‹ Histoire romaineChapitre 7 sur 50 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Réduction de PEspagae et des États .grecs. -— Persée. — Destinction dé Corinthe , de Carthage et de Nomance ,. 4 89-434.

Ao moment où le viei^ai %4t^e it^Kea Tenait de frapper dan$ les Scipions les repiré^eotans dee weaurs ejt 4es^. idées de la Grèce*, celles de rOriept, tout autrement dangereuses,, s'étaieint sourdement in^ tFpduites dans Rome, et y commençaient cette çon^ quête lente, mais invincîli^le , qui devait finir par Ie$ placer sur le iTpne impérial*

Un Titus Sempronius Rutilus avait proposé à son ]>f9t9^*fils dont il était tuteur, de l'initier aux mystères des bacchanales qui, de TÉtrune et de 1^ Campanie, avaient alors fiasse dans Rome (i86^4}- Jle jeune homme en ayant parlé à une courtisée qui l'aimait, elle parut frappée de terreur,, et lui dit qu'apparemment son beau-père et sa mère crair gnaient de lui rendre compte , et voulaient se défaire de lui. Il se réfugia chez une de ses tantes qui

' Val. Max. , III , 6 : a Ngus Xflj!pns au Gapitdle une statue de Liicia» Scipion ai^c le manteau et la chaussure grecs. »

fit tout savoir au cpn^ul. La c^urtîçane interrogée nia d'abord^ craigoant la yeageance des initiés; puis (elle avoua. Ces bacchanales étaient un culte frénétique de la vie et de la mort, parmi les ritps duquel tenaient place la prostiitution et le meurtre. Ceux qui refusaient l'infamie étaient saisis par une machine et lancés dans des caveaiix profonds. Hommes et femmes se mêlaient au hasard daus les ténèbres^ puis couraient en furieux au Tibre, y plongeaient des l;orcbes ardentes qui flambaient e^ sortant des eaux, symbole de l'impuissance de I9 mort contre la himière inextinguible de la vie um*^ veraelle.

L'enquête fit bientôt connsgltre que dans la seule vUle de Home sept mille personnes avai^at trempa daQs ces horreurs V. On mit partout des gardes la nuit,, on fit des perquisitions; ui;ie foule $le Sémites qui se trouvaient pArmi les coupables furent livrées à leurs parens pour être exécutées dans leurs liaisons. De Rome, la terreur s'étendit dans l'Italie. Les consuls poursuivirent leurs informations de ville en ville.

Ce n'était pas la première apparition des cultes orientaux dans Rome. L'an 534 de Rome, le sénat avait décrété la démolition des temples d'Isis et de' Sérapis^ ; et, personne n'osant y porter la main, le

* Val. Max., I, 8.

consul L ^milius Paulus avait le premier frappé d'une hache les portes du temple. En 614^ le préteur C. Cornélius Hispallus avait chassé de Rome et de Fltalie les astrologues chaldéens et les adorateurs de Jupiter Sabazius. Mais dans les dangers extrêmes de la seconde guerre punique , le sénat lui-même avait donné l'exemple d'appeler les dieux étrangers. Il avait fait apporter de Phrygie à Rome la pierre noire sous la forme de laquelle on adorait Cybèle. « A mesure que la guerre se prolongeait , dit Tite-Live, les esprits flottaient selon les succès et les revers* Les religions étrangères envahissaient la cité ; on eût dit que les dieux ou les hommes s'étaient tout à coup transformés. Ce n'était plus en secret et dans l'ombre des murs domestiques ^ que l'on outrageait la religion de nos pères : en pu^ blic , dans le Forum , dans le Capitole , on ne voyait que femmes sacrifiant ou priant selon les rites étrangers ^. »

* Tit.-LÎT. , XXV, I , et XXIX, c.*5 : « Que diutiùs trahebatur beUmn, » et Tariabant secundae adYerssque res non fortonam magis , qi|àm animos » hominum : tanta religio , et ea magnâ ex parte eiterna , ciTÎtatem inces- » sit , ut aat homînes aut dii repente alii Yiderentur facti. Nec jam in se- » creto modo atque intrà parietes abcdebantur Romani ritus , sed in public» )) etiam ac foro GapitoUoque mulierum turba erat,. nec sacrificantum nec » pi'ecantum deos patrio ïnore. » — Plus tard. « Cultrix numinum cunc- » torum. » Amobius, adv, gentes, VI, Tacite, AnnaL , XV, 44 : « Urbs V quo cuncta undique atrocia aut pudenda confluunt celebranturque. »

Le peuple romain n'était point tel que ses mœurs se corrompissent impunément. Les religions étrangères entraînaient la débauche^ la débauche aimait Fassaisonnement du sang et du meurtre. La race romaine est dans tous les temps sensuelle et sanguinaire. Les débauches contre nature et les combats de gladiateurs prennent en même temps faveur à Rome. Un seul fait dira tout. Le frère de T. Quintius Flaminius avait emmené de Rome un enfant qu'il aimait^ et celui-ci lui reprochait d'avoir sacrifié pour le suivre un beau combat de gladiateurs ; il regrettait, disait-il, de n'avoir pas encore vu mourir un homme. On annoncé pendant le repas à Flaminius qu'un chef gaulois vient se livrer à lui avec sa famille : Veux-tu que je te dédommage de tes gladia" leurs ^ ? dît Flaminius au jeune garçon; il décharge un coup d'épée sur la tête du Gaulois, et Tétend mort à ses pieds.

Le peuple, tout coïrompu qu'il était déjà, avait horreur de ces mœurs atroces. D résolut de donner à son mal le médecin le plus sévère, et malgré les nobles, porta Catqn à la censure. Celui-ci chasse du sénat Lucîus Flaminius , consomme la ruine des Scipions en ôtant le cheval à l'Asiatique ; frappe d'impôts les meubles de luxe^ et pousse la sévérité jusqu'à dégrader un sénateur pour avoir donné un

* Plal. in Cat,

baiser à sa femme en présence de sa fille. Hélas ! que signifiaient ce respect exagéré de la pudeur et ces lois somptuaîres dans une cité pleine des complices des bacchanales? L'on trouva en une seule année que cent soixante-dix femmes avaient empoisonné leurs maris pour faire place à d'autres époux ! Caton lui-même, déjà bien vieux, entretenait commerce avec une esclave sous les yeux de son fils et de sa belle-fille, et il finit par épousera quatre-vingts ans la fille d'un de ses cliens. Q avait quitté la culture des terres pour l'usure, et il en faisait un précepte à son fils ^ .

Quelle deiMÛt être la politique d'un pareil peuple? cpels' ses rapports avec les^natîons étrangères? Perfides, injustes, atroces; on ^n serait sûr, quand la ruine de la ]\ïacédoine et de la Grèce , de Cartbage et de Numance ne le témoignerait pas expressé- Bi/ent.

Tant que vécurent Philippe et Hannibal , le sénat craignit toujours une confédération universelle. U ménagea Antiochus, Eumène, Rhodes, l'Achaïe.

Mais les succès que Prusias dut à son hôte Hannibal dans ses guerres contre Eumène, décidèrent les Ro* mains à sortir enfin d'inqjuiétude. Flaminius vint demander au roi de Bythinie l'extradition d'Han-

* V. plus haut , pa^ 99.

nibal^ et le vieil ehnenri de Rome n'échappa qu'en s'empoisonnant. Alors le sénat rassuré favorisa la Lycie contre Rhodes, Sparte contre les Achéens, acctiéillit contre Philippe 4es accusations des Thes^ saliens, des Athafmanes, des Perrhœbiens, d'Eumène, puis celles des Thraces, des Uljrriens, des Athéniens. Le sénat le croyait avec raison coupable d'avoir égorgé les habitans de Maronée en haine des Romains 9 leurs protecteurs; il lui fit Fàffront de le confi*onter avec ses accusateurs, et finit par lui déclarer qu'il ne devait la conservation de sa couronne qu'à son jeune fils Démétriùs, ami des Romains, chez lesquels il avait vécu long-temps comme 6tage« Persée, fils aîné de Philippe auquel les Romains voulaient opposer leur créature , accusa Démétrius, non sans vraisemblance, d'avoir voulu l'assassiner % et le fit condamner à mort par un père qui détes«* tait en lui l'ami, le favori de Rome. #

L'infortuné Philippe se faisait, jusqu'à sa mort, lire deux fois par jour son traité avec les Romains^. D ne put Ique préparer la guerre et la l^uer à son successeur • ; ses torts envers les peuples voisins les empêchaient de se fier à lui. Persée trouva le trésor

' * C'est ce que ferait croire le rëdt de Tite-Live , tout partial qu'il est pour ]>éinétrius , l'ami des Romains.

" Tite-Lire , XLV , c. <6.

' U chassa les habitans des grandes villes , surtout des YUles maritimes ,

MO

rempli^ la population augmentée^ la Thrace^ cette pépinière de soldats^ conquise en partie par son père. Les Celtes du Danube ^ appelés par Philippe, étaient en marche vers la Macédoine , et pouvaient de là passer en Italie. Mais Persée ne tarda pas à voir, par Texigence dé ces Barbares ^ , qu'ils ne seraient guère moins formidables à ses états que les Romains eux-mêmes. U se trouvait dans la position de l'empereur Valens , lorsqu'il eut l'imprudence d'ouvrir l'Empire aux tribus des Goths. Persée comprit le. danger, et aima mieux se passer de ces dangereux auxiliaires. Ses préparatifs d'ailleurs n'étaient pas terminés. Prendre les Barbares à sa solde, c'était commencer la guerre.

D'abord, pour gagnwdu temps, il met sa couronne aux pieds du sénat , et déclare ne vouloir la recevoir que de lui (178). II. regagne la Grèce par sa douceur, sa clémence et sa modération. Il donne sa sœur à Prusias, épouse la fille du roi de Syrie, Séleucus. Le sénat de Carthage reçoit pendant la nuit ses ambassadeurs dans un temple. U essaie^ mais en vain , de faire assassiner à Delphes le lâche

pour les peupler de Thraces et d'autres barbares... deuil et tumulte... Il se défait des enfanS de ceux qu'il a fait périr , etc. Polyb. , extr. Cons. Por^ phyre, 53.

' Cliaqne chef de bande demandait d^à mille pièces dW. Plut, in P» Em* vH4,e,i2.

Eumène qui vient de le dénoncer à Rome % lorsqu'il eût plutôt dû se joindre à lui. Mais telle est la terreur universelle, que tant de nations ennemies de Rome n'aident Persée que de leurs vœux. La Thrace et rilljrie seules unissent leurs armes à celles de la Macédoine.

Nul doute que si Persée eût essayé de transporter le théâtre de la guerre chez un des peuples de la Grèce, ce peuple, épouvanté par Rome, ne se fût déclaré contre lui. U obtint leur neutralité, et c'était beaucoup. La tyrannie de Rome lui donnait d'ailleurs l'espoir de les voir se jeter dans ses bras, comme il advint des Épirotes. Les Romains l'amusaient par des négociations. Pour celui qui cqpnaissait l'énorme disproportion des forces, qui se voyait seul pour la liberté du monde , qui enfin se sentait ' si près dépérir, c'était beaucoup d'attendre. Aussi, lorsqu'à sa première rencontre avec les Romains, Persée leur eut tué deux mille deux cents hommes, il attendit que la nouvelle de cette victoire décidât pour lui Carthage, Prusias, Antiochus, les Etoliens ou les Achéens. Tout resta immobile (171).

Les Romains, l'ayant attaqué à la fois du coté de . ■ ' • ..

' Tite-Live, XLII , c. 2. Eamène avoue le courage et rhabileté de Persée. — Id. lib. XLI, c. 2, clémence et générosité de Persée à son avènement. L'histoire d'un homme de Brindes gagné par Persée pour empoisonner tous les généraux romains qui passeraient par Û , est singulière* ment puérile. /#/. lib. , XLII , 4 7.

la Thessalie, de là Thrace et de TlHyrie, fiirent partout repousses , et perdifent en une seule fois six mille hommes. Cétait la plus sanglante défaite qu*ils eussent essuyée depuis quarante ans. Et cependant Persée était obligé de partager ses forces ; il remportait dans cette campagne même une victoire signalée sur les Dardaniens^ éternels ennemis de la Macédoine.

On a accusé^ avec raison sans doute ^ l'avarice de Persée, qui ne paya pas aux lUyriens l'argent qu'il leur avait promis. Toutefois, ce n'étaient pas quelques talens de plus qui auraient intéressé davantage le roi de ces Barbares dans une guerre où iî s'agissait de son trône et de sa vie. L'argent n'eût pas suffi non plus pour surmonter la terreur que les armes romaines imprimaient alors à la Grèce.

Dans les campagnes suivantes , le consul Marcius^ enfermé dans le défilé de Tempe, n'échappa que par miracle à la honte des fourches Caudines 5 il n'entra en Macédoine que pour en sortir bientôt. Persée se crut au moment de recueillir les fruits de son habile tactique. Prusias, Eumène, les Rho- (tiens , pwîchèrent pour lui ; mais au lieu de le secourir, ils se contentèrent d'intervenir par des ambassades qui furent reçues à Rome avec le plus magnifique mépris ^ . Quant à Antiochus Épiphane,

' Tit.-LW. , lib. XLIV, XLV.

il espérait profiter du moment où les Romains étaient occupés pour s'emparer de l'Egypte. Persée resta donc encore seul.

Rome crut alors qu'il fallait brusquer la fin d'une guerre dont la prolongation avait pu faire naître aux petits rois de l'Asie mineure l'idée qu'ils tiendraient la balance entre elle et la Macédoine. Elle envoya contre Persée cent mille hommes et le vieux Paul Emile, qui avait fait avec gloire les guerres difficiles d'Espagne et de Ligurie. Le peuple, auquel il était odieux par son orgueil, lui avait refusé le consulat, et ne l'employait plus dépuis long^ temps. Paul Emile déclara que, choisi par besoin, il n'avait obligation à personne, et prétendait que le peuple ne se mêlât point de la guerre * . II força le passage de l'Olympe, en faisant occuper les hauteurs supérieures à celles que tenaient les troupes de Persée, et le trouva campé dans les plaines qui' sont au-delà (i68). Quoique averti de l'attaque des Romains, le roi de Macédoine s'était contenté d'envoyer des troupes aux défilés, et n'avait pas voulu quitter un lieu propre à sa phalange. Paul Emile fut saisi d'admiration à la vue du camp de Persée ; il ne voidutpas commencer sui^le-champ le combat, comme l'en priaient ses officiers. Une éclipse effrayait l'armée, et les dieux refusèrent long-temps

* Plut. , in P, AEmilio, c. <0.

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