CHAPITRE m
Goiîrre sociak. — - Les Italiens obligent Rome de leur accorder le droit de cit^. — Guerre sociale et civile de Marias et de Sylla. — Dictature de Sylla. — Victoire des nobles survies cbevdiers, de Rome sur les Italieos. (400-77.)
Les alliés qui , dans les guerres des Cimbres et des esclaves , composaient les deux tiers des armées de Rome, s'attendaient à des récompenses. La plupart d'entre eux, dépouillés autrefois par les colo- ' nies romaines , ou récemment par l'avidité des chevaliers, s'étaient, malgré les décrets du sénat, établis dans les environs de Rome et introduits dans les tribus rustiques. Marins fit proposer par un homme à lui, le tribun Âpuleïus Saturninus, de leur distribuer les terres que les Cimbres avaient occupées un instant dans le nord de l'Italie ^ . Par là , il éloignait ses anciens soldats, Marses, Péligniens, Lu- / caniens, Samnites, etc. , de leurs provinces natales
' Àppian. , B. Civ. , p. 625.
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^t de leurs patrons nationaux ; il les transplantait dans une province lointaine^ où ils n'auraient pour garant de leur propriété que la protection de Marius. C'était aussi un motif spécieux que de fermer l'Italie aux Barbares en établissant au pied des Âl^ pes ceux qui les avaient vaincus. Les Italiens qui soutenaient cette loi, la rendirent odieuse par leurs violences. Ils égorgèrent en plein jour dans le Forum les compétiteurs de Satuminus, et ceux tle Glaucias qui le soutenait. La mort fut décrétée contre tout sénateur qui ne jurerait pas de respecter la loi agraire accordée aux soldats de Mari us. Pour celui-ci , sa conduite en tout ceci fut misérablement double et factieuse. Il jura qu'il ne jurerait point la loi , et quand son ennemi Métellus Feut imité, Marins feignit d'avoir peur des Italiens, et prononça le serment. Le peuple de Rome , jaloux des tribus rustiques, s'était armé pour soutenir Métellus qui aima mieux s'éloigner de Rome ^ .
La duplicité de Marius avait refroidi les Italiens poiu'lui. Saturninus était l'objet de leur enthousiasme, et ils l'avaient salué roi. Marius se rapprocha du sénat et de la populace urbaine. Dès que les Italiens retournèrent aux travaux des champs, Saturninus fut abandonné comme les Gracches , et obligé de se réfugier au Capitole avec ce qui lui restait de ses partisans. Mourant de soif et mena-
* Id. , ibid. , p. 627.
céâ d'être brûlée avec le temple^ ils se rendireht k Marius^ qui l'es laissa lapider^ ou, selon d'autres, ordonna expressément leur mort (loo) ^ Dès--lors, Marius vit tomber tout son crédit : odieux au peuple comme Italien, au sénat comme démagogue, méprisé comme publicain de l'un et de l'autre , il avait perdu la confiance de TltaKe en se séparsmt de Saturninus. Il vit bientôt rentrer au sénat son ennemi Métellus. Plutôt que d'endurer tous les jours l'humiliation de sa présence, il partit pour l'Asie, sous le prétexte d'accomplir des vœux à la Bonne-Déesse, mais en réalité pour s'y ménager une guerre en insultant les rois alliés * ; peut^tre aussi pour s'associer aux rapines de ses amis ^ les
chevaliers romains qui pillaient l'Asie-
Le dangereux patronage des alliés passa quelques années après au tribun Livius Drususqui avait alors entrepris de rendre à tout prix les jugemens au sénat. Les sénateurs ne pouvaient tolérer la tyrannie des chevaliers qu'ils appelaient leurs bourreaux. D'un autre côté, la plupart des alliés, sur qui les chevaliers usurpaient chaque jour des terres, ne leur étaient pas plus favorables. Drusus proposait de partager les tribunaux entre l'ordre équestre et
* f^. ks récits opposés (TAppiafi. , loc, cit, , de Plut. ^ in Kîar, , et de Velkiusjib. II, e. 12.
' Plutarcli. , in Mar, , c. S3.
lô sénat, de doubler cette compagnie en y faisant entrer trois cents chevaliers, de donner des terres au peuple de Rome , et le droit de cité à toute l'Italie (91). Ce projet de conciliation ne satisfit personne. Les chevaliers s'adressèrent'à ceux des alliés qui jusque-là avaient peu souffert des colonies et des distributions de terres , et leur firent craindre que les nouvelles ne se fissent à leurs dépens. Les Etrusques et les Ombriens vinrent à Rome accuser DrusuSk Ils furent soutenus par le consul Màrcius Philippe, ennemi personnel de Drusus^ Aban-^ donné comme les Gracches, comme Saturninus^ comme tous ceux qui s'appuyaient sur le secours variable des Italiens contre les habitans sédentaires de Rome, il périt assassiné dans sa maison. On accusa de ce crime le consul , chef du parti des chevaliers. Ceux-ci poursuivirent impitoyablement les partisans de Drusus. Ils traînèrent devant leur* tribunaux les plus illustres sénateurs , et , descendant sur la place avec des bandes armées d'esclaves , ils firent passer, l'épée à la main, une loi qui ordonnait de poursuivre quiconque favoriserait pu-
' Dnisus , interrompu dans une harangue par Philippe, le fit saisira la ^orge et traîner en prison , non par un licteur , mais par un de s^ cliens , et arec tant de yiolcnce que le sang lui jaillit par le nez. ( Val. Ms^x. , IX, 5 ),* Drusus ne fit qu'en rire , et dit : a Ce n'est que du sang de grive. »
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bliquement ou secrètement la demande des Italiens^ pour être admis au droit de cité ^ .
De tous les alliés , les plus irrités furent les Marses et leurs confédérés (Marrucini^ Vestini, Peligni). Ces patres belliqueux qui jadis avaient abandonné si aisément les Samnites y leurs frères^ s'étaient contentés long-temps d'êlre reconnus pour les meilleurs soldats des armées romaines. Les Romains disaient eux-mêmes : Qui pourrait trUmipher des Marses , ou sans les Marses ^ ? D'abord ils tentèrent un coup de main sur Rome. Leur brave chef, Pompédius Silo, prit avec lui tous ceux qui étaient poursuivis par les tribunaux, probablement ceux qu^avaient ruinés les usuriers romains ; ils étaient dix mille hommes armés sous leurs habits. La rencontre d'un sénateur qui se trouva sur leur chemin, leur fit croire qu'ils étaient découverts, et ils se contentèrent des bonnes paroles qu'il leur <lonna ^. Cependant les peuples italiens se liguaient entre eux, et s'envoyaient des otages ; car ils se
' Appian. , B. Civ. , t. H , p. 6S2.
' Idem. , p. 639. — Cette guerre des Marses qui introduisit les Italien» dans Rome , rompit pour toujours Tunité de la cité , si long-temps défendue par ks patriciens. Devant le -vieux temple de Quirinus , croissaient , dit Pline ( Hisf. nqt. , XV» S6 ) deux myrthes , Tun patricien , Tantape plébéien. Le premier, vert et vigoureux JMsqu'à la gnerre àts Marses , kuigiat dès-lors et se dessécha ; Taetre profita •d^autant.
• Diod. , E^Ivff. , lié. XXXVH.
défiaient les mis des autres^ isolés qu'ils étaient depuis si long -temps par la politique de Rome. IL<es Marses s'adjoignirent ainsi ce qui restait de l'an*^ oienne race samnite répandue dans les montagnes du Samnium et dans les plaines de la Lucanie ^ de la Campanie et de l'Apulie. Les villes importantes de Noie , de Vénuse et d'Âsculum (dans le Pice* num) y prirent parti pour eux. Ce qui avait manqué aux Italiens dans la, guerre des Samnites ^ c'était un centre, une ville dominante, une Rome. Cette fois •ils en bâtirent un tout exprès. Corfinium, la Rome italienne , fut faite à l'image de l'autre ^ , qu'elle devait détruire. Elle eut son Forum, sa curie, son sénat de cinq cents membres. Les alliés devaient nommer par an douze généraux et deux consuls. Les premiers qu'ils élurent , le Marse Pompédius Silo et le Samnite C. Motulus (Papius Mutilius ? ) , furent chargés de combattre l'un vers le nordouest, l'autre vers le sud*. Le premier devait attaquer Rome directement, et, s'il se pouvait, entrainer contre elle l'Etrurie et FOmbrie . Sous ce$ che& commandaient C. Judacilius , Herius Asinius , M. Lamponius, Insteius Cato, Marins Egnatius, Pontius Telesinus, et plusieurs autres. Outre P. Rutilius, Q. Cepion, Val. Messala et le fameux Sylla, Rome lent opposa S. Julius César , Cn. Pom-
' Id. , ibid. — • Id. , ibid.
Jîéius Strâbô, fet Pôrcius Caton, trois hbinines qui devaient être éclipsés par leurs fils. Il y avait encore parmi lés généraux romains deux Italiens d'origine , le fameux Marius et C. Perpenna. La conduite de ces derniers fut singulièrement équivoque. Perpenna, soupçonné de s'être fait battre, fut privé du commandement. Marius tefusa toujours le combat aux Italiens , laissa échapper les plus belles occasions de vaincre , négligea de poursuivre l'avantage qu'avait obtenu Sylla ; enfin il déposa le commandement , prétextant des maux de nerfs ^ . Sans* doute il espérait que Rome , réduite aux dernières extrémités , finirait par prendre pour médiateur et pour chef absolu , un homme Italien par sa naissance, et Romain par sa fortune.
Il se trompait. Après plusieurs défaites, où (feux consuls perdirent la vie, Rome reprit son ascendant. Elle le dut surtout au consul Cn. Porapéius, et à Sylla, lieutenant de son collègue. Pompée, assiégé un instant dans Fermum , resserra à son tour dans les murs d'Asculum l'Italien Judacilius , qui , après y avoir fait égorger tous les partisans de Rome , se dressa un bûcher dans un temple, et s'y donna solennellement la mort.
Pompée détruisit encore ceux nui passaient l'A* pennin pour soulever l'Étrurie j mais Rome ne crut
' Appian. , B, Ch, , tom. II. — Plut. , in Mario , c. $4.
pouvoir s'assurer des Etrusques et des Ombriens j qu'en leur donnant le droit de cité (88). Les Marses eux-mêmes abandonnèrent la ligue à la même condition. Sylla^ qui avait ménagé ce traité^ tua cinquante mille Italiens dans la Campanie , prit chez les Hirpins iEqulanum ^ en menaçant de la brûler dans ses murailles de bois» Il tourna les gorges du Samnium , que gardait l'armée ennemie , força Bovianum après avoir fait un carnage af&eux des Samnites. Le Marse Pompédius Silo^ plus fidèle à Ja cause commune que ses concitoyens, avait transporté le siège de Tempire italien de Corfînium à Bovianum, puisa .£semia, deux villes samnites. 11 avait affranchi vingt mille esclaves , et sollicité le secours du roi de Pont, qui méconnut son intérêt véritable, et répondit qu'il voulait avant tout réduire l'Asie ^ Tant de revers, et la mort même de Pompédius qui fut tué en Apulie, ne purent vaincre la résistance des Samnites. Chassés de leurs montagnes , ils tenaient encore dans Nola et dans les fortes positions du Brutium. Leurs chefs essayer rent de profiter des quereller de Marins et de Sylla pour s'emparer de Rhégium , et passer de là en Sicile, où ils auraient si facilement armé les es- ^ves.
En accordant la cité a la plupart dçs Italifn^î,^
Rome ne terminait pas la guerre i elle l'introduisait dans ses murs. La multitude des nouveaux citoyens avait été entassée dans huit tribus , qui votaient les dernières, lorsque les anciennes avaient pu déjà décider. Les Marses^ les Ombriens, les Etrusques, faisaient un voyage de vingt ou trente lieues , pour venir exercer à Rome ce droit de souveraineté tant souhaité ; aucune place publique n'était assez vaste pour les contenir j une partie votait du haut des temples et des portiques qui entouraient le Forum. Et tout ce peuple, venu de si loin , donnait un vote inutile, ou n'était même pas consulté. Les Italiens, indignés de cette déception , devaient recommencer la lutte jusqu'à ce que, répandus dans toutes les tribus , ils obtinssent l'égalité des droits. Cette égalité apparente eût été pour eux une supériorité réelle sur les anciens citoyens , dont les suffrages moins nombreux se seraient perdus dans les leurs. Sans doute , les Italiens méritaient la supériorité sur cette ignoble populace composée en grande partie d'affranchis de toutes nations. Cependant ce peuple iquivoque représentait la vieille Rome, en prenait J'esprit, se croyait romain, et défendait opiniâtrement l'unité de la cité.
La promesse de répandre les Italiens dans toutes les tribus , et de leur assurer par là l'exercice réel de leurs nouveaux droits fut l'appât dont se servit Marins poui les ramener à lui , et reprendre auprès
d'eux son ancienne popularité. Ce n'était pas qu'il se soQciât de ses compatriotes. Le vieux publi-* cain ^ devenu gras et pesant ^ , ne s'occupait guère depuis long-temps que d'entasser de l'argent dans SSL belle maison de Misène qu'il avait achetée de la tnère des Gracches^ et que LucuUus pay^ depuis 5oo^ooo sesterces. Tout à coup, on vit Reparaître Marins dans le Champ-de-Mars, s'exerçant avec les jeunes gens. Ses ennemis lui demandaient ce qu'étaient devenus les maux de nerfe qui paralysaient ses mouvemens dans la guerre sociale. C'est qu'il «'agissait alors d'une de ces riches guerres d'Orient, capables de rassasier les avares généraux de Rome. Le roi de Pont, Mithridate, avait favorisé le sou-, lèvement des cités de l'Asie mineure contre les épouvantables vexations des Romains; en un jour, cent mille de ceux-ci, chevaliers, publicains , usuriers, marchands d'esclaves, avaient été massacrés. Maître de l'Asie , il avait envoyé une grande armée
en Grèce, et en occupait les provinces orientales
avec toutes les îles de la mer Egée.
Les chevaliers , dont un grand nombre devaient être ruinés par les succès de Mithridate, tenaient à faire donner le soin de cette guerre au publicain Marins , intéresse à ne point réformer les abus qui
Plut. inJUan, c. 35.*Oùx sxjfrQukriç ysyovwf êv yripa. tov ùyytoTf, àW^tls vàpxa, uipiirhiBa xaî ^otpiictif hMu7iu>ç.
Tavaient causée. Ils regardaient comme si important d'envoyer en Asie an homme à eux^ qu'à ce prix ils auraient consenti à favoriser les prétentions des Italiens^ qu'ils avaient repoussés si long-temps. Le tribun Sulpicius s'était chargé de faire passer ces deux lois , et se faisait soutenir par une bande ar* mée de chevaliers, qu'il appelait V anti-sénat. Sylla, alors consul , voulait pour lui-même là conduite de la guerre d'Asie. Sulpicius et ses satellites l'enfer^ mèrent dans la maison de Marins et lui firent jurer de se désister. Le fils de l'autre consul fut tué pu-^ bliquement. On ne pouvait moins attendre d'mi parti, qui naguère avait égorgé en plein jour dans le temple de Vesta un préteur qui voulait faire exécuter les lois contre l'usure ^ . ' Sylla se réfugia à l'armée qui assiégeait encore les Samnites devant Nola, l'entraîna vers Rome, fit tuer Sulpicius et mit à prix la tête de Marins.
Ce Sylla, qui était rentré dans Rome la torche à la main , en menaçant de brûler la ville , proclama qu'il ne venait que pour rétablir la liberté. Le peuple , le prenant au mot , refusa ses suffrages à son neveu et à un de ses amis , et donna le consulat à un partisan de Marins, L. Cinna. Le nouveau cout
sul avait d'aboi'd fléchi le vainqueur en se liant \
lui par les plus terribles sermens, et dès qu'il se crut assez fort , il voulut lui faire faire son procès* Sylla apprenait eu même temps que son collègue dans la guerre sociale^ Cneïus Pompée Strabon, personnage équivoque qui flotta toujours entre les partis , avait fait tuer ou laissé tuer un autre Pom-» pée, qui venait lui succéder dans le commandement de Farmée, et qui tenait pour Sylla. Il com-^ prit qu'il ne prévaudrait jamais, si auparavant il ne s'appropriait ses légions par des victoires lucratives dans la Grèce et dans l'Asie ; il laissa là Pompée, Cinna, ses accusateurs et ses juges, et partit pour combattre Mithridate (88).
Le roi de Pont que l'on a comparé au grand Hannibal, avait, il est vrai , les vastes projets et l'indomptable volonté du chef des mercenaires, pliais non son génie stratégique. Sa gloire fut d'être pendant quarante ans pour les Barbares des bords de l'Euxin ce qu'Hannibal avait été pour ceux de rfespagne, de l'Afrique et de la Gaule, une sorte d'intermédiaire çt d'instructeur , sous les auspices duquel ils envahissaient l'Empire. Résidant à Pergame sur la limite de l'Asie, d'où il avait chassé les Romains, il faisait passer sans cesse de nouvelles hordes du Caucase, de la Crimée et des bords du Panube dans l'Asie , dans la Macédoine et la Grèce^,
^ Anpian. , Beii, Mithn'd, , t •' y«
Ma)$ ces Barbares^ à peine disciplinés^ ne poi^ ▼aient tenir contre les légions. Sylla en eut b(Hi marché. Quelque intérêt qu'il eut à faire sonner bien haut ses victoires de Chéronée et d'Orchomène pour re£froi de l'Italie^ il avouait lui-même que dans la première il n'avait perdu que douze hom-* mes ^ Son arme principale fut la corruption. II acheta par le don d'une terre en Eubée le principal lieutenant de Mithridate^. La seule Athènes l'arrêta long-temps. Elle était défendue par le phi-* losophe épicurien Aristion^ qui en avait chassé les Romains. Les Athéniens y habitués à être respectés dans les guerres y à cause de Tentiiousiasme que tout le monde professait alors pour le génie de leurs ancêtres , ne craignirent pas de lancer du haut des murs les mots les plus piquans sur Sylla et Métella, sa femme. La figure farouche du Romain , ses cheveux roux , ses yeux verts et son teint rouge taché de blanc ', égayaient surtout les assiégés. Ils lui criaient :
Sylla est une mûre saupoudrée de farine.
Il leur en coûta cher. Le Barbare inonda la ville
' Plut, in Syll, y c. 26. à $c Kk^k^ç It^u xitfaotpaç, xai lUot, liri-
• ;bid. , c. 30.
' Plut , m SylL , c. 2 , 8.
de sang. Ce qu'on en versa dans la place seulement, emplit tout le Céramique , ruissela jusqu'aux portes y et regorgea hors de la ville.
Sylla, ayant passé en Asie, y trouva une armée romaine du parti de Marins , qui , après de grands succès surMithridate, le tenait assiégé dans Pitane; le lieutenant Fimbria la commandait après avoir fait assassiner son général. N'ayant point de vais-, seaux, Fimbria, pour enfermer Mithridate du côté de la mer , écrivit à Lucullus qui commandait ceux de Sylla, et lui représenta combien il importait de ne pas laisser échapper l'ennemi du peuple romain. Mais Sylla craignait Fimbria plus que Mithridate j il ouvrit le passage au roi^, et exigea qu'il aban-* donnât la Bithynie, la Cappadoce et l'Asie romaine* « Que me laissez- vous donc, )> dit Mithridate. « Je vous laisse, répliqua Sylla, la main avec laquelle vous avez signé la mort de cent mille Romains. » Par ce mot accablant , Sylla ne faisait qu'avouer sa trahison ; il avait pu prendre Ce terrible ennemi de Rome, et éviter trente ans de guerre à sa patrie.
La pauvre Asie, pillée par les publicains de Rome, pillée par Mithridate, le fut encore par les soldats
' Plut, m Lucullo , c. 6. — c. 7 : aXVo AoOxou5i)loç , li t8 là xs^hç ZvHav d»x0(^ cj^sffêfivuv cr/so oavloç cSiôu ^s xat xotvov o^jiji^spovloç , 6tT8 , etc.. OTipe ùir^xo^xs -^ Ce passage ne s^accorde guère eycc
ridée que Montesquieu a Touln donner de Sylla, dans son fameux Dialogue fie Syilà et d'Eucrate,
de Sylla. Tout leur fut abandonné : 1^ jfortune des pères de famille ^ Fhonneur des enfans y les trésors des temples. En Grèce, Syila avait dépouillé ceux de Delphes, d'Olympie et d'Epidaure. Il payait dV vance la guerre civile. Les durs paysans de Fltalie connurent alors les bains, les théâtres, les vêtemens somptueux , les beaux esclaves , toutes les voluptés de l'Asie. Ils étaient logés dans les maisons des habitans, y vivaient, eux et leurs amis à discrétion; de plus , ils recevaient chacun de son hôte quatre tétradrachmes par jour. Sylla, en partant, frappa encore l'Asie d'une contribution de vingt mille talens ^ . Tels étaient les soldats que Sylla ramenait contre sa patrie. Ils étaient si convaincus qu'on les menait au pillage de l'Italie , qu'ils offrirent tous de l'argent à leur général, ne demandant pas mieux que de faire à leurs frais une guerre si lucrative.
Cinna, chassé \m instant de Rome, avait partout relevé le parti italien , et malgré les sages avis de son lieutenant SertoHus *, rappelé Marins, dont les vengeances ne pouvaient que souiller le triomphe de l'Italie sur Rome. Revenons un instant sur les, romanesques destinées de ce vieux ch^ def partis
' Plut, in Syll, , c. 32. Ejii|*t«w t«v Afftav dco-f&upîotç T«>«vïo^% -^ Id. in Lucull, , c. 7. ^ •
• PIul. m Serton, c. S. Totç f*îv S»»iç i^ûKu U/j^nt, Xtpliî^tof
Marîu5 n'avait échappé que par miracle aux cavaliers de Sylla. Surpris dans les marais de Minturnes^ îl ïut conduit dans cette ville; mais les habitans h'avaient garde de livrer celui qui avait taijt ménagé les Italiens dans la guerre sociale. Ils publièrent qu'ils avaient envoyé un esclave Cimbre pour ïe tuer, mais que cet homme n'avait pu soutenir le regard du vainqueur des Cimbres, et qu'il s'était enfui en criant qu'il n'aurait jamais le courage de tuer Caïus Marins. Ce qui est certain , c'est que les Mintumiens le firent passer en Afrique, d'où •Cinna eut l'imprudence de le rappeler bientôt. Cet homme farouche, rentré dans Rome avec une bande de pâtres affranchis et de laboureurs libres de l'Étrurie ^ ^ BapSiuwi? MaptavoM , Mariani?),. fit' égorger par eux les plus illustres partisans de Sylla, l'orateur Marcus Antonius, C^tulus Lutatius, son ancien collègue dans la guerre des Cimbres, ime foule d'autres. Les excès des esclaves lâchés par Marius , furent tels que Cinha et Sertorius en eurent horreur, et les enveloppant une nuit, les taillèrent en pièces *. Peu après, Marius, âgé de soixante-dix ans , consul pour la septième fois ,
' Appian. Bell, cw, , I. c. 67 : Mdepeoc iç Tuppiîviav xalsirXsuo'sv.».
Plut, in Sert. y Cv6... Oux ^va^CToè croioOpevoc ô ^iplùipioç, âizùtiflaç «v1at»1ô o1païo7r«8«uov1«ff xa7ïixôv1tff«v, oûx t>«17o'^ TsIpaxtffxtÎLttoV oviaç. — Appian. B. ch. , 1. 4.
mourut des excès de vin dans lesquels il se plongeait pour s'étourdir sur l'approche de son ennemi.
Sylla était alors attendu en Italie comme un dieu exterminateur. On publiait ses victoires sur Mithridate , les paroles terribles qu'il avait prononcées , la furieuse cupidité de ses soldats et les menaces des exilés qu'il avait dans son camp et qu'il appelait son sénat. Au premier bruit de son retour (83), les consuls (Norbanus et Scipipn, auxquels succédèrent Carbon et le jeune Marins) , eurent plus de cent mille hommes. SjUa avait quarante mille vé* térans, avec six mille cavaliers et quelques soldats du Péloponnèse et de la Macédoine. Métellus et le jeune Pompée, fils de Cn. Pompéius Strabo, se réunirent à lui. Rebuté du parti italien, qui connaissait la versatilité de sa famille ^ , ce jeune homme de vingt-trois ans avait levé des légions dans le Picenum, et battu trois généraux, trois armées, pour aller rejoindre Sylla. Celui-ci jugea au premier coup-d'œil le vain et médiocre génie de cet heureux soldat. 11 se leva à son approche , et le salua du nom de grand. A ce prix, il s'en fit un instrument docile. Il l'envoya dans la Gaule ita-
' Vell. Patêrc. , II, 20. « Cn. Pon^ias, Mag;ni pater , ità se du*
X bium medivinque purtibus praesthit , ut onmla ex proprio usu ageret , » temporibusque insidiaii yideretar. »
lienne , en Sicile, en Afrique , où il obtint de grands *succès sur le parti opposé.
Ce parti n'avait que de nouvelles recrues ; et de plus il était divisé. Les Samnites ne se réunirent qu'à la fin de la guerre aux autres Italiens^ com<^ mandés par les consuls. Dans la première bataille à Canusium , Sylla perdit soixante-dix hommes^ Norhanus six mille. Dans une autre, livrée plus tard, il tua vingt mille hommes à l'ennemi , sans perdre plus de vingt-trois des siens ^ . En Campanie , une armée pratiquée liabilement, passa tout entière dans son camp.. La défection se mit de même dans les armées de Carbon et du jeune Marius. Ce deiv nier, défait à Sacriport, tout près de Rome, par la trahison de deux cohortes, fut bloqué dans Préneste, et cette ville devint comme le but et le prix du combat pour toutes les armées de l'Italie. Sylla, partout présent, partout vainqueur, à Saturnia^ à Neapolis, à Gusiimi, à Spolète, empêche les Italiens de délivrer Marius. Pompée bat huit légions , qui marchaient à son secours. Trois chefs italiens indépendans , le Lucanien Lamponius , le Campanien Gutta et le Samnite Pontius Télésinus , sont de même arrêtés par Sylla. De nouvelles défections datent. Les Lucaniens se soumettent. Bimini,
* Appian. B, ctv, I , c. 84. — Plut, in SjrlL c. 36 : Étxovi rpztç f*©-
toute la Gaule pose les armes. Albinovanus fait sa paix en massacrant ses collègues. Norbanus s'en* fuit à Rhodes , et se tue. En Sicile, Carbon se livre à Pompée qui le fait égorger de sang-froid: Enfin les Samnites, par un effoi*t désespéré, se jettent entre Pompée et Sylla , pour débloquer Préneste ; puis ils tournent brusquement sur Rome , déterminés à la mettre en cendres avant de périr. Leur chef, Pontius Télésinus, courait de rang en rang, criant q\ï il fallait anéantir le repaire des loups ravisseurs de V Italie^. Rome était perdue, si l'armée de Sylla ne fût arrivée à temps, et n'eût livré aut Samnites une dernière et furieuse bataille. La victoire balança si long-temps , que Sylla hors de luimême fit un voeu au dieu de Delphes, dont il avait si outrageusement pillé le temple *.
Tout ce qu'il y avait d'Italiens dans Préneste, fut mis à part et passé au fil de Pépée. Ceux de Tïorba se défendirent jusqu'à l'extrémité et finirent par s'égorger les uns les autres. Six mille Samnites, auxquels il avait promis la vie , furent massacrés à Rome même. Leurs cris retentirent jusqu'au temple de Bellone, où Sylla haranguait le sénat. Ce
' VeUeias ,. c. -27. « Circum volans ordines eiercïtâs sui Telesinus , dic- » titansque adesse Romanis ultimum diem , yociferabatur eruendam delen- » damque urbem j adjiciens nuaquam defuturos raptores Italiœ libertatis » lupos , nisi syha in quam refuga^ sofereht , e^set excisa, »
• Plut. , in Syll. , c. 4 6 , 38.
n'est nen, dit-il froidement^ je fais châtier quelques factieux. Les massacres s'étendirent ensuite aux citoyens. Le sénat ^ qui avait tant souhaité le retour de Sjlla , se repentit de s'être donné un vengeur si impitoyable. Un des Métellus s'enhardit à lui demander quel devait être le terme de ces exécutions? Il répondit : Je ne sais pas encore ceux que je laisserai vivre. Faites du moins connaître , ajouta Métellus , ceux qui doivent mourir. C'est alors que Sjlla fit afficher des tables de proscription (8i).
La victoire de Sylla fut le triomphe de Rome sur l'Italie; dans Rome elle-même^ celui des nobles sur les riches, particulièrement sur les chevaliers ; pour le petit peuple, nous avons vu qu'il n'existait que de nom. Mille six cents chevaliers furent proscrits avec plus de quarante sénateurs de leur parti ^ . Leurs biens amassés par l'usure, par la ruine des hommes libres, par la sueur et le sang de plusieurs générations d'esclaves, passèrent aux soldats, aux généraux, aux sénateurs. Sylla s'annonça comme le vengeur des lois, comme le restaurateur de l'an-
" Appian. 1. I. c. 95. Avttxa j3ou>evT«ç se xitTffapà^ovloc , xai infr««v a/xyi x^^'ovff x«i «$axo<rtouff ^avâltù tj/aovypaysv.». |isToO tjokxi Bè ^o^)\^^/làç Sllwç ày/lotç uspotrtliQeu — c. 403. — ... A*v«- >ov7o( ôovXevlaç fxgv swsvjQxovIa, xtiroûoyjç 8i cI8v^ex«i^^xa , «ttô 5jI T«v ÉTTTréwv BitT/jVtoyjç x«t IÇccxoG-touç , o-yv rotç sÇe>>A«;x8votc.
cienné république. L'élection des pontifes et le pouvoir judiciaire, autrement dit l'autorité religieuse et l'application des lois, furent rendus aji senat. Les comices des tribus furent abolies. Le tribunal ne subsista que de nom; tout tribun fut déclaré incapable d'aucune autre charge. On ne put briguer le consulat qu'après la préture , la préture qu'après la questure. Sylla ressuscite en sa faveur le tieux titre de dictateur oublié depuis cent vingt ans. Mais pour nommer un dictateur, il faut un consul. Tous les deux ont été tués. Sylla pousse le scrupule jusqu'à sortir de Rome ^ ; il fait, selon la forme ancienne, élire par le sénat un interrex qui puisse nommer le dictateur, et écrit au sénat pour offrir ses ser^^ces à la république. Le sénat n'a garde de refuser. Il est nommé dictateur, mais pour un temps indéfini. Il obtient l'abolition du passé, la licence de l'avenir, le droit de vie et de mort, celui de confisquer les biens , de partager les terres, de bàtîr et de détruire les villes, de donner et ôter les royaumes.
Cette ostentation de légalité, cette barbarie systématique fut ce qu'il y eut de plus insolent et de plus odieux dans la victoire de Sylla. Marins avait suivi sa haine en furieux, et tué brutalement ceux
Appian. 1. 1 , c. §3. AvTof fxfiv btou tHç rsoKtoaç v7r«Ç:5).76e*
qu'il haïssait. Les massacres de Sylla furent réguliers et méthodiques. Chaque matin, une nouvelle table de proscription déterminait lés meurtres du jour. Assis dans son tribunal, il recevait les têtes sanglantes, et les payait au prix du tarif. Une tête de proscrit valait jusqu'à deux talens. Mais ce n'étaient pas seulement les partisans de Marins qui périssaient. Les riches aussi étaient coupables; Fun périssait pour son palais, l'autre pour ses jardins. Un citoyen, étranger à. tous les partis, regarde en passant sur la place la table fatale , et s'y voit inscrit le premier : Ah! malheureux, s'écrie-t-il, c'est ma maison d'Albe qui m'a tué. Il fut égorgé à deux pas de là.
• Le dictateur appliqua à l'Italie entière son terrible système : partout les hommes du parti contraire furent mis à mort, bannis , dépouillés j et nonseulement eux, mais leurs parens, leurs amis, ceux qui les connaissaient, ceux qui leur avaient parlé, ou qui par hasard avaient voyagé avec eux^ . Des cités entières furent proscrites comme des hommes, démantelées^ dépeuplées pour faire place aux légions de Sylla. La malheureuse Etrurie surtout, le seul pays qui eût encore échappé aux colonies et aux lois agraires , le seul dont les laboureurs f ussent géné-
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ralement libres ^ deyint la proie des soldats du Tainqueur. Il fonda une ville nouvelle dans la vallée de TArno, non loin de Fiesole, et du nom mystérieux de Rome, Flora ^ ce nom connu des seuls patriciens , il appela sa colonie Ftorentia ^ .
A son retour de l'Etrurie, on croyait Sylla un peu adouci. On n'en fut que plus effrayé de la mort de Lucrétius Ofella, le compagnon de sa victoire, celui auquel il devait la prise de Préneste. Il n'avait pas été préteur, et briguait le consulat. Sylla lui envoya ordre de se retirer, et comme il persistait , il le fit tuer sur la place. Il dit ensuite : Sachez que j'ai fait tuer Q. Lucrétius Ofella, parce qu'il m'a résisté. Et il ajouta cet horrible apologue : « Un laboureur qui poussait sa charrue, était mordu par des poux ; il s'arrêta deux fois pour en nettoyer sa chemise. Mais ayant été de nouveau mordu, il ne voulut plus être interrompu de nouveau dans son travail, et jeta sa chemise au feu. Et moi aussi, je conseille aux vaincus de ne pas m'oblige à employer le fer et le feu pour la troisième fois*.» Sylla semblait avoi^ suffisamment prouvé son
' Appian. y ibid. , p. 689. ^9ttptc yeotipyov «|>cf7|»cft>v1a «irsd«xyQ»..r
* C'est la tradition italienne. — Le nom mystérieux de Rome était Eros
Qfu Amor; le nom sacerdotal , Flora ou Anthusa; te nom civil , Roma^
V, Plin. , iST. iV. , lîl , 5 ; et Miinter , Dt occidto urbis Romœ nomine^
W \ de ses Mémoires sur hs antiquités^
prodigieux mépris de rhumanité. H en doana une preuve nouvelle à laquelle personne ne s'attendait : il abdiqua. On le vit se promener insolemment sur la place ^ sans armes et presque seul. Il savait bien qu'une foule d'hommes étaient intéressés à défendre sa vie. Il avait mis trois cents hommes à lui dans le sénat. Dans Ronie, dix mille esclaves des proscrits, affranchis par Sylla, portaient le nom de leur libérateur (Cornélius), et veillaient sur lui. Dans lltalie, cent vingt mille soldats, devenus propriétaires par sa victoire, le regardaient comme le gage et le garant de leur fortune. Il est si vrai que son abdication fut une vaine comédie, que dans sa retraite de Cumes, la veille même de sa mort, ayant su que le questeur Granius différait de payey une somme au trésor dans l'espoir que cet événement le dispenserait dç régler ses comptes, il le fit étrangler près de son lit (77)%.
H mourut tout-puissant, et ses funérailles furent encore un tiriomphe. Porté à travers l'Italie jusqu'à, Rome, son corps fut escorté de ses vieux soldats, qui de toutes parts venaient grossir le cortège, et se mettaient en rangs. Devant le corps, marchaient vingt-quatre licteurs avec les faisceaux; derrière,. on portait deux mille couronnes d'or envoyées par I^s villes, par les légions, par une foule d'hommes.
■ Plut, in SjrlL, c. 46... iy.i\îM9€ wVtyetv,
du parti. Tout autour se tenaient les prêtres^ pour protéger le cercueil en cas de bataille ; car on tfétait pas sans inquiétude. Puis^ s'avançaient le sénat, les chevaliers, et Farmée, légion par légion. Puis, un nombre infini de trompettes qui perçaient l'air de sons éclatans et sinistres. Le sénat pou^ sait en mesure de solennelles acclamations, l'armée répétait et le peuple faisait écho ^ . Rien ne manqua aux honneurs qu'on lui rendit. Il fut loué à la tribune aux harangues, et de là enseveli au Champ-de-Mars , où personne n'avait été enterré depuis les rois.
Ce héros, ce dieu, qu'on portait au tombeau avec tant de pompe , n'était depuis long-temps que pourriture. Rongé de maux infâmes, consumé d'une indestructible vermine , ce fils de Vénus et de la Fortune, comme il voulait qu'on l'appelât', était resté jusqu'à la mort livré ^ux sales passions de sa jeunesse. Les mignons, les farceurs, les femmes de mauvaise vie, avec lesquels il passait Içs nuits et
* Appian, c. 405-4Ô6.
V, plusieurs anecdotes curieuses dans Plutarque, Vie de Sylla.C^ homme si cruel et si souillé y parait avoir été singulièrement favorisé des dames de Rome. A ses funérailles , elles apportèrent une si grande quantité d^aromates , qu^outre ceux qui étaient contenus dans deux cent dix corbeilles , on Gt avec du cinamonne et de Pencens le phis précieux , une statue de Sjlla de grandeur naturelle ^ et celle d'un licteur qui portait les faisceaux devant lui.
les jours, avaient ©u bonne part à la dépouille des proscrits. Dans cette fastueuse restauration de la république dont il s'était tant vanté, les bouffons et les charlatans n'avaient guère moins gagné que les assassins. Il avait exterminé la race italienne, sous prétexte d'assurer Funîté de Rome menacée par l'invasion des alliés; et lui-même, il s'entourait de barbares, de Chaldéens, de Syriens, de Phrygiens. Il les consultait, il adorait leurs dieux ^ .
Son œuvre politique, ^mme son cadavre , tombait d'avance en lambeaux. Il avait cru ressusciter la vieille Rome en donnant le pouvoir législatif aux comices des centuries dans lesquels les riches dominaient. Mais quand même son système eût duré, le mobile clément de la richesse eût pu mettre le pouvoir hors des mains de son parti. C'était aux curies, à la viefllç aristocratie sacerdotale qu'il devait remonter, pour être conséquent. Il croyait rendre le pouvoir aux patriciens ; mais ces patriciens n'étaient; plus des patriciens , c'étaient pour la plupart des plébéiens ennoblis; de même que le peuple n'était plus un peuple, mais un ramas d'affranchis de diverses nations. Tous mentaient, ou plutôt se trompaient eux-mêmes. Et c'était là la^
*^ Xtut. , passkm,^
vaine et creuse idole pour laquelle Sylla avait versé tant de sang^ aveuglé dans ses préjugés aristocratiques par Tenthousiasme classique du passé ^ qui avait jeté les Gracches dans la démagogie î