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parcouraient les mers et dévastaient lés côtes de Bretagne et des Gaules. Maximien leur opposa une flotte commandée par Carausius. Ce général, peu fidèle, s’occupait plus de s’enrichir comme eux par la piraterie, que de les combattre. L'empereur, informé de sà conduite, le eondamna à mort.
Carausius, pour sauver sa tôte, résolut de la couronner !: prodiguant ses richesses, il séduisit les officiers et les troupes qu’il commandait, conduisit sa flotte en Bretagne, souleva en sa faveur les légions qui la défendaient, flaita Por. gueil des peuplés en leur promettant l’i indépendance, et se fit proclamer empereur.
Maximien, ayant construit et armé une autre flotte, marcha contre le rebelle; maïs, malgré ses efforts, après plusieurs rencontres où le succès resta indécis, voyant que les vaisseaux bretons, soutenus par ceux des peuples du Nord, étaient maîtres de la mer, et privaient de tout commerce la Gaule et l’Espagne, il se vit obligé de céder et de conclure la paix. Dioclétien la signa comme lui : et Carausius, gardant le titre impérial, demeura pendant sept ans maître paisible de la Grande-Bretagne.
Tandis que-Maximien délivrait la Gaule et repoussait les Barbares du Nord, Dicclétien, rassemblant son armée en Syrie, contraignt, sa1is ‘combattre et per la terreur de son nom, le roi Varanne à demander la paix et à lui céder la ‘Mésopotamie. Il repoussa et mit en fuite quelques corps de Sarrasins, dont le nom commencait à devenir redoutable en Asie. Passant ensuite en Thrace et én Rhétie, il remporta plusieurs victoires sur les Sarmates, les Goths, les Jagonthes, et les rejeta au delà du Danube.
Après avoir justifié ainsi leur élévation, etaffermi leur pouvoir par d’éclatants succès, les deux empereurs se réunirent à Milan pour défibérer sur les moyens d’assurer la tranquillité de l’empire et la stabilité du gouvernement. Les hommes trop vivement frappés des malheurs qu’ils éprouvent sont naturellement portés à leur oppôser les remèdes les plus prompts, sans examiner si l’effet de ces remèdes ne sera pas plus fu-
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neste que celui des maux qu'ils veulent guérir, Depuis le règne de Gallien, l’empire sans cesse attaqué par les Perses et par les Barbares du Nord et de l'Occident, déchiré en même temps par les discordes civiles et par l'ambition de tous les généraux qui se disputaient le pouvoir, était à tout moment menacé d’un démembrement total et d’une ruine complète. Les premiers empereurs, pour augmenter leur. pouvoir, avaient détruit, par la force militaire, l'autorité du sénat et la liberté du peuple; mais cette force, d’abord leur appui, était devenue leur écueil, Les soldats élevaient et déposaient à leur gré les empereurs, qui se voyaient autant de rivaux que de généraux habiles. Ce danger seul, comme le plus imminent de tous, frappa Dioclétien ; il voulut opposer des droits reconnus et limités à des prétentions sans bornes et sans nombre, et espéra réprimer l’ambition des chefs militaires, en soumettant les quatre armées principales de l'empire au commandement de quatre empereurs, intéressé8 tous également à se soutenir et à se venger. Ainsi, pour éviter le morcellement de l’empire, Dioclétien .en rompit l'unité, en consacra le partage, et en légalisa le démembrement.
Les deux empereurs résolurent donc de se choisir deux successeurs, que, dès ce moment, ils associèrent à l’empire sous le titre de césar. Dioclétien élut Galère, nommé Armentarius, parce que, dans son enfance, il avait gardé les
troupeaux, Ses mœurs étaient dissolues, son caractère cruel, son esprit grossier; maïs il compensait, aux yeux de l’empereur, ses défauts par son dévouement à sa personne, par son intrépide courage, et par son habileté dans l’art de la gucrre.
L'autre césar, nommé par Maximien, fut Flavius Valérius Constance, surnommé CAlore, à cause de sa päleur. Ce guerrier devait le jour à Claudia, nièce de l’empereur Claude IT ; son père Eutrope occupait un rang distingué en Dalmatie. ‘Constance joignait à de grands talents militaires un esprit orné, et toutes les vertus d’un caractère juste et
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d’un cœur humain, sensible et généreux. On contraignit les nouveaux césars à répudier leurs femmes. Constance rompit avec regret les liens qui l’unissaient à la vertueuse Hélène, mère du grand Constantin; il épousa Théodora, belle-fille de Maximien. Galère reçut la main de Valéria, fille de Dioclétien.
L’Illyrie, la Thrace, la Macédoine, la Syrie, furent eon-
fiées à Galère ; les Gaules, l’Espagne et la Grande-Bretagne, plus heureuses, vécurent sous les lois de Constance : Maximien se réserva la défense de l’Italie et de l’Afrique ; Dioclétien, celle de PAsie Mineure et de l'Égypte. . Cependant les deux empereurs gardaient conjointement l’autorité suprême, le titre d’auguste, et les deux césars ne gouvernaient, sous leurs ordres, que les départements qui leur étaient tombés en partage.
Il n’était pas difficile de prévoir les suites funestes qu’entraînerait un jour une telle association. L’ambition, armée du pouvoir, ne respecte ni les liens de la nature ni ceux de l’amitié ; mais le cercle des intérêts présents borne l’horizon de la plupart des politiques ; l’homme de génie seul étend ses regards dans l'avenir, et ce partage de puissance, qui devait un jour bouleverser l'empire, eut alors tout le succès qu’en attendaient les auteurs. Les quatre princes, contenant à la fois les étrangers par leurs armes, les peuples par leurs lois, et les généraux par leur aütorité, gouvernèrent paisiblement le monde romain pendant vingt années. -
Dioclétien, aussi ferme qu’adroit, sut forcer ses collègues au respect, les peuples à la soumission, le sénat et les grands au silence. Autrefois les Romains, passionnés pour la gloire et pour la dignité de leur patrie, avaient vu avec indignation le trône partagé entre Géta et &aracälla; mais alors on n’était plus capable de s’indigner. Les antiques autorités, qu’on ne consultait pas, n'étaient plus que des ombres, les soldats de braves brigands, les sénateurs des courtisans, les citoyens des esclaves. Il n'existait plus
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dans l'empire qu ‘une cour asiatique et des camps : : Le reste
n’était qu’un vain simulacre.
Jusque-là les empereurs, ouvrant. leur palais au publie, se mêlant avec le peuple comme citoyens, avec les officiers comme compagnons d’armes, jugeaient comme préteurs, commandaient comme généraux, administraient , présidäient en qualité de consuls, et ne se distinguaient des sénateürs que par un manteau de pourpre. Tout changea de forme dès que Dioclétien monta sur le trône : il se couvrit d’une robe d’étoffe d’or parsemée de pierreries, et ceignit audacieusement son front d’un diadème. Son palais, semblable à ceux des rois d’Orient, se remplit d’eunuques et d'esclaves ; une garde intérieure en défendaïit l’accés : hors quelques ministres et quelques favoris, Pentrée en était sévèrement interdite aux grands comme au peuple. Le prince, pour inspirer un plus profond respect, laissant un intervalle immense entre lui et les citoyens, les forçait à l'appeler maître et seigneur, et les humiliait en leur donnant le nom de sujets; enfin il.se rendait inabordable et presque invisible, comme le dieu dont il osait DIeS le nom.
- Partout on cessa de délibérer, on obéit ; les titres changèrent comme les institutions : et l’on vit ceux de ducs, de comtes, de référendaires, de chambellans, de patrices, et une foule d’autres, remplacer les noms qui rappelaient l’ancienne liberté. Rome même se vit méprisée : Milan et Nicomédie devinrent ses rivales : le trésor public s’épuisa pour les étendre et pour les embellir.
” Les collègues de Dioclétien imitèrent son orgueil, son luxe, son mépris pour les vieilles institutions ; Constance seul conserva des mœurs simples, se montra toujours doux, affable, populaire, économe et généreux. Il connut le vrai sécret d’affermir son autorité, en la fortitiant par l’amour qu’il inspirait.
Plusieurs motifs principaux, et Mioie du désir de . prévenir tout retour d’anarchie militaire avaient porté
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Dioclétien À diviser le commandement des armées, èt à les faire dorénavant combattre sous les ordres de deux augustes et de deux césars : on voulait reconquérir la Bretagne, chasser les Francs et les Saxons de la Batavie, étouffer la révolte d’un usurpateur, nommé Julien, qui avait pris le titre impérial, et s'était fortifié dans les montagnes de la Ligurie. 1 fallait délivrer l’Afrique de cinq nations maures qui l'avaient envahie, recouvrer l'Égypte, où le rebelle Achillée régnait depuis cinq ans; enfin, Dioclétien croyait devoir profiter des divisions intestines qui affaiblissaient alors la Perse, pour satisfaire l’orgueil de Rome offensée, et pour venger la mémoire de Valérien.
L'activité des quatre ‘princes fut proportionnée à l’importance des entreprises dont ils s'étaient chargés. Constance attaqua les Francs et les Bretons fans la Batavie {an 293). Le nombre, la valeur opiniâtre de ses ennemis, les obstacles que lui opposait un sol marécageux, ne purent arrêter ses eflorts ; et, comme l’affection des peuples et des soldats le suivait partout, la victoire accompagnait ses armes.
Une fois seulemént, écoutant plus son courage que la prudence, à la tête d’un faible corps de troupes, il s’avança témérairement pour reconnaître l'ennemi : surpris dans un défilé par un nombre immense de Francs, de Germains, d’Hérules, de Bourguignons, de Vandales, il se vit enve- . loppé. Après de vains prodiges de valeur contre une foule de Barbares dont les forces s’accroïssaient sans cesse, tous les braves qui l’accompagnaient étant tombés près de lui, seul il se fit jour et courut à toute bride chercher un refuge dans la ville de Langres. On n’osa pas lui en ouvrir les portes, dans la crainte d’y laisser entrer avec lui les Barbares qui le poursuivaient, ct il ne put y pénétrer qu’à l’aide d’une corde qu’on lui jeta, et avec laquelle on le hissa pardessus les murs. Les Barbares, après cette victoire, se crurent les maîtres de la Gaule, et se répandirent dans toute Ja contrée, qu'ils livrérent au plus affreux pillage. Leurs
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désordres devinrent la oause de leur ruine. Constince, dont l’armée s'était rassemblée, tomba sur eux à l’improviste, les battit complétement, leur tua soixante mille hommes, et les poursuivit jusqu'aux rives du Weser. :
De retour dans la Gaule avec un butin immense et un grand nombre de captifs, il suivit le système impolitique adopté depuis quelque temps par les Romains, et peupla de colonies barbares les territoires d'Amiens, de Beauvais, de Cambrai, de Troyes, de Langres, de Trèves. Ainsi ce furent les Romains eux-mèmes qui introduisirent dans leur
empire les peuples belliqueux qui devaient un jour le ren-
verser.
La conquête de la Bretagne était plus difficile, et exigeu plus de temps. La mer lui servait de rempart ; Constance avait peu de vaisseaux, la flotte des Bretons était formidable, et Carausius, général habile, pouvait disputer la victoire avec avantage. Une trahison l’avait élevé au trône, un traitre l’en fit descendre, Son ministre Alectus conspira contre lui, l’assassina et régna deux ans. Les talents de ce nouvel usurpateur n’égalaient pas son ambition ; moins actif que Carausius, il laissa le temps à Constance d’équiper une flotte capable de combattre la sienne. Un temps brumeux déroba aux Bretons la marche de la flotte romaine ; elle aborda sans obstacle sur la côte orientale dé l'ile. Asclépiodore ; préfet du prétoire, débarqua à la tête de quelques légions. Alectus, informé de cet événement, accourut en hâte avec les premières troupes qu’il put rassembler, se jeta sur les Romains avec plus d’ardeur que d’ordre, fut repoussé, et périt dans le combat.
Constance, dans le mème temps, gescendant sur un autre point de la côte, ne trouva plus d'ennemis à combattre, et. réunit, pour la seconde fois, la Bretagne à l’empire romain.
Ce prince fit encore quelques expéditions heureuses contre les Allemands, et, après avoir ainsi délivré ses provinces de toute erainte des Barhares, il consacra les dernières an-
nées de sa vie à leur bonheur. | pt
Jamais l’Espagne, la Bretagne et la Gaule ne furent plus heureuses que sous son administration ; il maintenait la justice sans rigueur, se montrait libéral sans prodigalité, économe sans avarice : il embellissait les villes, protégeait le commerce, encourageait les arts, et tous les peuples le regardaient plutôt eomme un père que comme un maitre.
La ville d’Autun, autrefois capitale des Éduens, et la plus ancienne alliée des Romains, avait été ruinée par les guerres étrangères et-par les discordes civiles : il lui réndit son ancienne splendeur, releva ses écoles,:et les confia aux soins
-de lAthénien Eumène, célèbre alors par ses talents et par son érudition. Pendant ce temps, Maximien, forçant les retranchements de l’usurpateur Julien, le défit et le força de se poignarder. Mais, plus tyran que celui qu’il venait de renverser, il profita des prétextes que lui fournissait cette révolte pour satisfaire sa vengeance et sa cupidité : Rome et l'Italie gémirent de ses sanglantes proscriptions. Portant ensuite ses armes en Afrique, il vainquit les Maures, et les contraignit de rentrer dans leurs montagnes.
Dioclétien conduisit ses troupes en Afrique, défit en plusieurs rencontres le tyran Achillée, l’enferma dans Alexandrie, le prit et l’envoya au supplice. Mais, implacable dans sa vengeance, il n’épargna en Égypte aucun des partisans dAchillée, fit mourir les plus riches habitants de ce pays, détruisit les villes de Busiris et de Cophtos, et livra Alexandrie au pillage.
Il revint ensuite en Thrace, où Galère s'était déjà signalé par plusieurs victoires. Les deux empereurs chassèrent au loin les Sarmates, les Goths, et tournèrent enfin tous leurs efforts contre l'empire des Perses. Galère fut chargé de les combattre ; Dioclétien@gxa sa résidence à Nicomédie, et s’y tint avec son armée, prêt à réparer les pertes de Galère, si la fortune ne secondait pas ses armes. L'événement justifia sa prévoyance. Les troubles occasionnés par la désunion des
deux frères Varanne II et Hormisdas avaient cessé : Varanne HI leur avait succédé; et, au moment où les Romains
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nait de laisser le trône à Narsès. Galère, maïgré ‘son habi-
Jeté, commit les mèmes fautes que Crassus et qu’Antoine ; il choisit la route la moins embarrassée d'obstacles, s’engagea dans ces vastes et brülantes plaines où tant de Romains avaient trouvé leur tombeau. Là, enveloppé par la nombreuse cavalerie des Parthes et des Perses, il fut vaincu dans trois batailles, perdit la plus grande partie de ses troupes, prit la fuite avec le reste, et vint implorer l’indulgence et le secours de Dioclétien.
Le vieil empereut le reçut avec mépris, le laissa marcher à pied plusieurs milles sans lui offrir de place sur son char, et, après l'avoir ainsi humilié, lui ordonna de périr ou de réparer par une grande victoire l’affront des armes romaines. .
Il lui donna des légions dEscatonte, de Dacie, de Mœsie, et resta toujours à Nicomédie pour attendre l'événement. Galère, éclairé par l’expérience, pénétra dans le royaume de-Perse par l’Arménie, tourna l’armée de Narsès, lui livrà une bataille décisive, le mit en fuite, força son camp, s’empara de ses trésors, fit prisonniers ses enfants, sa femme, ses concubines et ses principaux officiers. Il livra ensuite la Perse au pillage et l’inonda de sang ; mais, imitant à l’égard. de la famille royale la modération d'Alexandre, il ta traita avec humanité, et les princesses avec respect.
Le luxe, qui avait amolli les citoyens de Rome-et les troupes d’Italie, n’avait point encore pénétré dans les légions du Rhin et du Danube. Lorsqu'on pillait le camp des Perses, un soldat de l’armée de Galère, ayant trouvé un sac de cuir rempli de perles, les jeta comme inutiles, et ne garda que le sac. De tels hommes devaient encore être vainqueurs; rar, à la guerre, la fortune se range presque toujours du côté de ceux qui la méprisent.
Narsès, vaincu, montra, comme presque tous les princes d’Asie, autant de faiblesse après ses revers qu'il avait affecté de hauteur dans sa prospérité. Il envoya une ambassade à
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Dioclétien pour lui représenter, en style oriental, que, l’empire romain et l’empire des Perses étant les deux soleils et les deux yeux de la terre, on ne devait pas en détruire un; mais qu’au reste il se soumettait à la discrétion du vainqueur, et ne lui demandait que la liberté de sa famille. L'empereur aurait pu facilement s’emparer d’un empire gouverné par un prince si faible; mais, plus politique que Trajan, il sentit que trop s'étendre serait s’affaiblir, et, se bornant à exiger la cession de cinq provinces, il assigna aux deux États le Tigre pour limites. Cette paix dura quarante ans.
Galère reçut les noms de Persique, d'Arménique et de Médique. Fier d’avoir vengé l’injure de Valérien, il ne mit plus de bornes à son ambition; et, depuis ce moment, peu satisfait du titre de césar, il forma le projet'et concut l'espoir de réunir toutes les parties de l’empire sous ses lois. Jusquelà il s’était conduit avec l’empereur en fils soumis et respectueux ; mais alors, soutenu par les légions quil avait conduites à la victoire et enrichies, il traita son père adoptif en collègue et en égal. D |
De retour à Nicomédie, le premier essai de son pouvoir fat de déterminer Dioclétien à: détruire le christianisme, contre lequel, depuis son enfance, il avait montré une liaine implacable. Maximien détestait comme lui ce cülte : ses vérités étaient au-dessus de leur intelligence ; sa morale itritait leurs. passions en les condamnant. Dioclétien et Gonstance, au contraire, avaient toujours protégé les chrétiens; leurs palais en étaient remplis ; ils exerçaient librement et publiquement leur religion dans des templés nombreux et magnifiques. Hélène, première épouse de Constance, Prisca, femme de Dioclétien, et Valéria, sa fille, avaient embrassé leur croyance ; maïs, si nous nous en rapportons au témoi- . grage d’Eusèbe, cette prospérité répandait dans l’Église naissante la corruption, la discorde et l’ambition. Les ennemis nombreux du christianisme en profitèrent.
Galère, à leur tête, représenta vivement à l’empereur que
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ces prétendus apôtres de la vérité n'étaient que ceux de l'erreur, puisqu'ils ne s’accordaient pas entre eux: « Leurs « vertus, disait-il, n'étaient qu’hypocrisie, puisque leur opur- « lence démentait leur amour pour la pauvreté : ils ne prè- « chaïent l'égalité que par ambition, et pour armer en leur « faveur les pauvres et les esclaves contre les riches et les « grands ; leur doctrine, sapant les bases de l'empire, ten- « dait à renverser les dieux protecteurs de la fortune de « Rome, les institutions qui en avaient fait la force, et l’es-
« prit belliqueux qui en assurait la gloire. Soumis en appa- « rence aux volontés du prince, ils créaient en effet deux « puissances rivales dans l'État;.et leurs prêtres, s’arrogeant « l'empire des âmes et ne laissant que les corps sous l’au- « torité temporelle, aspiraient, au nom du ciel, à gouverner « la terre. »
Les pontifes des idoles, les partisans des anciennes coutumes, les philosophes opiniâtres dans leur doctrine, les hommes adonnés aux vices et aux superstitions, et la plupart des courtisans, qui craignaienf que la vérité, sous quelque forme qu’ellé fût, ne se ft entendre dans le "palais des princes, Do DRRent Galère par leurs discours et par leurs écrits.
Hiéroclès, l’un des ministres de Yernpereur, composa ün traité contre le christianisme. Porphyre, disciple de Plautin, séduisait alors Îles esprits par un nouveau platonisme, par une métaphysique subtile qui prit faveur, et parvint même à égarer un grand nombre de prêtres chrétiens, à mêler yJeaucoup d’erreurs à la simplicité du culte évangélique. Il accoutuma les esprits du. siècle à se livrer d’éternels combats sur des questions vaines et insolubles, qui donnèrent naissance à des hérésies ét à des discordes sans nombre.
Les défenseurs de la foi chrétienne, tels que Lactance et Eusèbe, opposèrent en vain à leurs adversaires le langage de la raison, et, par malheur, quelquefois aussi celui de la passion. L’artificieux Galère réussit pleinement dans son projet : Dioclétien, superstitieux, aimait à consulter les
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oracles et y ajoutait foi ; on l'irrita en lui faisant croire qu’Apollon avait déclaré qué les dieux ne rendraient plus d’oracles tant qu’on laisserait subsister les temples du Christ. Les ministres de l’empereur lui persuadèrent qu’il ne pouvait autoriser plus longtemps sans danger l’exercice publie dune religion incompatible avec celle de l’État. Après une longue délibération, son conseil lui arracha un premier édit, qui ordonnait la destruction des églises chrétiennes. Ce premier acte de rigueur ne proscrivait que le culte, et épargnait les personnes : ce n’était point assez pour Galère ; il voulut rendre son triomphe plus complet, et il y réussit.
Tout à coup, au milieu de la nuit, Dioclétien, réveillé par un grand tumulte, voit son palais consumé par les flammes; tous ceux dont les efforts multipliés arrêtent les progrès de cet inceudie en accusent les chrétiens. Dioclétien, trompé par tout ce qu’il l’entourait, céda enfin aux instances de Galère, et crut n’exercer qu’une vengeance en ordonnant la destruction du christianisme et la mort de tous les rebellés qui refuseraient de saerifier aux dieux.
Dès ce moment la haïne, armée du glaive de l'autorité, ne mit plus de bornes à sa rage : les prisons furent d’abord remplies de tous les évèques et de tous les prêtres qui voulaient donner aux fidèles l’exemple de la constance et du courage. Partout on livra. aux plus affreux supplices les hommes qui préféraient leur foi à leur vie. Une foule de chrétiens se sauvèrent dans les déserts ; d’autres.se réfugièrent chez les Barbares, qu'ils commencèrent à éclairer. (An 303.)
On força l'impératrice et sa fille à sacrifier aux dieux ; la terreur fit beaucoup d’apostats, et produisit tant de feintes conversions, que les empereurs, ainsi que le prouve ‘une ancienne inscription, crurent avoir aboli le christia- ‘nisme.
Maximien et Galère exécutèrent avec violence l'édit de persécution dans toutes les provinces qu'ils gouvernaient : la Bretagne, la Gaule et l’Espagnè éprouvèrent moins de
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malheurs. Constance, ne voulant pas résister ouvertement aux deux augustes, publia l’édit, mais ne l’exécuta ‘qu’avec une grande modération; il n'emprisonna ni ne fit mourir personne. Le culte, interdit publiquement, fut toléré en secret ; il fit même plus : ayant déclaré à tous les officiers de son palais qu’il fallait choisir entre leur culte et leurs places, il chassa ignominieusement tous ceux qui, par ambition, renoncèrent à leur croyance, disant que ceux qui trahissaient leur Dieu pourraient bien aussi trahir leur prince : le courage. des autres fut HARpeRES par sa faveur et par ses bienfaits. 4
.Bepuis vingt ans Dioclétien régnait; tous les usurpateurs étaient tombés ; on avait délivré toutes les provinces de la présence des Barbares : la Perse était vaincue. L'empereur, après avoir cédé aux Éthiopiens un territoire de la Haute-Égypte, dont il leurconfia la défense, établit une longue suite de forts sur le Tigre, sur les côtes du Bosphore, le long des rives du Danube et du Rhin : il se rendit enfin à Rome avec Maximien, pour jouir des honneurs d'un triomphe aussi éclatant que mérité.
Ce fut la dernière fois que Rome jouit de ce pompeux spectacle, qui, depuis mille ans, avait été l’objet de tant de nobles ambitions, la source de tant de gloire, la récompense de tant de héros. Une foule de captifs de toutes les parties du monde suivaient le char du vainqueur; mais ce qui le décorait surtout, c’étaient les images de la reine de Perse et des enfants de Narsès. Ces trophées glorieux effaçaient de cruels affronts, satisfaisaient de longs ressentiments, et semblaient apaiser les. mânes PARRE du malheureux Valérien.
Après cette solennité, le peuple romain s'attendait à des fêtes somptueuses, à de magnifiques combats de gladiateurs : l’empereur fit célébrer les jeux publics sans faste, sans magnificence, disant «que la modestie devait régner « dans les fêtes auxquelles présidaït un censeur. » Ilexerçait alors la censure. Cette austérité, cette parcimonie dé-
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placée, l'exposèrent aux railleries d’un peuple qui avait remplacé son antique fierté par une grossière insolence.. Cet esprit séditieux, cette familiarité qui paraissait insupportable à l’orgueil de Dioclétien, augmentèrent son aver- : sion pour le séjour de Rome; il s’en éloigna précipitamment le 43 décembre 303, prit à Ravenne possession de son dernier consulat, et retourna à Nicomédie.
Dans sa route, il fut attaqué d’une maladie violente qui, dégénérant ensuite en langueur, parut affaiblir autant son esprit que son corps. Après quelques mois de souffrances, lorsqu'il se montra en public, ses traits étaient si changés qu'on eut peine à le reconnaître. Rassasié de grandeurs, excédé de travaux, las du pouvoir et dégoûté des hommes, il prit la résolution, peu commune, de renoncer au rang syprême, d'échapper aux tempêtes du monde, et de jouir, dans une retraite paisible, des douceurs de la vie privée. |
Ses panégyristes attribuent cette’ grande détermination à sa sagesse ; ses détracteurs en accusent sa faiblesse, et prétendent que Galère, maître de l'esprit des troupes, le força d’abdiquer. La vie entière de Dioclétien, quoique susceptible de reproches, le met à l’abri de tout soupçon de lâcheté.
Maximien suivit son exemple. Consfance et Galère reçurent le nom d’auguste (an 305). Lorsque l’empereur lut, en présence des légions et du peuple de Nicomédie, eet acte solennel, on s'attendait à voir investis du titre de césar Maxence et Constantin, fils des deux nouveaux augustes; maïs l'ambition de Galère s’y opposa. Redoutant également les vices farouches de Maxence, les grandes qualités de Constantin, il obtint de la lassitude et de l'indifférence de Dioclétien la nomination de deux autres eésars : il fit accorder ce titre à Maximien Daza, son neveu, paysan pannonien comme lui, et à Sévère, général dévoué à sa fortune, et si peu connu, que le peuple, l’entendant nommer, applaudit à ce choix, croyant qu'il tombait sur
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Constantin, et que ce jeune prince avait probablement reçu le nouveau surnom de Sévère.
Après cette installation, qui dévoilait assez ouvertement les hautes prétentions de Galère, Dioclétien, se dépouillant de la pourpre et se couvrant d’une gloire nouvelle, s'éloigna sans suite de Nicomédie, et courut chercher en Dalmatie, près de Salone, un bonheur qu'il n'avait pu trouver sur le trône. .
Retiré dans un palais qu'il y fit bâtir, il passa le reste de ses jours à cultiver son jardin, laissant à ses successeurs la triste gloire de dominer, d'opprimer et de ravager la terre. |
Quoiqu'il eût employé les vingt années de son règne à voyager ou à combattre, son esprit n'avait pas négligé la législation : on lui dut plusieurs édits et règlements trèssages, dont on retrouve quelques dispositions dans le Code de Justinien. Il défendit aux esclaves de dénoncer leurs maîtres; il ne voulut pas même qu’on pût recevoir la déposition d’un obligé contre son bienfaiteur : « Bannir la « reconnaissance du monde, disait-il, c’est exiler de la « terre le bonheur et le repos. » |
I publia aussi d’utiles règlements pour abolir l’espionnage public, que tous les hommes méprisent et dont tous les gouvernements se servent. Il avait supprimé les frumentarii, officiers qui, sous prétexte d’inspecter les marchés, surveillaient les actions, scrutaient les paroles, épiaient les pensées. Ils furent bientôt remplacés par d’autres employés qui, sous le nom moins trompeur de curiosi, firent le mème métier.
Dioclétien aimait beaucoup à bâtir; il embellit Milan, Nicomédie et Carthage par de superbes monuments. On admire encore les restes des thermes et des bains publics qu’il construisit à Rome; leur enceinte égalait en grandeur celle de beaucoup de villes.
Les rhéteurs, dans leurs amplifications, et 1: poëtes, avec leur exagération ordinaire, faisaient les plus magni-
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tiques éloges de son génie, de sa vaillance, de sa justice, de sa gloire, de l’union qui existait entre les quatre césars, et du bonheur que l'empire devait à leurs talents et à leurs vertus. Les auteurs chrétiens, au contraire, aigris par la persécution, animés par une haïne trop fondée, ne trouvaient à Dioclétien que des vices, et le peignirent sous les couleurs du plus cruel des tyrans. |
Son règne manqua d'historiens. Capitolin et Aurélius Victor ne sont que des abréviateurs secs et incomplets. Il ne nous est rien resté de Zozime ; et lorsque, peu d’années après la mort de Dioclétien, les chrétiens triomphèrent de leurs ennemis, ils supprimèrent tous les ouvrages qui pou- vaient honorer la mémoire de leur persécuteur. Mais, au défaut d’écrits, les événements parlent; et ce qui paraît certain, c’est que si ce prince, par son habileté, soumit l'empire et le maiïntint en tranquillité pendant vingt années, il en aggrava les malheurs.
Le luxe asiatique de quatre cours; l’innombrable quantité de gardes, de favoris, d'officiers, d’affranchis, d’esclaves que ces cours entraînaient à leur suite; les fêtes, les jeux, les spectacles, la construction d’une grande quantité de palais et de temples, enfin les dépenses énormes qu’occasionnaient des guerres continuelles et. lointaines, écrasèrent les peuples d'impôts; l'Italie, jusqueslà épargnée, vit sortir de son sein les trésors que, depuis tant de siècles, toutes les nations avaient répandus chez elle ; et si l’on en croit Lactance, le nombre des receveurs, des collecteurs, des exacteurs, égalait presque celui des imposés.
Jamais époque ne fut plus désastreuse : Dioclétien, habile guerrier, mais mauvais prince, ne fut grand que dans sa retraite ; son intérèt l’aveugla, ses favoris le trompèrent et il ne connut la vérité que lorsqu'il s'éloigna des hommes. Aussi, revenu de ses erreurs, il disait souvent « qu’un « prince ne péut presque jamais savoir le vrai. Un petit « nombre de ministres et de grands l'entourent, l’obsèdent « et le trompent; il ne voit que par leurs yeux, n’entend
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« que par leurs oreilles, distribue, d’après leurs rapports, « les récompenses et les châtiments, et devient injuste sans « le savoir. »
Lorsque la discorde excita la guerre ‘entre ses suecesseurs, leur ambition, qui désirait s'appuyer de son nom, le chercha dans sa solitude, et voulut le replacer sur le trône : leurs efforts furent vains ; ses illusions étaient passées; il préférait la bêche au sceptre, et répondit: « Si vous « aviez goûté un moment les doueeurs de la vie dans la . « retraite, dans l’indépendanee, et le plaisir pur que j'é-
« prouve en plantant ces arbres, en semant ces légumes, « vous ne songeriez jamais à traubler ma tranquillité : je a suis plus heureux en cultivant mon jardin que je ne
a l'étais en gouvernant la terre. »
Les derniers moments de sa vie furent empoisonnés. par des chagrins domestiques : le successeur de Galère persécuta et fit périr Prisca sa femme et Valère sa fille, Dioclétien mourut en 313, dans la soixante-huitième année de son âge. Il ne reste de lui que le bruit de son nom, quelque débris de son palais à Spalatro, et les ruines de Rome,
. CHAPITRE XEI.
CONSTANCE ET GALÈRE, EMPEREURS; SÉVÈRE, MAXIMIN DAZA ET LICINIUS, CÉSARS; MAXENCE, ÉLU À ROME; MAXI- MIEN, REMONTÉ SUR LE TRONE; ET CONSTANTIN, EMPEREUR.
(An de Rome 1057-1075. — De Jésus-Christ 305-323.)
Partage de l'empire. — Portrait de Consfantin. — Perfidie de Galère à l'égard de Constantin. — Arrivée de Constantin auprès de som père, — Mort de Constance. — Conëtantin est proclamé empereur par l’armée. — Fureur de Galère. — Exploits de Constantin.— Ambition de Maximien.— Tyrannie de Galère.— Maxence est proclamé . empereur — Marche de Sévère contre Rome.— Maximien remonte sur le trône. — Défaite, fuite et mort de Sévère. — Licinius est nommé césar. — Marche de Galère contre Rome. — Fuite de son armée. — Union de Constantin et de Fausta, fille de Maximien. — L'empire est gouverné par six jfintes. — Désordres de Maxence. — Violence de Maximien contre son fils. — Sa füite et sa chute du trône. — Son usurpation. — Sa déchéance et sa fuite. — Sa conspiration contre Constantin. —
470 EMPIRE. [de J.-C, 305-828;:]
.Dévouement conjugal de sa fille Fausta. -— Mort de Maximien. — Nouveaux désor-dres de Maxence.— Mort deSophronie.— Mort de Galère.— Térnérité de Constantin. — Sa Victoire sur Les Barbarés. — Lâcheté et tyrannie de Maxence. — Vénération de Constantin pour le christianisme .— Nouvel étendard nommé labarum.— Victoire de Constantin. — Mort de Maxence. — Entrée triomphale de Constantin dans Rome. — Son gouvernement. — Union de Licinius et de Constaneie. — Invasion de Maximin. — Sa défaite, sa fuite et sa mort. — Vengeance de Liciniu$. — — Guerre entre Constantin et Licinius, — Défaite, fuite et mort de Licinius.
L’empiré, après l’abdication de Dioclétien, fut de nouveau partagé. Constance garda l'Espagne, la Gaule et la Bretagne : on parut même lui céder, comme au plus ancien, l'Italie et l’Affique ; mais ces deux pays, confiés à l'administration de Sévère, nouveau césar, se trouvèrent de fait dans la RÉDEREANeS de Galère, dont Sévère était la créature.
Galère gouvernait lui-même l’Asie Mineure, la Grèce, la Thrace, la Macédoine ; et Maximin, son neveu, commandait en Syrie et en Égypte : ainsi la fortune paraissait favoriser ses vues ambitieuses; tous les'césars, soumis à son autorité, n'étaient que des sujets décorés d’un titre pompeux. La santé de Constance, qui déclinait, annonçait une fin prochaine ; et Galère espérait, après sa mort, se voir seul maître de l empire : le Jeune Constantin était l'unique obstacle qui pût s'opposer à ses projets; mais la politique de Dioclétien avait pris toutes les mesures nécessaires pour l'écarter du trône. On croyait avoir annulé tous ses droits en forçant Constanee à répudier sa mère Hélène; et, pour se délivrer de toute inquiétude à son égard, malgré les prières réitérées de Constance, on retenait son fils à la cour de Nicomédie comme un otage, ou plutôt comme un captif.
Constantin, poursuivi par les rigueurs du sort, en était dédommagé par les plus heureux dons de la nature; peu d'hommes avaient reçu du ciel une taille plus majestueuse, un esprit plus étendu, une figure plus agréable et plus imposante. Instruit- par des maîtres habiles, formé par sa
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mère Hélène aux principes de la morale chrétienne, adroit dans tous les exercices, intrépide dans les dangers, £t doué d ‘une forte prodigieuse qui ne lui faisait rien perdre de sà grâce, il s'était attiré l'ametion du po ple et du soldat.
Combattant en Égypte et sur les bords du Dasiube, BOUS les ordres de Dioclétien, il s'était également distingué par soÀ courage comme soldat, par son habilité comme oficier : vainqueur de plusieurs chefs barbares en cornbat singulier, il terrassa uh jour le plus colossal et le plus redout&ble d’entre eux, et le traina par les ‘cheveux. aux pieds de l’empereur. |
Digne des temps héroïques de Rome, il n aurait mérité que des éloges si l'amour du pouvoir absolu n'eût pas terni souvent ses grandes qualités. Malgré les panégyriques où: trés des auteurs chrétiens et entre autres d'Eusèbe, qui disait que Dieu seul aurait pu écrire dignement la vie d'un tel prince, l’histoire impartiale, en rendant justice à ses vertus, ne doit pas se montrer indulfente. pour ses crimes : habituellement généreux par caractère ou par politique, il fnt souvent perfide et cruel par.ambition; sa fortune et son génie doivent le faire compter au nombre dés plus grands princes, mais plusieurs de ses aetions : dssignent aussi une plaee parmi les tyrans.
Peut-être un jugement non moins équitable, mais Eu doux, pourtait attribuer ses belles actions à son cœur, et ses vices à son siècle.
Galère, comme Eurysthée, Soulani perdre ce buvel Hercule, l'exposait sans cesse aux plus rudes travaux ct aux plus grands périls : tantôt il l'envoyait au delà du Danube affronter, à la tête d’une faible troupe, des essäims de Barbares ; tantôt lui ordonnant de charger l’ennemi, il le forçait à traverser des marais dans lesquels il espérait F'engloutir. Plusieurs fois enfin, enflammant son amourpropre, il l’engageait à combattre dans le cirque contrée des Hons et contre des tigres ; mais la fortune le sauva de tous
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ces dangers, et, en cherchant à lui donner la mort, on ne fit qu'augmenter sa gloire. . : :
Cependant Constance, qui sentait sa fin s'approcher, pres. sait si vivement Galère de lui rendre son fils, qu’il fallut ou lui céder, ou rompre avec lui. Galère feignit d’acquiescer à sa demande, et résolut de se délivrer de toute crainte parun crime secret. ; | | Constantin, ayant pénétré ses projets, trompa le perfide, fixa un jour pour son départ, s'enfuit la veille, tua tous-les chevaux qui se trouvaient à chaque relais, se mit promptement par ce moyen hors de toute atteinte, et rejoignit son père dans la Gaule, au moment où ce prince s'embarquait à Boulogne pour combattre les Pictes. 11 le suivit dans cette expédition, et peu de temps après il reçut ses derniers soupirs. | Constance mourut dans la ville d’York, an de Rome-1038, de Jésus-Christ 306. Il n'avait eu d'Hélène, sa première femme, que Constantin. Théodora lui laissa trois fils et trois filles, Dalmaee, Jules, Annibalien, Constancie, Anastasie et Eutropie. Plus occupé des intérêts de l’État que de ceux de sa famille, il désigna Constantin seul pour son successeur, le recommanda aux légions, et ordonna à ses autres enfants de vivre en simples citoyens. | Constance, modèle des bons princes, ne ternit ses grandes qualités par aucune faiblesse; il plaça sa force dans ses vertus, sa grandeur dans la justiee, sa sûreté dans l’affection des peuples. Il les rendit heureux, et en fut constamment aimé. :
Dioclétien lui-ayant un jour reproché son insouciance pour se former un trésor proportionné aux grandes entreprises dont il était chargé, il écrivit aux principales cités et aux personnes les plus opulentes de ses États qu'il avait besoin d’argent. Une parole d'un prince aimé produit des prodiges : il lui arriva dans l'instant, de toutes parts, des sommes immenses. Ayant appelé alors près de lui les envoyés de Dioclétien, il offrit à leurs regards ces monceaux
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d'or, et leur dit : « Vous voyez mon trésor, je l’avais dé- .« posé dans les mains de tous mes sujets; sachez què le « trésor le plus inépuisable des princes est l'amour des « peuples. » Ce trait seul suffit à son éloge.
Si-le sort l’eût mis à la place de Dioclétien, il aurait probablement prolongé l'existence de l’empire romain, en lui rendant le seulciment qui assure la durée des États, la verin.
Le dernier vœu | de Cane fut u une loi pour sa famille,
pour les peuples, pour l’armée ; son ombre régnait encore par l’amour,-et les soldats proclamérent Den Eemenc Constantin empereur. |
Ce prince, dissimulé comme tous les ambitieux, opposa quelque. résistance à leur désir, prétendit qu'il devait attendre le consentement de Galèré, et feignit même de vouloir fuir pour se dérober à leur empressement. Ses refus, comme il l'avait prévu, augmentèrent leur ardeur ; il céda enfin à cette douce violence, prit le titre d’auguste, et célébra avec pompe, en cette qualité, les funérailles de son père, qu'il plaça, suivant l'usage, au rang des dieux.
Son premier soin fut encore d'écrire à l’empereur Galère, et de lui envoyer des ambassadeurs pour l’inviter à le reconnaître et à confirmer le choix de l’armée. L'impé- ” tueux Galère ne put contenir sa fureur, lorsqu'il apprit un événement si contraire à ses desseins ambitieux. Il maltraita les députés de Constantin; et, dans le premier mouvement de son courroux, il ordonna de briser l'image de ce prince, qu'il lui avait envoyée, et qui, selon la coutume, était entourée de laurier. Après avoir refusé quelque temps de reconnaître ce nouveau collègue, vaincu par les prières de ses ministres, qui redoutaient la vail- . lance des légions de l'Occident, il reconnut Constantin, non comme -auguste, mais comme César ; et, pour remplacer “onrAnee il donna le rang et le titre. d'empereur à Sévère.
AT& EMPIRE. [de 3.-C, 305.328.)
Constantin savait dégniser ses ressentiments, commane der à ses pussions, et couvrir ses vues ambitieuses d’un voile de modération, Loin de s’irriter, il parut se contenter du second rang et du titre de césar. Sa feinte modestie trompa Galère, qui, satisfait de cette apparente soumission, crut encore qu'il pourrait parvenir à régner seul avec des lieutenants décorés d'un nom pompeux.
Cependant Constantin continuant à se montrer plus digne du trône que ses rivaux augmenta sa renommée par de nouveaux exploits, défit encore les Francs, qui étaient venus l’attaquer, repoussa une invasion formidable des Germains, les poursuivit au delà du Rhin, ot détruisit presque entièrement la nation des Bructères; mais il souilla sa victoire par des actes de cruauté. Croyant épouvanter les Barbares en les imitant, il n’épargna aucun des prisonniers, et les livra désarmés aux bôtes féroces.
Terrible contre ses ennemis, il se montra doux et humain pour les peuples qu'il gouvernait, et il suivit relimieusement les sages maximes de son père. |
Le vieut Maximien-Hercule, dans sa retraite, moins sage que Dioclétien, regrettait le trône : un homme sans vertu ne peut supporter la solitude. Lorsqu'il apprit l'élévation du fils de Constance, la jalousie vint ajouter ses tourments à ceux de l'ambition trompée. Dès ce moment, il ne s'occupa que des moyens à prendre pour reparaîftre . avec éelat sur la scène du monde et pour recouvrer sa puissance. La fortune lui en donna bientôt l'oceasion:
. Galère, livré sans frein à ses passions, était aussi violent que Marius, aussi cruel que Néron, aussi débauché qu'Héliogabale : son luxe dévorait tontes.les richesses dé l'empire, dont les trésors semblaient insuffisants à sa cupidité ;.les peuplés gémissaient sous le poids des impôts: les plus affreux supplices punissaient la résistance et mème le murmure. Galère se donnait, dit-on, le barbare plaisir de faire étouffer en sa présence les condamnés par des, ours monstrueux. Son avarice s’accroissait chaque jour ;
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il espéra, en faisant un nouveau dénombrement, découvrir les fortunes qu’on lui célait, et trouver de nouvelles ressources pour s'enrichir. L'Italie se vit couverte d’exaoteurs, d’espions et da délateurs. Rome même ne fut pas épargnée; on viola ses priviléges, on ordonna à tous les citoyens de rendre un compte exact de leur fortune, et comme on craignait quelque obstacle de la per des cohortes prétoriennes, Galère les réforma.
Les peuples amollis pas . la corruption ne combattent plus pour leurs droits, mais défendent encore leurs intérôts. Les Romains avaient depuis longtemps sacrifié leur liberté ; ils s’armèrent pour conserver leur fortune. Maximien, instruit de leur mécontentement, envoya son fils Maxence à Rome pour aigrir les ressentiments, le chargeant ainsi de courir tous les dangers -d’une révolution dont il comptait, en cas de suecès, recueillir seul le fruit.
Les esprits étgient tellement exaspérés qu'il ne fallait
quan signal et qu’un point d'appui pour faire éclater la révolte. Dès que Maxence parut, les vœux et les espérances des mécontents se portèrent sur lui. Ce prince, par la grossièreté de.son esprit, par la brutalité de ses vices, était indigne du trône; mais il n’avait alors besoin ni de mérite, ni même d'adresse pour réussir : Rome ne voulait qu'un nom et qu'un vengeur.
Ce prince promit au sénat de lui rendre son ancienne
” autorité, aux patriciens leurs priviléges, au peuple l'exemp= tion des impôts et les distributions de grains, aux prétoriens leur ancien droit d’élire les empereurs, droit que venaient encore d'exercer les légions de Gaule et de Bretagne, et dont ils auraient trouvé honteux de ne pas suivre l'exemple.
Ces promesses, qui s’adrèssaient à tous les intérêts, réveillèrent toutes les passions. Rome entière, sortant de sa longue et profonde léthargie, se souleva, s’arma, et Maxence fut proclamé unanimement empereur. ;
Sévère, qui avait pour département l'Italie, et dont l'an
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torité aurait pu étouffer ce mouvement dans sa naissance, était alors entraîné loin de Rome par ses plaisirs ou par ses affaires. Il r’apprit cette révolution que lorsqu'elle fut consommée. Rassemblant à la hâte quelques légions et celles que lui donna Galère, il marcha prompiement contre Rome. .
A ta nouvelle de son approche, Maxence tremblant, inhabile dans l’art de la guerre, implora les conseils, les secours .et la présence de son père. Le vieux monarque, au comble de ses vœux, reparut dans Rome, reprit la pourpre, remonta sur le trône , et, rajeuni par le diadème, donna l'exemple de l'ardeur et du courage aux soldats et aux citoyens armés.
La guerre était sa seule science ; l’autorité de son nom et le souvenir d’un long règne brillant d’exploits remplissaient de confiance son armée, et intimidaient celle de Sévère. Dès qu'ils furent en présence, la plupart des légions, baissant leurs armes, abandonnèrent leur général, et se rangèrent du côté de leur ancien empereur, qui les avait si souvent menées à la victoire. Sévère , promptemenñt vaincu, s'enfuit à Ravenne : il y fut investi. Un long siége aurait donné le temps à Galère de le délivrer ; Maximien, employant pour hâter son triomphe un infâme artifice, promit à Sévère d’épargner sa vie et de lui assurer une retraite honorable. Ce prince, trop confiant, se ren-
. dit : Maximien, éludant $a parole, ne lui donna pas la mort, le reçut même avec honneur; mais peu de temps après il le livra à son fils ue qui, par ses ordres, le fit périr.…
Galère, furieux, noiéen se par un autre césar; d décora de ce titre Licinius, général expérimenté, constamment attaché à sa fortune, et qui, par une grande conformité d' orgueil, d'inhumanité et de vices, était digne d’être son ami. Après l’avoir couronné solennellement à Nicomédie, Galère, à la tête d’une armée peu nombreuse, débarqua en Italie. Il ne pouvait croire que Rome, si long-
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temps esclave, livrée à ka mollesse et aux plaisirs, püût lui opposer une forte résistance; mais, en approchant de la capitale du monde, un ‘spectacle imprévu frappa ses regards. L'ancienne Rome semblait être sortie de son tambeau; la haine avait éveillé le courage; le Capitole paraissait vouloir encore commander au monde; les sept collines avaient enfanté de nouvelles légions; la plaine en était couverte; elles faisaient entendre les noms redoutables de sénat et de peuple romain ; et ces noms révérés, rappelant un respect antique, frappaient de terreur les troupes de Galère, qui croyaient comméttre un parricide en attaquant la ville sacrée. Avec de semblables dispositions, le succès ne pouvait être douteux. Au premier-choc, l’armée de Galère prit la fuite; et ce prince, pour sauver sa vie, fut obligé de capituler.
Maximien, qui auraït pu le détruire, craignit qu'il ne trouvât des ressources dans son désespoir, et lui permit de retourner avec son armée en Asie.
Pendant cette lutte courte, mais sanglante, Constantin, laissant ses rivaux s’affaiblir mutuellement, consolidait son pouvoir, en faisant prospérer dans ses États le com-
‘merce et l’agriculture, en maintenant la discipline dans ses armées ; l’économie remplissait son trésor, et les peuples bénissaient sa justice. Maximien, pour l'engager à soutenir sa cause, lui offrit sa fille Fausta en mariage; il l’épousa, ne promit que d'observer une stricte neutralité, et ne consentit à le reconnaître pour empereur qu'au moment où Galère lui céda Rome et l'Italie (an 307).
Après la retraite de Galère, l'empire se trouva gouverné par six princes : Maximin en Afrique et en Égypte; Maximien etMaxence enItalie; Licinius dans ha Grèce, la Thrace et l’Illyrie; Galère en Asie, et Constantin dans les Gaules, dans la Bretagne et en Espagne. Un tel partage de pouvoir ne pouvait durer, et cette oligarchie de princes coùta plus de sang que n’en avait fait verser l'anarchie des trente tyrans vaincus par Aurélien,
T8 : EMPIRE. [de 3.-@ 305-3523. }
Maxence, délivré de toute inquiétude par les vietoires de son père, méprisa ses ordres dès qu'il erut n'avoir plus besoin de son appui, insulta les grands, dépouilla les riches, autorisa la licence des troupes, et se livra nuït et jour publiquement aux excès de la plus scandaleuse débauche. Son père, le voyant en butte à la haine publique, erut le moment favorable pour accomplir ses projets. L’artificieux vieillard méprisait, haïssait Maxence, et ne s'était servi de lui que eomme d'un instrument fait pour lui rouvrir le chemin du trône. Espérant que l'animadversion générale le seconderait, il convoque le sénat et le peuple, adresse à sen fils les plus sanglants reproches sur son incapacité, sur ses vices, sur ses eruautés, le déclare indigne de régner, et lui arrache de ses propres mains le manteau impérial.
Les sénateurs, les chevaliers et la foule des citoyens, incertains du parti qu'ils devaient prendre , gardaient un profond silence, quand tout à coup les jeunes courtisans qai partageaient lés débauches de Maxence, et les soldats dont il favorisait les désordres, jettent de grands cris, l’entourent, le défendent, accablent Maximien d'injures et de menaces, lèvent sur lui leurs mains furieuses, et forcent cet ambitieux vieillard à chercher son salut dans la fuite.
Tombé du trône une seconde fois, il courut en Asie implorer bassement et vainement les secours de Galère ; après avoir tenté d’inutiles efforts pour l’armer contre son fils, il vint dans les Gaules demander un asile à son gendre. Constantin l’accueillit généreusement, le logea dans son palais et lui accorda tous lés honneurs dus à son rang {fan 309).
L'âge et les revers ne pouvaient sous le cœur de ce vieillard, qui ne vivait que pour régner; tandis que son gendre le traitait en père, il ne songeait qu’ aux MOYENS de lui enlever-le trône et la vie. |
Les Francs venaient encore d’envahir le pays de Trèves. Constantin, qui dut presque toujours ses succès à sa rapi-
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dité, court les combattre à la tête d’un faible corps de troupes. Dès que Maximien le sait engagé dans cette gucrre, il répand le bruit que ce prince, enveloppé par les Barbares, est tombé sous leurs coups, et, convôquant à la hâte les légions qui se trouvaient du côté d'Arles, il se fait proclamer empereur par elles. |
Constantin apprend cette nouvelle au moment où son audate veñait de forcer les ennemis à prendre la fuite et à repasser le Rhin. Sans pérdre de temps, aussi prompt que l'éclair, suivi de quelques hommes dévoués, il revient à Châlon, s'embarque, descend la Saône et le Rhône, et reparaît à l'improviste sous les murs d’Arles. Maximien n'avait point eu le temps d'organiser ses forces et de consolider son usurpation: il ne commandait que par la crainte. Constantin était aimé : dès que le nom de ce prince chéri se fait entendre , tous les cœurs volent audevant de lui; les soldats se rangent en foule sous ses drapeaux. Maximien s'enfuit à Marseille ; Constantin l'y poursuit, et les habitants lui en ouvrent les portes : clément après la victoire, il n’ôte à son beau-père que la pourpre impériale, lui laisse la vie, et le retient auprès de lui.
Loin d’être touché de cette douceur, l’implacable vieillard résolut de se venger et jura de donner la mort à celui qui venait d’épargner ses jours. Quelques mois après, se trouvant encore à Marseille avec Constantin, dont l’âme généreuse ne pouvait soupçonner un pareil crime, il découvrit son affreux projet à sa fille Fausta, employant tour à tour les présents, les prières, les promesses, les menaces, pour l'engager à laisser ouvert pendant la nuit l'appartement de son époux, et à éloignér les gardes qui | veillaient à sa sûreté.
La malheureuse impératrice, forcée de donner la mort à son père si elle parle, ou à son époux si elle se tait, ne . sait longtemps, dans cette affreuse position, qui elle doit trahir ou sauver; enfin l’amour conjugal l’emporte; elle promet à son père d’obéir, ct révèle tout à Constantin.