Des Bruttiens frappèrent les décosatirs .1 et une foule d'bomines ont vu cela! Qui pourrait sonfirir-nn pareil outrage? qui , .un pareil despotisme ? qui, une panetUe serritode ? Pal un roi n'a osé le £atre. Tirouve^-vous bon qulon le fasse contre des< hommes boas et de bonne race ? Ou sont les droits d^ eilés ? oili , la foi des ancêtres ? Des outi^ges puUics» des pkûes , des meur^ trissures , des coups de fouets , de telles douleurs , d« telles tortmres ^ aveis

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leur contingent de troi:qpes^ dénoncent la transplantation de quatre mille familles des leurs dans la Tille latine de Frégelles (177). Les Latins déclarent la même année ^ pour la seconde fois, que leurs villes et leurs campagnes deviennent désertes par l'émigration de leurs citoyens dans Rome. Ils fair saient à un Romain une vente simulée d'un de leurs enfans, qui par l'affranchissement se trouvait citoyen. La servitude était la porte par laquelle on entrait dans la cité souveraine. Dès 187, Rome avait ehassé deson sein douze mille familles latines.Eni 73, une nouvelle expulsion diminua la population de seize mille citoyens.

la hoDie et le déshonneitf , sous les yeux de leurs ccncUoyeiis et d^uae fouk d^hommes assemblés ; ton audace a pu cela ! Mais^ ô combien de pleois , à combien de gémissemens ! que de lannes , el combien de sanglots! des esdayes supportent à peine de teUes injures. Quel souvenir pensez-vous que ces bommes de bonne race et de grande vertu gardent au fond de leur âme-, et garderont tant qu'ils vitront P » Tmd. de M. Cassan,

Tib^ Gr. , in GeU. , X, 5. — a Dernièiement le consid vint à Teanum Sidîcinum : sa femme dit qu'elle voulait se baigner dans les bains des hommes. M. Martus chargea le questeur campanien d'en &ire sortir ceux qui s'y baignaient. La femme du consul se plaint à son mari qu'on a mis peu d'empressement à lui livrer les bains , et peu de soin à les préparer.' En conséquence, un poteau est dressé dans la place publique : on y amène l'homme le plus- distingué de la Tille , M. Martus. On lui arrache ses vétemens , il est battu de verges. Les habitans de Calenum , à cette nouvelle , défiemfirent par un décret que personne approchât des bains , lorsqu'un magistrat romain serait dans leur ville. A Fërentinum , pour un semblable motif , notre préteur ordonna d'arrêter les questeurs. L'un d'eux se précipita du haut d'un murj 1 autre fut saisi et battu de verges ».

Telle était la situation- de l'Italie. Les extrémités du corps devenaient froides et vides. Tout se portait au cœur qui se trouvait oppressé. Le sénateur repoussait du sénat et des charges, Yhomme nouveau y le chevalier, le riche, et lui abandonnait en récompense l'envahissement des terres du pauvre. Le Komain repoussait le colon du suffrage, le Latin de la cité j celui-ci à son tour repoussait l'Italien du Latium et des droits des Latins. Rome avait ruiné l'Italie indépendante par ses colonies, où elle rejetait ses pauvres ; désormais elle ruinait l'Italie colonisée , par l'envahissement des riches qui partout achetaient, affermaient, usurpaient les terres et les faisaient cultiver par des esclaves.

« Les chevaliers étaient les irai tans de la république ; ils étaient avides , ils semaient les malheurs dans les malheurs , et faisaient naître les besoins publics des besoins publics. Bien loin de donner à de tels gens la puissance de juger, il aurait fallu qu'ils eussent été sans cesse sous les yeiix des juges. Il faut dire cela à la louange des anciennes lois françaises ; elles ont stipulé., avec les gens d'affaires , avec la méfiance que l'on garde à des ennemis. Lorsqu'à Rome les jugemens furent transportés aux traitans, il n'y eut plus de vertu, plus de police, plus de lois, plus de magistrature, plus de magistrats.

)> On trouve une peinture bien naïve de ceci dans

qodque fragment de Diodore de l^cîle^ et de Dion. Mutins Scévola^ dit Diodore ^ ^ vùuhU rappeler les anciennes mœurs ^ ei vivre de son bien propre oivec pugalifé et intégrité. Car ses prédécesseurs ayant fait une société a^ec les traitansj qui avaient pour lors les jugemens à Rome^ ils avaient rempli la province de toutes sortes de crimes. Mais Scévola fit justice des publicainsj et fit mener eh prison ceux qui y traînaient les autres»

n Dion nous dit* que PubKus Rutilius^ son fîeutenant^ qui n'était pas moins odieux aux chevaliers, fut accusé à son retour d'avoir reçu des présens , et fut condamné à une amende. H fit sui^le-champ cession de biens. Son innocence parut ^ en ce que Ton lui tjrouva beaucoup moins de bien qu'on ne TaccusÉÙt d'en avoir volé, et il montrait les titres de sa propriété ; il ne voulut plus rester dans la ville avec de telles gens.

» Les Italiens , dit encore Diodore ' , achetaient en Sicile des troupes d'esclaves pour labourer leurs champs, et avoir soin de leurs troupeaux; ils leur refusaient la nourriture. Ces malheureux étaient obligés d'aller voler sur les grands chemins, armés de lances et de massues, couverts de peaux de bêtes,

' Diod. , Fmgmi , lib. XXXVI , extr, ConsL Parpkyr.

' Dion. , Fragm.

' Diod. , Fragm. , fib. XXXIV.

de grands chiens autour d'eux. Toute la province fut dévastée ; et les gens du pays ne pouvaient dire avoir en propre que ce qui était dans Fenceinte de* vaies. n n'y avait ni proconsul, ni préteur qui pût ou voulût s'opposer à ce désordre, et qui osât punir ces esclaves, parce qu'ils appartenaient aux chevaliers qui avaient à Rome les jugemens. Ce fut pourtant une des causes de la guerre des esclaves. —Je ne dirai qu'un mot : Une profession qui n'a ni ne peut avoir d'objet que le gain ; une profession qui demandait toujours, et à qui on ne demandait rien; une profession sourde et inexorable, qui appauvrissait les richesses et la misère même', ne devait point avoir à Rome les jugemens. »

(MoOTEsgmEU. Esprit des Lois^ XI, 17.)

La première guerre des esclaves éclata en Sicile dans la ville d'Enna (i38> Un esclave syrien d'Apamée, qu'on appelait Eunus, se mêlait de prédire, au nom de la déesse de Syrie, et souvent il avait bien rencontré. Il s'était attiré aussi beaucoup de considération parmi les esclaves, en lançant des • flammes par la i)ouche. Un peu de feu dans une noix suffisait pour opérer œ miracle. Eunus, entre autres prédictions , annonçait souvent qu'il serait roi. On s'amusait beaucoup de sa royauté future. On le faisait venir dans les festins pour le faire par-

1er et cm lui donnait quelque chose pour acheter dV Tance sa Saiveur. Ce qui fut iqoins risible, c'est que la prédiction se vérifia. Les esdaves d'un Damophile qui était fort cruel ^ commencèrent la révolte, •et prirent pour roi le prophète. Tous les maîtres furent égorgés. Les. esclaves n'épargnèrent que la fille de Damc^hile, qui s'était montrée compatissante pour eux. Un Cilicien qui avait soulevé les esclaves ailleurs^ se soumit à Eunus^ qui se trouva bientôt à la tête de deux cent mille esclaves^ et se fit appeler le roi Antiochus. Le bruit de la révolte de Sicile s'étant répandu^ il y eut des tentatives de soulèvement dans l'Attique^ à Délos^ dans la Campanie^ et à Rome même. Cependant les généraux envoyés contre Eunus^ avaient été repoussés avec honte ^ quatre années de suite ^ quatre préteurs furent vairxus. Les esclaves s'étaient emparés de plusieurs places. Enfin Rupilius les assiégea dans Tauromenium^ ville maritime, d'où ils auraient pu communiquer avec l'Italie. Il les réduisit à une telle famine, qu'ils se mangeaient les uns les autres. Un des leurs ayant livré. la citadelle, Rupilius les prit tous et les fit jeter dans un précipice. Même trahison, même succès à Enna, malgré J'héroïque valeur du lieutenant cilicien d'Eunus, qui fut tué dans une sortie. Le roi des esclaves qui* n'était pas si brave, se réfugia dans une caverne, où on le trouva avec son cuisinier, son boulanger, son baigneur et

^on bouffon (iSa). Des réglemens atroces^ continrent pour vingt-huit ans les esclaves découragés par le mauvais succès de cette première révolte.

* Cic. , in Vemm. De supplie, , c. S : «c Tous les édits des préteurs défendaient aux esclares de porter des armes.... On avait apporté un sanglier énorme à L. Domitius, préteur en Sicile. Surpris delà grosseur de cet animal , il demanda qui Payait tué. On lui nomma le berger d^un Sicilien. Il ordonna qu^on le fit Tenir. L'esclaTe accourt , s^attendant à des éloges et à des récompenses. Domitius lui demande comment il a tué cette béte formidable. Avec un épieu , répondit-il. A l'instant le préteur le fit mettre en croix. Peut-être cet ordre tous semblera pbis que séTère, le ne prétends ni le blâmer , ni le justifier , etc. »

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