‹ Histoire RomaineChapitre 6 sur 73 · EMPIRE. (av. J.-C. 29-ap. J.-C · texte numérisé non relu

EMPIRE. (av. J.-C. 29-ap. J.-C

Il revêtit une monarchie militaire des formes républicaines, satisfit les grands par des dignités , le peuple par des largesses, et tout l'empire par le repos, qui, après un demi-siècle de factions et de guerres civiles , était devenu le seul bonheur qu'on pût souhaiter et supporter.

Cependant, malgré cette pente naturelle du siècle vers la paix et la soumission, il fallait encore beaucoup d’adresse pour passer tranquillement de la république à la monarchie. Les souvenirs et les habitudes défendaient la liberté; la fin tragique et récente de César LME effrayer Octave.

H se voyait assis au milieu des mêmes dure qui avaient applaudi Brutus ; il sè trouvait en présence de ce même peuple qui avait arraché la couronne placée sur la tête du dictateur, et il comptait dans les rangs de l'armée, son seul appui, une foule de soldats qui venaient de combattre pour Pompée, pour Cassius, pour Antoine, contre Césér et contre lui.

Les prétextes pour conserver la puissance lui manquaient : César était vengé; la bataille d’Actium terminait | la guerre civile ; la mort d'Antoinecet la chute de Cléopâtre avaient expié les affronts faits à la république; le temps fixé pour la durée du triumvirat était expiré ; rien n’autorisait la prorogation des lois de circonstance, rien ne semblait devoir priver plus longtemps le peuple de ses droits.

Dans cette position difficile, plus l'ambition d'Octave était ardente, plus il prit soin de la dissimuler. Décidé à régner, il feignit un grand dégoût des affaires et une extrême avérsion pour le rang suprême, seul but de ses pensées et de ses actions. On prétend qu’il consulta ses deux favoris, Mécène et Agrippa, sur le parti. qu’il devait prendre, Agrippa , dit-on, lui conseilla d’écouter la voix de la justice, de rétablir la république, et de chercher dans la vie privée une gloire pure et une tranquillité qu'une puissance usurpée ne pouvait lui offrir. Mécènè, au contraire, lui dit que l’empire romain, trop étendu, avait besoin

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d’un maïtre. Le rétablissement de la république, ajoutaitil, dans un siècle corrompu, ne serait que le signal de la renaissance des factions; d’ailleurs, après tant dé proscriptions, Octave ne pouvait trouver d'asile contre ses ennemis que sur le trône.

Octave, dont la détermination était. probablement prise avant de délibérer, donna de grands éloges à la franchise d’Agrippa, et adopta le conseil de Mécène.

Il résolut, non de garder le pouvoir par violence, mais de faire légitimer son autorité par le consentement national, et d'amener le sénat et le peuple au point de le contraindre en quelque sorte à les gouverner. Avant d’exécuter ce dessein, il voulut opérer dans le sénat une grande réforme, sous le prétexte de lui rendre plus de majesté. Il crut nécessaire de s’attirer l’amour du peuple par des fètes et par des largesses, de réparer beaucoup d’anciennes injures par des bienfaits, et de s’assurer, pat l'estime publique, l’autorité qu’il avait conquise par la force.

Après l’assassinat de César, Antoine, au moyen d'actes faux, qu'il supposait signés par le dictateur, avait rempli le sénat d’un grand nombre de ses partisans, hommes sans naissance, sans mérite et sans fortune. Le peuple les nommaït caroniles, pour faire entendre qu’ils avaient été nommés par un mort. Ce désordre s’accrut pendant le triumvirat. Octave voulut retrancher de ce corps auguste tous les membres qui souillaient sa dignité : il proposa cette réforme avec tant de ménagements et d'adresse, que, sur quatré cents sénateurs frappés par la loi qu'il présentait, plus de deux cents se démirent volontairement, et furent récompensés de leur lâche docilité par des titres honorifiques et par des emplois lucratifs. On supprima les autres. Pendant tout le temps que dura cette opération, Oétave porta une cuirasse sous sa toge’, et ne parut aux assemblées qu’environné de quelques sénateurs dont il connaissait le dévouement et la bravoure. |

Il ne gouvernait alors que sous le titre de consul, et ac-

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cepta celui de prince du sénat, pour conserver la présidence de ce corps. On lui avait donné le consulat pour six ans. Remplissant les fonctions de censeur, il renouvela la cérémonie de la clôture du lustre, tombée en désuétude depuis les guerres civiles. Le dénombrement produisit quatre millions cent soixante-trois mille citoyens. Octave rétablit par ses dons la fortune de plusieurs sénateurs, embellit la ville de monuments nombreux et magnifiques, et ‘donna aux préteurs le dépôt du trésor public, jusque-là confié imprudemment à de jeunes questeurs. Mais de tous ces. actes, celui qui excita le plus de joïe et de reconnaissance fut un grand acte de justice : il cassa toutes les ordonnances des triumvirs ; c'était, en condamnant ses propres actions, effacer de la mémoire des hommes sa vie passée, et en promettre une nouvelle.

Octave s'était fait donner dans le consulat Agrippa pour collègue (an de R. 725); avec le secours de cet ami éclairé, de ce ministre fidèle, ayant rétabli la tranquillité dans les ‘provinces, la discipline dans l’armée , la majesté dans le sénat, s'étant réconcilié avec les vaincus par l’abolition des actes du triumvirat, il distribua les charges, les commandements, les grades, les dignités et les grâces pécuniaires, de sorte qu’il n’y eut plus que deux routes ouvertes aux Romains : l’une, celle de la soumission, qui meriait aux honneurs et à la fortune ; l’autre, celle de la résistance, qui condamnait les opiniâtres amis de la république à l’inaction et à l’obscurité. .

Lorsqu'Octave crut avoir ainsi disposé les esprits au dénoûment qu'il méditait, l’année de son consulat venant d’expirer, il parut dans le sénat , et déclara qu'il renonçait à tous les pouvoirs extraordinaires qu'il tenait de la république. Moins cette démarche était sineère, plus il employa d'art pour faire eroire à la pureté de ses intentions. « On ne pouvait pas, disait-il, douter de la franchise d’une « abdication si volontaire ; tous les rois étrangers étaient «liés à ses intérêts ; l’arinéc lui avait donné des preuves

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« éclatantes de sa soumission et de son dévouement ; le « peuple et les provinces le regardaient comme le garant « de leur repos; tous les partis le considéraient comme «leur unique lien ; il était redouté par les factieux et « par les scélérats, comme une digue qu’ils ne pouvaient « franchir. Dans une pareille situation, personne ne pou- « vait lui ravir la puissance, s’il voulait la garder. Mais il «trouvait juste de rendre à chacun l’exercice de ses « droits : au sénat son autorité, au peuple son indépen- « dance, aux lois leur vigueur. Le sacrifice du pouvoir au « bien publie lui paraissait plus honorable que les plus « grandes victoires ; à ses yeux, la gloire principale de Cé- « sar était d’avoir refusé la royauté, comme il faisait con- « sister la sienne à.se démettre du pouvoir suprême. Je « n’ai d’abord pris les armes, ajoutait-il, que pour venger « mon père ; je me suis vu depuis , à regret, forcé de me « charger longtemps du fardeau des affaires, afin de déli- « vrer la république des factions qui la déchiraient. César « est vengé, les factions sont détruites, les étrangers sont « soumis , l’ordre règne dans l'intérieur : au prix de mon « sang, au péril de ma vie, j'ai sauvé la république ; j'ai « fait respécter ses armes depuis la mer d’Éthiopie jus- « qu'à la Tamise, depuis l’Euphrate jusqu'aux colonnes « d’Hercule; j'ai fermé le temple de Janus. Quel autre « bonheur puis-je désirer que celui du repos et de la re- « traite? quelle autre gloire pourrait me tenter, si ce n’est « la gloire de voir la république, libre et florissante, se « gouverner par de sages lois , et reprendre ses nimes « mœurs? »

Il ajouta à ces paroles de sages conseils sur le gouvernement de FÉtat, recommanda au peuple de repousser l’intrigue, de craindre les factieux ; aux sénateurs, d’adoucir leur orgueil, de réformer leur luxe, de modérer leur ambition, source de haine et discorde ; aux proconsuls et aux préteurs, de ne plus faire haïr le nom romain par leurs concussions oppressives et scandaleuses. « Si vous agissez ,

le

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« ainsi, dit-il en terminant son discours, vous comblerez « mes vœux, vous assurerez votre gloire et le bonheur de « ma patrie; mais si, méprisant mes avis, n’écoutant que « l'ambition et l’avarice , et entraînés par vos passions, « vous livrez encore la république au funeste fléau des « guerres civiles , vous me ferez repentir de mes sacri- « fices, et vous retomberez tous dans les malheurs dont « je vous ai sauvés. »

Les sénateurs écoutaient César avec h. surprise que devait exciter une telle démarche. Ceux qu’il avait mis dans sa confidence applaudirent vivement sa générosité, mais se gardèrent bién d'appuÿer sa proposition. Ceux qui croyaient à sa sincérité, mais qui, las des factions, préféraient les faveurs de la fortune aux rigueurs de la liberté, et le repos de la monarchie aux orages de la république, laissèrent éclater le chagrin que leur faisait éprouver cette abdication. La crainte empêchait les amis de la liberté d'accepter le sacrifice qu’on leur offrait, et un reste de pudeur retint quelque temps ceux qui auraient voulu parler en faveur de la servitude. Tous se réunirent enfin pour conjurer César de renoncer à une résolution si fatale au repos publie.

Après une résistance plus Loi que vive, il obéit, et consentit à garder le pouvoir suprème. Cependant , sous prétexte que le fardeau du gouvernement tout entier était ‘trop pesant pour lui, il voulut partager avec le sénat les provinces de l'empire. Dans ce partage, choisissant pour lui les gouvernements les plus exposés aux attaques de l’ennemi, et dans lesquels se trouvait placée la plus grande partie des troupes, il conserva dans sa dépendance la vraie source du pouvoir, l’armée.

Le sénat eut l’administration de l’Afrique , de la Bétique (en Espagne), de la Grèce, de l'Asie Mineure, de la Sicile, du Pont, des îles de Crète et de Sardaigne. César se réserva le reste de l'Espagne, la Lusitanie, les Gaules, la Syrie, la Phénicic et l'Égypte.

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On parut laisser l'Italie ainsi que Rome régies par les anciennes lois. Octave y commandait en monarque, sous le voile de la liberté : il savait qu’on peut tout enlever aux hommes tant qu'on leur laisse l'espérance. Il n’accepta que pour dix ans le sacrifice que Rome lui faisait de sa liberté ; et, dans tout le cours de sa vie, employant toujours le même artifice pour entretenir la mème illusion, il renouvela son offre d'abdication, et fit proroger son autorité, tantôt pour cinq et tantôt pour dix années.

Messala, chargé par le sénat de lui exprimer la reconnaissance des Romains, lui donna, au nom du sénat et du peuple , le titre d’Auguste. Ce nom, qui avait quelque chose de sacré, lui parut préférable à celui de Romulus, qu'on voulait Jui faire accepter, et qui rappelait trop la royauté, toujours odieuse dans Rome. D'ailleurs, son autorité ne fut revêtue d'aucune dénomination nouvelle; il mWignorait pas que la multitude se gouverne plus par les mots que par les choses, ct qu'à ses yeux les noms les plus anciens sont les plus respectés. Celui de roi aurait effrayé ; celui d'imperator , étant plus usité, n’inquiéta personne. Sous ce titre, il régna comme général, et l'éclat de cette monarchie militaire rendit bientôt le titre d'empereur supérieur à celui de roi.

Déjà Pompée, revêtu de ce nom, avait joui d’une autorité presque absolue. Les généraux devenant souverains, le glaive fut leur sceptre ; ils n’eurent d’autre appui pour leur puissance que l’armée; et cette armée devint l’écueil du trône, commè le peuple avait été celui du sénat. Le soldat et la multitude sont toujours les instruments dont se “servent les ambitieux pour renverser les: monarchies comme les républiques: cependant, sous le règne d’Auguste, les titres civils que ce printe continuait à porter semblaient tempérer le pouvoir militaire. Ce n’était que corime consul qu'il faisait exécuter les lois dans la ville, ou comme proconsul dans les provinces. La puissance tribunitienne semblait seule le rendre inviolable aux ÿéux

du peuple ; les fonctions de la censure lui donnaient le droit de surveiller les mœurs ; et, à la mort du faible Lépide, le souverain pontificat remit dans ses mains la puissance de la religion.

Toujours soigneux de faire oublier qu’il était devenu le maitre de la patrie, il s’en fit nommer le père ; et cetitre, donné à Cicéron Drsqu’ il sauva la liberté, fut unanimement déféré à Auguste pour l’avoir détruite.

L'empereur profitait de tous les exemples que pouvaient lui fournir les fautes commises par le gouvernement républicain pour augmenter son pouvoir. Ainsi, comme Pompée et Scipion s'étaient vus, par un décret du sénat,

affranchis des règles qui avaient fixé l’âge où l’on pouvait 5 q |

prétendre au consulat, Auguste, par un décret du sénat et du peuple, se fit dispenser généralement de l’observation de toutes les lois; de sorte que ce gouvernement, qui se soumettait en apparence aux formes républicaines, devint non-seulement monarchique, mais absolu; et l'empire romain offrit ainsi le plus monstrueux mélange de la république et du despotisme. Ce décret fut rendu l’an 7925 de Rome, et c’est de cette époque que la plupart des historiens datent le règne d’Auguste.

On voit avec surprise un peuple qui venait si récemment de répandre tant de sang pour la liberté la sacrifier si lâchement aux caprices d’un homme; mais le besoin du repos égarait les Romains : le souvenir du passé les trompait, l’adresse d’Auguste les rassurait. Souvent, sans cesser d’être libres, ils avaient confié à des dictateurs un pouvoir absolu. Déchirés par les guerres civiles, ils croyaient pouvoir encore sans danger employer pour dix ans ce t'emêde nécessaire. La politique artificieuse d’Auguste leur faisait croire qu’il rendrait un jour à Rome cette autorité qu’elle lui confiait momentanément. Un caractère plus fort les aurait éclairés; l’apparente modestie et Ja douceur d’Auguste les aveuglaient ; ils s’endormirent dans les bras de la tyrannie, en rèvant toujours la liberté.

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Cette illusion peut d'autant plus se concevoir, qu'aucun droit n'était enlevé à la république, et qu’elle les conservait tous, puisqu’Auguste ne tenait son autorité que du sénat et du peuple, ils pouvaient la retirer corame la donner. D'ailleurs, ce prince habile laissa toujours aux sénateurs et aux tribuns une part dans l'exercice de la souveraineté. Les édiles présidaient aux jeux, les préteurs aux jugements ; le peuple donnait sa voix pour les élections : on nommaït à l’empereur des collègues dans chacune des fonctions qu'il exerçait. Les ambassadeurs des princes étrangers demandaient audience au sénat. L'empereur faisait délibérer ce corps sur toutes les grandes affaires de la république ; et s’il se réservait la décision des plus urgentes, il les soumettait à la discussion d’un conseil privé, composé des consuls et de quinze sénateurs.

Plus la puissance d’Auguste augmentait en force, plus il la couvrait de formes modestes et populaires. Loin d’habiter un palais comme Lucullus et Pompée, il se contentait d’une maison de peu d’apparence , occupée autrefois par l’orateur Hortensius. Aucun luxe ne brillait sur sa table ni sur ses vêtements; il s’asseyait au spectacle dans les rangs des Sénateurs et des consuls. Remplissant scrupuleusement les devoirs de la vie privée des citoyens, il assistait aux noces, aux funérailles de ses amis, plaidait leurs causes, sollicitait pour eux les suffrages du peuple, prononçait en public leuroraison funèbre, etdemandaitau sénat les grâces et les dignités qu'il voulait faire accorder aux membres de sa famille. Ainsi, au moment où le corps de la république était sans vie, son ombre étonnait encore par sa grandeur imposante et par ses formes vaines. | |

Dans les temps de corruption, l'intérêt privé parle plus haut que l'intérêt public. Auguste se choisissait pour collègues au consulat les plus grands personnages de la république; il donnait les gouvernements de provinces aux consulaires, aux plus illustres sénateurs : un pouvoir civil

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très-borné, un titre honorable, des licteurs, des faisceaux, des hommages satisfaisaient la vanité de ces gouverneurs, tandis que l’autorité réelle dans les provinces était confiée aux lieutenants militaires de l'empereur.

Il avait aussi créé dans Rome un préfet qui recevait ses ordres et les exécutait. Ainsi les magistrats de la république ne conservaient que le cérémonial du gouvernement.

Le peuple fut plus difficile à tromper que le sénat: on n'avait point osé lui enlever le droit de sanctionner leslois et de nommer aux charges; il ne voulait pas que ce droit fût illusoire. Tant qu'Auguste restait à Rome, sa politique adroite dirigeait à son gré le choix de la multitude, et ses recommandations étaient respectées comme des ordres; mais toutes les fois qu'il s’absenta, les élections furent orageuses, et lé peuple turbulent se porta à des mouvements séditieux. Aussi, après la mort d'Auguste, Tibère priva le peuple du droit d'élection, et le transféra au sénat, qui se montrait plus servile. |

Au reste, si l’ordré et le repos peuvent dédommager de la perte de la liberté, les Romains en jouirent pleinement; et Auguste exerça avec tant de justice et de douceur un pouvoir arbitraire, que les républicains durent lui reprocher d’être le plus dangereux des despotes, car il fit aimer l’autorité absolue. | |

Le temple de Janus fermé, la fureur des factions étouffée, les biens restitués aux proscrits, la vigueurrendue aux lois, la force aux tribunaux, la discipline aux armées, le respect à la religion, la liberté au commerce , la sécurité à l’agriculture, les encouragements accordés aux lettres et aux arts, firent goûter au monde entier un bonheur etune paix jusque-là inconnus. Horace a tracé en beaux vers un tableau admirable de cette époque tranquille « où les Ro- « mains, à l’abri des attaques de l’étranger et de la fureur « des guerresciviles, voyaient l’ordre remplacer la licence, « et la vertu vengée du vice. Le fermier recueillait sans

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« crainte de riches moissons; le bœuftraçait sans danger son « paisible sillon; les provinces n'étaient plus livrées à l’in- « solente avidité das préteurs, à la violence des soldats fé- « roCes. »

Ce qui prouve encore mieux que l’encens des poëtes la sagesse du règne d’Auguste c’est qu’il est stérile pour l’histoire, et qu'il ne lui offre aucun des grands événements qui n’excitent l'admiration de la postérité qu’aux dépens des larmes et du sang des contemporains,

Quels hommages n'aurait pas mérités Octave , si , plus prévoyant, il eût forcé ses successeurs à ne pas sortir des bornes que son seul caractère mettait à son pouvoir! si, rendant son trône héréditaire au lieu de conserver des formes vaines et dangereuses d'élection, il eût assis ce trône sur une base plus solide, à l'ombre de lois sages etde fortes institutions ! s’il avait garanti la liberté publique, par d’in- ? surmontables barrières des dangers delatyrannie du prince, comme il l’avait mise à l’abri des orages populaires! Mais Auguste, en se faisant chérir par sa modération, ne vit que le présent , et ne travailla que pour lui. Le sort de sa patrie sous ses successeurs l’inquiéta peu ; il ne sut ou ne vit . pas qu’un pouvoir qui s'élève en s’iselant devient d’autant plus fragile qu'il est plus haut, qu'il se prive de solidité en se privant de base, et qu'aucune force ne peut s’appuyer que sur'ce qui résiste. |

Un prince qui, par son titre mème, prouvait qu'il était parvenu au trône par les armes, et qu'il ne régnait que comme général victorieux, ne devait pas laisser perdre aux soldats l'habitude dele voir à leur tête. Auguste quitta Rome, et partit pour la Gaule, où Messala venait, par ses ordres, de réprimer une révolte. La présence de l’empereur acheva de soumettre ce pays à la police et aux lais romaines : elles rendirent les Gaulois plus tranquilles, plus éclairés, plus riches, plus heureux; mais elles amollirent leurs mœurs, et ils devinrent moins capables de résister à Ja bravoure féroce des sauvages habitants de la Germanie.

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Dans le même temps, Gallus, préfet d'Égypte, conçut le projet de se rendre indépendant. Les circonstances n'étaient pas favorables à un semblable dessein ; l'empire romain, paisible, ne voulait pas troubler $on repos. Gallus, abandonné par les troupes, fut destitué; une punition si peu rigoureuse parut trop douce au sénat, qui se montra plus sévère que l’empereur, et bannitle coupable. Son infidélité, comme magistrat, causa son exil; son talent, comme poëte , lui fit obtenir son rappel, que Mécène, ami constant des lettres, sollicita pour lui. Auguste eut toute sa vie l’habäileté de laisser au sénat les rigueurs, et de réserver pour lui les actes de bienfaisance, de générosité et de clémence.

Pendant son absence, Agrippa, chargé des embellissements de la capitale, termina le superbe édifice qu'on nommait Panthéon, et qui, dans son enceinte circulaire, rassemblait tous les dieux de l’univers, comme Rome réunissait sous ses lois tous les peuples du monde.

A cette époque, le feu de la liberté ne s’agitait plus que dans la partie septentrionale de l'Espagne. Les Cantabres, les Asturiens, protégés par leurs montagnes, prirent plusieurs fois les armes pour recouvrer leur indépendance. Vaincus par Varron et Muréna, ils se révoltèrent encore. Auguste, craignant leur courage et leur éxemple, jugea cette guerre assez importante pour la diriger lui-même ; ils résistèrent avec opiniâtreté , et la fortune seconda d’abord leur vaillance ; mais enfin, accablés par le nombre, ils se soumirent. Auguste eut l'honneur de terminer en Espagne une guerre qui duraït depuis deux cents ans : il établit plusieurs colonies pour contenir ces peuples belliqueux, et bâtit la ville de Mérida, dont le territoire devint la propriété et la récompense de ses soldats.

Deux jeunes guerriers se distinguaient alors dansles armées d’Auguste : Marcellus , neveu de ce prince, par sa vaillance, par ses talents, par sa générosité, par son atta chement à l’ancienne discipline et par ses douces vertus,

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faisait les délices et l’espoir de Rome : il épousa Julie, fille de l'empereur, également fameuse par ses charmos et par ses vices. Tibère , fils de Livie , $e faisait remarquer par sa bravoure, par son habileté militaire: mais il était ambitieux, jaloux, débauché, fourbe et cruel. À l’âge où les hommes sont portés à la confiance et à la douceur; il se montrait sombre et défiant,.etne comptaitsur l’obéissance que lorsqu’elle était comrnandée par la crainte. Il conseilla de traiter avec rigueur les Cantabres vaincus ; quarante mille de ces infortunés furent enlevés à leur patrie et dispersés dans les contrées lointaines. Rome ne prévoyait pas alors que Tibère dût être un jour son maitre. Auguste ne l'aimait pas; et la seule marque de faveur queles instanees de Livie purent lui faire obtenir fut une dispense de cinq ans pour parvenir aux charges.

Les armes romaines, couronnées de suceës sur toutes les frontières de l'empire , échouèrent en Arabie: ses sables brûlants la défendaient mieux que ses guerriers. Élius Galjus voulut y pénétrer : son armée, égarée par des guides infidèles, errante au milieu des déserts , privée de vivres, accablée par un soleil ardent, fut presque totalement: détruite, quoiqu'’elle n’eût pereu que ns bommes dans les combats.

Pétronius, ena d'Égypte, n ‘eut pas plus de succès dans une guerre qu'il entreprit contre les Éthiopiens. Leur reine Candace perdit d’abord sa capitale, mais conserva son courage. Ralliant ses troupes, elle força les Romains à la retraite :. son royaume, séparé du resté du monde par des déserts, connaissait à peine de nom les maîtres de la terre. Lorsqu’on lui proposa, pour terminer la guerre, d’envoyer uñe ambassade à l'empereur, elle demanda quel pays il habitait. Auguste lui accorda la paix, et l'affranchit du tribut qué Pétronius lui avait imposé. |

Peu de temps aprés, Auguste tomba malade : on à déco: pérait de sa vie: se croyant lui même sans ressource , il’ donna son anneau au brave et sage Agrippa; c'était le dé-

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signer pour son successeur, et préférer le-bonheur de l’empire à l'élévation de sa famille. L'habileté de Musa, son médecin , le sauva. Les Romains reconnaissants élevèrent à Musa une statue près de celle d'Esculape. Lesplus nobles caractères résistent difficilement à l'ambition. Marcellus supportait avee peine la préférence éclatante qu'Agrippa venait d'obtenir. Les talents et’les services d’un ministre si expérimenté, d'un général tant de fois vainqueur , d’un ami si fidèle, ne le garantirent-point de la disgrâce. Auguste n'eut pas la force de le défendre contre sa famille ; mais, voulant couvrir sqn exil d’un voile honorable, il le ft. gouverneur de Syÿrié. Marcellus survéeut peu à ce triomphe, qui lui donna probablemeñt plus de repentir que de jouissances ; il n'avait que vingt ans lorsqu ilmeurüt. Le peuple le regretta d'autant plus vivement qu’on lui supposait l’intention de rétablir la république. Moissonné dans’ sa fleur et n'ayant fait hriller dans le monde que des vertus, il jouit en.-mourant d’une gloire que peut-être une plus longue vie ne lui aurait pas conservée. Virgile limmortalisa par ses vers. Plus tard, Sénèque fit son éloge; uñh théâtre mâgnifique porta son nom, par les ordres d'Auguste.

Les Romains n ’aimaient pas ‘Livie: ils l’accusaient de tous les coups du sort, et ils la soupçonnèrent d’avoir attenté aux jours de Marcellus, dans le dessein de faire régner Tibère. Cependant l'empereur se conciliait de plus en plus l’affection du peuple. Son plus grand secret pour se faire aimer fut d'oublier: le passé, de ne protéger aucun parti, et de traiter avec ung égale faveur les hommes de talent, qu’ils l’eussent servi ou combattu. Il s’adjoignit au consulat Pison, républicain ardent, et Sextius,, fidèle ami He Brutus: Cest par ce a tant ces des factions qu ou'les dubai ele

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Eev. 3.-G, 29-0p. 1.-G. 44] AUGUBTE. 15

särmer le courroux du ciel; volant au-devant du joug avéc la même passion qui lui faisait autrefois sacrifier ses jours

pour la liberté, il se rassemble en tumulte, entraine le sé-

nat à rendre une loi qui nomme Auguste dictateur perpétuel, et porte ce décret aux pieds de l'empereur.

Auguste connaissait trop la mobilitéde la multitude pour céder à èe moment d'ivresse : il refusa le titre inutile qu'on lui proposait; etcomme sa résistancé augmentait l’ardeur dû peuple pour le vaincre, il déchira ses vêtements, et déclara qu ’d aimait mieux mourir que de se charger d’un pouvoir tyrannique qu’une loi formelle avait aboli pour . toujours. Il n’accepta que la puissance tribunitienne pour sa vie, et le peuple se retira rempli d’admiration pour sa modestie, qui se bornait Do à préférer le trône à la dictature.

L'empereur était persuadé Si surveillance continuelle du chef de l’État peut seule empêcher le relâchement dans les diverses parties de l’administration, et que, pôur bien exécuter ses ordres, on doit toujours le voir ou l’entendre. Il se résolut donc à visiter plusieurs parties de son empire; il pareourut la Sieile et la Grèce , rétablit partout l’ordre et la justice, et ‘signala sa générosité par des largesses ; 1l donna Cythère à Lacédémone, et, au grand regret des Athéniens, rendit à Égine son indépendance. Passant ensuite en Asie, il y fit bénir son nom par un juste mélange de douceur et de sévérité. Il priva Sidôn et Tyr de leur liberté, parce qu'elle était dégénérée en licence, Cependant, trompé par l’adresse et par la flatterie d'Hérode ,'il augmenta ses États. Ce roi, habile à la guerre, profond en po-

litique, mais oppresseur de ses peuples et tyran de sa fa-

mille , au mépris de sa religion, érigea un temple à l’empereur. |

L'orgueil romain, rassasié de triomphes, n’avait été depuis plusieurs siècles humilié que par les Parthes : César était mort au moment où il se préparait à venger l’affront de Crassus. Auguste, voulant remplir son dernier

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vœu et se montrer digne de son nom, rassembla ses troupes pour marcher sur l'Euphrate. Phraate, roi des Parthes , alarmé de son approche, le désarma par sa soumission, et lui renvoya les drapeaux et les prisonniers romains, tristes débris de l’armée de Crassus.

Les Parthes étaient si redoutés, que cet événement fut célébré à Rome comme une éclatante victoire : les consuls placèrent ces drapeaux dans le temple de Mars Vengeur ; le sénat fit frapper des médailles pour consacrer le souvenir de cet événement glorieux, et le LEURS! éleva un are de triomphe en l'honneur d’Auguste.

Phraate donna à l'empereur quatre de ses enfants en otage, moins par crainte des armes romaines que par la peur de voir ses peuples se révolter en faveur de ses fils. Un tyran haï et méprisé redoute plus ses sujets que ses ennemis.

Auguste permit à tous les peuples tributaires de se gouverner par leurs lois : il obligea les rois qui dépendaient de Rome à rendre leur joug plus léger pour leurs sujets. Artaxias, roi d'Arménie, comptant sur les secours des Parthes, s'était déclaré l’ennemi des Romains ; dès qu'on le vit abandonné par eux, ses peuples sè révoltèreht contre lui; ‘ils le chassèrent du trône, et l'empereur leur douna pour roi Tigrane, qui avait été élevé à Rome.

Auguste, revenu à Samos, y reçut les hommagés de tous les princes de l’Europe et de l'Asie. Pandion, Porus, rois des Indes, lui envoyèrent des ambassadeurs. Les Scythes et les Sarmates recherchèrent son amitié; Zarémonochégas, Indien de naissance, avait parcouru la terre . pour s'instruire : initié aux mystères d’Éleusis, il crut qu’il fallait mourir au moment où il se voyait arrivé au comble du bonheur; et, suivant la coutume superstitieuse de son pays, il fit dresser un bûcher au milieu d'Athènes, et périt publiquement dans les flammes, en à on de l’empéreur.

Auguste partit d'Athènes pour revenir à Rome. Virgile,

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qui paÿait par un encens immortel l'amitié dont l’empereur l’honorait, mourut dans ce voyage, et fit lui-même ainsi, dit-on, son épitaphe :

« Mantoue m'a donné le-jour; la Calabre me l’a ravi; « Parthénope conserve mes cendres. J’ai chanté les ber- « gers, les champs et les héros.

N'ayant pu achever les corrections qu'il voulait faire à l’Énéide, il avait ordonné de livrer cet ouvrage aux flammes. Nous devons à Auguste la conservation de ce chefd'œuvre; en le sauvant, il se servit lui-même; car les grands écrivains compôsent une noble partie de la gloire des grands règnes. La reconnaissance est une vertu qui s’unit presque toujours aux grands talents; Virgile institua poür héritiers Auguste ‘et Mécène. Leurs trois noms réunis . ont traversé ensemble les siècles.

Tandis qu'Auguste était absent, quelques souvenirs de la. république se réveillèrent. Les comices furent orageux; un petit nombre d'hommes turbulents crurent pouvoir profiter de ces mouvements passagers pour conspirer. Cépion, Statilius, Egnatius Rufus furent punis par le sénat de leur témérité ; et l'empereur, pour réprimer la licence du peuple, nomma lui-même cette année les consuls.

Les Cantabres tentèrent encore une fois de se soulever, Agrippa les soumit, et Balbus triompha des érRnes qui s'étaient révoltés en Afrique.

Depuis la mort de Marcellus, Agrippa, comme on peut ‘le croire, avait repris son rang et sa faveur près d’Auguste ; il.le fit nommer tribun pour cinq ans. Secondé par ce säge ministre et par Mécène, it publia plusieurs lois sévères contre le luxe, contre la brigue, contre la‘dépravation des mœurs, et fit de sages règlements pour préservèr Rome des incendies. Il compléta la réforme du sénat, réduisit le nombre des sénateurs à six cents, et fixa léurs revenus à cent mille livres. Les superbes aqueducs constryits par Agrippa répandirent une eau salubre dans tous les quartiers de la ville : par là les contagions dont

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Rome s'était vue si longtemps la PEOIE devinrent moins fréquentes.

Auguste tenta de louables, mais d'inutiles efforts, pour rendre aux. liens du mariage leur force et leur sainteté; il avait triomphé de la liberté, la licence lui résista. Le désordre était trop général pour être arrêté ; ce n'était plus le temps des Lucrèce-et des Cornélie. Horace nous représente «toutes les jeunes Romaines livrées avec passion « aux arts voluptueux de l’Ionie, ne cultivant d’autre « science que celle de plaire, et, dès leur énfance, médi- «tant déjà de coupables amours. » Auguste lui-même, qui voulait réformer les mœurs, cédait au torrent; il donnait la loi, mais non l’exemple, et on lui reprochaïit juste-

ment son amour illégitime et trop public pour Térentia,

femme de Mécène. L’époux de Livie, enlevée. à Néron dont elle était enceinte, devait-il espérer qu’on écouterait sa.voix lorsqu'elle tonnerait contre le vice, et avait-il le droit de punir aussi NN le dérèglement de sa famille ?

L'empereur, quelque sent qu'il. se fût montré pour les plaisirs du peuple, crut nécessaire de modérer sa passion pour les jeux sanglants du cirque, et il ne permit que deux fois par an les combats de gladiateurs. Le peuple romain se montrait alors plus que jamais passionné pour les spectacles. Deux pantomimes célèbres, Pylade et Bathyle, se disputaïent la faveur de la multitude, qui, faute de plus grands objets, se divisait en factions pour eux, avec autant d’ardeur que s’il eût été question de Marius et de Sylla. Auguste, pour réprimer l’insolence de Pylade, le bannit quelque temps, le rappela ensuite et lui recommanda de ne plus donner lieu, par sa conduite, à ces agitations populaires. « César, lui répondit Pylade, je crois qu’il vous « est plus utile que nuisible de voir le peuple romain ne « s'occuper que de Bathyle et de moi. »

L'empereur préférait à tout autre spectacle les … troyens, où les jeuhes patriciens, divisés en escadrons,

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manœuvraient, s’exerçaient les uns eontre les autres, et disputaient entre eux le prix de l’adresse et de la course. I1 airnait mieux retracer aux yeux des Romains les jeux du roï Énée et du jeune Ascagne que les triomphes de la république.

Les guerres devenaient de plus en plus rares; Rome rie combattait que pour se défendre :'on n’était plus au temps où il fallait chaque année une nouvelle gloire pour de nouveaux consuls; une politique sage voulait conserver les conquêtes et non les étendre. Le repos de l'empire ne fut sérieusement troublé, sous le règne d’Auguste, que par les Germains. Ces peuples belliqueux ne pouvaient renoncer au désir de s'emparer de la Gaule; plus cette contrée devenait riche, fertile et civilisée, plus elle excitait l'ambition des Barbares. Leurs premiers mouvements furent réprimés par l’empereur, qui s "approcha lui-même du Rhin pour les contenir.

‘ Les poëtes et les courtisans comparèrent son on de Rome aux voyages des législateurs Solon et Lycurgue ; et cépendant Auguste, fort différent de ces sages; au mépris de ses propres lois, traînait à sa suite Térentia, et scandalisait par cet exemple le peuple dont il prétendait réformer les mœurs.

On lui porta dans les Gaules de violentes plaintes contre Licinius, chargé d’y lever les tributs. Ce concussionnaire avide, né Gaulois, esclave à Rome et affranthi par César, s'était élevé à force de ramper ; conservant, daïs le rang où il sé trouvait parvenu, les sentiments de la servitude, il se: montrait aussi dur pour les homrnes soumis à : son autorité qu'il avait été souple et flatteur pour sesmaîtres. Auguste, irrité de ses malversations, voulait le pünir ; Licimus le conduisit dans sa maison, lui fit voir un trésor immense : « Voilà, dit-il, ce que j'ai amassé « pour ‘vous; mon dévouement à vos intérêts m'’attire la « haige publique ; perdez-moi si vous le voulez, rhais gar- « dez cet:or dont je craignais que les Gaulois ne se servis-

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« sent contre vous. » Cet or couvrit le crime, et Lieinius fat absous.

Cependant l’empereur neo les Gablois par ses bienfaits; et favorisa particulièrement la ville d’Autun, qui devint dans la Gaule un centre d'instruction publique. Les ‘Rhétiens, habitants des Alpes, osèrent dans ce temps faire quelques courses .en Italie; Drusus, secondé par Tibère, vainquit ces Barbares, et fonda dans leur pays la colonie d'Augusta (aujourd’hui Augsbourg). D’un'autre côté, Agrippa soutenait la puissance romaine en Drient ; il protégea les Juifs et vainquit en Asie un aventurier qui se disait petit-fils de un et voulait relevér son trône.

Auguste, de retour dns la capitale de l'empire, fut reçu par les Romains, non-seulemént comme un maître, mais comme ur dieu. L'univers retentissait de ses louanges, et l’encens fumait pour lui dans tous les temples. Les vices et les eruautés de sa jeunesse font croire difficilement aux vertus de sa vieillesse; cependant il est certain que, si ces vertus n'existaient pas dans son cœur, elles brillaient dans toutes ses aetions. Il importe peu qu'on les attribue à ses sentiments ou à sa politique ; elles eurent le même effet, et toute censure perd sa force contre un souverain qui dompte ses passions et qui réprime se ses resséntiments.

Il suffit à l’éloge d'Anguste, pour effacer le souvenir d’Octave, de dire que son règne fut glorieux et sage, qu'il fut aimé, et que son peuple fut heureux. La reconnaissance des Romains était si sincère qu’ils l’exprimaient. au moment où la tombe, ne laissant plus rien à désirer ni à craindre, fait taire la flatterie. Un grand nombre de personnages distingués léguaient en mourant leurs biens à l'empereur ; Auguste, n’abusant point d’une affection si vive, rendit presque toujours aux enfants leur patrimoine, et souvent même il l’augmenta. Son plus grand mérite fut de bien choisir les hommes qui l’aidaient à soutenir le

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fardeau de l'empire, et de ne point se montrer jaloux des grands talents qu'il savait employer. - -

"Tandis qu'Agrippa illustrait le règne d’'Auguste par de grands succès militaires, par de grands travaux: et par de magnifiques monuments, Mécène travaillait courageusement et avec succès à le sauver des écueils du pouvoir; il adoucissait son caractère, et l’empèchait de se livrer à son ancien penchant pour la rigueur; sa maxime constante était « qu’on doit gouverner les hommes comme on vou- « drait soi-même être gouverné. » .

La vérité hardie n’irritait point Auguste ; il était digne de l'entendre. Un jour, assis sur son tribunal, il allait condamner plusieurs personnes à mort; Mécène, ne pouvant s'approcher de lui, écrivit ces mots sur des tablettes. qu'il lui fit passer : « Lève-toi, bourreau! » César, dans l’instant, quitta l’audience, et fit grâce aux accusés. On raconte que le philosophe Athénodore, le voyant irrité, lui dit : « Lorsque la colère veut s’emparer de vous, pro- « noncez lentement les vingt-quatre lettres de l'alphabet « avant de parler ou d'agir. — Restez toujours près de « moi, répondit l’empereur, vos conseils me sont néces-

. « saires. »

Auguste survécut aux nobles amis qui l'avaient aidé à vaincre ses passions. Agrippa, après avoir étouffé une révolte de Pannoniens, tomba malade. L’empereur était pärti de Rome pour courir près de lui; mais en route il apprit sa mort. Il lui fit de magnifiques funérailles, prononça publiquement son éloge, et donna l’ordre de le placer dans le tombeau que lui-même devait occuper. Comment ne pas admirer un prince qui supporte la vérité, qui dompte son caractère, qui sent le prix de l’amitié, et qui accorde la plus grande part de sa faveur, de son pouvoir et de sa confiance à celui qui a condamné son usurpation, à à l’homme qui lui a conseillé d’abdiquer ? Les Romains n'étaient plus dignes de la liberté, Auguste l'était de l’empire.

Agrippa avait eu trois fils de Jalie, Caïus César, Lucius César, Agrippa; et deux fiKes, Julie, qui hérita des vices . de sa mère, et la célèbre Agrippine, femme de Germanicus. La mort d'Agrippa fut un malheur d'autant plus grand pour l'empire, qu’elle approcha-Tibère du trône. Auguste lüi ordonna d'épouser la veuve de ce grand homme. Tibère aimait sa femme Vipsania, et méprisait Julie; mais l’amibition lui fit surmonter son mépris et son-amour. Devenu. setidre de l’empereur, il partit de Rome pour combattre les Scordisques et les Pannoniens, remporta sur eux plusieurs victoires, et rapus les crrements du HR fe de R. 740.)

Toûs les pays civilisés avaient cédé aux armes romai-. nes; elles ne s'étaient vues arrêtées que par les déserts de Éthiopie, par-les vasteS$ et brülantes plaines dès Parthes, et par les profondes forêts de la Germañie. Cette dernière contrée, située entre le Rhin, le Danube, la Vistale et la mer du Nord, fut dans tous les temps une pépinière de soldats. Le nom de Germain, qui sigttifie guerrier, ânnon: çcait assez qu'ils n’existaient que pour les combats. Ils faisaient consister leur bonheur à vivre libres et à mourir sur champ de bataille. Trop indépendants pour subir le joug des lois, ils né connaissaient de règles que leur volonté, et ne sortaient de leur oisiveté que pour se livrer à la débauche où pour combattré. Leur croyance religieuse enflammait encore leurs passions guerrières ; l'enfer punissait les lâches, le ciel n’était ouvert qu'aux braves.

Depuis l’invasion des Cimbres et des Teutons, que défit Marius, ils furent presque toujours en guerre avec les Romains. Souvent vaincus sans être soumis, ils voulaient toujours franchir le Rhin.

Les plus sanglantes défaites ne purent les faire renoncer à cette soif de conquêtes, qui s’accrut à mesure que la . vertu romaine s’affaiblit, et qui les rendit enfin, dans la décadence de l'empire, maitres de la Gaule, de l'Espagne, de l'Afrique et de l'Italie.

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Les peuples nombreux de la Germanie portaient ditférents noms: mais tous avaient les mêmes mœurs et la même passion pour les armes. Cette hydre à mille têtes résista seule à l'Hercule romain, et finit par en triompher.:

La nort d’Agrippa réveilla leur ardeur-et leurs espérahces ; les Sicambres, les Usipiens et les Teuctères surprirent les légions que commandait Lollius sur les bords du Rhin , les mirent en déroute, soulevèrent en leur faveur deux provinces gauloises, et dévastèrent celles qui voulaient leur résister. Dritsus marcha contre eux, les battit, passä-le Rhin, et dévasta les terres des Frisons, des Bructères, des Cauques. L'année suivante, & franchit la Lippe; s'empara du pays des Sicambres, et poussa les Chérusques jusqu'äau Weser. La rigueur de la saison le forçant à se rapprocher du Rhin, les Sicambres coupèrent sa retraite et l’'enveloppèrent. Privé de vivres, il se voyait au moment d’être vaincu sans pouvoir combattre ; mais les Barbares, croyant que ses troupes épuisées ne pourraient leur opposer qu’une faible résistance, l’attaquèrent témérairement ; il les punit de leur audace, les enfotiça, les mit en fuite, et revint dans les Gaules, laissant sur la Lippe, près de Paderborn, des forts et des garnisons destinés à les contenir.-On lui décerna le triomphe : ses légions voulaient lui donner le titre d'empereur; ; Auguste ne le permit pas.

Drüsus apprit bientôt que les Germaïns rassemblaient de nouvelles forces contre lui : il combattit encore les Cat-, tes, les Suèves, les Sicambres, lés Chérusques, et porta ses armes victorieuses jusqu'aux rives de l'Elbe. Rome-croyait voir revivre en lui ses anciens héros; les Barbares redoutaiént sa vaillance, ses concitoyens respectaient sa vertu. Libéral dans ses opinions, populaire dans ses mœurs, il ne dissimulait point son désir de rétablir la république, et les amis de la liberté fondaient sur lui leurs espérances. Une mort HAREErNe rompit 16 € cours de : ses 'prilantes destinéés,

Le peuple ne veut presque jamais attribuer au sort lu mort des grands hommes : on soupçonna Auguste et Tibère de s’être, par le poison, délivrés d’une gloire importune, mais Tacite, dont l'inflexible sévérité ménageait peu les princes, et Suétone même, plus satirique qu'historien, ont regardé comme calommieux ces bruits, PROS par la haine qu inspirait Tibère.

Ce jeune prince, apprenant la maladie de Drusus son frère, reçut l’ordre de se rendre près de lui; il quitta son armée, à la tête de laquelle il venait de vaincre les Pannoniens, les Daces et les Dalmates. Sa diligence fut telle qu’il put assister encore. aux derniers moments de son

frère. Cette circonstance réunit contre lui tous les soup- ‘cons, et le lieu où mourut Drusus conserva le nom de champ scélérat.

Auguste prononça l’ élage funèbre de ce jeune héros. Il écrivit, dit-on, l’histoire de- ses exploits ; le sénat lui accorda, ainsi qu’à tous ses descendants, le surnom de Ger- -manicus.. On lui éleva un arc de triomphe en marbre, plusieurs statues dans Rome, et un cénotaphe sur la rive du Rhin. Émule des Seipion et des Paul Émile, il ne leur était point inférieur en courage, et il les égalait en amour pour sa patrie. Son fils Germanicus hérita de ses talents et de ses vertus; tous deux vécurent trop. peu ROUE la gloire

et le bonheur de Rome.

Tibère, prenant le commandement de l'armée, pod plusieurs avantages, mérita l’ovation, força une partie des Suèves et des Sicambres à Séndre: les armes, transporta quarante mille de ces Barbares en deçà du Rhin, et pacifia taut le pays situé entre le Rhin et l'Elbe. Auguste lui permit de prendre le titre d'empereur, que sa politique avait refusé à un prince plus populaire et par L plus dangereux.

Le temple de Janus fut de nouveau fermé; l'empereur, tranquille au dehors, eut à punir quelques ennemis intcrieurs ; il se voyait obligé à regret de réprimer par des

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supplices les conspirations qui se renouvelaient sans cesse. La crainte dicte toujours de mauvaises lois; il en fit une pour ordonner que les esclaves de tout citoyen accusé de crime d’État pussent être achetés par la république ou par l'empereur, afin que rien ne les empêchât de dénoncer leur maître, ou de déposer contre lui.

- L'empereur prenait en même temps des moyens plus justes et plus efficaces pour faire respecter son trône.et sa vie. Plus son pouvoir augmentait, plus il se montrait modeste et populaire. Dans le dénombrement qu'il fit, on le’ vit se soumettre le premier à la loi, et faire la déclaration de sa fortune comme un simple citoyen. Il-ordonna de

- fondre toutes les statues de métal qu’on lui avait élevées,

et en forma des trépieds pour le temple d’Apollon : on voulait lui en décerner une nouvelle ; il la refusa, et en

.érigea lui-même une à la concorde et à la prospérité publi-

que. Le feu consuma sa maison : tous les citoyens lui présentèrent en foule leur argent pour la faire rebâtir. Auguste porta sa main sur toutes ces offrandes, et ne prit de chacune qu’un denier. Ce fut à cette époque que Messala, député par le sénat près de ce prince, lui dit : « César Au-

-«-guste, pour votre bonheur et pour celui de votre famille...

« que nous croyons inséparable de la félicité publique, le « sénat, avec le consentement du peuple romain, vous « salue père de la patrie. » L’empéreur, versant des larmes, lui répondit : « Parvenu au comble de mes vœux, « que puis-je encore demander aux dieux immortels, si. «ce n'est que cette unanimité de sentiments que vous «m "exprimez se soutienne jusqu au dernier instant de « ma vie !»

On lui témoignait, dans toute l'étendue de l'empire, la même reconnaissance et le même amour; partout on lui élevait des temples, et presque tous les rois étrangers fondérent en son honneur des villes qui portèrent le nom de Césarée. Auguste, constamment favorisé par la fortune, et. couronné par la gloire, paya sa prospérité politique par

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