II
les présages favorables pour l'attaque. D'aboray rien n'arrêta l'élan de la phalange^ de cette bêté monstrueuse, pour dire comme Plutarque^ qui se hérissait de toutes parts^ Paul Emile se crut vaincu un instant, et il déchirait sa cotte-d'armes. Mais il lui vint à l'esprit de charger par pelotons. Alors là pression devenant inégale , la phalange ne put rester alignée; elle présenta des vides, des jours, par lesquels le Romain put s'introduire et procéder à la démolition de cette masse qui avait perdu son unité. Toutefois la Macédoine ne fut pas indigne d'elle dans son dernier jour. Sur quarante-quatre mille hommes, onze mille ftirent environnés et pris, vingt mille se firent tuer. Persée, que les Romains ont voulu déshonorer après l'avoir asisassiné , avait été^ blessé la veille ; cependant il se jeta sans cuirasse au milieu de sa phalange, et y reçut uiie meurtrissure ^ .
Comme il rentrait dans Py dna , deux de ses trétsoriers, abusant de son malheur, osèrent parler à leur maître sur le ton du reproche ; il les poignarda. En deux jours, la Macédoine se livra au vainqueur, et Persée ne trouva d'asile que dans le temple de Samothrace. Ni proinesses„ ni menaces, ne pouvaient l'en arracher ; mais un traître parvint à lui
Le dernier de ces faits si honorables au Taincu était attesté par Posidonius, historien contemporain. Plut. , in P, AEm, vitd, c. 4 6, 1 8 , 21 .
enlever ses encans; ce dernier coup brisa son coeur, et il vint se livrer, comme la bête sam^age à qui Von ôte ses petits. Repoussé durement par son vainqueur, dont il embrassait les genoux, il lui demanda au moins de lui épargner l'horreur d'être traîné derrière son char au milieu des insultes de la populace de Rome. Cela est en ton pouvoir ^ répondit durement le Romain. Toutefois il assaya par quelques bons traitemens d'attacher le captif à la vie,'et de conserver à son triomphe son plus bel ornement. La Macédoine et l'iUyrie, divisées en plusieurs provinces^ auxquelles on défendit toute alliance, même par mariage , reçurent une liberté dérisoire , qui les supprimait conime nations. Leurs citoyens les plus distingués, tous ceux des villes grecques qui avaient lutté contre les agens de Rome, furent envoyés en Italie , pour y attendre un jugement qu'on ne leur accorda jamais. En même temps , Paul Emile célébrait des jeux où la Grèce en larmes fut obligée de comparaître. Puis, sur l'ordre du sénat, il passa en Épire, déclara auxhabitans qu'ils jouiraient de la même liberté que les Macédoniens, leur fit porter leur or et leur argent au trésor, et ensuite les vendit comme esclaves au nombre de cent cinquante mille ^ . Leurs soixante-dix villes furent rasées.
* Plut., c. 24, 27, 32.
Le triomphe de Paul Emile, ïe ptus spfendîde qu'on eût vu jamais, dura trois jours. Le premier, pafiisèrent les tableaux et les statues colossales sur deux cent cinquante chariots. Au second , des trophées d'armes, et trois mille hommes portant l'argent monnayé et les vases d'argent ; le troisième, les. vases d'or, la monnaie d'or, quatre cents couronnes d'or données par les villes. Puis cent vingt tau-^ ^eaux, et la véritable victime , l'infortuné Persée, vêtu de noir, entouré de ses amis enchaînés, qui, dit l'historien , ne ptewraitnt que lui. Mais ce qui fendait le cœur, c'étaient ses trois enfans, deux ' garçons et une fille. Ceux qui les conduisaient leur enseignaient à tendre au peupliB leurs petites mains, pour implorer sa pitié. L^orgueilleux triomphateur,, qui se vantait d'avoir en quinze jours • î^nversé letrône d'Alexandre, n'était pourtant guères plus heureux que son captif. U avait perdu un de ses fils cinq jours avant le triomphe. IL en perdit un trois jours après. Ses deux autres enfans étaient passés par adoption dans des familles étrangères.
Les rois de Thrace et d'IUyrie ornèrent le triomphe du préteur Anicius. Pour le roi de Macédoine, il languit deux ans dans un cachot où ses geôliers le firent, dit-on, mourir d'insomnie. Le seul fils qui lui survécut, gagna sa vie au métier de tourneur, et parvint au rang de scribe des magistrats dans la ville d'Albe.
Dans quelle agonie de terreur la chute de Persée fit-elle tomber tous les rois de la terre, c'^st ce qu'on ne saurait imaginer. Le roi de Syrie, Àntioc lus l'illustre , avait alors presque conquis l'Egypte; Popilius Lœnas vient lui ordonner, au nom du sénat, d'abandonner sa conquête. Antiochus veut délibérer. Alors Popilius traçan-t un cercle autour éa roi avec la baguette qu'il tenait à la main : Avant <te sortir de ce cercle ^ dit-il , rendez réponse au segiai. Aiitiochus promit d'obéir, et sortit de l'Egypte. Popilius partagea entre les deux frères Philométor -et Physcon , le royaume qui n'appartenait qu'à •laine.
Les ambassades humbl^ss et flatteuses affluent au ^nat. Le ûU de Massinissa vient parler au nom de «on pece : tf Deux <4)@ses ont affligé le roi de Numi- •die : le sénat lui a fait demander par des ambassadeucs des secours ^u'M a^^ait droit d'exiger, et hii -a remboursé le prix du blé fourni. Il n'a pas oublia ^u'il doit sa x^ouronne au peuple romain ; oontent du Simple us^ifruit^ il sait que la propriété reste au •donatieur. t»
Pms arrive Pnasias, la tête rasée, avec l'habit et le bonnet d'affranchi ^ Il se prosterne ^ir le seuil , ^ emâisant : Je vous salue y dieux sauveurs! et enicove ; F>ous veyez undews uffïimchis prêt a execu^ * •
* £itr ce Ittit , .«t oeu\.iC]ui flulvent , f^, Polyb. , et Til.-Liv. , lib. XLV.
ter vos ordres. Eumène et les Rhodiens étaient €n-^ core plus compromis. Ije sénat offre la couronna au frère d'Eumènç y et ne hii laisse son royaume que pour lui donner le temps de s'af^iblir par les incursions des Galates. Quant aux Rhodiens, ils ne furent préservés du traitement de FEpire, que par l'intervention de Caton. Cette âme forte s'intéressa à un peuple libre , qui n'avait fait après tout que souhaiter le maintien de sa Ubeirté. Il tança durer ment l'orgueil tyrannique du sénat , et le ramena à la modération^ en gourmandant Inconscience inquiète de ceux qu'il avait fait trembler dans sa cenr sure : « Je le vois bien, dit-il, les Rhodiens n'aur raient pas voulu que nou$ eussions vaincu Persée. Ils Qe sont pn^ les seuls. Bien d'autres peuples ne le souhaitaient pas. Us pensaient que si nou& n'avions plus personne à craindre , iliJ tomberaient en sei> vjjtude. Et ppurtant ils n'cmt pas secondé le roi de Macédoine. Voyez combien nous sommes plus avisés qu'eux dans nos affaires privées. Si nous sen^ tpnsile moindre de nos intérêts en danger, nous ne reculons devant aucun moyen de prévenir le dorn^ mage... Les Rnodiens, dit-on, ont voulu devenir nos ennemis. Mais est-^il juste de punir la simple volonté? Ne serait-ce pas une loi injuste, celle qui dirait : Si quelqu'un veut avoir plus de cinq cenis arpens de terre, qu'il paie tant d'amende; telle au* tre aniçiidç pour qui voudra avoir tant de têtes dç
in .
bétail . Eh bien ! nous voulons violer la loi' en ceîa^ et nous le faisons impunément. ! ; Maiiy dit-on encore, les Rhodîéns sont siêperbes ^ orgueilleux. G est un reproche grave. Je ne voudrais pas que mes erifens eussent sujet de me Fadressér. Cependant que tes Rhodiens soient superbes ! que nous importe ? Serait-ce par hasard que nous nou&Éàchons, -quand on est plus superbe que nous ? » Ce fut encore en prenant ce ton amer qu'il obtint aii bout de dixH sept ans la liberté des Achéens qu'on retenait eh Italie y sous prétexté de leur faire attendre leur jugement. Le sénat délibérait longuement si on leur permettrait enfin de retourner ' daiià teur patrie. On. dirait y dit Caton, que nous tCàPbns rien autre chose à faire que dé Mlihéfer si quJblques Grecs é&- €répit$ seront enterrés par nos fossoyeur^ oU ceux de leur pays \ Cette plaisanterie ba!rbare fit trîoitfpher 1-humanité, ;- ' ' ^*
Un Gfecj ami des Romaii)s> a fl^idèment raconté par quelles inisère^ , par quelle suite de pèrsécuti<ins^ d%umiliaiitin» ^t d'outi*ages passa la- pauvre Grèce pour arriver à sa ruine. Pour moi, je n'en ai pas,lQ courage. C'estiUn spectacle curieux peut-i^tre de voir .comment? le phis ingénieux desf peuples dis(puta pièce à pièce sa liberté et son existence, à la
' ' Parole» ûe Caton en faveur dei Achéens , de» Rhodifns. AuL-Gefl. ,
jpuijiiâai^ce foraud^le qui d'uu sQ\aSQe pouvait Fâ<néaatir. Mais il est aussi trop pénible de voir le^fai-* ble se débattre s^ long-t^ps 6ous le fort qui Fér crase, et qui s'amuse de son agonie. Que pouvaient la tactique et la vertu de Philopœmen contre les vainqueurs de Carthage ? Une plaisanterie de Flar ininius sur la figure du héros acbéen, caractérise ia ligue <achéenne elle-^même : Belles jambes^ belle tête, mais point de ^orps. « Philopœmen ne se dissi* ^ulait pas lui-roéme la faiblesse de sa patrie^ et le sort qui la menaçait. Eh 1 mou ami^ disait-il tsisrtement à un orateur vendu aux Romains, es-ùê donc si pwssé de, pcuV le dernier J0wr de la Grèee^ /^ ,Qn ôta ^arte «fugc jLchéeas , esn leur ôta Meâsèoe. j^r^ la ruii^f^d^ Bercée ^ o^' ti^^orta mille des .leurs à ïi^p^i^* |\I^ lof'sq^'aajbout de dixnsept ans,. ceux «qui viJ^aie^t encore r^çKournèrent daQs leur patrie ^ ils n'en purent voir de sang*froîd Favilise sèment. C'était le temps, où ^n iiki ^ vrai om &êxx.y à^ Secsjée.^ se^tevs^t la }/l^çédçme, buttât les gé^ néraux, {Ipm^s^ et s'avançait jus/(|u^en Th^ssaifib.
"* {Sut., Un niiùp.àiid, ^ 2, 2P^ >OëCC« <Ae tPt^ ipaft fkas' txtâOk t^hUopœlMa -fil BWHliàr bfafio^à^. de ge^ h Sparte, Mfà» Wssque Fon <ia^ fisqua les biens de Nabis , personne n'osa lui en offrir- une part , ni niêine lui en pai^r. — PoÇb. , eartr, Const, Porph. , 58. « Philopoemen n'obéissait pas safis délai aux Rofflain» , comme Aristène. Si la cbose était contraire aux ^traités , il TQii|ai;t qu'on eût re^pws swi^, remontrances , pais aux prières, enGn qu'on prît les dieux à témoins, et que l'on obéit, u
Les Achéens voulurent profiter de ce moment pour réduire ;^arte , soulevée contre eux par les intri^ gués de Rome. MéteUus^ vainqueur de la Macé* doine, leur fait dire à G3rinthe^ qu'à partir de ce moment, Corinthe, Sparte, Argos, Héraclée et Orchomène, cessent de faire partie de la ligue achéenne. L'indignation du peuple fut telle, qu'il massacra les Laoédémoniens qui se trouvaient à Corintbe. Les commissaires romains n'eurent que Je temps de prendre la £uite. Les députés que Mé* lellus envoya, pour les amuser encore , furent rei^ vqjrés avec honte , et la ligue achéenne , détermi* née à périr au moins glorieusement, osa déclarer la guerre à Rome. Les Béotiens et ceux de Chalcis^ furent les seuls qui voulurent partager la ruine dea Achéens. Vaincus en Locride, les confédérés tinrent ferme à l'entrée de Tisthme, à Leucopetia. JDans cette dernière et solennelle bataille de la lî-^ berté, les Grecs avaient placé sur les hauteurs leurs, femmes et leurs enfans pour les voir mourir. lï n'est pas nécessaire d'ajouter que la tactique ro^ maîne triompha encore. La Grèce fut vaincue.
Qui osera dire qu'elle devait tomber sans çom-t bat?
Le barbare Mummîus prit la belle «Corinthe (i 46), vendit le peuple, brûla la ville , porta sa main grossière sur les tableaux d'Apelle et les statues de- Phidias. Le vainqueur stupide voyant le roi de^
Pergame offrir cent talens d'un tableau : Il f(iuê\ dit-il, qu* il y ait quelque vertu magique dans cettetoile; et il l'envoya à Rome. Prenez garde ^ disait-il aux entrepreneurs qui se chargeaient de transporter ces chefs-d'œuvre en Italie^ prenez garde de les gâter ; s^ous seriez condamnés à tes refaire. C'est devant un tel homme que les traîtres qui avaient vendu la Grèce , accusèrent solennellement les statues des héros de la liberté , d'Aratus et de Philopœmen,. Je suis fâché qu'il se soit trouvé un Grec pour les défendre , et pour sauver cette honte au vainqueur. Le froid et avisé Polybe, client des Sci-. pions ^ y s'honora à peu de frais en parlant pour cea.
* C^est le Comines de Tantiquité. Il racontç daji&^es ambassades (n** 73), comment il se lia avec Scipion Emilien ^ il fait beau voir Tadresse et Télexante flatterie du Grec. Invariablement fidèle au succès , pour les Achéeos GQOtiis*Cl^B[iène, pour les Romains contre les Acfaéens , pour les Carthaginois contre l^s mercenaires et les Africains révolté». Il fiiit. an^ caricature 4^ riLisdnibol , qui soutint avec tant d^obstination le siège mémorable de la troisième guerre punique ; il le représente comme un roi de théâtre, nvec un ^itts ventre, et un visage fonge. Extr. Const. , Porph, , 83. Il . &*achanie sur un, malheureux que les Romain^ se fîr^t liTix^ par le loi d'Egypte \ il lui reproche d'avoir voulu échapper. Ihid , 68. -7» Il justifie la cruauté des Achécns à IVgard de Mantinée , celle d^Antigonus et d'Aratus à regard du tyran d'Argos / Aristomaque , quHls firent jeter à la mer près de Cenchrée , Ut. II ; il blâme l'histarien Phylarque de montrer de la compassion . pour Aristomaque. — Polybe est certainement- un historien judicieux. J'aimerais mieux pourtant qu'il p^eût pas comparé ( lib. X ) Scipion et Lycurgue ) et qu'il eût tancé moins niaisement le grand Hannibal ( au commen-' cernent du livre III ). — Polybe n'a vu qwe le côté extérieur de Rome.
9H)F|$ illustres y qui y probablement ^ n'auraietit pa& voulu être justifiés de leur opposition aux intérêts de Rome.
La même année où la Grèce et la Macédoine de* venaient provinces romaines^ tombait aussi l'an-* cienne rivale de Rome. 1 46 ans avant notre ère y Carthage et Corinthe furent ruinées. Numance sui-r vit de près. Les Romains, trouvant suffisamment afiSaibUs les ennemis qu'ils avaient jusque-là mén»^ gés, ne se contentèrent plus d'être les. arbitres des nations^ ils en voulurent devenir les maîtres ab-^ 6olus.
Par le traité qui termina la seconde guerre puni^ que, Rome avait lié Gàrtbage/et lui avait attaché un vampire pour sucer son sang jusqu'à la inort ; je parle de Tinquièt et féroce Massinissa, qui vécut un siècle ]tour le désespoir des* Carthaginois. Ce barbare, à l'âge de quatre-vingts et quatre-vingtdix ans, se tenait nuit çt jour à cheval ^ , acharné à la ruine de ses voisins désarmés. Il leur enlève une prQvince en 199, une en 198, une autre en i8si.
Machiavel et Montesquieu ont le tort grave de la regarder presque toujours par les yeux de ce Grec.
Ces détails, et presque tous teux qui suivent jusqu'à la fin du livre, font tirés d'Appien. AmsteK, iero. t. I, Gutms iVAfntfue et d'Es-
Les Carthaginois tendent aux Romains des mains suppliantes. Rome leur envoie^ dès la premièTe usurpation^ Scipion l'Afiîcaiu^ qui voit Tinjustiee et ne veut point rarrêter. En i8i , Rome garantit le%errit<Mre carthagincMs ; et quelques années après , éUe laisse le Numide s'emparer encore d'une pro* yinoe et de soixantenliK villes et villages. Cardia^ prie alors le sénat de déâder une Ibis ce qu'elle dtul perdre^ ou, ^'il ne veut point la protéger ccHnme alliée^ de la défendre eomme sujette. Les Romains , qui ^aaignaient alors qu'elle ne s'unit à Persée (jij^)^ afiEcctèrent une igénéreuse indignation eontre Massinissa. Caton fiit envoyé en Afrique^ maïs il se montra si partial, que les Cffirthaf^nois re&isèrent d'accepter son arbitraig^. Cet homme dur et vindir acatîf ne Je leur psurdonna point. £n traversajit leur T^Bys y il avait semarqué Taocrèissement extraordinaire de la richesse ^et de la population. Il craignft -ou parut «raindre que -Garthage ne redevint redoustable^UK Romains. A son retour, il laisse tomber 4ie sa robe des figues de Lybie ; comme on en ad- ^mrait la beauté, la tetre qui les parte ^ dit-41^ n^est gua trois journées de Rome. Dès-lors, il ne prononça
aucun discours qu'il n'ajoutât en terminant : et de
piusj je pense qi^il faut détruire Carthage*
L'occasion vint bientôt. Trois factions déchi- 4:"aient cette malheureuse viUe : la romaine, la numide, dont le chef était Hannibal le moineau (h
làiîhe ?)y et le parti des patriote^ à la tête duquel se trouvait Hamilcar le Samnite (rennemi de Rome ?). Ces derniers étant parvenus à diasser les partisane de Massinissa^ le Numide attaque les Carthaginoise qui perdent enfin patience et prennent les armes«. Mais il les enferme^ les a£Eame et leur détruit cinquante^iuit mille hommes. Rome avait envoyé ded députés à Massinissa^ pour acheter des éléphans* Leurs ordres sécréta étaient d'imposer la paix si Massinissa était vaincu, de laisser continuer Ift guerre, s'il était vainqueur. L'un de cea*Roniains, le îeune Scipion, qui devait un jour ruiner Carthage^ voyait tout d'une hauteur , et jouissait de la ba^ taille j dit-il lui-*même, commç Jupiter du haut de rida.
Les patriotes vaincus furent à leur tour chassés de Carthage , et Rome déclara qu'elle punirait cette ville d'avoir violé le trsdté. En vain les Carthagi-» Hois demandent quelle satisfaction on exige d'eux : Vous devez le savoir, dit le sénat , sans vouloir au-^ t rement s'expliquer. Dès que la trahison a livré Utique aux Romains , ils éclatent. La nouvelle de la guerre part avec la flotte et quatr^vingt-quatre mille hommes. Point de paix s'ils ne livrent troia cents otages ; à ce prix^ ils pourront conserver leurst lois et leur cité. Les otages livrés, on leur demande leurs armes ; ils appointent deux mille machines et deux cent mille armures complètes. Alors le consul
leur annonce l'arrêt du sénat : Ils habiteront à plus de trois lieues de la mer , et léurviUe sera ruinée de fond en comble. Le sénat a promis de respecter la ! cité ^ c'est-à-dire les dtoyens ^ mais non pas la ville. !
Cette indigne équivoque rendit aux Carthaginois la rage et la force. Les éloigner de la mer, c'était leur ôter le commerce et la vie même. Ils appellent les esclaves à la liberté. Ils fabriquent des armes avec tous les métaux qui leur restent : cent boucliers par jour , trois cents épées, cinq cents lances, mille traits. Les femmes coupent leurs longs cheveux pour faire des cordages aux machines de guerre.
Les consuls furent repoussés dans deux assauts , leur camp désolé par la peste, leur flotte brûlée. Les Carthaginois , comme les dévoués des modernes armées musulmanes, nagent tout nus jusqu'aux vaisseaux, jusqu'aux machines pour les incendier. Près de la ville se forme une nouvelle Carthage , où les Africains afQuent chaque jour. L'armée romsûne court risque trois fois d'être exterminée.
Le jeune Scipion Emilien, fils de Paid Emile, adopté par le fils du grand Scipion , qui , simple tribun, avait sauvé l'armée dans une de ses rencontres , demandait l'édilité ; le peuple l'éleva au consulat. Il revint à temps pour dégager le consul prêt à périr , isola Carthage du continent par une
Il ^
muraille', cde la mer par une prodigieuse digue.
Mais les Carthaginois firent un travail plus merveilleux encore : hommes, femmes, enfâns, tous enfin X}ls étaient encore sept cent niiille) percèrent sans bruit dans le roc une autre entrée à leur port , et lancèrent <iontre les Romains étonnés une flotte construite avec les charpentes de leurs maisons démolies. Scipion battit cette flotte, et la renferma en établissant sur les bords de la mer des machines (jui battaient le passage. D'autre part , il avait pris la ville nouvelle qui s'était élevée pour la défense de l'ancienne. Celle-ci mourait de faim, mais ne songeait pas à se rendre. Scipion force enfin l'entrée de Carthage. Mais les Carthaginois défendent les trois passages qui y conduisent ; ils jettent des porits d'un toil à l'autre. Les rues étroites sont bientôt comblées de cadavres; les soldats n'avancent qu'en déblayant le chemin avec des fourches , et jetant pêle-mêle dans des fosses les vivans et les morts. Ce combat dura de maison en maison pendant six nuits et SIX jours. Cinquante mille hommes enfermés dans la citadelle, demandèrent et obtinrent la vie. Les transfuges occupaient encore le temple d'Esculape , sentant bien qu'il n'y avait pas de grâce pour eux. En vain Scipion leur montrait prosterné à ses pieds le lâche Asdrubal, général des Carthaginois. Sa femme, qui était restée avec les derniers défenseurs de Carthage , monte au sommet du temple , parée de ses plus beaux habits.
prononce des imprécations contre son indigne époux , poignarde ses enfans , et se lance avec eux dans les flammes.
On dit qu'à la vue de cette épouvantable ruine, Scipion ne put s'empêcher de verser une larme, non sur Carthage, mais sur Rome, et de répéter ce vers d'Homère :
Et Troie aussi vérta u fiitile journée.
Malgré les imprécations des Romains contre ceux qui habiteraient la place où avait été Carthage, elle se releva sous Auguste. D'abord, Caîus Gracchus y avait marqué l'emplacement d'une colonie. Mais les loups déplacèrent pendant la nuit les bornes qui indiquaient les limites ; et le sénat ne permit pas que ce projet fut exécuté. ( F. plus bas, César et Auguste.)
Ce fut encore l'ami de Polybe, Scipion Émilien, que le sénat chargea de ruiner Numance après Car* thage. Cet homme, de manières élégantes et polies, tacticien habile et général impitoyable, était alors partout le monde l'exécuteur des vengeances de Rome^ Il fit de Carthage un monceau de cendres, condamna tous les Italiens qu'il y prit à être foulés
' On connait de nos jours le bon ton et la férocité des généraux nisses. Tels étaient à peu pi-ès ces Romains lieUénisés.
aux pieds des éléphans ^ ;, de même que (dus tard il coupait les mains aux Espagnols.
Heprenons de plus haut les guerres d'Espagne.
Les brillans succès de Caton, qui se vantait d'avoir pris quatre cents villes (19Ô), ceux de Tib. Sempronius Gracchus (179-8), qui en prit trois cents , avaient assuré aux Romains l'Espagne entre rÈbre et les Pyrénées, l'ancienne Castille avec une partie de la nouvelle et de l' Aragon (Carpétans, Celtibériens, etc.). Dans l'Espagne ultérieure j ils avaient soumis, parles armes de P. C. Scipion, de Posthumus etde plusieurs autres (iqS-i 78), le Poiv tugal , Léon et l'Andalousie (Turdétans , Lusitaniens et Vaccéens).
' Oa plutôt il les ût jeter aux lions. Val, kfai. , it, e. f. C'est son père, Paul Emile , qui traita ainsi les Italiens qu'il trouva dans l^armée de Persëe, ^Scipion protégeait les lettres. C'était Fami de Polybe, le patron de Térence, dont les Romains lui attribuaient les comédies. Scipion daigna ne point démentir ce bruit , et n'en laissa pas moins le poète mourir de fiiim.
Porcii Licitaii Fragmentunt ; ex t)onato , in oità Tereniii :
Dam latciviam nôbitiùm et filcoaA* laad6« petit ,
DvDi Âfricani fOti dWina inhiak ATÎdis «aribiu ^ Dam ad Fariam «e cœnitare et Lœliam pulchmm patat , Dam se amari ab htsce crédit, erebro in Albanam rapi Ob florem «talit sus t ipsus sabla tis i^eba< àd sommâm inopiam redtetos est^ Itaqae è coaspeeta omniam abit in Graeciam, in terram altimam. Mortuas est in Stympbalo Arcadis oppido : nihil Pablio* Sciplo profait , nîbil eiLeetiils , nihil Farias , Très per idem tampni qoicogitabant hobilea facilIimA. £omm ille operâ ne domam qaidem habait condactitiam « Saltem nt esset qao referrei obitam domini serrolai .
Les Romains traitaient PEspagne à peu près comme les Espagnols traitèrent TAmérique nouvellement découverte. Il semble qu'ils niaient vu dans ce beau pays que ses riches mines d'ai^ent. Le triomphe était décerné aux magistrats qui rapportaient le plus de lingots dans le trésor public. Le sénat laissait aux proconsuls d'autres moyens de s'enrichir eux-mêmes. Ils se saisissaient du blé des habitans ^ le taxaient à un prix énorme et affamaient le pays. De pareilles vexations auraient poussé à bout les hommes les plus pacifiques. Qu'on juge si les Espagnols les supportaient.
Ce peuple intrépide, où les femmes combattaient comme les hommes , où il était inoui qu'un mourant poussât un soupir, pouvait être vaincu cent fois, jamais sjibjugué. Après une bataille, ils envoyaient dire aux Romains vainqueurs : Nous çqus permettrons de sortir de l^ Espagne^ à condition quje vous'nous donnerez par homme un haJbitj un, cheval et une épée. De prisonniers , il ne fallait pas songer à en faire. Lè|s Espagnols étaient les plus mauvais esclaves. Ils tuaient leurs maîtres, ou si on les embarquait, ils perçaient le vaisseau et le faissôent couler bas. Ils portaient habituellement du poison sur eux, pour ne pas survivre à une défaîte.
Cette guerre intermins^le, dont la prolongation déshonorait tous ceux qui croyaient l'avoir mise à fin, poussa lés généraux Romains aux résolutions
àe la plus atfôce perfidie. Un Lucullus, dans lâ Cettibérie^ un Galba ^ dans là Lu^itanîe^ ofifrent des terres fertiles aux tribus espagnoles qu'îb ne pouvaient vaincre, les y établissent, les dispersent arinsi et les massacrent. Galba seul en égorgea trente mille (i5i).
Il n'aTaît pu tout tuer. Un homme s'était échappé, qui vengea les autres. Viriathe était comme tous les Lusitaniens, un pâtre, un chasseur, un brigand, un de ces hommes aux pieds rapides , qui faisaient leur vie de la guerre, qui connaissaient seuls leurs noires montagnes {sierra morena)^ leurs broussailles, leurs défilés étroits, qui savaient tantôt tenir ferme, tantôt se disperser au jour pour repa raîtreausoir, et s'évanouir encore , laissant derrière eux des coups mortels, et bondissant sur les pics, sur les corniches des monts et par les précipices , comme des chevreuils ou des chamois.
Il défit successivement cinq préteurs (i 49-1 45)', enferma dans un défilé le consul Fabius ServilianuS, et le força de eonclure un traité entre le peuple romain et Viriathe (i4i)- I^e sénat ratifia le traité, et fit assassiner Tiriathe pendant son ôoitimeil. Cet homi9âe n'était pas uft chef de bande ordinaire. H érvait cherché à unir serf Lusitaniens aux Celtibé^ riens, seul moyen de donner à l'Espagne ce qui lai manquait pour être plus forte que Rome, l\inité. ■Sa mort romjnt une alliance si dangereuse aux Ro-
ttiains. Toute la guerre de Celtibérie se ooliceAtfà dans Numançe, capitale des Arvaques. Là s'était réfugiée la peupk^e des fiellee, chassés de leur ville de Ségéda. Numance refusa de les livrer, et soutint pendant dix ans tout l'effort de la puissance romaine (i43-i34). Cette ville, couverte par deux fleuves, des vallées âpres et des forêts profondes, n'avait^ dit-on, que huit mille guerriers. Mais probablement tous les braves de l'Espagne venaient tour à tour renouv^er cette population hçroïque. Pompéius fut obligé de traiter avec euv. Mancinus n'échappa à la mort qu'en >se livrant lui et son armée. Brutus et ^Smilius furent forcés par la famine de lever le siège. Furius et Calpurnius Pison ne furent pas plus heureux. Pas un Romain n'osait désormais regarder un Numantin en face. Pas un à Rome ne voulait s'enrôler pour l'Espagne. Il fallut faire à la pelâfte ville espagnole l'honneur d'envoyer contre elle le second Africain, le destructeur de Carthage.
Scipion n'emmena en Espagne que des volontaires, amis ou cliens^ fO^nt îknv, comme il les appelait ; en tout quatre mille hommes. Il commença par une réforme sévère de la discipline ; il retrempa le caractère du soldat, en exigeant de lui d'immenses txavaux. Il campait et décampait, élevait des murs pour les détruire , et peu à peu se rapprochait de Numance, Il finit par l'entourer d'une circonvalla-
lîon d^Hle lieue d'étendue, et d'uije conireyallsi^ tion de deux lieues. Non loiii de 1^1 fl.élieya un mur de dix pieds de haut, sur huit d'épaisseur ; avec de* tours et un fosse lierissé de pieux. H fer^ia le Douro, qui traversait Numance, avec des cables et des poutres ann.ées de pointes de ieiç^., Ç'étai^ la, p»*eniière fois qu'on enfermait de lignes une yiU^.jjp^ ne refusait pas de combatti:e. .
" Le plus vaillant des Numantins, Retogènes Caraunius , c'est ainsi que le nomme Appien % se fit jour avec quelques autres, et, l'olivier à la main,, courut toutes les villes des Arvaques, pour obtenir du secours. Mais ces villes craignaient trop Scipion. La plupart ordonnèrent à Retogènes de sortir sans, l'avoir entendu. La seule Lutia semblait s'intéresser au sort de Numance. S<»pion la surprit, exigea qu^oa lui livrât quatre cents habitans, et leur fit couper les mains.
Les Numantins , désormais sans espoir , se trouvaient réduits aune horrible famine. Us en étaient venus à se manger les uns les autres. Les malades y avaient passé d'abord; puis les forts commencèrent à manger les faibles. Mais dans cet horrible jrégime, le cœur et les forces finirent par leur njan-
* Les Hispaniques d' Appien (t. 1 , p. 483-505) font ici la source principale. Nons n^avons du i*este que quelques mots des abrétialeurs Yellcius , FUrua, etc.
ouçr. N'ayant pu obtenir au moins de périr eij combattant , ils livrèrent leurs armes et demiançlèT rent un délai , alléguant qu'ils roulaient se donner à mort. Scipion en réserva cinquante pour le triomphe.^ .. . . ..J
La so\imissîon de îa Macédoine, çt la ruine de fcôHnthe, de Carthageetde Numapce, mirent Tunivers aux pieds de Rome.
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