‹ Histoire romaineChapitre 12 sur 50 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Suite de It lotte dei nobles et àéi cheraliers. — ^ Les cheralien obtiennent le commandement militaire. -^ Marins défait les Baléares du midi et dU nord (Nwnides et Cimbres). UI^^IOQ.

Caïus Marius était originaire des entirons d'Ar^ pînum j ville récemment élevée au rang de muni-^ cipe. Il ne vint pas de bonne heure à Rome> resta toujours étranger aux mœurs de la ville et ne voulut jamais apprendre le grec. Dîodore nous apprend qu'il fut d'abord publicain ; Velleius , qu'il était d'une famille équestre ; ce qui semble confirmé par Cicéron, son compatriote, dont l'aïeul fut, selon lui , l'adversaire du père de Marius dans lés fonctions d'Arpinum ^ Politique médiocre, Marius

' Velldus Pat. , Ub. II, c. h h : G. Marius , natus eqnestri loco. ^- Si les commentateurs eussent connu le passage de Diodore » ils n^auraient pas corrigé arbitrairement equesiri par agnsti, A cette époque , les publicains étaient tous cheraliers, ou agens des chevaliers. — I)iod. Sic. , Exe. de virt. et çit, : Olc o M«ptoç iiç li^v oi;^6ouXoiV xai tjpgapiyjl&v \mo T6)V crlpoCln'^&y uapsBitùpetlo'»», oZ%ç Si Soxûv ycyovivac Sq^o-cfli)vïîç... p. 607, édit. f», <746. — Cic. , De Legibus , lib. II , c. H , ^^,

n'eut d'autrç géniç que celui çle la guerre* Au sièga de Numance^ où ilfït ses premières armes ^ Scipion Emilien dçvina son génie militaire : comme on lui demandait qui pourrait lui succéder un jour^ il frappa sur l'épaulç d^ Marins çt ^î^ - Cehdrci peutêtre.

Lorsque de retour à Rome , il demanda le tribur- XkdXi tout Iç cgionde le cqpnais3^t de nom^ maia personne ne l'avait encore yu. La faveur des Métçllus y qui protégeaient sa famille ^ décida son élec-r. tion. L'aristocratie était alors toute-puissante. De toutes l^s réformes de^ Gràcches^ il^ n'eix restait qu'une.; le pouvoir, judiciaire était toujours^^ mal? gré les efforts du sénat y entre les mains des chevar Uers^ ç'est-àrdire des usuriers ^ des riches^ des détenteur^ du domaine. Sénateurs et chevaliers s'étaiept entendus pour annuler la loi agraire.

Xj^ sénat avait usurpé l'es^amen préalablç. de toute }çi proposée ^u peuple. Ainsi l^s dçux ordres s'ér trient pfutagé la républiqu^e. Les sénateurs avaient les charges et la puissance politique^ les chevaliers l'argent, les terres, les jugemens. Leur connivence mutuelle accélérait la ruine du peuple , qui so consommait en silence-

« YX ayns quidem noster sin^lari ^irtute in hoc municiçio , quoad nxit , » restitit M. Gratidio , ferenti legem tabeUariam : exdtaÎMit enim fluctiis. » in «impulo, ut dicitur, Gratidius,, quos post filios qus Marius in jt iEgco excitavit mari. »

Aforius, publtcain, et sorti d'une Emilie éque»-^ tre^ ne pouvait rester fidèle* au parti des noblos. Cet fait néanmoins im^grAd'étonnement pour l'aristo-* cratie^ lorsque le client des AlMtellus osa> sans consulter le séns^t, proposer une loi qui tendait à lïéprimer les brigues dans^ les comiee^ et les triBu-* Baux. Un des Métellus attaque la loi^et' le tribun ; il appuie le cojisul) qui. propose de dt^r Marius pour rendre compte. Marius entca^ mais ce fut poup or* donner aux licteucs de conduire- Métellus en pri^ son ^ Le sénat fut obligé d<^ ]?etirer son décret. Le petit peuple de Rome ne fut pas plus content de Marius que les nobles^ quand il le vit se 'déclarer contre une distribution dç blé proposée par. un d» ^es collègues.

•Les Italiens étaient trop dîvîséis d'intérêts, là populace de Rome était trop 'faible pour qu'on pût s'élever à la puissance par la faveur des uns ou des autres. Il fallait se désigner aux deux partis par la gloire militaire, et trouver dans les armées \m point d^appui pkis solide que. cehii auquel s'étaient; confiés les Gracches. Marius.se rapprocha proba-^ élément de Métellus ; car il fut nommé questeur 4ç Cécilius Métellus pour la guerre de Numidie^

^ Dè^ la ruine ^ C^rtha^ , du vivant même du fi(ièl%M9iii$ini$s9.y les Romains prenaient ombrage du royftume des Numides ^i ne leur était plus }xule. Ils n'avaient pas voulu de leur secours dans la dernière guerre punique. Tant que régna lelàch^ et faible Micipsa^ son fils^ ils ne craignirent rien de ce côté. Mais ce prince avait été obligé en mou- * rant de faire entrer en partage du royaume ,- avec ses deux fils , son neveu , Fardent et intrépide Ju* guriha^ vrai Numide , désigné au trône par la voix des Numides y et chéri des Romains depuis le siège de Numanoe^ où Micipsa l'avait envoyé dans Tes-^ poir qu'il y. périrait. C'était^ comme son meul Mas«<- 4ini^a> le meilleur cavalier de l'Afrique^ le plus ardent chasseur , toujours le premier à frapper le lion K , On a regardé Jugurtha comme un usurpal;eur^ il aurait fallu s'informer d'abord s'il existait une loi d'hérédité dans les déserts de la Numidie. lies. Barbares jchoisissent ordinairement pour roi le plus digne dans une même famille . Les Numides pansèrent que la volonté d'un mort ne pouvait pré* valoir sur le droit de la nation. Ils regardaient^ non sans raison y le partage de la Numidie comme ^on asservissement aux volontés de Rome ^ et soutins rent avec une héroïque obstination le chef qu'ils

. ' SoUost. 2 VA «/ii^> » o. 6. — (( Pleraque tempora in 'vcnando a^ere » leonem atqiU; alias feras primus , aut in priniis , fcrire. »

filetaient donné. D'abord^ Jngurtha fait assassiner Hiempsal^ le plus jeune de ses rivaux^ Hontlepeu^ pie accusait la cruauté ^ Puis^ soutenu par les amis qu'il s'est faits parmi les Romains au siège dé •Numance^ par les sénateurs qu'il achète à tout prix, il obtient un nouveau partage entre lui et Adherbaî, le sumvant des deux frères. Enfin, se voyant 'sûr de tout le peuple , il renverse ce dernier obsta^cle a l'unité der la Numidie. Adherbal assiégé , demande secours aux étrangers, aux Romains. Des commissaires sont envoyés, moins pour le protêt ger que pour empêcher la réunion d'un peuple ^ ibrmidable par son génie belliqueuÂ. Ils arrivent trop tard t Jugurtha, maîtrejde son[ rival, l'a fait )pétir dans les tourmèns; cette cruauté eût été gratuite et inexplicable, s'il n'eût considéré le caiid^*dat anti-national comme Un usurpateur. Il massacra même tous les Italiens qui faisaient trafic à Cii^ thâ, ce qui prouve qu'il confondait dans sa haine Rome et Adherbal.

Cependant le peuple éclate à Rome contre la vé*nalité des grands qui ont donné à Jugurtha le temps d'unir sous sa domination toute la Numidie. Le consul Calpurnius Pison passe en Afrique avec une armée. H prend quelques villes , mais seulement

Sali. , Ji^. , c. 15. Legati Jugarthse : « Hiempsalem^ob saevitiamsuam 9-« Numidis into'fet^tira. w ' .....

peuF se faire mieux payer sa retraite. Nouvelle ctor neur du peuple. Le tribun Memmius fait ordonner à Jugurtha de venii» se justifiera Rome. Le roi de Numidie comptait si bien sur la corruptioa de ses juges , qu'il ne craignit pas d'obéir. Le peuple s'as-;semble pour entendre sa justification; Memmius lui ordonne de parlée ; un autre tribun gagné par le Numide^ lui ordonne de se- taire. Ainsi Fou 39 jouait du peuple. Cependant un des descend^n^ de Massinissa demandait au sénat le trône de Nuinidie. Le danger était pressant pQUi; Jugurth^. II. n'héçite iv>int à faire assassiner ce nquvQau cçmpétiteiir. Cette fois le crime était flagrant ; Jugurtha sortit de Rome^ et dit en se tournant encore une fois vers ses murs : Fille k. cendre! Une lui manque plu^ qu'un acheteur.

Albinus^ qu'on envoya d'abprd, ne fît rien contre Jugurtha; Aulus^ son frère et son lieutenant en son absence^ se Iidssa prendre par le Numide^ et ne s^ tira de ses mains qu'en passant sous le joug. Cettç bionte que Rpwe fie CQïinaâssait plus depuis Numance^ accusait ^i ha,utçn)çnt l'incapacifé ou la cor* iiuptipn de l'aristocratie, que le sénat fit désormais de sérieux efforts pour terminer la guerre. Il cq confia la conduite à l'un de ses membres les plus influens, Cécili^s MéteQus^ et lui donna une nouvelle armée (109).

\jSl première victoire et la plu^. diUGcilç à renx'»

porter fut le rétablissement de la discipline. Dans, un pays de déserts semés de quelques villes, en pré-, «ence diun ennemi mobile comme la pensée, et que Ton ne pouvait joindre que où et quand il lui plaîn sait, il fallait n'avancer qu'à coup sûr et tâcher de s'açfiurér des places fortes. L'habileté de Jugurtha rendait ce système difficile à suivre. Lés Romains ayant pris Vacca, Jugi^rtha apparut tout à coup dans une position avantageuse , et fut au moment de vaincre, avec ses troupes légères, la tactique ro-? maine et la force des légions. Partout il suivit Métellus, troublant les sources, détruisant les pâturages, enlevant les fourrageurs. Il osamême attaquer deux fois le camp romain devan^Sicca, fit lever le siège, et força ainsi Métellus d'aller prendre ses quartiers d'hiver hors de la Numidie^ Le Romain employait cependant contre lui les moyens les moins, louables de vaincre. Il marchandait squs main les amis de Jugurtha, pour leur feii-e tuer ou livrer leur maître. •

Ces craintes diverses décidèrent le Numide à traiter. U se soumet à tout. Il livre à Métellus deux cent mille livres pesant j'^'argent , tous ses éléphans , une infinité d'armes et de chevaux. Et alors il apprend qu'il faut qu'il vienne se mettre luimême entre les mains de Métellus. Que risquait-S^

^ Id. 9 iàid,, G. $4-61.

de plus en continuant la guerre? Il ia recomp mençaVU eût dû se souvenir plus tôt que les Boi* .mains avaient usé envers les Carthaginois de la jnéme perfidie.

. Métellus fit alors en Numidie une guerre d'exteiv jnination^ égorgeant dans chaque ville tous les màles en *âge de puberté ^ , C'est ainsi qu'il traita Vacca^ qui s'était soustraite au joug des Romains y et Thala^ dépôt des trésors de Jugurtha qui l'avait crue protégée par les solitudes qui l'environnaient. Jj'indomptable roi de Numidie était sorti de son joyaume pour le mieux défendre. Retiré aux con- . £n5 du grand désert^ il disciplinait les Gétules^ et jentraînait contre Rome son beau-père Bocchus^ roi 4e Mauritanie^ qui fut vaincu avec lui près de Cii^ tha.

, Mételhis vit avec douleur son lieutenant Marius lui enleyer la gloire de terminer cette guerre. Le fier patricien qui lui devait, il faut le dire, une grande partie de ses succès, avait voulu d'abord J'empêcher d'aller à Rome briguer le consulat. Il «era temps pour vous, lui dit-il, quand mon fils le demandera. Il s'en fallait de vingt ans que son fils ^ût l'âge. L'insolence de Métellus avait profondément ulcéré Marius. II exigea la condamnation à mort d'un client de Métellus^ soupçonné d'intelli-

' Ibid., c. 5^. « Pubères interfîcijubet. » ^ ; '

gence avec les Numides^ et lorsque celui-ci essayait de réhabiliter la mémoire de cet homme ^ Marius dit qu'il s'applaudissait d'avoir attaché à l'âme du consul une furie étemelle.

Ce mot atroce indique assez avec quelle haine Marius attaqua Métellus à Rome. Cette fois il daigna parler devant le peuple et flatter sa passion. Il ac-> cusason général d'éterniser la guerre; il promit, s'il était^consul y de prendre ou tuer Jugurtha de sa main. Il était soutenu par les chevaliers, parles publicains ^ , par tous ceux dont cette longue guerre anéantissait le commerce en Afrique ; il le fîit par les prolétaires qu'il enrôla pour la première fois, et pour qui les camps furent un asile. On accusa ^farius de prendre ainsi pour soldats des hommes qui ne laissaient à la patrie aucun gage de leur fidé^ lité. Mais l'extinction des propriétaires obligeait de recourir à cette dernière ressource.

Marius voulait deux choses : s'attacher, s'apprcH plier son armée, et vaincre Jugurtha. Il atteignit le dernier but par une discipline terrible, le pre-» mier par une prodigalité sans bornes. Il donnait tout le butin , toutes les dépouilles au soldat. Avec un tel accord du chef et de l'arméfe, la guerre fut

' ' Ihid.y c. 65. — «Equités Romanos, milites et negotiatores , alios » ipsc, plerosqne pacis spes impeltit , uti... Marium imperatorem posa caDt. » Phitârch. in Mario. .

poussée à outrance. Il prit Capsa^ au milieu des plus arides solitudes. II força le pic presque inaccessible où le Toi des iî^umides avait déposé ce qu'il avait pu sauver de ses trésors, il battit deùx^fois Jugurtha et Bocchus. Ce dernier ne voulut pas se perdi*è avec son gendre. Il promit de le livrer. Ce iut le jeune ISylla^ questeur de Marins , qui pour sa première campagne eut la gloire de recevoir du roi de Mauritanie un captif si important. Ç^ succès fut dû en partie à son adresse et à son sang-froid; Bocchus délibéra^un instant s'il ne livrerait pas plutôt Sylla à Jugurtha. Marins ne parddnlia jamais à son questeur d'avoir fait représenter sur son âûneau l'extradition du roi des Numides.

La Numidie fut partagée entre Bocchus et deux petits^fils naturels de Massinissa. Le héros qui avait défendu la Numidie si long-temps , et qui y malgré des crimes ordinaires aux rois barbares^ méritait un meilleur sort^ fut traîné derrière le char de Marius^ au milieu des huées d'une lâche populace. On dit qu'il perdit le sens. ï^eut-être voulait-il échapper à l'ignominie en feignant l'insensibilité. C'est ainsi que le roi des Vandales diminua pour Bélisaire la gloire et l'ivresse du triomphe^ en déclarant par un sourire dédaigneux qu'il n'acceptait pas la h^^nte dont on croyait le couvrir. Jugurtha fut ensuite dépouillé, et les licteurs, pour avoir plus tôt fait, lui arrachèrent les bouts des oreilles avec les anneaux d'or

*qù^ y portait. De là jeté nu dans un cachlH hu-=» ijhide^ il plaisantait encore efïi y entrant : Par Hér^-^ Cule, dit-il^ tes étûves sont froides à Rome. Il lutta dix jours entiers contre la faim^ (loÇ).

La jalousie 'que les victoires du publicain d'Aipînum inspiraient aux nobles^ fuf réprimée pai* u'ii danger dont Rome ne crut pouvoir être défendue que par lui. Des peuples jusque-là inconnus aux Romains ^ des Cimbres et des Teutons des bords dé la Baltique^ fuyant, disait-on, devant l'Océan dé^ bordé, étaient descendus vers le midi. Ils avaienf ravagé toute TlHyrie, battu, aux portes de Tltalie, un général roiAain, qui voidait leur interdire le No^ riqùe , et tourné lès Alpes par l'Helvétie dont len principales populations , Ombriens ou Ambrons , Tigurihs (Zurich) et ïughènes(Zug), grossirent leuf horde. Tous'ensembïe pénétrèrent dans la Gaulé, àil nombre de trois cent mille guerriers ; leurs familles, vieillards, femmes et enfs\fiSy suivaient dans dés charriots. Àti nord* de la Gaule, ils retrouvèrent d'anciennes tribus cimbriques, et leur laissèrent , dit-on, en dépôt une partie de leur butin. Mais la Gaule centrale fut dévastée , brûlée , affamçe sur leur passage. Les populations df s campagnes se re-

* Plut. , m JtTar,^ c^ 13. £^ rtftipoitç ^uyo/ARp^ij^avloc ^cfiÇ.

fugièrent dans les villes pour laisser passer le tor-> rent^ et furent réduites à une telle disette^ qu'on Qssaya de se nourrir de chair humaine ^ . Les Barbares^ parvenus au bord du Rhône, apprirent que de Tautre côté du fleuve, c'était encore l'empire romain, dont ils avaient déjà rencontré les frontières en lUyrie, en Thrace, en Macédoine. L'immensité du grand Empire clu midi les frappa d'un respect superstitieux j avec cette simple bonne foi de la race germanique, ils dirent au magistrat de la province , IVI. Silanus, que si Rome leur donnait des terres j ils se battraient volontiers pour elle. Silanus répondit fièrement que Rome n'avait que faire de leurs services, passa le Rhône et se fit battre. Le consul P. Çassius, qui vint ensuite défendre la province, fut tué; Scaurus, son lieutenant, fut pris, et l'armée passa sous le joug des Helvètes, non loin du lac de Genève. Les Barbares enhardis voulaient franchir les Alpes. Us agitaient seulement si les Romains seraient réduits en esclavage ou exterminés. Dans leurs bruyans débats, ils s'avisèrent d'interroger Scaurus, leur prisonnier. Sa réponse hardie les mit en fureur, et l'un d'eux le perça de son épée. Toutefois , ils réfléchirent, et ajournèrent le passage des Alpes.

' ^ Caesar, Ceii, GaU. , libr VII, c. 77, In oppida compulsif «c ino^ » piâ subacti , eonim corporibus qui aetate inutiles ad bellum videbantur , » vitam toleraveruDt. >

Les paroles de Scaurus furent peut-être Ife sâlut de lïtalie.

Les GauIoisTectosagesdeTôlosa, unis aux Cimbres par une origine commune , les appelaient contre, les Romains dont ils avaient secoué le joug* La marche des Cimbres fut trop lente. Le consul C. Servilius Cépion pénétra dans la ville et la saccagea. L'or et l'argent rapporté jadis par les Tectosagesdu pillage de Delphes, celui des mines des Pyrénées^ celui que la piété des Gaulois clouait dans un temple de la ville, ou jetait dans un lac voisin, avaient fait de Tolosa la plus riche ville des Gaules. Cépion en tira, dit-on^ cent dix mille livres pesant d'or et quinze cent mille d'argent.. Il dirigea ce trésor sur Marseille, et le fit enlever sur la route par des gens à lui, qui massacrèrent l'escorte. Ce brigandage ne profita pas. Tous ceux qui avaient touché cette proie funeste finirent misérablement; et quand on voulait désigner un homme dévoué à une fatalité implacable, on disait i II a de Vor de Tolosa.

D'abord Cépion > jaloux d'un collègue inférieur par la naissance, veut camper et combattre séparément. Il insulte les députés que les Barbares envoyaient à l'autre consul. Ceux-ci, booillans de fureur, dévouent solennellement aux dieux tout ce qui tombera entre leurs mains. De quatre-vingt mille soldats , de quarante mille esclaves ou valets d'armée, il n'échappa, dit-on, que dix hommes. Cé-r II. i3

pion ivk des dix. Les Barbares tinrent religieuseiàènt . leur serment; ils tuèrent dans les deux camps tout être vivant, ramassèrent les armes , et jetèrent l'or et l'argent , les chevaux même dans le Rhône ^ .

Cette journée, aussi terrible que celle de Cannes> leur ouvrait l'Italie. La fortune de Rome les arrêta dans la iProvince et les détourna vers les Pyrénées. De là , les Cimbres se répandirent sur toute FEspa^ gne, tandis que le reste des Barbares les attendait dans la Gaule.

Pendant qu'ils peîrdent ainsi le temps et vont se briser contre les montagnes et l'opiniâtre courage des Cel libériens, Rome épouvantée avait appelé Marins de l'Afrique. Il ne fallait pas moins que l'homme d'Arpinum, en qui tous les Italiens voyaient un des leurs, pour rassurer l'Italie et l'armer unanimement eontre les Barbares. Ce dur soldat, presqu'aussi terrible aux siens qu'à l'ennemi, farouche comme les Cimbres qu'il allait combattre, fut, pour Rome, un dieu sauveur. Pendant quatre ans que l'on attendit les Barbares , le peuple , ni même le sénat , ne put se décider à nommer un autre consul que Marins. Arrivé dans la province, il endurcit d'à-* bord ses soldats par de prodigieux travaux. Il leur fit creuser la Fossa mdrianay qui facilitait ses com-»

Paul. , Oros. ,1. V , c. 46. Aanim argentamque in flumcn abjeotQm. . . . equi ipsi gurgitibns mmiersi.

munications avec la mer, et permettait aux navires d'éviter l'embouchure du Rhône , barré par les sables. En même temps, il accablait les Tectosages et s'assurait de la fidélité de la province avant que les Barbares se remissent en mouvement.

Enfin ceux-ci se dirigèrent vers l'Italie, le seul pays de l'Occident qui eût encore échappé à leurs ravages. Mais la difficulté de nourrir une si grande multitude les obligea de se séparer. Les Cimbres et les Tigurins tournèrent par l'Helvétie et le Norique ; les Ambrons et les Teutons , par un chemin plus direct , devaient passer sur le ventre aux légions de Marins , pénétrer en Italie par les Alpes maritimes et retrouver les Cimbres aux bords du Pô.

Dans le camp retranché d'où il les observait, d'abord près d'Arles, puis sous les murs d'Aquae Sextiae (Aix)^ Marins leur refusa obstinément la bataille. Il voulait habituer les siens à voir ces Barbares , avec leur taille énorme , leurs yeux farouches , leurs armes et leurs vêtemens bizarres. Leur roi Teutobocus franchissait d'un saut quatre et même six chevaux mis de front ^ 5 quand il fut conduit en triomphe à Rome , il était plus haut que les trophées. Les Barbares, défilant devant les retranchemens,défiaient les Romains par mille outrages :

' Florus, 1. m. Rex Teutobochus , quaternos senosque equos transilire solitus.

N'wez'vous fien à direa vos femmes P disàient-Ùs y nous serons bientôt auprès d'elles. Un jour, un tle ces géans du nord vint jusqu'aux portes du ca:n)|> provoquer Marius lui-même. Le général lui fit répondre que , s'il était las de la vie , il n'avait qu'a s'aller pendre , let comme le Teuton insistait, il lai envoya un gladiateur. Ainsi il arrêtait l'impatience dès siens ; et cependant il savait ce qui se passait dans leur camp parle jeuïie Settorius, qui parlait leur langue , et se mêlait à €ux sous l'habit gaulois.

Marius, pour faire plus vivement souhaiter la bataille à ses soldats , avait placé sofi camp sur une colline sans eau qui dominait un fleuve. Vous êtes des hommes , leur dit-il , vous aurez de l'eau pour du sang. Le combat s'engagea en effet bientôt aust bords du fleuve. Les Ambrons, qui étaient seuls dans cette première action, étonnèrent d^abordles Romains par leur cri de guerre qu'ils faisaient re-^ tentir comme un mugissement dans leur bouclier : Ambrons l /ambrons ! Les Romains vainquirent pourtant , mais ils ' furent repoussés du camp par les femmes des Ambrons j elles «'armèrent pour défendre leur libené et leurs enfans , et elles frappaient du haut de leurs chariots sans distinction d'amis ni d'ernij^mis. Toute la nuit les Barbares pleurèrent leurs morts avec des hurlemens sauvages qui , répétés par les échos des montagnes et du

fleuve, portaient l'épouvante dans Fàme même des vainqueurs. Le surlendemain , Marius les attira par sa cavalerie à une nouvelle action. Les Ambro- Teutons emportés par leur courage , traversèrent la lâvière et furent écrasés dans son lit. Un corps de ^tFois mille Romains les prit par derrièDe, et décida leur défaite. Selon l'évaluation la plus modérée , le nombre des Barbares pris ou tués , fut de cent mille. loL vallée , engraissée de leur sang , devint célèbre parsafertilité. Les habitans du pays n'enfermaiejat, n'étayaient leurs vigBies qu'^vqc des os de iports^ Le Village de jPaM/rnère« rappelle encore aujourd'hui le Bom dopné à la pkdne : Campi putridiy eliaçt>p de la putréfaction. Quant au butin ^J'armée le donna tout entier à Marius qui , après, un sacrifice solennf5l , le brûla en l'honneur, des dieux. Une pyramide fut élevée à Marius^ un temple à la Victoire. L'église de Sainte-Victoire , qui remplaça le temple , reçut jusqu'à la Révolution française une procession annuelle/ don^ l'usage nQ-s'étaij; jamais ijiterroinpu. La pyramide subsista jujsqu'ajLL quinzième siècle 5 et Çoumères avait pris pour armoiries le triomphe de Marius représenté sur un des bas-reliefs dont ce Bionument était orné ^ .

Cependant les Gimbres^ ayant passé hs Alpes No^.

•- Am. Tbierry , //«/* des Gaul. , 2* ▼. , p. 226*

riques , étaient descendus dans la vallée de FAdige. Les soldats de Catulus ne les voyaient qu'avec teiv reur se jouer^ presque nus^ au milieu des glaces y et se laisser glisser sur leurs boucliers du haut des Alpes à travers les précipices ^ Catulus ^ général méthodique, se croyait en sûreté derrière FAdige couvert par un petit fort. Il pensait que les ennemis s'amuseraient à le forcer. Ils entassèrent de& rochers^ jetèrent toute une forêt par-dessus et passèrent. Les Romains s'enfuirent et ne s'arrêtèrent que derrière le P6. Les Cimbres ne songeaient pas. à les poursuivre. En attendant Farrivée des Teutons, ils jouirent du ciel et du sol italien, et se laissèrent vaincre aux douceurs de la belle et molle contrée. Le vin, le pain, tout était noiiveau pour ces Barbares ^, ils fondaient sous le soleil du midi et sous Faction de la civilisation plus énervante en-^ core.

Marins eut le temps de joindre son collègue. U reçut des députés des Cimbres, qui voulaient ga-gner du temps : Donnez-nous y disaient-ils, des terres pour nous et pour nos frères les Teutons. — irtiV

' Florus f 1. m. Hi jàm ( qiu^& ciederet ? ) j^r hicmeni » quae altfiis Alpes levât, tridentinis jagis in Italiam piOTolutl cukpl desoeBdfFaDt. Plut. , c. 22. — Toùf Qvpsoxfç ukaliiç viro^tBhlsç roîç (T6i[A0i9i^,

* Jbifi. In Venetiâ, quo ferè tracta Italia mollûsima est, i[>sâ soli ccBlique ckmentiâ robur eUnguit. Ad hoc panis nsu, carnisqae coicts e( 4ulcedine vini mitigatos...

sesrlà i^os f rires ^ répondit Manils , ils ont des Utres* Nous leur en wons donné quHls garderont étemel-' lemmt. Et copaiiàe les Ciiiibres le menaçaiedt de l'arrivée des Teutons : Ils sont icî^ dit-il^ il ne serait pas bien de partir sangles saluer , et ihfit aniener> les captifs. Les Cimbres ayant demandé quel J0ur> et en quel lieu il voulait oombattrêT^our sasH^ir à qui serait V Italie y i| leur donna rendez-vous pour le^ troisième jour dans un champ ^ près de Verceil.

Marius s'était placé de manière à tourner contre l'ennemi le vent ^ la poussière et les, rayons ardens d'un soleil: de juillet. Vî^f^^^^^^ d^s Cimbres formait un énorme carré, dont les premiers rangs étaient liés tous ensemble avec des chaînes de fer. Leur cavalerie^ forte de quinze mille hommes, était effrayante à voir, aveq ses casques dbargés de> mufiles d'animaux sauvages, et surmontés d'ailes d'oiseaux^. Le caipp et l!arraée barbare occupaient une lieue^n longeur. Au commencement, l'aile où se tenait Marius ayant cru voir fuir la cavalerie ennemie^ s'élança k, sa poursuite ^ et s'égara dans la poussière,, tandis que l'infanterie enn'emie, sen>^. blable %ux. vagues d'une mer immense, venait se briser sur le centre où se tenaient Catulus et Sylla, ^t alors tout se perdjlt dans une nuée de poudre.

* Phit., c. 37. Oyjpiojv fo^Topd'i y^ivjiOLtn»,. Xô^^ec ^xt^tùioïç»

La poussière et le «oleil méritèrent le principal boRf^; neur de la victoire ^ (ipi).

Restait le camp barbare y les femmes et les enfansi des yaincus. D'abord^ revêtues d'habits de deuil ^ elles supplièrent qu'on leur {tromît de les respecter, et qu'on les donnât pour esclaves aux prêtresses ro-; maines du feu ^ (le culte des élémens existait dans la Gennanie). Puis, voyant leur prière reçue avec dérision, elles pourvurent elle^mêmes à leur liberté. Le mariage chez ces peuples était chose sérieuse. Les présens symboliques des nocea, les bœufs? attelés , les armes , le , coursier de guerre , annonçaient assez à la vierge qu'elle devenait la com-t pagne des périls de l'homme, qu'ils étaient unis 4ans une même destinée, à la vie et à la mort (sic viven4um^ sic pereunduntj Tacit.). C'est à son épouse que le guerrier rapportait ses blessures après la baitaille ( ad maires et conjuges traînera referont ; nec illœ numerare aut exigere plagas pavenf). Elle lesi comptait , les sondait sans pâlir ; car la mort ne dé-, vait point les séparer. Ainsi ^ dans les poèmes Scandinaves^ Brunhild se brûle sur le corps de

• flQrus, 1. III. -rtPlut., in3lar.t c, 27. KovtoploO ap^MùÇ «TrXg-

* Paul. Oros. , 1. V, c. 4 6. Consulueiunt consulem, ut si inviolaitâ castitate virginibus sacris ac diis serviendum esset, Titam sibi reserrarent. — -Florus, 1. m, c. 3. Quùm , missâ ad Marium legalione, liberr tatem ac saceirdotiura ifon impetrassent. '

Siegfrid. D'abord les femmes des Cimbres àiTrahx chirçnt leuFs enfaus par la mort ; elles les étranglèrent ou les jetèrent sous les roues des chariots. Puis elles se pendaient ^ s'attachaient par un nœud coulant aux cornes des bœufis, et les piquaient ensuite pour se faire écraser. Les chiçns de la horde défendirent leurs cadavres j il fallut les çxterminer a coups de flèches ^ .

Ainsi s'évanouit cette terrible apparition du nord, qui avait jeté tant d'épouvante dans l'Italie. Le mot cimbrique resta synonyme de fort et de terrible. Toutefois Rome ne sentit point le génie héroïque de ces nations^ qui devaient un jour la détruire; elle crut à son éternité. Les prisonniers qu'on put faire sur les Cimbres, furent distribués aux villes comme esclavçs publics, ou dévoués aux combats de gladiateurs.

Marins fit ciseler sur son bouclier la figure d'un Gaulois tirant la langue , image populaire à^ Rome dès le temps de Torqu^tus. Le peuple l'appela le troisième fondateur de Rome, après Romulus et Camille. On faisait des libations au nom de Marius, comme en l'honneur de Bacçhus ou de Jupiter.

Lui-même, enivré de s?t victoire sur les Barbares du nord et du midi, sur la Germanie et sur les Indes

- Plin. , 1. y III, c. 40. Canes defendére, Gimbris C9»is , (loams çoruni plaosths imposiias..

0fvicain/es , ne buvait ][âus que dans cette coupe à deux anses ^ oii^ selon la tradition^ Bacchus avait bu après sa victoire des Indes ^ .

La victoire de Marius délivra Rome du danger qu'elle redoutait le plus , mais non du plus grand. L'empire, disait-on, était désormais fermé aux Barbares; et chaque jour, sous fes fers de l'esclavage, ils envahissaient l'empire . Les publicains, établis sur toutes les frontières , avaient organisé la traite des blancs. Ce n'étaient point des prisonniers de guerre, encore moins des esclaves achetés ; c'étaient des hommes libres que les marchands d'esclaves, publicains, chevaliers et autres, enlevaient en pleine paix, et le plus souvent chez les alliés de Rome. Lorsque Marius , partant pour combattre les Teutons, fît demander des secours à Nicomède, roi de Bithynie, ce prince répondit que, grâce aux publicains et aux marchands d'esclaves , il n'avait plus pour sujets que des enfans, des femmes et des vieillards ^ . Une émigration non interrompue de Thraces, de Gaulois, d'Asiatiques surtout, avait lieu en Italie et en Sicile. Ils y étaient amenés

* Pliil. , in Mario, Piod. , Excerpî,

eomme esclaves en même temps que leurs dteux y entraient comme souverains. Avant la seconde guerre punique y le sénat avait fait démolir à Rome le temple dlsis ; vingt ans après celte guerre ^ il avait proscrit les initiés des bacchanales. Et vdilà^ que^ dans la guerre des Teutons^ le sébat accueille avec honneur le Phrygien Batabacès , qui promet la victoire, et fait bàlir un temple à la Bonne-Déesse K Marins mène partout avec lui la syrienne Marthe ^ la consulte avant de combattre, et ne sacrifie que par son ordre. Sylla obéit docilement aux devins de la Chaldée *. Lé séiiat est obligé de défendre les sacrifices humains (98 av. J.-C).

Au moment où la guerre dcfs Cimbres éclata , le sénat, voulant s'assurer dès alliés d'Asie , fit un dé-^ cret pour leut rendre leurs sujets devenus esclaves. Tout homme libre , originaire d'un pays allié , et retenu injustement dans l'esclavage, fut déclaré affranchi. A l'instant, huit cents esclaves se présentèrent au préteur de Sicile, et furent rendus à la liberté : mais chaque jour d'innombrables mul-

Plut. , in Mar. y c. 48. BoclaSÛTfnç , à rHç yisyôànç ft>3Îpoff

Plut. , ibii!. o Màptoff yàp TtvaSv^avyuvatxa, M«p9av ovojxa^. .. h fopsÎM xa7o(x«£|xsv)3V ac/xvôç ntpn^yz^o ^ xat Bxktmç el9u£V ixtivYiç ^îf^evoûcruf , etc. -^ Wftt* , in SyêL , c. 46 , «t pass\m%

titudes venaient rédamer au même- titre^ Ces mal-*heureux appartenaient pour la plupart, aux cheva* Uers romains , qui partout envahissaient Iqs terres sur les hommes libres^ et les; exploitaient pas* des esdaves. Quel magistrat dbins lés provinces eût osé décider contre l'intérêt de ces grands propriétaires^ qui; en leur qualité de chevaliers^, pouvaient Iq juger lui-même de retour à Rome ? Cette épouvantar ble tyrannie, fi9câle, mercantile et judiciaire tout à la fois, a été déjà caractérisée plus haut par queir ques mots de Montesquieu.

Les esclaves , furieux de voir leur d^oit à la li^berté reconnu et méprisé en même temps, s'arment de tputes parts (iq5-J[). Cette fois, ils ne prennent pas pom? chef un bouffon syrien, mais un brave Italien nommé Salvius ^ , un Grec intrépide nommé Athénion , qui les disciplinent à la romaine, ne donnent des armes qu'à ceux qui peuvent s'en servir, évitât de s'enfermer dans les villes, où le grand nombre des hommes libres les mettrait ei;i péril. Le roi Salvius et son lieutenant lisaient dans l'avenir, comme Eunus. Ce qui prouve au moins leur intelligence du présent, c'est qu'ils se dirigeaient vers l'occident, et s'efforçaient de communiquer avec la mer et l'Italie, où d'autres bandes, d'esclaves étaient en armes. Tant que dura la guerre

* pour toute cette guerre, F, Diodor. 9 Exc^rpfa.

des Cimbres^ celle des esclaves traîna en longueur. Trois généraux romains y échouèrent. Mais Tannée même de la bataille de Verceil ^ Manius Aquilius y collègue de Marius dans son cinquième consulat y passa en Sicile ^ tua de sa main Athénion qui avait succédé à Salvius , et poursuivit les esclaves débandés de ville en ville. Il en réserva mille pour les jeter aux bêtes dans l'amphithéâtre de Rome. Mais ils envièrent au peuple l'amusement de leur agonie; ils se tuèrent les uns les autres (loi). Si l'on en croit Athénée ^ un million d'eselaves avait péri dans les deux guerres serviles.

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