CLAUDE
(An de Rome 793-807. — De Jésus-Christ 41-55.)
État de l'empire après la mort de Caligula. — Élévation de Claude à l'empire. — Son
. portrait. — Son gouvernement. — Rejet de la loi Cintia. — Maladie de Claude, — Dénombrement et travaux publics. — Descente en Bretagne. — Triomphe de Claude à Rome. — Sôn fils est surnommé Britannicus. — Premiers exploits de Vespasien et de son fils Titus. — Crimes de Claude et de Messaline. — Mort de Valérius Asiaticus. — Mort de Poppée, femme de Scipion. — Conspirations déjouées. — Désordres de Messaline. — Retour de Claude à Rome. — Mort de Messaline. — Union de Claude et d’Agrippine. — Adoption de Néron par Claude. — Guerre en Bretagne. — Guerre en Germanie. — Dissensions dans l'Orient. — Actes de perfidie et de férocité de Rhadamiste - Crimes d'Agrippine. — Mort de dix-neuf mille prisonniers dans une naumachie. — Mort de Claude.
Le conjurés n’avaient eu qu’un seul but, celui de délivrer Rome d'un tyran sanguinaire. Lorsque la nouvelle de sa mort se répandit, on craignit, dans les premiers instants, que ce fût un faux bruit, etla peur fermait encore les cœurs à la joie; mais dès que les consuls furent certains que Caïus n'existait plus, ils convoquèrent le sénat... La honte du joug ralluma quelques étincelles de l’antique amour pour la liberté: le consul Saturnius retraça vivement les malheurs dont Rome s'était vue la victime, depuis qu'elle avait reconnu des maïtres. Au tableau de
[41-55 de J.-C.] CLAUDE. 141 la gloire et de la grandeur de la république, ‘il opposa celui des affronts et des supplices qui venaient d’avilir, d’ensanglanter Rome sous le sceptre de Tibère et de Caïus. Comparant l'intrépide Chéréa à Brutus et à Cassius, il le déclara plus digne d’éloges que ces deux illustrés Romains. Les uns n’avaient peut-être frappé un grand homme que par esprit de faction et de rivalité ; l'autre, animé par de plus nobles sentiments, au péril de sa vie, délivrait.la terre d’un monstre. |
.«Ne nous montrons pas indignès de lui, ajoutat-il'; « imitons son généreux exemple; Chéréa brise nos chai- « nes, ressaisissons nos droits; il a détruit le tyran, dé- « truisons la tyrannie. »
De telles paroles, qui depuis si longtemps n avaient pas retenti dans l’enceinte du sénat, enflammaient tous les csprits; le consul proposa l'abolition des titres d’empercur et de césar; le sénat adopta unanimement son avis. Il décréta le rétablissement du gouvernement républicain; et; soutenu par l’assentiment de quelques cohortes prétoriennes, il s’empara du Capitole.
Un esprit tout contraire animait les plébéiens; le peuple, trop loin du sceptre pour en craindre les coups, préférait la puissance d’un monarque à l’orgueil des grands ; il jouissait sous les empereurs d’une licence conforme à ses mœûrs; il trouvait son repos dans son obscurité; la politique des césars le satisfaisait par des distributions fréquentes d’argent et de blé; la magnificence d’une cour lui prodiguait lesfêtes et les combats de gladiateurs;-enfin les supplices.quin'épouvantaient que les patriciens,étaient en: core des spectacles pour cette multitude envieuseet cruelle.
Le souvenir de la république ne lui rappelait que des guerres perpétuelles, des levées rigoureuses, des lois sé- . vères, et la domination odieuse de la noblesse.
Les prétoriens étaient encore plus éloignés de tout sentiment républicain; ils regrettaient un trône dont ils se trouvaient les gardiens et presque les maitres.
La garde étrangère voyait son existence inséparable de celle des tyrans, qui la payaient avec prodigalité pour dissiper leurs terreurs et paur exécuter leurs vengeancés. La masse presque entière de l'empire préférait le repos, sous un chef, au renouvellement des guëérres civiles, et aux tyrannies alternatives de plusieurs grands ambitieux ; enfin toutes les passions basses, qui naissent de la faiblesse et de la corruption, précipitaient la majorité de la nation dans la servitude. La liberté n'avait pour elle que de nobles et faibles souvenits, . rappelés vainement par un petit nombre d'hommes courageux.
Cependant leur ardeur, la justice de leur cause ét l’autorité du’ sénat auraient pu, dans unè circonstance si favorablé, lutter encore quelque temps pour la liberté; mais le hasard, qui souvent a plus d'influence que lei combinaisons dés hommes sur la destinée des États, décida en peu d’instants du sort de l'empire.
Quelques soldats qui parcouraient le palais aperçurent derrière une tapisserie Claude, frère de Germanicus et oncle de Caligula ; ee faible prince, transi de frayeur, se cachaït timiéement pour éviter le sort de sa famille immolée; ils le saisissent, le portent tout tremblant sur leurs épaules, le montrent à leurs compagnons, le proclament . empereur ; et ce prince, qui leur demandait la vie, reçoit le sceptre de ces mêmes mains dont il attendait la mort.
Le sénat, informé de-cet événement, chargea un tribun du peuple d’ordonner à Claude d’attendre le résultat de ses délibérations. Le prince répondit qu il n’était plus le maître de ses-volantés, et que san ami Hérode-Agrippa: tétrarque de Judée, qui se trouvait alors à Rome, lui consoillait de ne pas se rendre aux ordres du sénat. Le peuple agité se déclarait en faveur de Claude; les soldats menaçaient, le sénat se divisa. Dès qu’on délibère entre la liberté et la servitude, on mérite d’être esclave. Le sénat céda et proclama Claude empereur.
Claude, pour s'assurer l'appui de l’armée, promit quinze
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mille sesterces à chaque légionnaire : achetant äinisi le trône qu'on lui donnait, il fonda le gouvernement mill taire, gouvernement qui réunit en lui seul tous les vices du despotisme et tous les dangers de l'anarchie. Loïsque Claude fut élevé à l'empire , il était âgé de cin: quante ans (an 41); il avait vécu das l'obscurité sur les ” mafches du trône ; il n'était pas dépourvu d'esprit, mais dé caractère ; il ne manquait pas de lumières, mais d'action : : sa faiblesse approchait souvent de l’imbécillité. Cependant livré dans sa jeunesse à l'étude des lettres, il écrivit, par le conseil de Tite-Live, une histoire de Carthage. Auguste avait augménté l'alphabet de la lettre x ; Claude y ajouta trois lettres qui ne furent en usage que sous son règne. On citait dé lui plusieurs pensées ingénieuses, plusieurs mots remarquables; il voulait le bien et fit le mal; fl avait l'esprit juste ; mais ses infirmités corporelles ét ses excès dans tous les genres de débauthes l'abrutirent. Sa figure était belle; mais ses genoûx étaienttremblants et sa démarche incertaine. Sa vie privée fut honteuse; ses femmes ‘et ses favoris immolèrent tn grand nombre de victi mes à leur cupidité ou à leurs jalousies: Néanmoins, comme ses ministres ne manquaient pas d'habileté, l'empire ne perdit sous son règne ni sa force ni sa grandeur; il étendit même ses limites. “ nt Dans les premiers moments de son administration, s’ef. forçant de vaincre sa faiblesse, il fit des attes sages et dignes d'éloges. Les édits cruels de Caïus fürent abrogés, les portes des prisons ouvertes; les bannis rentrèrent dans leurs foyers, et les ministrés du prince obtinrent même difficilement de lui, pour sa propre sjreté, la condamnation de Chéréa et de ses complices. : La fin de Chéréa fut digne de sa vie, il ne montra ni faiblesse ni repentir, soutint Es avait défendu l’humanité, la justice, la patrie, la liberté, et demanda pour toute grâce l'honneur de mourir percé du même glaive qui avait frappé le tyran. : HE NES
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Claude ne voulut accepter aucun des titres fastueux donnés à ses prédécesseurs ; il défendit qu'on lui rendit aucun des hanneurs réservés aux dieux, ne prit aucune décision sans l’avis des consuls, et montra en toute occasion une grande déférence pour le sénat. Loin d’accueillir les délateurs, illes fit poursuivre, et condamna ceux qui étaient convaincus de calomnie à combattre contre les bêtes féro- . ces, leurs semblables. Il assistait régulièrement aux audiences des juges ; les.arrèts qu’il rendait lui-même étaient dictés par l’équité. Une mère désavouait son fils ; il la condamna à l’épouser, et l’obligea ainsi à le reconnaître.
Dans ce temps, une grande cause occupa les esprits. Le consul Silius provoqua le renouvellement de loi Cintia, qui défendait aux avocats de recevoir de l'argent. Il rappelaït à l’appui de son opinion les antiques mœurs et les exemples glorieux de tous ces grands hommes, ornements de la république, qui donnaient et ne recevaient pas, qui consacraient leur éloquence à la défense des innocents, et qui, ambitionnant avec autant d’ardeur la gloire de la tribune que celle des armes, et l'honneur de protéger le pauvre opprimé . que celui de triompher d’un ennemi redoutable, ne voulaient d'autre salaire que la reconnaissance publique. | | : s
” Les avocats, s’opposant à son avis, représentèrent, à l'appui de l'usage, la pauvreté actuelle de la plupart des sénateurs, les dépenses que coûtaient de longues études, la nécessité de s’indemniser de tant de frais, et ils ne rougirent pas de citer en leur faveur les exemples honteusement fameux de Claudius et de Curion. |
Quand la cupidité lutte contre la vertu, son succès est rarement douteux; les avocats gagnèrent leur procès; mais l’empereur, mettant ur frein à leur avidité, réduisit et fixa leur salaire à cent cinquante livres par cause.
La douceur et la modestie de ce prince, pendant. les premiers temps, le faisaient chérir. Étant arrivé à Ostie, il tomba malade : on fit courir le bruit de sa mort, et le
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peuple, le croyant assassiné, se souleva, menaça les sé-
nateurs, et ne s’apaisa qu’en apprenant que l’empereur existait. Une disette, survenue quelque temps après, donna
une nouvelle preuve del’inconstance de la multitude ; elle
passa de l’amour à la haine, et insulta publiquement l'em-
pereur, qui depuis ce moment eut soin d'équiper tou-
. jours un grand nombre de vaisseaux chargés de l’appro-
visionnement de Rome.
Le dénombrement ordonné par Claude produisit six millions huit cent quarante mille citoyens. Les hommes habiles qu’il employait signalèrent leur administration par de magnifiques ouvrages; on construisit un aqueduc qui portait une eau salubre jusqu'à la plus haute des sept montagnes; on finit le port d'Ostie ; enfin les canaux ouverts pour dessécher le lac Fucin grossirent les ondes du Tibre et le rendirent plus navigable.
Claude; voulant prouver sa reconnaissance au tétrarque Hérode-Agrippa, joignit Samarie à ses États. Ce prince usa mal de ses bienfaits : ce fut lui qui commença la persécution ges chrétiens, et qui fit emprisonner saint Pierre, le premier des apôtres.
Les armes romaines rétablirent Mitbridate dans. le royaume d’Ibérie, un autre prince du même nom dans la Cilicie, et Antiochus dans la Comagène. En ce temps la Bretagne , aujourd’hui l’Angleterge , était divisée en plusieurs principautés : un des princes qui régnaient dans ce pays espérait s’agrandir avec l'appui de Rome ; il se soumit à Claude, et l’invita à faire passer des légions dans cette île, pour y établir sa domination. Plautius, chargé par l’empereur d'exécuter cette entreprise, éprouva beaucoupderésistance de la part de ses propres’ soldats. Ils avaient oublié les exploits de César, et se plaignaient qu’on voulût les conduire au delà des bornes du monde; enfin ils obéirent. Plautius défit plusieurs fois les fils du roi Cynobélinus ; et Claude, voulant recueillir personnellement:-la gloire de ces succès, partit de Rome, traversa la Gaule, et descendit en Bretagne.
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