CHAPITRE VI
+ NÉRON, (An de Rome 807-82{. — An de Jésus-Christ 55-59.)
Élévation de Néron à l'empire. — Son gouvernement. — Crimes d'Agrippine. — Mort de Britannicus. — Conspiration d’Agrippine contre Néron. — Sa disgrâce. — Débauches de Néron. — Guerre avec les Parthes. — Amour de Néron pour Poppéè Sabina, femme d’Othon. — Mort d’Agrippine. — Remords de Néron après son parricide. — Guerre en Bretagne. — Victoire des Rumains. — Mort de Burrhus, — Retraite de Sénèque. — Nouveaux crimes de Néron. — Son union avec Poppée après la répudiation de sa femmie Octavie. — Mort de Traséas. — Victoires de Corbnion. — Départ de Néron pour la Grèce. — Son retour à Rome. — Mort de sa femme Poppée. — Incendie à Rome ordonné par Néron. — Massacre des chrétiens. — Prodigalité de Néron. — Conspiration contre lui. — Mort d'Épicharis et d’autres cunjurés. — Révolte des Juifs. — Commendement et victoire de Vespasien en Orient.— Révolte dans les Gaules. — Élévation de Galba à l'empire. — Lâcheté de Néron. +- Ses nouveaux crimes. — Révolte contre lui. — Sa fuite. — Sa mort.
Au moment où Claude expirait, l'artificieuse Agrippine; feignant une vive douleur, serrait le joune Britanmious
460 : | EMPIRE. [de J.-C. 55-69.) entre ses bras, lassuraît qu'elle voyait en lui le vrai portrait de son père, et l’accablait de perfides caresses, ainsi qu'Ostavie et Antonia, ses sœurs. Par ses ordres, la garde empêéchait toute communication au dehors; ses émissaires ‘répandaient dans la ville de fausses nouvelles de la santé de l’empereur, -et l'encens fumait dans les temples pour remercier les dieux de la convalescence d’un monarque qui n existait plus. |
Pendant ce temps, Néron, conduif par Burrbus et environné de soldats dévoués, se rend au camp, harangue les prétoriens, leur distribue de l'argent, tes anime par des promesses ; ils le proclament empereur. Le but d’Agrippine étant alors atteint, elle ouvre les portes ‘du palais, publie la mort de Claude et-le choix de l’armée, que le sénat confirme par crainte, et le peuple par. ‘sttachement pour la famille de Germanicus.
Néron, après avoir rendu les derniers din à son père adoptif, prononça dans le sénat son oraison funèbre composée par Sénèque. On l’écouta patiemment lorsqu'il parla des aïeux de Claude, de leur gloire, et des victqrés que les armes romaines avaient remportées sous son règne; mais quand on l’entendit vanter les lumières et la prùdence de ce prince imbécile, le sénat, perdant sa gravité, l'interrompit par un rire général ; cependant, par une déplorable inconséquence, cette servile assemblée, adoptant les conclusions de l’orateur, -plaça Claude au rang des dieux ; et le même Sénèque qui, dans cette apologié, divinisait cet empereur stupide, publia une satire appelée Apocoloquinte, dans laquelle, avec plus de raison et non moins d'inconvenante, il le comparait aux plus lourds et aux plus vils animaux.
Au reste, dans les autres parties de sa harangue, Néron donna aux Romains les plus douces espérances; il promit de laisser ün libre cours à la justice, de ne jamais exposer la vie et la fortune des citoyens aux rigueurs d'un tribunal secret, de fermer l'oreille aux délateurs, de sacrifier
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l'intérêt privé du prince à l'intérêt public, de donner au mérite seul les emplois, si longtemps prodigués à la faveur et à la fortune. Enfin, ilinvita le sénat à reprendre ses antiques droits, se réservant seulement le commandement et l'administration de l’armée.
Tous les historiens s'accordent à dire que, pendant cinq ans, Néron tint fidèlement ses promesses : depuis même, un de ses successeurs, Trajan, dit que ces cinq premières années pouvaient être comparées aux règnes des meilleurs princes. Ce fut pourtant dans ces années, qu’on regarde comme une époque si heureuse, que ce jeune monstre empoisonna son frère Britannicus, et fit assassiner sa mère. Alors ses vices et ses forfaits ne sortaient pas de l'enceinte du palais. Néron était un tyran dans sa famille, mais il laissait Sénèque, Burrhus et le sénat gouverner l’empire.
Au commencement, Néron, né loin du trône, parut sentir qu’il devait le sceptre comme le jour à Agrippine : lorsque le commandant de la garde vint lui demander le mot d'ordre, il répondit : «La meilleure des mères. » Déféränt pour ses avis, soumis à ses ordres, il l’entourait de sa garde, lui prodiguait les honneurs décernés à Livie, suivait sa litière à pied; et cette ambitieuse princesse, au comble de ses vœux, se flattait de l'espérance de régner toujours sous le nom de son fils. |
Néron, éclairé par Sénèque, dirigé par Burrhus, diminua les impôts qui pesaient sur les provinces, rétablit par des pensions la fortune de plusieurs sénateurs pauvres et vertueux : encore imbu des principes de philosophie qu'on s’efforçait de graver dans son cœur, et que ses passions fougueuses effacèrent bientôt, il se montra quelque temps humain et même sensible,
Un jour, on présentait à sa signature un arrêt de mort. « Je voudrais, s’écria-t-il, ne savoir point écrire. »
Le sénat, accoutumé à la flatterie, lui prodiguait des éloges exagérés; il répondit : « Attendez pour me louer « que je l’aie mérité. » Loin de se rendre inaccessible,
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comme ses prédécesseurs. il se montrait affable et populaire, admettait indifféremment tout le monde à ses jeux; etRome, ftompée,regardait alors ce fléau du monde comme un présent du ciel. Elle oubliait que le cruel Tibère, que l’insensé Caligula et l’imbécile Claude avaient ainsi commencé, Ces premiers Césars, qu’une basse flatterie divinisa, auraient au moins dû être placés par elle parmi les sirènes, dont la voix flatte ceux qu’elles veulent dévorer; elles offrent d’abord à l’œil enchanté les formes séduisantes. d’un corps dont les extrémités se terminént en monstres effroyables.
L'orgueil d’Agrippine fut la première cause des égarements de son fils ; elle aigrit son amour-propre, et lassa sa patience en. voulant prolonger son enfance et son asservissement. Jalouse du crédit des ministres de Néron, elle détruisait l'effet de leurs sages conseils par ses railleries, et corrompait le cœur du jeune prince par son exemple. Livrée à ses affranchis, implacable dans ses vengeances, elle fit périr Julius Silanus, proconsul, premier époux d'Octavie. Narcisse reçut la mort. par ses ordres : cet ancien favori du dernier empereur ne méritait pas de regrets ; cependant, en mourant, il fit une action digne d'é- Loge ; il brüla tous les papiers de Claude qui pouvaient compromettre et exposer au ressentiment d'Agrippine un grand nombre de personnes attachées à Britannicus.
De jour en jour l’impératrice augmentaitses prétentions, elle recevait avec Néron les ambassadeurs, et forçait le sénat à tenir ses séances dans le cabinet de l'empereur, afin que, cachée derrière un rideau léger, elle.pût assister aux délibérations. Elle aspirait ouvertement à l’empire, et semblait vouloir tenir son fils en minorité perpétuelle. D’un autre côté, Sénèque et Burrhus, qui connaissaient le caractère impétueux de leur élève, favorisèrent son penchant pour les plaisirs, dans l'espoir qu'ils amollraient son âme farouche : ils aimaient mieux voir’ régner le désordre dans ses mœurs que dans l'empire. Ils se
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trompèrent, Lorsqu'on ouvre le cœur humain à une passion, les autres y pénètrent : Sénèque et Burrhus permirent la volupté à Néron, la cruauté la suivit.
Néron devint épris d’une affranchie nommée Acté, Agrippine, jalouse de tout empire, voulait renverser cette ob- . scure rivale. : dans une âme immorale, une mère lutte sans succès contre une maîtresse ; Néron, entraîné par sa passion, aigri par ses jeunes favoris Othon et Sénécion, dont les penchants étaient sans cesse contrariés par l’impératrice, secoua le joug d’Agrippine. Sa vengeance commença par la destitution de Pallas, son amant. Déjà dissimulé, quoique jeune, il continue à rendre des hommages. apparents à celle dont il renverse le crédit; il lui envoie de magnifiques présents. Agrippine, furieuse, s’écrie « qu’on « la pare en la dépouillant. » Imprudente dans son courroux, elle ne se borne pas à des plaintes touchantes : elle éclate en reproches, ajoute la menace aux injures,et, sans mesure dans sa douleur comme sans frein dans son ambition, elle annonce le dessein de rendre le trône à son légitime possesseur, de couronner Britannicus, et de révéler aux prétoriens ses artifices, même ses crimes.
Inspirer la crainte à Néron, c’était prononcer l’arrêt de Britannicus, c'était briser la faible barrière qui retenait le jeune tyran sur les bords du crime. Néron, décidé à faire périr son frère , commet ce premier forfait avec le sangfroid d’un scélérat consommé. Il invite le jeune Britannieus à un festin : à peine l’infortuné prince a touché de ses lèvres la coupe fatale, le poison subtil, apprêté par Locuste, saisit et glace ses sens : il tombe renversé sur son lit, ef expire. Tous les spectateurs consternés fixent leurs yeux incertains sur l'empereur, cherchant dans ses regards la règle de leur conduite ; Néron, sans changer de visage, dit : « Cet accident ne doit causer aucune inquiétude; ce n’est qu'un accès d’épilepsie ; le prince y est sujet depuis son « enfance. » On emporte la victime ; ses funérailles - sont faites à la hâte et sans pompe; son corps exposé était
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couvert d’urt enduit préparé pour cacher les -effets du poison. Une pluie, tombée du ciel par torrents , rendit l’arti fice inutide, et dévoila le crime.
Les sœurs de ce malheureux prince, Octavie et Antonia, présentes à sa mort, avaient laissé éclater ane douleur qui prouva leur innocence. Burrhus et Sénèque, éclairés, mais effrayés, n’osérent adresser à leur élève des reproches qué la vertu devait leur dicter, mais dont Ie0E expérience ne prévoyait que trop l'inutilité.
. Néron donna de perfides larmes au prince qu'il avait empoisonné; il implora le secours du sénat,prétendant qu’il avaif plus que jamais besoin de son appui, étant privé de celui de son frère. Mais ses passions venaient de rompre la digue qui les retenait ; la mort de Britannicus lui ôtait son frein : jusque-là les droits de ce prince ét l'estime qu'il inspirait. l'avaient forcé de feindre la vertu, DOUR combattre dans l'opinion le mérite de son rival. Agrippine, épouvantée du crime de son fils, prévit le sort qui la menagait; et, ne pouvant se décider à la retraite, elle voulut se faire un parti, former: une ligue contre Néron, gagner par des largesses les tribunis, les centurions, et exciter l'ambition des personnages les plus puissants.
Néron lui retire sa garde, la prive des honneurs de son rang, et la renvoie de son palais. Conservant à peine quel-
que apparence de respect, il la visite rarement, et accompagné de soldats dévoués.
Si l’affreux caractère de ce prince fut alors entièrement dévoilé aux yeux de sa mère; elle ne tarda pas à connaître la bassesse de sa cour et la lâcheté des Romains. A peine la nouvelle de sa disgrâce se répand, les courtisans l’abandonnent, la foule s'éloigne, les hommages cessent; ses amis même la fuient ; l’adulation ne se. fait plus entendre, la délation lui succède.
Julia Silana, veuve de Silius, et l’historien Pâris, l’accusent de conspirer contre l’empereur, et de- vouloir donner son sceptre à Rubellius Plautus, descendant d’Auguste
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par sa mère. Agrippine répondit à l'accusation « que les « soupçons de Silana ne l'étonnaient point, puisque cette « femme n'avait jamais eu de. fils. » Burrbus plaida courageusement la cause.de l’accusée; la plainte fut déclarée calomnieuse; on bannit Silana et Pâris. Un froid. rapprochement fut la suite de cette justification.
. Burrhus et Sénèque voyaient sans peine Agrippine éloignée ; et même, avant sa disgrâce, comme elle voulait un jour s'asseoir sur le trône à côté de Néron, qui donnait nne audience solennelle aux ambassadeurs, par leur conseil, ce prince, sous prétexte d'aller au-devant de sa mère, descendit du trône et l’empêcha d'y monter.
Néron, à l'abri des repraches d’Agrippine, et livré aux courtisanes et aux affranchis par des ministres qui voulaient régner, ne garda plus aucune décence dans ses débauches : il passait les nuits dans les rues et les tavernes, déguisé en esclave et entouré d’une foule de jeunes libertins, avec lesquels il attaquait et dépouillait les pasgants. Il revint.souvent de ses orgies battu et couvert de | sang. Ayant une nuit rencontré et insulté la femme du sénateur Montanus, celui-ci vengea son outrageetle blessa. Néron ne se croyait pas reconnu; mais Montanus ayant commis l’imprudence de lui écrire pour s’exeuser, Néron dit : « Quoi! cet homme m'a frappé, et il vit encore ! » Et, en même temps, il lüi envoya l’ordre de mourir.
Pour éviter de semblables accidents, Néron, dans ses courses nocturnes, se .fit accompagner par, des soldats. Toute la jeunesse patricienne imita un exemple si conta-
eux; et dès que le jour n’éclairait plus la capitale du mon- 4 elle se trouvait exposée à tous les désordres d'une ville prise d'assaut.
Cependant, malgré la honte de ses débauches et l'horreur qu’inspiraient aux honnêtes gens les crimes du palais, le peuple était content : Néron lui prodiguait les jeux, les fêtes, satisfaisait ses besoins par de grandes libéralités ; le sénat jouissait d’une pleine Apene dans ses délibéra-
166 EMPIRE [de 3.-C: 55-65.] tions: la justice était bien rendue, l'ordre régnait dans.les
provinces, of confiait leur administration à ‘des gouverneurs justes et modérés; les étrâängers respectaient les
limites de l'empire : l'esprit turbulent des Parthés trau-
blait seul alors la tranquillité générale. | Néron, docileencore à l'avis de ses sages conseillers, nom ina Corbulon pour les combattre: Ce général soutint dans cette contrée l'honneur des armes romaines, reprit l'Ar. ménie sur les Parthes, et s'empara d'Artaxate. L'empereur s'était dégoûté d'Octavie ; ses douces vertus ne pouvaient retenir longtemps t un cœur corrompu qui ne trouvait d’attrait qu'au vice. Il devint éperdüment amoureux de PoppéeSabina, épouse d'Othon, son favori, qui, par imprudence ou immoralité, lui vantait sans césse les char mes de sa femmé. Elle joignait les agréments de l'esprit à éeux de la figure, toutés les qualités qui excitent l'amour, aucune de celles qui inspirent l'estime. Elle se montrait toujours à demi voilée, non pourécarter la curiosité, mais pour l'irriter. Elle écoutait indifféremment-les vœux légitimes ou coupables, et ne cédait qu'à ceux qui peuvaient êtré utiles à son ambition. L'intérêt fut toujours le seul but et la seule règle de ses sentiments; elle attira Néron par ses artifices, et l'enflamma par sa résistance. L'empereur, pour se délivrer d’un obstacle redoutable, éloigna Othon , et lui donria le commandement de la Lusitanie: Othon, voluptueux dans une cour corrompue, parut un autre homme dàns sa province; il sut l’administrer avec justice, douceur et fermeté. Poppée, trop orgueilleuse pour se contenter d'être maîtresse de Néron, voulut partager son trône et faire répudier Octavie. Ce prince, entraîné par sa passion, craignait cependant les reproches de Burrhus et de Sénèque, le ressentiment d'Agrippine, et l'estime que les vertus de la sœur de Britannicus inspiraient aux Romains. Les larmes et les artifices de Poppée l’emportèrent : « Pourquoi différer de m'épou- « ser? disait-elle; me trouvez-vous trop peu de charmes,
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« ou craint-on que je ne vous découvre le mécontentement « du péuple qui s’indigne de voir César tenu en tutelle par « sa mère, et traité comme un enfant par ses précepteurs? « Si vous n'osez former nos nœuds, rendez-moi à Othon; « j'aurai la consolation de n’apprendre que de loin, et par le «bruit public, la servitude honteuse où vit l'empereur. D:
Agrippine voulut vainement lutter contre le pouvoir de Poppée; on prétend même qu'accoutumée au crime: et connaissant les vices de Néron, elle essaya de lui inspirer ün amour incestueux ; ses séductions n’eurent pas plus de succès que ses reproches. Trop violente pour se contenir, elle renouvela ses menaces ; et Néron, qu'aucun forfait ne pouvait effrayer, j jura la mort de sa mère.
Après avoir employé inutilement trois fois le poison, contre lequel elle s'était prémunie par des antidotes, il fet: gnit de se réconcilier avec elle, trompa sa déflance par de fausses confidences, par de feintes caresses, et lui persuada de faire un voyage sur les côtes de Calabre, pour assister à une solennité qu’il voulait, disait-il, présider. Ce monstre lui avait fait préparer un vaisseau qui devait, à un signal convenu, s'ouvrir par le milieu. Agrippine revenait de Baïes sur le navire que commandait Anycétus; elle était accompagnée de Crespérius Gallus et d’Ascéronia Polla; tout à coup le plañcher de la chambre, chargé de plomb, s’enfonce et tombe. Crespérius est écrasé: ‘la poutre qui portait Agrippine la soutient. Le tumulte produit par cet accident empêche lés agents du complot de faire jouer les ressorts qui devaient ouvrir le bâtiment; mais bientôt, excités par leur perfide chef, ils se jettent tous du même côté, et renversent le navire. Tous ceux qu'il portait tombent dans la mer. Ascéronia, dans l'espoir d'être sccourue, s'écrie : « Je suis l’impératrice; » on l’assomme à coups de rames. Agrippine, gardant le silence, nc recoit qu’un coup d’aviron sur l'épaule, se sauvé à la nage, et regagne les barques du rivage, qui la ramènent près du lieu où se trouvait Néron. Feignant de
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tout ignorer, elle charge un affranchi d’instruire son. fils du danger qu’elle avait couru.
L'empereur ne daignait plus voiler aux yeux de ses ministres ses exécrables projets, il consulte Burrhus et Sénèque sur les moyens de consommer son crime. Consternés, ils gardent d’abordun profond silence : toute les lois divie nes et humaines étaient violées; les liens de la nature étaient rompus; une lâche peur triomphe du devoir et de * Ja vertu. Sénèque interroge par un signe Burrhus, pour savoir si ses soldats obéiraient à un parrieide; Burrhus répond queles prétoriens respectaient trôp la fille de Germanicus pour la frapper, et qu'Anycétus était seul capable d'exécuter cet ordre barbare. Dans cet instant, on annonce l’envoyé d'Agrippine ; il entre. Néron fait jeter un poignard entre ses jambes, ordonne qu'on l’arrête, l’accuse d’avoir attenté à ses jours, commande son supplice, et prononce l'arrêt de sa mère.
Anycétus, avec quelques soldats de la marine, se rend . chez Agrippine; elle était couchée; la seule femme qui se trauvait près d'elle prend la fuite : un centurion frappe de son bâton la tête de l’impératrice; cette princesse, découvrant alors sa poitrine, la présente au meurtrier : « Percez « mon sein, dit-elle ; il le mérite, il a porté Néron. »A ces mots elle expire sous leurs coups. Néron arrive peu d’instants après, examine son corps dépouillé, et dit froidement: « Je ne croyais pas qu’elle fût si belle. » Il écrivit ensuite au sénat pour se justifier, accusa sa mère, et soutint qu'il avait.été forcé à cette action pour sauver sa propre vie.
Sénèque se couvrit d une tache ineffaçable en composant cette apologie. Le sénat se rendit complice du crime en l'approuvant. On décerna des prières solennelles pour remercier les dieux d’avoir garanti le prince des fureurs de sa mère; et le peuple, digne par sa bassesse d’avoir Néron pour maître, vint en foule au-devant du parricide, et le reëüt en triomphe.
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Mais quand la lâcheté des hommes trompe le crime et. rassure le coupable par de perfides hommages, le ciel place dans l’âme du criminel un juge pour le condamner, un bourreau pour le punir. Néron, dévoré de remords, s’entoure vainement de vils esclaves qui s’efforcent de dissiper ses terreurs ; il craînt l'éclat du jour, et ne peut supporter les ombres de la nuit; les voûtes de son palais retentissent de ses gémissements ; à toute heure on l'entend s'écrier qu'il voit sa mère couverte de sang, et qu’il est poursuivi et déchiré par le fouet des Furies.
Depuis ce moment, le reste de sa vie ne fut qu'un affreux délire, et les excès d’orgueil, de fureur, de crime et de débauche auxquels il se livra, ne firent qu'abrutir son . esprit sans étourdir son cœur.
Ne pouvant plus se soustrairé au jugement des hommes pour ses actions, il se flattait follement de conquérir leur admiration par ses talents. Cet insensé, oübliant la dignité de son rang, montait publiquement surle théâtre, jouait de la lyre, chantait; et, tyran jusque dans ses plaisirs, il défendait à tout assistant de sortir. On vit de malheureuses femmes enceintes accoucher au spectacle : ses gardes épiaient le maintien et les regards des spectateurs ; il fallait applaudir sous peine de mort.
Le colosse romain, miné au dedans par ses vices et par sa corruption, se faisait encore craindre au dehors par sa grandeur imposante. La bravoure fut la dernière vertu que conserva Rome; et, dans les camps, on retrouvait encore les Romains. Ils ne s’attiraient plus l’estime . par leur justice, mais ils se faisaient craindre et respecter par leurs armes.
Suétonius Paulinus, envoyé contre les Bretons révoltés, s’empara de l’île de Mona (Anglesey), plus défendue par la superstition que par le courage : les Romains reculèrent d’abord devant les druides; mais, triomphant enfin de la crainte que leur inspiraient les idoles, les pierres des sa- . crifices et les bois sacrés, ils portèrent la flamme dans ces