‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 13 sur 27 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

R«»ii)iii<«ation de l'Occident. — Lorsque de

l'étroit égoïsme d'une politi{iue qui li\Te ses batailles dans la curie» et dans les rues de la capitale, le cours de l'histoire nous amène à des questions plus importantes que celle de savoir s: le premier monarque de Rome se nommera Cnœus, î'aius ou Marcus, on est obligé, au seuil d'un événement dont les conséquences se font encore aujourd'hui sentir dans l'histoire, de jeter un coup d'œil d'ensemble et de montrer les rapports qui existent entre la conquête de la France actuelle par les Romains et les premières relations de ces derniers avec les habitants de l'Allemagne et de-la Grande-Bretagne. En vertu de cette loi qui oblige le Deuple encore dans l'enfance poliliqui' à s'absorber dans celui qui est parvenu à son entier développement, et celui qui est dans l'enfance de la civilisation, dans celui qui est civilisé, en vertu de cette loi qui est aussi générale et aussi naturelle que celle de la pesanteur, la nation italique, qui était arrivée seule dans l'antiquité, à unir un développement politique considérable à une civilisation remarquable, sans avoir toutefois atteint sous ce rapport une expansion complète et profonde, était appelée à soumettre les nations grecques de l'Orient mûres pour l'esclavage, et à refouler par ses oolonies les populations encore peu civilisées de l'Orient, les Libyens, les Ibères, les Celles, les Ger-

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mains ; c'est au nom du même droit que l'Angleterre a soumis en Asie une semblable civilisation mais politiquement impuissante, marqué du sceau de sa nationalité les immenses contrées barbares de l'Amérique et de l'Australie, et après les avoir régénérées, contmue à les régénérer encore. La condition première de ce problème, l'unification de l'Italie, avait été accomplie par l'aristocratie romaine : elle n'avait pas résolu la question elle-même, mais elle avait considéré les conquêtes hors de l'Italie comme un mal nécessaire ou comme une source de revenus placés en dehors de l'État. Ce sera l'éternel honneur de l'aristocraLie romaine ou de la monarchie, car c'est tout un, d'avoir bi ^n saisi cette haute mission et de l'avoir vigoureusement accomplie. Ce que la force invincible |3es circonstances, — par lesquelles, contre son gré, le 5énat avait jeté la fondation de la puissance romaine Je l'avenir en Orient et en Occident, — avait préparé; 'îe que comprenait instinctivement l'émigration dans es provinces, qui était un fléau pour le peupie, mais lui cependant s'avançait comme les pionniers d'une sivilisation plus active ; tout cela, le créateur de la lémocratie romaine, Caius Gracchus, l'avait reconnu U'ec le coup d'œil de l'homme d'État et avait comnencéà l'accomplir. Les deux fondements dp la nouille politique : réunir aux territoires de l'État tout ce i(ui était hellénique, et coloniser tout ce qui était ■xtra hellénique, avaient été déjà jetés par l'organisaion du royaume d'Attale et par les conquêtes tranalpines deFlaccus dans le temps des Gracques ; mais a réaction triomphante les laissa périmer. L'État omain demeura une vaste étendue de terres nonefl'ecivement occupées et sans frontières définitives ; l'Es- ■agne et les possessions grecques asiatiques étaient éparées de la mère patrie par d'immenses territoires ui n'étaient pas soumis aux Romains sinon sur leurs

côtes Sur le côté nord de l'Afrique, le territoire de Carlhrige et celui de Cyrène étaient seuls isolément occupés; et encore dans les territoires soumis, il y avait de vastes étendues de terres qui n'obéissaient que nominalement aux Romains : du côté du gouvernement, il ne fut rien fait pour la concentration et l'arrondissement de la domination romaine-, et l'abaadon de la flotte sembla couper les derniers liens entre les possessions isolées. — La démocratie chercha bien, lorsqu'elle releva la tête, à faire rentrer la politique intérieure dans les voies de Gracchus, et Marins fut particulièrement dominé par ces idées; mais comme elle ne resta pas longtemps aux affaires, tout cela resta en projets. Gène fut qu'au moment du renversement de la constitution de Sylla, en 684 ^70], lorsque la démocratie prit en main le gouvernement, que les choses changèrent d'aspect. Avant tout on rétablit la djmination romaine sur la Méditerranée, ce qui élail une question de vie ou de mort pour un État tel que l'ÉLat romain. Du côté de l'Orient, on avait assuré les frontières de l'Euphrate par la conquête des contrées du Pont et de Syrie.

Importance des conquêtes de César. ^

Mais il y avait encore à séparer le territoire italien du côti' du nord et de l'ouest et à gagner à la civilisation hellénique et à la puissance encore entière de la race italique un terrain neuf et vierge. G'est à cette œuvre qun se consacra Gésar. G'est plus qu'une erreur, c'est un crime contre l'esprit saint de l'histoire que de considérer la Gaule comme un simple champ de manœuvres où Gésar s'exerçait avec ses légions pourla guêtre civile qui se préparait. Quoique la soumission de l'Occident fût pour Gésar un moyen en ce sens qu'il avait fondé toutes ses espérances d'avenir sur la guerre transalpine, c'est néanmoins le privilège d'un homme

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d'Etat de génie, que ses moyens mêmes soient de grands résultats. César avait, il est vrai, besoin pour ses desseins d'une puissance militaire, mais il ne conquit pas la Gaule comme un homme de parti. C'était pour Rome une nécessité politique que d'aller chercher les invasions germaniques de l'autre côté des Alpes, et d'élever là une digue qui donnerait la sécurité au monde romain. Mais ce but important n'était ni le plus élevé ni le principal, pour lequel César conquit la Gaule. Lorsque la patrie était devenue trop étroite pour les citoyens romains et qu'il y avait danger pour elle, la politique de conquête du sénat l'avait sauvée. Aujourd'hui la patrie italique était devenue de nouveau trop étroite ; l'État chercha à appliquer ,e même remède à une crise sociale, mais dans des circonstances plus importantes encore. C'était une pensée de génie, une espérance magnanime, qui entraînait César de l'autre côté des Alpes, la pensée et la prévoyance d'ouvrir là à ses concitoyens une nouvelle pairie illimitée et de régénérer une seconde fois l'État, en élargissant sa base.

César en Esi»ag:ne. — Il faut jusqu'à un certain point rattacher aux. tentatives faites pour la soumission de l'Occident la campagne que fit César en 693 (61) dans l'Espagne citérieure. Quoique l'Espagne obéît depuis longtemps aux Romains, le rivage occidental, même après l'expédition de Décimus Bruius contre lesGallèces, était en fait indépendant des Romains, et la côte du nord n'était pas défendue par eux ; les brigandages auxquels même ces contrées soumises demeuraient exposées n'opposaient pas à la civilisation et à la romanisation de ces contrées un médiocre obstacle ; pour y parer, César dirigea son expédition vers la côte occidentale. Il traversa la chaîne de montagnes qui bordent au nord le Tagfr

(Sierra de Estrella) et après en avoir battu les habitants et en avoir établi une partie dans la plaine, il soumit la contrée des deux rives du Ducro et arriva jusqu'à la pointe nord-ouest de la Péninsule où il prit Brigantium (la Corognc), avec l'aide d'une flottille qu'on lui amona de Gabès. Par là les habitants de l'océan Atlantique, Lusitaniens et Gallèces, furent obligés à reconnaître la suprématie romaine, tandis que le vainqueur, en supprimant le tribut payé à Rome et en réglant la situation économique des cités, passa pour avoir rendu plus supportable la position des sujets. Cependant, quoiqu'on voie briller dans ce début militaire et administratif du grand général et du grand homme d'État les mêmes talents et les mêmes pensées dominantes qu'il porta plus tard sur un plus grand théâtre, son action sur le territoire ibérique fut trop transitoire pour y laisser une trace profonde, d'autant plus que par sa situation physique et nationale particulière, il l'allait beaucoup de temps et une activité persistante pour y arriver à des résultats durables.

IjC pays des Celles. — Un rôle important dans le développement de la civilisation romaine en Occident était destiné à la contrée qui s'étendait entre les Pyrénées et le Rhin, la Méditerranée et l'Océan, et qui depuis le temps d'Auguste s'appelait le pays des Celtes et plus communément la G-iule, quoiqu'à proprement parler la terre des Celtes soit sur quelques points plus resserrée et sur d'autres plus large, et que cette contrée n'ait jamais, avant Auguste, atteint à l'unité nationale ou politique. Par cette raison il n'est pas facile de décrire exactement le pays dans les circonstances très différentes où le trouva César en revenant de son expédition de 696 (58).

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IjA province rosnaine. — Dans la contrée de la Méditerranée qui à l'ouest embrassait du Languedoc au Rhône et à l'est le Dauphiné et la Provence, qui était depuis soixante ans province romaine, les armées de Rome s'étaient rarement reposées depuis l'invasion cimbrique, qui y avait sévi. En 664, Caius Gsecilius avait combattu avec les Salyens auprès d'AqusB Sextiee ; en 674(80), Gains. Flaccus, sur la frontière d'Espagne avec d'autres cantons celtes. Lorsque, dans la guerre de SerLorius, le gouverneur Lucius Mallnis. obligé de courir au secours de ses collègues de l'autre côté des Pyrénées, revint battu d'ilerda (Léridaj et fut vaincu une seconde fois dans sa re- '.raite uar les Aquitains, les voisins occidentaux de ia province romaine, ce mouvement semble avoir provoqué un soulèvement général des provinciaux entre les Pyrénées et le Rhône, et peut-être de ceux entre le Rhône et les Alpes. Pompée dut se frayer un chemin avec l'épée à travers la Gaule soulevée, en se rendant en Espagne,- et pour punir le soulèvement, il donna aiix Massaliotes les Marches des Arecomi et des Helvii (déparlements du Gard et de l'Ardèche) ; le gouverneur ]\Iarcus Fontéius réprima les désordres, et remit la province sous l'obéissance, en écrasant les Vocontii (département de la Drôme), en protégeant Massalia contre les soulèvements, et en délivrant la capitale romaine de Narbo qu'ils avaient dévastée. Gependant le désespoir et les désastres économiques, que la participation à la guerre d'Espagne et surtout les extorsions officielles et extra -ofiicielles des Romains faisaient peser sur les possessions de la Gaule, ne leur permirent pas de vivre en. paix, et en particulier la contrée des Allobroges, très éloignée de Narbo, était en trouble perpétuel, comme le prouve la conduite de l'ambassade des Allobroges au moment de la conjuration de Catilina ; et ce trouble produisit

un soulèvement déclaré. Catugnatus, général des Allobroges, dans cette guerre désespérée fut, après une lutte qui ne fut pas malheureuse au début, bat lu aupi-ès de Solonium, après une glorieuse résistance, par le gouverneur Caius Pomponius.

Frontières. — Malgré tous ces combats, les frontières du territoire romain ne furent pas sensiblement étendues ; Lugudunum Convenarum, où Pompée avait établi les derniers survivants de l'armée de Sertorius, Tolosa, Vienna et Genava étaient toujours les points extrêmes du côté de l'orient et du nord.

Rapports arec Borne. »^ Cependant l'importance de ces possessions gauloises devenait chaque jour plus grande pour Rome. La beauté du climat, analogue à celui de l'Italie, les conditions favorables du sol qui offrait au commerce de grands et utiles débouchés avec ses routes commerciales qui atteignaient jusqu'à la Bretagne, le trafic continental et maritime avec sa métropole donnaient à lé. Celtique méridionale une importance économique que n'auraient pas atteinte en des siècles des possessions plus anciennes, et comme les naulragés politiques de Rome cherchaient généralement à cette époque un refuge à Massalia, où ils retrouvaient une civilisation italique et le luxe de Rome, des émigrés volontaires vinrent de plus en plus d'Italie sur les bords du Rhône et de la Garonne. « La province de Gaule, dit-on dans une description qui date de dix ans avant la campagne de César, est pleine de marchands et regorge de citoyens romains. Aucun Gaulois ne fait une aflaire sans l'intermédiaire d'un Romain. Le denier qui passe en Gaule d'une main dans l'autre Ogure sur le livre de compte du citoyen romain. » On voit par la môme description qu'en Gaule, outre les colons de Narbo, les

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agriculteurs et les éleveurs de bestiaux étaient en. grand nombre. Il ne faut pas oublier en outre que la grande partie de la terre provinciale possédée par les Romains, comme, au début, la majeure partie des possessions anglaises dans l'Amérique du nord, était entre les mains de la grande noblesse qui vivait en Italie et que presque tous les fermiers ou éleveurs étaient pris parmi leurs gouverneurs, leurs esclaves eu leurs affranchis.

iT^i^liieoice des Bomnins. — Il est croyable que dans de pareilles circonstances, la civilisation ou la rouianisation det indigènes avança rapidement. Les Celtes n'aimaient pas l'agriculture. Leurs nouveaux maîtres ks obligeaient à échanger l'épée pour la charrue, et il y a lieu de croire que la résistance obstinée des Allobroges fut occasionnée par des ordonnances de ce genre. Autrefois l'hellénisme avait dominé jusqu'à un certain point dans ces contrées, et les éléments d'une civilisation plus haute, la connaissance de la culture de l'olivier et de la vigne et l'usage de l'écriture ainsi que la monnaie avaient été apportés à Marseille. La civilisation grecque ne fut rien moins que repoussée par les Romains. Massalia gagna par ce moyen plus qu'elle ne perdit en influence, et dans le temps des Romains la république entretenait des médecins et des rhéteurs dans tous les cantons. Mais, comme on doit le comprendre, l'hellénisme importé par les Romains prit en Gaule le même caractère qu'en Italie : ce fut la civilisation hellénique superficielle ainsi que la culture gréco-latine mêlée qui fit bientôt dans ces contrées de nombreux prosélytes. Les « Gaulois à braies » comme on appelait les habitants de la contrée celtique méridionale, en contraste avec ceux du nord de l'Italie, qu'on appelait les -i Gaulois à toge », n'étaient pas encore comme ceux-

ci complètement romanisés. La demi-civilisation qui régnait parmi eux donnait matière à bien des plaisanteries sur leur latin barbare, et on ne cessait de railler ceux sur lesquels planait un soupçon d'origine c?l!ique sur leur « parenté à braies » ; mais cette civilisation sufûsait pour que même les Allobroges fussent en relations d'affaires avec les fonctionnaires romains. Si donc la population celtique et ligurienne de ces contrées était en voie de perdre sa nationalité et gémissait sous une oppression politique et économique, dont le témoignage est visible dans les soulèvements désespérés qu'elle provoqua, la soumission de la population n'en marcha pas moins de. pair avec l'introduction de la civilisation plus développée qui régnait en Italie. Aquae Sextiae et surtout Narbo étaient de belles villes, qui pouvaient être comparées à J3énévent et à Capoue ; et Massalia. la cité la mieux gouvernée, la plus libre, la mieux défendue, la plus puissante de toutes les cités grecques dépendantes de Rome, avec son vigoureux gouvernement aristocratique qui passait aux yeux des conservateurs romains pour le modèle des bonnes constitutions municipales, en possession d'un territoire important et encore affranchi parles Romains et d'un commerce étendu, avait à l'égard des villes latines la même situation qu'en Italie Rhégium et Néapolis en face de Capoue et de Bénévent.

E,a terre ccltiqnc libre— Il en était autrement quand on passait la frontière romaine. La grande nation celtique qui commençait, dans les contrées méridionales, à, être soumise à l'immigration italique, viv.it encore dans son antique liberté.

Ce n'est pas la première fois que nous la rencontrons ; les Romains avaient déjà vu les tirailleurs et les avantr postes de cette peuplade innombrable sur le Tibre et

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le Pô, dans les montagnes de GastOle et de Garinthie, •et jusqu'au fond de l'Asie Mineure : mais c'était la première fois qu'ils attaquaient le pays au cœur. La peuplade celtique, en s'établissant dans l'Europe centrale, s'était surtout répandue dans les riches valléf^s des fleuves et dans les contrées montagneuses ue la France actuelle, en y ajoutant les parties occidentales de l'Allemagne et de la Suisse ; de là elle s'était emparée au moins du midi de l'Angleterre, peut-être de toute la Grande-Bretagne et de l'Irlande ; là, olus que partout ailleurs, elle forma un corps dp nation étentlu etgéographiquement compact. Malgré les différences de langago et de mœurs qui étaient nombreuses dans un si va^te ferràtoire, il y avait là un commerce réciproque, et un sentiment de communauté nationale régnait du Rhône et de la Garonne au Rhin et à la Tamise ; il y avait bien aussi une certaine parenté avec les Geltes d'Espagne et de l'Autriche actuelle, mais soit à cause de la puissante muraille des Pyrénées et des Alpes, soit à cause des incursions continuelles des Romains ^t des Gsrmains, les relations commerc>ales et sociales y étaient plus interrompues que par l'étroit canal qui sépare les Geltes Bretons de ceux du continent. Nous ne pouvons malheureusement suivre pas à pas le développement intérieur de cette nation remarquable dans son centre d'action; nous devons nous contenter d'esquisser la situation morale et politique, dans l'état où nous la trouvons au moment de la conquête de Gésar.

Population. ■— La Gaule, suivant l'opinion des anciens, était comparativement assez peuplée. Quelques documents permettent d'é aluer }a population dans les districts belges à environ 900 habitants par mille carré, — rapport qui est à peu près aujourd'hui celui du pays de Galles et de la Livonie, — et dans

les cantons helvétiques à 1,100; il est vraisemblable que dans les districts qui étaient mieux cultivés et moins montagneux que ceux de l'Helvétie, comme les Biluriges, les Arvernes, les Éduens. les chiffres seraient encore plus élevés. L'agriculture était pratiquée en Gaule, puisque les contemporains de César trouvèrent dans la contrée du Rhin l'usage de la marne, et que la vieille coutume celtique de faire de la bière {cervesia) avec l'orge prouve que cette céréale était déjà cultivée depuis longtemps ; mais elle n'était pas considérée. Dans le sud plus civilisé, il n'était pas convenable pour un Celte libre de mener la charrue. On estimait beaucoup plus chez les- Celtes l'élevage des bestiaux, et les Romains de cette époque aimaient à employer les esclaves celtes, braves, bons cavaliers et habitués aux soins des animaux. L'élevage des bestiaux était surtout pratiqué dans la Celtique septentrionale. La Bretagne était, du temps de César, une contrée pauvre en blé. Dans le nord il y avait de profondes Ibrêts qui se rattachaient aux Ardennes, presque sans interruption, de la mer du Nord au Rhin, et dans les champs aujourd'hui si riches de la Flandre . et de la Lorraine, les bergers ménapiens et trévires menaient paître leurs porcs à moitié sauvages dans d'inextricables forêts de chênes. De même que ce furent les Romains qui, dans la vallée du Pô, remplacèrent l'engraissement des porcs aux glands par la production de la laine et du blé, de même faut-il remonter jusqu'à eux pour trouver dans les plaines de l'Escaut et de la Meuse l'éluvage des moutons et l'agriculture. En Bretagne, le battage du blé n'était pas en usage, et dans les territoires du nord l'agriculture manquait complètement et la terre ne servait qu'à la pâture. La culture de l'olivier, qui procurait aux Massaliotes de riches revenus, n'était pas encore us'tée de l'autre Côté des Géveines au temps de César.

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Vie urbaine. — Les Gaulois avaient toujours aimé la vie en commun : il y avait toujours des villages ouverts, et le canton helvétique seul en comptait en 696 (58) quatre cents, outre une quantité d'habitations séparées, mais il ne manquait pas de villes murées, dont les murs de charpente étonnèrent les Romains tant par leur habile disposition que par l'alternative bien entendue de pierres et de poutres, tandis que même dans les cités des Allobroges les habitations n'étaient encore qu'en bois. Les Helvètes avaient douze de ces villes et les Suessions autant : dans les districts du nord au contraire, par exemple chez les Nerviens, il y avait des villes, mais la population en temps de guerre cherchait plutôt son refuge dans les marais et les forêts que derrière des murailles, et au-delà de la Tamise la défense primitifs était les abattis d'arbres au lieu des villes, et c'était, en cas de guerre, le seul moyen de refuge pour les hommes et pour les troupeaux. Le développement important de la vie urbaine est en rapport direct avec l'activité du commerce sur terre et sur mer. Il y avait partout des villes et des ponts. La navigation fluviale, que favorisaient des fleuves nombreux, le Rhône, la Garonne, la Loire et la Seine, était florissante et productive. Mais les Celtes étaient encore plus remarquables par la navigation maritime. Non seulement les Celtes sont, suivant toute apparence, la première nation qui ait régulièrement navigué sup l'Océan, mais nous y voyons encore l'art de construire les vaisseaux et de les conduire, atteindre une grands extension. La navigation de la Méditerranée, par suite de la nature de ses eaux, s'est faite relativement longtemps à la rame : les vaisseaux de guerre des Phéniciens, des Grecs et dos Romains, avaient été dans tous les temps des galères à rames, et la voile n'y était employée que comme auxiliaire occa-

sionnel de la rame; il n'y a eu régulièrement dans Tantiquité civilisée de vaisseaux à voiles quo les vaisseaux marchands. Les Gaulois se servaient dans la Manche, au temps de César et longtemps après, d'unb sorte de canot de cuir portatif qui paraît avoir été f^ssentiellement mené à la rame. Mais sur la côte ocridentale de la Gaule, les Santons, les Piétons, surtout les Vénètes. se servaient de grands navires grossièrement bâtis qui n'allaient pas à la rame, mais avec des voiles de cuir et des cabestans de fer, non seulement pour le commerce mais pour la guerre. Là nous rencontrons donc, non seulement pour la première fois la navigation en pleine mer, mais c'est là que nous voyons pour la première fois la voile prendre la place de la rame, progrès que l'activité chancelante du vieux monde ne sut pas mettre à proût et don! notre civilisation vieillie retire aujourd'hui des résultats incalculables.

Ce comm-rce régulier entre les côtes de la Bretagne et celles de la Gaule montre entre les habitants des deux côtés du canal une étroite alliance politique aussi évidente que la prospérité du commerce maritime et de la pêche. C'étaient les Celtes de Bretagne en particulier qui percevaient les redevances des raines de Cornouailles en Angleterre, et qui en transportaient les produits par les routes fluviales ou continentales du pays des Celtes à Narbo et à Massalia. Quand on dit qu'au temps de César quelques populations de l'embouchure du Rhin vivaient de la chasse et de la pêche, il faut entendre par là la pêche de mer et la chasse en grand aux oiseaux de passage. Si on réunit les ren?ïeignoments rares et isolés qui nous sont parvenus sur le commerce et le trafic des Celtes, on comprend que le tribut des ports flu\iaux et maritimes jo'.iàt un grand rôle d:ns le budget d'un canton, par exemple celui des Éduens at des Vénètes, et que la

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divinité principale de la nation fût le protecteur des routes et du conimerce et l'inventeur des métiers. Il suit, de ce qui précède, que l'industrie celte ne peut avoir été nulle, car d'après le témoignage de César, les Celtes avaient des dispositions peu communes et une aptitude particulière pour l'imitation des modèles et l'exécution des travaux d'art. Dans le plus grand nombre des peuplades, les métiers ne paraissent pas avoir dépassé un niveau très ordinaire: la fabrication des étoffes de lin et de laine, qui devint plus tard florissaute dans la Gaule centrale et septentrionale, fut notoirement introduite par les Romains. Une exception, la seule que nous connaissions, est la préparation des métaux. Les ouvrages en cuivre habilement travaillés, qu'on trouve encore aujourd'hui dans les tombeaux de la contrée celtique, et les monnaies frappées avec soin du pays des Arvernes sont des témoignages vivants de l'habileté des ouvriers en cuivre et en or de la Celtique, et les récits des anciens sont d'accord avec ce témoignage, quand ils disent que les Romains apprirent des Bituriges l'étamage et des Alésiniens la dorure : ce sont là des inventions dont la première devait marcher de pair avec le commerce de rétain, et qui toutes deux devaient remonter au temps de l'indépendance celtique. Avec l'habileté à travailler les métaux devait marcher l'art de les extraire, et dans les mines de fer de la Loire cet art avait un tel développement que les mineurs prirent un rôle important dans les sièges. La croyance courante à cette époque chez les Romains que la Gaule était un des pays les plus riches en mines de la terre est, il est vrai, démentie par l'examen du sol et de la nature des mines de la Celtique, dans lesquelles l'or est beaucoup plus rare que dans les gisements de même nature des véritables pays de l'or ; mais cette croyance n'avait de fondement que dans ce que ra-

contaient les voyageurs grecs et les soldats romains, non sans doute sans de grandes exagt^rations de la richesse des rois arvornes et des trésors des Lemplps de Tolosa. Cependant ce n'élaiont point .ibsolument des contes en l'air. Il y a lieu de croire que dans les fleuves qui coulent des Alpes et des Pyrénées, et sur leurs rives, il y avait des pêcheries et des lavages d'or, qui à cause de la valeur actuelle de la main d'œu\Te sont impraticables, mais qui dans les temps les plus reculés et avec le travail des esclaves ont pu être pratiqués ;ivec utilité et sur une grande étendue : en outre la situation commerciale de la Gaule, comme il arrive souvent chez les peuples à demi civilisés, favorisait l'accumulation d'un capital dormant de métaux précieux. L'art de la construction était remarquablement peu avancé : auprès de Thabileté h travailler les métaux, ce contraste paraît d'autant plus frappant. La passion pour les objets riches et éclatants prouve l'absence de goût, et on en trouve une preuve fâcheuse dans les monnaies gauloises, avec leurs illustrations tantôt simples à l'excès, tantôt historiées, mais toujours disposées d'une manière enfantine et, presque sans exception, avec une grande rudesse d'exécution. Il est peut-être sans exemple qu'une monnaie frappée pendant un siècle avec une certaine habileté technique ait été limitée à deux ou trois types grecs nécessairement répétés. La poésie gauloise était au contraire très estimée et se rattachait aux institutions religieuses et même politiques ; nous voyons que la poésie religieuse, élégante, et la poésie populaire étaient également florissantes. Les sciences naturelles et la philosophie, quoique avec la forme et avec les liens de la théologie nationale, étaient jusqu'à un certain point cultivées chez les Celtes, et l'humanisme hellénique était accueilli avec bonheur là oh il pénétrait. L'art de l'écriture était universel chez les

prêtres. La plupart du temps on se servait dans la Gaule libre, au temps de César, de l'écriture grecque, entre autres chez les Helvètes : ce n'était que dans les districts les plus méridionaux, par suite du commerce avec les Celtes romanisés, que dominait l'écriture latine: nous la rencontrons, par exemple, à .cette époque, sur les monnaies arvernes.

Ordre politique. — Le développement politique de la nation celte présente aussi des phénomènes remarquables. La constitution y repose comme partout sur le clan, avec le prince, le conseil des anciens et la communauté des guerriers ; mais ce qui leur est spécial, c'est que jamais ils ne dépassent cette organisation cantonale. Chez les Grecs et chez les Romains on rencontre de bonne heure, au lieu du clan, l'unilé politique de l'enceinte de murailles ; là où deux clans se renferment dans les mêmes murs, ils se fondent en une communauté ; quand une partie des citoyens se construit une autre muraille, il subsiste toujours entre cette clientèle et la métropole un lien de relation consacré par la piété. Chez les Celtes, la cité c'est toujours le clan. Le clan, et souvent la ville, est gouverné par le prince et le conseil, et l'assemblée commune des clans prononce en dernier ressort dans l'État. La ville n'a, comme en Orient, qu'une importance mercantile et stratégique et non politique. Aussi les villes grecques, même quand elles sont murées et importantes, telles que Vienna et Genava, ne sont jamais, aux yeux des Grecs et des Romains, que dos bourgs. Au temps de César la constitution cantonale était encore intacte chez les Celtes insulaires et dans les cantons du nord du continent : l'assemblée nationale conservait le pouvoir suprême : le prince était, dans les questions essentielles, lié par ses résolutions : le conseil était nombreux et comptait dans

un clan six cents membres ; mais il ne paraît pas avoir possédé plus d'importance que le sénat au temps du roi do Rome. Au contraire, dans le midi, où les moeurs étaient plus flexibles, il était survenu, une ou deux générations avant César, — car les enfants du dernier roi vivaient encore de son temps, et surtout dans les grands clans des Arvernes, des Éduens, des Séquaniens, des IJel vêtes, — une révolution qui avait renversé la royauté, et qui avait mis la puissance entre les mains de la noblesse. Ce n'est que par les revers et en l'absence .de toute communauté urbaine chez les Celtes, que nous voyons le parti opposé au développement politique, la chevalerie, dominer à ce point dans les clans celtes. L'aristocratie celte était, suivant toute apparence, une haute noblesse composée en majeure partie de membres des anciennes familles royales ou des familles régnantes, et il est remarquable que les chefs des partis opposés dans le même Etat appartenaient souvent aux mêmes familles. Ces grandes familles réunissaient entre leurs mains la toute-puissance économique, militaire et politique. Ils monopolisaient le fermage des grands revenus de l'Étal. Ils obligeaient les hommes libres, écrasés par l'impôt, à se réfugier auprès d'eux, ci à renoncer à leur liberté naturellement d'abord comme débiteurs, et bientôt de droit comme vassaux. On vit se développer de soi-même le vasselage, c'est-à-dire le privilège pour la noblesse de s'entourer d'un cortain nombre d'hommes d'armes payés, qu'on nommait ambact, et de faire aussi un État dans l'État ; et appuyés ainsi sur leur propres sujets, ils bravaient les lois et mettaient le trouble dans la cité.

Dissolution de l'nucieuue constitua à ot?

en aitouale. ^ Lorsque dans un État qui coniidait encore 80,000 hommes en état de porter les armes, un

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seul noble venait avec 10,000 domestiques, sans compter ses vassaux et ses débiteurs, à l'assemblée du peuple, il est évident qu'un pareil homme ressemblait plus à un dynaste indépendant qu'à un citoyen de son clan, A cela se joignit que les familles distinguées de différents clans se tenaient unies ensemble et formaient, par des mariages et des traités, des ligues contre lesquelles le clan était impuissant.

Suppression de la royauté. — Les communautés ne pouvaient donc plus garder la paix et le droit de la force régnait partout. Le vassal ne trouvait de protection qu'auprès de son maître que le devoir et l'intérêt obligeaient à prendre fait et cause pour son client. L'État n'avait plus le pouvoir de protéger les hommes libres : c'est pour cela que ceux-ci se donnaient comme vassaux à des maîtres puissants. Les assemblées du peuple perdaient leur influence politique ; et la royauté qui aurait dû mettre ordre aux empiétements de la noblesse, périt chez les Celtes comme dans le Latium. A la place du roi parut le « défenseur du droit » ou Vergobretus, qui était nommé comme le consul romain pour une année. Quand le canton avait encore des assemblées publiques, il était nommé par elles, et naturellement les chefs de l'aristocratie arrachaient pour eux le pouvoir. On comprend que dans une situation pareille les choses se passassent dans chaque clan comme elles avaient été dans le Latium pendant des siècles depuis l'expulsion des rois : tandis que la noblesse des différentes communautés cherchait à contracter des alli.-mces séparées et révolutionnaires par leur nature. la multitude ne cessait de rêver au rétablissement de la royauté, et souvent un noble éminent, comme Spurius Gassias l'avait fait à Rome, cherchait, en s'appuyant sur le peuple, à écraser ses rivaux et h rétablir la royauté à son profit.

Efforts nationaux pour l'unité. ^Si donc les cantons paraissaient voués à une situation irrémédiable, le sentiment de l'unité n'en demeurait pas moins pui<5sant et cherchait sous des formes difîérentes à se faire.jour. Cette ligue isolée de la noblesse celte contre les alliances particulières de cantons troublait l'ordre de choses exi-~tant, mais elle éveillait et fortifi.iit dans la nation celte tout entière le sentiment de l'unité. Celte idée trouvait encore un aliment dans les attaques dirigées du dehors contre la nation et dans la diminution croissante de son territoire dans la guerre avec les voisins. Comme les Hellènes dans les guerres contre les Perses, et le.*^ Italiotes dans les guerres contre les Celtes, les Gaulois transalpins semblaient avoir compris dans leurs luttes avec Rome l'importance et la puissance de l'unité nationale. Au milieu des rivalités de clans et de tous ces désordres féodaux, on remarquait la voix de ceux qui se disaient prêts à acheter l'indépendance de la nation, au prix de celh des clans et même de celle de l'aristocratie. Les guerres de César, contre lequel le parti patriote celte agit exactement comme les patriotes allemands contre Napoléon, montrèrent combien était populaire la haine de l'étranger. La rapidité, égale à celle du télégraphe, avec laquelle les nouvelles se répandaient, prouve entre autres choses l'extension et l'organisation de ce parti.

Unité religriense de Ba nation. — L'unité et la puissance de la nationalité celte serait inexplicable, si en face de la division politique de la nation n'avaii régné depuis longtemps une centralisation religieuse et même théologique.

Druides. — Le sacerdoce celtique ou, pour lui

donner son nom national, la corporation des druides, embrassait certainement les îles Britanniques et toute la Gaule, peut-être d'autres contrées celtiques, dans une vaste union religieuse et nationale. Elle était gouvernée par un chef choisi par les prêtres eux-mêmes, avec des écoles spéciales dans lesquelles vivait, une forte tradition, avec des privilèges spéciaux, entre autres l'exemplion de l'impôt et du service militaire, respectée par chaque clan, avec des conciles annuels, qui se tenaient à Chartres « au centre de la terre celte » et avant tout une communauté croyante qui, en piété et en obéissance aveugle aux prêtres, ne le cédait pas à l'Irlandais d'aujourd'hui. Il est probable qu'une telle corporation sacerdotale cherchait à attirer à elle le gouvernement temporel, ei y parvint en partie : lorsque la royauté annuelle existait, elle conduisait les élections, en cas d'interK'gne : elle s'arrogea, par la suite, le droit d'exclure certains hommes et même des communautés tout entières de la communion religieuse et même civique; elle sut attirer à elle les affaires civiles les plus importantes, entre autres, les procès de frontière et d'héritage ; et par suite, semble-L-il, de son droit à exclure de la communauté et peut-être de la coutume nationale qui perraett;ùt de prendre de préférence les criminels pour les sacrifices d'hommes ordinaires, elle acquit une juridiction sacerdotale très étendue, qui le disputait à celle des rois et des seigneurs; elle prétendit à la décision des questions de paix et de guerre. On n'était pas loin d'un état sacerdotal avec un pape et des conciles, avec des immunités, des interdictions et des tribunaux spirituels. Seulement cet état sacerdotal n'était pas, comme celui des temps modernes, un droit abstrait s'étendant sur toutes les nations, mais surtout essentiellement national.

Absence de eeutralisation politique. —

Mais si le sentiment national était très vivace parmi les peuplades celtiques, cette nation n'eut cependant pas le bonheur d'arriver à un point d'arrêt dans la civilisation politique, tel que le trouvèrent, l'Italie dans la cité romaine, les Hellènes dans la royauté macédonienne, les Germains dans la royauté franque. Les prêtres celtes et les nobles, quoique jusqu'à un certain point attachés et unis h. la nation, étaient cependant, à cause de leurs intérêts de situation et de parti, incapables de s'unir, et assez puissants pour ne pas laisser à un canton isolé ou à un roi l'œuvre de l'unité à accomplir.

La lig:ae des cantons. — Il y avait déjà quelques assises posées : ils étaient, autant que la constitution cantonale le permettait, sur la voie du système de l'hégômonie. Les cantons puissants prétendaient dominer les plus petits, en ce sons que le canton dominant protégeait les autres à l'intérieur et stipulait pour eux dans les traités d'États ; et le canton client s'engageait à suivre l'autre à la guerre, et à s'imposer un tribut. De cette manière naquit une série de ligues ; mais il n'y eut pas un canton dominant pour la Gaule, un lien, même relâché, pour l'ensemble de la nation. Nous avons déjà fait observer qu'au commencement des conquêtes transalpines, les Romains trouvèrent devant eux lu nord une ligue belgo-bretonne dirigée parles Suessions, dans la Gaule centrale et méridionale, la confédération des Arvernes, qui trouvait pour rivale celle des Éduens avec sa faible clientèle.

L.ig:ue de la Gaule centrale. —Au temps de César nous trouvons les Belges dans la Gaule du nord-

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est entre la Seine et le Rhin, organisés en une ligue qui ne s'étendai+ pas, paraîtrait-il, jusqu'à la Bretagne : auprès d'eax paraît dans la Norm mdie et la Bretagne actuelle la confédération des Armoricains, c'est-à-dire des cantons maritimes : dans la Gaule centrale ou Gaule proprement dite, l'hégémonie était disputée par deux partis à la tête desquels étaient les Éduens d'une part, et de l'autre, après que les Arvernes affaiblis parleur guerre avec Rome se furent retirés, les Séquanais. Ces différentes ligues étaient indépendantes l'une de l'autre: les Étdts dominants de la Gaule centrale ne paraissent pas avoir jamais étendu leur clientèle vers le nord-est ni même sérieusement vers le nord-ouest. La soif d'unité de la nation trouvait dans ces ligues cantonales une certaine satisfaction ; mais elle était insuffisante sous tous les rapports.

Caractère de cette liffne. — La ligue était d'une nature indécise entre l'alliance et l'hégémonie ; la représentation de la nation, en temps de paix par l'assemblée du peuple, en temps de guerre, par le . prince était d'une extrême faiblesse. La confédération belge paraît seule avoir eu une organisation plus solide ; le soulèvement national, qui provoqua l'éloi ■ gnement heureux des Gimbres, doit y avoir été favorable. Les rivalités pour l'hégémonie faisaient naître dans chaque ligue des ruptures que le temps ne rétablissait pas, mais élargissait au contraire, parce que le triomphe même d'un rival laissait à son adversaire l'existence politique, et que celui-ci possédait, lorsqu'il s'était réfugié dans la clientèle de l'autre, la facilité de renouveler plus tard la lutte. La rivalité des clans les plus puissants divisait non seulement l'État, mais chaque clan dépendant, chaque village, souvent môme les familles, suivant leurs relations de parti.

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De même que la G: éce péril moins par l'antagonisme entre Athènes et Sparte que par les discordes intestines des factions athéniennes et lacédémoniennes dans les villes dépendantes et à Athènes même, de même la rivalité des Arvernes et des Éduens avec leurs contre-coups qui se répétaient en petit de toutes parts, anéantit le peuple celte.

Ei^orjçanisation militaire des Celtes. — La

défense de la nation recevait naturellement le contrecoup de ces circonstances politiques et sociales. La cavalerie était l'arme dominante, et chez les Belges et surtout dans les îles Britanniques les chars de combat nationaux étaient employés sur une haute échelle. Ces bandes dr guerriers aussi nombreux qu'habiles combattant à cheval ou en char étaient tirées de la noblesse et des hommes qui passaient noblemen. leur vie à chasser et à monter à cheval, et qui dépensaient beaucoup d'argent à se pourvoir en chevaux de race étrangère. Il est signiticaiii pour l'esprit et le système de combat de ces nobles, que lorsqu'on faisait la levée, tout homme qui pouvait se tenir à cheval, même les vieillards à cheveux blancs, se présentaient, et que croyant commencer le combat avec un ennemi inféru ur à eux, ils juraient de ne pas rentrer dans leurs maisons, s'ils ne traversaient pas au moins deux fois les lignes ennemies. Parmi les mercenaires dominait la foule des lansquenets avec leur immoralité et leur indifTérence à la vie des autres comme à la leur: on le voit dans les récits, qui ont, il est vrai, une couleur anecdotique, et qui disent, dos mœurs celtiques, qu'à table on se provoquait souvent pour plaisantpr et qu'on combaitait alors quelquefois jusqu'à la mort ; on y voit en outre les combats de gladiateurs à la romaine et, pour renchérir encore, l'usage de se vendre comme lutteur pour un peu d'argent

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OU de vin, et de recevoir galamment le coup mortei en s'étendant sur leurs boucliers. Auprès de ces Cavaliers, l'intanterie était peu de chose.

Infanterie. — En réalité, elle ressemblait encore k ces bandes de Celtes avec lesquelles les Romains avaient combattu en Italie et en Espagne. Le gi-and bouclier était encore la défense principale ; parmi les armes, au lieu de l'épée.la grande lance jouait encore le premier rôle. Là où plusieurs clans alliés faisaient la guerre, les clans campaient naturellement l'un auprès de l'autre ; on ne voit pas de trace que la levée des cantons fût organisée militairement et formât des divisions plus petites et arrangées suivant la taclique militaire. L'armée celte était toujours suivie d'une longue file de chariots pour les bagages : au lieu du camp fortifié que les Romains levaient tous les soirs, il fallait aux Celtes une citadelle de chariots. C'est par exception qu'on faisait cas de l'infanterie d'un canton celtique tel que celui des Nerviens ; il est à remarquer que ce canton n'avait pas de cavalerie et au reste n'était pas une peuplade celtique mais germanique. En général, l'infanterie celte de cette époque ■paraît avoir été une milice impropre à la guerre et peu maniable, dont la bravoure était rendue inutile par l'inhabileté. Le Celte, dit César, n'est pas capable de regarder le Germain en face sur le champ de bataille : une critique encore plus vive était faite par le général romain de l'infanterie celte, quand il disait qu'après avoir appris à la connaître dans sa prem ère campagne, il ne l'avait jamais employée conjointement avec celle des Romains.

Deg^ré de civilisation des Celtes. — Si nous jetons un regard d'ensemble sur la situation des Celtes telle que César la trouva dans les contrées

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