II. i
hiiei" choc deux ceht mille Barbares , dont dix - sept mille étaient des cavalrefs bardés de fer. Les Romains perdirent cinq hommes ^ . La prise de Tigranocerte fut facilitée par les Grecs que Tigrane y avait transportés de force , avec une foule d'hommes de toutes natipns. LucuUus renvoya ces Grecs dans leur patrie , en leur payant l'es frais du voyage, comme il avait fait après l'incendie de la ville d'Amisus darîs le Pont. Amisus et Sinope étaient devenues deux villes indépendantes. Tous les peuples que Tigrane avait opprimés , les Sbphéniens , les Gordyéniens, plusieurs tribus Arabes, reçurent Lucullus comme un libérateur.
Vainqueur dans une seconde bataille, il voulait consommer la ^ine de Tigrane-, et porter ensuite ses armes chez les Parthes. If n'eut point cette gloire périlleuse. Jusque-là son principal' nroy en de succès avait été de se concilier les peuplés en contenant à la fois l'avidité de ses soldats et celle des publicains italiens. Les premiers refusèrent dé poursuivre une guerre qui n'enrichissait que lé général; les Seconds écrivirent à Rome, où le parti des chevaliers reprenait chaque jour son ancien ascendant. Us accusèrent de rapacité celui qui avait réprimé la leur. Tout porte à croire, en effet, que Lucullus avait tiré des sommes énormes des villes
tqu^il préservait des soldais et des publicains ^ . Ils obtinrent qu'un successeur lui serait donné; et par ce changement le fruit de sa conquête fut perdu en grande partie. Avant même que Lucullus eût quitté l'Asie, Mithridate rentra dans le Pont, envahit la Cappadoce, s'unit plus étroitement avec les pirates, en même temps qu'il rouvrait aux Barbares leur route du Caucase , un instant fermée par les armes romaines.
Pendant que Pompée combattait Sertorius, et iiUCuUus Mithridate, Rome n'avait eu que des généraux inhabiles pour la défendre d'un danger bien plus pressant. Une guerre servile avait éclaté (73-i), non plus en Sicile, mais en Italie même, aux portes de Rome, dans la Campanie. Et cette fois , ce n'étaient plus des esclaves laboureurs ou bergers; c'étaient des hommes exercés exprès dans les armes, habitués au sang, et dévoués d'avance à la mort. Cette manie barbare des combats de gladiateurs était devenue telje, qij'une foule d'hommes riche^ en nourrissaient chez eux , les uns pour plaire au peuple et parvenir aux charges où l'on donnait des jeux; les autres par spéculation, pour vendre ou
Cela est vraisemblable d'après les trésors qu'il rappoita. Cicéron dit ( pro Flacco , 34 ), que Lucullus derait une partie de sa fortune aux legs <3ue beaucoup de gens lui avaient faits en Asie. ••• " . >
louer leurè gladiateurs aux édiles^ quelqixefois même aux factieux qui les lâdiaient comme des dogues furieux sur la place publique > contre leurs ennemis et leurs concurreDs.
x^ Un certain Lentulus Batiatius ^ entretenait à Capoue des gladiateurs, la plupai^t Gaulois ou Tbtaces. Deux cents d'entre eux firent le comidot
de. s'enfuir. Leur projet ayant été découvert, soixante-dix-huit gui en furent avertis , eurent le temps de prévenir la vengeance de leur maître ; ils entrèrent dans la boutique d'un rôtisseur , se saisirent des doupefets et des broches , et sortirent de la ville. Ils rencontrèrent en chemin des chariots chargés d'armes de gladiateurs , qu'on portait dans une autre ville ; ils s'en saisirent , s'emparèrent d'un lieu très-îortifié et élurent trois chefs , doAt le premier était Spartàcus, Thrace <ie nation, mais de race Numide , qui , à une grande force de corps et à Uïi courage extraordinaire, joignait une prudence et une douceur bien supérieures à sa fortune, et plus dignes d'un Grec que d'un Barbare. On raconté que la pi'emîère fois' qu'il fut mené à Rome pour y être vendu, on vit, pendant qu'il dormait, tin sei^nt entottiHé autour de son visage. Sa fetnme , de viàfême nation que lui, était possédée dé l'esprit prophétique de Bacchus , et faisait le métier
' Plut., inCrasso, e. 9, 499.
de devineresse; elle déclara que ce signe annonçait à Spartacus un pouvoir aussi grand que redoutable y et dont la fin serait heureuse. Elle était alors
avec lui et l'accompagna dans sa fuite.
» Ils repoussèrent d'abord quelques troupes envoyées contre eux de Capoue , et leur ayant enlevé leurs armes militaires^ ils s'en revêtirent avec joie, et jetèrent leurs armes de gladiateurs, comme désormais indignes d'eux , et ne convenant qu'à des Barbares. Clodius, envoyé de Rome avec trois mille hommes de troupes pour les combattre , les assié*gea dans leur fort sur une montagne. On n'y pouvait monter que par un sentier étroit et difficile, dont Clodkis gardait l'entrée ; partout pilleurs ce n'étaient que des rochers à pic , couverts de ceps de vigne sauvage. Les gens de Spartacus coupèrent des sarmens , en firent des échelles solides et assez longues. Ils descendirent en sûreté à la faveur de ces échelles , à l'exception d'un seul qui resta pour leur jeter leur armes. Les Romains se vireotgtout à coup enveloppés , prirent la fuite et laissèrent leur camp au pouvoir de l'ennemi. Ce succès attira aux gladiateurs un grand nombre de bouviers et de pâtres des environs , tous robustes et agiles ; ils armèrent les uns et se sentirent des autres comme de coureurs et de troupes légères.
» Le second général qui marcha contre eux fut FuhHusVdrinus; ils défirent d'abord son lieutenant,.
qui les avait attaqués avec deui mille hommes* Cossinius^ son collègue^ envoyé ensuite avec un corps considérable,, fut sur le point d'être enlevé par Spartacus aux bains de Salines. Il battit Varinus lui-même en plusieurs rencontres , se saisit de ses licteurs et de son cheval de bataille , et se rendit redoutable par ces exploits. Mais au lieu d'en être ébloui, il prit des mesures trè$<-sages, il ne se flatta point de triompher de la puissance romaine , et conduisit son armée vers les Alpes ^ persuadé que le mieux était de traverser ces montagnes , et de se retirer chacun dans son pays , les uns dans les Gaules, les autres dans la Thrace. Les siens, plus confians, refusèrent de le suivre, et se répandirent dans l'Italie pour la ravager.
M Ce ne fut plus alors la honte seule qui irrita le sénat ; la crainte et le danger le .déterminèrent à y envoyer les deux consuls. Gellius, l'un d'eux, étant tombé brusquement sur un corps de Germains qui, par fierté, s'était séparé des troupes de Spar^ tacus, le tailla en pièces. Lentulus, son collègue, qui commandait des corps d'armée nombreux, avait environné Spartacus. Celui-ci revient sur ses pas , attaque les lieutenans du consul , les défait et s'empare de tout leur bagage. De là, il continuait sa marche vers les Alpes; Cassius vint à sa rencontre avec dix mille hommes; mais après un combat Sicharné , il fut défait avec une perte considérable,
l.e sénat , indigné contre les consuls , leur envoya Tordre de déposer le commandement ^ et nomma Crassus pour continuer la guerre. Il alla camper dans le Picenum^ pour y attendre Spartacus qui dirigeait sa marche vers cette contrée ; il ordonna à son lieutenant Mumlmius de prendre deux légions et de faire un grand circuit, pour suivre seulement l'ennemi , avec défende de le combattre ou même d'engager aucune escarmouche. Mais à la première QCeasion y Mummius présentaUa l)ataille à Spartacus qui le défit et lui tua beaucoup de monde : le reste des tFoupe3 ne s^e sauva qu'en abandonnant ses aiTOÇS. Qcassu^, après avoir traité durement Mummius, donna^ d'autres armes aux soldats, et leur fit promettra de les mieux garder. Prenant ensuite lç3 cinq cçn^ d'entre eux qui avaient donné l'exemple de l?t fuite, il les partagea en cinquante dizaines, leis fit tirer au sort, et punit du dernier supplice cçlui de chaquç dis^aine sur qui le sort était tombé.
» Spartacus , qui avait tMversé la Lucanie et se retirait vers la mer, ayant rencontré au détroit de Messine des corsaires, ciliciens, forma le projet de passer en Sicile et d'y jeter deux mille hommes j ce ïiombre animait suffi pour rallumer dans cette île la, guerre des esclgives éteinte depuis peu de temps , el; qui n'avait besoin que d'une étincelle pour former 4e nouveau yn vaste incendie. 11 fit donc un ac-^
cord avec ces corsaires qui se firent payer et mirent à la Toile^ en le laissant sur le rivage. Alors s'éloignant de la mer^ il alla camper dans la presqu'île de Rhège. Crassus y arrive bientôt après lui , et entreprend de fermer Tisthme^ voulant à la fois occuper ses soldats et affamer l'ennemi. Il fit tirer d'une mer à l'autre, dans une longueur de trois cents stades, une tranchée large et profonde de quinze pieds , et tout le long il éleva une muraille d'une épaisseur et à'ime hauteur étonnante. Ce grand ouvrage fut achevé en peu de temps. Spartacus se moquait d'abord de ce trfivail ; mais lorsqu'il voulut sortir pour fourrager, il se vit enfermé par cette muraille , et ne pouvant rien tirer de la presqu'île, il profita d'une nuit neigeuse pour combler avec de la terré, des branches d'arbres et d'autres matériaux^ une partie de la trandiée sur laquelle il fit passer le tiers de son armée. Crassus craignait que Spartacus ne vouKk aller droit à Rome; il fut rassuré par la division qui se mit entre les ennemis ; les uns s'étant séparés du corps de l'armée , allèrent camper sur les bords d'un lac de Lucanie. Crassus attaqua d'abord ceux-ci et les chassa du lac ; mais il ne put en tuer un grand nombre, ni les poursuivre; Spartacus qui parut tout à coup, arrêta la fuite des^ siens.
» Crassus avait écrit au sénat qu'il fallait rappeler LucuUus de Thrace, et Pompée d'Espagne pour
le seconder; mais il se repentit bientôt de cette démarche, et sentant qu'on attribuerait tout le succès à celui qui serait venu à son secours, il se hâta de terminer la guerre. Il résolut donc d'attaquer d'abord les troup*es qui s'étaient séparées des autres, et qui campaieijt à part sous les ordres de Cannicius et de Castus ; il envoya six mille hommes |)our se saisir d'un poste avantageux. Pour ne pas être découverts, ils avaient couvert leurs casques de branches d'arbres ; mais ils' furent aperçus par deux femmes qui faisaient des sacrifices pour les ennemis, à l'entrée de leur camp, et ils auraient couru le plus grand danger si Crassus , paraissant tout à coup avec ses troupes , n'eût livré le combat le plus sanglant qu'on eût encore donné dans cette guerre ; il resta sur le champ de bataille douze mille trois cents ennemis , parmi lesquels on n'en trouva que deux qui fussent blessés par derrière , tous les autres périrent en combattant avec la plus grande valeur, et tombèrent à l'endroit même où ils avaient été placés. Spartacus, après une si grande défaite, se retira vers les montagnes de Pétélie, toujours suivi et harcelé par Quintus et Scrophas, le lieutenant et le questeur de Crassus. Il se tourna brusquement contre eux et les mit en fuite. Ce succès , en inspirant aux fugitifs une confiance sans borne, causa la perte de Spartacus : ne voulant plus éviter le combat, ni obéir à leurs chefs, il»
les entourent en armes au milieu du chemin^ les forcent de revenir sur leurs pas à travers la Lucanie^ et de l^s mener contre les Romains. C'était entrer dans les vues de Crassus^ qui venait d'apprendre que Pompée approchait^ que déjà dans les comices bien des gens sollicitaient pour lui^ et disaient hautement que cette victoire lui était due 5 qu'à peine arrivé en présence des ennemis^ il lç$ çom-^ battrait et terminerait aussitôt la guerre. «
<c Cr^sus campait donc le plus près qu'il pou-^ vait d^ l'ennemi. Un jour qu'il fusait tirçr une tranchée^ les trgupes de Spartacus étant venues charger les travailleurs^ le combat s'engagea; et comme des deux côtés il survenait s^ns cesse de nouveaux renforts, Spartacus se vit dans la nécesr site de mettre toute son armée en bataille. Il se fit amener son cheval, il tira son épée et le tua : La victoire, dit-il, me fera trouver assez de bons che-r vaux, et si je suis vaincu, je n'en aurai plus besoin. Il se précipite alors au milieu des ennemis, cherr chant à joindire Crassus, et tue deux centurions qui s'attachaient à lui. Enfin resté seul par la fuite de tous les siens, il vendit chèrement sa vie. » (An 71)
Crassus ne put empêcher son rival de recueillir encore la gloire de cette gpLierre. Pompée rencon-rtra ce qui restait de l'armée des esclaves, les ex-? termina, et rentra dans Rome avec la l'éputation du seul général qu'eût alors la républiquiB. Crassus
eut beau donne;: au peuple la dîme de ses biens y lui servir un festin de dix mille tables , et distri-* buer, à chaque citoyen, du.blé pour trois mois% il n'obtint le consulat qu'avec la permission de Pompée, et concurremment avec lui.
Pompée cessa alors déménager le sénat, dont il crut n'avoir plus besoin. Du vivant même de Sylla, il avait laissé voir qu'il ne restait qu'à regret dans le parti des nobles, qui méprisaient en lui un chevalier, un transfuge du parti italien. Il avait ramené son armée d'Afrique contre les ordres du dictateur; il avait triomphé malgré lui. Sylla, qui l'appréciait à sa juste valeur, ne se soucia pas de recommencer la guerre civile pour une affaire de vanité. Mais il lui témoigna son aversion, en remettant dans son testament, où il faisait des legs à tous ses amis. Pompée n'en fut pas moins, après la mort de Sylla, comme de son vivant , l'exécuteur des volontés de la faction , en Italie et ten Espagne*. Ce ne fut qu'au bout de dix ans,
Plut. , ibid, , c. 4 6. ^ffiioLCt tov S^^ov «tto ^upîuv rpaTTî^wv xac G-Hov iiiilpiiatv eiç rptpvavov.
' Il essaya même de prouTer son zèle par une cruauté qui ne lui était pas naturelle. Val. Max. , VI , 2 : « Helvius Blancia de Formies , fils d'un af^ franchi, déjà dans une extrême vieillesse, accusait L. Libon devant les f^enseurs. Dans le cours des débats , le grand Pompée , lui reprochant la ))assesse de sa naissance et son âge , lui dit quUl était sans doute sorti 'de
lorsqu'une grande partie des vétérans de Sylla se fut éteinte^ que Pompée rompit aveo le sénat ^ et se tourna vers les chevaliers et la populace.
L'instrument de Pompée^ dans cette réaction contre le sénat ^ fut un autre chevalier, M. TuUius Cicéron, brillant et heureux avocat, politique médiocre, mais doué d'une souplesse de talent extraordinaire, et d'une merveilleuse faconde. Originaire d'Arpinum, comme Marins, il composa d'abord un poème en l'honneur de son compatriote. U débuta au barreau de la manière la plus honorable, en défendant, sous Sylla, un Roscius, qu'un affranchi du dictateur voulait faire périr pour le dépouiller. Il est vrai que ce Roscius était
ebez les morts pour porter cette accusatio». « Tu dis rrai , Poospée, repliqua-tril , je Tiens de chez les morts , et j^en viens pour accuser L. Libon \ mais dans le sc^jour que j^ai fait là-bas , j^ai tu On. Ahenobarbus , tout sanglant, se plaindre amèrement qu'un homme de sa naissance, de son caractère , de son patriotisme , eût été à la fleur de Tâge assassiné par ton ordœ : j'ai vu Brutus , personnage d'une égale illustration , le corps percé de coups, accuser de cet horrible traitement ta perfidie, ta cruauté^ j'ai vu On. Carbon, ce défenseur si ardent de ton enfance et de ton héritage, chargé de chaînes par ton ordre dans son troisième consulat , maudire ton nom , attester qu'an mépris de toute justice , malgré la haute magistrature dont il étajit revêtu , toi , ûmple chevalier romain , tu l'avais i%orgé : j'ai vu dans le même état un ancien préteur, Perpenna ; je l'ai vu, par des imprécations pareilles ^ vouer ta bari>arie à l'exécration : j'ai vu tous ces malheureux pousser up cri unanime d'indignation, d'avoir été mis \ mort sans jugement, d'avoir trouve dans un enfant leur assassin , leur bourreau, y Tmd. de M* Fréfmon,
lui-même du parti de Sylla; qu'il était protégé par toute la noblesse, par les Servilius^ par les Scîpions ; qu'il était client des toutr-puissans Métellus, et que même, pendant le procès, il avait été recueilli dans la maison de Cecilia Métella. Le véritable défenseur fut l'illustre Messalla, et l'on mit en avant Cicéron ^ . La noblesse était indignée de l'audace des gens de vile naissance, dont Sylla aimait à s'entoui'er, et qui se permettaient tout à Foùibre de son nom. Sylla, lui-même, alors en Etrurie, 'voulait terminer les désordres de la guerre dvile ; il venait de porter des lois contre Tempoisonnement , le faux, la violence et l'extorsion. Cicéron ne risquait donc rien ; mais ce fut pour lui un honneur infini d'avoir le premier f^t entendre un? voix humaine après le silence des proscriptions. Le panégyriste de Marius fut obligé de faire, en cette occasion , l'éloge du parti de Sylla ; mais on lui sut gré de ne pas l'avoir fait avec trop de bassesse ^.
* /^. le Pro Roscto, c. 6, 50. Sans Vouloir diminuer la gloire de Cicéron dans cette circonstance , on est obligé de remarquer que plus dNm motif devait Fenhardir.
' Id. , ibid,^ c. 47. — Quoique le beau fragment du poëme de Marius ait été cité partout, nous ne pouvons nous empêcher de le placer ici :
HicJoT» altisoni sabito penna ta ea telles Arborig h tranco serpentij saucia mono, Ipaa fetû sabigittraii*6genf angaibua anguem
t)cpuis ce moment, tout le parti opprimé, chevaliers , publicains , villes municipales , eurent les yeux sur lui. S'il eût été homme de guerre, s'il eût eu du moins quelque dignité et quelque suite dans sa conduite politique , il fût devenu le chef de ce parti auquel Pompée méritait si peu d'inspirer confiance. Mais il se soumit de bonne grâce à agir sous Pompée et pour lui. Ce que les sénateurs* redoutaient le plus , c'était de sfe voir enlever les jugemens que leur avait rendus Sylla, et qui leur assuraient l'impunité pour eux-mêmes, et la domination sur les chevaKers. Ils consentirent plus aisément au rétablissement du tribunat, qui diminuait seulement la puissance commune de leur corps ; ils espéraient qu'à ce prix ils conserveraient le privilège des jugemens. Mais , dès qu'une^fois Pompée eut fait élire des tribuns par la populace, dès que les comices des tribus eurent été rétablis, rien n'était plus facile que d'enlever les jugemens
Semianimum, et varia graviter cervice micanlem ; Quem intorquenlem Unians, rostroque crnenlanii, Jam «aUata animum , jam duro» ulta dolores , Abjicit efflantem , et laceratum afiligit in undag , Seqae obita a soli» nitidos convertît ad ortu». , ï^anc ubi prœpelibus pcnnis lapsuqae volanlem ^ Conspexit Marins divini nuniinia augùr , Faustaqne signa »u« landi.rcdilnsqne notavil : Parlibns inlonuil cœli pater îp»e .inislris.
Sic .q«i»«^ clarum Hrmavit Jupiter omen. ^ ^^ ^^^^^^ ^^^^^
aux sénateurs. II suffisait de mettre au grand jour et de produire, sur la place publique, Finfatoe et cruelle tyrannie qu'ils exerçaient dans les provinces, ^ depuis qu'ils étaient seuls juges de leurs propres crimes. On pouvait, sans attaquer directement tout le corps des nobles^ traîner un des leurs à leurs tribunaux, dévoiler, dans un seul, Finfamie de tous , et les mettre entre le double péril d'avouer la honte de leur ordre par une condamnation , ou d'y mettre le comble, en renvoyant l'accusé absous. Cicéron fut chargé de faire ainsi le procès à un des nobles, ou plutôt à la noblesse.
L'homme par la honte duquel on entreprit de salir tout le sénat et de le traîner dans la boue, portait Fignoble nom de Verres. Il était ami des Métellus, et s'était rendu cher à la faction, en passant du camp de Carbon à celui de Sylla avec Fargent de la questure; plus tard, en faisant mettre à mort en Sicile tous les soldats de Sertorius qui y cherchaient un asile ^ . Beaucoup de chevaliers romains établis en Sicile et en Asie, beaucoup d'Italiens qui levaient les impôts, ou faisaient le conrïnerce et la banque , une multitude de Grecs de Sicile et d'autres provinces , déposèrent contre Verres , et Faccablèrent de leurs témoignages. Les sénateurs qui composaient le tribunal , se hâtèrent
* Cic. , in f^eirentj de Suppliciis^
de le condamner^ dans l'espoir de sortir plus vite de ce procès terrible, et de rendre inutiles les éloquentes invectives que Cicéron avait préparées} mais ils n'y perdirent rien. Ces discours écrits avec soin furent c<^iés, multipliés, répandus^ lus avidement. Us sont restés pour l'étemelle condamnation de l'aristocratie romaine, et pour la justification des Empereurs dont la tyrannie fut pour les provinces, au moins comparativement, une délivrance , un état d'ordre et de repos.
Nul doute que ces chevaliers, ces publicains, ces commerçans romains, établis en Sicile, n'eussent pour la plupart acquis par la spoliation et le vol ce que le préteur leur volait. Mais les indigènes avaient été encore plus maltraités. Les exactions, les violences , les vols sacrilèges commis par Verres dans leurs maisons et dans leurs temples ne peuvent se compter. L'amour des arts grecs qui dominait alors chez les grands de Rome, était encore un mobile de brigandage. Les dieux les plus révérés de la Sicile ne purent échapper au préteur. L'Hercule d'Agrigente, la Junonde Samos, la redoutable déesse de la Sicile , la Cérès d'Enna , passèrent ^ comme objets de curiosité, dans le cabinet de Verres ^ . Tant d'insultes faites aux religions locale des alliés touchaient , je pense , médiocrement le
* Id. , De Signis,
peuple romain. La mort même des capitaines sici-> liens ^ indignement condamnés par Verres, n*est pas sans doute ce qui remuait le plus les maîtres du monde. Ce qui fit impression, c*est qu'il avait ménagé les pirates dont les courses compromettaient chaque jour l'approvisionnement de Rome, et qu'il fut convaincu d'avoir fait battre de verges et mettre en croix un citoyen romain ^
La condamnation de Verres fut celle de l'aristocratie. Tous les nobles étaient ses amis. ÎPlusieurs d'entre eux avaient trempé dans les crimes dont il était convaincu. Un Néron, par complaisance pour lui , avait condamné à mort un homme qui n'était coupable que d'avoir défendu contre Verres l'honneur de sa fille *.
Les sénateurs ne purent garder plus long-temps lapossession exclusive du pouvoir judiciaire. Cicéron les accabla d'une éhumération terrible de toutes les prévarications de leurs tribunaux, et assura effrontément qu'on n'avait fait aucun reproche aux chevaliers, quand ils en étaient en possession '. Pompée, ayant donné des j^ux peu après l'affaire de Verres, s'assura de la populace. Il venait d'ailleurs,' en rétablissant les comices par tribus, de
' Id. , De Suppiicust
* Cic. , in Verrepi^ seç. aclio, 1. 1.
' Cic. , in Verrem , passïm. « Cùm seTcrè judicia fiebant... v
donner du pnx aux suffrages du petit peuple^ et de lui rendre ainsi son principal moyen de subsistance^ la vénalité. Appuyé sur les' soldats , les chevaliers et les prolétaires y il ôta sans peine aux sénateurs le privilège des jugemens^ et les força de partager le pouvoir* judiciaire avec les chevaliers et les tribuns ; élus de la populace (71).
Ainsi ce grand ouvrage de Sylla^ que le dictateur avait cm affermir à jamais par Texterminatiou des Italiens et la proscription des chevaliers , que Pompée semblait avoit assuré par la réduction de l'Espagne, LucuUus par l'humiliation des publicains de l'Asie^ il suffit du même !Pompée pour le renverser.
Le premier fruit que les chevaliers retirèrent de leur victoire, ce fut de rétablir les communicationsmaritimes, dont l'interruption ruinait leur commerce et de recouvrer l'exploitation de l'Asie dont les dépouillait LucuUus. iJans ce double but, ils confièrent à Pompée , malgré le sénat , un pouvoir tel, qu'aucun citoyen n'en avait obtenu jamais. Sur la proposition de Gabinius, on lui donna pour réduire les pirates l'empire de la mer, de la Gilicie aux Colonnes d'Hercule , avec tout pouvoir sur les côtes à la distance de quatre cents stades (vingt lieues); de plus, une autorité absolue et sans responsabilité sur toute personne qui se trouverait
dans ces limites , avec la faculté de prendre che2 les questeurs et les publicains tout l'argent qu'il voudrait, de construire cinq cents vaisseaux , et de lever sold&ts, matelots, rameurs à sa volonté. Ce n'était pas assez; on y ajouta peu après la commis-* sion de réduire Mithridate, et le commandement des armées de Lucullus avec toutes les provinces de l'Asie ^ (67). Le parti triomphant , celui des chevaliers, était si intéressé au succès, qu'il donna à son général un pouvoir disproportionné avec le bût. Cicéron fut encore en ceci l'organe de la faction. Rien n'était plus aisé que d'entraîner le peuple qu'on nourrissait des blés de l'Afrique et dç la Sicile, et dont les pirates compromettaient la subsistance. Au reste , les esprits pénétrans sentaient bien qu'aucun pouvoir n'était dangereux dans des mains si peu propres à le garder. César et Crassus.n'y virent qu'un précédent utile, et y aidèrent.
Ces pirates * appartenaient à presque toutes les nations de l'Asie , Ciliciens , Syriens , Cypriotes , Pamphyliens, hommes du Pont. C'était comme une vengeance et une réaction de l'Orient dévasté par les soldats de l'Italie , par ses usuriers et ses publi-
' Cic. , pro hge Maniliâ, Phit. , in JRompêio*
' Appian. , De B. Mtthr., t« I, p S90 , o. )S4. Z;(i$ov a^avlftiv râi|
cains^ par ses marchands d'esclaves. Ils s'enhardirent dans les guerres de Mithridate dont ils furent les auxiliaires. Les guerres civiles de Rome , puis l'insouciante cupidité des grands^ occupés de piller chacun leur province, laissèrent la mer sans surveillance, et fortifièrent les pirates d'une foule de fugitifs. « Ils firent de tels progrès , dit Plutaïque ^ {Pompée y c. 3), que non contens d'attaquer les vaisseaux , ils ravageaient les îles et les villes maritimes. Déjà même les hommes les plus riches, les plus distingués par leur naissance et par leur capacité, montaient sur leurs vaisseaux et se joignaient à eux ; il semblait que la piraterie fut devenue un métier honorable. Us avaient en plusieurs endroits des arsenaux, des ports, et des tours d'observation très-bien fortifiées ; leurs flottes, remplies de bons rameurs et de pilotes habiles, fournies de vaisseaux légers, et propres à toutes les manœuvres^ affligeaient autant par leur magnificence qu'elles effrayaient par leur appareil. Leurs poupes étaient dorées ; ils avaient des tapis de pourpre et des rames argentées ; ils semblaient faire trophée de leur brigandage. On entendait partout sur les côtes les sons de leurs înstrumens ; partout , à la honte de la puissance romaine, des villes captives étaient obligées de se racheter. On comptait plus de mille de ces vaisseaux qui infestaient les mers, et qui déjà s'étaient emparés de plus de quatre cents villes.
JLes temples^ jusqu'alors inviolables, étaient profanés et pillés, tels que ceux de Claros, de Didyme^ deSamothrace, de Cérès à Hermîonje, et d'Esculape à Épidaure, ceux de Neptune dans llsthme^ à Ténare et à Calaurie , d'Apollon à Actium et à Leucade^ enfin ceux de Junon à Samos , à Argos et au promontoire Lacinien. Ils faisaient aussi des sacrifices barbares , et ils célébraient des mystères secrets, entre autres ceux de Mithra, qui se sont conservés jusqu'à nos jours, et qu'ils avaient les premiers fait connaître. »
« Non contens de ces insultes , ils osèrent encore descendre à terre, infester les chemins par leurs brigandages , et ruiner même les maisons de plaisance qui avoisinaient la ïner. Ils enlevèrent deux préteurs , vêtus de leurs robes de pourpre , et les. emmenèrent avec leur suite , et les licteurs qui portaient les faisceaux devant eux. La fille d'Antonius, magistrat honoré du triomphe, fut aussi enlevée en allant à sa maison de campagne , et obligée de payer une grosse rançon. Leur insolence était venue à un tel point, que si un prisonnier s'écriait qu'il était Romain, et disait son nom, ils feignaient d'être étonnés et saisis de crainte ; ils se frappaient la cuisse, se jetaient à ses genoux, et le priaient de leur pardonner. Cette pantomime suppliante faisait d'abord croire au prisonnier qu'ils agissaient de bonne foi. Les uns lui mettaient des souliers , les
autres une toge^ afin^ disaient-^ils^ qu'il ne fut plus méconnu. Après s'être ainsi long-temps joués de lui et avoir joui de son erreur^ ils finissaient par mettre une échelle au milieu de la mer^ lui ordonnaient de descendre et de s'en retourner chez lui ; s'il refusait de le faire y ils le précipitaient euxmêmes dans les flots. »
La puissance des pirates était vaste , mais dispersée sur toutes les mers. Pompée avait de si grandes forces , qu'après avoir partagé la Méditerranée et distribué ses flottes^ il les réduisit en trois mois. La douceur y fit plus que laforce. Plusieurs se rendirent à lui avec leurs familles, et le mirent sur la trace des autres. Ceux qui n'espéraient point de pardon livrèrent une bataille navale devant Coracésium en Cilicie. Pompée , maître des forts qu'ils avaient dans le Taurus et dans les îles y leur donna des terres dans l'Achaïe et la Cilicie, et en peupla sa ville dePompeiopolis, bâtie sur )e$ ruines de Soli. Il tenait tant à se concilier ces intrépides marins, qu'il envoya des troupes contre Métellus qui poursuivait avec cruauté ceux de la Crète , et comb^tit pour les pirates ^ .
Plut, in Pornp, , c. 30. Eyjoayi ry MeléX^iw x&iXvov T0¥ tjôXe^ov, %at ^gfAifrc... Oxiaoéiov* ôc orvvsurcXO&^v ccç rà tùj^ti roif croXcojQxou/*evoiç , xai ftoL^oiiivoç /AïTivlôv... — Dion. , p. 89. Ced explique peut-être la supériorité constante de Pompée et de son parti sur k mer. V. plus bas les guerres de Pompée , Brutus et Sextuo T ompée.
Parvenu en Asie , il abolit y disent unanimement les historiens , tout ce qu'avait fait Lucullus , c^està-dire qu'il rétablit la tyrannie financière des chevaliers et des publicains. Pour Mithridate^ après tant de défaites , il était plus difficile à joindre qu'à vaincre. La première fois que Pompée l'atteignit , il crut le tenir ^ et le manqua ; la seconde^ il l'attaqua pendant la nuit^ et les Barbares ne soutinrent pas même le premier cri des Romains ^ . Repoussé par Tigrane, qui reçut Pompée à genoux, Mithriclate s'enfuit vers le Caucase chez les Albaniens et les Ibériens. Pompée pénétra chez ces Barbares , défit, non sans peine, leurs multitudes mal armées. Mais il n'osa, ni entrer dans l'Hyrcanîe, ni traverser les plages scythiques du nord de l'Euxin pour pénétrer dans le Bosphore, dont Mithridate était toujours maître^. Il aima mieux redescendre au midi , pour y faire une guerre plus facile et plus glorieuse. Sauf quelques combats sans importance, il lui suffît d'une sorte de promenade pour achever, comme dit Plutarque, le pompeux ouvrage de l'empire romain. Il soumit, en passant la Syrie, dont il fît une province, }gi Judée^ qu'il donna à qui il voulut. La nouvelle de la mort du roi de Pont vint fort à propos pour le dispenser de poursuivre unQ
• Plqt. in Pt>mp. , c. 14... IïtjxIÎi Tt uivHV Toi.ixiv'lîc;. • Pluj;. , tit Pvmp* , c. 38.
guerre imprudente dans laquelle il s'était engagé contre les Arabes.
Le grand Mithridate avait ^ dans sa fuite même ^ conçu le projet gigantesque d'entraîner les Barbares vers l'Italie. Les Scythes ne demandaient pas mieux que de le suivre. Les Gaulois, pratiqués par lui depuis long-temps , l'attendaient pour passer les Alpes ^ Tout vieux qu'il était, et dévoré par un ulcère qui l'obligeait de se cacher, il remuait tout le monde barbare dont il voulait opérer la réunion, tant de siècles avant Attila. L'immensité de ses préparatifs ^ et l'eSroi de la guerre qu'il allait entreprendre, tournèrent ses sujets contre lui. D avait mis à mort trois fils , trois filles , et s'était réservé pour héritier son fils Pharnace, qui le trahit. Le vieux roi, craignant d'être livré aux Romains , essaya de s'empoisonner ; deux de ses fils qui lui restaient voulurent boire avant lui, et moururent bientôt. Mais Mithridate s'était depuis si long-temps prémuni par l'habitude contre les poisons, qu'il n'en trouvait plus d'assez violent. Il fallut que le Gau*lois Bituitus, qui lui était attaché , lui prêtât son épée pour mourir. Il n'y eut plus dans l'Orient de roi comme Mithridatç. Ce géant \ cet homme ii>-
*• Appian. , B. Mithr,, 4 vol. p. 407, c. 246. £f Ks).loùç , ix cro)JoTt
destructible aux fatigues comme au poison^ cet homme qui parlait toutes les langues savantes et barbares ^ , laissa une longue mémoire. Aujourd'hui , non loin d'Odessa , on montre un siège taillé dans le rocher qui domine la mer^ et on l'appelle le trône de Mithridate.
Le triomphe de Pompée fut le plus splendide qu'on eût vu jusque-là. On y porta les noms des nations soumises : le Pont , l'Arménie , la Cappadoce, la Paphlagonie^ la Médie, la Colchide, les Ibériens, les Albaniens ^ la Syrie, laCilicie,la Mésopotamie, la Phénicie, la Judée, l'Arabie, enfin les pirates. On y voyait que les revenus publics avaient été portés, par les conquêtes de Pompée, de cinquante millions de drachmes à près de quatrevingt-deux millions ; qu'il avait versé dans le trésor la valeur de vingt mille talens , sans compter une distribution de quinze cents drachmes par chaque soldat. Pompée, qui avait triomphé la première fois de l'Afrique, la seconde de l'Europe ( après •Sertorius), triomphait cette fois de TAsie.
Dans ce pompeux étalage des trophées de Pompée, une bonne part eût dû revenir à LucuUus. Le résultat était grande mais combien avait-il* coûté ? César, vainqueur de Pharnace, portait envie à Pom-
' On peut juger , dit Appien {ibid, ), de la taille énorme de Mithridate par ses armes qu'il envoya à Delphes et à Némée.
pée pour avoir eu des succès si faciles ; et Caton disait que toutes les guerres d'Asie n'étaient que des guerres de femmes ^ . •
Ainsi la médiocrité de tous les nobles de Rome ^ cette disette de grands généraux dont se plaint si souvent Cicéron, Tami de Pompée, éleva pour quelque temps cet indigne favori de la fortune à une puissance dont il ne sut comment user, jusqu'à ce qu'elle lui fut arrachée par l'homme qui* la méritait.
* Cic. , pfxi Rlunnà , c, 1 3* lUud oninc Mitbridaticuoi bdlum cum mu- Ikrculis esse gcsluni.
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