‹ Histoire romaineChapitre 18 sur 50 · aa · texte numérisé non relu

aa

a était bien hardi , en effet , de rédamer seul au tnilieu de ces grandes saturnales^ de ce nivellement universel qui commence avec FEmpire ; il s'agit bien de l'honneur d'un chevalier dans ce bouleversement du monde.

Aspice nutantem convexo pondère monduih , Terrasque tractusque maris cŒliinM|iie proibiidtiiltf Aspice Tenturo laetenCdr ut onmia sseda !

tout n'est-il pas transformé? Les siècles antiques ne sont-ils pas finis? Le temps , le ciel n'a-t-il pas changé par édit de César? L'immuable pomœrium de Rome a reculé^ ; les climats sont vaincus, la nature asser-^ vie; la girafe africaine se promène dans Rome, sous une foret mobile, avec Péféphant indien j les vaisseaux combattent sur terre. Qui osera contre-

( SenTeritis , tx membrania : )

Feltria , perpelao nivium damnata rigori , Porte milii po«t hac non adeunda , vale.

L'ouvrage de César , de Anahgià , était divisé en deux Uvres, et adressé àCicéron. Les auciens en ont souven> parléj Cicéron, Bmtm , c. 72 j Suétone , in Cœs, , c. 56 5 Aulu-GeUe , Uv. I , c. 1 , 7 j c. 9 5 'chiris. ' liv. l. Il y traitait des verbes , des déclinaisons , des lettres même de Talphabet ; a aurait voulu qu'on dit : Monieo, memordi, non momofdi; pungo , pcpugi; spondeo , spepondi ; mrbo , iwhonis , non tu,hinis ; en6n que le ^sc fit comme on F renversé g , parce qu'U avait la force d»digamma éoUquej U recommandait dans cet ouvrage d'éviter iaut motnou^ veau comme un éeuet'l.,.. Macrob. , liv. II.

• Dio.^XLUI, n. 50, p, a77.

dire celui à qui la nature et l'humanité n'ont refusé rien, celui qui n'a jaimais lui-même rien refusé à personne^ ni sa puissante amitié ^ ni son argent^ pas mêfaié son honneur? Sans le large front chauve et Vœil de faucon^ y reconnaîtriez-vous le vainqueur des Gaules dans cette vieille courtisane , qui triomphe en pantoufles ^ et couronnée d€ toutes sortes de fleurs? Venez donc tous de bonne grâce chanter, déclamer, combattre, mduriir, dans cette bacchanale du genre humain qui tourbillonne autour de la tète fardée du fondateur de l'Empire- La vie, la mort^ c'est tout un : le gladiateur a de quoi se consoler en regardant les spectateurs. Déjà le vercingétorix des Gaules a été étranglé ce soir après le triomphe : combien d'autres vont tantôt mourir parmi ceux qui sont ici ? Ne voyez-vous pas près de César la gracieuse vipère du Nil, traînant dédaigneusement après elle son époux de dix ans, qu'elle doit aussi faire périr; c'est son vercingétorix, à elle. De l'autre ooté du dictateiu', apercevez-vouslafigurehâvede Cassius', le crâne étroit de Brutus; tous deux si pâles

* Shakespeare et Daûte ayaient certainement tu Cësar. César au large Jront,,» Shak. Julius C.

Gesa re annato con gli oochi grifagni ( Infemo , Z V ) .

C^est une traduction admirable du çegetis ocuUs de Suétone. ' Dio. , XLn,p. 356.

Plut, j Cofs.n Ceux que je crains, disait; César, ce sont ces visages telles. » Pour U figure de Brutm , çoyts les médailles.

dans leurs robes blanches bordées d'un rouge de sang.

Au milieu du triomphe, César n^ignoraît pas que la guerre n'était pas finie. L'Espagne était pompéienne. Pompée avait essayé pour elle ce que César accomplit pour la Gaule. D avait fait donner le droit de cité à une foule d'Espagnols ^ . Mais le génie moins disciplinable de l'Espagne faisait de ce peuple si belliqueux un instrument de guerre incertain et peu sûr. Toutefois, les fils de Pompée y trouvèrent faveur. Les Espagnols étaient vraisemblablement jaloux des Gaulois, qui sous César avaient gagné tant de gloire et d'argent dans la guerre civile. Peutêtre aussi de vieilles haines de tribus et de villes les animaient contre les Espagnols qu'ils voyaient dans les rangs de César, contre ceux qui composaient sa garde, contre ce Cornélius Balbus, Espagnol-Africain de Cadix , qui avait reçu de Pompée le droit de cité, et qui était devenu le principal conseiller de son rival*.

César alla en vingt-sept jours de Rome en Espagne (45). Il y trouva tout le pays contre lui. Comme en Grèce, comme en Afrique, il lui fallait une ba-

* Plut. , in Pomp, ■ — Cic. > pro Corn, Balbo, j

' Sur ce personnage important, /^. page 248, le dispours^ra Balbo de Cicéron , et Epist, ad Attie, IX y 7, surtout EpisL JamiL , VI ^ 8.

laille^ ou il mourait de faim. Les Espagnols n'étaient pas moins impatiens de battre ce César, cet ami des Gaulois, qui croyait avoir déjà soumis l'Espagne en un hiver. Les armées se rencontrèrent à Munda {près de Cordoue). Mais cette fois, César ne reconnut plus ses vétérans. Les uns étaient de vieux soldats qui depuis quinze ans le suivaient dans la meurtrière célérité die se3 marches, des Alpes à la grand. Bi^tagne, du Rhin à l'Èbre, puis de Pharsale au Pont, pui^ de Rome en Afrique , tout cela pour vingt mille siesterces ^ ; l'ascendant de cet hommç invincible les avait pourtant décidés encore k porter leurs os aux derniers rivages de l'Occident. Les autres, qui jaçlis spujs le signe 4e l'alouette, avaient gaîment passé les Âlpeis, avides des belles guerres du midi, et comptant tôt ou tard piller Rome, ceux-là aussi, quoique plus jeunes., commençaient à en avoir assez. Et voilà qu'oii les ramenait devant ce$ tigres d'Afrique, si altérés de sang gaulois.... Les ordres et les prières de César échouaient contre tout celaj ils restaient mornes et immobiles; il avait beau lever les mains au ciel. Il eut un moment l'idée de se poignarder sous leurs yeux; mais enfin, saisissant un bouclier, il dit aux tribuns des légions : Je ^eux mourir ici, et il court jusqu'à dix pas des rangs espagnols*. Deux cents

* Suétone.

" Appian., B, civ. — Florus, IV, 2.

flèches tombent sur lui. Alors il n'y eut plus moyen de différer le combat. Tribuns et soldats le suÎTirent. Mais la bataille dura tout le jour. Ce ne fut qu'au soir que les Espagnols selassèrent^ On apporta à César la tête de Labiénus, et celle d'un des fils de Pompée. Les vainqueurs épuisés campèrent derrière un retranchement 4e cadavres ^

Le retour à Rome fut triste etswnbre. Les vaineus voyaient commencer une servitude sans espoir. Les vainqueurs eux-mêmes étaient désenchantés de la guerre civile. Gésar se sentait haï ^ et se raidissait d'autant plus. Pour la première foisv, il ne craignit pas de triompher sur des citoyen», sur les fils de Pcnnpée. U Inéprisait Rome, et voulait briser son orgueil . Il n'hésita point d'accepter les honneurs odieux qu'entassait sur lui la lâche et perfide politique du sénat, le siège d'or, la couronne d'or, une statue â côté de celle des rois, ^ntre Tarquin-le- Superbe et l'ancien Brutus , le droit sinistre d'être enterré dans l'enceinte sacrée du pomœrium, où l'on ne plaçait aucun tombeau®. Un tel homme ne pouvait se méprendre sur l'intention meurtrière de ces décrets. Mais que lui importait après tout?-

* Floms, â>id6m.

' Dio, XLIV, n. 7, XLIII. — Suétojw., 52, et Dion, XJLIV, 386, prétendent que le sénat lui accorda, on allait lui accorder, la ridicule autorisation de posséder toutes les femmes. Citait sans doute tm des bruits^ «bourdes que faisaient couiùr ceux qui voulaient perdre César.

Malheur au:^ ineurtriers ! La paix 4u monde tenait à la vie de^ Gésar^ . Et qui aurait le cœur de tuer celui qui a tant pardonné? Il renvoya sa garde; sa gardç était la démence à laquelle on venait d'élever un temple; et sans armes '^ sans cuirasse^ il «0 prome-^ naitdans Rome^ aun^ilieu de ses ennemis mortels.

Cette âme immense roulait bien d'autres penséeis que celle du soin de sa vie. Il voulait consommer le grand ouvrage de Rome y unir ses k»s.dans un code^ et les imposer à tontes les nations^. Il projetait au milieu du Champ-de-Mars un temple^ au pied delà rodie Tarpéienne un amphithéâtre ^ à Os tie un part y monumaos gigantesques , capables d^ recevoir les. états-généraux du ikionde. Une bibliothèque immense devait concentrer tous les fruits de la pensée humiaine. La vieille injustice de Romesétait expiée : Oapoue, Corinthe çt Garthage furent relevées par ordre de César. Il voulait percer l'isthme dé Corin-^ the et joindre les deux mers. Dès la giuerre d'Afrique y il aviait vu en songe une ^ande aijnée qui;

' Dû>» XLIY, 386« -r^ Suét. , S6. a Quelques-ims ont soupçonné quo. César ne se SQuciait pas de yiyre plus long-temps ; ce qui explique son in Jif-.. férence sur sa mauvaise santé et sur les pressentimens de ses amis... Il avait renvoyé sa garde espagnole... Il aurait dit qu'il aimait mieux mourir que de craindre toujours... et encore : que Rome était plus intéressée à sa vie q^ lui-même. »

' Appian. , Pun, 6, -r Ko, , XLIII , n. 50. r- Suét.

pleurait et criait à lui, et à son réveil, il ayait écrit «ur ses tablettes : Corinthe et Carthage ^ .

Mais rOccident était trop étroit. Notre César à nous disait naguères : On ne peut travailler en grand que dans VOrient. César voulait pénétrer dans ce muet et mystérieux monde de la haute Asie, dompter les Parthes , et renouveler la conquête d'Alexandre. Puis, recommençant les vieilles migrations du genre humain , il serait revenu par le Caucase , les Scythes, les Daces et les Germains.^ qu'il aurait domptés sur sa route '. Ainsi l'empire romain, fermé par l'Océan^ embrassant dans son sein toute nation policée ou barbare, n'eût rien craint du dehors, et n'eût plus été appelé vainement l'empire universel, étemel.

C'est au milieu de ces pensées qu'il fut arrêté par la mort. L'occasion de la conjuration fut pe** tite. L'audacieux et sanguinaire Cassius en voulait à César pour lui avoir refusé une charge, et pour lui avoir pris des lions qu'il nourrissait '. Ces lions d'amphithéâtre étaient les jouets chéris des grands de Romej les Grecs, sophistes, poètes, rhéteurs et parasites, venaient après dans la faveur du maître. Hélas l s'écrie l'envieux Juvénal, un poète mang,e

'Ibid. ^* Ibid.

* Plut. , in Bruto et Cœsare. Il ne lui re&sa point la préture, mais i( ne kd donna point celle qui était la plus bonortUe.

inoins pourtant! César pardonna à tout le monde dans la guerre civile , excepté à celui qui avait indignement tué ses lions ^

Cassius avait besoin d'un honnête homme dans son parti. Il alla voir Brutus, neveu et gendre de Caton. Brutus ne semble pas avoir été un esprit étendu j c'était une âme ardente, tendue de stoïcisme^ mais le ressort était forcé. De là, quelque chose de dur, de bizarre et d'excentrique ; une avidité farouche d'efforts, de sacrifices douloureux. Pompée avait tué le père de Brutus , et jamais celui-ci n'avait voulu lui parler^. Ce fut pour lui un motif d'aller combattre sous Pompée à Pharsale. César aimait Brutus , et peut-être s'en croyait-il le père ; après la bataille , il l'avait fait chercher avec inquiétude; il lui avait confié la province la plus importante de l'empire, la Gaule cisalpine. Cassius disputant une charge à Qrutus , ils exposèrent tous deux leurs titres, et César dit : Cassius a raison , mais il faut que Brutus l'emporte. Tous ces motifs, qui pouvaient attacher Brutus à César, inquiétaient, torturaient cette» âme faussée d'une vertu atroce ; il craignait de préférer malgré lui un homme à la république. A chaque bienfait de César, il avait peur de l'aimer, et s'armait d'in* gratitude.

P\ plas haut la note de la page S26..

' Pkit», înBmtQ,

Ceux qui voulaient précipiter Brutiis dans un parti violent^ ne négligeaient aucun moyen de tourmenter cette âme malade de scrupule et d'indécision. Il trouvait partout des billets anonymes ^ sur le tribunal où il jugeait comme préteur ^ sur la statue du Brutus qui avait chassé les rois. Oii y lisait : Tu dors^ Brutus^ non^ tu n'es pas Brutus. Il n'y avait pas jusqu'au prudent axni du prudent Cicéron^ l'égoïste et froid Attiais^ qui ne £ad)riquàt une 'généalogie où il le faisait descendre par sou père de l'ancien Brutus , par sa mère Servilie de Servilius Ahala, qui avait tué Spurius Mélius^ soupçonné d'aspirer à la tyrannie ^ .

Ce qui décida Brutus , c'est que le bruit courait que César voulait prendre le nom de roi. Sanâ le témoignage unanime des historiens^ je .douterais que le maître de Rome eût souhaité ce titre de rex, si prodigué et si méprisé^ ce nom que tout dient donnait au patron^ tout convive a l'amphytrion. £n lui décernant la puissance absolue^ et même une puissance héréditaire y le sénat lui avait donné }a seule royauté qu'un homme de bon sens pût vou^ loir à Rome. Je croirais volontiers que ce bruit odieux fut semé à desèein par les ennemis de César^ que ses amis ^ ne s'en défiant pas y accueillirent cette idée avec enthousiasme, ne sachant plus d'ailleurs.

Page 1