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mes ‘qu’à sa générosité, lui demandèrent la paix. Le roi des Sarmates, touché de sa clémence, lui rendit cent mille ‘captifs et huit cents soldats prisonniers. L'empereur conclut un traité avec chaque peuple; l'armée lui donna le titre d’imperator , et à Faustine, celui de mère des camps.
Une réxolte dangereuse dans l'Orient avait décidé l’empereur à terminer promptement la guerre dans le Nord. Au moment où il était investi par les Baïbares, le bruit de sa mort et de la destruction de son armée se répandit dans tout l'empire : la méchanceté le propageait, la peur le crut, FPambition en profita.
Avidius Cassins command ait l armée d'Asie : cet homme, fils d’Héliodore, secrétaire d’Adrien , et né en Syrie, était brave, ferme, habile, actif, doué d'un esprit pénétrant; il . gagnait l'estime des bons citoyens par sa vigueur dans le commandement, par ses maXimes républicaines, et l’amitié des méchants par son indulgence pour leurs vices, et par son amour désordonné pour les plaisirs. Ses opinions, ses discours le faisaient DRE à Gaton, et ses mœurs à Catilina.
Vérus, malgré son dbiedes: déméêlant son obilion ; l'avait accuséd’aspirer à l'empire : et, sur un simple soupcon, avait pressé son collègue de lui donner la mort. Marc-Aurèle, dans ce temps, écrivit à Vérus : « Cassius est « un général expérimenté, utile et nécessaire à l’État; il «est indigne d'un prince de condamner les citoyens sans « preuves; à quoi d’ailleurs servirait cette lâcheté ? Sou- «yenez-vous de ce mot célèbre d’Adrien : Jamais prince « n’a tué son successeur. Notre justice fait seule notre « force , et il vaut mieux, si le destin rend les talents de « Cassius dignes du trône, qu'il règne un jour que d’as- « surér J’empire à nos enfants par une injustice ou par un « crime. » |
On prétend+que l’ambitieux Cassius avait séduit Faustine, et que cette princesse, voyant son mari vieux, et prévoyant sa mort prochaine, forma le projet de régner
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encore après lui, et de placer Cassius dans son lit et sur son trône.
Quoi qu'il en soit, à l'instant où l’on apprit la fansse nouvelle du désastre et du trépas de Marc-Aurèle, Cassius, la croyant, ou feignant d’y croire, se fit proclamer empereur par l’armée de Syrie. Toutes les provinces de l'Orient virent avec plaisir un Syrien suf le trône ; elles espéraient obtenir de lui protection particulière et faveur. La Judée,
l'Égypte, les Parthes , l'Arménie reconnurent l’usurpateur
dont elles avaient éprouvé le talent et le courage : il eut pour partisans, en Italie, tous ceux qui, dupes de ses paroles, se flattaient de le voir rétablir 14 république , et la foule de ces hommes corrompus qui espéraient, avec plus de fondement, la renaissance des mœurs dissolues des Othon, des Vitellius, des Néron.
Marc-Aurèle, ayant conclu la paix avec les Germains, marcha contre le rebelle Cassius, qui &jà s'était rendu maître de tous les pays situés entre l'Euphrate et le mont Taurus. Ce nouveau César voulut aussi attacher la Grèce à sa cause; mais elle resta ferme dans son devoir. Hérode Atticus, résistant à ses prières, à ses menaces, décida les Athéniens à demeurer fidèles. Leur exemple fut suivi par tous les Grecs. Si le succès accroit promptement les révoltes, le plus léger échec les éteint. Les soldats de Cassius l'assassinèrent, croyant réparer leur crime par une trahison. Sa grandeur précaire n'avait duré que trois mois. On porta sa tête à Marc-Aurèle, qui, loin de la recevoir avec joie, se plaignit d’être privé du plaisir de pardonner : «ll « est heureux, disait-il, d'avoir à juger un ennemi : on a «une grande passion à vaincre, et une srRnee action à « faire. » :
Faustine, pour lui montrer sa idee, ou pour Jui cacher sa complicité, demandait avec chaleur qu'on punit les enfants et les partisans du rebelle : le sénat; suivant sa coutume, se montrait disposé à la rigueur. L'empereur écrivit qux sénateurs pour les conjurer de ne point commettre
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d’injustice contre des enfants innocents du erime de leur père. et de ne pas le priver de l’honneur de la clémence, en punissant les restes d’un parti vainçu. En vain on lui représenta qu’une telle douceur enhardirait à conspirer contre ses jours. « C’est la tyrannie, et non la bonté, ré- « pondit-il, qui met en danger la vie des princes et qui « l’abrége. Néron, Caligula et Domitien ont péri par leurs « vices ; l'avarice: de Galba a causé sa mort; Othon et Vi- « tellus n'étaient pas dignes de régner : on a béni et res- « pecté les jours d’Auguste, de Trajan, de Nerva, d’Adrien « et d'Antonin. »
La réponse de cet excellent prince était aussi vraie que noble : puissent tous les rois se pénétrer de cette vérité, que tout ce qui fait aimer conserve, et que tout ce qui fait haïr expose !
Marc-Aurèle, continuant sa marche, dissipa en Syrie les restes de la révolte, rassura par une amnistie les partisans de Cassius, apaisa par sa sagesse les troubles de l'Égypte, réprima dans Péluse la licence des mœurs, combla de ses bienfaits la ville d'Alexandrie , arrêta par sa fermeté les excès des Parthes, brûla dans Antioche tous les papiers de Cassius sans Les lire, et reçut dans cette ville les hommages -que tous les princes de l'Orient rendirent plus encore à ses vertus qu'à sa puissance.
Peu de temps après, Faustine mourut. L'empereur, ignorant ses vices, ou peut-être espérant les couvrir d’un voile pieux, lui fit rendre les honneurs que l’usage décernait aux impératrices. Elle eut, comme Vénus, un temple et des vierges pour le desservir. On voudrait en vain excuser cet aveuglement d’un grand prince; mais on dira comme le poëte : |
‘ Quel homme est sans erreur, et quel roi sans faiblesse ?
Marc-Aurèle, continuant ses voyages, accorda de grands -priviléges au commerce de Smyrne, prodigua les dons de sa faveur à la ville d'Athènes, qui répandait dans tout
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l'empire les lumières de la philosophie. Il se fit'initier aux mystères de* Cérès, et établit les fonds pour entretenir des professeurs de chaque secte. S'embarquant ensuite, il descendit à Brindes; et, respectant l’antique usage qui voulait qu'à la paix le militaire ne se. montrât qu’en citoyen , il quitta l’habit de guerre, et ordonna à tous ses soldats de reprendre ]Ja tage.
‘Rome le revit après huit ans d'absence ; il fit distribuer à chaque citoyen huit pièces d'or, et remit à tous ve qu'ils devaient. depuis quatante-deux ans au trésor public. Ce fut à cette époque que Commode, son indigue fils, prit la robe virile. L'empereur le nomma prince de la jeunesse, consul, et le désigna pour son successeur. Rome ‘entière , qui aurait dû voir avec crainte le fils de Faustine, portait alors des regards d'amour et d'espérance sur le fils de-Marc- Aurèle. Il se montra sur le char de la victoire à côté de son père, et celui qui devait faire régner le crime partagea ainsi, au bruit des acclamations publiques, le triomphe décerné à la gloire et à la vertu.
L'empereur , dont la vie entière, jusqu’ à ce moment, n'avait été qu'un combat et qu’un voyage, sentant le besoin de jouir du repos qu'il donnait au monde, laissa quelque temps le soin des affaires au sénat, et se retira dans une maison dé plaisance à Laviniüm , où il composa plusieurs ouvrages ; car il était destiné à servir de modèle ‘aux princes par ses écrits comme par ses actions.
Cette époque produisit des auteurs célèbres : Sextus de Chéronée, neveu de Plutarque ; Fronton, orateur fameux; Apulée , connu par son conte de l’Ane d'or ; Lucien, dont les raïlleries piquantes, plus redoutables que les armes des tyrans et que les arguments des philosophes, détrônèrent les dieux de l’Olympe ; le sophiste Philostrate ; qui écrivit l’histoire merveilleuse et romanesque d'Apollonius de Tyane ; Pausanias, auquel nous devons les Antiquités de la Grèce; Aulu-Gelle, grammairien aussi élégant qu’érudit ; Celse, ennemi des chrétiens , et qui fut cause du
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martyre de Justin: enfin Athénée, dont les recherches ont été si utiles aux savants. .
De nouveaux fléaux troublèrent bientôt la tranquillité du monde romain. Smyrne, Carthage, Éphèse et Nicomé-
. die furent renversées par des tremblements de terre. L’em-
pereur rebâtit ces villes et répara les pertes de leurs habitants. La Grèce et Rome , divinisant la nature , avaient placé dans le ciel toutes les vertus, toutes les passions et même tous les vices ; Marc-Aurèle fut. le premier qui dédia un temple àha Bienfaisance. Nul ne méritait mieux que lui d’en être le fondateur et le pontife.
Une nouvelle irruption des Scythes. Jaziges et des Sarmatés força l’empereur de reprendre les armes. Marc-Aurèle, au lieu d'imiter ses prédécesseurs qui disposaient de la fortune publique comme de leur bien propre, demanda au sénatla permission de prendre dans le trésot l’argent nécessaire aux frais de la guerre. « Pères conscrits, leur « disait-il, je ne peux y toucher sans votre aveu; non- « seulement ee trésor est à vous et au peuple, mais mon « palais même et tout ce que je possède vous appar- « tient. »
Avant de- s'éloigner , il maria Commode avec Crispine, fille d’un sénateur distingué, nommé Valens. Au moment de son départ, les sénateurs , les chevaliers et un grand nombre de citoyens, pénétrés d'admiration pour ses vertus, le supplièrent de leur donner des règles de.conduite privée et publique, et de leur expliquer cette philosophie stoïque , cetté doctrine sublime qui le rendait capahle de résister à toutes les passions, de triompher de toutes les faiblesses , et d’assurer à la fois le bonheur .du monde et
| le sien.
L'empereür répondit à leurs vœux, et employa trois jours à leur développer les principes qui dirigeaient constamment ses pensées et ses actions. Autrefois des peuplades ignorantes et sauvages, voulant s’organiser en s0ciété , s'étaient soumises aux lumières de quelques sages