‹ Histoire RomaineChapitre 68 sur 73 · EMPIRE. [de J.-C · texte numérisé non relu

EMPIRE. [de J.-C

Ce prince, plus consterné qu’effrayé d’un tel forfait, refusait d’y eroire, et voulut cn avoir la preuve évidente avant de le punir. Suivant les mœurs barbares de ce temps, les esclaves étaient à peine comptés au nombre des hommes : Constantin sacrifie les jours d’un eunuque pour dévoiler l’affreuse vérité, le place dans son ht, éloigne les gardes, et se tient à portée de tout voir.

Au milieu des ombres et du silence de la nuit, Maximien, armé d'un poignard, s’avance, voit avéc une barbare satisfaction que sa fille a dégagé sa marche de tout obstacle : il entre dans la chambre, s'approche du lit, enfonce à plusieurs reprises son fer dans le sein de l’esclave, et s'écrie : Mon ennemi est mort, je suis maître de | l'empire ! À peine il a prononcé ces mots , Constantin paraît à sà vue, l’atterre par ses regards menaçants, et change sa cruelle joie cn honte et en désespoir. Constantin ne pardonna plus, et Maximien périt, juste victime d’une coupable ambition qui ne put s'éteindre avec sa vie (an 310).

Maxence, qui avait trahi, insulté, détrôné son père, déclara témérairement qu'il voulait le venger. Depuis qu'il régnait seul, sa tyrannie ne connaissait plus de bornes : Rome, pendant le court règné de ce prince féroce et insensé, fut remplie de délateurs, inondée de sang et livrée au pillage. La pudeur des femmes et des vierges. les plus distinguées était immolce à la brutalité de ses désirs. Sophronie, chrétienne et mariée à un illustre sénateur, voyant sa maison entourée par les satellites du tyran, crut pouvoir, sans offenser son Dieu, s’affranehir du déshonneur : elle se poignarda, et le sang de cette nouvelle Lucrèce aurait peut-être encore armé les Romains contre la tyrannie; mais ils étaient contenus par une armée dévouée à Maxence. Cette armée régnait plus que lui, et disposait à son gré de la fortune et de la vie des citoyens. Maxence leur disait souvènt : «Prenez, pillez, prodiguez, ce sont «vos droits; la fortune de l'empire que vous soüûtenez « VOUS appartient. D) |

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Fort de l'appui de ces soldats licencieux, il se regardait comme seul empereur, parlait avec mépris des autres césars, ef ne les traitait que comme ses lieutenants.

Le sénat et le peuple, excédés de son long joug, implorérent le secours de Constantin. Les circonstances étaient favorables ; Galère venait de terminer ses jours dans d’affreux tourments : les vices de son àme semblaient avoir infecté son corps. Il mourut rongé d’ulcères , dévoré de remords ; et avant d’expirer, il révoqua l'édit cruel publé par lui contre les chrétiens.

Licinius et Maximin, sès suecesseurs, se disputaient l'empire de l’Asie, et Constantin, sans craindre de diversion du côté de l’Orient, marcha en Italie, où l'appelaient ses destinées : mais, avant de franchir les Alpes, ce prince fit un acte de témérité dont le succès accrut sa gloire et assura pour longtemps la tranquillité de la Gaule.

Lés Barbares, qui jusque-là se bornaient à faire la guerre séparément, et à envahir chacun les provinces -qui se trouvaient le plus à leur portée, s'étaient alors réunis en

masse. Une armée formidable, composée de Francs, de

Cattes, de Bructères et de la plupart des peuples de la

- Germanie, avaït traversé le Rhin ; Constantin marcha

contre eux avec des troupes inférieures en nombre, mais supérieures en tactique et en courage. Lorsqu'il fut près des ennemis, s'étant déguisé, il entra audacieusement dans leur camp, eausa familièrement avec eux, et reconnut avec soin leurs postes. Reyenu ensuite au milieu de ses légions, il attaqua les Barbares par le côté le plus faible de leur

position, les enfonça, jeta le désordre dans leurs rangs, .

les mit en fuite et en fit un affreux carnage.

Délivré, par cette victoire, de toute crainte pour ses États, il réunit toutes ses forces, qui ne s’élevaient, diton, qu’à cent mille hommes, passa le mont Cenis, prit Suze d'assaut, défit dans la plaine de Turin un gros de

cavalerie qui s’opposait à sa marche, se rendit maître de

. fie.

, Turin, dé Milan, et fut reçu dans la Lombardie,non comme un ennemi, mais comme un libérateur.

Maxence, aussi lâche qu'orgueillenx , ne s’était jamais montré redoutable qu'à lPinnocence, à la pudeur, à la vertu. Il 8e tenait enfermé dans Rome, et faisait la guerre par ses lieutenants. Leurs armes lui avaient soumis l’Afrique, enlevée à Maximin : un usurpateur nommé Alexandre, s'y révolta dtla gouverna pendant trois ans. Rufin, envoyé par Maxence, le défit et le tua. Pompéianus fut chargé de défendre l'Italie et de combattre Constantin. Son armée, composée de troupes d'Italie et d'Afrique, comptait cent quatre-vingt mille combattants , ardents à servir la cause d'un tyran qui livrait à leur cupidité toutes les richesses de Rome et de l’talie.

Comme les impôts ne suffisaient plus pour payer cette hombreuse armée, Maxence eut recours aux confiscations, et jamais aucune tyrannie n ne fit couler plus de larmes et de sang.

Constantin, précédé du bruit de ses exploits et du renom de ses vertus, était appelé par les vœux de tous les citoyens

| opprimés. Cependant, avaut de combattre des farces supé-

rieures aux siennes, que le nom de Rome rendait encore plus redoutables, et contre lesquelles la bravoure de Sévère et l'expérience de Galère avaient échoué, il erutdevoir raninrer le courage de ses soldats en leur offrant le secours du ciel; et, pour les rassurer contré la crainte de la fortune et des dieux du Capitole, il leur promit la victoire au nom d’un Dieu plus puissant. Hélène, sa mère, lui avait inspiré dans son enfance un grand mépris pour l’idolàtrie, et une profonde vénération pour le Dieu des chrétiens. A l’exemple de son père, il les avait toujours protégés. Le culte de Jésus- Christ, triomphant au milieu des persécutions, s'était répandu rapidement dans tout l'empire ; la haine de l’oppres sion augmentait sans cesse ses prosélytes; le sang des mer tyrs muttipliait et fortifiait les racines du christianisme; les plus braves guerriers, les plus sages magistrats, leshommes

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plus éclairés, tous Îles eitoyens qui avaient conservé quelque sentiment de vertu se déclaraient pour ce culte moral : ils méprisaient les faux dieux de Maxence etde Maximin, ainsi que leur Panthéon rempli de tyrans, et leur Olympe peuplé de vices. Les pauvres, les esclaves invoquaient un Dieu qui rappelait aux hommes la primitive égalité, et les femmes embrassaient avec ardeur une religion qui ordonnait la clémence, commandait l'amour, et promettait un bonheur éternel aux plus douces vertus.

Le polythéisme était défendu par les satellites des tyrans, par les prêtres des idoles, par quelques philosophes opiniâtres dans leur système, par quelques-esprits superstitieux quai croyaient l’aneien eulte et l’ancienne gloire de Rome insépatubles, enfin par une foule d’hommes corrompus, portés par leur intérêt à conserver le culte des vices divinisés.

Maximin, aussi intolérant que Galère, favorisait le parti de Maxence, et se montrait comme lui implacable ennemi des chrétiens. Licinius, son rival, soutenait la cause de Constantin, et, ensa faveur, paraissait disposé à tolérer le christianisme. |

Telle était la disposition des esprits, lorsque Constantin, soit qu'il fût éclairé par les lumières de la religion, soit qu’il ne se laissât diriger que par celles de la politique, eut recours à une fraude pieuse pour persuader ä ses soldats que le ciel même s’armait en sa faveur.

Appuyé par le témoignage des ere chrétiens qui combattaient sous ses ordres, il dit et attesta à toute l'arméc « que, se trouvant un jour en marche au moment où « le soleil était sur son déclin, il avait vu dans les aïrs une a croix lumineuse qui portait eette inscription : T'riomphez « par ce signe; et que la nuit suivante Jésus-Christ lui ap- « paraissant en songe et lui expliquant ée phénomène lui « avait commandé de prendre un étendard semblable à ce « signe divin. » L'empereur obéit; ce nouvel étendard s’appela labarum, comme l’ancien étendard impérial, et toute

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son armée, suivant avec enthousiasme cette enseigne miraculeuse, porta dès ce momént sur ses casques et sur ses boucliers le signe éclatant de la croix, qui jusqu'alors avait été l’objet de l’insulte et de la. persécution {an-314).

Tel est le récit qu'Eusébe prétendait tenir de la bouche même de Constantin. Les auteurs païens de ce temps racontaient le fait autrement. Ils disaient qu’on avait vu dans les airs une armée céleste qui dirigeait et encourageait . celle de Constantin.

Ce qui paraït certain, c’est que tous, paiens ou chrétiens, attribuèrent la défaite des armées de Rome à un prodige.

L'empereur continuant sa marche rencontra près de Vérone l’armée de Pompéianus, et lui livra une bataïlle : dans cette action, longue et meurtrière, Constantin montra l’habileté d’un grand capitaine et s’exposa en soldat. La fortune couronna ses armes; il détruisit une partie de l’armée ennemie et mit le reste en fuite. -

Les débris des légions vaincues, se joignant aux troupes restées à Rome, formèrent encore une nombreuse armée qui campa au delà du Tibre; les prétoriens.en composaient la principale force. Maxence, livré à ses infâmes débauches, ne sortait pas de l’enceinte de son palais; les oracles trompeurs de la Sibylle rassuraient son esprit superstitieux ; ils lui avaient dit, avec l’ambiguïté ordinaire de leur langage, «que l’enneini de Rome serait bientôt vaincu. » Le tyran ne vit pas que c'était annoncer sa défaite et sa mort.

Cependant l’arméc victorieuse se trouva bientôt en présence de la.sienne ; et, malgré sa lâcheté, il se vit forcé, par les menaces et par l’indignation des prétoriens, de venir se mettre à leur tête. Lorsque le signal fut donné, le succès ne resta pas longtemps incertain : Maxence dirigea ses troupes sans habileté ; la garde prétorienne, amollie par unelongue inäction, hè put soutenir le choc des belliqueuses légions du Nord; les recrues d'Italie et d’Afrique prirent la fuite comme elles ; en peu d'heures la déroute fut complète. La foule des fuyards fit Eu par son poids le pont du Tibre; Maxence,

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qui se trouvait au milieu: d'eux, tomba dans le fleuve ets’ ÿ noya (an 319).

Le tendémain Rome ouvrit ses portes, et Constantin, au bruit des applaudissements publics, entra comme libérateur dans la capitale du monde : la tète de Maxence, portée sur une pique, précédait son char. On ne voyait point à ce noble triomphe, dit un orateur de ce temps, des généraux dans les fers, des princes enchaînés, ni une foule de Barbares vaincus et captifs; ce qui le décorait, e’étaient le sénat, les patriciens rendus à leur dignité, les bannis rappelés de leur exil, le peuple romainañffranchi d’une odieuse captivité, enfin Rome entière délivrée de la tyrannie d’un monstre.

L'empereur ne souilla sa victoire par aucun acte de rigueur ; sa sévérité ne se porta que sur les cohortes prétoriennes : il.cassa cette troupe faetieuse, qui s'était toujours montrée l’ennemie des bons princes et l’appui des tyrans.

En peu de mois l’activité de l’empereur répara les maux produits par dix années de tyrannie : les exilés revinrent dans leurs foyers; les proscrits rentrèrent dans leurs biens; le sénat reprit sa dignité ; la justice présida les tribunaux; la pudeur respira; le vice cacha dans l’ombre son front audacieux ; on bannit les délateurs; les magistrats concussionnaires furent destitués et punis; enfin le cultivateur, soulagé des taxes énormes qui dévoraient ses fruits et ses moissons, se livra de nouveau au travail avec confiance et sécurité.

Constantin reçut du sénat les honneurs décernés à tous les princes qui l’avaient précédé. Se conformant ensuite aux anciens usages populaires, il célébra les jeux publics, et donna à la multitude les spectacles ordinaires du cirque; mais il ne voulut point prendre part-aux sacrifices, et, par son mépris pour le culte des faux dieux, il commença, malgré ses sages lois et ses grandes actions, à s’attirer l’animadversion des habitants de Rome, dont la plus grande partie restait attachée aux antiques superstitions.

Quelque temps après, Constantin se rendit à Milan; à y ” trouva Licinius, et resserra les liens. de son alliance avec ce

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prince en lui donnant pour femme sa sœur Constancie. Tous deux, de concert, publièrent dans leurs États plusieurs édits pour rendre aux chrétiens leurs biens et leurs églises, aux évèques leur autorité spirituelle, et pour autoriser partout le libre et public excroice de la religion chrétienne (an 313). À la mort de Galère, l’Asie étant devenue l’objet de la rivalité de Licinius et de Maximin, celui-ci, plus prompt que son collègue, s’en était saisi, s’y était fortifié et en avait obtenu la cession définitive par un traité. Cette paix ne fut pas de longue durée. Maximin, ennemi implacable des chrétiens, ne pouvait supporter la protection que leur accordaient ses deux collègues, et les reproches qu’ils lui adressaient sur sa cruauté. Échauffé dans.sa haine par la fureur de ses pontifes et par celle des anciens partisans de Galère et de Maxence réunis près de lui, fier du nombre de ses troupes, de l'étendue de ses États, et trompé par de faux oracles, il crut pouvoir, en surprenant Licinius par une attaque imprévue, le renverser facilement du trône, vainere ensuite Constantin, et s’emparer de leurs possessions. Rassemblant en secret ses troupes, il marcha diligemment sur le Bosphore, traversa le détroit, et se rendit maître de Bysance et d'Héraclée.

Licinius, loin d’être découragé par les premiers succès de cette invasion, partit de Milan, se mit à la tête des braves légions de Thrace et d’Illyrie, attaqua les troupes asiatiques qui se livraient au pillage. -et les défit en deux batailles rangéés. Maximin, ayant perdu la plus grande partie

de son armée, se sauva en Cilicie : peu de temps après, lorsqu'il fut informé de l'approche du vainqueur qui le poursuivait, il s’empoisonna.

Licinius, aussi féroce que son rival, usa cruellement de la victoire; il fit périr la famille de Maximin, et n’épargna pas même les jours de Prisea et de Valéria, l'une épouse et l’autre fille de Dioclétien (an 314).

Il n'existait plus que deux empereurs, Constantin et Lieinius ; l'intérêt, qui les avait unis momentanément, les

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divisa bientôt : Constantin exigeait un nouveau partage, et voulait que son collègue lui cédât l'Illyrie, la Thrace, la Macédoine et la Grèce ; Licinius s’y refusa, et l’on en vint aux armes.

Les deux empereurs 86 livrèrent bataille à Cybalis, en Pannonie, près de Sirmium {an 314). Les deux chefs, également braves et expérimentés, conduisaient chacun des légions belliqueuses. L'action dura vingt-quatre heures; enfin, l'aile que commandait Constantin ayant enfoncé celle qui lui était opposée, ce succès décida la victoire. Licinius, regagnant Andrinople, y rassembla d'autres forces , et donna le titre de césar à un général péu commu, nommé Valens.

Constantin, poursuivant sa marche, attaqua de nouveau son rival à Mardie, près d’Andrinople. Le succès du combat ne fut point décisif ; Chacun des deux partis s’attribua la victoire, mais Constantin seul en recueillit les fruits. Licinius, découragé, se soumit aux conditions qu’on voulut lui prescrire, déposa Valens, le fit périr, et, abandonnant les provinces que Constantin lui demandait, ne garda sous sa domination qu’une partie de la Thrace, l'Asie et l'Égypte.

L’ambition blessée ne considère une paix désavantageuse que comme une trêve. Résolu de la rompre dès qu'il le pourrait avec quelque espoir de succès, Licinius augmenta ses troupes, et remplit son trésor en accablant le peuple d'impôts et de confiscations. Cependant les riches et les grands souffraient seuls de sa tyrannie ; ce prince, né dans la classe des paysans, s'en souvint et les proteseA toujours.

Dans toutes les parties de l'empire les chrétiens regardaient Constantin comme leur libérateur, leur protecteur et leur chef : c’en était assez pour que Licinius devint leur ennemi. Il embrassa avec chaleur la cause de l’ancienne religion, et commença de nouveau à livrer les chrétiens à la haine at à la vengeance de leurs persécuteurs. Constan-

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