‹ Histoire romaineChapitre 14 sur 50 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Pompée et Cicéron. -~ RétaUissement de la domination des cheralien.

Sertorius. ^-Spariacus, ks pirates, Milbridate. ( 77-64. )

Jamais l'Empire ne f^t. pluls malade qu'aprèa avoir passé par les mains de ce médecin impi*^ toyahle. Peu après la mort de Sylla , le parti italien se releva dans tout le nord de l'Italie , sous Lépidus et Brutus. La Gaule cisalpine^ l'Etrurie surtout dont }a ruine avait payé la guerre civile , se soulevèrent , et furent, il est vrai, facilement réduites; partout les vétérans de Sylla étaient en armes pour maiur tenir leur usurpation contre les anciens propriétaires. Le parti italien eutplus de succès en Espagne^ où Sertorius eut l'adresse de mêler sa cause à celle de l'indépendance nationale. En Asie, les chevalliers al les publicains exerçaient les mêmes exactions dq>uis le départ de LucuUus qui les avait contenus; usures, violences, outrages, hommes libres enlevés pour l'esclavage, tous les mêmes abus avaient recommencé , ils devaient bientôt ame*-

ner le même soulèvement, et rendre l'Asie à Mithridate. Dans les autres provinces, les sénateurs, redevenus maîtres des jugemens, et sûrs de l'impunité, exerçaient des brigandages que l'on ne pourrait croire, si le procès de Verres ne les eût constatés juridiquement. Enfin, dans tout le monde romain, le dévorant esclavage faisait disparaître les populations libres, pour leur substituer des Barbares qui disparaissaient eux-mêmes , mais qui pouvaient, sous un Spartacus , être tentés de venger au moins leur mort. Tous les ennemis de l'empire , Sertorius , Mithridate et Spartacus , proscrits de Rome, Italiens dépossédés., provinciaux soulevés , hommes réduits en esclavage , tous pouvaient communiquer par ViTitermédiaire des fugitifs qui étaient répandus sur toutes les mers et les infestaient de leurs pirateries. Contre le tyrannique empire de Rome, la Hberté s'était formé sur lés eaux un autre empire, une Carthage errante qu'on ne savait où saisir, et qui flottait de l'Espagne à l'Asie.

C'était là la succession de Sylla. Voyons quek hommes s'étaient chargés de la recueillir. Les principaux sénateurs , Çàtulus , Crassus , Lucullûs même , étaient des administrateurs plutôt que des généraux, malgré la gloire militaire que le dernier acquit à bon marché dans FOrient; La médiocrité de Métellus éclata en Espagne , où avec des forces

considérables , il fut constamment le jouet de Sertorius. Xe parti .de Sylla n'avait qu'un général heureuy, et encore ce n'était pas un des nobles, mais un dievalier. Il iallut Pompée pour termineir la guerre de Lépidus, celle de Sertorius, celle de .Spart^çus, et quand les pirates en vinrent jusqu'à s'emparer d'Ostie, l'on cria encore/: Pompée ! on lait en ses matins toutes les forces de la république pour donner la chasse aux corsaires , et achever le vieux Mithridate.

De toutes ces guerres la plus difficile fut celle de Sertorius. Ce vieux capitaine de Marius avait de bonne heure prévu la victoire de Sylla et passé en Espagne. Les barbares l'estimaient singulièrement pour les avoir battus eux-mêmes par un stratagème ingénieux ^ Il s'était fait des leurs, et partageait leur manière de vivre et leurs croyances. C'était lui qui , en Afrique, avait découvert le corps du Lybien Antée; seul des hommes, il avait vu les os du géant, long de soixante coudées ®. Il correspondait avec les dieux, au moyen d'une biche blanche, qui

* Plut. , in Sertor. , c. 3 , 4 . Id., îbîti,^ c. iO. Un^ûv iÇ>3Xov7« iirinoç i^alîirkàym , xat ffya^

lui révélait les choses cachées. Mais ce qui lui ga<^ gnait plus sûrement encore les Barbares^ c'était son génie mêlé d'audace et de ruse ^ l'adresse avec laquelle il se jouait de l'ennemi^ jusqu'à traverser sous un déguisement les lignes de Métellus. C'était un chasseur infatigable. Aucun Espagnol ne con^naissait mieux les pas et les défilés des montagnes. Du reste, armé superbement, lui et les siens, bravant l'ennemi, et défiant Métellu$ en combat singulier \

Ce général ne put l'empêcher d'étendre sa domination sur toute l'Espagne (84-73). Une armée italienne , conduitç par Perpenna , venait de se joindre à lui. Il s'était fait un i^énat des proscrits qui se réfugiaient dans son camp. Peu à peu il disciplinait les Espagnols;, et commençait à. les humaniser en élevant leurs enfans à la romaii^e. Cepenidant il s'était rendu maître de la Gaule narbonnais^ et faisait craindre à l'ItaJIie un autre Hannibal. Pompée, qui vint. seconder Métellus, obligea Sertorius de rentrer en Espagne , ma^is y fut battu par lui, et eut l'humiliation de l\i\ voir brûler sous ses yeux une ville alliée.

Sertorius, qui recevait alors de grandes offres de Mithridate, eut la magnanime obstination de ne

" Plut. , in Serlor, , c. 44,

pas lui céder un pouce de terre en Asie, Fondât euf d'une Rome nouvelle qu'il opposait à l'autre, il ne voulait pas porter atteinte à Tintégrité d'un empire qu'il regardait comme sien. Il resta Romain au milieu des Barbares , et c'est ce qui le perdit. Quoiqu'il avouât hautement sa préférence pour les troupes espagnoles , il donnait tous les commandemens à des Romains. Ceux-ci lui inspiraient leurs défiances contre les gens du pays, et ils finirent par le pousser à massacrer ou vendre les otages qui étaient entre ses mains. Cet acte insensé et barbare l'eût perdu tôt ou tard , s'il n'eût été tué en trahi- • son par son lieutenant Perpenna. Pompée, à qui celui-ci se rendit, le fit mourir sans vouloir l'entendre et brûla tous ses papiers, de crainte dy trouver compromis quelqu'un des grands de Rome. Lui-même peut-être était intéressé à faire disparaître toute trace des intrigues qui l'avaient débarrassé d'un ennemi invincible (78). ^

La guerre d'Asie dura dix ans encore après celle d'Espagne. Les ravages de Mithridate et de Tigrane, son gendre, roi d'Arménie, concouraient avec l'horrible cupidité des publicainset chevaliers pour dépeupler ce malheureux pays. En une fois^Tigrane enleva de la Cappadoee trois cent mille hommes qu'il transféra dans sa nouvelle capitale de Tigra-

nocerte ^ . L'Asie romaine n'était pas moins misérable y épuisée par la rapacité des usuriers romains qui avaient avancé les vingt mille talens de Sylla. Telle était leur industrie, qu'en peu d'années, cette contribution s'était trouvée portée à cent vingt mille talens (plus de 600 millions de francs). Les malheureux vendaient leurs femmes, vendaient leurs filles vierges, leurs petits enfans, et finissaient par être eux-mêmes vendus ^.

Mithridate, encouragé par ces circonstances, avait envahi la Cappadoce et la Bithynie, et gagné une foule de cités dépendantes des Romains. Partout il se faisait précéder d'un Marins que Sertorius lui avait envoyé avec le titre de. proconsul. Pompée étant encore occupé en Espagne, l'un des chefs du parti de Sylla, Lucullus, obtint, à force d'intrigues, la commission lucrative de la guerre d'Asie'.

Lucullus passait pour un administrateur honnête et pour un homme fort lettré. C'était le protecteur de tous les Grecs à Rome. Il avait lui-même, par

Appian, , c. 216 , p. 363. Eç r^ taxovla jxuptaSaç àv9p«7rûiv àv«anû.alo'oç èç A/s/xêvtav ènovocre.,* evôa TtypoLVÔY^eplav,,,

• Plut, in Lucull, , c. 11 , 29... nc7rpâ(rx8<v ê$ta [i-h moxtç exn:p&^ mïç , â\jyalèp«ç ^è uapQhovç'.,, àtiloec ^s réloç nv zjpooBslotçys-

Ces intri^es ne furent pas toujours honorables ; par exemple , il fit semblant d^être amoureux d'une femme qui avait du crédit. Plut. , in Luc.

une sorte de jeu, écrit en grec la guerre d'Italie. Quelle guerre eût mieux mérité d'être écrite en langue latine? Mais ce dédain du grossier idiome dé la patrie était sans doute une manière de faire sa cour à l'exterminateur de la race italienne. Sylla , revenant pour combattre le parti de Marins , avait laissé LucuUus en Asie , pour lever les contributions de guerre, et sans doute pour faire rendre gorge aux publicains , affiliés au parti de Marius. C'est à Lucullus qu'il dédia ses commentaires écrits en grec, et qu'il confia aussi en mourant la tutelle de son fils. Lucullus n'avait jamais commandé en chef jusqu'à la seconde guerre de Mithridate (yS) j mais dans la traversée de Rome en Asie , il lut beaucoup Polybe, Xénophon, et autres ouvrages des Grecs sur l'art militaire. Toutefois, il ne se pressa pas de se mesurer avec le roi barbare, qui avait alors réuni jusqu'à trois cent mille hommes. Il avait appris par le désastre de son collègue, qu'il valait mieux attendre que ce torrent s'écoulât de lui-même. Formée de dix peuples différens, cette multitude ne pouvait rester long-temps unie ; la seule difficulté de la nourrir devait en amener bientôt la dispersion. Pendant que Mithridate se consume devant la place imprenable de Cyzique, Lucullus l'observe^ lui coupe les vivres, et lui ôte ses ressources en ramenant peu à peu les cités qui s'étaient données à lui. Il réforme les abus qui

avaient soulevé le pays contre Rome ^ Ces réformes étaient la véritable tactique à employer contre Mithridate. Chaque règlement lui ôtait quelques villes , et le privait d'une partie des subsides qui entretenaient son armée. Il ne tint pas contre cette guerre administrative. Au bout de deux ans, ne sachant comment nourrir tant de monde, il leva le siège de Cyzique, se jeta dans un vaisseau, et chargea ses généraux de sauver l'armée* comme ils pourraient. Il n'y avait pas de retraite possible avec des troupes si peu disciplinées. Lucullus n'eut que la peine de tuer. Les vingt mille qu'il tailla en pièce sur le Granique , n'étaient que la plus faible partie de ceux qui périrent dans cette immense déroute.

Pendant que Lucullus s'avance lentement vers le Pont, Mithridate, se jouant de la poursuite de ses ennemis qui crurent le prendre dans Nicomédie, avait déjà soldé, armé de nouvelles bandes de Barbares , qu'il envoyait chercher jusque chez les Scythes. Quelques défaites partielles, et la terreur panique qui s'ensuivit, suffirent pour faire dissiper encore cette nouvelle armée. Mithridate était pris, s'il n'eût eu la présence d'esprit d'arrêter les soldats romains , en perçant les sacs remplis d'or que ses

' Plut. , in Luc. , c. 29.

mulets portaient derrière lui ^ . Le roi barbare^ obligé d'abandonner son royaume ^ voulut au inoins^ dans sa jalousie orientale , préserver son sérail des ourtrages du soldat. Il envoya^ par un eunuque, à ses femmes. Tordre de mourir. Parmi elles se trouvaient deux de ses sœurs, âgées de quarante ans, qu'il n'avait point mariées , et Tionienne Monima qu'il avait enlevée de Milet, mais dont il n'avait vaincu la vertu qu'en lui donnant le triste honneur d'être appelée son épouse et de ceindre le diadème ; elle

essaya de s'étrangler avec le bandeau royal , mais il rompit, et ne lui rendit pas même ce cruel service.

Mithridate s'était enfui en Arménie, chez son beau-père Tigrane. Ce prince, qui avait étendu sa domination jusque dans la Syrie, se trouvait, par suite de la ruine des Séleucides et de l'éloignément des Parthes, le phis puissant souverain de l'Asie occidentale. Une foule de rois le servaient à table, et quand il sortait, quatre d'entre eux couraient devant son char en simple tunique ^. La domination insolente de ce roi des rois n'en était pas plus solide. Lucullus le savait si bien, qu'il ne prit que quinze mille hommes pour envahir les états de Tisane. C'en fut assez pour mettre en fuite au pre-

* Id. ibitl,, c. 25. — Appian. , I , Be/L Mithr. , c. 82. ' Plut, in Luc. ,^ c. SI. B«0"t>îtf... ffjv ;^t1wvt«oiç,

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