‹ Histoire romaineChapitre 17 sur 50 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

d^oppriméâ appelaient uti chef contre la méprisable aristocratie des grands propriétaires romains y sénateurs et chevaliers. Mais quand ce chef eût eu le génie de César^ Fargent cle Crassus et la gloire militaire de Pompée^ il n'eût pu concilier tant de prétentions opposées^ ni guérir un mal si complexe. Une translation universelle de la propriété ^ qui n'eut pu s'accomplir qu'en versant encore des torrens de sang^ n'aurait point fini les troubles. Ces terres arrachées aux grand» propriétaires^ à qui les eût-on rendues ? elles étaient pour la plu^ part réclamées par plusieurs maîtres; au vétéran de Sylla^ à l'ancien colon romain qu'il avait dépouillé^ ou aux enfans du propriétaire italien dépossédé par le colon , et qui végétaient peut-être encore nourris des distributions publiques , logés dans les combles de ces vastes maisons de Rome {insulœ)j où s'entassaient à la hauteur de sept étages toutes les misères de l'Italie ^ ? Ces terres d'où le grand propriétaire avait arraché toutes les limites ^ pierres brutes , Termes et tombeaux^ ces champs dont il avait , souvent à dessein , brouillé et confondu là £ace^ quel agrimensor assez clairvoyant^ quel juge assez intègre eût pu les reconnaître^ les mesurer, les partager?

* Auguste défendit dVlcTer des maisons à plus de seixante-dix pîedst- Nous savons d^ailleurs que chaque étage était peu éleré.

tJn changement semblait imminent, quelles cjué iTussent les difficultés. César donna le premier signal^ par ttn acte de justice solennelle, qui condamnait la longue tyrannie des chevaliers t déjà, il avait flétri celle des nobles en punissant les sicaires dé Sylla^ Il accusa le vieux Rabirius, agent des chevaliers , qui , trente ans auparavant , avait tué un tribun, un défenseur des droits des Italiens, Apuleîus Saturninus. Les chevaliers avaient conservé k Sa-turninusun souvenir implacable. Ils avaient fait un crime capital de garder chez soi le portrait de ce tribun ; ils accoururent de FApulie et de la Campanie, où ils possédaient toutes les terres. De concert avec le sénat , ils défendirent Rabirius par Forgane de Cicéron , et toutefois ne purent le sauver qu'en rompant violemment rassemblée ^ . Gésar comprit que la révolution n'était pas mûre, et attendit dans un formidable silence.

Alors parut le tribun RuUus^ qui s'offrait de guérir par une seule loi le mal universel de la républi-' que. Ce mal, nous l'avons dit, c'était l'injustice dont se trouvait entachée^alors l'origine de toute

■ Cic. , pru Rabirio, c. 24» Val. Max., VIII, \, -^ Pendant que les centuries donnaient leurs votes au Champ^le-Mars , un étendard était dressé sur le Janicnleb Cet ancien usage datait d'une époque où Tennemi étant voisin des murs de Rome, on craignait quHl ne parût tout à coup , et ne surprit la Tille sans défense. Métellus Géler sauva Rabirius en enlevant Pétendard du Janicule. Par cela seul , rassemblée était dissoute de droit. Dion., p. \ 29.

propriété. RuUus proposait d'acheter des terrés, pour y établir des colonies ; de partager entre les pauvres citoyens tous les domaines publics, en indemnisant ceux qui les avaient usurpés. Le tribun se chargeait lui-même avec ses amis d'exécuter cette opération immense, qui deVart £atire passer par ses mains toute la fortune de l'Empire , en y comprenant les conquêtes récentes de Pompée.

Les chevaliers , effrayés d'une proposition qui eût compromis , ou légalisé à grands frais leurs usurpations , parvinrent à éluder la proposition de Rullus par l'adresse de Cicéron. L'habile orateur exposa que jamais les Romains n'avaient acheté l'emplacement de leurs colonies , et persuada au peuple qu'il était indigne de Rome d'établir ses enfans sur des teiTes légitimement acquises. U insinua surtout que la loi de RuUus allait partager les terres , d'où l'on tirait le blé qui se distribuait au petit peuple. Ce dernier argument était décisif auprès de cette populace oisive ; ils aimaient mieux du blé que des terres , et ne se souciaient pas de quitter la place publique et les combats de gladiar teurs ^ .

' In tiulL , c. 25. Aucun monument n^est pins mipoTUnC poar Thisteire romaine que les discours sur la loi agraire de Ruttus. — Vos vero retinete, Quintes, possessionem urbis, gratis. — Laisserez-Tous vendre, dit-il encore, horreum Icgionum^ soiaiium annonœ,.»

Cicéron rencontra un plus dangereui^ adversaire -dans le sénateur Catilina ^ son concurrent au consulat. Les plus implacables ennemis de ce dernier s'accordent à dire que c'était une nature grande et forte , une âme d'une incroyable énergie , une vie souillée^ il est vrai, mais un ami dévoué, et jusqu'à la mort. Cicéron avoue qu'il y avait dans l'amitié de Catilina une irrésistible séduction, et qu'il fut lui-même près d'y céder ^ . Sous Sylla , il s'était déshonoré, comme Çrassus et tant d'autres. Crassus s'était relevé : il était riche. Catilina, ruiné^ endetté, était resté sous le poids de la honte. Cette conscience de son déshonneur s'était tournée .en fureur. Il s'était plongé d'autant plus dans l'infamie. Son visage inquiet et pâle, ses yeuxsanglans , sa démarche tantôt lente , tantôt précipitée , semblaient accuser la victime d'une horrible fatalité. Tout ce qu'iiy avait dans Rome et dans l'Italie d'hommes perdus de misères ou de crimes, affluaient auprès de Catilina. Vétérans de Sylla ruinés, Italiens dépossédés, provinciaux obérés, sans

' Cicer. , pro Cœlto , c. 5 , 6. — Quis clarioribus Tins quodamt empote jucundior ? Illa in illo homine mlrabilia fuerunt , comprehendere multos amicitiâ. . . Me ipsum , me , inquam , quondam penè ille decepit , cùm et mihi bonus et nptimi cujusque cupidus , et firmus amicus et fidelis videretur. — Ad Attic, ,1. 4 . — Cicéron seiid)le prêt à défendre Catilina , et à s^entcndre avec lui pour le consulat. Il plaida pour plusieurs des amis 4e <fCatiliiia , pour Sylla, p«ur Cœhus , etc.

compter une bande de jeunes gens dépravés et au-« dacieux^ de mignons sanguinaires (jui ne le quittaient pas ^ .et qui faisaient la partie honteuse de la faction ^ tout cela voltigeait dans le Forum autour de Catilina^ n'attendant que son signal. Toute IV ristocrati^ y sénateur3 y chçvalier^ ^ publicains ^ usu^ riers, se croyaient menacés d'un massacre.

On pouvait tout soupçonner des amis de Catilina^ tout faire croire sur leur compte. Les chevaliers n'oubliaient rien pour ajouter à la frayeur publique. Les bruits les plus absurdes étaient bien accueillis. Catilina y disaient-ils , a égorgé son fils pour obtenir la maiu d'une femme qui ne voulait pas de beaufils. Il veut massacrer tous les sénateurs; il veut (ceci touchait davantage le petit peuple) mettre le ieu aux quatre coins de la ville. Il a retrouvé l'aiglç d'argent de Marins ; il lui fait des sacrifices humains. Les conjurés^ dans leurs réunions nocturnes^ ont confirmé leurs sermens en buvant à la ronde du sang d'un homme égorgé. Que saisrje encore? Sak luste va jusqu'à dire que Catilina ordonnait des assassinats inutiles^ pour que ses amis ne perdissent pas l'habitude du mçurtrç ^ .

' Cic. in Catii, , I , c. 9. ^— Sali. , Ca/. , c. 1 6. Si causa peccandi ia praesens minus suppetebat , nihilominùs inson^es , sicuti sontes , ciicumvenire , jugulare j scilicet ne per otium to^scerent maous aut animus , eratuito potiùs malus atque crudelis erat.

Mém, de SainterHélène, 22 mars 4 81 6 : « Aujourd'hui Tcoipereur (sai^

La frayeur publique^ augmentée ainsi habil«* ment, porta CilBéron au consulat (63). Mais ce n'é^ tait pas assez. On voulait accabler Catilina. Cicéron présenta une loi qui ajoutait un exil de dix ans aux peines portées contre la brigue ^ . C'était Tattaquer directement^ et le jeter ^ coupable ou non^ dans le complot dont on l'accusait. Qcéron déclara haute-^ ment l'imminence du péril. Il prit une cuirasse ^ il arma tous les chevaliers ^ et se crut si fort qu'il osa y dans une invective contre Catilina, proclamer que les débiteurs n'avaient aucun soulagement à espérer: QuatUnds-'ta? \\À dit-il, de nouvelles tables? une abolition des dettes? fen afficherai des tables, mais de vente. Ce mot si dur exprimait la pensée des chevaliers'. Catilina, chargé d'imprécations, fut

dans rhisKûre romaine la conjuration de Catilina \ il ne pouvait la com- [urendre telle qu^elle est tracée. Quelque scélérat que fût Catilina , obser- ▼ait41y il. devait avoir un objet : ce ne pouTait être celui de gouverner dan$ Rome , puisqu^ou lui reprocbait d^avoir voulu yf mettre le feu aux quatre coins. L^empereur pensait que estait plutôt quelque nouvelle faction à la façon de Marins et de Sylla , qui , ayant échoué, avait accumulé sur son chef toutes les accusations bannales dont on ka accable en pareil cas... Les Grac* ques lui inspiraient bien d^autres doutes.^. »

' Dia, p. 4S0, 8. «^ Dion dit un peu plus loin : « L'affaire de Catilina 6t plus de bnût qu^eUe n'en méritait , à cause des discours de Cicéron et de sa gloriole, a

' CSc. , in Catil, , H , c. 8 : Quid enim expectas? tabulas novasp^meo. benefieio tabulae novm proferentur, verùm auctionarias. -r- Clodius dit plus tard qu'il ferait expier aux chevaliers les degrés du Capttole, Cicéron^ Posi re4' , c,. 5 »J3^ — Si Ton pouyait douter que Cicéron fut constam?

obligé de sortir du sénat , où il avait eu l'audace de paraître encore ;» mais il lança en se fetirant des pa-v rôles sinistres : Fous allumez un incendie contre moi; eh bien I je V étoufferai sous des ruines l

Son départ fit éclater un mouvement immense dans l'Italie. Sur tous les sommets sauvages de l'Apennin 9 on courut aux armes; dans l'Apulie^ dans le Brutium ^ se soulevèrent les pâtres, esclaves des chevaliers^ ; dans FEtrurie les vétérans de Sylia^ d'accord cette fois avec les laboureurs qu'ils avaient jadis exproprié^. Lentulus, Céthégus et les autres, amis de Catilina restés à Home y pratiquaient les. députés des AUobroges, qui étaient venus demander quelque allégement ^ux effroyables usures qui les ruinaient. Une foule de grands de Rome av^ent connaissance de la conjuration. César n'y était pas étranger. Crassus , selon toute apparence, l'encouragea et le dénonça^.

Les AHobroges calculèrent aussi qu'ils gagneraient davantage en livrant les lettres des conjurés. Lentulus reconnut son écriture, et avoua. Il se croyait garanti par la loi Sempronia qui permettait à un

ment Thomme des chevaliers et des j^iblijcaiQS , il sufiirait de lire : Pro Ugeflfaniii'd , c. 2-7 ; De petUione consul, , c. 4 , etc. , etc.

' Id. , ibid. , c. 9 :- Jam yerè urbes colojûaruin atque . monicipionmi respondebtint pttilioae tumulis sylvestribus. — - F, aussi in CatiL H^^

* Plut. , in Cross. , ç. 17..

citoyen romain de prévenir par un exil volontaire une condamnation capitale. Cette loi était ^ si l'on veut, dangereuse, mais enfin elle existait. César défendit habilement et sophistiquement la cause de l'humanité et de la loi, et faillit être mis en pièces^ On conclut que la loi Sempronia protégeait^ il est vrai, la vie des citoyens; fnais que V ennemi de la patrie ïCétait plus citoyen. Les conjurés furent condamnés à mort. Mais le cœur manquait à Cicé^ ron, homme doux et timide, qui craignait de prendre sur lui pareille chose. Il fallut que sa femme Terentia employât son irrésistible autorité. Elle le décida à faire étrangler les conjurés dans la prison ^ , Au soir, le consul traversa le Forum , et dit : Ils ont vécu* Il fut reconduit comme en triomphe pav plus de deux mille chevaliers.

On se hâta d'accabler Catilina avsmt qu'il eût mieux organisé son parti. Si on lui eût donné le temps de sortir des neiges de l'Apennin, disait plus tard Cicéron lui-même, il eût occupé les défilés des montagnes, envahi les riches pâturages, entraîné tous les pasteurs , et peut-être soulevé la Gaule italienne*. Il n'était encore qu'en Etrurie, où se trou*valent le plus grand nombre de laboureurs librea

• Plut, in Cicer, , p. 870. tf T«p«v1i«.., DapwÇvvsv «irt toùç »*•

• Çic. , pro P, Scxtio ^ c. 6, -f- In CatiL , U , c. i2^

et de vétérans de Sylla. Peut-être même avait-il des relations de famille dans cette contrée. Le nom de Catilina semble étrusque. Un Etrusque comman* dait une aile de son armée^ ^ l'autre était sous les ordres d'un Mallius^ vieux soldat de Sylla. Le consul Aiitonius que Cicéron avait détaché de la conjuration^ eut honte de combattre contre Catilina^ et fît le malade. Catilina n'avait pu encore armer que le quart de ceux qui le suivaient*; ce qui prouve, soit dit en passant^ que la conjuration n'était pas préméditée depuis si long-teifaps. Il fut défait, et se fit tuer en combattant y ainsi que ses deux lieutenans (l'Étrusque et Mallius), et presque tous ceux qui l'avaient suivi. On retrouva Catilina bien loin dans l'armée romaine où il s'était fait jour ; les autres couvraient de leurs corps la place où ils avaient combattu. Cette fin héroïque me ferait croire volontiers qu'on a calomnié ce parti. Certes, ceux qui périrent ainsi n'étaient pas apparemment ces. efféminés dont Cicéron compose toujours dans ses harangues le cortège de Catilina.

Le parti vainqueur avoua la peur qu'il avait eue par l'excès de sa joie et par son enthousiasme pour

' Sallust. , BeiL Calilin, « Faesulanum quemdam in sinistré parte curare jvibat. M

Sallust. , ibid. Ex qmni copU drciter pars quarta erat militaribu» anuis inHructa.

Cicéron. Lui-même y fut pris comme les autres. Il tie crut un héros , invita les historiens et les poètes " à célébrer son consulat^ le célébra lui-même^ y et se croyant désormais l'égal de Pompée y n'hésita point à direi

Que les armes cèdent ï la toge ,

Le laurier des combats aux trophées de la parole !

... O Roipe fortunée, sous mon consulat née !

Ces vers ridicules lui firent moins de tort que la versatilité avec laquelle il défendit Muréna coupable de brigue y lui qui par sa loi contre la brigue avait provoqué l'explosion du complot de Catilina. Muréna était l'anu des chevaliers; Sylla Tétait des nobles. Cicéron eut encore la faiblesse de défendre ce dernier^ qui avait été complice de Catilina. Ainsi le grand orateur bravait l'opinion. Il régnait

' F", surtout : Epist, famii. , lib. \, H , ad Lucceium. ^— Ad Atii* çum, Epist. f lib, m » c^ 2.

](nterea camw , quos prima a parte juventa ,

Quoique adeo consul virtute animoque petisti,

Hos rétine , atque au^e fajnam laudemque bonorum.

Quint, et ipse Gic. , De OfficUs , lih. \.

Cédant arau to^ \ concédât laurea lingu».

Quint., lib. II I cap. I. ««Et Juveoal f

P forlunatam» n^tan^ ne comble , Rôiqaii^.

^ans Rome : C^est le troisihme roi étranger que nous ayons, disaient ses ennemis, après Tatius etNuma.

Pompée , de retour après sa glorieui^ promenade en Asie , fut bien étonné de retrouver sa créature si puissante. C'était le sort de cet heureux soldat qui n'avait ni tête , ni langue , de s'en donner toujours qui le fissent repentir de son choix. Ainsi il éleva successivement Cicéron , Clodius et César, et ensuite il laissa exiler le premier, tuer le second; pour le troisième , il trouva en lui son maître.

Avant même le retour de Pompée , son partisan Métellus Nepos avait accusé Cicéron , et proposé que Pompée fût chargé de réformer la république. Mais l'aristocratie était devenue si hardie et si violente depuis la mort de Catilina, que Métellus fut obligé de chercher un refuge dans le camp de Pompée. On attaqua ensuite Cicéron dans ceux qui l'avaient secondé contre Catilina , le consul Antonius , et le préteur Flaccus. Enfin Pompée voulant faire confirmer tout ce qu^l avait fait en Asie, malgré Cicéron , LucuUus et Caton , il s'unit étroitement avec Crassus et César. Ce dernier trouva moyen de réconcilier Pompée et Crassus , et de se faire élever par eux au consulat (Sg).

L'hiçtorien Dion nous a transmis l'histoire du consulat de César avec plus de détails que Suétone ou Veileius , et avec plus d'impartialité que le romancier Plutarque , toujours dominé par son en»

thou^iasme classique pour les anciennes républîq[ù€é^ dont il ne comprend pas le génie : « César, selon Dion Cassius, proposa une loi agraire, à laquelle il était impossible de faire aucun reproche. Il y avait alors une multitude oisive et affamée qu'il était essentiel d'employer à la cultuï*e. D'autre part, il fallait repeupler les solitudes de l'Italie. César atteignait ce but sans faire tort à la repu- ' blique, ni aux propriétaires. Il partageait les terres publiques (et spécialement la Campanie à ceux qui avaient trois enfans ou davantage). Capoue devenait une colonie romaine. Mais les terres pu-* bliques ne suffisaient pas ; on devait acheter des terres patrimoniales au prix où elles étaient esti-^ mées par le cens. L'argent rapporté par Pompée ne pouvait être mieux employé qu'à fonder des colonies, où trouveraient place les soldats qui avaient conquis l'Asie. )> Jusqu'ici la loi de César se rapportait en beaucoup de choses avec celle de RuUus. Elle en différait surtout en ce que l'auteur de la loi ne se chargeait pas de l'exécution.

Lorsque César lut sa loi en plein sénat , et demanda successivement à chaque sénateur^ s'il y trouvait quelque chose à dire , pas un ne l'attaqua^ et néanmoins , ils la repoussèrent tous. Alors César s'adressa au peuple. Pompée, interrogé par lui s'il soutiendrait sa loi , répondit que si quelqu'un l'attaquait avec l'épée , il la défendrait avec Fépée et le

bouclier. Crasstls parla daus le même sens. Catôil et Bibulus^ collègue de César, qui s'y opposèrent au péril de leur vie, ne purent empêcher que la loi ne passât. Bibalus se renferma dès^lors dans sa maison, déclarant jours fériés tous ceux de son consulat. Mais lui seul les observa. César ne tint compte de son absence. Il apaisa les chevaliers qui • lui en voulaient depuis Catilina, en leur remettant un tiers sur le prix exagéré auquel ils avaient acheté la levée des impots. Il fit confirmer tous les actes de Pompée en Asie, vendit au roi d'Egypte l'ai-* iiance de Rome , et accorda le même avantage au roi des Suèves établis dans la Gaule, Arioviste. César tournait déjà les yeux vers le nord. Tout en déclarant qu'il ne demandait rien pour lui, il s'é^ tait fait donner pour cinq ans les deux Gaules et Fniyrîe. La Gaule cisalpine était la province la plus voisine de Rome ; la transalpine , celle qui ouvrait le plus vaste champ au génie militaire; celle qui promettait le plus rude exercice , la plus dure et la meilleure préparation de la guerre civile.

Dans la pitoyable agitation de Rome , au milieu d'une société tombée si bas, que Pompée et Cicéron s'en trouvaient les deux héros , certes , celui-là fiit un grand homme qui laissa toutes ces misères, et s'exila pour revenir maître. L'Italie était épuisée , l'Espagne indisciplinable ; il fallait la Gauld pour

asservir Rome. J^aui*ais voulu toîr cette blanche et paie figure ^ y fanée avant l'âge par les débauches de Rome, cet homme délicat et épïlèptique *, mar^ €5hant sous les pluies de la Gaule > à la tête des lé^ gion$, traversant nos fleuves à la nage; ou bien à cheval entre les litières où ses secrétaires étaient portés, dictant quatre, six lettres à la fois, remuant Rome du fond de la Belgique, exterminant sur son chemin deux millions d'hommes ^ , et domptant en dix années la Gaule, le Rhin et l'Océan du nord

Ce chaos barbare et belliqueux de la Gaule était

une superbe matière pour un tel génie. De toute*

parts , les tribus gauloises appelaient alors Fétran-

Ijer. Par-dessus la vieilte aristocratie des che£s des

clans galliques, avait passé le torrent des Kimris.

"Le dépôt qu'il laissa fut le druidisme, religion

sombre et'sanguinaire, mais d'un esprit plus élevé

que le culte des élémens qui auparavant dominait

la Gaule. Les Romains appellent la Bretagne la pa^

' Suefoiï. , in J, Cœs* , c. 45. Fuisse traditor coïore caAdido.

' Id. ibid, Comitiali quoque morbobis interres gerendas correptus est'.

' Suet. ^ Plut., passïm, — Plia. , VII, 25. Onze cent quatre-Tingt- 4oaze mille hommes ayant les guerries civiles. Soblimitatem omnium capacem quœcœlo continentur, sed proprium vigorem celeritatemque qnodam jgne volucrem... epistolas tantarum rerum quaternas pariter Kbrariis die* tare , aut si nihil aliud ageret, septenas.

trie des Druides ^ y sans doute parce qu'alors les Druides de la Gaule regardaient cette île comme le centre de leur religion. C'était ordinairement dam des îles ou des presqu'îles que se trouvaient les établissemens druidiques. Les neuf vierges de l'île de Sein endormaient à leur if olon té ^ ou éveillaient la tempête. Celles de l'embouchure de la Loire vivaient aussi dans des îlots, d'où elles venaient aux temps prescrits visiter la nuit leurs époux , et avant le jour elles regagnaient la terre sacrée à force de rames. D'autres, sur les écueils voisins de la Bre^ tagne, y célébraient des orgies mystérieuses, et effrayaient au loin le navigateur de leurs cris fu-*rieux et de la sinistre harmonie des cymbales barbares ^. Le prodigieux monument de Camac est dans une petite presqu'île de la grande péninsule bretonne. Selon la tradition, on portait les cadavres dans l'île d'Ouessant , et dé là les âmes volaient dans l'île d'Albain ou Albion^ peut-être jusqu'à l'île Mona. Les Vénètes et autres tribus de notre Bre^ tagne étaient dans des rapports continuels avec la Grande-Bretagne , et en tiraient des secours pour leurs guerres. César nous apprend que le divitiac ou

* C3BS. , BiG,-^ y, le beau passage d^Amédée Thierry , Hist, des G» , II t« } c. 4 . Toutefois , je n^ai pas cru devoir suivre cet historien daus son récit de la conquête des Gaules par Gésar<

' Strab.,IV, 4 98.

chef druidique ^ des Suessones (Soissons), avait aitparavant dominé sur une grande partie de la Gaule et sur la Bretagne ^ C'est en Bretagne que se réftH gient les Bellovaques (Beauvais) ^ ennemis de César. Les grandes fêtes druidiques étaient célébrées sur les frontières des Carnutes , peut-être à Genabum , île de la Loire , voisine de la ville romaine d'Orléans. Genabum (rivière coupée) , est synonyme de Lutetiû (fleuve partagé)*. Les Carnutes étaient dans la clientelle des Rhèmes (Rheims). Les Sénones (Sens), liés avec les Carnutes et avec les Parisii , avaient été cliens ou vassaux des Edues (Autun), comme peut-être aussi les Bituriges (Berri)^. Ainsi les Druides semblent avoir dominé dans les deux Bre-

' Caes. , B, G,, II, c. i. Apud Saessiones regem nostrâ memoriâ Dtvi-' tiacum , totios Galli» potentissimum , qui cùm magns partis bamm regionam, tùm étiam Britanniae partem obtinueritj niinc regem esse Gedbam; ad hune propter justitiam prudentiamqae summam totius belli omnium Toluntate deferri. — Dh , Diu, Dieu, en gallois; dwisa, arbitrage^ dMs , élection, en bas breton. Galb'^ gros, gras, en bas breton ( voy. aussi Suet. in Galbx yitâ ) j gaiba dureté , rigueur , en irlandais. — Dans le passage cité plus haut , le chef druidique, le Divitiac , étend sa domination de Soissons jusque dans Pile sacrée de la Bretagne ; celle du galb ( ou chef militaire ? ) ne s'étend pas hors de la Bel*gique-

* Ltih , rivière ; iac ou tec , coupée : — Cerh partage, abon, fleuve. — La Loire forme une île près d'Orléans, comme la Seine à Paris. Je sais, du reste , que la plupart des étymologies de ce genre sont tout à fait conjectu raies.

' Caesar, 1. VI, c. 2 , ttpassim,

tagnès y dans les bassins de la Sein^ et dé la Loire. Ah norA , les Belges àvaieiit repoussé les Cimbres et probàblemeiit le druidîsme dmbriquè. On ne cite parthi ieux d'autre étàblissenîeht cimbrique que là coloiiie d'Aduat (Aduat-HEdûat ? ) , établie au centre d'une eniceinte d'énormes rocherà ^ y que la nature avait préparée d'avance pouï Recevoir une ville droidique. Au midi , les Arveriies et toutes les populations ibériennes de l'Aquitaine, étaient généralement restés fidèles à leurfe chefs bérédîtàfires. Dans la Celtique mênie > les Druides n'avaient pu réîdster au vieil espnt de cïansyqu'ên favorisant la formatidu d'une pîopulatioiii. libre dans les graiides \Tfllès , dcmt les chefs bu patrons étaient dû tooins électifs, comme les Druides. Ainsi deux factions partageaient tous les états gaulois 5 celle de l'hérédité, ou des chefs des clans j celle de l'électioe,. ou des Druides et des chefs temporaires du prea-

* Gâ».', 1. II, c. 29. Opiiiilutti e^giè'naiurâ muniâim... ^ùm ex-

émnihisin circiiitu {iartibùs alti^iiiias ^pes dëspectiisc^ue hstberet. -^Di&,< J. XXXli,p'. 9.

' Caes. , 1. I, c. 16. Pergbèrèium i^ier-^oAiteïÛi f gaël. , homme pour le jtigemêilt ) , 'qui crèfatlir atifautts et vifâe nécisqtie in suos habet poteâtatem. — L. TU , c. 33. Legibos ^duonim iis qui summum magistratuin Sbiinerent , excédere ëx fiiiibtrs non licërét... qUtîk léges duo éx unâ îsh miiiâ, TÎvo utroque, non solùm tiiagistratus èreari Telarerit , èed étiam inséfiatu e^sie* prohibèrent. — L. V, c. 7. Esse éjus modi iûlpe^ia , ut non^ miilùs baberet |uris in se (regulum? ) multitudo-, quàm se in multitudine... et passun.

pie des villes. A la tête de la première se trouvaient les Edues ; à la tête de la seconde , les Arvemes et ies Séquanes. Ainsi commençait dès-lors réternelle guerre de là Bourgogne et de la Franche-Comté. Les Séquanes, opprimés par les Edues qui leur fermaient la Saône , et arrêtaient leur grand commerce de porcs % appelèrent de la Germanie des tribus «irangères au druidisme , qu'on nommait du nom i}ommun de Suèves. Ces barbares ne demandaient pas mieux. Ils passèrent le Rhin , sous la conduite d'un Arioviste, battirent les Edues, et leur imposèrent un tribut; mais ils traitèrent plus mal encore le^ Séquaiies qui les avaient appelés; ils leur prirent le tiers de leurs terres, selon l'usage des coi;iquérans germains, et ils en ;i?ouIaient encore .autaat. Alors, Edues et Séquanes, rapprodhés par le malheur, cherchèrent d'autres secours /étrangers. Deux frères étaient tout-puissahs parmi les Edues ; Dumnorix enrichi par les impots ^et les péages dopt il se faisait donner le monopole de gré ou de jforce, s'était rendu cher au pt^tit peuple des villes et aspirait à la tyrannie ; il se lia avec ies Gaulois helvétiens, épousa une Helvétienne , . et en- ^^gea ce peuple à quitter ses vallées stériles pour les riches plaines de la Gaule. L'autre frère, qui

$trab.,liy. VI, p. <92. dôsv ai ^nàWiçai rapi^SMi twv vii«¥

était Druide, titre vraisemblablement identique avec celui de divitiac , aima mieux donner à son pays des libérateurs moins barbares. Il se rendît à Rome , et implora l'assistance du sénat ^ y qui avait appelé les Edues parens et amis du peuple romain» Mais le chef des Suèves envoya de son côté, et trouva le moyen de se faire donner aussi le titre d'ami de Rome. L'invasion imminente des Helvètes obligeait probablement le sénat à s'unir avec Arioviste.

Ces montagnards avaient fait depuis trois ans de tels préparatifs, qu'on voyait bien qu'ils voulaient s'interdire à jamais le retour. Ils avaient brûlé leurs douze villes, et leurs quatre cents villages, détruit les meubles et les provisions qu'ils ne pouvaient emporter. On disait qu'ils voulaient percer à travers toute la Gaule, et s'établir à l'occident, dans les pays des-Santones (Saintes). Sans doute, ils espéraient trouver plus de repos sur les bords du grand Océan qu'en leur rude Helvétie, autour de laquelle venaient se rencontrer et se combattre toutes les nations de l'ancien monde, Galls, Cimbres, Teutons, Suèves, Romains. En comptant les femmes et les enfans, ils étaient au nombre de trois cent soixante-dix-huit mille. Ce cortège embarrassant leur faisait préférer le chemin de la pro-

* Cic. , De diçin. , I.

viiice romaine. Us y trouvèrent à l'entrée^ vers Genève , César qui leur barra le chemin , et les amusa assez long-temps pour élever du lac au Jura un, mur de dix mille pas et de seize pieds de haut. H leur fallut donc s'engager par les âpres vallées du Jura^ traverser le pays des Séquanes, et remonter la Saône. César Içss atteignit comme ils passaient le fleuve , attaqua la tribu des Tigurins isolée des autres, et Textermina. Manquant de vivres par la mauvaise volonté de Fédue Dumnorix, et du parti qui avait appelé les Helvètes, il fut obligé de se détourner vers Bibracte (Autun). Les Helvètes crurent qu'il fuyait, et le poursuivirent à leur tour. César , placé ainsi entre des ennemis et des alliés malveillans, se tira d'affaire par une victoire san-: glante. Le3 Helvètes, atteints de nouveau dans leur fuite vers le Rhin,, furent obligés de rendre les armes, et de s'çngager à retourner dans leur pays. Six mille d'entre eux qui s'enfuirent la nuit pour échapper à cette honte , furent ramenés par la cavalerie romaine, et, dit César, traités m ennemis \ Ce n'était rien d'avoir repoussé les Helvètes , si les Suèves envahissaient la Gaule. Les migrations étaient continuelles : déjà cent vingt mille guerriers étaient passés. La Gaule allait devenir Germanie. César parut céder aux prières des Séquanes et des

' CXBS. , 1. I , c. 28. Gsesar... reductos in hostiam numéro habuit.

Édues opprimés par les Barbares. Le même ïîruîde qui avait sollicité les secours de Borne, guida Ce- ^ai^ vers Arîôviste et se chargea d*explorer le chemin^ Le chef de? Suèves avait obtenu de César lui-même dati^ son consulat, le titre d^allié du peuple romain; il s'étonna d'être attaqué paï* hii : « Ceci, disait le Barbare, est ma Gaule k moi; vous avez la vôtre../.;.; sî vôp^ me laissez en repos, vous y gagnerez ; je ferai toutes les guerres tfue vous voudrez, sans peine ni péril pour vous... Ignôrez-vdus quels hommes sont les Germains? voilà plus de quatorze ans que nous n*av0n$i dormi sous un tôit^ » Ces paroles ne fîdsaieilt que trop dHm-. pression sut l'armée romaine : tout ce qu*on rap-. portait de ia taîUè et de la férocité de ces géanis du nord, faisait (rémir les petits homniës du midi *. On ne voyait dans le camp que" gens qui faisaient leur testament. César leur en fit honte : Si vous m'abandonnez, dît-il, j'irai toujours : il me suf^ fit de la dixième U^on. 11 les mène ensuite à Be-. sah'çoti, è'en empare 5 pénètre jusqu'au camp des,

^ *Gœs. , 1; ^ , tî. Sfr. Onùm vellet , congrecleretûr j intenectiimm quid ^nriéti 'Germm.y eKekttttatlssitui in tstam , qui inter .annos un lédtiiii^ non. subissent , Tirt^te posant. — César rassi^ ses soldats ( c. ^ ) » en leur rappelant que dans la guerre de Spartacus Us ont déjà battu les. t^rûiain's.

Caes. , 1. II, c. SO. Les Gaulois disent au siège de Genabum : Quibus. viiibus praesertim boraines Untulae staturae... fcanti oneris. torrim coUo^ ç^re confinèrent.

Barbares non loin du Rhin y ]es force de combattre^ quoiqu'ils eussent voulu attendre la noi|telie lune^ et les détruit dans un furieux combat : presque tout ce qui échappa périt dans le Rhin.

Jjdti Gaulois du nord^ Belges et aut^es^ jugèr^nt^ non sans vraisemblance^ que si les Romains avaient chassé les Suèves ^ ce n'était que pour leur succé-^ der. Ik formèrent une vaste coalition^ e|; César saisit ce prétexte pour pénétrer dan$ la Belgique. Il emmenait comme guide et interprète le divitiac dès £dues ^ ; il était appelé par les Sénons ^ anciens ya&isaux des Édues ^ par les Rhèmes y suzerains du pays druidique des Ôarnutes ^. Vraisanblablement y fRS tribus vouées au druidisme^ ou du moins au parti populaire^ voyaient avec plaisir arriver Tami des Druides ^ et co(mptaient Topposer aux Belges sep<^ tentripnâux, leurs féroces voisins. Cest ainsi que^ cdnq siècles -aprèa^ le clergé catlioiique des Gaulés favorisa l'invasion des Francs contre les Yisigotha jet les Bourguignon^ ariens.

C'était pourtant une somJ>re et décourageante |»erspeçtive pour un générs^l moSns hardi^ que

' C^\ dë^ ee Blvitiiic qui a ei^ofé le chemin qoand César marchait contre ks.§iièTeft , T. I , c. él . «^.Les Ger^iaiiis t^àiA pas <lelhwc]|es , dk jCésar y L YI . c. ^4 . ( Naqiie nrmdet habent.... tieque sacrificiis stndeat. ') Jls étaient, àce qiii jemUe, \ss protectenrs du parti anti-druidique dans le|. iGaides.

Caeé. , lib. II , c. 1 , etli^. TI , io prinçipiOt

cette guerre dans les plaines bourbeuses^ dans les forêts TÎerges de la Seine et de la Meuse. Comme les conquérans de rAmérique^ César était souvent obligé de se frajer une route la hache à la main , de jeter des ponts sur les marais y d'avancer avec ses légions y tantôt sur terre ferme ^ tantôt à gué ou à la nage. Les Belges entrelaçaient les arbres de leurs forêts^ comme ceux de l'Amérique le sont naturellement par les lianes. Mais les Pizarre et les Cort^^ avec une telle supériorité d'armes^ faisaient . la guerre à coup sûr; et qu'était-ce <jue les Péruviens en comparaison de ces dures et colériques populations des Bellovaques. et des Nerviens (Picardie^ Hàinault-Fiandre)^ qui venaient par cent mille attaquer César ? Les Bellovaques et les Suessions s'accommodèrent par 1/entrexmse du divitiac des Edues ^. Mais les Nerviens^ somteniis par les Atrebates et les Yeromandui^ surprirent Farmée romaine; en marche, au bord de la Sambre. dans la profondeur de leurs forêts > et se crurent au moment de la détruire. César fut obligé de. saisir ime enseigne et de se porter luinosême en

Jiuqu^à rex(iéditioD de Breta^ev nous soyons k divitiac des Edues accompagner partout César , qui Sans doule. leur faisait croire qu'il rétablirait dans la Belgique Tinfluenoe du ^parti éduen » c'est4Hlire druidique et populaire. -— L. Il , c. \ 4. Quèd si fecerit , .^Eduoram autoriUffem apud omnes Belgas ampltficaturum : quorum ftuxiliis atque opibus , si qua belhi inciderint , sustentare consuerint*

avant: ce brave peuple fut exterminé. Leurs alliés^ les Gimbres , qui occupaient Aduat (Namur?) effrayés des ouvrages dont César entourait leur ville, feignirent de se rendre, jetèrent une partie de leurs armes du haut des murs, et avec le reste attaquèrent les Romains. César en vendit comme esclaves cinquante-trois mille.

ISe cachant plus alors le projet de soumettre la Gaule, il entreprit la réduction de toutes les tribus des rivages. Il perça les forêts et les marécages des Ménapès et des Morins (Zélande et Gueldre, Gand, Bruges, Boulogne) ; un de ses lieutenans soumit les Unelles , Éburoviens et Lexoviens ( Coutances , Evreux, Lisieux); un autre, le jeune Crassus, conquit l'Aquitaine , quoique les Barbares eussent appelé d'Espagne les vieux compagnons, de Sertorius * • César lui-même attaqua les Vénètés, et autres tribus de notre Bretagne. Ce peuple amphibie n'habitait ni sur la terre, ni sur les eaux : leurs forts, dans des presqu'îles , inondée» et abandonnées tour à tour par le flux, ne pouvaient être assiégés ni par terre, ni par mer. Les Vénètes communiquaient sans cesse avec l'autre Bretagne, et en tiraient des secours. Pour les réduire , il fallait être maître de

* Caes. f 1. III , c. 23. Duces ii ddi^ntur qui unà cum Q. Sertorio oinnes ânnos fuerant, summ^nque sçieiitiam rd militaris habere existi-

mahantur.

la mer. Hieii ne rebuuùt César. Il ^t des vaisseaux , il fit des matelote y leur apprit à fixer les navires bretons en les accrochant avec des mains de fer et fauchant leurs cordages. Il traita durement ce peuple dur ; mais la petite Bretagne ne pouvait être vfiincue que dgns la grande. César résolut d'jr passer.

Le monde barbare de l'Occident qu'il avait entrepris de dompter^ était triple. La Gaule entre la Bretagne et la Germanie^ était en rapport avec Tune et l'autre. Les Cimbri se trouvaient dans les trois pays ; les Helvii et les Boii dsois la Germanie et dans la Gaule; lesParisii etlesAtrebatesgauIoisexistalent aussi en Bretagne. Dans les discordes de la Gaule ^ les Bretons semblent avoir été pour te parti druidique^ comme les Germains pour cçlui des chefs dedans. César frappa les deuiç partis et au-dedana et au-^ddiors^ il passa l'Océan y il passa ie Rhin.

Deux grandes tribus germaniques, les Usipiens, et; les Tenctères, fatigués au nord par les incursions des Suèves £omme les flelvètes l'avaient été au midi, venaient de passer aussi dans la Gaule (55). -César les arrêta , et sous prétexte que pendant les pourparlers^ il avait été attaqué par leur jeunesse, il londit sur eux à l'improviste, et les mas^aci;a tous. Pour inspirer plus de terreur aux Germains, il alla

cherdier c^ terribles Suères^ près desquels aucune nation n'osait habiter; en dix jours il jeta un pont sur le Rhiu^ non loin de Cologne , malgré la largeur et l'impétuosité de ce fleuve immense. Après avoir fouillé en vain les forêts des Suèves^ il repassa le Rhin^ traversa toute la Gaule ^ -et la même année ^'embarqua pour la Bretagne*- Lorsqu'on apprit à llome ces marches prodigieuses^ plus étonnantes encore que des victoires , tant d'audace et une si effrayante rapidité ^ un cri d'admîmtion s'éleva: On décréta vingt jours de supplications aux dieux. Au pria: des exploits 4e César y disait Cicéron^ qufa fait Marins^?

Lorsque César voulut passer dans la grande Bre^ tagne/ il neputobtenirdesGaulois aiûoun renseigna inent sur Fîle sacrée. L'édue Dumnorix déclara qUê la religion lui défendait dé suitre Césat ^; il essa^ des'enfoir^ maiç le Romain^ qui connaissait son génie remuant , le fitpOttts^dvre avec ordre de Je ramener mort ou vif; il fut tué en se défeiKlant.

La malveillance des Gaulois faillit être funeste à César <kns cette expédition. D'abord ils lui laissèrent ignorer les difficultés du d^Darquement. Les hauts navires qu'on emjpiloyait sur l'Océan tiraient b^u<-i

* Çicer. , De provinc. con&ulnnbus : ^le ^)se C. Marius... non i^sc 4(]^ ^prum urbes sedesque penetravit.

^ Caps. , 1. V, c. 6. Qttôd rdiçionibiis sese diceret iiii]ieclin<

coup d'eau et ne pouvaient approcher du rivage. Il fallait que le soldat se précipitât dans cette mer profonde, et qu'il se formât en bataille au milieu des flots. Les Barbares dont la grève était couverte avaient trop d'avantage. Mais les machines de siège vinrent au secours , et nettoyèrent le rivage par une grêle de pierres et de traits. Cependant Féquinoxe approchait; c'était la pleine. lune , le moment des grandes marées. En une nuit la flotte romaine fut brisée, ou uàs^ hors de service « Les Barbares, qui dans le premier étônnement avaient donné des otages à CésarV e$sa)rèji^ent de surprendre son camp. Vigoureusement repoussés, ils offrirent encore de se soumettre. César leur ordonna de livrer des otages deux fois plus nombreux ; m^is ses vaisseaux étfi(ient réparés;^ il partit la même nuit sans attendre leur réponse* Quelques jours de plus, la saison ne lui eût guère permis je retour.

L'année suivante, nous levypyons presque en même temps en Illyrie, à Trêves et ^n Bretagne. II n'y a que les esprits de nos vieilles légendes qui aient jamais voyagé ainsi. Cette fois , il était conduit en Bretagne par un chef fugitif du ps^y s qui avait imploré son secours. Il ne se retira pas sans avoir mis en fuite les Bretons , assiégé le roi Caswallawn dans l'enceinte marécageuse où il avait rassemblé ses hommes et ses bestiaux. Il écrivit à Rome qu'il avait imposé un tribut à la Bretagne , et y envoya

en grande quantité les perles de peu de valeur qu'on recueillait sur les cotes ^.

Depuis cette invaision dans Tîle sacrée, César n'eut plus d'amis chez les Gaulois. La nécessité d'acheter Rome aux dépens des Gaules, de gorger tant d'amis qui lui avaient fait continuer le com-^ mandement pour cinq années, avait poussé leçon* quérant aux mesures les plus violentes. jSelon un historien, il dépouillait les lieux sacrés, mettait des villes au pillage sans qu'elles l'eussent mérité *. Car» tout il établissait des chefs dévoués aux Romains, et renversait le gouvernement populaire. La Gaule payait cher l'union , le calme et la culture dont la domination romaine devait lui faire connaître Ie$ bienEaits.

La disette obligeant César de disperser ses troupes, l'insurrection éclate partout. Les Eburons massacrent une légion, en assiègent une autre. César, pour délivrer celle-ci, passe avec huit mille hommes à travers soixante mille Gaulois. L'année suivante, il assemble à Lutèce les états de la Gaule. Mais les Nerviens et les Tréviriens, les Sénonais et les Carnutes n'y paraissent pas. César les attaque séparément et les accable tous. Il passe ime seconde

* Sueton. , in C. J. Cœsare , c. 47 : BriUnniam petiisse spe mar^ari- ^rum....

Saepiùs ob prsedam quam ob delictum. Ibid.^ c. 54.

fois le Rhin > pour intimidet les Cermains qtii vou-^ draient venir au secours. Buis, il frappe à la fois ks deux partis qui divisaient la Gaule ; il effraie les Sénonais^ parti druidique «t populaire (?), parla mort d'Acço, leur chef, qull fait solennellwnent pxgeT et mettre à mort; il accable lesÉburons^ parti barbare et ami des Cermsdtis , en chassant leur intrépide Andxiorix dans toute la forêt d'Ârdenne, et ieslivranttDUsauxtribus gauloises quiconnaissaient mieux leurs retraites dans les bois et les marais, et qui vinrent avec une lâche avidité , pmndre part à cette curée, lies légions fermaient de toute part ce maihetireux pays, :et empè<diaient que personne put «happer.

Ces barbaries réconcilièrent toute la Gaule<x»!btre Gésar (Sa). lies Druides ^et les cbe£s des ckuis se trouvèrent d'accord pour la première fois. Les Edues même étaient, au moms secrètement, contre leur ancien ami. Xie signal partit de là terre druidique ^s Canxutes et de Genabum même. Répété par d^ cris à travers les champs et les villag^'^ , 9 parvint le soir même à cent cinquante milles, tfcez les Ar3»emes, autarefois ennemis du parti druidique et populaire, aujourd'hui se» alliés. lie vercSngétorix (général en chef) de la confédération, fut un

Caes. , 1. VII, c, 3. Nàm, ubi major... inciditres , damore per agros regionesque significant j'hanc alii deinccps excipiunt et proximis traflunt.

jevHle Arveroe, intrépide et ardent. ÎSon phrè^ l'homme le plus puissant des Gauleâ dans son temps , avait été brûlé, comme coupable d'a^îr^r à la royauté. Héritier de sa vaste dientelle^ le jeune homme repoussa toujours les avances de César, e% ne cessa, dans les assemblées, dans les fêtes reli-^ gieuses, d'animer ses compatriotes contre les Ro^

mains. Il aippela aux armes jusqu'aux serfs des campagnes, et déclara que les lâches seraient brûlés vifs ; les fautes moins graves devaient être punies^ de la perte des oreilles ou d'un œil ^ .

Le plan du gétiéral gaulois ^ait d'attaquer ^ la fois la Province au midi , au nord les quartiers des légions. César, qui était en Italie, devinatout, prévint tout. Il passades Alpes ^ assura la Province, franchit les Cévennes à travers six pieds de neige , et apparut tout à coup chez les Arv^iîes. Le chef gaulois, déjà parti pour ie nord, fut contraint de revenir ; ses compatriotes voulaient défendre leurs familles. C'était tout ce qu^ voulait César; il quitte «on armée , sous prétexte de faire des lievèes che2: lesAlIobroges, remonte le Rhône, laSaône, sans se faire connaître, par les frontières des Edues, îre^ joint et rallie ses légions. Pendant quele verdngétorix croit'Fattireren asfiiiégeaiM la viUe éduenne

* Gses. , 1. vn, c. 4. Igni... necatj leviorede causa, aorilMis desec^^ lis, defossis ecidifl, donram remitlit.

de Gergovie ( Moulins ) , César massacre tout dans Genabum. Les Gaulois accourent^ et c'est pour assister à la prise de Noviodunum.

Alors le vercîngétorix déclare aux siens qu'il n'y a point de salut s'ils ne parviennent à affamer l'ar^ mée romaine ; le seul moyen pour cela est de brûler eux-mêmes leurs villes. Ils accomplissent héroïquement cette cruelle résolution. Vingt cités des Bituriges furent brûlées par leurs habitans. Mais quand ils en vinrent à la grande Agendicum ( Bourges ) y les habitans embrassèrent les genoux du vercingétorix, et lé supplièrent de ne pas ruiner la plus belle ville des Gaules ^ Ces ménage^ mens firent leur malheur. La ville périt de même, mais par César, qui la prit avec de prodigieux efforts-

Cependant les Edues s'étaient déclarés contre César, qui, se trouvant sans cavalerie par leur défection , fut obligé de faire venir des Germains pour les remplacer , Labiénus, lieutenant de César, eût été accablé dans le nord , s'il ne s'était dégagé par une victoire. (entre Lutèce et Melun). César lui-même échoua au siège de Gergovie des Arvernes. Ses affaires allaient si mal, qu'il voulait gagner la province romaine. L'armée des Gaulois

Caes. , 1. VU , c. 45. Pulcherrimam propè totius Galliœ urbem, qnae et praesidio et ornamento sit cWitati.

h poursuivit et Fat teignit. Us avaient juré èé ne point revoir leur maison, leur famille^ leurs femmes et leurs enfans, qu'ils n'eussent^ au moins deux fois.^ traversé les lignes eiinéfaies ^ . Le combat fut terrible; César fut obligé. de payer de sa personne, il fut presque pris, et son éjpée reij^ta entre les mains d^s ennemis. Cependant un mouvement de la cavalerie gërmaiée au service de Cé^ sa^ jeta une terreur panique dans les rangs des Gaulois, et dédda la victoire.. .

Ces esprits mobiles tombèraiit alors dans un tel décourageipent^ quô leur chef ne put les rassurer qu'en se retranchant sous les murs d'Alésia, ville forte située au Ipiaut d'une montagne (danfs t'Aus^s). Bientôt atteint par César, il renvoya se» cavaliers, les cjl:\argea de répandre par toute la Gaule (}u'il avait des vivrez pour trente jours seuIiEimcmt,. et d'àmènér à son secours tous ceux qui pouvaient porter les ar^ mes. En effet. César n'héisi ta point d'assiéger cette grande armée. Il entoura la.TîUé et le camp gafiklbis d'ooy rages prckligieux. D'abord tï^s fossés ^ chacun de quinaje ou vingt pieds de largeet d'autant de.pro^ Sondeur, un rempart de douze pieds, huit rangs de petits fossés, dont le fond était hérissé de pieux et couvert de branchages et de feuilles, des palis-

* Caes. , t Vllf c.{ 66. Ne ad^ liberos r ne ad parentes , ne ad uiores jaditum habeat t qui non bis per hostiom ag:mea perequitÂrit.

àÛ6

sades de cinq rang^ d'arbres^ entrelaçant leurs branches. Ces ouvrages étaient répétés du coté de la campagne^ et prolongés dans un circuit de quinze milles», Tout cela fut terminé en moins de cin^ semaines^ et par moins de soixante mille hommes ^

La Gaule entière vint fe'y briser. Les efforts désespérés des assiégés réduits à une horrible famine ^ ceux de deux cent cinquante mille Gaulois^ qui attaquaient les Romains du côté de la campagne^ échouèrent également. Les assiégés virent avec désespoir leurs alliés^ tournés par la cavalerie de César 9 S^enfuir et se disperser. Le vercingétorix , conservant seul une àme ferme au milieu du désespoir des siens y se désigna et se livra comme l'auteur de toute la guerre ^« U monta sur son cheval de bataille^ revêtit sa plus riche armurie^ et 'après avoir tourné en cercle autour du tribunal de César^ il jeta son épée , son javelot et son casque aux pieds du Romain^ sans.dire un seul mot.

L'année suivante, tous les peuples de la Gaule essayèrent encore ; de résister partiellement , et d'user les forces de l'ennemi qu'ils n'avaient pu

. ' Am. Thierry, II, 481.

' Plut. inCœs. — Dio. , 1. XL. Ap. scp. r. fr. 4 , 513. — ... Èividè^

vaincre. La seule Uxellodunum (Cap-de-Nac , dans le Quercy?) arrêta long-temps César. L'exemple «tait dangereux; il n'avait pas de temps à perdre en Gaule ; la guerre civile pouvait commencer à chaque instant en Italie; il était perdu s'il fallait consumer des mois en tiers devant chaque bicoque. Il fit alors ^ .pour effrayer les. Gaulois, une chose atroce, dont les Romains du reste , n'avaient que trop souvent donné l'exemple ; il fit couper le poing à tous les

prisonniers.

Dès ce moment (5o), il changea de conduite à • l'égard des Gaulois : il fit montre envers eux d'une extrême douceur ; il les ménagea pour les tributs au point d'exciter la jalousie de la Province. Ce tribut fut même déguisé sous le nom honorable de solde militaire K II engagea à tout prix leurs meilleurs guerriers dans ses légions ; il en composa une légion toute entière, dont les soldats portaient une alouette sur leur casque, et qu'on appelait poujr cette raison Valauda^. Sous cet emblème tout national de la vigilance matinale et de la vive gaité , ces intrépides soldats passèrent les Alpes en chan- , tant, et jusqu'à Pharsale, poursuivirent de leurs

* Sueton. , in C. J, Cœs,, c. 25. In singalos annos stipendii nomen imposait.

• Id. ibid. , c. 24. Unam ex transalpinis conscriptam ( legionem ) vocabulo quoque Gallica ( alauda enim appenabatnr ) . . . posteà iinirersam civitatc donavit.

l^ruyans défis les taciturnes légions de Pompée. L'alouette gauloise , conduite par l'aigle romaine^ prit Rome pour la seconde fois^ et s'associa aux triomphes de la guerre civile. La Gaule garda , pour consolation de sa liberté , l'épée que César avait perdue dans la dernière guerre. Les*soIdats romains roulaient l'arracher du temple où les Gau^ lois l'avai^it suspendue : Laissez-la^ dit César en ^ouriant^ elle est sacrée ^

Quels événemens avaient eu }ieu dans Rome pendant la longue absence dé César ? Nous trouverons dans ce récit et l'explication des causes de la guerre civile ^ et la justification du vainqueur.

Dix années d'anarchie, de misérables agitations saxès résultat. On sent que le pouvoir est vacant, et que la république attend de la Gaule uii maître, un pacificateur. Quelques milliers d'affranchis sur la place, gagnant leur vie à représenter le pétale romain, chassés alternativement par deux ou trois cents gladiateurs de Milon ou de Clodius. Cicéron, , louant Pompée, louant César, tout en écrivant contré eux, et répétant à satiété une hymne uniforme à la gloire de son consulat, et Catilina^ et

Platarch, inCss. St^i^cov ^•.. o âtatrk^ytùç tt^fi^ç ^çtpù'9 i/tcc- Zwtti I xftl TÛv fthùTà xaOsXcrv xs^cvôvImv , ot>x Aeenv , ctpov «yov-

les feux et les poignards (Vous savez ^ écrit -il à Atticus^ le secret de toute cette enluminure^). Pompée y nouveau marié à cinquante ans ^ atten* dant paresseusement dans ses jardins que Rome le prenne pour maître par lassitude^ et croyant acheter le peupde ^vec un théâtre et cinq cents lions ^. Au milieu de tout cela^ pour Tamusement de Rome^ le stoïcisme cynique deCaton^ d'Ateïus^ de Favonius, génies durs et étroits, qui ne savent ni agir, jai laisser agir; Caton , cédant sa femme au riche Hortensius en vertu des lois de Lycurgue (il la donna jeune, et la reprit riche^); Caton qui propose au sénat de livrer aux Germains le vain-» queur des Gaules ^ ; tandis que le forouche Ateïus allume un brasier sur le passage de Crassus, lui prédit sa défaite en Syrie, le maudit, se maudit lui-même, et commence avec ses imprécations ho-^ micides la défeûte des légions qu'achèveront les flèches des Parthes.

. Avant que César partît pour la Gaule, un Vettius

* Totum hune locum quem ego Tftriè meis orationibus soleo pingere , de flaminâ , de ferro ( nosti ilks XuxvGovç) Ce dernier mot veut dire , pot à couleur , boite à mettre le hrà.

' DiOyXXXIX, 38.

* Plut, t in Caton. Cette épigramme était de César, daM son Anti-Catoa. ^ Plat. , in Cœs,

assurait que Cicéron et Lucullus Tav aient sollicité <lè tuer César et Pompée ^ Vettius ne put rien prouver, et fut lui-même tué en prison. Ce qui était plus certain, c'est que Cicéron s'enhardissait à parler contre les deux grandes puissances de Rome. En défendant son collègue Antonius, accusé de concussion , il avait déploré l'état où ils avaient réduit la république. Ses paroles furent rapportées ad quosdamviros fortes ^j et à l'instant Pompée et César résolurent de lancer contre lui un'hommeàeux, plein d'ardeur et d'éloquence, le jeune Clodius. Us voulaient l'élever au tribunat ; mais iKétait patricien : ils le firent le même jour adopter par un plébéien. Clodius avait un trop juste sujet d'accusation. Cicéron dans son consulat avait, sur une vague au-

torisation du sénat, violé la loi Sempronia^ et mis à mort des citoyens romains. Toutefois beaucoup de gens étaient intéressés à soutenir l'accusé. Mais il eût fallu livrer une bataille dans Rome; il aima mieux s'exiler (58). Ce succç^ donna tant d'insolence à Clodius qu'il cessa de ménager ses maîtres. César et Pompée. Il fit plus d'une fois insulter Pompée par le peuple ' , et tenta, dit-on, de le tuer.

' Suétone prétend qu'on accusa Césiur d'avoir empoisonné ce Vettius, c. 20.

Cic. , pro domo sua , c. j 6.

' Dio , XXXIX , 29. Plut. , in Pompeio. — Peul-êtire n\ême voulut-il le faire assassiner. Cic. De arusp, resp, , c. 23.

Celui-ci regretta Cicéron^ et pour le faire rappeler, il suscita Milon, homme de main^ comme Clodius, et propre à lui livrer bataille avec ses gladiateurs. Cicéron de retour fiit dès-lors le docile agent de Pompée. Tous deux encouragèrent Miton contre Clodiiis y et Cicéron alla jusqu'à dire que eetui-ci était une victime réservée à Vépée d^Milon ^.

Ce langage fut entendu. Les deux ennemis i^étant rencontrés sur la voie Appienne, Clodius fut blessé ; Milonle fit poursuivre et achever. Pompée, débarrassé de Clodius, n'avait plus besoin de Mi- Ion, et commença^à le craindre. II se fit nommer par le sénat seul consul pour rétablir Tordre, désigna ceux entre lesquels on devait tirer au isort les juges de Milon , et entoura la place de soldats. Cicéron, qui s'était chargé de défendre Faccusé, eut peur , et ne dit pas grand'çhpse ^. Milon s'exila à Marseille (5a). s

J'ai vouhi réunir ces faits, moins importans qu'on ne Ta dit. Je li^emonte quatre ans plus haut.

La cinqinème année du commandement de César

* Cic.^ De arusp. responsis , c. 3 ; Accedit etiam qaèd , çq)çcUtv>9^ omnium , fortissimo et darissimo tîto , T. Amiio , derota et coQstitQt^ ista hostia esse Tidetur.

' Il le dit lui-même, pro Milone , c. 4 . ^

en Gaule y Pompée et Grassns ^ ef&ayés de ses sùc^ ces , craignirem de rester désarmés en présence d'un pareil homme , et se firent donner pour cinq ans Tun l'Espagne^ l'autre la Syrie. Mais ils ne purent empêcher César d'obtenir la Gaule pour le même temps (56).

Crassus étai#jaloux*des prodigieuses richesses que Gabinius venait de rapporter de TOrient. Cet homme avide avait pillé la Judée , pillé l'Egypte y rétabli dans ce royaume à prix d'argent l'indigne Ptolémée Aulète, et il aurait bien voulu encore aller chez les Parthes mettre au pillage Ctésiphon et Séleucie. Les chevaliers romains y mécontens de Gabinius qui, dans l'Orient, les empêchait de voler pour voler lui même, le firent accuser par Cicéron, qui ne rougit pas de le défendre ensuite à la prière de Pompée ^ . Crassus eut la Syrie , c'est-à-dire la guerre des Parthes, objet de son ambition (55-4)-

Cette cavalerie scythique qui se recrutait par des achats d'esclaves , comme les Mameluks modernes^ campait sur l'ancien empire des Séleucides, dans la haute Asie. Hommes et chevaux étaient bardés de fer; leurs armes étaient des flèches terribles, meurtrières, et dans l'attaque, et dans la fuite, lorsque le cavalier barbare, courant à toute bride,^ les décochait par-dessus l'épaule. L'empire des

Parthes était fermé aux étrangers, comme aujourd'hui celui de la Chine ^ .

Malgré Fopposition du tribun Ateïus , malgré les avis des rois de Galatie et d'Xrménie, le vieux Crassus se laisse conduire par un traître dans la plaine aride de Charres. Là, les lourdes légions se voient environnées d'une cavalerie qu'elles ne peuvent ni éviter , ni poursuivre. Les Barbares les criblent à plaisir* de leurs longues flèches , clouent l'homme à la cuirasse, et la main au bouclier. Le suréna (ou général), fardé, parfumé comme une femme, invite gracieusement Crassus aune entrevue, et lui fait couper la tête. Sans le lieutenant Cassius, les Parthes vainqueurs envahissaient la Syrie (54).

Crassus étant mort, il restait deux hommes dans l'empire^ Pompée et César. Pompée avait obtenu ce qu'il recherchait depuis long- temps avec une hypocrite modération. Le désordre était venu au point que le sénat avait fini par le charger de réformer la république. Il commença par faire passer une loi qui défendait à ceux qui avaient exercé quelque charge à Rome, de gouverner une province avant cinq ans , et lui-même se fit donner l'Espagne. Puis, s'armant d'une sévérité stoïque, il fit poursuivre ceux qui avaient malversé . dans le»

* Plut. , in Cmsso,

charges depuis \ ingt années^ période qui embras-* sait le consulat de César. Milon^ Gabinius, Memmius^Sextus^ Sçaurus^ Hypacus, furent successivement condamnés. Pompée frappait ainsi sesennemis^ et faisait tremblep toujs les autres. Mais quand on en vint à son beau-père Scipion , l'inflexible réformaiçur prit une robe de deuil^ intimida les juges , et prit l'accusé pour collègue dans le consulat ^ Pompée régnait à Rome, il voulait régner dans l'empire. Pour cela il fallait désarmer César. Il exigea d'abord qu'il lui renvoyât deux légions, sous prétexte de faire la guerre aux Parthes. César demandait qu'il lui fût permis, quoiqu'absent , de se mettre sur les rangs pour le cdn^ujat. La loi y était contraire. Pompée s'empressa de déclarer qu'on dérogerait à la loi en faveur de César, et en même temps il suscitait le consul Marcellus pour s'y opposer ^. Pompée venant d'obtenir l'Espagne et l'Afrique, César était perdu s'il ne conservait les

* ApiMan., B, Cio. , Val. Max. , VI, 2. « Cu. Pison accusant Manilius , anù (le Pompée , Pompée lui dit : Que ne m^accuscz-vouë ? Donnez caution à la république , répliqua Pisop , que vous êtes accusé , vous n^exciteiez pas «ne guerre civile , et je tous accuse avant Manilius. — Le consulXentulus MarccHinus parlant contre Pompée , on applaudissait : Applaudissez, dit-il, pendant que vpus k pouvez encore. — Pompée ayant un jour la jambe serrée d'une bandelitte : Qu'iropoirte , dit Favoniiu , sur qMeUe pactie on porte 1^ diadème ? — L'acteur Diphile déclamant ce vers : Il est grand par nos malticurs, désigna Pompée du geste, et le peuple redemanda le vers plusieurs fois.»

' Dio, XL, 56.

Gaules. Caton annonçait hautement qu'il raccusc-» rait dès qu'il rentrerait dans Rome^ Cependant César offrait de poser les armes si Pompée les quittait aussi. La loi était pour Pompée^ l'équité pour César. Il était soutenu par les tribuns, Curion et Antoine, qu'il avait achetés. Telle était la violence des Pompéiens, de Marcellus, de Lentulus et de Scipion , qu'ils chassèrent les tribuns du sé-^ nat. Ces magistrats se sauvèrent de Rome en habits d'esclaves, se réfugièrent au camp de César, et par là donnèrent à ses démarches la seule chose qui leur manquât, la légalité ^.

Il eut la loi pour lui , et il avait déjà la force. L'armée de César était composée en grande partie de Barbares , infanterie pesante de la Belgique, infanterie légère de l'Arvernie et de l'Aquitaine , archers rutènes, cavaliers germains , gaulois et espagnols; la garde personnelle du général, sa cohorte prétorienne , était espagnole '. Ce qu'on rapporte de l'ardeur de ses soldats , cette çqif de

Suet. y Jul. Cœs, , c. SO. Cùm M. Cato identiden^ , nec sine jurc^ jurando denuntiaret delatiirutn se nomen ejus, simol ac primùm exercitum dimisisset; cùmque tuI^ pnedicarent , ut, si privatns redisset, Milonis exemplp , circumpositis armatis causan\ apud judices diceret. V, César, Dion, Suétone, etc.

• Caesar, B. Gv. , 1. < , c. ^ , <7;m, 6, \\ , <2. — Dion ,XLI, 55 : à Pharsale, César avait ce qu'il y avait plus de vaillant en Italie, en Espagne, et dans toute la Gaule, ,,„mç ti l^npioLç x«c rn^raXaltaff

péril ^ ce dévoiunent à la vie et à la mort, cette valeur furieuse , tout cela caractérise assez les Barbares. Devant Marseille^ un seul homme se rend maître de tout un vaisseau; un autre à Djiv rachium reçoit trois blessures , et cent trente coups sur son bouclier. En Afrique , Scipion fait massacrer l'équipage d'un vaisseau et veut épargner un Grar nius. Les soldats de César, dit celui-ci, sont habitués h donner la vie , non h la recevoir; il se coupa la gorge. Avant la bataille de Pharsale, un vieux centurion s'écria : César , tu me loueras aujourd'hui mort ou vivant, et il s'élance dans les rangs des Pompéiens ; cent vingt soldats se dévouèrent avec lui. Il faut ajouter que parmi ces hommes terribles, il y en avait que César avait sauvés de l'amphithéâtre. Quand les spectateurs voulaient la mort d'un l^rave gladiateur, César le faisait enlever de l'arène ^ Comment s'étonner que ces gens-là se fissent tuer pour lui ?

Du côté de Pompée , ce n'était que faiblesse et imprévoyance ; de beaux noms et des titres vides ; le sénat et le peuple, comme s'il j eût eu encore im peuple; Rome, Caton, Cicéron , les consuls. On lui demandait quelles étaient ses ressources militaires : Ne VOUS' inquiéter, pa^ y disait-il, il me suffit defrap'

* Pour tous ces faits , V. Suét. , Jui. Cœs., 68. — Plut. , in Cas,, — Caes., /Jf.f/V. , 111, 14, 15, 17.

per du pied ta terre pour en faire sortir des légions. — Frappez donc , lui dit Favonius , lorsqu'on apprit i]ue César avait passé la nuit le Rubicon ^ li'ftiite de sa province^ et s'était emparé d'Ariminum ^ . On connaissait, si bien la célérité de ses mardies, qu'on le crut aux portes de Rome. Pompée s'enfuit avec tout le sénat. Lentulus s'enfuit , et si vite, qu'ayant ouvert le trésor public, il ne prit pas le temps de le refermer *. Cependant César s'emparait de Corfiniuœ, saiïs doute pour empêcher Pompée de faire des levées cfa«z les Marses qui lui étaient favorables ^. Il passa de là à Brindes; mais Pompée ne s'arrêta que de l'autre côté de l'Adriatique.

César n'avait pas de vaisseaux, et, d'ailleurs, il estimait à leur juste valeur les ressources militaires ijue Pompée pouvait trouver dans l'Orient. La force réelle des Pompéiens était en Espagne : César se bâta d'y passer. Allons , dit-il , combattre une armée sans général , nous combattrons ensuite un général sans armée ^ . C'était d'un mot résumer toute la guerre.

* F', Suétone sur h prétendue hésitation de César. CsfSm ) JB, C/V. , Kb* i , c. 4. .

' Gomnie on le voit à Goriinium et en Afrique, Des. , B. cw. , lib. I ,

€.r 5 , lib. II, c. 5.

* Suet. f J*C., S4. Validissimas Pompeii copias qus in Hispaniâ erant »

invasit » professas antè inter suos , ire se ad exercitum sioe duce et indè Tererturum ad ducem sine exercitu.

Si 8

Cette gueire d'Espagne fut rude. César soufîfrit beaucoup de Tâpreté des lieux , de l'hiver y et surtout de la famine. Il se trouva quelque temps comme enfermé entre deux rivières : mais il nous apprend lui^-même ce qui lui donna l'avantage. Les légions d'Espagne avaient désappris la tactique romaine^ et n'avaient pas encore celle des Espagnols ^ Elles , fuyaient comme lès Barbares, mais se rallaient difficilement. L'humanité de César, comparée à la cruauté de Pétreius , un de leurs généraux , acheva de gagner les Pompéiens. Us traitèrent malgré Pétreius.

Au retour, César réduisit Marseille, qui s'obstinait dans le parti de Pompée. Ces Grecs, qui avaient toujours eu le monopole du commerce de la Gaule, étaient jaloux sans doute de la faveur avec laquelle César traitait les Barbares gaulois ^. Il ne resta qu'un moment à Rome, pour soulager les débiteurs et réhabiliter les enfans des proscrits. Dictateur pendant dou» jours, il se fit donner, le consulat pour l'année suivante, et passa en Grèôe (48). Ce fut là certainement la plus forte épreuve pour la fortune de César. Les Pompéiens étaient maîtres de la mer : ils pouvaient surprendre sa petite flotte , et sans peine ni dangei* couler bas ses invincibles

' Caes. , KCh., I, c. 10.

' Cependant il avait accordé des privilèges commerciaux aux Marseillais. Caes., r. G., I, 35.

légions. César divisa le péril ; il passa d'abord scvet la moitié de ses troupes , puis le reste ti*ouva le raoyen de le rejoindre ^ L'injcàpàble Bibulus , qui s'était laissé tromper ainsi -deux fois , rencontra les vaisseaux de César ^ mais après le débarquement; il les bmla de fureur avec les matelots qui les njontaient. Quelques jeunes recrues, malades de la mer, qui se livrèrent aussi aux Pompéiens j^ furent de oiême égorgés sans pitié.

Il est curieux de voir dans César lés prodigieuses .ressources, dont Pompée disposait, ce Pompée^ ayant eu un an de loisir pour rassembler des troupes ) avait tiré de l'Asie, des Cyclades, de Corcyré, d'Athènes, du Pont, de la Bithynie, de la Syrie , de la Phénicie y de la Cilicie et de l'Egypte, une flotte nombreuse. Il avait fait construire beaucoup de vaisseaux dans tous les ports ; il avait exigé de fortes contributions de l'Asie, de la Syrie, de tous les rois, princes ou tétrarques, et des peuples libres de l'Achaïe j il s'était fait compter de grandes sommes par les compagnies (des publicains) dans les provinces dont il était maître.

i< U avait réuni neuf légions dé citoyens romains.

* César , ne Toyant pas arriver le reste de ses 'troupes , partit dans une barque pour les aller chercher. C^est là quUl aurait dit au pilote efirayé : Çuid tintes ? Cœsarem çehis. Le mot est beau , mais Fanecdote improl>able.

dont cinq amenées d'Italie ; une de Tétérans ^ venue de Sicile et nommée la Jumelle j comme étant formée de deux; luie de Macédoine et de Crète, composée de vétérans qui sy étaient fixés après avoir obtenu leur congé; deux enfin levées en Asie par Lentulus. De plus, il avait distribué dans ses légions beaucoup de recrues de Thessalie, deBéotie, d'Achaïe al d'Épire ; il y avait mêlé d^anciens soldats de C. Antonius. Il attendait encore de Syrie Scipion avec deiix légions. Il avait en outre trois mille archers de Crète, de Lacédémone, du Pont,, de Syrie , et d'^Ileurs , deux cohortes de six cents frondeurs chacune , et sept mille hommes de cavalerie, dont six cents Gaulois amenés par Déjotarus, cinq cents Cappaidociens venus avec Ariobarzanes , cinq cents Thraces envoyés par Colys avec son fils Sadales; deux cents Macédoniens, d'une valeur distinguée aux ordres de Rhascipolis; cinq cents Gaulois ou Germains , que le jeune Pompée avait amenés par mer d'Alexandrie , où Gabinius les avait jiaissés pour gardes au roi Ptolémée ; un corps de huit cents cavaliers , formé de ses esclaves ou de ses bergers. Tarcuhdarius Castor et Donilaiîs avaient foiu*ni trois cents Galates; l'un commandait sa troupe, l'autre avait envoyé son fils. Antiochus de Comagène, que ÎPompée avait comblé de bienfaits, lui avait fait passer de Syrie deux cents cavaliers , la plupart archers. Pompée avait joint à tout cela

des Dardaniens^ des Besses^ partie mercenaires^ partie requis ou volontaires^ des Macédoniens^ des Thessaliens et des troupes de divers autre^ pays ; le toyj; s'élevant au nombre qu'on a dit.

« II avait tiré beaucoup de blé de Thessalie , d'Asie, d'Egypte, de Crète, de la Cyrénaïque et autres pays , se proposant d'hiverner à Dyrrachium, à ApoIIonia, et dans les divers ports,' pour empêcher César de passer la mer. En conséquence, il avait distribué sa flotte sur toute la côte. Les vaisseaux d'Egypte étaient commandés par son filsj ceux d'Asie par D. Lœlius et C. Triarius; ceux de Syrie par C. Cassius ; ceux de Rhodes par C. Marcellus et C. Coponius; ceux de Liburnie et d'Ach^ue par Scribonius Libo et M. Octavius. Cependant M. Bibulus avait le commandement général. »

César, ayant réussi à passer malgré Bibulus , entreprit d'assiéger Pompée , près de Dyrrachium , d'assiéger une armée plus nombreuse que la sienne, et approvisionnée par la mer. Il fallait qu'il méprisât bien ses ennemis. Il n'avait pas calculé la difficulté qu'il éprouverait pour nourrir les siens dans un pays où tout était contre lui. La chose traînant en longueur, ils furent obligés de faire du pain avec de l'herbe, mais ils n'en étaient pas plus découragés. Ils jetaient de ce pain dans le camp des Pompéiens, pour leur montrer de quelle nour-

riturc savaient vivre les soldats de César. Noas matngerons des écorces d'arbres , disaient^ils^ avant de làciier Pompée ^ La belle jeunesse de Rome^ qui était venue pour finir bien vite la guerre par une glorieuse victoire , avait horreur de ces bétes sauvages.

Cependant les estomacs du nord sont exigeans et voraces ; les Gaulois de César se trouvèrent bientôt réduits à une extrême faiblesse. Les Pompéiens, dans une sortie , les poursuivirent jusqu'à leur camp , et les y auraient forcés, si Pompée n'eût lïianqué à sa fortune. César n'attendit pas une épreuve nouvelle. Il décampa, et partit pour la Thessalie et la Macédoine, où du moins les subsistances ne pouvaient faire faute. Plusieurs conseillaient à Pompée de repasser en Italie, de reprendre l'Espagne , de recouvrer ainsi les provinces lés plus belliqueuses de l'Empire *. Mais comment abandonner tout l'Orient au pillage des Barbares ? comment trahir tant d'alliés? Les chevaliers romains étaient ruinés si César ravageait la Grèce et l'Asie. Et puis. Pompée ne pouvait se décidera laisser en Macédoine Scipion, le père de la jeune et belle Cornélie, sa nouvelle épouse '.

* des. , B, ciç, y lib. m , c. 44»

* C^est la seconde fois qu^on lui donnait le sage conseil de s'assurer de cette proTince. Cic. , epUi.famil, , VI , 6.

' Appian. I B. a'p.

Dans une armée si noblement composée^ où il y avait tant de consulaires/ tant de sénateurs^ tant de chevaliers y le général avait au-dessus de lui je ne sais combien de généraux* Depuis qu^ils croyaient César en fuite ^ ils accusaient sérieusement Pompée de ne pas vouloir vaincre. Domitius demandait combien de temps le nouvel Âgamemnon^ le roi des rois^ comptait £aire durer la guerre. Cicéron et Favonius conseillaient à leurs amis de renoncer pour cette année à manger des figues de Tusculum. Âfranius^ qu'on accusait d'avoir vendu l'Espagne à César, s'étoûûait que Pompée évitât de se mesurer avec ce marchand qui ne savait que trafiquer des provinces.

Mais le plus confiant, le plus insolent de tous , était Labiénus, lieutenant de César dans les Gaules, qui avait passé du côté de Pompée. Il avait juré solennellement de ne poser les armes qu'après avoir vaincu son ancien général. 11 obtint qu'on lui livrât les prisonniers faits à Dyrrachium, les regarda un à un^ en disant : Eh bien! mes vieux compagnons , les vétérans ont donc pris l'habitude de fuir ? et il les fit tous égorger. Dans une entrevue avec les Cé^ariens, il leur dit : Nous vous accorderons la paix , quand vous nous apporterez la tête de César ^ .

* Gaes. , B, ciç, , III , V. F', aussi sur la cruauté des Pompéiens , III , 1, 6, 14, et II, 8.

Les amis de Pompée étaient si sûrs de rainera , qu'ils se disputaient déjà les consulats et les pré^ tures. Quelques-uns envoyaient à Rome retenir près de la place des maisons en vue du peuple ^ et bien situées pour la brigue des emplois ^ . Une seule chose les embarrassait : c'était de savoir qui aurait la charge de grand-pontife, dont César était revêtu ; Spinther et Domitius étaient bien aj^yés j mais Scipion était beau-père de Pompée ; il avait des chances. En attendant, ils avaient, la veille de la bataille, préparé une grande fête. Les tentes >^ étaient jonchées de feuillages et la table mise.

Aussi , à Pharsale, ce ne fut pas César qui attaqua, mais les Pompéiens. H allait tourner vers la Macédoine ; il pouvait leur échapper. Heureusement Pompée était fort en cavalerie ; il avait jusqu'à sept mille chevaliers romains : placée à l'aile gauche , cette troupe superbe se chargeait d'envelopper César par un mouvement rapide et de tailler en pièces la fameuse dixième légion. César, qui s'attendait à cette manoeuvre, avait placé derrière six cohortes qui devaient au moment de la chaîne se porter au premier rang, et au lieu de lancer le pilum , en présenter la pointe à ces brillans cavaliers. César ne dit qu'un mot aux siens : Soldat^

• Cœs. , B,ciç,, m, 46.

frappe au visage ^ C'était là justement que la 'belle jeunesse de Rome craignait le plus d'être blessée. Ils aimèrent mieux être déshonorés que défigurés, et s'enfuirent à toute bride.

Au centre^ César ordonna à ses soldats de courir 7 grands cris sur l'ennemi^. Celui qui donnait un pareil ordre, connaissait merveilleusement le génie des Barbares qu'il conduisait. Pompée n'attendit pas l'issue du combat. Quand il vit sa cavalerie en fuite, il rentra dans son camp , comme frappé de stupeur. 11 ne fut tiré de cet état que par les cris de ceux qui vinrentbientôt attaquer ses retranchemens. Alors il s'enfuit vers la mer, et s'embarqua pour Lesbos, où il avait laissé sa femme. Quelques-uns lui conseillaient de se retirer chez les Parthes. On prétend qu'il craignit pour sa jeune épouse les outrages de ces Barbares qui ne respectaient rien ^. Il aima mieux chercher un asile auprès du jeune roi d'Egypte, Ptolémée Dionysos, dont il avait été nommé le tuteur. Les précepteurs grecs qui régnaient au nom du petit prince , sentirent que leur autorité cessait, si Pompée mettait le pied en Egypte; ils le firent égorger dans la barque qui l'amenait au rivage.

Cependant César avait achevé sa victoire. Dès

* Id. , ibidem. — ' Ibidem.

' Àppian. , B, civ.

qu'elle fut|décidée y il courut tout le champ de bataille^ en criant : Sauvez les citoyens romains. Lorsqu'on lui amena Brutus et les autres sénateurs , il les assura de son amitié. Il parcourut ensuite le champ de bataille , et dit avec douleur en voyant tous ces morts : Us l'ont touIu ! si j'eusse posé les armes y j'étais condamné ^ .

Delà^ il passa en Asie, et déchargea la province du tiers des impôts. Arrivé à Alexandrie, le rhéteur y qui avait conseillé la mort de Pompée, vint mettre sa tête aux pieds du vainqueur. César en eut horreur, et versa quelques larmes. Les conseillers du roi d'Egypte avaient espéré que César leur saurait gré de leur crime, et confirmerait à leur élève le titre de roi que lui disputait sa sœur aînée, Cléopàtre. César manda secrètement à la jeune reine de revenir. Elle partit sur-le-champ , n'emmenant de tous ses amis qu'Apollodore dé Sicile; elle se jeta dans un petit bateau, arriva de nuit devant Alexandrie , et ne sachant comment y pénétrer sans être reconnue , elle se mit dans un

* Saet. , J.C, c. 30. — Selon Dion, César fit mourir les sénateurs et les chevaliers , auxquels il avait pardonné d^abord ; seulement , il aurait aceordé à chacun de ses amis la grâce d^un Pompéien. Dio, XLI , n. 62. Ailleurs , Dion prétend qu^il se défaisait dans les batailles de ceux qu'il haïssait , XLIII , p. 849. Cependant Dion parle du temple élevé à la démence. — Suétone dit qu'U ne fit mourir que le jeune L. César , et deux autres qui avaient £ût égorger ses alTranchis , ses esclaves et ses lions.

paquet de hardes qu'ApoIlodore entra sur ses épaules par la porte même du palais ^ .

Cette espièglerie audacieuse plut à César. Le matin il fit venir le jeune roi pour le réconcilier avec Cléopâtre. Mais dès que Ptolémée aperçut sa sœur, qu'il croyait bien loin, il s'écria qu'il était trahi *. Ses clameurs ameutèrent les gens du palais, et bientôt toute Alexandrie. César se trouvait dans le plus grand danger 3 presque seul au milieu d'une ville immense , d'une populace innombrable , mobile comme la Grèce et barbare comme l'Egypte , qui était habituée à faire et renverser ses maîtres dans ses révolutions capricieuses. Aussi riche, aussi peuplée que Rome, cette capitale de l'Orient n'était pas moins fière. Les Alexandrins avaient déjà trouvé fort mauvais que César entrât avec les licteurs et les faisceaux; cela, disaient-ils, tendait à éclipser la majesté du grand roi d'Egypte ^. La populace était encore animée par les conseillers du roi qui voyaient leur règne fini, et qui auraient bien voulu se débarrasser du vainqueur comme ils avaient fait du vaincu. Le seul moyen d'apaiser le peuple eût été de livrer Cléopâtre. César soutint un siège plutôt que de faire une telle lâcheté. Les

* Dion, XLII,p. 325.

' Id. , ibidem.

' Id. , ibidem. — Caes. , B. ch\^ lib. III.

Alexandrins voulaient s'emparer de sa flotte qui était dans leur port ; il la brûla. L'incendie gagna de l'arsenal au palais^ et consuma la grande bibliothèque des Ptolémées. Enfin, César trouva moyen de gagner File de Pharos, reçut des secours par mer , et , rentrant en vainqueur dans Alexandrie , il partagea le trône d'Egypte entre Cléopâtre et son plus jeune frère, Ptolémée Néoteros. L'autre Ptolémée avait péri.

On a fort reproché à César ce long séjour en Egypte; mais d'abord il nous apprend lui-même qu'il y fut retenu quelque temps par les vents étésiens. Quant à l'imprudence héroïque de venir tout seul donner des lois à un grand royaume, il faut dire que César comptait sur l'ascendant de son nom , et il avait droit d'y compter. Naguère , passant d'Europe en Asie sur un vaisseau, il avait rencontré une grande flotte ennemie que commandait Cassius; il lui ordonna de se rendre, et fut obéi ^ . Qui pouvait croire que ces moucherons du Nil oseraient s'attaquer au vainqueur des Gaules ?

Avant de retourner en Occident (47) et d'y poursuivre les Pompéiens , il fit un tour en Asie et défit Pharnace, fils de Mithridate qui avait battu

Caes. , ibidem.

' Plut. , in Cœs,

quelques troupes romaines et envahi la Cappadoce et la Bithynie. La facilité avec laquelle il termina cette guerre , lui faisait dire : Heureux Pompée, d'être devenu grand à si bon marché! Il écrivit ces trois mots à Rome : Feni^ vidi^ inci. Après avoir détruit Pompée, il détruisait sa gloire. L'Italie avait grand besoin du retour de César. Son lieutenant Antoine, et le tribun Dolabella avaient bouleversé Rome en son absence. Comme les lieutenans d'Alexandre, en Macédoine et à Babylone, pendant l'expédition des Indes, ils semblaient croire que le maître ne reviendrait jamais de si loin. D'autre part, les soldats se soulevaient et tuaient leurs chefs. Sachant qu'on avait besoin d'eux pour combattre les Pompéiens en Afrique , ils croyaient tout obtenir. César les accabla d'une seule parole: Citoyens , leur dit-il, et déjà ils furent atterrés de ne plus être appelés soldats ^ , citoyens, cous avez assez de fatigues et de blessures^ je vous dér lie de vos sermens. Ceux qui ont fini leur temps seront payés jusqu'au dernier sesterce. Ils le supplièrent alors de leur permettre de rester avec lui. Il fut inflexible. Il leur donna des terres, mais éloignées les unes des autres * , leur paya une partie de l'argent qu'il leur avait promis, et s'engagea à acquitter le

' Dio, lib.XLII, p. 336.

' Id, , ibidem.

reste avec les intérêts. Il n'y en eut pas un qui ne s'obstinàt à le suivre.

Les Pompéiens s'étaient réunis en Afrique sous Scipion^ beau-père de Pompée. Les Scipions^ disait-on y devaient toujours vaincre en Afrique. César voulut qu'un Scipion commandât aussi son armée. Il déclara céder le commandement à un Scipio Sallutio^ pauvre homme qui se trouvait dans ses troupes , fort obscur et fort méprisé. L'autre Scipion^ auquel Caton s'était obstiné à céder le commandement par un scrupule absurde^ avait intéressé à sa cause le mauritanien Juba^ en lui promettant toute l'Afrique ^ . Cette alliance lui donna tous les Numides, et avec leur cavalerie les moyens d'affamer l'armée de César. Les affaires de celui-ci allaient fort mal, lorsque Scipion le sauva en lui offrant la bataille. César, par une marche rapide, attaqua séparément les trois camps des Pompéiens, et détruisit cinquante mille hommes sans perdre cinquante des siens.

Caton était resté à Utique , pour contenir cette ville ennemie des Pompéiens, et dont Scipion eût, sans lui, fait égorger tous les habitans. Les commerçans italiens d'Utique ne se soucièrent pas de risquer leurs esclaves qui faisaient leur richesse, en les armant pour défendre la ville. Caton, voyant

' Dio. , lib. XUll y p. 344.

3ai

qu'il n'y ^yàit pas moyen de résister^ fit édhapper les sénateurs qui se trouvaient avec lui; et jHrit la résolution de se donner la mort. Après le bain et le souper ; il conféra longuement avec ses Grecs qui ne le quittaient pas ; puis il se retira ^ lut dans son lit le dialogue de Platon sur l'immortalité de l'âme, et chercha son épée. Ne la trouvant pas sous son chevet, il appela un esclave et la lui demanda. L'esclave ne répondit rien , et Caton continua de lire, en ordonnant qu'on la cherchât. Quand il eut achevé , il appela tous ses esclaves l'un après l'autre j indigné de leur silence, il s'écria : Est-ce que vous voulez me livrer? et il en frappa un au visage si violemment, qu'il se blessa lui-même la main. Alors son fils et ses amis, fondant en larmes, lui envoyèrent son épée par un enfant. Je suis donc mon maître^ dit-il. Il relut deux fois le Phédon, se rendormit, et si bien que de la chambre voisine on l'entendait ronfler. Vers minuit, il envoya à la mer pour s'assurer du départ de ses amis, et soupira profondément en apprenant que la mer était orageuse. Comme les oiseaux commençaient a chanter, dit Plutarque , il se rendormit de nouveau. Mais au bout de quelque temps , il se leva , et s'enfonça son épée dans le corps. Sa main étant enflée du coup qu'il avait donné à l'esclave, la force lui manqua ^ . Les siens accoururent au bruit de sa chute >

* Plut. , in Caione.

et virent avec horreur ses entrailles hors de son corps. II vivait pourtant et les regardait fixement. Son médecin banda la plaie ^ mais dès qu'il revint à lui-même, il arracha l'appareil, et espira sur-lechamp.

La vieille république sembla tuée avec Caton. Le retour de César dans Rome fut la véritable fondation de TEmpire. Nous réunirons ici tous les traits de ce grand tableau, quoique dans une chronologie rigoureuse, plusieurs de ces faits doivent se placer plus tôt ou plus tard.

La victoire de César eut tous les caractères d'une invasion de Barbares dans Rome et dans le sénat. Dès le commencement de la guerre civile, il avait donné le droit de cité à tous les Gaulois , entre les Alpes et le Pô ^ Il mit au nombre des sénateurs une foule de centurions gaulois de son armée ; il y mit des soldats, des affranchis. Les vainqueurs de Pharsale vinrent bégayer le latin à côté de Cicéron. On afficha dans Rome un mot piquant contre les nouveaux Pères conscrits: « Le public est prié de ne point indiquer aux sénateurs le chemin du sénat. » On chantait aussi : « César conduit les Gaulois derrière son char, mais c'est pour les mener au sénat j

* Dio,XLI, n. 36.

ils ont laissé rhabillement celtique pour prendre le laticlave^ »

Rien d'étonnant si ce sénat demi-barbare accumula sur César tous les pouvoirs et tous les titres : pouvoir de juger les Pompéiens ^, droit de paix et de guerre, droit de distribuer les provinces entre les préteurs ( sauf les provinces consulaires ) , tribunat et dictature à vie, c'est-à-dire la domination absolue et la protection du peuple. La multiplicité et l'avilissement des magistratures augmentent encore sa puissance ; désormais seize préteurs , quarante questeurs. Il est proclamé père de la patrie, comme si de tels hommes en avaient une autre que le monde ; libérateur, non pas de Rome, sans doute, mais plutôt du monde barbare, égyptien ou gaulois, ^Ses fils (il n'en avait pas et ne pouvait plus guère en avpir) sont déclarés imperatores. Pour lui, dès Pharsale, on l'avait appelé demi'-dieu; après sa victoire d'Afrique, il devint dieu tout à fait, et son image fut placée dans le temple de Mars. Qu'on le fît dieu, à la bonne heure, personne n'en fut scandalisé ; la chose n'était pas inouie. Mais on fut un peu surpris de le voir nommer préfet et réformateur des moeurs. Ce réformateur^logeait dans sa maison, près de sa femme légi-

Sttétone

* Suétone.

" Dio., XLII, p. 347, n. 20, etc.

time Calpumie^ la jeune Cléopàtre et son époux ^ le petit roi d'Egypte, avec Césarion, Tenfant que peut--etre César avait eu d'elle K

Ce fut un spectacle merveilleux et terrible à la fois que le triomphe de César. Il triompha pour les Gaules^ pour PEgypte, pour le Pont et pour l'Afrique ; on ne parla pas de Pharsale. Derrière le char marchaient en même temps les déplorables représentans de TOrient et l'Occident : le vercingétorix gaulois^ la sœur de Géopàtre^ Arsinoé^ et lè jQls du roi Juba. Autour, selon l'usage, les soldats, hardis compagnons du triomphateur, lui chantaient de tout leur cœur des vers outrageans pour lui.

Fais bien, lu seras iMttu ; fais mal, tu seras roi !

....Maris de Rome, gare à vous ! nous amenons le galant chauTe '.

Sauf un couplet sanglant sur l'amitié de Nicomède ' , César ne haïssait pas ces grossières dérisions de la victoire. Elles rompaient l'ennuyeuse uniformité de l'adulation, et le délassaient de sa divinité.

' Ibid.

■ Dio. , Xim , p. 354. Suet. , 49 , 54 .

TJrlMni, servate luores; mœdiain calyum addacimut... Aarom in Gallià efTatouti ; hk samptiati mutaam.

* César se ficha de cette accusation inflime , et offrit de se justifier par serment. Les soldats rirent beaucoup et Ten dispensèrent. Dio , XLIII , p. S54.

D'abord , U distribua aux citoyens du blé et trois cents sesterces par tête; vingt mille sesterces à chaque soldat. Ensuite il les traita tous , soldats et peuple, sur vingt-trois mille tables de trois lits chacune ; on sait que chaque lit recevait plusieurs convives.

Et quand la multitude fut rassasiée de vin et de viande, on la soûla de spectacles et de combats. Combats de gladiateurs et de captifs, combats à pied et à cheval, combats d'éléphans, combat naval dans le Champ-de-Mars transformé en lac. Cette fête de la guerre fut sanglante comme une guerre. On dédommagea Rome de n'avoir pas vu les massacres de Thapsus et de Pharsale. Une joie frénétique saisit le peuple. Les chevaliers descendirent dans l'arène et combattirent en gladiateurs ; le fils d'un préteur se fit mirmillon. Un sénateur voulait combattre , si César le lui eût permis. Il fallait laisser quelque chose à faire aux temps de Domitien et de Commode.

Par-dessus les massacres de l'amphithéâtre flottait pour la première fois l'immense velarium aux mille couleurs , vaste et ondoyant comme le peuple qu'il défendait du soleil. Ce velarium était de soie ^, • de ce précieux tissu dont une livre se donnait pour une livre pesant d'or.

Id. 9 ibidem.

Le soir .» César traversa Rome entre quarante éléphans qui portaient des lustres étincelans de cristal de roche ^ . U assista aux fétes^ aux farces du théâtre. Il força le vieux Labérius, chevalier romain^ de se faire mime^ et déjouer lui-même ses pièces : « Hélas! s'écriait dans le prologue le pauvre vieillard obligé d'amuser le peuple % où la nécessité m'at-elle poussé , presque à mon dernier jour? après

' Saet.

' Dec. Laberii frag. , in Muer, sat. , I > 7a

Necetntas ( cajas canns transversi impetom VolaeinDt malti éffogere , paaci potnenuit ) Qao me detrniit pêne eztremU senailnu ?

Qaem nnlla ambitio , nnlla Qnqnam lar£[ilio ^ Nttllas timor, Tii nalla , nnlla attlhoritai Movere potait in jAventa de «tattt :

Ecce ia seoecta , ut fadle labefecit looo Viri excellenlis mente clémente édita , Sabmiasa placide blandiloqaenf oratîo.

Etenim ipêi dii denegare cui nihil- potaerant^ fiomînem me dénegare qaii pouet pati?

Ego bia ttidenia annis aclii aine hola , £qaea romanaa ex lare egreMus meo , Domam revertar mima* : nimiram hoc die tJno plna vixi, mihi qaam irivendam Aiit.

Fortana immoderata in bono lo^ne «ttpie in illalo ^ Si tibt erat Ubitnm Uteraram landibns Floria cacamen nostr» famae frangere :

Car qaam vigebam membria prestiridanlibas , Satiafacere popalo et tali qaam poteram vtro , Non flexibilem me concarraati , at carperes ? Nanc me qao dejicis ? qaid ad acenam affero ? Decorem formœ , an dignitatem corporia ?

Ânimi nrtatem , an fods jucundie «onom?

aoixânte ans d'une vie honorable> sorti chevalier de ma maison^ j'y rentrerai mime. Oh! j'ai vécu trop d'un jour !..... » César n'avait voulu que l'avilir j il lui refusa le prix ; Labérius ne fut pas même le premier des mimes ^ .

TJt hedera «erpeDs Tiret arbore necat, Ita me vetottas amplesu aanoram necat.

Sepalchri aimilis « bil niii nomén retineo.

Ik ipsa actione. Ss Mûcrobio. Ibid,

Porro, Quiritei , libertatem perdidimna.

Idem , ibidem.

NeceMe est mnltoa timeat ^aem malti timent.

Idem Ibidem,

JShn potannt prini erae oaiaet omni in tempore. Summum ad gradom qnam daritatia yenerû j Consistea œgre , «t dtias qaam anenda*^ deddet t Oeddi e|^, cadet qui aequitor f lans est publica. PublU SyrUfroffm, , Ad Làbetium i

Qaicnm contendisû scriptor , hono spectator anbleva. Favente tibi me , Ttetas es» Laberi, à Syro.

( Ces derniers mots doirent être de Syrus, et non de .César ^ comme oti l'a cru. )

* Et peut^^tre ce jugement était-il équitable. On connaît le goût exquis de César. Voici deux fragmens de ses poésies. Le second parait un impromptu feit dans un de ses rapides voyages :

( Snetonina , in TÎtft Tertntii : )

Ta qnoqae , ta sammis , 6 dimidiate Menander ^ Poneris ,- et merito, pari lermonia amator ; Lenibas aU£ae talinam irerbis con jaocta foret vi*^ Gomica > nt squato Tirtus poUeret bonore Cnm grtecis , neque in hae deapectas parte jacerea. TJnum hoc naceror ^ et doleo libi deçSM, Tereoli.

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