‹ Histoire RomaineChapitre 7 sur 73 · EMPIRE. (av. J.-C. 29-ap, J.-C · texte numérisé non relu

EMPIRE. (av. J.-C. 29-ap, J.-C

des malheurs privés : il avait perdu Agrippa; la mort lui

enleva Mécène ; sa fille Julie déshonora son nom; il vit mourir la vertueuse Octavie, sa sœur; l'impérieuse Livie

seule lui resta.

Octavie unissait la vertu à la beauté : on voyait revivre en elle les mœurs de ces antiques Romaines qui avaient tant contribué à la gloire de la république; seule, au milieu des factions et des fureurs de la guerre civile, elle fit entendre la douce voix de la paix et de l’humamité; l'amour maternel fut sa seule passion; elle le. poussa peut-être à l’excès : mconsolable de la mort de son fils Marcellus, elle se montra trop jalouse de Livie et de toutes les mères heureuses. Le peüple romain pleura cette princesse qui, se renfermant dans les devoirs de son sexe, au faite des grandeurs, ne fut jamais ni ambitieuse, ni vindicative, et, dans un siècle de proscriptions, ne pre que de clémence.

L'empereur, aigri par tant de pertes, et trrité des désordres de sa fille Julie, la punit par un exil perpétuel; il enveloppa dans son ‘châtiment tous ceux -qui avaient pris part à.ses égarements, et fit mourir Jules Antoine, fils du triumvir, un de ses amants, qui-avait conspiré contre lui.

La muse harmonieuse du tendre Ovide s’efforca mêmé en vain de fléchir sa rigueur. Ce poëte aimable, banñi de Rome, fit entendre, sur les bords glacés du Borysthène, des accords inconnus, et chanta tristement ses amours dansé ces déserts, où OPA inexorable le laissa languir ct moufir.

Cette sévérité découvrit à tout l'univers " dérèglement qu'un père aurait dû cacher; il reconnut trop tard son erreur, et dit: «Je n'aurais jamais commis cette faute, « si je n'avais pas perdu Agrippa et Mécène. » Cet éloge, dicté par sa douleur, était aussi juste que touchant : il devait sa gloire aux armes de l’un et aux conseils de l’autre.

Mécène surtout fit oublier Octave et aimer Auguste, En

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mourant , il légua ses biens à l’empereur, et lui recommanda d’aimer Horace comme lui-même. Ce sage ministre * lui avait appris que la puissance doit s’incliner devant le génies que les grands écrivains sont les voix de la renommée,et qu’ils dictent les jugements de la postérité. Auguste, docile à ses avis, apprit de lui à-se vaincre, à souffrir, sans sirriter, le langage de la vérité hardie, et même à mépriser la calomnie. Aussi permettait-il ordinairement beaucoup de liberté dans les discours. |

Un vieux soldat le priait un jour dise au jugement de son procès: Pempereur lui dit qu’il était trop occupé, mais qu’il y enverrait quelqu'un à sa place. « César, répon- «dit le vétéran, quand il fallait vous servir, je payais de « ma personne, et je ne chargeaïis pas un autre de combat- «tre pour moi. » Auguste, loin de sirriter de cette har« diesse, sortit à l'instant, et plaida nome la cause du vieux soldat.

Tibère l’exhortait à se venger de des personnes qui avaient tenu-contre lui des propos outrageants : « Mon cher « Tibère, lui dit le prince, calmez la fougue de vôtre âge :

« pourquoi nous emporter contre ceux qui disent du mal de « nous ? ne suflit-il pas d ’empècher qu'ils nous en fassent ®

Tolérant pour les opinions politiques, il respectait célles des amis de la liberté, il traita foujours avec faveur le célèbre historien Tite-Live, quoique, dans ses écrits, il comblât Pompée d’éloges. Lui-même il louait souvent Caton de sa stoïque fermeté. « Quiconque, disait-il, s'oppose à un « changement dans l’État, est un honnête homme. »

Entrant an jour chez ses petits-fils Caïus et Lucius, dont il surveillait l’éducation, il s’aperçut que ces jeunes princes s’empressaient dé dérobér à ses regards le livre qu'ils tenaient dans leurs mains; il le saisit, et, trouvant que c'était un écrit de Cicéron : « Pourquoi, leur dit-il, croyez-vous que « cette lecture me déplaise ? Étudiez, admirez, respectez Ci- « céron ; c'était un bon cHoyen , un habile orateur et un grand « homme. » |

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Presque honteux de la rapidité avee laquelle le peuple voulait se précipiter dans la servitude » il refusa toujours le titre de seigneur, que la bassesse romaine voulait lui donner. Ce mélange de modestie et d’ambition dans son caractère tenait aux deux phases de sa vie; parvenu dans un âge mür au. rang des rois, il conservait encore quelques principes et quelques habitudes de son enfance et du eme où il n'avait été. que citoyen. c:

"Ses petits-fils, Caïus et Lucius César, nés dans la pourpre, et entourés de jeunes courtisans qui n'avaient pas connu la république, prirent la mollesse et l’orgueil trop naturels aux princes nourris sur les degrés du trône.

Lucius, âgé de onze ans, s’enivra des applaudissements que lui prodiguaient les Romains quand il entrait au théàtre. Excité par la flatterie de ses imprudents amis, ü salicita le consulat pour son frère, qui n’avait que quatorze ans, et qui ne portait pas encore la robe virile. Auguste, toujours attentif à ménager l’opinion publique, affecta de paraitre fort irrité contre lui>« Plaise aux dieux, dit-il, que jamais la « république n’éprouve assez de malheurs pour se voir obli- « gée de nommer des consuls avant l’âge de pe: ans, comme « je l’ai moi-même été! »

On peut juger de la sincérité de ce-courroux, puisque, peu de temps après, il fit accorder à Caïus un sacerdoce et le droit - d’assister aux délibérations du sénat. L’ambition des jeunes princes fit bientôt naître leur jalousie. L'empereur voulait vainement tenir entre eux une balance égale; il nomma

Tibère tribun pour cinq ans, et le chargea de pacifier les troubles d’Arménie. Caïus montra un vif ressentiment. de Pemploi conféré à Tibère ; celui-ci, avec plus de raison, envia la faveur de Caïus; il voyait bien qu’Auguste préférait son petit-fils à son gendre : regardant sa mission en Asie comme une disgräce, il demanda sa retraite, résista opiniâtrément aux prières d’Auguste et de Livie, et s’exila lui-même à Rhodes, .où il resta sept ans. .

Lorsque Caïus eut pris la robe virile, SL le-fit

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nommer consul ; il reçut le titre de prince de la jeunesse, et l’ordre des chevaliers lui fit hommage de lances d’argent. La pente des Romains les entrainait rapidement à la monar-

chie : l'étendue de l’empire et la lassitude des troubles * avaient fait sentir à tous les esprits la nécessité d’un chef et l’on touchait au moment où le ciel devait aussi, renoncant à la multitude de dieux qui divisaient FOlympe, commencer à ne rendre de culte qu’au créateur de l’univers. Ainsi le règne d’Auguste devint la plus grande époque de l’histoire; et lorsque le monde FÉPORQUE un maitre, la terre vit naître un Dieu.

Le 25 décembre de ne 782 de Rome, Jésus-Christ naquit en Judée. Publius Sulpicius Quirinus, consulaire , faisait alors, par l’ordre d’Auguste , le dénombrement des citoyens de l’émpire. Hérode mourut cette même année; les livres saints disent qu’il expira après avoir ordonné le massacre de tous les enfants nouveau-né$, dans le dessein de détruire avec eux celui que d’anciennes prophéties semblaient appeler au royaume des Juifs, et qui fonda en effet un nouvel empire, non sur les corps, maïs sur les esprits. Auguste partagea les États d’Hérode entre ses trois fils, Archélaüs, Philippe et Antipas.

La paix dont jouissait alors l’empire permettait au prince de ne s’occuper qu’à consolider son pouvoir et à distraire le peuple, par des fêtes et des jeux, de ses anciens souvenirs. L’an 750, Lucius César prit la robe virile, et jouit des mêmes honneurs que son frère. Auguste fit remplir d’eau le cirque Flaminien ; on y donna la représentation d’une naumachie : Rome vit des gladiateurs combattre contre trente-six crocodiles. On eût dit, en voyant sur l’arène ces lions, ces panthères, ces crocodiles, qu’à défaut des luttes sanglantes des Marius, des Sylla, des Carbon et des triumvirs, le peuple romain avait besoin qu’on l’amusât par la vue de monstres aussi cruels, mais moins dangereux...

L'empereur forma dans ce temps des cohortes prétoriennes, composées de dix mille soldats choisis pour sa garde.

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Ce corps d'élite, destiné à la défense du trône contre la liberté, devint par la suite un écueil contre lequel se brisa souvent la tyrannie. Tout pouvoir qui prend, au lieu de loi, la force pour appui, est à la fin renversé par elle; et, dans les temps anciens, on vit souvent les prétoriens ravir et donner le sceptre, comme on a vu, dans les temps modernes, les janissaires et les strélitz disposer de l’empire.

Les Parthes, toujours jaloux de la puissance romaine, supportaient avec peine que l’Arménie fût soumise à son influence : ils appuyèrent une faction dans ce royaume, chassèrent du trône le prince qu’Auguste leur avait donné, et mirent à sa place Tigrane. L’empereur, voulant, dans cette circonstance , essayer les talents de Caïus, son petitfils , l’envoya en Asie, et forma pour lui des vœux difficiles à remplir : car il lui souhaita « la valeur de Scipion, la popularité de Pompée, et sa propre fortune. »

Dès que le roi des Parthes fut informé de ne de Caïus, il préféra la négociation aux armes, lui demanda une entrevue, ct promit de ne plus se mêler des affaires d'Arménie. Caïus entra dans ce royaume, défit Tigrane, le détrôna, et donna son sceptre à un Mède nommé Ariobarzane. -

Ce jeune prince jouit peu de sa victoire ; il avait reçu dans le combat une blessure qui, peu de temps après, termina ses jours. Son frère Lucius, chargé de gouverner l’Espagne, était mort l’année précédente. Avant ces événements , Tibère, qui s'était, congne nous l’avons vu, exilé lui-mème à Rhodes, pour calmer par son absence la jalousie des jeunes princes, réussit mal à déguiser son ambition ; et en même temps, quoiqu'il affectât de professer les maximes et de porter le costume des philosophes, il dévoila, dans le lieu de la retraite, les vices de son caractère, son penchant pour la débauche et pour la tyrannie, de sorte.qu’il inspira aux Rhodiens la haïne que depuis lui porta tout Fempire.

Quelques jeunes Romains, qui pénétraiïent ses odieux desseins et qui le croyaient également capable des crimes

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les plus noirs et de la plus profonde dissimulation, avaient proposé à Caïus de le délivrer d’un rival si dangereux.

Caïus refusa d’y consentir : il fit plus ; trompé par les artifices de Tibère, qui s’ennuyait de son bannissement, et demandait en vain son rappel, il écrivit en sa faveur à Auguste. Ses prières et les instances de Livie fléchirent le eourroux de l’empereur. Après la perte de Lucius et de Caïus , Auguste, qui voyait la mort moissonner toute sa famille, adopta Tibère, et, quoiqu’il eût montré longtemps une juste

méfiance de ce caractère dissimulé, il se laissa enfin vaincre où tromper, et crut sans doute que Fibère, doué d’an esprit pénétrant, d’une grande capacité militaire et d’une indomptable fermeté, pourrait seu}, après lui, porter le fardeau de l'empire.

Tibère connaissait trop l'empereur pour ne pas prendre tous les moyens qui pouvaient lui concilier son affection; il feignit un dévouement sans bornes, une vive reconnaissance, parut dompter la violence de son caractère, et affecta autant de modestie qu’il ressentait d’ambition. Il avait encore un rival à redouter; c'était Agrippa Posthumius, le dernier des petits-fils d' ‘Auguste. La mémoire de son père, le grand Agrippa, le rendait cher aux Romains; mais son ignorance, sa grossièreté, sa conduite crgueilleuse et téméraire le perdirent. Ses défauts, exagérés sans doute encore par Livie, irritèrent Auguste, qui le priva de ses droits, le chassa de Rome, et lui donna l'ile de Planasie pour prison. Ayant ainsi éloigné Agrippa du trône, ik obligea Tibère, quoiqu'il eût déjà un fils, d'adopter son-neveu Germanicus, fils de son frère Drusus. Les vertus et les talents de ce jeune prince le rendaient l’espoir de Rome.

Tandis que l’empereur s’occupait à consolider le trône que son adroite politique était parvenue à élever ; il déconvrit une grande conjuration tramée contre sa puissance et contre sa vie. Cinna, petit-fils de Pompée, en était le chef. ” On avait mis sous les yeux du prince la liste des conjurés et toutes les preuves de leur crime. Cependant, on voyait

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‘avec surprise qu’il convoquait son conseil pour délibérer-au lieu d’agir, et que cet ancién triumvir, qui avait dicté autrefois , sans s’émouvoir, tant de proscriptions , hésitait à frapper les conspirateurs.

Auguste semblait avoir une autre âme qu'Octave; agité par la colère, retenu par la pitié, il poussait de profonds soupirs. « Eh quoi! disait-il, une inquiétude éternelle doit- « elle être mon partage, et le repos, celui de mes ennemis ? « Laïisserai-je vivre mes assassins ? Je n’aurais donc échappé « à tant dé combats que pour tomber, au pied des autels , « sous le coup de ces conspirateurs ? Non! ïl faut qu'ils ex- « pirent, et que leur supplice épouvante enfin tous ceux qui « seraient tentés de les imiter. » Mais tout à coup, plus irrité contre lui-même que contre Cinna, il s’écriait : « Ah ! «si ma mort est l’objet de tant de vœux, suis-je digne en «effet de vivre? Quand cesserai-je de répandre du sang ? « Chacun croit s’immortaliser en conspirant contre mes « jours : sont-ils donc d’un assez grand prix pour en ache- «ter la conservation par tant de meurtres ? »

On raconte que Livie, témoin de ses irrésolutions, lui dit : « Daignez écouter les conseils d’une femme; lorsque les re- « mèdes ordinaires ne réussissent pas, le médecin habile . «doit en chercher de nouveaux. À quoi vous a servi la sé-

« vérité? Vous avez vu le sang des conspirateurs en faire re- « naître sans cesse de nouveaux : Salvidiénus tué a été rem- « placé par le jeune Lépidus , Lépidus par Muréna et par « Cépion, ceux-ci par Egnatius et par Jules Antoine. Es- « sayez donc enfin si la clémence ne sera pas plus efficace ; « pardonnez à Cinna: puisque ses projets sont découverts, ; «il n’est plus dangereux, et sa grâce peut vous couvrir « d’une gloire immortelle. » ‘ On ne sait si c’est la flatterie ou la vérité qui attribua ce sage conseil à Livie ; ce qui est certain, c’est qu'Auguste le "suivit. Appelant Cinna auprès de lui, il lui ordonne de s’asseoir, lui défend de l’interrompre, lui rappelle qu’il l’a autrefois vaincu, et lui a pardonné; qu'après lui avoir sauvé

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a vie , il Pa comblé de bienfaits, et préféré même à ceux qui Favaient servi. « Cependant, ajouta-t-i, Cipna, pour prix de tant de générosité, tu veux m'assassiner !» À ces mots, Cinna s’écrie qu’il est incapable d’un tel forfait: « Tu «tiens mal ta parole, répond Auguste, tu ne devais pas « m'interrompre. » Alors, il lui prouve qu’il est instruit de tous les détails de la conjuration , de l’heure et du lieu où elle devait s’exécuter, et. des noms de tous les conspirateurs. Cinna , interdit, garde le silence. « Quels motifs, reprend « l'empereur, ont pu t’mspirer un pareil dessein ! Serait-ce « l'espoir de parvenir au trône? Le peuple romain serait « bien à plaindre si j'étais le seul obstacle qui t’empèchât

a d’y monter. Tu veux gouverner un empire , et tu ne sais « pas conduire ta propre fortune! Un obscur affranchi vient « récemment de l'emporter sur toi dans les comices; tu « n’as encore montré d’audace que contre.ton bienfaiteur; « et quand je serais tombé sous tes coups, es-tu assez ina sensé pour croire que les Fabius, les Servilius, et tant. d'il a lustres personnages, l’orgueil et la gloire de Rome, pus- « sent supporter ta domination? Tu n’as rien à me répon- « dre? Écoute ton arrêt: je te donne la vie une seconde « fois ; je t'avais pardonné comme ennemi, je te fais grâce « comme à mon assassin. Soyons amis, et voyons si, dans ce « nouveau combat, je serai plus généreux que tu ne seras « reconnaissant. »

L'empereur savait que les demni-partis sont les plus dan-

gereux, qu’une amnistie n’est qu'une offense quand elle n’est pas entière, et que les hommes de talent doivent être ou totalement perdus ou totalement gagnés.

. Cinna fut nommé consul ; Ginna vécut fidèle, et, en mourant, légua tous ses biens à Auguste. Cet acte de clémence désarma les ennemis de l’empereur, lui donna l’amour des peuples pour garde ; et depuis on ne tenta aucune conspiration contre lui.

Ses armes réprimèrent les bass qui s'infestaient la Sardaigne, et les Gétules révoltés contre le roi Juba.

Les armées avaient donné one à es elles commencaient à sentir leur force : elles se plaignaient de la modicité de leur solde; l’empereur 1 ‘augmenta ; il entretenait sur pied vingt-cinq légions romaines de six mille hommes chacune, et autant de légions étrangères ; sa garde était formée de dix mille prétoriens. Si* mille hommes : composaient celle de la ville. Il entretenait deux flottes toujours équipées, l’une à Misènie, l’autre à Ravenne. Pour subvenir

. aux dépenses qu’exigeaient des forces si considérables, il.

créa un trésor militaire que remplirent les tributs des pays conquis, ‘et un impôt levé dans tout l'empire sur les successions collatérales

Dans ce temps mourut Asinius Pollion, aussi célèbre par son esprit et par Sa sagesse que par ses exploits. Les vices de Cléopâtre l'avaient fait renoncer à l'amitié d’Antoine; partisan de la liberté, mais trop éclairé pour concevoir l’espérance de sauver une république corrompue, il ne voulut prendre aucune part aux guerres civiles, et conserva son indépendance dans la retraite. Auguste avait écrit contre lui des vers satiriques ; on le pressait d’y répandre : « À « quoi bon écrire, ‘dit-il, contre celui qui peut proscrire? »

L'empereur, n’ayant pu faire de cet antique Romain un courtisan, en fit son ami. Pollion brilla dans tous les genres d'éloquence ; Horace l’appelaît l’oracle du sénat.

Rome, sans faire, comme autrefois, de rapides conquêtes, continuait encore cependant à suivre son ancienne politique, et à profiter des fautes des rois pour étendre sa domination sur les peuples. Archélaüs, successeur d’Hérode, se montrait l'héritier de ses vices et non de ses talents. Les Juifs, révoltés par ses cruautés, portèrent contre lui des plaintes au sénat. L'empereur lexila dans la Gaule, et réduisit la Judée en province romaine.

La tranquillité de l’empire fut de nouveau troublé par les Germains. Tibère, chargé de les combattre, remporta sur eux plusieurs bee. Il battit les Attuariens et les Bructères, passa le Wését ét défit les Chérusques. L'année

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‘suivante; il dompta les Lombards qui habitaient le Brandebourg, et conclut la paix après avoir soumis tout le pays situé entre le. Rhin et l’Elbe. Ces succès valurent le titre d'imperator pour la quinzième fois à Auguste, et pour la quatrième fois'à Tibère.

: Marobodus, roi des: Marcomans, peuples qui habitaient les bords du Mein, joignait au courage de sa natiôn la calture des lettres qu’il avait étudiées à Rome. Quittant son pays natal, à la tête de ses sujets et d’une partie des Suëves, il s'établit dans la Bohème ; il y fonda un empire for- | midable. .

Son armée s'élevait à soixante-dix mille hommes et à quarante mille chevaux. Ses troupes disciplinées avaient pris l'armure des iégions romaines et leur tactique.'1l donnait asile à tous les ennemis de Rome, et prétendait traiter d’égal à égal avec l’empereur. Auguste sentait la nécessité de renverser cette nouvelle puissance ; mais plusieurs révoltes qui éclatèrent à la’fois en Dalmatie et en Pannonie l’obligèrent de remettre l'exécution de ce dessein à un autre temps.

- Les rebelles étaient au Héinbee de deux cent mille hommes : une partie se jeta dans la Macédoine, l’autre voulait franchir les Alpes. L’alarme se répandit en Italie ; Tibère recut l’ordre de les repousser; il conduisit cette guerre avec habileté; chercha sagement une gloire plus solide que brillante , évita les combats inutiles, et s’occupa plus du soin de détruire les ennemis par la famine que par les batailles.

Cette lente sagesse déplut à Auguste. Soupconnant Tibère de prolonger la guerre pour garder le commandement de l'armée , il lui adjoignit Germanicus, qu’il jugeait plus ardent et moins ambitieux. Après quelques échecs dus à l’imprudence téméraire de Cécinna ct de Sylvanus, Tibère contraignit les Pannoniens à se soumettre, et Germanicus vainqui @n'pathlle ?c#'Balmates. Batton, leur chef, appelé au tBünl ‘de Fibéré, fütinterrogé pat Tai str“les Motifs’ . sa rot leRémélisl "dit, intbn d'acétiser que Vonel

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« l'oppression nous a réduits au désespoir ; si vous voulez « maintenir la paix dans les pays conquis, cessez de confier

«la conduite de vos troupeaux, non à des DASEUR mais à « des loups. »

Cette guerre, une des plus dangereuses qui. eussent menacé Rome depuis celle des Cimbres, avait tellement inquiété Auguste, que, quoiqu’il fût âgé de soixante-dix ans, il crut nécessaire de s’éloigrier de Rome, et de s’établir quelque temps près du théâtre de la guerre. On décerna le triomphe à Tibère ; Germanicus obtint les ornements triom-

phaux. . |

Dans ce même temps, l’empereur, si habile ordinairement dans ses choix, confia imprudemment le gouvernement de la Germanie à Quintilius Varus.

Le joug de l'étranger bumilie plus que toute autre tyran-

. nie; rien n’est plus difficile que de se faire aimer de ceux

, qu’on a vâincus : il n'existe qu’un moyen de joüir paisiblement de ses conquêtes; c’est de laisser aux peuples conquis leurs lois et leurs coutumes, et de n’en exiger que des.tributs plus légers que ceux qu'ils payaient avant la conquête,

Varus , loin de se conformer à ces principes, voulut au contraire à la fois écraser la Germanie d’impôts , et l’assu-

jettir à la police et aux lois romaines : joignant à ces fautes celle de s’aveugler sur l’opinion publique et de s’endormir dans une folle sécurité, il prit le silence pour un enomens et la crainte pour la soumission.

Arminius, jeune guerrier distingué parmi les Chérusques par sa force, par sa haute stature, par son illustre naissance et par son courage audacieux, flatta Varus pour le perdre, et l’endormit pour le détruire. Hardi dans ses projets, adroit dans sa conduite, fécond en ressources et en ruses, il connaissait les mœurs de Rome, qui lui avait accordé le rang de chevalier. S’insmuant dans la confiance du gouverneur, il l’affermit dans le système qui devait le ruiner, et ke pressa vivement de hâter, de consommer la révo-. lution qui devait substituer la civilisation à la barbarie.

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Le Romain , trompé par ses éloges et par ses conseils, se crut entouré d’admirateurs et de partisans lorsqu’il était environné d’ennemis. Oubliant qu’il ne dominaït que par la force, il se conduisit en magistrat au moment où il était le plus nécessaire de n’agir que comme général. Enfin l’adroit Arminius, sous prétexte de répandre plus facilement le nouvel esprit qu’il voulait imprimer à la Germanie, lui persuada de séparer son armée en plusieurs corps et de la disséminer dans toute la contrée en petits pelotons. Dès que Varus fut tombé dans ce piége , les Germains, courant aux armes , tombèrent sur ces UREnE postes, et les égorgèrent.

Le général n’avait gardé près de lui que trois légions; il se mit à leur tête, et marcha contre les rebelles, laissant derrière lui Arminius , Qui avait promis de lui amener des renforts et des troupes fidèles.

Les Romains arrivent dans un défilé étroit, entre deux montagnes escarpées et couronnées d’épaisses forêts ; Ariminius donne alors le signal à tous ses compatrintes, les réunit, s'empare de l’entrée et de la sortie du défilé, vient ensuite audacieusement trouver le gouverneur, et l’assure que tous les guerriers soumis à ses ordres n’ont pris les armes que pour voler à son secours.

Indigné de cette trahison, un Germain, nommé Ségeste, cherche en vain à dessiller les yeux de Varus ; il lui conseille d’arrêter Arminius, qui portait la hardiesse et la dissimulation au point de s’asseoir tranquillement à la table de celui qu’il allait égorger. Varus ne voulut rien croire, et se livra en victime aveugle à son ennemi.

Pendant la nuit qui suivit ce festin » Arminius, revenu dans son camp, exécute ses cruels desseins : un cri général annonce la guerre ; les Romains se voient attaqués de toutes parts : assaïllis par une fôule d’ennemis, leur intrépide courage soutient leur renommée ; ils opposent à la fureur des Barbares une opininiâtre résistance ; mais enfin, affaiblis par la fatigue et par leurs blessures, ils abandonnent

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leur camp. Cependant, par un dernier effort, ils enfoncent encore tout ce qui s'oppose à leur passage, gravissent une montagne et s’y retranchent. Les ennemis, dont le nombre augmentait toujours, renouvellent sans cesse leurs attaques, ne leur laissent pas un instant de repos, et finissent par forcer leurs retranchements. Varus ; désespéré, se poignarde ; plusieurs de ses soldats Vimitent ; d’autres se précipitent et périssent sous 7 fer ennemi : Je reste se rend à discrétion.

Cette bataille néndedléent lieu près de Detmold, dans le pays qu’on appelle aujourd’hui le comté de la Lippe. Arminius, aussi cruel après la victoire qu’il s'était montré perfide avant le combat, condamna tous les prisonniers à mort, et les fit expirer dans d’horribles supplices. On porta la tête de Varus au roi Marododus, qui la rendit aux Romains.

Plus Auguste s’était vu toute sa vie comblé des faveurs de la fortune, moins il fut capable de supporter ses rigueurs. Ce désastre lui causa un chagrin auquel sa raison ne sut pas mettre de bornes ; il déchira ses vêtements, frappa sa tête contre les murailles, et laissa croître sa barbe et ses cheveux. Dans son désespoir on l’entendait s’écrier : « Varus! Varus ! «rends-moi mes légions !» Le temps adoucit peu son affliction, et, jusqu’à la fin de ses jours, l’anniversaire de cette défaite sembla rouvrir ses blessures.

Sa crainte fut aussi exagérée que sa douleur : il cut l’empire menacé d’une prochaine invasion , chassa de Rome et de sa garde les Germaïns qui s’y trouvaient , ordonna partout de nouvelles levées, et ne put calmer son effroi qu’en apprenant que ses licutenants restaient maîtres des rives du Rhin, et que la Gaule était tranquille.

© Tibère,envoyé promptement contre les Barbares, réforma leluxe de l’armée, rétablit la discipline: habile dans ses plans, prompt à les exécuter, il effaça par ses triomphes la honte de Varus, vengea crucllemient le massacre dés Romains, ra-

vagea la Germanie pendant deux années, forca les Barbares à s’avouer vaincus, et revint dans les Gaules, conformément

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aux ordres d’Auguste , qui , loin d’aspirer aux so ; voulait que le Rhin servit de barrière à l’empire.

L'empereur, rassuré par les victoires de Tibère, le combla d’éloges proportionnés à sa frayeur passée et à sa joie présente. « Tous ceux qui ont servi sous vous, lui écrivait-il, « vous appliquent la louange qu’Ennius donnait à Fabius; ils « disent, qu’un seul homme , par sa vigilance, a sauvé la «république. Quant à moi, vous me rappelez ce que. Dio- « mêde dit d'Ulysse : Avec un tel second, j'espérerais me tirer « du milieu d’un incendie. Ménagez vos forees, mon cher « Tibère ; si vous tombiez malade, nous expirerions de dou- « leur, votre mère et moi. Les dieux immortels, que j'invo- « que, vous conserveront, s’ils n’ont pas pris en haine le péu- « ple romain. »

Malheureusement pour Rome, le cielexauça ce vœu. Surla demande de l’empereur, leseonsuls firent rendre par le sénat: un décret, qui fut sanctionné par le peuple, et qui donna à Tibère, sur l’armée et sur tout l'empire , uh pouvoir a à celui d'Anguste. |

L'année suivante (an de R. 765), sous le nadia de Germanicus César et de Caïns Fontéius Capito, Tibère entra en triomphe dans Rome. Il donna au peuple un repas. de mille tables et une gratification de trois cent sept sesterces (37 fr. 50 centimes) par tête. Après son consulat, Germanicus fut envoyé sur les bords du Rhin avec huit légions; il $’y fit aimer autant que Tibère s’y était fait craindre.

Auguste devenait vicux ét infirme; et, ne pouvant plus assister régulièrement aux séances du sénat, y fit revêtir d’une autorité presque égale à celle de ce corps son conseil privé, composé des consuls et de quinze sénateurs qui changeaient tous les six mois. On y décidait les affaires urgentes; et, aux termes du décret publié à cette occasion, les ordonnances rendues par Auguste , par Tihère et par ce conseil privé, devaient avoir force de loi. Ainsi le gouvernement de la république passa du sénatet du Forum dans l’appartement de l’empereur.

La santé d’Auguste s’altérait de jour en jour; l’approche de sa fin réveillait beaucoup de partis, d’opinions, decraintes et d'intérêts différents. Les plus hardis rèvaient la renaissance de la république ; les plus sages craignaient presque .également la férocité d’Agrippa, la jeunesse bouillante de Germanicus et de Drusus, l’orgueil de Livie et le caractère de Tibère, qui avait hérité de la dureté des Claude. Les plus adroits faisaient d'avance leur cour au successeur probable de l'empire.

On soupçonnait Livie d’avoir empoisonné Auguste, dans la crainte que sa tendresse pour Agrippa ne se réveillât : il lui avait déjà donné, disaït-on , quelques marques d'intérêt et de pitié. L'empereur, malgré l’épuisement de ses forces, . reconduïisit jusqu’à Bénévent Tibère qui partait pour TIllyrie. Il parcourut ensuite la Campanie, dans l’espoir que ce voyage dissiperait sa langueur. S’étant arrêté quelque temps à Caprée, son mal s’accrut ; il reprit le chemin de Rome , et se vit forcé de rester à Nole, où il attendit paisiblement dans son lit la fin de sa brillante carrière.

Voyant la mort s'approcher, il s’informa de l'effet que * produisait sa situation sur l’opinion publique. Peu de temps après, ayant demandé un miroir , it fait arranger ses cheveux avec décence, et ordonne de laisser entrer ses amis. « Ne trouvez-vous pas, leur demanda:t-il, que j’ai assez bien « joué mon rôle dans ce drame de la vie humaine ? Battez « donc des mains pour l'acteur, et applaudissez la fin de la « pièce. » Serrant ensuite Livie dans ses bras, il lui dit : « Vivez heureuse, et souvenez-vous de notre amour. » À ces mots 1l expira. (An de R. 766.)

Il était dans sa soixante-seizième année , et avait régné quarante ans. Ses restes furent conduits à Rome. Les chevaliers vinrent au-devant de lui ; les sénateurs portèrent son corps sur leurs épaules au Champ-de-Mars , où il fut brûlé. Un ancien préteur jura publiquement qu’il avait vu son image monter au ciel

Les chevaliers, nu-pieds , sans toges et sans tee re-

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cueillirent ses cendres, et les enfermèrent dans un mausolée bâti par son ordre pendant son sixième consulat , entre la voie Flaminienne et le Tibre , et qu'il avait fait entourer d’arbres et de fleurs. Tibère prononça son oraison funèbre : le. peuple le mit au rang des dieux, et le sénat donna son nom à son siècle. |

Son testament, apporté par les vestales, fut ouvert par les sénateurs ; il instituait Tibère et Livie ses héritiers ; à leur défaut, Drusus, Germanicus et ses trois fils ; enfin, voulantse montrer populaire au delà du tombeau, dans le cas . où ses héritiers mourraient, il appelait à sa succession un grand nombre de citoyens.

1 légua au peuple romain quarante millions de sesterces (huit millions de notre monnaie), cinq cents à chaque prétorien , et trois cents à chaque légionnaire.

Inflexible, jusqu’à la fin de sa vie, pour les deux Julié, sa fille et sa petite-fille, il ne les nomma que pour défendre qu’on réunît leur cendre avec la sienne dans le même tombeau.

Auguste avait joint à son testament le tableau de l’empire et l’histoire de son règne : il ordonna de les graver sur des tables d’airain qui devaient être placées en face de son mausolée.

Ce prince, favorisé de la nature comme de la fortune, était remarquable par sa beauté. Suétone, qui l’a peint, assure qu'il régnait dans ses traits une douce majesté, et que son regard seul imposait à ses ennemis. Son orgueil voyait avec plaisir qu’on pouvait difficilement supporter l'éclat de ses yeux. Sa taille était moyenne , mais parfaitement proportionnée ; ses cheveux blonds et naturellement bouclés, ses dents petites et blanches, ses sourcils bien unis, son nez aquilin, son teint d’uneblancheur un peu rembrunie. Il avait étudié avec ardeur l’éloquence: et, quoiqu'’ileût acquis une grande facilité pour parler surquelque sujet que cefût sans être préparé, il écrivit toujours et lut les discours qu’il voulait prononcer devant le sénat, le peuple ou l’armée. 11 composa

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plusieurs ouvrages: une réponse à Brutus sur la vie de Caton ; une exhortation adressée à Tibère pour embrasser-la philosophie; les Mémoires de sa vie en treize livres; un poëme intitulé: La Sicile ; un recueil d’épigrammes, et une tragédie d’Ajax. Son style était simple, mais élégant ;de mérite qu’il estimait le plus était la clarté : ce qui le portait à se servir, plus fréquement que l’usage ne le RÉPRERNL de prépositions et de conjonctions.

Superstitieux comme tousles hommes faibles, il cralenait le bruit du tonnerre, et s’enfermait dans un souterrain pour l'éviter. Crédule pour les présages, il se croyaitmenacéd’un “grand péril si l’on chaussait son pied gauche avant son pied

droit. Au commencement d’un voyage, la rosée lui faisait espérer un heureux retour ; ilregar da sa mort comme prochaine et inévitable, lorsqu’ il apprit qu’un coup de foudre venait d'effacer de l'inscription de l’une de ses statues la première lettre du mot César: Ésar, en langue étrusque, siguifie Dieu ; Auguste fut persuadé qu'il allait quitter la terre pour le ciel.

La vie entière d’Auguste, vue sous différents rapports, devint également l’objet des éloges et de la censure des Romains. Les uns, respectant sa piété filiale, le louaient d’avoir pris les armes pour venger son père, etattribuaient son usur-

-pation au malheur des temps, à l'impuissance des lois, à la fureur des guerres civiles, à l’impossibilité de coneiïlier alors la morale et la politique. Ils excusaient ses proscriptions par le désir de punir les assassins de son père, et rejetaient l’odieux de ses massacres sur les deux autres triumvirs. La làcheté de Lépide, les débauches d’Antoirie , justifiaient son mépris pour l’un, sa haine pour l’autre ; enfin, ils le comblaient d’éloges pour avoir préféré le titre de prince à celui dedictateuret de roi, pouravoir rétabli l’ordre dans le monde, contenu les Barbares, ct donné à l'empire l’Euphrate, la mer

d'Arabie, la mer du Nord et l'Océan pour barrières.

Ils vantaient avec raison sa justice pour les citoyens, sa fidélité pour les alliés et sa magnificence pour Rome; enfin,

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le repos général devait lui faire PRrSeE quelques actes de rigueur et de violence:

D’autres ne regardaient son amour pour son père que comme un prétexte dont il avait couvert son ambition, et lui reprochaient d’avoir, dès sa jeunesse, violé les lois , levé une armée sans autorisation, séduit des vétérans, corrompu les légfons ; usürpé les faisceaux, empoisonné lés consuls Hirtius.et Pansa, et conquis violemment le consulat, en tournant contre la république les armes qu’elle lui avait confiées.

Si où pouvait lui pardonner le sacrifice de l'intérêt public à sa vengearice, et la mort de Brutus et de Cassius, pouvaiton le justifier de sa ‘férocité dans les proseriptions, de ses perfidies qui l’avaient servi mieux que ses armes contre Sextus, Lépide et Antoine? Comment ne pas mépriser le ravisseür de la femme enceinte de Néron , mère funeste pour la république, etmaràtre fatale, mème pour les Césars? Loin de se borner à détruire la liberté et à dontiner la terre, il avait usurpé la place des dieux dans le ciel, et s'était fait décerner, comme à eux, des temples, des prêtres et un culte. Cette paix publique, dont où voulait attribuer le bonheur à son règne, n’était-elle pas déshonorée dans Rome par les supplices des Varron, des Egnatius, des Jules ; et au dehors paï les désastres de Lollus et de Varus? Enfin, s'il s'était vanté lui-même d’avoir trouvé Rome de briques ,'et de l’avoir laissée de marbre, ne doit-on pas condamner celui qui trouva Rome gouvernée par l’illustre Catulus, par le vertueux Caton, par le sage Cicéron, et qui la livra en mourant aux caprices du fourbe et cruel Tibère ?

Ces louanges et ces reproches, que rapporte Tacite, peuvent également se justifier ; mais l’historien impartial doit dire-que, si Atguste ne fut pas le plus vertueux, il fut au moins le plus habile des princes, puisqu'il sut d’abord vaincre ses ennemis, ensuite se vaincre lui-même, pacificr le monde, fonder un trône, régner quarante ans, et se faire aimer.

104 EMPIRE. . [de3.-C.44-37.).

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