‹ Histoire RomaineChapitre 9 sur 73 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

CAIUS GALIGULA.

(An:de Rome 789-793. — De Jésus-Christ 37-41.)

Élévation de Caïus Caligula à l'empire. — Il se montre d’abord le digne fils de Gérmanicus. — 1] cesse bientôt de se contraindre, et, daus son orgueil, se place au rang des dieux. — Sa tyrannie. — Ses amours criminels. — Ses extravagances, entre autres un pont volant sur la mer. — Ses proscriptions. — Son départ pour la Gaule. — Ses lâches triomphes. — Son retour à Rome.— Sa mort. — Mort de Cézonie.

Tous les princes de la famille de Tibère étaient morts : la plupart avaient péri victimes des soupçons de ce vieillard cruel, de la cupidité des délateurs, et de l’ambition de Séjan. Caligula, âgé de vingt ans lorsque l’empereur l’appela près de lui, sut échapper par sa dissimulation aux périls qui le menaçaient dans cette cour orageuse. Cachant avec soins lès ressentiments que lui inspiraient les malbeurs de sa famille, il montra dans sa jeunesse les vices d’un vieux courtisan, parut docile, soumis, dévoué , flatta les passions du prince, les caprices des favoris ; et l'on dit de lui avec raison « qu’on n'avait jamais vu de meil-

‘490 BMPIRE, "(de 3.0. 87-41.)

« leur esclave et de plus mauvais maître. » Il trouvait dans

la cour de Tibère des plaisirs eonformes À ses perichants, assistait avec empressement au suppliee des condamnés, et sé déguisait la nuit pour. DRRÉOUE les lieux de prosti- ‘tution.

Le jeune Tibère , fils de Drusus et petit-fils de l’empereur, semblait devais lui fermer le chemin du trône. Caligula, pour s’en approcher, séduisit la femme de Macron, préfet du palais, et lui promit de RARES son pouvoir avec elle s’il régnait. |

L'empereur, dans son testament, le nomma seulement cohéritier de son petit-fils. Lorsque ce prince était mourañt, Caligula voulut lui arracher son anneau. Le vieillard expirant ouvrit les yeux et se défendit; mais Caligula et Macro se jetèrent sur lui et l'étouffèrent. Ces crimes, ensevelis dans l’enceinte presque impénétrable de la cour de -Caprée, ne furent connus que dans la suite.

Le nom sacré de Germanjcus protégeait son fils ; le peuple espérait voir revivre en lui les vertus de ce grand liomme, et les soldats le chérissaient comme leur nourisson. Les vœux unanimes du sénat, des patriciens, des chevaliers , des plébéiens et des légions, le‘ portèrent au trône.

La mort de Tibère et l’avénement de Caïus à l'empire excitèrent une joie universelle : toutes les villes rendirent aux dieux de solennelles actions de grâce ; on leur sacrifia cent soixante mille victimes, présage funeste de celles ‘que la tyrannie devait bientôt immoler.

Tous les citoyens de'Rome vinrent en foule au-deyant de Caïus Caligula ; il parut au sénat, prononça l'éloge de Tibère, et accrut, par une feinte modestie, l’empressement qu'on lui montrait déjà pour l’élever au pouvoir suprême.

Soit qu'un faible souveñis des leçons de Germanicus et d'Agrippine émfût son âme dans les premiers instants, soit que son caractère féroce fût quelque temps amolli par l'amour qu’un grand peuple lui exprimaït si vivement, soit

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enfin qu'il eût résolu de mettre d’abord en pratique cet art profond de la dissimulation qu'il avait étudié à Caprée, il ne montra dans les premiers moments de son règne que des vertus.

Après avoir célébré les obsèques de Tibère, le nouvel empereur se rendit à l'ile de Pandataire, y recueillit les cendres de ses frères et de. ses sœurs, et revint les déposer à Rome dans un magnifique tombeau. Les délateurs s’étaiont empressés de lui dénancertous ceux qui s’étaient-autrefois montrés ennemis de sa famille ; il fit brüler toutes leurs dépositions sans les lire. On lui transmit les détails d’une conjuration tramée contre lui ; il refusa d'y croire, disant qu’il n'avait rien fait qui pût mériter la haine.

Le testament de Tibère était cassé par le sénat, et Caïus cependant en exécuta religieusement toutes les dispositions, Par son ordre, les exilés revinrent dans leur patrie, et recouvrèrent leurs biens. Il rendit aux princes étrangers les États que leur avait enlevés Tibère. Antiochus, roi de Comagène, avec la restitution de son royaume, re-

çut quatorze millions d’indemnité. Caligula fit donner

quatre-vingt mille sesterces à une affrancliie ; cette femme courageuse avait supporté les tourments de la question sans vouloir révéler le secret de son maitre.

Joignant la sévérité à la douceur, l’empereur punit les

gouverneurs concussionnaires ou corrompus, exila dans

les Gaules’ Ponce-Püate, fit une réforme salutaire dans l'ordre des chevaliers, chassa de Rome les femmes les plus déréglées, et rendit leur ancienne force aux lois

d'Auguste, tombées an désuétude ; en même temps il promit au peuple de lui laisser élire ses magistrats ; enfin, loin de paraïtre jaloux du jeune Tibère, son cohéritier, il le nomma prince de la jeunesse. Ainsi le commencement du règne de ce tyran farouche n’annonça que celui: d’un monarque sage, doux et vertueux, et les honneurs qu’on lui décernait alors lui furent accordés, non par l'adelation, mais par Ja reéahnaissance, : |

13 / EMPIRE. : [de J.-C. 37-41.] . Le sénat ordonna qu’une fois par an le côllége des prètres , suivi de tous les corps de l’État, porterait au Capitole un bouclier d’or, où serait gravée l'image de Caïus ;

et on donna au jour de son avénement le nom de Pubitia, .

pour faire entendre que cette époque était celle du rajeunissement de Rome.

Toutes ces espérances ne tardèrent : pas à érnoute. Caligula ne put se contraindre longtemps à feindre des vertus étrangères à son âme. Au bout de huit mois son voile tomba; le tyran parut, et le reste de son règne ne fut plus qu’un tissu d’injustices, d’atroeités et de démence qu'il est aussi honteux qu'afiligeant de rapporter, et qui forcent l’histoire à prendre le langage et les traits de la satire. | -

L'orgueil, le premier vice que manifesta Caïus, fut la source de tous les autres. Il s’arrogea le titre de seigneur, que tous les césars avaient refusé. Lorsque les souverains étrangers voulaient le prendre pour arbitre de leurs différends, il répondait par ce vers d'Homère : « Un roi suffit ‘à l’univers. »

Peu content de prendre le nom de maître des rois, il osa s’attribuer ceux d’Optimus et de Maximus, qui n’appartenaient qu’à Jupiter. Prétendant qu'on ne pouvait pas plus l'assimiler au reste des hommes qu’un berger aux animaux qui lui étaient soumis, il s’asseyait dans les temples entre les images de Castor et de Pollux, se faisait adorer sous le nom de Jupiter Latialis, et prenait alternativement le costume de ce dieu, de Bacchus, d’Apollon, ou même celui de Diane et de Vénus. On lui éleva, dans la capitale,un temple : sur l’autel brillait sa statue en or ; elle était chaque jour revètue de l’habit que l’empereur portait. Ce qui paraît encore plus incroyable que cette démence, c’est qu’une telle idole trouvât des ministres et des adoratevurs : à la honte de l'humanité, on vit les plus illustres Romains briguer avec plus d’ardeur le sacerdoce de ce temple que le consulat, et sacrifier à cette bizarre divinité les paons, les

(37-41 de J.-C.] CAÏUS CALIGULA. 433

faisans et les oiseaux les plus rares d’Asie. Caligula, joignant.la folie au sacrilége, associa sa femme et son cheval au collége des prêtres. Ce cheval, nommé Incitatus, et qu’il estimait plus que les hommes, fut, dit-on, un jour désigné pour le consulat.

Bravant les dieux comme les mortels, il fit fabriquer une

machine au moyen de laquelle il imitait le bruit du tonnerre, et lançait des pierre contre le ciel en s’écriant : « Ju- « piter, extermine-moi, ou je t’exterminerai. »

Il voulait qu’on le crût l’amant de Diane, et prétendait avoir des entretiens secrets avec cette déesse. Cet insensé, honteux de descendre d’Agrippa, plébéien qui ne devait sa gloire qu’à son mérite, publia que sa. mère Agrippine était née de l'inceste d'Auguste avec Julie, préférant ainsi une origine criminelle à une naissance plébéienne.

Jaloux de toute renommée, il enleva aux plus nobles familles les symboles de la gloire de leurs ancêtres: le collier aux Torquatus, le flocon de cheveux aux Cincinnatus, le titre de grand. aux descendants de Pompée, et fit même périr un des derniers rejetons de cette famille. Enfin, sans respect pour la mémaire du fondateur de l'empire, il défendit qu’on célébrât la victoire d’Actium, trop funeste, disait-il, à la république.

La gloire littéraire n’était pas plus sacrée pour lui; méprisant Homère, Virgile et Tite-Live, il voulait qu’on les regardät comme des rêveurs sans raison et des parleurs sans esprit.

Se croyant au-dessus de toutes les lois comme au-dessus de tous les hommes, il forçait les dames romaines à sacrifier leur pudeur à ses caprices. Ses propres sœurs furent les premières victimes de son impudicité. Après les avoir déshonorées, il prostitua Livie et Agrippine à ses compagnons de débauche, et il épousa la troisième, nommée Drusille, qu'il aimait passionnément. Il l’institua héritière de l'empire, et il osa la placer au rang des dieux, Lorsque la mort de Drusille mit fin à cet amour -

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