‹ Histoire RomaineChapitre 59 sur 73 · CLAUDE II · texte numérisé non relu

CLAUDE II

(An de Rome 1020-1022. — De Jésus-Christ 268-270.)

Tableau de l'empire sous l’anarchie militaire. — Élection de Claude IL. — Guerre entre Claude et Auréole. — Défaite et mort d’Auréole. — Victoire de Claude sur les Allemands — Son retour et son triomphe à Rome. — Abolition des coufiscations. —

Restitution faite par Claude. — Invasion des ennemis. — Bataille entre les Goths et

les Romains. — Défaite des Goths. — Mort de Claude.

Les lois donnent seules à l’autorité une base ferme et durable; elles défendent à la fois et les droits du peuple Ëtceux du prince, elles satisfont la raison, qui ne veut que la jus-. tice; mais elles enchaînent et compriment les passions, qui n’aiment que l'arbitraire et qui ne souffrent point de gène. Aussi les ambitieux, pour braver et violerles lois, appellent à leur appui la force militaire, ignorant que cette force, qui paraît leur garantir l’impunité, doit leur devenir plus funeste . que la liberté et que la justice qu’ils redoutent. Celui qui ne veut trouver nulle part de résistance finit par ne trouver nulle part d’appui.

La république romaine, défendue par des soldats citoyens attachés à l’ordre par leurs propriétés, ne leur donna d’abord qu’une modique paye.Marius et après lui César portèrent une atteinte mortelle à la liberté en angmentant la solde, et en plaçant les armes dans les mains d’une foule de. prolétaires pour qui l’argent tenait lieu de lois et de patrie. Domitien

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doubla leur paye. Commode et Caracalla ne mirent paint de bornes à leurs prodigalités pour payer lesinstruments de leur tyrannie. Dès ce moment, le sénat et le peuple ne furent plus que de vains fantômes. Les soldats, sentant leurs forces, devinrent les maitres de leurs maïtres; 1ls donnaient le trône à ceux qui leur promettaient la licence, et arrachaient la * vie aux princes qui voulaient rétablir la discipline. Le sort

. des emperurs devint aussi déplorable que celui de l'empire; ils faisaient tout trembler, et tremblaient eux-mêmes devant leur garde. Si, pour plaire à cette soldatesque effrénée, ils épuisaient le trésor, protégeaient les vices et proscrivaient l’opulence et la vertu, le désespoir, réveillant le courage, les rendait victimes de conspirations toujours renaissantes : s'ils voulaient, au contraire, parveuir au trône par une faction, ils étaient promptemient détrônés et assassinés par elle. Ainsi l'empire romain, comme le remarque Montesquieu, . semblable aux républiques actuelles de Tunis et d’Alger, n’offrait aux regards du monde que le triste spectacle d’une anarchie militaire, dont les chefs étaient asservis aux caprices d'une milice qui les rendait impuissants pour faire le bien, et rie leur laissait de liberté que pour commettre des crimes.

L’excès des maux force souvent les plus insensés à implorer des remèdes salutaires : l'empire, menacé, attaqué de tous côtés par les Barbares, et déchiré par trente tyrans qui se disputaient le pouvoir suprême, sentit la nécessité dé se soumettre à un chef vaillant et juste, qui se fit respecter au dehors par son courage, et au dedans par sa vertu.

Les soldats avaient déjà regretté l’indolent et prodigue Gallien ; une distribution d’argent, faite à propos par les con jurés, les apaisa. Leur cupidité étant satisfaite, ils s'occupèrent de leur salut, de celui de l’empire, et proclamèrent césar Marcus Aurélius Claudius, qui, dans ce temps de malheurs et de crimes, avait su mériter P estime de tous | les partis. |

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(268-#90-de J.-C.) CLAUDE 11. A5

Le sénat et le peuple confirmèrent avec joie cette élection. Claude, tribun sous le règne de Décius, s’était distingué par son coùrage contre les Barbares. Il mérita l’estime et la confiance de Valérien, qui lui donna le commandement dé FIl- Îyrie. Ce qui est digne d’être remarqué, c’est que tous les généraux 'nommés par Valérien parvinrent successivement à l’empire. Claudius, aussi considéré dans Rome ‘qu’à l’armée, se montra, dans ses divers emplois, juste, ferme, laborieux, sincère, modéré, magnanime comme Augüste, belliqueux comme Trajan. Îl se fit craindre et respecter par Gallien, qui, jaloux dé son mérite, ne pouvait l’aimer, et n’osait le perdre.

Il était né en Dardanie. Lorsqu'il fut empereur, l’adulation, lui cherchant une illustre origine, le fit descendre de Dardanus. Il avait trop de mérite pour avoir besoin d’ajeux, et ce qui est peut-être plus rare encore que la réunion de tant de grandes qualités, c’est que son élévation ne Jui en fit perdre aucune.

Comme un-homme de ce caractère ne pouvait approuver l’assassinat, même celui d’un tyran, il invita le sénat à rendre à Gallien des honneurs dont sa mémoire était peu digne. Auréole tenta de négocier avec lui, il lui offrit la paix, et lui rappela que Gallien l’avait reconnu comme associé à l” pire. Claude lui répondit : « Gallien ne me sert point d’exem- « ple; il vous aimait ou vous craignait; moi, je ne vous « aime ni ne Vous Crains. »

La négociation étant ainsi rompue, ‘ils se livrérent bataille entre Milan et Pergame : Auréole la perdit, fut pris et massacré par les soldats, malgré les eflorts de Claude, qui voulait le sauver. L'empereur lui érigea un tombeau sur le champ de bataille, qui reçut le nom d’Auréole, et a ’on appelle aujourd’hui Pontirole.

‘Claude dirigea ensuite ses troupes contre les Ailermands qu’il battit et força de se retirer dans leur pays. Après ces succès, il vint à Rome; on lui décerna les honneurs du triomphe, triomphe pur, qu’il ne souilla par aucun acte de

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rigueur ni de vengeance. À son arrivée, l’ordre et la justice, depuis longtemps bannis de Rome, y reparurent. Les délateurs et les concussionnaires counurent seuls la crainte ; les tribunaux reprirent leur indépendance, et le sénat sa liberté.

Pendant tout le règne de Gallien, les différents partis qui s'étaient élevés dans l’empire avaient servi de prétexte à une foule de confiscations. Claude les abolit, chacun reprit son bien. Dès que cette loi fut promulguée, une femme se présenta devant l’empereur : «Je possédais, lui dit-elle, une «terre; on m'en a dépouillée ; elle est deveque la récompense « des services d’un général nommé Claude : en vertu de la « Loi, je la réclame. »

« Vous avez raison, lui dit le prince ; il est juste que « Claude empereur rende ce que: Claude officier a reçu. » Il lui restitua sa propriété.

Claude ne pouvait rester optns à Rome ; ‘on délibéra pour décider si l’on attaquerait d’abord Tétricus dans

la Gaule, Zénobie dans l'Orient, ou les Goths et les Scythes

qui dévastaient les frontières : « Pères .conscrits, dit Claude, « Tétricus et Zénabie ne sont que les ennemis de l’em- « pereur ; les Barbares sont ceux de l’empire : vengeons « la querelle publique avant la mienne. Il importe peu par «qui la république sera gouvernée; mais ce qui est né- « cessaire, c’est qu’elle soit indépendante et délivrée de « l'étranger. »

On applaudit à ces généreux sentiments : : les citoyens, sortant de leur longue mollesse , prirent les armes, et l’Italie, comme au temps de l'irruption de Cirabres, leva une forte armée.

Le péril était imminent. Enhardis par les discordes qui déchiraient l'empire, les Barbares, longtemps refoulés dans le Nord, s'étaient réunis, attirés par l’opulence, la fertilité et les richesses du midi. Les Goths, les Sarmates, les Roxolans, les Ostrogoths, les Gépides et les Hérules, fameux depuis sous le nom de Lombards, ayant construit deux

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mille vaisseaux, s'étaient embarqués sur le Borysthène, au nombre de trois cent vingt mille hommes. Après avoir per. du, par un coup de vent, plusieurs bâtiments en traversant la mer Noire, ils insultèrent Byzance, sans pouvoir s’en emparer, commirent d'affreux extès dans les îles de t'Arehipel, dévastèrent les côtes de l'Asie Mineure, assiégèrent Thessalonique et Cassandrée, et s *emparèrent d’Athènes. On prétend que ces Barbares, ennemis.des lettres et des arts, ayant rassemblé sur la place publique tous les livres qui faisaientla gloire et la richesse decette belle cité,

voulaiént les livrer aux flammes, lorsqu'un de leurs guerriers les arréta en lent disant : « Laissez aux Romains et a aux Grecs leurs sciences ; c'est un poison lent qui les

-« amollit et les rend plus facites à vaincre. » Cet insensé

oubliait que la Grèce et Rome, Alexandre et César, durent autant leurs conqUèRe aux lumières” du siècle qu'à leur courage.

Tandis que les Barbares se livraient, dans l'Attique , à la débauehe et au pillage , Cléodème , Athénien qui avait échappé à leur fureur, rassemblant quelaues troupes, fondit sur eux, en tailla une partie en pièces, contraignit le reste à prendre la fuite, et délivra sa patrie.

Les Goths; qui avaient appris des Romains à fabriquer des armes et des machines, étaient près de s'emparer dé- Thessalonique. et de Cassandrée , lorsque Claude s’atança pour les attaquer. Ils n’osèrent l’attendre, et se retirérent précipitamment, en traversant la Macédoine. L'empereur ne put les atteiridre qu’à Nyssa, dans la Servie. Ce fut dans’ce lieu qu’il leur livra bataille; elle fut longue, sanglante, opiniâtre. Après de grands efforts, les Romains , cédant au nombre, commençaient à plier, lorsqu'un corps, que Claude avait envoyé sur le flanc des ennemis par des chemins qu'on croyait impraticables, parut tout à coup, jeta : désordre Lans leurs rangs, et décida la victoire.

Les Goths se retirèrent dans leur camp, laissant cin-

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quante mille morts sur le champ de bataille. L'empereur, sans leur donner de repos, les attaqua dans les retranchements qu’ils avaient faits, selon leur coutume , en rassemblant tous leurs chariots et leurs bagages. Ils s s'y défendirent avec le courage du désespoir; mais le fer. et le

feu ouvrant enfin le passage aux Romains, le carnage fut

affreux, le butin immense. Cependant une partie de ces féroces guerriers, s'étant fait jour, continua sa retraite :

elle fut coupée par la cavalerie de Claude, et ils se virent |

forcés à soutenir un dernier combat. Malgré leur détresse,

les vaintus mirent encore les vainqueurs en péril. Ils.se précipitérent sur les légions avec tant d’ardeur qu'ils les enfoneèrent ; mais la cavalerie remaine, les prenant alors en queue , les mit en déroute. Ils se sauvérent, dispersés dans les gorges du mont Hémus, où la faim et les malsdies contagieuses achevèrent leur destruction.

Pendant ee temps, leur flotte, ignorant ce désastre, arriva en Macédoine. Les troupes qu'elle portait, croyant entrer dans un pays conquis, le trouvèrent armé. Elles se dispersèrent; une partie fut prise, l'autre massacrée : on hrûla tous‘leurs vaisseaux. Claude, informant de ses succès Brocchia, gouverneur de l'Illyrie, lui écrivait : « Nous «avons détruit trois cent-vingt mille hommes , coulé à a fond deux mille navires; les fleuves sont couverts de g boucliers, les rivages de larges épées et de courtes a lances ; des monceäux d’osserments cachent la verdute « des plaines ; les routes sont teintes de sang; le grand .« rétranchement des Barbares formé par une multitude « de chars, a été forcé; nous avons fait tant’ de femmes . ürisonnières, que CRAQUE soldat en.a deux ou trois pour « esclaves, »

Aurélien se signala dans Fe. gue erre. Il commandait la cavalerie, qui contribua si efficacement à la défaite des Barbares, La victoire de Claude , comparable aux. plus illustres triomphes des anciens déno de Rome , lui mérita

le suinom le Gothique. Libérateur de l'empire, il se dispo-

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sait à marcher contre ses rivaux, et à reconquérir la Gaule et l'Orient sur Tétricus et sur Zénobie, lorsque la mort vint l'arrêter dans sa brillante carrière. La contagion, qui avait détruit les Goths, se répandit dans l’armée romaine: Claude en fut la victime : il mourut à Sirmium , âgé de cinquante-six ans, la troisième année de son règne. (An 270.)

Ce prince fut, suivant M coutume, mis au-rang des dieux ; mais cet honneur était devenu si vulgaire que, voulant lui prouver leur affection par un hommage moins prodigué et moins avili, le sénat lui consacra un buste d'or, placé dans le lieu de ses séances, et’ le peuple lui fit ériger dans le Capitole une statue du même métal. Enfin, le recommaissance publique, pour rappeler ses exploits, lui éleva dans le Forum une statue d'argent, dont le piédestal était formé des proues de tous les vaisseaux qu’il avait enlevés aux Barbares. : | - Tout l'empire le pleura ; égal en courage et en talents aux plos grands empereurs, on aima et oû regretta surtout en lui une qualité qui manquait à la plupart d’entre eux, la douceur, nommée justement par be vu la pre mière verlu des prinees.

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