‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 14 sur 27 · VI · texte numérisé non relu

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transalp'Ties, on ne pput méconnaître un propres sur colle q - on rencontre un demi-siècle auparavant dans la vallée du Pô. A cette époque, il n'y avait pour armée qu'une réserve oui pouvait, il est vrai, rendre des services à sa manièie, et où la cavalerie avait la première place. Les Celtes vivaient alors dans des bourgs ouverts ; maintenant leurs villes étaient entourées de bonnes murailles. Les objets trouvés dans les tombeau.x lombards, particulièrement ceux de cuivre et de verre, sont bien inférieurs à ceux de la contrée des Celtes. Peut-être la mesure la plus certaine du p ogres de la civilisation est-elle le sentiment d"unité qui animait la nalion : autant il apparaît peu dans les combats livrés aux Celtes dans la Lombardie actuelle, autant il est vivant dans la lutte avec César. Suivant toute apparence, la nation celtique, quand César la vainquit, avait atteint son maximum de civilisation individuelle et était déjà en décadence. La civilisation des Celtes transalpins au temps de César nous présente, malgré rinsuffisance de nos informations, plusieurs côtés remarquables et surtout intéressants : sous plus d'un rapport, elle est plus voisine des idées modernes que celle du monde gréco-romain, avec ses vaisseaux à voiles, su chevalerie, sa constitution ecclésiastique et surtout ses tentatives bien incomplètes pour constituer l'État sur la base non d'une ville mais d'une peuplade et à un degré plus élevé, sur celle de la nation. Mais quoique nous rencontrions là la nation celte à son plus haut degré de développement, nous y voyons en môme temps son infériorité morale, ou plutôt son incapacité relative de civilisation. Elle ne put par elle-même fonder ni un art national, ni an état national, et n'arriva qu'à posséder une théologie nationale et une noblesse particulière. L'ancienne bravoure naïve n'existait plus : la vigueur militaire fondée sur un plus

grand développement moral, telle qu'elle apparaît dans une civilisation plus avancée, ne se montre encore que sous des traits effacés dans la chevalerie. La barbarie proprement dite avait, il est vrai, disparu. On n'était plus au temps où le morceau le plus gras dans un festin était donné au plus brave des convives, et où chacun des convives, s'il se trouvait lésé, pouvait provoquer celui qui avait reçu cet honneur, et où à la mort d'un chef on brûlait avec lui les plus fidèles serviteurs. Mais les sacrifices d'hommes ■ existaient encore, et la loi qui défendait d'infliger la torture aux hommes libres, mais qui le permettait pour les femmes libres et les esclaves, jette un jour assez sombre sur la situation que les femmes avaient chez les Celtes, même au temps de leur plus haute civilisation. Les Celtes avaient perdu les traits qui appartiennent à l'époque primitive des nations, mais ils n'avaient pas conquis ceux qu'amène la moralisation, quand elle pénètre profondément et complètement le caractère d'une nation.

Situation extérieure. — Telle était la situation intérieure de la nation celte. Il nous reste à exa- . miner ses relations avec ses voisins, et à voir quel rôle elle joue dans le concours et la rivalité des nations, où le succès est encore plus difficile à garder qu'à conquérir.

Celtes et Ibères. — Aux P\Ténées, la situation des peuples s'était organisée depuis longtemps paisiblement, et on était loin du temps où les Celtes tyrannisaient et même anéantissaient la population ibérienne primitive, c'est-à-dire les Basques. Les vallées des Pyrénées comme les montagnes du Béarn et de la Gascogne et les dunes des côtes au sud de la Garonne appartenaient sans contestation aux Aquitains,

qui étaient une réunion de peuplades ibériennes plus ou moins reliées entre elles et encore moins avec l'extérieur, les bouches de la Garonne avec le port importnnt de Burdigala (Bordeaux) étaient tombées au p^-) avoir d'une peuplade celtique, les Bituriges-Vivisques.

liCS Celtes et les Romains. — Des relations bien plus importantes étaient celles de la nation celte avec les Romains et avec les Germains. Nous ne devons pas répéter ici ce que nous avons déjà raconté, comment les Romains avaient refoulé pas à pas et leniement les Celtes, s'étalent emparés des côtes entre les Alpes et les Pyrénées, et les avaient par là coupés de la Méditerranée : ils avaient d'ailleurs préparé cette catastrophe bien dos siècles auparavant en fondant une citadelle romano-hellénique à l'en-jbouohure du Rhône ; mais nous devons rappeler ici que ce ne fut pas seulement la supériorité li-^'S armes romaines qui triompha des Celtes, mais surtout celle de la civilisation romaine qui vint féconder les premiers éléments de la civilisation grecque dans la terre des Celtes. Mais là ce furent autant le commerce et le trafic que la conquête qui ouvrirent la voie. Les Celtes aimaient comme tous les Méridionaux la boisson : ils buvaient le bon vin, comme les Scythes, sans y mettre d'eau, et jusqu'à la lie, et excitaient l'ôtonnement et le dégoût du sobre méridional ; mais c'étaient là des circonstances avantageuses pour le commerce. Bientôt le commerce des vins avec les Celtes devint une mine d'or pour les marchands d'Italie : il n'était pas rare qu'u;ie cruche de vin fût échanp:ée pour un esclave. D'autres articles de luxe, tels que les chevaux d'Italie, trouvaient chez les Celtes un débouch S avantageux. Il arriva que les Romains acquirent des terres au-delà des Alpes et les cultivèrent à la manière ita-

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lienne ; ainsi des propriétés romaines sont mentionnées pour le canton des Sigusiavi (près de Lyon) dès 673. Gela vient sans doute de ce que, comme nous l'avons dit, dans la Gaule, chez les Arvei::nes, par exemple, la langue romaine était déjà connue avant la conquêLe, quoique cette communauté fût fort restreinte, et qu'il fallût encore parler par interprètes avec les nobles du canton allié des Éduens. De même que les commerçants américains se servirent de Teaude-vie pour conquérir l'Amérique, les marchands de vin romains et les propriétairesfrayèrent le chemin au futur conquérant de la Gaule. Ce qui prouve à quel point on sentait cela dans la population celte, c'est la défense édictée par une des plus braves peuplades de la terre des Celtes, le canton des Nerviens, et ensuite par d'autres populations germaniques, de faire le commerce avec les Romains.

Celtes et Germains. — Les Romains refoulèrent moins rapidement les populations celtes que ne le firent les Germams de la Baltique et de la mer du Nord. peuplade nouvelle venue de l'Orient, qui se fit pldce auprès de ses frères aînés, avec l'énergie, mais aussi avec la sauvagerie de la jeunesse. Quoique les peuplades de cette race établie sur le Rhin, les Usipètes, les Tenctères, les Sicambres, les Ubiens eussent commencé à se civiliser jusqu'à un certain point et qu'elles eussent au moins cessé de changer de demeures, tous les documents s'accordent à dire que dans l'intérieur des terres, on ne s'occupait guère d'agriculture, et que bien des peuplades n'avaient pas encore de demeures fixes. Il est remarquable que les voisins d'occident ne pouvaient jamais nommer par son nom de canton un peuple de la Germanie intérieure, mais qu'ils les désignaient sous les noms généraux de Suèves, c'està-dire de nomades, gens errants, et de Marcoinans,

c'est-à-dire milices de frontières, noms qui n'étaient guère, au temps de César, des noms de canton, quoiqu'ils parussent tels aux Romains et qu'ils le soient souvent devenus par la suite. Ce furent surtout les Celtes qui reçurent le choc de cette invasion. Les combats que les Germains ont pu livrer aux Celtes pour la possession des contrées à l'est du Rhin se dérobent entièrement ànos regards. Nous pouvons seulement remarquer que vers la fin du septième siècle de Rome, presque toute la contrée jusqu'au Rhin était perdue pour les Celtes ; les Boiens, qui avaient pu jadis occuper la Bavière ou la Bohême, erraient sans patrie, et la forêt Noire occupée jusquelà par les Helvètes, si elle ne fut pas reprise par les peuplades germaines les plus voisines, demeura cepenpendant une frontière contestée, et était vraisemblablement alors ce qu'elle a été depuis : le désert suisse. La stratégie barbare des Germains, qui consistait à se défendre en mettant un désert entre eux et leurs ennemis, paraît avoir été pratiquée sur ce point sur une grande échelle.

Peuplades germaines sur la riTe granche duBbiu ^ Mais les Germains n'étaient pas restés sur le Rhin. L'invasion militaire des Gimbres et des Teutons rassemblés surtout parmi les peuplades germaines, et qui avait inondé la Pannonie, la Gaule, l'Italie et l'Espagne, paraît n'avoir été qu'une grande reconnaissance. Déjà à l'ouest du Rhin, particulièrem.;nt sur son cours supérieur, des peuplades germaines avaient trouvé des demeures permanentes : venus comme conquérants, ces émigrés continuèrent à prendre sur les anciens habitants gaulois, comme sur des sujets, des otages et à lever des tribus. A ces peuplades appartenaient les Aduatiques, qui, formés de fragments de la tribu des Gimbres, étaient

devenus un vaste canton, et un grand nombre d'autres, sous '3S noms de Tongres, rassemblés sur les bords de la Meuse, aux environs de Liège, de même les Trévires (environs de Trêves), et les Nerviens (Hainaut), les deux plus grandes et les plus puissantes populations de cette contrée, sont désignés par des autorités sérieuses comme des Germains. La crédibilité complète de ces données demeure douteuse, puisque Tacite fait remarquer, des deux derniers peuples mentionnés, que parmi eux c'était un honneur d'être de sang germain et de ne pas appartenir à la nation celte moins estimée : cependant la population du territoire de l'Escaut, de la Meuse et de la. Moselle paraît avoir été fortement mélangée d'éléments germains ou avoir subi l'influence germanique. Les établissements germains étaient peut-être peu de chose par eux-mêmes, mais ils avaient de l'importance par leur position ; car dans l'obscurité chaotique qui règne à cette époque sur les populations de la rive droite du Rhin, on peut reconnaître que de grandes masses germaniques, sur les traces de ces avant-postes, se hasardèrent à passer le Rhm. Menacés de deux côtés par l'étranger et divisés entre eux, on ne pouvait guère s'attendre à ce que les malheureux Celtes résistassent par leurs propres forces. La division et la décadence par la division, telle avait été jusque-là leur histoire : comment une nation qui ne pouvait nommer aucune journée comme celle de Marathon et de Salamine, d'Aricia et des champs Roudiens, qui n'avait pas même tenté au temps de sa splendeur d'anéantir Massalia par une action comnune, pouvait-elle sur son déclin, se détendre contre un si terrible ennemi,

La politique romaine devant l'invasion germanique. — Moins les Celtes laissés à eux-

mêmer étaient capables de tenir tête aux Germains, plus les Romains avaient de raisons de surveiller avec soin les différends qui divisaient ces deux nations. Quoiqu'ils ne se fussent pas mêlés jusqu'alors directement des mouvements qui y éclalaienl, ils avaient cependant prêté la plus grande attention à ces événements. La situation intérieure de la nation celte avait, comme on peut le comprendre, suivi le même cours que les circonstances extérieures. De même qu'en Grèce le parti lacédémonien s'était allié avec les Perses contre les Athéniens, de même les Romains, dès leurs premiers pas au delà des Alpes, avaionl trouvé un appui contre les Arvernes, qui dominaient dans le sud de la Celtique, dans leurs rivaux d'hégémonie, les Eduens et. avec le secours de ces nouveaux Irères de la nation romaine, non seulement ils avaient soumis une grande partie du territoire intermédiaire des Arvernes. mais par leur influence, ils avaient fait passer Pht^gémonie des Arvernes aux Eduens Mais si les Grecs n'avaient couru de dangers que d un cô!é pour leur nationalité, les Celtes se voyaient menacés de deux côtés, et il était naturel qu'ils recherchassent la protecliou de l'un contre l'autre, et que si un parti s'attachait aux Romains, un autre (It alliance avec les Germains. C'était surtout le cas des Belges, qui se rapprochaient des Germains d'au delà du Rhin par le voisinage et par le mélange des populations, et qui vu leur civilisation peu développée devaient se trouver plus en communication avec les Suèves , population de races différentes, qu'avec leurs compatriotes Allobroges ou Helvètes plus civilisés. Mais les Celtes méridionaux, chez lesquels le canton puissant des Séquanais (vers Besaaçon), était à la tête du parti opposé aux Romains, avaient toute raison do solliciter l'aide des Germains coau-eles Romains qui les meuayiueût ; le gouverne-

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ment relâché du sénat et les signes de la révolution qui se préparait à Rome et qui n'étaient pas inconnus des Celtes, semblaient désigner ce moment comme favorable pour se soustraire à la domination romaine et décourager ses clients les Éduens. La rupture était survenue entre les deux cai.tons, à cause du péage de la Saône, qui sépare le tt^rritoire des Èduons de celui des Séquanais, et vers l'année 683, le prince germain Arioviste avait passé, comme un condottiere, le Rhin avec près de 15,000 hommes armés. La guerre dura longtemps avec des vicissitudes diverses : en somme les circonstances furent défavorables aux Éduens. Leur général, Eporedorix, leva une armée composée de tous leurs clients et marcha contre les Germains avec des forces bien supérieures aux leurs ; mais ceux-ci refusèrent obstinément le combat, et se tinrent à couvert dans les marais et les forêLs. Lorsque les clans, fatigués de l'attente, commencèrent à se débander, les Germains parurent en plaine, et Arioviste livra, auprès de Admagetobriga, une bataille dans laquelle la fleur de la chevalerie des Éduens demeura sur le champ de bataille. Les Éduens, obligés par cette défaite de faire la paix aux conditions imposées par le vainqueur, durent renoncer à l'hégémonie, et entrèrent, avec tous leurs adhérents, dans la clientèle des Séquanais, s'obligèrent à payer tribut à ceux-ci ou, p'''ur mieux dire, à Arioviste, et à donner comme otages leurs nobles les plus distingués, enfin ils s'engagèrent par serment à ne plus réclamer ces otages et à ne pas demancter l'intervention des Romains. Ce traité de paix fut, paraît-il, conclu en 693 (61). L'honneur et l'intérêt exigeaient que les Romains inter- \ànssent ; le noble Éduen Divitiacus. chef du parti romain dans son clan, et banni pour cela de sa patrie, alla en personne à Rome pour solliciter cette intervention. Un événement plus grave fut le soulèvement

des Allobroges, voisins des Séquanais, et qui arriva sans doute par suite de ces circonstances. En fait oa reçut des ordres pour aider le goiiverneur gaulois des Éduens : on parla d'envoyer pour cela des consuls et des armées: consulaires au delà des Alpes; mais le sénat, qui eut à décider en dernier ressort, fit suivre ces grands mots de petites actions : l'insurrection des Allobroges fut réprimée par les armes; non seulement cela ne profita pas aux Éduens, mais Arioviste fut inscrit, en 695 (59), sur la liste des rois amis de Rome.

Fondation «dairojaumeg-erBuain eu Chaule.

— Le chef militaire des Germains prit cela pour une renonciation des Romains à une contrée qui n'avait pas encore élé conquise par eux; il se conduisit en conséquence, et commença la fondation d'un empire germain en Gaule. Les multitudes nombreuses qu'il y avait amenées, celles plus nombreuses encore qui vinrent à son appel de la Germanie (on compta, jusqu'en l'année 696, environ 120,000 Germains qui passèrent le Rhin), toute cette puissante émigration germaine qui inonda comme par une écluse ouverte le beau pays d'Occident , Arioviste voulut la fixer et en faire le fondement de sa domination sur la contrée celte. On ,ne peut déterminer l'étendue des établissements germains qu'il appela à la vie sur la rive gauche du Rhin ; sans doute elle fut considérable, et ses projets allaient plus loin encore. Les Celtes lurent traités par lui comme une nation tout entière soumise, et il ne fut fait aucune différence entre les divers cantons. Les Séquanais eu.x-mêmes, lorsque leurs généraux mercenaires eurent passé le Rhin, durent cependant, comme des ennemis vaincus, lui abandonner un tiers de leur territoire pour ses colons, sans donle la contrée habitée plus tard par les Tribochi,el couime

si ce n'était pas assez, un second tiers leur fut encore enlevé pour les Harudi qui vinrent ensuite. Arioviste semble avoir voulu jouer dans la contrée celtique le rôle de Philippe de Macédoine et avoir voulu être le maître chez les Celtes favorables aux Germains comme sur ceux qui dépiendaient des Romains. L'établissement du puissant prince germain dans un voisinage si rapproché, qui devait éveiller déjà l'inquiétude des Romains, parut d'autant plus menaçant qu'il ne fut pas isolé.

LiCJS Crermains sur le Rhin inférieur. —

Les Usipètes et les Tenctères établis sur la rive droite du Rhm étant fatigués de voir leur territoire continuellement envahi parles peuplades suèves plus puissantes, quittèrent, l'année qui précéda l'entrée de César en Gaule, leurs demeures antérieures et en cherchèrent d'autres à l'embouchure du Rhin. Déjà ils avaient enlevé la partie du territoire des Ménapiens si; jée sur la rive droite du fleuve, et on devait s'attendre qu'ils essayassent de se fortifier sur la rive gauche. Des multitudes de Suèves se rassemblèrent ensuite, entre Cologne et Mayence, et menacèrent de paraître comme des convives non invités. Le territoire du clan oriental des Celtes, celui des valeureux et nombreux Helvètes, fut encore plus inquiété parles Germains ; de sorte que les Helvètes, qui peut-être déjà, par suite du refoulement de leurs colons du territoire qui leur avait été enlevé au nord, souffraient d'un surcroît de population, et se voyaient, en outre, par l'établissement d'Arioviste sur le territoire des Séquanais, dans un isolement complet, firent le projet d'abandonner aux Germains leur territoire antérieur et d'aller chercher à l'ouest du Jura une contrée plus vaste et plus fertile, dans laquelle ils pourraient conquérir rhégémonie de la Gaule. C'était un plaa

que, pendant les invasions cimbriques, quelques-uns de leurs districts avaient adopté et tenté même .rcxécuter. Les Rauraques, dont le territoire (Bàle et l'Alsace méridionale) était également menacé, puis le reste des Boiens, qui avaient été obligés déjà par les Germains d'abandonner leur pays, et qui errai, nt maintenant sans demeure fixe, enfin diverses autres peuplades moins importantes faisaient cause commune avec les Helvètes. Dès 093 (61) leurs troupes de colons passèrent le Jura et pénétrèrent jusque dans la province roi laine. La rupture ne pouvait être ajournée : des colons germains s'établissaient déjà dans la contrée importante entre le lac de Constance et le lac dr Genève abandonné par ses défenseurs. Depuis les sources du Rhin jusqu'à l'océan Atlantique, les peuplades germaniques étaient en mouvement : toute la ligne du Rhin était menacée par eux : c'était un moment semblable à celui où les Alamani et les Francs se jelèi'cnt sur l'empire chancelant des Césars, et il semblait qu'on tentât alors contre les Celtes ce que cinq cents ans plus tard on devait tenter contre Rome.

Césrtp en Graule. — Ce fut dans ces circonstances que le nouveau gouverneur Caius César entra dans la Gaule narbonnaise au printemps de 696 (58) : il s'était fait donner, par décret du sénat, outre les attributions de guerre, le gouvernement de la Gaule cisalpine, ristrie etlaDalmatie. Ses fonctions qui devaient durer d'abord cinq années (jusqu'à la fin de 701) et qui furent ensuite prolongées, en 699, de cinq autres (jusqu'à la fin de 705), lui donnaient le droit de nommer dix lieutenants ayant le rang de propréleurs, et du moins, suivant son assertion, d'augmenter selon son bon plaisir ses légions en prenant des soldats dans les populations des territoires qui lui obéissaient

OU d'en lever de nouvelles. L'armée qu'il reçut dans les deux provinces comprenait en troupes de ligne quatre légions exercées et habituées au combat, la septième, la huitième, la neuvième et la dixième, ou en tout 24,000 hommes, auxquels se joignaient, comme de coutume, les contingents des sujets. La cavalerie et les troupes légères étaient en outre flanquées de cavaliers espagnols et numides, d'archers créLois et de frondeurs des Baléares. L'état-major de César, l'élite de la démocratie romaine, comprenait, outi-e un nombre assez considérable de jeunes nobles inutiles, quelques officiers capables, tels que Publius Grassus, jeune fils de l'ancien allié de César, et Titus Labiénus, qui avait, en lieutenant fidèle, suivi le chef de la démocraiie du forum à l'armée. César n'avait pas lait de promesses positives, les gens prévoyants et hardis les voyaient dans les circonstances. Il fallait réparer là les suites de la mollesse du sénat et arrêter avant tout le flot de l'invasion germanique. En ce même moment commençait l'invasion helvétique combinée avec celle des Germains et préparée depuis longtemps. Pour ne pas abandonner leurs demeures aux Germains et se rendre le retour impossible, les Helvètes avaient brûlé leurs villes et leurs bourgs, chargé leurs chariots de leurs femmes, de leurs enfants et de leurs meubles les plus précieux, et S6 rassemblèrent de toutes parts au bord du Léman, où eux et leurs compagnons s'étaient donné rendez -vous pour le 28 mars de cette année. Suivant leur propre calcul, leur nombre s'élevait à 368,000 têtes, dont le quart environ était en état de porter les armes. Les montagnes du Jisra, qui s'étendent du Rhin jusqu'au Rhône, ferment complètement la contrée helvétique du côté de l'occident, et leurs étroits défilés étaient aussi peu propres au voyage d'une telle caravane qu'ils étaient favorables à la défense ; les chefs avaient

donc ordonné de se diriger vers le sud et de s'ouvrir une voie vers l'ouest là où, entre la partie sud-ouest et la plus élevée du Jura et les Alpes de Savoie, le Rhône se frayait un chemin à travers les montagnes, au lieu où se trouve aujourd'hui le Fort de l'Écluse. Mais sur la rive droite, les rochers et les précipices étaient si rapprochés du fleuve, que l'armée trouvait le passage intercepté ; il n'y avait plus d'autre ressource que de traverser le Rhône et de gagner le rivage opposé pour reprendre plus tard, au moment où le Rhône entre en plaine, la rive droite et se diriger ensuite vers la Gaule occidentale, où le canton fertile des Santons (Saintonge, vallée de la Charente), sur l'océan Atlantique, était désigné comme terme de l'émigration. Cette marche obligeait, pour prendre la rive gauche du Rhône, à traverser le territoire romain ; et César, outre qu'il n'était pas disposé à lais<=er les Helvètes s'établir dans la Gaule occidentale, était bien résolu à ne point leur permettre de traverser le territoire romain. Mais trois de ses légions étaient éloignées et cantonnées à Aquilea : quoiqu'il eût fait une levée rapide des milices de la province, il ne paraissait guère possible, avec cette poignée d'hommes , de s'opposer au passage du Rhône, depuis sa sortie du lac Léman, près de Genève, jusqu'à sa perte, sur un chemin déplus de trois railles allemands. César gagna, par des négociations avec les Helvètes, qui voulaient effectuer paisiblement le passage du Rhône et la traversée du territoire allobroge, un délai de 25 jours, qui furent employés à rompre le pont du Rhône à Genava (Genève), et à défendre le rivage méridional du Rhône par un retranchement de près de quatre milles : ce fut le premier emploi du système qui devint plus tard si usuel pirmi Ips Romains et qui consistait à fermer les froa ùères de l'empire par une chaîne de retranchemeuts

reliés les uns aux autres par des murs et des îossés. Les Helvètes essayèrent sur plusieurs points de gagner l'autre rive du Rhône sur des barques ou des radeaux ; mais les Romains retranchés dans leurs lignes les en empêchèrent, et les Helvètes furent obhgesde renoncer à passer le fleuve.

I.es Oelvètes en Gaule. - Le parti celle, opposé aux Romains et qm voyait dans les Helvètes un appoint de force considérable, en particulier 1 Eduen Dumnorix, frère de Diviliacus. chef du parti natDcal dans son canton, comme son frère du parti romam dans le sien, leur facilita le passage par les défiles du Jura et le territoire des Séquanais. Les Romams n avaient aucun droit de r en empêcher; mais il y avait pour eux, dans l'expédition des Helvètes, un autre intérêt d'une bien plus haute importance que la question de l'intégrité formelle du territoire romam, — intérêt qui ne pouvait être sauvegardé que si César, au lieu de se borner, comme tous les gouverneurs sénatoriaux, comme Marins lui-même, au rôle de gardien des frontières, les passait au contraire à la tête dune brillante armée. César était le général, non du sénat, mais de l'État ; il n'hésita pas. Il s'était rendu en personne de Genava en Italie, et avec sa rapidité habituelle il y avait réuni les trois légions qui y étaient cantonnées, ainsi que deux légions de recrues.

Guerre des Helvcles. - H réunit ces troupes au corps campé auprès de Genava, et passa le Rhône avec ces forces réunies. Son apparition maltendue sur le territoire des Éduens donna naturellement le dessus au parti romain, ce qui n'était pas indifférent au point " de vue de la sécurité. Il trouva les Helvètes occupés à traverser la Saône, et à passer du territoire des bequanaisdans celui des Éduens : ceux d'entre eux qui

étaient encore sur la rive gauche de la SaAne, en particulier le corps des Tigurins, fut surpris et anéanti par les Homains qui arrivèrent à l'improviste. Le gros de 1 armée était déjà de l'autre côté du fleuve- César le suivit et accomplit en vingt-quatre heures 'le passage du fleuve qui avait demandé aux Helvètes snns combat, plus de vingt Jours. 11 s'attacha ensuite aux pas de 1 ennemi. Pendant quinze jours l'armée romaine marcha à une distance de l'ennemi d'une lieue et demie en arrière, attendant un moment favorable pour 1 attaquer dans des conditions qui permettraient de le vaincre et de l'anéantir. Mais ce moment ne vmt pas : avec quelque difficulté que s'avançât la caravane helvélienne, ses chefs surent se garder d'une surprise et montrèrent qu'ils étaient aussi abondamment pourvus de provisions que bien instruits par leurs espions de tout ce qui se passait dans le camn romain. Les Romains, au contraire, commençaient à manquer des choses les plus nécessaii-es, surtout lorsque les Helvètes, s'éloignant de la Saône, ils se virent prives de leurs approvisionnements par eau Les «e cours promis par les Éduens n'arrivaient pas -Us étaient ainsi la cause principale de cet embarras et on en avait d'autant plus de ressentiment que les deux armées occupaient leur territoire. La belle cavalerie romaine, qui comptait près de 4.000 chevaux, ne pouvait inspirer aucune confiance : ce qui se comprend pmsqu elle était presque exclusivement empruntée à la cav.dene celte et que les cavaliers éduens, par exemple, étaient commandés par Dumnorix, ennemi bien connu des Romains. César les avait pris plutôt comme otages que comme soldats. On avait de bonnes rai.sons de croire qu'une défaite qui leur avait été inmgée par la cavalerie holvétienne beaucoup plus faible, avait été le résultat d'un parti pris, et que r'était par eux que l'ennemi était informé de tout ce qui

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se passait dans le camp romain. La position de César était grave : il devenait clair comme le jour que le parti patriote était puissant, malgré son alliance officielle avec Rome et des intérêts du canton rattachés à ceux de Rome : que serait-ce si l'on s'enfonçait de plus en plus dans cette contrée agitée, et si l'on s'isolait de plus en plus de ses communications? Les armées étaient arrivées à la capitale des Eduens, B bracte (Autun), à une distance raisonnable : César résolut de s'emparer de cette ville importante à main armée, avant de continuer la poursuite des Helvètes, Mais lorsque, quittant les pas de l'ennemi, il se tourna vers Bibracte, les Helvètes crurent que les Romains faisaient un mouvement rétrograde et attaquèrent de leur côté.

Dntaille de Bibracte. — Les deux armées se trouvaient sur deux rangs de collines courant parallèlement : les Celtes commencèrent le combat, dispersèrent la cavalerie romaine qu'ils rencontrèrent dans la plaine, et coururent aux légions romaines établies sur le versant de la colline ; mais ils durent plier devant les vétérans de César. Cependant, lorsque les Romains, poursuivant leurs avantages, descendirent h leur tour dans la plaine, les Celtes reprirent l'offensive, et un corps de réserve celte les prit ea ûanc. La réserve romaine fut mise en ligne contre ce corps et le refoula du point d'attaque jusque sur les bagages et les chariots, où il tut dispersé. Le gros de l'armée helvétienne dut plier également, et fut obligé d'abandonner la route du midi, suivie jusquelà, pour prendre celle du nord. Les Romains avaient vaincu : mais ce fut, même pour les vainqueurs, une chaude journée. César, qui avait quelque raison de se défier de son corps d'officiers, avftit envoyé en avant tous leurs chevaux, pour iaire comprendre nettement

aux siens la nécessité de tenir bon : en fait, la bataille si elle eût été perdue, eût été vraisemblablement l'a- Béantissement de l'armée romaine. Mais la victoire mil les Helvètes complélement à la merci de César. Les Romains étaient trop épuisés pour poursuivre leur victoire ; mais lorsqu'on apprit, par une proclamation de César, qu'il traiterait comme les Helvèies tous ceux qui les aideraient, ils ne trouvèrent plus aucun secours dans la contrée qu'ils traverseront après leur défaite, entre autres le canton des Liiigous (Langres), et, après qu'on leur eut refusé toute aide et qu'ils eurent perdu leurs bagages, embarrassés de la masse de- non combattants, ils durent faire à César leur soumission. Le traitement des vaincus fut relativement clément. Les Éduens reçurent le conseil de donner dans leur territoire des demeures aux Boïens^ errants, et cet établissement de l'ennemi vaincu au milieu du canton le plus puissant de la Gaule eut tous les avantages d'une colonie romaine. Ce qui n slait d'Helvètes et de Rauraques, environ un tiers de l'armée, fut renvoyé dans leur ancienne contrée pour garder la frontière contre les Germains sous la suprématie romaine. Il n'y eut que la pointe sud-ouest du canton helvétien qui fut incorporée au territoire romain, et la vieille ville de Noviodunum (ISyon), située sur les beaux rivages du Léman devint une citadelle frontière de Rome, la Julia equestrts colonia.

C!ésaret.%.riovisîc. — Sur le Rhin supérieur, l'invasion menaçante des Germains fut arrêtée et le parti ennemi des Romains découragé chez les Celtes. Sur le Rhin central, que îos Romains avaient traversé depuis bien des années et où ils devenaient chaque jour plus nombreux, les Romains avaient des motifs suffisants pour vouloir écraser la puissance d'Ario- \jdte, qui rivalisait en Gaule avec la leur, et on trouva

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facilement un prétexte. Comparé au joug dont Arioviste les menaçait ou plutôt sous lequel ils gémissaient déjà, la suprématie romaine devait paraître un moindre mal à la plupart des Germains : la minorité qui conservait la haine dos Romains, dut au moins se taire. Une assemblée des peuplades de la Gaule centrale, convoquée sous l'influence romaine, demanda, au nom de la nation celte, secours au général romain contre les Germains. Le général y consentit. D'après ses conseils, les Éduens suspendirent le paiement du tribut qu'ils s'étaient engagés par traité à payer à Arioviste et redemandèrent leurs otages, et lorsque Arioviste, par suite de cette violation des traités, attaqua les clients de Rome, César en prit occasion pour traiter directement avec lui et en exigea, outre la restitution des otages et la promesse de vivre en paix avec les Éduens, l'engagement pris par Arioviste de ne plus laisser un seul Germain passer le Rhin à l'avenir. Le général germain accueillit le Romain avec le sentiment de l'égalité de puissance et de droit. La Gaule du nord lui était, disait-il, soumise, comme la Gaule du sud aux Romains ; il n'empêchait pas les Romains d'exiger le tribut des Allobroges : ils de- . vaient à leur tour trouver bon qu'il imposât ses sujets. Dans des négociations secrètes, on vit que le prince était parfaitement informé de la situation des affaires romaines ; il parla des propositions qui lui étaient venues de Rome, d'assassiner César, et lui offrit, s'il voulait lui abandonner la Gaule du nord, de l'aider à prolonger sa domination sur l'Italie : de même que les distensions de la nation celte lui avaient ouvert la Gaule, il semblait attendre des divisions de l'Italie l'affermissement de sa domination. Depuis des siècles les Romains n'avaient pas entendu prononcer, comme aujourd'hui de la part du chef germain, de semblables paroles d'indépendance complète et d'une indépen-

dance manifestée avec cette rudesse et cette audace : il relusa péremptoirement de se rendre à l'invitation que lui ût César de fo présenter, comme le voulait l'usage pour les princes clients, personnellement devant lui. Il n'y avait donc plus à hésiter : César marcha contre Arioviste.

ArioTÎste attaqué. — Une terreur panique s'empara de ses troupes, et surtout de ses otïiciers, lorsqu'il leur fallut se mesurer avec l'élite de ces Germains qui depuis quatorze ans n'avaient point reposé sous un toit : la discipline morale et militaire déjà bien affaiblie parut ébranlée, et la désertion et la mutinerie semblaient près d'y pénétrer. Lorsque le général menaça de marcher, s'il le fallait, avec la seule dixième légion contre l'ennemi, non seulement il rattacha ainsi par l'honneur celte légion au drapeau, mais il enflamma du même zèle les autres légions, et leur communiqua quelque chose de sa propre énergie. Sans leur laisser le temps de réfléchir, il alla à marches forcées, et devança heureusement Arioviste pour s'emparer de la capitale des Séquanais, Vesontio (Besançon). Une entrevue des deux généraux, qui eut \\e>\ sur la demande d'Arioviste, sembla cacher un complot contre la vie de César : entre les deux dominateurs de la Gaule, le sort des armes pouvait seul décider. Les deux armées restèrent en présence à peu de distance l'une de l'autre dans la basse Alsace, aux environs de Belfort, jusqu'au moment oti Arioviste essaya, par une marche de flanc, de tomber, avec ses forces supérieures, sur les derrières du camp romain, et de couper les Romains de leur base d'opérations et de leurs approvisionnements. César voulut sortir de cette position par une bataille ; mais Arioviste l'évita. Le général romain avait pu, malgré l'infériorité le ses forces, suivre le mouvement de l'eiuieim ui gcuuer

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ses communications en mettant deux légions à sa poursuite, tandis qu'il en laissait quatre dans le camp. Arioviste. lorsqu'il vit les Romains divisés, essaya une attaque sur leur petit camp; mais les Romains la repoussèrent. Sous l'impression de ce succès, toute l'armée romaine fut préparée pour le combat, les Germains se mirent également en ordre de bataille sur une longue ligne, chaque clan pour son propre compte, et ayant, pour rendre la fuite impossible, les chariots et les femmes derrière lui. L'aile droite des Romains se jeta avec violence sur l'ennemi, conduite par César lui-même, et le poussa devant elle : l'aile droite des Germams en fit autant de son côté. La balance était égale ; mais la tactique de la réserve décida du sort de la journée en faveur des Romains, comme elle avait fait tant de fois contre les barbares: la troisième ligne que Grassus fit avancer en temps opportun rétablit le combat à l'aile gauche, et décida la victoire. La poursuite fut poussée jusqu'au R.hin : peu d'hommes, parmi lesquels se trouvait le roi, réussirent à gagner l'autre rive, 696 (58). Ainsi se montrait avec éclat la domination romaine au fleuve que les soldats d'Italie voyaient pour la première fois : une seule bataille heureuse leur donna la ligne du Rhm. La destinée des établissements germaniques sur la rive gauche du Rhin était entre les raams de César ; le vainqueur pouvait les anéantir : il ne le fit pas.

F^tablîssements g^erinaniqaes sur 9n rive gpauche du Rliia. — Les districts celles voisins, les Séquanais,les Leucies,les Médiomatrices, n'étaient ni capables de se défendre ni loyaux : les Germains qui s'étaient établis sur leur territoire promettaient non seulement des gardiens de frontières plus braves, mais de meilleurs sujets des Romains : car leur nationalité

les éloignait des Celtes, tandis que leur propre intérêt les séparait de leurs frères d'outre-Rhin ; car ils avaient à défendre leurs nouvelles demeures, et leur isolement les détachait de la puissance centrale des Germains. César, cette fois comme toujours, préféra des ennemis vaincus à des amis douteux; il laissa aux Germains établis par Arioviste sur la rive gauche du Rhin, aux Triboques de Slrasbourg, aux Némètcs d;' Spire, aux Vangions de Worms, leurs nouvelles demeures et leur conûa la surveillance de la frontière du Rhin contre leurs compatriotes. Mais les Suèves, qui menaçaient le territoire trévirien sur le Rhin central, se retirèrent, à la nouvelle de la défaite d'Ariovisle, dans l'intérieur de la Germanie, et eurent beaucoup à souffrir en chemin des populations environnantes.

Frontières du Rhin. — Les suites de cette seule campagne furent incalculables : la trace s"en voyait encore des siècles après. Le Rhin était la frontière de l'empire romain contre les Germains. Dans la Gaule, qui ne pouvait plus se gouverner elle-même, les Romains avaient jusque-là dominé au sud, et depuis peu de temps les Germains avaient cherché à se fortifier au nord. Les derniers événements avaient décidé que la Gaule subirait, non pas en partie, mais dans toute son étendue, la domination romaine, et que la frontière du nord indiquée par le puissant fleuve était destinée à être la frontière politique. Dans son meilleur temps, le' sénat ne s'était reposé qu'après avoir donné à l'ilalie sa frontière naturelle, les Alpes et la Méditerranée avec ses îles. Une circonscription militaire analogue était devenue nécessaire au royaume agrandi ; mais le gouvernement présent laissait cela au hasar.l, et s'occupait tout au plus, non de ce qui pouvait défendre les frontières, mais de ce qui pouvait le dispenser

de les garder directement. On sentait qu'aujourd'hui un autre esprit et un autre bras commençaient à gouverner les destinées de Rome.

Souinissiou de la Gaule. — Les fondations de l'éditice futur étaient debout ; mais pour le continuer et pour faire reconnaître aux Gaulois la domination romaine, aux Germains la frontière du Rhin, il y avait encore beaucoup à faire. Toute la Gaule centrale, de la frontière romaine jusqu'à Chartres et Trêves, se soumit sans opposition au nouveau maître, et sur ]>e Rhin supérieur et central on n'eut pas à se préoccuper d'une attaque des Germains. Mais les contrées du nord aussi bien que les districts armoricains de Bretagne et de Normandie et la puissante confédération des Belges avaient été complètement en dehors des défaites qu'avaient subies celles du centre, et n'étaient point disposées à se soumettre au vainqueur d'Arioviste. En outre, comme nous l'avons fait remarquer, entre les Belges et les Germains d'outre-Rhin, il y avait d'étroites relations, et vers l'embouchure du Rhin, des populations germaniques se préparaient à franchir le fleuve. Par suite de ces circonstances. César partit avec son armée, portée à huit légions, au printemps de 697, pour attaquer les districts belges. Grâce à la courageuse et sérieuse résistance qu'ils avaient opposée cinquante ans auparavant aux Cimbres, en réunissant leurs forces à leurs frontières, et à l'appui que leur prêtèrent de nombreux patriotes ao* courus de la Gaule centrale, les Belges envoyèrent leur promière levée de 300,000 hommes armés, à la frontière du sud, sous la conduite du roi des Suessions, Galba, pour y rencontrer César. Un seul canton, la puissante peuplade des Rémi, se sépara du reste de la nation et se résigna à jouer au nord le rôle que les Éduens avaient joué dans la Gaule centrale,

Les Romains et les Belges entrèrent en même temps sur leur territoire.

Comltat sur l'Aijsnc. — César n'essaya pas de li\Ter bataille à un ennemi six fois plus fort ; au nord de l'Aisne, non loin de Pont-à-Vère, entre Reims et Laon, il campa sur un plateau rendu presque inattaquable, tant par le fleuve et les marais que par les ponts et les redoutes qui le défendaient, et se contenta d'empêcher, par des mesures défensives, les Belges de passer l'Aisne et de lui couper par là ses communications. S'il avait compté que la coalition succomberait sous son propre poids, il ne s'était pas trompé. Le roi Galba était un homme universellement respec é ; mais il n'était pas de force à diriger une armée de 300,000 hommes sur un territoire ennemi. On n'avançait pas, et les approvisionnements commençaient à manquer : l'insubordmation et la discorde commençaient à se répandre dans le camp des confédérés. Les Bellovaques, égaux en puissance aux Suessions, et déjà irrités de ce que la direction de l'armée confédérée ne leur eût pas été confiée, en recevant la nouvelle que les Éduens se disposaient à pénétrer, comme alliés des Romains, dans leur contrée, ne voulurent plus rester et s'ébranlèrent pour reprendre le chemin de leurs demeures. Les chefs de la levée durent céder et laisser retourner dans leur pays des hommes qui y seraient retournés d'eux- nêmes. Quoique la honte eût décidé tout le canton à piromettre de venir au secours des premiers attaqués, de pareilles stipulations, inexécutables, dévoilaient clairement les divisions de la confédération. Ce fut une catastrophe à peu près semblable à celle qui eut lipu en 1792, presque dans les mêmes lieux ; et, comme dans la campagne de Champagne, la défaite lut d'nutant plus écrasante qu'elle se produisit sans bataille. La

mauvaise direction de l'armée séparée permit au général de la poursuivre comme une armée battue, et d'écraser un des contingents qui était resté jusqu'au dernier moment. Mais les conséquences de la victoire furent bien plus étendues encore.

SoiaBni^^sion des cantons oocidentanx. —

Lorsque César pénétra dans les cantons occidentaux des Belges, les puissants Suessions (vers Soissons) ainsi que leurs rivaux les Bellovaques (vers Beauvais), et les Ambiens (vers Amiens), déposèrent les armes presque sans résistance. Les villes ouvrirent leurs portes, lorsqu'elles virent les machines de siège inconnues se dresser en face des tours qui surmontaient leurs murs : celui qui ne se livrait pas au maître étranger cherchait un refuge de l'autre côté de la Manche, en Bretagne.

lia bataille avec les Mervîens. — Mais dans les cantons orientaux, César rencontra un énergique sentiment national. Les Viromanduens (vers Arras), les Atrébates (vers Saint-Quentin), les Aduates germains (vers Namur), et surtout les Nervi ens (en Hainaut), avec leur clientèle, peu inférieure à celle des Suessions et des Bellovaques et qui leur était bien supérieure en bravoure et en patriotisme, tirent une alliance plus étroite, et réunirent leurs contingents sur la Sambre supérieure. Des espions celtes les informèrent exactement des mouvements de l'armée ennemie. Leur connaissance de la topographie des lieux ainsi que les enclos élevés qu'on rencontrait partout dans cette contrée pour barrer le passage aux bandes de brigands à cheval qui la traversaient, permettaient, la plupart du temps, aux alliés de dérober leurs opérations aux Romains. Ils arrivèrent ainsi à la Sambre, et tandis que les légions étaient occupées

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