‹ Histoire RomaineChapitre 12 sur 73 · EMPIRE. [de J.-C · texte numérisé non relu

EMPIRE. [de J.-C

L'histoire ne donne aucun détail de ses actions ; on sait

seulement qu’il soumit une grande partie du pays, et que les légions Ini donnèrent le tite d’imperator. Pompée- et Silanus, ses gendres, le précédèrent en Italie ; il rentra dans Rome en triomphe ; Messaline , sa femme, le suivait sur un char. Le sénat donna à son fils le surnom de .Britannicus. Ce fut dans cette guerre que -Vespasien, lieutenant de Plautius, fonda sa brillante renommée qui, plus tard, lui valut l'empire. Ilse couvrit de gloire dans quarante combats, prit vingt villes, et s’empara de l'ile de Wigt. Titus, son fils, se distimgua par sa valeur et par sa modestie. Le sénat accorda l’ovation à Plautius, et les orneménts triomphaux ainsi que.le consulat à Vespasien. . Claude ne put lutter plus longtemps contre la nature : ses efforts pour vaincre son caractère avaient épuisé ses forces ; il retomba dans son indolence, et livra l'empire comme sa personne aux caprices de l’impudique Messaline et à la cupidité de ses affranchis , Pallas et Narcisse , qui régnèrent sous son nom, et changèrent un prince naturellement juste et doux en tyran avare et sanguinaire.

Les gendres de l’empereur , Pompée et Silanus, furent leurs premières victimes ; ils immolèrent à la jalousie de Messaline deux princesses, filles de Drusus et de Germanicus. Un sénateur généralement estimé, Valérius Asiaticus, possédait les jardins magnifiques de Lucullus ; Messaline lui enviait cette propriété : elle le fait arrêter , l'accuse de conspiration , et lui reproche d’avoir commis un adultère avec Poppée, femme de Scipion. Valérius se défend avec courage, rappelle ses exploits, ses services , et prouve son innocence. (An de J.-C. 48.) Claude, touché de sa justification, se montrait prêt à l’absoudre, lorsque Vitellius, ,se prétendant ami de l'accusé, mais lâchement dévoué à l’impératrice, prend la parole , et, feignant le plus tendre intérêt pour un ancien compagnon d'armes, convient, en pleurant, d’un crime qui n'existait pas, implore hypocritement la clémence de l'empereur, et demande pour

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grâce qu’oh laisse à Valérius le choix du genre de sa mort.

Valérius , indigné, se tut: las des tyrans et de la vie, il rentra dans ses foyers, se fitouvrir les veines , et ordonna froidement qu’on plaçât son bûcher assez loin pour que la flamme ne pûüt pas endommager les arbres de son jardin.

. Poppée, recevant son arrêt, se donna la mort. L'empereur, livré aux débauches, ignorait tellement les condamnations cruelles prononcées en son nom, que, peu de jours après , voyant à sa table Scipion, il lui demanda pourquoi il n'avait pas amené avec lui sa femme EOppes : «Le sort en a disposé, » répondit celui-ci.

Les hiens que les confiscations énisnient aux condamnés tomhaient dans les mains des affranchis : ils acqué- * raient d'immenses richesses en trouvant des -crimes à

l'innocence et-en vendant l'impunité aux coupables. L’empereur, gouverné par eux, les élevait aux premières dignités de l'État ; et, tandis que Rome gémissait de leurs rapines, ils vantaient leur désintéressement et louaient en plein sénat la modération de Narcisse, qu'on savait possesseur de plus de cinquante millions de sesterces. Ces désordres et la faiblesse du monarque excitaient l’indignation publique ; le peuple manifestait ouvertement son mépris pour Claude, Un jour, en rendant la justice , il se plaignait de sa pauvreté, on lui répondit qu'il pouvait facilement remplir son trésor. avec les seules dépouilles de ses affran-

Statius Corvinus et Gallus Asinius, patriciens illustres, ne pouvant supporter.la honte de voir Rome opprimée par deux esclaves et par un imbécile, formèrent une conspiration ; elle fut découverte et punie par de nombreux supplices, Bientôt une conjuration plus redoutable éclata. Furius Camillus, qui commandait en Dalmatie, prit le nom d’empereur, se fit reconnaitre par ses légions, et envoya l'ordre à Claude de lui céder l’empire.

Ce lâche prince voulait obéir, pourvu qu'on lui permit

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de vivre: ses favoris le forcèrent à régner. Les légions, inconstantes comme le peuple, ne persistèrent que cinq jours dans leur révolte, et livrèrentle chef qu’elles avaient nommé. Mais, depuis ce moment, rien ne put cafmer les terreurs de Claude : on fouilait tous ceux qui l’approchaient; sa garde visitait avec soin toutes les maisons où il devait entrer, et comme il vit un jour daris le temple une épée qu'un saldat avait laissée tomber, il sortitavec précipitation, convoqua le sénat , et se plaignit amèrement des dangers auxquels il se voyait sans cesse éXposé. .

Dès que le prince se livre à la terreur, ‘il ouvre à la méchanceté les moyens les plus faciles de fortune et de puissance. Sous prétexte de veiller à la sûreté de l’empereur, ses favoris faisaient mourir tous ceux dontils convüitaient les richesses. Ce règne honteux coûta la vie à trente sénateurs et à trois cents chevaliers. Claude assistait quelquefois à ces supplices comme au spectacle : plus souvent il les ignorait. Un tribun étant venu lui annoncer qu’on vepait d'exécuter sa volonté et d'égorger un consulaire, il répondit : « Je n’avais pas donné l'ordre; mais puisque « c’est fait, je l’approuve. ».

Messaline, déjà déshonorée par un grand nombre de faiblesses, et-encouragée par ladulation, porta enfin l’impudicité à tel point qu’on ne pourrait écrire sans honte l’histoire de ses désordres. (An de J.-C. 48.) Elle se rendait publiquement dans les lieux de débauche dont le Hibertinage n’approche qu’en secret ; elle forçait les dames romaines à se prostituer en présence de leurs époux ; elle jouissait ‘de l'approbre dont elle eouvrait l’empereur, et se livrait sans rougir à des histrions, à des affranchis et même à des esclaves.

Claude seul, dans l'empire, ignorait sa honte. Catonius Justns, préfet des gardes, voulut dessiller ses yeux; Messaline le fit périr. Enfin cette femme, dont le nom est devenu un opprobre , égarée jusqu’au délire, conçut une. passion tellement violente pour Caïus Silius, consul désigné

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dont on admiraitlarare beauté, qu'elle le força derépudier Julia Silana, sa femme , citée dans Rome comme un modèle de grâces et de vertus.

- Messaline, sans frein dansses passions, sans voile dans ses plaisirs, se montrait partout publiquement avec l’objet de son arhour ; et, comme lé dit Tacite, ce qui paraîtrait une fable si toute la .cour êt toute la ville n’en avaient pas été témoins, bravant à la fois les lois, la décence, la raison, l’empereur et l’empire, elle épousa Silius, mêla son contrat avec d’autres actes, le fit signer” à Claude sans qu'il s’en dontàt, et, tandis que ce prince faisait un voyage à Ostie, trouvant l’adulière un crime trop commun, elle célébra solennellement son infâme mariage en présence du sénat, des soldats et du peuple.

Ces noèes sacriléges, cet outrage public à la pudeur, ce mépris insolent pour l'empereur et. pour Rome , excitaient l'indignation universelle ; mais la crainte la forcait au silence. Chacun condamnait Messaline , personne n'osait l’accuser ; et comme, dans cette cour infâme, il n’existait d'hommes libres que des affranchis, et que leur crédit pouvait seul balancer celui de l’impératrice, Caliste, Narcisse et Pallas osèrent:seuls se concerter pour informer leur maître de: son -déshonneur.

Cependant trop-d’exemples récents faisatent redouter la mort, que dictait un mot, un soupir, une caresse, un sourire de Messaline. Caliste et Pallas manquèrent de courage pour exécuter leur résolution : Narcisse y persista; mais, n'osant parler lui-même, il fit tout découvrir à l'empereur par deux courtisanes, Calpurnie et Cléopâtre. Lorsque, prasternées à ses pieds, elleslui annoncèrent le mariage de Messaline avee Silius, Claude, irrité, était pis disposé à les punir qu’à les croire.

Cléopâtre effrayée demanda qu’on fit venir Narcisse : cet affranchi confirma son rapport. « Il était trop dange- « reux, dit-il, dé vous ouvrir les yeux ; je ne vous aurais «a point parlé des faiblesses de lPimpératrice pour Titius,

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« pour Vectius, pour Plautius, ni même de son âdultère « avec Silius, des richesses qu’it vous a enlevées, des esaclaves qu'il vous a pris, de vos trésors qu'il prodigue a pour orner son palais, mais son dernier crime est trop « éclatant pour le taire. Apprenez enfin que vous êtes ré « pudié ; Silius a osé prendre pour témoins de ses noces « criminelles le peuple, le sénat et l'arméé. Si vous balan- «cez à frapper, Rome sera la dot de ce nouvel époux. »

Claude , moins indigné qu’effrayé, demande alors en trémblant s’il est-encore empereur, et si l’on n’a pas proôclamé Silius ; il fait interroger Turannius , préfet de l'annone ; Géta, commandant du prétoire ; leurs dépositions ne-lui laissant plus de doute , il court au camp pour s'assurer des cohortes prétoriennes, plus occupé de sa sûreté que de sà vengeance. Sa harangue fut courte; la nature du crime et un reste de pudeur l'empéchaient de none sur l’énormité du forfait.

Pendant ce temps , Messaline , ivre de crimes et de: vO= luptés, célébrait à la campagne la fête des vendanges : Silius, couronné de lierre, se montrait insolemment prés d'elle ; une foule de femmes sans pudeur, déguisées en ménadées, dansaient autour d'eux. Valens, un des acteurs de la fête, était monté sur un arbré. On lui demarida en riant ce qu’il découvrait; prophétisant alors sans le savoir, il dit qu'il voyait un creuse menaçant 86 ne Le côté d'Ostie.

Peu d’instants après, on apprend que Claude sait tout, que les prétoriens partagent sa colère, et qu'il revient à

Rome pour se venger. Les jeux cessent, la fête finit ; le vice et la honte commencent à connaître la crainte ; l’effroi prend l’apparence du remords ; tout fuit, tout se disperse: Messaline, comptant encore sur le prestige de ses charmes et sur la faiblesse de son époux, espère fermer ses yeux à l'évidence et rouvrir son cœur à la tendresse.

Avant de risquer une entrevue, elle charge ses enfants,

Britannicus et Octavie, de se rendre auprès de son époux,

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avec Vibidie, le plus ancienne des vestales, pout implorer sa clémence. Elle-même traverse enfin la ville pour aller au-devant de lui. Ses vices, pendant sa faveur , ne l’empêchaient pas d’être entourée de la foule des grands ; au moment de sa disgrâce, sa cour se trouva réduite à trois personnes; esclaves et favoris, tous l’avaient abandonnée. Ne trouvant point de char pour la porter, elle monta dans uñ tombereau d'immondices et continua sa route.

Narcisse et ses amis l’écartèrent ainsi que ses enfants, et les empêchèrent d'approcher de l’empereur; mais ils n'o- sérent arrêter la vestale.

: Vibidie conjura Claude de ne point condaninet sa femme sans l'entendre; il ne répondit rien: Narcisse dit qu'on l’écouterait un autre jour.

Messaline retourna dans les jardins de Lucollus. quelle avait achetés du sang d’Asiaticus; et, connaissant son époux, elle se flattait de régner encore s’il la voyait. En effet, déjà ce lâche prince s’attendrissait ; il lui échappa de dire: « Quand cette malheureuse Messaline viendra-t-elle « donc me faire entendre sa' justification?» Narcisse prévint audacieusement l’entrevué; il prononça lui-même l'arrêt au nom de l’empereur, et chargea un tribun: avec quelques soldats de l’exécuter.

Ils trouvèrent Messaliné sans courage, étendue sur la terre ; Lépida, sa mère, qui s’était éloignée d'elle pendant ses égarements et dans les jours de son pouvoir, était venue l’assister au moment de sa mort. Elle la pressait d'échapper aux bourreaux par un trépas volontaire ; ur soldat lui offrit son épée : cette femme pusillanime, et qui n'avait de hardiesse que pour le vice, approcha plusieurs fois la pointe du fer de son sein palpitant, sans oser l'effleurer; enfin le soldat, plus par pitié peut-être que par barbatie, poussant sa main timide, EonGe le glaive dans son Cœur.

L'imbécile Claude , a en la revoyant, lui aurait probablement sacrifié l'honneur et l'empire, fut si peu ému

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de la: nouvelle de.sa mort, qu’il n'interrompit point son repas. Suétone rapporte mème que, quelques jours après, il demanda , par habitude , pourquoi Messaliné ne venait pas reprendre sa place près de lui.

La première fois qu’il parut au sénat, il déclara qu’il avait été trop malheureux dans ses liens potr en contracter d’autres; mais ses affranchis en décidèrent autrement. Leur intérêt voulait qu'il se remariât: les uns lui proposèrent une descendante du dictateur Camille, d’autres Lol- - Jia, déjà fameuse par l'amour de Caïus : une troisième l'emportä : ce fut Agrippine , sa nièce , fille de Germañieus, veuve de Pomitius Ænobarbus, et mère du jeune Domitius, qui depuis épouvanta le monde sous le nom de Néron. -

Cette princesse ambitieuse employa pour séduire son oncle tous les artifices d’une femme, toutes les caresses d’une courtisane. Suivant les lois romaines, un pareil lien était interdit et réputé incestueux; mais, dès que le pouvoir montra ses désirs, le sénat approuva l'inceste ; la flatterie même prétendit que le peuple forcerait l’empereur à cet hymen, s’il hésitait à satisfaire ses vœux. Cependant l'opinion publique désapprouvait tellement ce nœud, que l’empereur et-limpératrice, voulant engager plusieurs personnes à contracter de semblables mariages pour s’appuyer de leurs exemples, deux courtisans seuls obéirent.

Dès qu’Agrippine régna, tout changea de face à la cour : la mollesse fit place à l’activité, la licence à la sévérité, la volupté à l'intrigue. L'empire n'était plus gouverné par l’efféminée Messaline, par ses frivoles amants, mais par des ministres graves, par une femme impérieuse, d’un esprit élevé, capable de toutes les grandes actions et de tous les grands crimes. Audacieuse, ardente, ambitieuse et indifférente sur tous les moyens d'arriver à la domination, comme elle voulait s’assurer le pouvoir par plusieurs liens, elle maria son fils Domitius à Octavie, fille de Claude ; et, s’autarisant de l'exemple d’Auguste, qui avait placé Tibère

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dans sa famille , quoiqu'il eût un petit-fils, elle força le faible Claude d'adopter Domitius.

Cet acte, qui commençait la ruine de Britannicus, reçut dés éloges peu sincères du: sénat, et fut accueilli avec transport par le peuple, qui chérissait Domitius comme le seul descendant mâle de Germanicus. Ce jeune prince, en approchant du trône, prit le-nom de Claudius Néron. :

. cette époque, les chrétiens qui se trouvaient à Rome, commençant leurs eombats pour la vérité contre l'erreur, attaquèrent l’ancien culte avec le zèle ardent que montre toute religion nouvelle. (An de J.-C. 48.) Leurs tentatives excitèrent des troubles ; pour en prévenir la nee Claude bannit les Juifs et les chrétiens.

Dans ce miême temps, les Romains firent la conquête de la Mauritanie : le proconsul Ostorius se couvrit de gloire en Bretagne ; il subjugua les Isséniens, peuples qui habitaient le pays de Suffolk, Cambridge, Norfolk, et porta ses armes jusqu’à la mer d'Irlande. Il soumit, au nord de l’Angleterre , ceux de Northumberland , nommés les Brigantes : il rencantra plus d'obstacles en combattant les Silures, habitants de Colchester; le roi Caractatus les commandait. Ce prince, habile et vaillant, enflammait les esprits de son amour ardent pour l'indépendance, et transformait en héros ses. sauvages sujets par son éloquence , par ses conseils et par son-exempile. Sa valeur lutta quelque temps ävec succès contre la tactique romaine; mais enfin, après des prodiges de courage, vaincu en bataille rangée, il fut trahi par Cartismandua, reine des Brigantes , chez laquelle il chercha un asile , et qui Le. livra aux, Homaïns.

On le conduisit à Rome. Lorsqu 1 parut devant le sénat,

au lieu d’avilir son malheur par une basse soumission, il l’ennoblit par son intrépidité. « Romains, dit-il, si, trop « fier de ma naissance et de mes succès, j'avais su con- « server plus de modération dans la prospérité, je serais « peut-être venu ici comme votre ami et non comme vo-

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a tre captif; vous n’auriez point sans doute dédaigné l'al- « liance d’un monarque vainqueur, issu d’aïeux illustres; «ét souverain de plusieurs .nations belliqueuses ;. j'ai a voulu tenter trop souvent la fortune, son inconstance um’à trahi; aujourd’hui le sort m’abaisse autant qu'il « vous élève : je possédais d'immenses richésses, des s0l- « dats nombreux, une grande quantité d'armes et de chie- « vaux. Quel hemme n'aurait pas voulu combattre pour « conserver ces biens? Votre ambition veut enchaîner tous « les peuples ; doivent-ils être assez lâches pour venir au- « devant de vos fers ? Ma résistance vous honore autant ‘« que moi; une soumission prompte n’eût illustré ni mon « nom ni votre victoire ; si vous ordonnez mon supplice ; « on m'oubliera bientôt: si vous me laissez le jour , ma « vie rappellera sans cesse votre justice. ».

Son noble langage lui attira le respect de ses crie il conserva là vie et la Hiberté.

Son vainqueur, Ostorins, connut bientôt ae son ioce leg caprices de la fortune ; il éprouva des revers, se vit remplacé par Didius Gallus , et mourut de chégrin. .

Les Germains, divisés en factions, demandèrent à Romeë un roi. Claude leur envoya un de leurs princes qu’on avait élevé dans la capitale, et qui prit le nom d'Italicus. Ses sujets ne purent souffrir longtemps la dépendance d’un élève de Rome qui leur appoñtait dés mœurs étrangères; ils le détrônèrent. Pompilius entra en Germanie avec ses kégions, remporta plusieurs victoires, et soumit plusieurs peuples. La guerre 8e prolongea; Corbulon s’y fit remarquer par'son habileté, par son courage, et surtout par sa fermeté ; il rétablit la discipline dans l’armée, et fut comparé, par ses vertus sévères, aux plus illustres généraux de la république.

L'Orient devint aussi le théâtre de grandes dissensions civiles : Cotys, Mithridate , Gotarsé , Bardane,. Méhardate se disputérent , les armes à la main ; les couronnes des Parthes, de FArménie et du Bosphore. Tantôt vainqueurs,

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tantôt vaincus, ils se détrônèrent tour à tour. Rome’prit part à leurs querelles, et profita de leurs divisions. Le plus malheureux de ces princès fut celui dont les prétentions avaient pour appui les plus antiques droits. Mithridate, roi du Bosphore, descendant de Cyrus, se voyant chassé de son royaume, trahi par ses alliés, vaincu par ses ennemis , céda aux conseils. qu'on lui donnait, et se rendit à Rome: Le faible Claude voulait d’abord l’assujettir à l’ignominie du triomphe; le ficr Mithridate ne lui répondit que ces mots: « On ne m'a point amené, je suis « venu ; si tu en: doutes, laisse-moi partir, et fais-moi « chercher. » Ori respecta son malheur, et on le traita erl allié.

Ce fut Senlis le règne de Claude que Rhadamiste, en Orient, se rendit trop célèbre par un de ces actes de férotité qui déshonoraient si souvent les princes d'Asie. Vologèse régnait sur les Parthes ; Pharasmane , un de ses fréres, possédait l’Tbérie; le troisième , nommé Mitbridate , devait le trône d'Arménie à la protection de Rome. Rhadamiste , fils de Pharasmane , se faisait remarquer par sa taille majestueuse, par sa forcesingulière et par son adresse dans tous lés exercices. Son ambition et l'estime que lui portaient les peuples excitèrent l'inquiétude de son père. : Cé vieux monarque, craignant pour son trône, résolut de léloigner et de tourner vers un autre but son désir impatient de régner. Rhadamiste, suivant ses perfides conseils, feint d’être disgracié, et demande un asile en Arménie, chez Mithridate son oncle; qui l’accucille avec bonté. (An de J.-C 49.) L'ingrat, abusant de sa tendresse, excite à la ” révolte les grands de son royaume. Lorsqu'il vit les esprits disposés selon ses vœux , il revint chez son père. Pharasmane alors, sous un prétexte frivole, déclare la guerre à son frère, et donne à Rhadamiste le commandement de l'armée. Bientôt Mithridate, mal défendu par des sujets infidèles , se vit obligé de se renfermer dans le château de Gornéas, entre l'Araxe et l'Euphrate, Les Romains auraient

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. dù le soutenir sur un trône qu'il tenaït d'eux ; maïs un préfet, corrompu par l'or de Pharasmane , ne leur en laissa pas le temps: soulevant par ses intrigues les soldats du roi, il leur persuada de demander la paix, et Mithridate fut contraint de capituler.

Rhadamiste, joignant la perfidie à la cruauté, le trompa pour le perdre, lui prodigua des protestations de tendresse , et s’engagea , par serment, de ne jamais attenter à ses jours par le fer ou par le poison; mais, au moment où ce malheureux monarque parut devant lui pour signer le traité, les soldats de Rhadamiste se jetèrent sur lui et l'étoufférent. Quadratus, commandant de Syrie, instruit de cet événement, somma, pour la forme, Pharasmane de sortir d'Arménie; mais, persuadé qu'il était utile aux Romains de perpétuer les troubles de cette contrée, en la laissant sous la domination d’un prince odieux, il favorisa secrètement Rhadamiste. Pélignus, son lieutenant, pressa cet ambitieux de monter sur ” le trône, et il assista même à son couronnement.

Cette lâcheté divulguée couvrait Rome de honte : on chargea Helvidius de la réparer; la crainte d’une guerre avec les Parthes ralentit les efforts de ce nouveau général. Vologèse entra en Arménie : effrayés de la marche des Parthes, les Ibères abandonnèrent d’abord Artaxate et Tigranocerte , mais Rhadamiste les en chassa bientôt, et se montra plus terrible que jamais après la victoire. Il ne gouverna que par des supplices. Ses peuples, quoique accoutumés au despotisme, ne pouvaient supporter longtemps cet excès de tyrannie. Ils se révoltent ; tous courent aux armes, investissent le palais : Rhadamiste, monté sur un coursier rapide , s'échappe seul avec sa femme, l'infortunée .Zénobie. Cette princesse était enceinte; son courage et l’amour lui prêtaient des forces: mais les se- cousses continuelles qu’elle éprouvait déchirant ses entrailles, elle conjure son époux de la sauver par une mort honorable des affronts de la captivité.

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Rhadamiste, touché de sa vertu, jaloux de ses charmes, tourmenté par-la crainte et par l'amour , cède enfin à la plus violente de ses passions, à la jalousie ; il tire son glaive, frappe sa victime, la traine au bord de l’Araxe, et la précipite dans le fleuve. Il fuit ensuite en Ibérie, seul avee le poids de-son crime.

Zénobie, expirante , mais soutenue sur l'onde par ses Vêtements, fut portée doucement sur la rive du fleuve. Des bergers l’aperçurent , elle respirait encore ; ils pansèrent sa plaie, la guérirent, et, lorsqu’elle leur eut appris son nom et ses malheurs, ils la conduisirent à Artaxate, où le nouveau roi d'Arménie, Tiridate, frère de Velogèse, la reçut et la traita en reine.

L'ambition qui ensanglantait l’Asie produisait dans V’0ecident d'autres crimes. L'implacable Agrippine fit périr toutes ses rivales : Lollia , celle qu’elle redoutait le plus, fut accusée de sortilége; et lorsque le bourreau eut tran- : ché ses jours, la cruelle impératrice, pour se rassasier de vengeance, voulut qu'on lui apportât sa tête. Elle ne laissait à Claude que le titre d’empereur ; exerçant sa puissance même au delà de l'Italie, elle fonda dans le pays des Ubiens une colonie qui porta son nom, et qui Dep fut appelée Cologne.

Le but de tous ses vœux était d'assurer Pempire à Néron; et, tandis que le désir d'obtenir sa faveur et la crainte d’exciter sa haine éloignaient du fils de Claude tous les hommes qui avaient un rang et une fortune à conserver, elle attirait autour du jeune Néron les personnages les plus distingués de l'empire. Elle rappela de l'exil le célèbre philosophe Sénèque , l'éleva à la préture , et le charges de Péducation de son fils.

Rien ne pouvait modérer son désir effréné de placer cet enfant sur le trône. Un augure lui ayant annoncé que ce jeune homme, s’il était empereur, serait peut-être cause de sa mort : « Elrbien: répondit-elle, que je meure, pourvu « qu'il règne! » |

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‘La surveillance active de Géta et de Crispinus, qui commäandaient la garde prétorienine, et se montraient dévoués à Britannicus, la forçca quelque temps de dissimuler ses desseins ambitieux; mais elle trouva enfin le moyen de faire destituer ces deux chefs, et de réunir leurs charges sur latète d’Affranius Burrbus, général habile, expérimenté. Burrhus fit briller une vertu sévère au milieu d’une cour corrompue ; sa reconnaissance trop vive’ pour Agrippine fat sa seule faiblesse.

On: était toujours obligé de distraire pär des jeux le petiplé romain pour lui faire oublier sa servitude. Claude lui donna le spectacle de la plus magnifique naumachie : le lac Fucin fut le théâtre d’un combat naval, où dix-neuf mille captifs réçurent ordre de verser leur sang pour amusér l’oisiveté romaine. On y accourut de ‘toutes les parties de l'empire. Claude, Agrippine et Néron prési-

. daient à cette fète sanglante. Lorsqu'ils parurent sut leur trône, les combattants s'écrièrent : « Généreux empereur, ‘e ceux qui vont mourir vous saluent. » Claude leur répondit,-avec sa simplicité ordinaire, par des vœux pour leur

* conservation. Les infortunés regardèrent comme clémence ce qui n’était qu'ineptie; ils se crurent libres et voulurent se séparer : on parvint difficilement à les faire combattre; ils obéirent enfin. Cétte bataille meurtrière dura un jour tout eùtier, et très-peu d’entre eux survécurent à ce combat.

L'impératrice donna bientôt après an autre spectacle aux Romains : dans le dessein d'augmenter la popularité du jeune Néron, elle lui fit plaider dans le. sénat la cause des Treyens. L’éloquence-de Sénèque et l’orgueil national rendaient peu douteux le succès de ce plaidoyer; et Troie,

antique berceau des Romains, fut affranchie de toùt tribut par un décret,

Cependant la solitude où Britannicus vivait relégué, ses droïts, son innocence, son isolement, l’orgueil de Néron, les hauteurs d’Agrippine, excitaient l’aversion des favoris de Claude contre l’impératrice. Ils cherchaient à réveiller

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l'empereur de sa honteuse léthargie, et à l’empècher de sacrifier son fils à un étranger. Pallas seul soutenait constamment Agrippine; elle avait acheté son appui par de criminelles complaisances. L'empereur, continuellement attaqué par les autres affranchis, ouvrait déjà l'oreille à leurs avis ; bientôt il se repentit d’avoir adopté Néron , et sa tendresse se réveilla pour Britannicus. Enfn, dans l'ivresse, il lui échappa de dire « qu'il était destiné à trouver « des épouses infidèles.et à les punir. »

Agrippine, informée de ses desseins, résolut sa perte; elle lui fit servir des champignons auxquels la trop fameuse Locuste avait mêlé un poison subtil ; mais son effet paraissant trop lent à son impatience, Xénophon, médecin de l’empereur, sous prétexte de faire vomir ce misérable prince, lui passa dans la gorge une plume empoisonnée. Il expira l’an 55 de notre ère, dans sa soixantequatrième année. Il-avait régné ou plutôt végété pendant l'espace de treize ans. Le nom de Claude, illustré par ses aïieux, est devenu, par l'imbécillité de ce prince, une in- Fulfp populaire. | ue

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