V. noire premier volurac
quel autre titre lui donner 3 et que les uns et lesi autres le persécutèrent à Tenvi de ce périlleux honneur^ couronnant la nuit ses statues, et lui offrant à lui-même le nom de roi et le bandeau royal.
Un jour qu'il rentrait dans Rome , quelques citoyens rappellent roi : Je ne m'appelle pas roi, ditil, je m'appelle César ^ Un autre jour, c'était la fête des Lupeipcales, tous les jeunes gens, et à leur tête Antoine , alors consul désigné , couraient tout nus par la ville , frappant les femmes à droite et à gauche. César, assis dans la trilHine, regardait les courses sacrées, revêtu de sa robe de triomphateur. Antoine approclie , se fait soulever par ses compagnons à la hauteur de la tribune *^ et lui présenta un diadème; il le repoussa par deux fois, mais, diton, un peu mollement. Toute la place retentit d'acclamations. Au matin, les statues du dictateur s'étaient trouvées couronnées de diadèmes. Les tribuns allèrent solennellement les enlever* Ils faisaient poursuivre ceux qui avaient appelé César du nom de roi y tant sa douceur avait enhardi les vain<îas. Il s'agissait de savoir si Pharsale avait été un vain jeu, si le vainqueur serait dupe, si l'ancienne anarchie allait recommencer ; pour la republi-,
'. Dio , XLIV. Plut, f *n Cas.
*' Plut. , in Antonio,
que , elle n'existait plus que dans l'histoire. César cassa les tribuns; c'était commencer la monarchie.
Les sénateurs se seraient peut-être résignés; mais une injure personnelle les poussait à se venger de César. Lorsque le sénat vint lui apporter le décret qui le mettait au-dessus de l'humanité pour préparer sa ruine , il ne se leva point de son siège, et dit qu'il eût mieux valu diminuer ses honneurs que les augmenter. Les uns racontent qu'à Farrivée du sénat ^ l'espagnol Balbus lui conseilla de rester assis; les autres, que le dieu. avait ce jour-là un flux de ventre , et qu'il n'osa se lever ^ .
Quoi qu'il en soit, les sénateurs, poussés à bout, tramèrent sa mort en grand nombre. Un nom aussi pur que celui de Brutus autorisait la conjuration. Tous ceux même à qui César venait de donner des provinces, Brutus et Décimus Brutus, Cassius, Casca, Cimber., Trébonius, n'hésitèrent point d'y entrer, tigarjius, à qui César venait de pardonner, à la prière de Cicéron , quitta le lit où une maladie Ie»retenait. Porcia, femme de Brutus et fille de Caton, avait deviné le projet de Brutus à son air inquiet et agité. Mais avant de lui demander son secret, elle se fit à elle-même une profonde bléssure à la cuisse, voulant s'assurer de son courage,
* Dio. ^ XUV, p. 396. — Plut. , in Cœs, -- Suet. > JTô.
et se tenir prête à mourir si son époux périssait^ Cependant les prodiges et les avertissemens n'avaient pas manqué à César, s'il eût voulu y prendre garde. On parlait de feux célestes et de bruits nocturnes, de l'apparition d'oiseaux funèbres au milieu du Forum. Une nuit qu'il dormait près de sa femme, les portes et les fenêtres s'ouvrirent d'ellesmêmes, et en même temps Calpumie rêvait qu'elle le tenait égorgé dans ses bras. On lui rapportait aussi que les chevaux qu'il avait autrefois lâchés au passage du Rubicon , et qu'il faisait entretenir dans les pâturages, ne voulaient plus manger, et versaient des pleurs ^ Un devin l'avait averti de prendre garde aux Ides de Mars.
César aima mieux ne rien croire. On lui disait de se défier de Brutus. Il se toucha et dit : Brutus attendra bien la fin de ce corps chétif *. Le jour des Ides , sa femme le pria tant , qu'il se décida à remettre l'assemblée du sénat. 11 y envoyait An^ toine , lorsque Décimus Brutus lui fit honte de céder à une femme, et l'entraîna par la main.
u A peine était-il sorti qu'un esclave étranger
* Suéton, 84.
' Plut., in Cas, — César eut cela de commun avec Alexandre, d^étre pleuré de toutes les nations. Il le fut particulièrement des Juifs. Suet. , 84 : In summo publico luctu, exterarum gentium multitudo circulatim suo quacque more lamentata est, prsocipuèque Judaei , qui etiam noctibos oontinuis bnstum frequentânmt.
Vient 6è remettra entre les mains de Câîpumie , k priant de le garder jusqu'au retour de César, à qui il doit faire une révélation importante. Artémidore de Cnide^ qui enseignait les lettres grecques à Rome^ remet à Césai* pluisieurs billets sur la conjuration; toujours inutilement. César doanà les uns aux siens ^ garda les autres sans trouver le temps de les lire. Les conjurés eurent encore d'autres motifs d'inquiétude. Un hommd s'approche de Casca y et le prenant par la main : Casca^ lui dit-il^ tous m*en avez fait mystère ; mais Brutus m'a tout dit. Casca fut fort étonné; mais cet homme reprenant la parole en riant : Et comment^ lui dit-il^ seriez-vous devenu en si peu de temps assez riche pour briguer l'édilité? Sails ces dernières paroles^ Casca allait tout lui révéler. Un sénateur^ nommé Popilius Lénas^ ayant salué Brutus et Cassius d'un Hir empressé, leur dit à l'oreille : Je prie les dieux qu'ils vous donnent un heureux succès; mais ne perdez pas un moment^ l'affaire n'est plus secrète. Dans ce mofaient^ un esclave de Brutus accourt et lui annonce que sa fethme se meurt. Porcia n'avait pu supporter cette angoisse d'inquiétude ; elle s'était évanouie
n Cependant l'on annonce l'arrivée de César. Il était à peihe descendu de litière, que Popilius Lénas eut avec lui un long entretien , auquel César paraissait donner la plus grande attention. Les
conjurés ne prouvant. eïitendre ce qu'il disait^ conjecturèrent qu'un entretien si long ne pouvait être qu'une dénonciation circonstanciée. Accablés de cette pensée, ils se regardent les uns les autres > comme pour s^avertîr de ne pas attendre qu'on vienne les saisir y et de prévenir le supplice par une mort volontaire « Déjà Cassius et quelques autres mettaient la main sous leurs robes, pour en tirer les poignards, lorsque Brutus reconnut aux gestes de Lénas qu'il s'agissait d'une prière très-vive plutôt que d'une accusation. 11 ne dit rien aux con* jurés, parce qu'il y avait au milieu d'eux beaucoup de sénateurs qui n'étaient pas du secret^ mais par la gaité qu'il montra, il rassura Cassius ; et bientôt après, Lénas aj^ant baisé la main de César, se retira, ce qui fit voii^ que sa conversation n'avait eu pour objet que ses affaires personnelles.
» Quand le sénat fut entré dans la âalle, les conjurés environnèrent le siège de César, feignant d'avoir à lui parler de quelque affaire ; et Cassius * portant , ditK>n , ses regards sur la statue de Pompée, Finvoqua, comme si elle eût été ca,pable de Fentçndre. Trébonius tira Antoine vers la porte, et en lui parlant, il le retint hors de la salle. Quand César entra, tous les sénateurs se levèrent pour lui faire honneur; et dès qu'il fut assis , les conjurés , se pressant autour de lui , firent avancer Tul-^
lius Cinuber , pour qu'il demandât le rappel de son frère. Us joignirent leurs prières aux siennes; et prenant les mains de César ^ ils lui baisaient la poitrine et la tête. Il rejeta d'abord des prières si pressantes ; et comme ils insistaient^ il se leva pour les repousser de force. Alors Cimber^ lui prenant la robe des deux mains ^ lui découvre les épaules; et Casca , qui était derrière le dictateur, tire son poignard et lui porte le premier coup le long de l'épaule ; la blessure ne fut pas profonde. César saisissant la poignée de l'arme dont il venait d'être frappé, s'écrie en latin : Scélérat, que fais-tu ? Casca appelle son frère à son secours eh langue grecque^ César, atteint de plusieurs coups à la fois, porte ses regards .autour de lui pour repousser les meurtriers ; mais dès qu'il voit Brutus lever le poignard sur lui , il quitte la main de Casca qu'il tenait encore ; et se couvrant la tête de sa robe , il livre son corps au fer des conjurés. 'Comme ils le frappaient tous à la fois sans aucune précaution , et qu'ils • étaient serrés autour de lui, ils se blessèrent les uns les autres. Brutus, qui voulut avoir part au meurtre^ reçut une blessure à la main, et tous les autres furent couverts de sang, h (44 sms avant J. C.)Plut. in Brut.