‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 15 sur 27 · VI · texte numérisé non relu

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à planter leurs tentes sur les collines de la rive gauche, et que la cavalerie et l'infanterie légère occupaient les hauteurs de l'autre côté, elles furent surprises par l'armée coalisée et rejetées sur le fleuve. En un instant l'ennemi l'eut passé et il occupa, avec la rapidité de l'éclair, les collines de la rive gauche. Les légionnaires abasourdis eurent à peine le temps de prendre leurs armes ; les soldats, la plupart non armés, durent se battre où ils se trouvaient, sans ordre de bataille, sans plan, sans commandement proprement dit, car la rapidité de la surprise et le terrain coupé de tertres élevés ne permirent pas aux divisions de rétablir leurs rangs. Au lieu d'une bataille, il y eut une lutte corps à corps. Labiénus avec l'aile gauche repoussa les Atrébates et les poursuivit jusqu'au-delà, du fleuve. Le centre des Romains repoussa également les Viromanduens. Mais à l'aile gauche, les Romains furent littéralement cernés par les Nerviens, beaucoup plus nombreux, qui s'emparèrent des collines et (!u camp inachevé des Romains : les deux légions, qui formaient un épais noyau, attaquées en avant et sur les deux flancs, privées de presque tous leurs officiers et de leurs meilleurs soldats, furent sur le point d'être surprises et contraintes de se rendre en masse. Déjà le train et les troupes alliées s'enfuyaient de toutes parts. Des divisions tout entières de cavalerie celte, telles que le contingent des Trévires, quittèrent au galop le champ de bataille pour aller annoncer la nouvelle de la défaite des Romains. Tout était remis en question. Le génénl romain prit alors une épée et un bouclier et combattit aux premiers rangs : son exemple, ses appels plus chaleureux encore maintinrent les rangs ébranlés. Ou s'était déjà fait un peu de jour, et on avait au moins rétabli la communication eniro deux légions de cette aile, lorsqu'elles fiji.'ut enlin secourues, d'une pan, par i' arrière-garde vo-

maine, qui surveillait les bagages, puis par la dixième légion, victorieuse de l'autre côté du fleuve, et que Labiénus, voyant le danger qui menaçait l'aile droite, envoya au secours du général. Les Nerviens, séparés de leurs confédérés et attaqués de tous les côtés en même temps, montrèrent autant d'héroïsme que s'ils s'étaient crus vainqueurs et combattirent derrière des monceaux de cadavres jusqu'au dernier homme. Suivant leur propre assertion, de leurs six cents sénateurs, il n'en survécut que trois. '

Souniisfsion des Belg^es. — Après cette défaite écrasante, les Nerviens, les Atrébates et les Viromanduens, reconnurent la suprématie romaine. Les Aduates, arrivés trop tard pour prendre part au combat sur la Sambre, essayèrent de se maintenir dans leurs retranchements ; mais bientôt ils se soumirent ; une tentative faite pour surprendre le camp des Romains devant la ville échoua, et ceux-ci vengèrent cette trahison d'une manière terrible. La clientèle des Aduates, qui se composait des Éburons, enlro la Meuse et le Rhin, et d'autres petites peuplades voisines, fut dé- .clarée indépendante par les Romains, mais les Aduates prisonniers furent vendus à l'encan et en masse au bénéfice du trésor romain. Il semblait que la fatalité, qui avait frappé les Gimbres, poursuivît encore les derniers débris de leurs hordes. César se contenta de désarmer complètement les autres peuplades soumises, et de leur prendre des otages. Les Rémi devinrent naturellement le canton dominant, comme les Éduens dans la Gaule centrale, et parmi ces derniers, plusieurs étan' hostiles aux Éduens, entrèrt'ni clans la clientèle de Rome. Il n'y eut que les cantons maritimes, les Morins (Artois) et les Ménapiens (Flandre et Brabant), et la plus grande partie de ]a contrée entre l'Esciiut et le Rhin, habitée par des Germains, qui

SiO HISTOIRE ROMAINE

échappèrent è rinvasion romaine, et gardèrent leiip antique liberté.

Expédition contre Ie« di<>itric<ft marif inie«.

— Ce fut le tour des cantons armoncams. Déjà h l'automne de 697, Publius Crassus y avait ôXé envoyé av.'a un corps romain : il réussit à soumettre aux Romains, et avec des otages, les Vénèles qui, maîtres des ports du Morbihan actuel et d'une belle flotte, tenaient le premier rang parla navigation et le commerce paiMii tous les cantons gaulois, et surtout parmi les dislricLs des côtes entre la Loire et la Seine, mais ils s'en repentirent bientôt. Lorsque, l'h ver suivant, G97-«'.)8 (57-56), des olGciers romains vinrent dans ces cantons pour se taire livrer du grain, ils furent retenus par lesVénètes comme otages. L'exemple iul bientôt suivi, non seulement par les Armoricains, mais par les cantons belges maritimes demeurés libres: là, comme dans certains districts de Normandie, 1^ conseil national refusa d'adhérer à l'insurrection : lamultitude le déposa, et le patriotisme se donna carrière cvcc un zô]e redoublé. Toute la côte, de l'embouchure de la Loire jusqu'au Rhin, se souleva contre Rome : les patriotes les plus résolus vinrent de tous les districts celtes pour participer à la grande œuvre de la délivrance, comptant sur le soulèvement de toute la contédéralion belge, sur l'aide des Bretons, sur l'invasion des Germains d'outre-Rhin. César envoya Labiénus sur le Rhin, avec touti" la cavalerie, pour maintenir la tranquillité dans la contré.', agitée des Belges, et pour empêcher, en cas de besoin, les Germains de passer le Rhin ; un autre de ses lieutenants, Quintus Titurius Sabinus, se rendit avec sa légion en Normandie, oh la masse des insurgés se rassemblait. Mais les puissants et intelligents Vénètes tormaiont formée nropromenf dite de l'insurrection ; ce iul contre eux que lut dirigée 1 aL-

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taque principale sur terre et sur mer. La tlotte, formée, soit de barques des cantons celtes soumis, soit de galères romaines construites à la hâte sur la Loire* et armées de rameurs pris dans la province narbonnaise,^ fut commandée par Déciraus Brutus ; César lui-même entra sur le territoire vénète avec la fleur de son infanterie. Mais on l'attendait, et on était à la fois préparé et décidé à profiter des avantages qu'assuraient la configuration du sol de la Bretagne el la possession d'une grande puissance navale. La contrée était découpée et pauvre en grain : les villes étaient pour la plupart situées s-ur des écueils ou des promontoires et n'étaient abordables du continent que par des passes difficiles ; la défense et l'attaque étaient également pénibles pour une armée qui opérait par terre, tandis que les Celtes avec leurs esquifs approvisionnaient facilement les vilies et pouvaient puissamment aider, en cas de nécessité, à leur évacuation. Les légions perdirent leur temps à assiéger les villes vénèles, et voyaient s'évanouir les résultats de leurs succès, grâce aux barques de l'ennemi. Jusque-là la flotte romaine avait été arrêtée à l'embouchure de la Loire par la tempête : elle abandonna enfin les côtes de Bretagne, et on se décida à attendre d'une bataille navale le sort de la campagne.

Bataille navale entre les Romains et le» Vénètes. — Les Celtes, convaincus de leur supériorité sur mer, envoyèrent leur flotte au devant de celle que commandait Brutus. Non seulement cette flotte comptait deux cents voiles, nombre fort supérieur à celui des vaisseaux romains, mais leurs vaisseaux à voiles de haut bord et plais, étaient bien plus propres à tenir sur les flots agités de l'Océan, que les galères à rames des Romains, basses et légères et à la quille élancée. Ni les projectiles ni les harpons des Romains ne pou-

vaient atteindre le haut-bord des barques ennemies, et contre les madriers de chêne de ces bâtiments les éperons de fer n'avaient pas de prise. Mais les matelots romains coupèrent les câbles qui attachaient les vergues aux mâts, au moyen de faulx attachées à de longues perches : voiles et vergues tombèrent sur le pont, et comme on ne put réparer rapidement le dommage, les vaisseaux se trouvèrent désemparés, comme aujourd'hui lorsque le mât tombe ; il fut alors facile aux chaloupes romaines de s'emparer, par une attaque simultanée, des vaisseaux ennemis mis hors de combat. Lorsque les Gaulois s'aperçurent de cette manœuvre, ils cherchèrent à s'éloigner des côtes, sur lesquelles s'était engagée la bataille avec les Romains, et à gagner la haute mer, où les galères romaines ne pouvaient les suivre : mais par malheur pour eux, survint un calme plat complet, et la flotte immense, à l'équipement de laquelle tous les cantons maritimes avaient consacré leurs forces, fut presque complètement anéantie par les Romains. Cette bataille, la plus ancienne des temps historiques qui ait été livrée sur l'Océan, se décida à l'avantage des Romains, comme deux siècles auparavant celle de Mylae, par une heureuse découverte suggérée par la nécessité.

SouniiNKion c3es cnutous luaritinaeii. •«

Les suites du triomphe remporté par Bruius furent la soumission des Vénètes et de toute la Bretagne. Plutôt pour épouvanter, par un exemple terrible, la nation celte, après avoir donné tant de preuves de clémence envers les vaincus, que pour venger la violation des traités et l'emprisonnement des officiers romains, César fit exécuter tout le sénat, et vendre les citoyens du canton des Vénètes jusqu'au dernier homme. Les Vénètes ont acquis, par cette destinée malheureuse, ainsi que par leur inielligunce et leur

patriotisme, des droits à la sympathie de la postérité, dIus qu'aucune autre peuplade celte.

Sabinus employa à l'égard de la levée des États maritimes rassemblés sur ]a Manche la tactique au moyen de laquelle César avait triomphé de la réserve belge sur l'Aisne, l'année d'auparavant ; il se contenta de se garder jusqu'à ce que l'impatience et la famine eussent fait des divisions dans les rang- de l'ennemi, et il sut, en les trompani sur l'importance de ses troupes, et surtout par suite de leur propre impatience, les pousser à attaquer en désordre le camp romain et se faire battre, ce qui entraîna le licenciement des milices et la soumission de la contrée jusqu'à la Seine.

E:ipéditions contre lesHorins et les Ménapiens. ^ Les Morins et les Ménapiens hésitaient cependant à accepter la suprématie romaine. Pour les y obliger, César parut à leurs frontières ; mais, instruits par l'expérience de leurs compatriotes, ils évitèrent de lui livrer combat à leurs frontières et se retranchèrent dans les forêts inaccessibles qui allaient presque sans interruption depuis les Ardennes jusqu'à la mer. Des Romains essayèrent de s'y frayer un chemin avec la hache, et des deux côtés les arbres renversés devenaient des retranchements contre les attaques de l'ennemi; mais César lui-même, quelque audacieux qu'il fût, jugea prudent, après quelques jours d'une marche pénible, et aux approches de l'hiver, d'ordonner la retraite, quoiqu'une partie seulement des Morins fût soumise, et qu'on n'eût pas atteint les Ménapiens plus puissants. L'année suivante, 699, où César était lui-même occupé de la Bretagne, il envoya contre ces peuplades la plus grande partie de l'armée ; mai=; cotte exnédition fut encore sans résultats importants. Cependant la dermère campagne

avait à peu près complété la soumission de ia Gaule à la suprématie romaine. Si la Gaule centrale l'avait accoptée sans résistance, les campagnes précédentes l'avaient imposée par la victoire aux Belges, et celle de 698 aux cantons maritimes. Les espérances ambitieuses qui animaient les patriotes belges au commencement de la campagne ne s'étaient pas réalisées. Ni les Germains ni les Bretons n'étaient venus à leur secours, et dans la Belgique la présence de Labiénus avait suffi pour empêcher le renouvellement des hostilités.

Rétabli««8C3nent dci$ communications avee ritnlie par le Valais. — Tandis que César unifiait ainsi par les armes le territoire romain de l'occident, il ne négligeait pas d'établir dans la contrée nouvellement soumise, qui comblait toutes les lacunes qui existaient entre l'Italie et l'Espagne, des moyens de communication pour relier ces deux pays. La communication entre la Gaule et l'Italie était déjà dt'venue plus facile par la route militaire que Pompée avait fait construire en 677 (77) par le mont Genèvre ; mais depuis que toute la Gaule était soumise aux armes romaines, on avait besoin d'une roule, qui traversât la chaîne des Alpes de la vallée du Pô, dans la direction du nord et non de l'occident et qui donnât des communications plus rapides avec le centre de la Gaule. Le marchand trouva bientôt la route qui. par le grand Saint-Bernard, mène dans le Valais et le long du lac de Genève: pour s'emparer de cette route, Ci'sar fit occuper, à l'automne de 697 (57) Octodurum (M.irtigny) par Servius Galba, et soumit les habitants du Valais : la résistance de ces montagnards courageux retarda leur soumission, mais ne put la prévenir.

A» vc i'l^»i»ug;ue- — Pour assurer également les

communications avec l'Espagne, Publius Grassus fut envoyé l'année suivante, 698 (56). en Aquitaine avec la mission d'obliger les populations ibériennes qui s'y tronvuienL à reconnaître la suprématie romaine. Le prob ème était difficile à résoudre : les Ibères étaient plus unis que les Celtes et savaient mieux apprendre dt^ leurs ennemis. Les peup'ades d'au delà des Pyrénées, enlre autres les braves Gantabres, envoyèrent au secours de leurs compatriotes menacés : avec ceuxci vinrent des officiers romains formés par Sertorius et <|ui apprirent aux Aquitains, déjà redoutables par leur nombre et leur bravoure, au moins les éléments de la tactique romaine et particulièrement l'art du campemtmt. Mais le général habile qui commandait les Romains sut triompher de toutes ces diffiicultés, et après quelques combats vivement dispuiés mais heureux, les populations, de la Garonne aux Pyrénées, reconnurent la suprématie romaine.

IVoMvelles Tiolafions de la frontière du Bhiu parles Boniains, —Le but que Gésar s'était proposé, la soumission de la Gaule, était atteint, au jnoins en ce qui dépendait de la force des armes; mais l'autre moitié de l'œuvre qu'il avait entreprise restait inachevée, et les Germains n'étaient nullement obligés de respecter partout la frontière du Rhin. Dé, à, l'hiver de 698-699 (55-56), il y avait eu une violation de la frontière sur le cours inférieur du fleuve où les Romains n'avaient pas encore pénétré. Les populations germaniques des Usipètes et des TencLères, dont nous avons déjà mentionné les incursions sur le territoire des Ménapiens. avaient enfin, en trompant la surveillance de leurs adversaires, passé le fleuve sur les canots mêmes des Ménapiens : c'était une m-isse énorme de combattants et qui, avec les femmes et les enfants, devait s'élever à 430,000 têtes. Ils cam-

paient encore dans les environs de Nimègue et de Clèves ; mais il paraît, qu'obéissant aux instigations des patriotes celtes, ils voulaient pénétrer en Gaule, et Je bruit s'était déjà répandu qu'on avait vu leurs cavaliers sur la frontière des Trévires. Cependant, lorsque César marcha contre eux, les émigrants, fatigués, ne parurent pas désirer une nouvelle bataille, mais demander simplement des terres aux Romains pour les occuper on paix sous leur suprématie. Mais tandis qu'on négociait, le général romain soupçonnait que les Germains ne voulaient que gagner du temps jusqu'à ce que les troupes de cavalerie qu'ils attendaient fussent arrivées. On ne pourrait dire si ce soupçon était fondé ou non ; mais encouragé par une attaque qu'en dépit de la trêve effective, un corps ennemi avait tenté contre des retranchements, et irrité des pertes qu'elle avait occasionnées, César se crut autorisé à violer toutes les règles du droit des gens. Lorsque le lendemain les princes et les anciens des Germains vinrent -ze justifier d'une attaque opérée sans leur consentement, ils furent saisis, et les masses ennemies, privée':; (Je leurs chefs, furent rapidement vaincues par l'armée romaine. Ce fut plutôt une chasse aux hommes qu'une bataille ; ce qui ne tomba pas sous le glaive des Romains se noya dans le Rhône. Quelques divisions détachées au moment de l'attaque se dérobèrent seules au massacre, et repassèrent le Rhin ; les Sicambres leur donnèrent asile sur leur territoire placé, semble-t-il, sur la Lippe. La conduite de César envers ces émigrants germains provoqua dans le sénat un blâme énergique et mérité; mais quelque injustifiable que soit son action, les incursions germaniques furent subitement arrêtées. César jugea prudent de faire un pas de plus en avant et de passer le Rhin avec ses légions. Il ne manquaiL pas de relations avec les habitants de l'autre côté du

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fleuve. Les Germains n'avaient encore à cette époque de leur civilisation aucune idée d'unité nationale et leurs divisions politiques égalaient celles des Celtes pour d'autres raisons. Les Ubiens, la plus civilisée des peuplades germaniques, avaient été récemment vaincus par un canton de Suèves puissants de l'intérieur et lui payaient tribut, et César avait déjà reçu d'eux la demande de les délivrer, comme les Gaulois, de la domination des Suèves. Ce n'était pas l'intention de César de répondre à cette demande dont Vcxécution l'aurai engagé dans des entreprises interminables, mais il lui parut utile, pour arrêter les armes germaniques de l'autre côté du Rhin, d'y porter luimême les armes romaines. L'appui que les Usipètes et les Tenclères fugitifs avaient trouvé auprès des Sicambres lui en fournit l'occasion. Dans cette contrée, entre Coblentz et Audernach, César construisit un pont de bateaux sur le Rhin et conduisit ses légions du territoire des Trévires dans celui des Ubiens. Quelques petits cantons se soumirent, mais les Sicambres contre lesquels l'expédition était dirigée se retirèrent, au moment où l'armée romaine arriva, avec leurs clients réfugiés, dans l'intérieur des terres. De même, le puissant canton suève qui menaçait les Ubiens, et qui était peut-être celui qu'oa connut plus tard sous le nom de Chatti, évacuèrent le district qui confinait à celui des Ubiens et mirent en sûreté toute la population non combattante, tandis que tous les hommes en état de porter les armes devaient se rassembler au centre du canton. Le général romain ne pouvait ni ne voulait accepter ce défi : son but, qui consistait à reconnaître et à effrayer par une expédition au-delà du Rhin, sinon les Germains, du moins les Celtes et ses compatriotes, était atteint en ce qu'il avait d''>ssentiel : après un séjour de vingt-huit iours sur la rive droite du Rhm, il

retourna en GaiHe et rompit derrière lui le pont du Rhin.

Expédition contre la Ilretng:nc. — II restait encore les Celtes des îles. Leurs relations avec les Celtes du continent, et surtout les cantons maritimes, font supposer qu'ils avaient pris part, au moins par leurs sympathies, à la résistance nationale et s'ils n'avaient pas prêté un appui matériel aux ennemis de César, ils avaient assuré une existence libre et digne aux patriotes qui n'étaient plus en sûreté sur le continent. C'était un danger pour l'avenir sinon pour le présent : il semblait prudent, sinon d'entreprendre la conquête de l'île, d'y changer au moins la défensive en offensive, et de monirer aux insulaires, par un débarquement sur les côtes, que le bras de Rome s'étendait jusqu'au delà du canal. Déjà le premier officier romain, qui eût touché la Bretagne, Publius Grassus, avait été de là jusqu'aux « îles de l'Étain, » à la pointe occidentale d'Angleterre (îles Scilly). en 698; l'été de 699, César lui-même passa le canal à son point le plus resserré. 11 trouva les côtes couvertes d'hommes armés, et poussa plus loin avec ses vaisseaux ; mais le.i c'jariots de guerre des Bretons allaient aussi vite sur terre que les galères romaines sur mer, et les soldats romains eurent la plus grande peine, sous la protection des vaisseaux de guerre qui balayaient la côte avec des machines de guerre et les flèches de leurs archers, à gagner le rivage, soit à la nage, soit sur des canots, devant l'ennemi. Les premiers villages effrayés se soumirent, mais bientôt les insulaires se convainquirent de la faiblesse de l'ennemi, et de l'impossibilité où il était de s'éloigner du irvage. Les naturels se réfugièrent dans l'intérieur des terres et ne revinrent que pour menacer le camp : la flotte qu'on avait laissée dans une

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rade ouverte fut extrêmement endommagée par les premières tempêtes qui éclatèrent. On devait s'estimer heureux de repousser les attaques des barbares, jusqu'au moment où l'on aurait réparé les avaries des vaisseaux et, si l'on pouvait, de regagner avant la mauvaise saison les côtes de la Gaule.

César lui-même était si peu satisfait de cette expédition entrep;isft légèrement et avec des moyens insuffisants, qu'il fit équiper immédiatement (hiver de 699-700) ,55-54) une flotte de transport de 800 voiles, et qu'au prmtemps de 700 (54), celte fois avec cinq légions e' 2,000 cavaliers, il fît voile pour la seconde fois vers les côtes de l'Angb^terre. L'armée bretonne rassemblée sur le rivage se retira devant cette flotte puissante et ne livra pas de combat : César avança sur le continent, et après quelques combats heureux, il passa le fleuve Stour ; mais il fallut, contre son gré, s'arrêter là; car sa flotte avait été de nouveau anéantie sur la rade de Douvres par les tempêtes du canal. Pendant qu'on tirait les vaisseaux sur le sable et que Ton se procurait les matériaux nécessaires à leur réparation, on avait perdu un temps précieux, et les Celtes l'avaient sagement mis à profit.

CassÎTellaunns. — Le brave et prudent prince Gassivellaunus, qui commandait dans le canton actuel de Middlesex et le voisinage, jadis l'effroi des Celtes du nord, aujourd'hui le soutien et le boulevard de la nation, était h la tête de la défpnse nationale. Il comprit qu'il ne pouvait rien avec l'infanterie celte contre les légions romaines, et la masse affamée et difficile à gouverner des recrues était un obstacle à la défense ; il l'abandonna et ne retint que les chariots de guerre, dont il réunit 4,000, et dont les soldats, habitués à sauter à terre tout armés, pouvaient êtr*' 'mployés de deux manières, comme l'ancienne cavalerie

civique des Romains. Lorsque César fut en état de reprendre sa marche, il ne put le rencontrer nulle part; mais les chariots de guerre bretons harcelaient l'a! mée en tête et en flanc, faisaient évacuer le pays, ce qui était facile à ca ise du petit nombre de villes, empêchaient César d'envoyer des détachements et coupaient les communications. La Tamise fut passée par les Romains, à ce qu'il paraît, entre Kingston et Brentford ; on avançait, mais en réalité on gagnait peu de terrain; le général ne remportait aucune victoire, le soldat ne faisait aucurt butin, et le seul résultat réel, la soumission desTrinobanti, dans l'Essex actuel, fut moins le résultai de l'épouvante imposée par les Romains que de la haine qui existait entre ce canton et Cassivellaunus. Chaque pas en avant faisait croître le danger, et l'attaque que les princes de Kent firent sur l'ordre de Cassivellaunus contre le camp naval, quoiqu'elle n'eût pas réussi, était un avertissement de retour. La prise d'un grand camp de Bretons, dans lequel les Romains trouvèrent beaucoup de bélail fournit une conclusion passable d'une entreprise vaine, et un prétexte plausible pour s'en retourner. Cassivellaunus était assez prévoyant pour ne pas pousser à l'extrême un ennemi dangereux, et promit, comme César le désirait, de ne point inquiéter les Trinobanti , de payer une indemnité de guerre et de donner des otages : il ne fut pas quest on de livrer les armes et d'accepter une garnison romaine, et les prom^'sses laites n'étaient elles-mêmes, en ce qui regardait lavenir, ni sérieusement faites, ni sérieusement reçues. Après avoir reçu les otages, César se rendit à son camp de vaisseaux, et de là de nouveau en Gau.e. S'il avait aspiré, comme il le paraît, à conquérir la Bretagne, ce dessein avait complètement avorté, lant par suite de l'habile système de défense de Gassivrlluunus que par suite de rinsutïisance de la flotte ro-

maine à rames dans les eaux de la mer du Nord : il est certain que le tribut ne fut jamais payé. Quant au but secondaire, celui d'inquiéter les Celtes insulaires, et de leur persuader dans leur propre intérêt de ne point faire de leur île le rendez-vous de l'émigration continentale, il paraît avoir été atteint; du moins, on ne voit pas qu'on ait eu à se plaindre depuis de semblables actes de protection.

I.a conjaratiou des patriotes. — L'œuvre de refoulement des invasions germaniques et de la soumission du continent était accomplie. Mais il est souvent plus facile de soumettre une nation que ^de la maintenir dans la soumission. La rivalité d'hégémonie qui avait fait plus que l'attaque de Rome pour détruire la nation celte, fut supprimée par la conquête , lorsque les vainqueurs prirent l'hégémonie pour leur propre compte. Les intérêts isolés se réunirent : on se retrouva un peuple sous le joug commun, et ce qu'on avait compromis avec indifférence quand on l'avait, la liberté et la nationalité, on en sentait tout le prix, aujourd'hui qu'il était trop tard, et on en éprouvait une inexprimable tristesse. Mais éta.it-il trop tard? On s'avouait avec honte et colère, qu'une nation qui comptait au moins un million de combattants, s'était laissé conquérir par 50,000 Romains au plus. La soumission de la confédération de la Gaule centrale, sans coup férir, celle des Belges qui n'avaient fait que vouloir combattre, et au contraire la défense héroïque des Nerviens et des Vénètes, l'habile et heureuse résistance des Morins et des Bretons sous Gassivellaunus, tout ce qu'on avait tenté, manqué et accompli, excitait les patriotes à renouveler une tentative de délivrance avec plus d unité et de succès. Dans la noblesse celte surtout régnait une agitation qui puuvait h. chaque moment se changer en un sou-

lèvement général. Déjà avant la seconde expédition de Bretagne, au printemps de 700, César avait ju^é nécessaire de se rendre personnellement chez les Trévires, qui depuis qu'ils s'étaient compromis, en 6'.J7 (57), dans la bataille des Nerviens, ne paraissaient plus aux assemblées nationales et avaient entreteiu avec les Germains d'outro-Rhin,des relalions plus (lur^ suspectes. Jusque-là César s'était contenlé d'emmpnor avec lui en Bretagne dans le contingent de cavalerie les hommes les plus en vue du parti patriote, Induliomarus en particulier . il fil son possible pour ne pas voir la conspiration, pour ne pas hâter l'insurrection par des mesures violentes. Mais lorsque l'Éduen Duranorix, qui servait non seulement comme olficier de cavalerie, mais qui en réalité se trouvait comme otage dans l'armée destinée à la Bretagne, refusa péremptoirement de s'embarquer et au lieu' de cela repartit pour son pays. César ne put faire autrement que de le poursuivre comme déserteur : il fut saisi par un détachement lancé à sa poursuite, et comme il fit résistance, il fut massacré. 700 (54). Voir mettre à mort un des nobles les plus distingués d'un canton celte très puissant et jusque-là le moins dépendant des ' Romains, ce fut un coup de tonnerre pour toute la noblesse celte : chacun de ceux qui étaient dans les mêmes sentiments, et c'était la grande majorité voyait dans cette catastrophe l'image de celle qui l'attendait. Si l'enthousiasme patriotique avait décidé les chefs de la noblesse celte à conspirer, la crainte et la défense personnelle les obligeaient à attaquer L'hiver de 700-1 (54-3). à l'exception d'une lég.on laissée en Bretagne et d'une seconde dans le canton turbulent des Garnules (vers Chartres), toute l'armée romaine, forte de sept légions, se trouvait sur le territoiro belge La ramté dos subsistances tivail obliçré César à éparpiller ses lurces plus qu il n'avait coulume

de le faire : l'armée était divisée en six camps isolés établis dans les cantons des Beilovaques, des Ambiens, des Morins, des Nerviens, des Rémi et des Éburons, Le dernier et le plus éloigné vers l'orient de ces caiiîps, était celui d'Aduatuca (probablement Tongres), dans le territoire des Éburons, dans lequel, sous les ordres de Quintus Titurius Sabinus, une ancienne légion incomplète et une complète formée depuis peu d'années, se vit tout d'un coup cernée par les milices des Éburons sous les rois Ambiorix et Caluvolcus. L'attaque était si inattendue que les détachements qui étaient absents ne purent être appelés et furent pris ; au reste, le danger n'était pas grand, caries munitions ne manquaient pas, et la tentative que liront les Éburons d'emporter d'assaut les retranchements romains, ne réussit pas. Mais le roi Ambiorix fit savoir au général romain que tous les camps de la Gaule avaient été attaqués le même jour et que les Romains étaient perdus, si les corps isolés ne se réunissaient point les uns aux autres; que Sabinus devait d'autant plus se hâter que les Germains d'outre-Rhin marchaient également contre lui, et qu'il leur laissait lui-même, par amitié pour les Romains, libre passage jusqu'au camp romain situé à deux jours de marche. Il y avait sans doute dans ces assertions quelque chose de fondé. Il n'était pas croyable, en effet, que le petit canton des Éburons qui, du reste, avait à se louer des Romains, eût pris sur lui seul la responsabilité d'une attaque : il n'en est pas moins incontestable que l'honneur aussi bien que l'habileté conseillaient de repousser la capitulation offerte par l'ennemi, et de tenir ferme au poste confié. Cependant, quoique dans le conseil de guerre plusieurs voix, et entre autres celle si importante de Lucius Aurunculeius Cotta, eussent conseillé cette conduite, le commandant décida d'accepter ces offres d'Ambio-

m. Les troupes romaines se mireni donc en marche; mais dans une vallée étroite située à un demi-mille à peine du camp, elles se trouvèrent cernées par les Eburons et sans aucune issue pour se dégager. Elles voulurent s'ouvrir un chemin à travers l'ennemi; mais les Eburons ne se laissèrent pas attirer à un combat à l'arme blanche et se contentèrent de jeter, de leur position inexpugnable, une grêle de traits sur les Romains. Sabinus, éperdu et cherchant auprès du traître un secours contre la trahison, demanda à Ambiorix un entretien qui lui fut accordé, mais il fut aussitôt désarmé avec les officiers qui l'accompagnaient et massacré. Apres la chute du général, les Eburons se jetèrent de tous côtés en même temps sur les Romains découragés et bri èrent leurs rang^ ; la plupart, et parmi eux Cotta, qui avait été antérieurement blessé, trouvèrent la mort dans cette attaque ; quelques-uns qui avaient réussi à regagner le camp abandonné se donnèrent la mort de leurs propres mains. Toute l'armée fut anéantie.

Cicéron attaqué. — Ce succès, tel que les insurgés auraient à peine osé l'espérer, excita un tel enthousiasme parmi les patriotes celtes, que les Romains ne furent plus sûrs d'aucun district, à l'exception des Éduens et des Rémi, et que le soulèvement gagna de tous côtés. Les Eburons poursuivirent leur victoire. Renforcés par le contingent des Aduatiques, qui saisirent avec empressement l'occasion de se venger du mal que leur avait fait César, et par les puissants Ménapiens, qui n'avaient pas encore été soumis, ils parurent sur le territoire des Nerviens, qu'ils entraînèrent, et tout l'essaim des barbares, au nombre de 60,000 hommes, se rua sur le camp romain élnbli dans le canton des Nerviens, Quintus Cicéron, qui y commandait, se trouvait avec un faible corps d'armée

LA SOUMT«?SION DE l'OCCIDENT 325

dans une situation difficile, d'autant plus que les assiégeants avaient appris de leurs ennemis à construire des retranchements, creuser des fossés, établir des toits et des tours mobiles à la manière romaine, et lançaient sur les toits de chaume du camp romain des balles de feu et des épieux enflammés. La seule espérance des assiégés était en César qui prenait ses quartiers d'hiver non loin de là, dans le voisinage d'Amiens, avec trois légions ; ce qui caractérise bien le sentiment qui régnait alors dans la contrée celte, c'est que pendant longtemps le général en chef ne soupçonna même pas la catastrophe de Sabinus et la situation dangereuse de Cicéron. Un cavalier celte, qui avait pu percer les lignes ennemies et arriver jusqu'à César fut le premier qui apporta cette alarmante nouvelle. A l'instant César leva son camp et partit avec deux faibles légions qui comptaient environ 7,000 hommes et 400 cavaliers ; mais il suftît de la nouvelle de son arrivée pour décider l'ennemi à lever le siège du camp. Il était temps ; il n'y avait pas un homme sur dix qui ne fût blessé. César, contre qui l'armée des insurgés s'était tournée, trompa l'ennemi sur ses forces par une ruse qui manquait rarement son effet; ils attaquèrent le camp romain dans les circonstances les moins favorables et essuyèrent une sanglante défaite. Un fait extraordinaire, mais qui caractérise la nation celte, c'est qu'il suffit de cette bataille perdue, ou plutôt de la présence de César sur le terrain dn la lutte, pour que cette insurrection, victorieuse au début et qui s'était étendue si loin, se terminât subitement. Nerviens, Ménapiens, Aduates, Éburons. retournèrent chez eux. Il en fut de même des contingents des cantons maritimes, qui avaient fait mine de tomber sur la légion de Bretagne. Les Tré- ■virfs. dont le chef Indutiomarus avait appelé les Éburons. les clients de ce puissant canton voitiu, à

cette attaque importante, avaient pris les armes à !a nouvelle de la catastrophe d'Aduatuca, et avaient pénétré sur le territoire des Rémi, pour attaqueriez légions qui y étaient cantonnées sous les ordres de Labiénus ; mais ils cessèrent également le combat.

César saisit avec empressement l'occasion d'ajourner au printemps suivant la répression des districts insurgés, pour ne pas exposer ses troupes à toute la rigueur de l'hiver gaulois et pour paraître sur le champ de bataille lorsque la levée ordonnée de trente nouvelles cohortes aurait remplacé l-^s quinze qui avaient été détruites. L'insurrection se répandit pendant cet armistice. Ses quartiers généraux dans la Gaule centrale étaient, soit les districts des Carnules et de leurs voisins les Senones (vers Sens), qui chassèrent du pays le roi qui leur avait été imposé par César, soit la contrée des Trévires, qui poussèrent toute l'émigration celte et les Germains d'outre-Rhin à prendre part à l'ins^urrection nationale, et apportèrent tous leurs contingents, pour lutter, au printemps, pour la seconde fois dans le torritoire des Romi, écraser le corps de Labiénus, et cherchor à se relier aux insurgés de la Seine et de la Loire. Les députés de ces trois cantons restèrent en dehors de l'assemblée nationale convoquée par César dans la Gaule centrale, et déclarèrent ainsi ouvertement la guerre, comme l'avait lait une partie des cantons belges par l'attaque du camp de Sabinus et de Cicéron. L'hiver tirait à sa fin, lorsque César avec son armée renforcée marcha contre les insurgés. Les tentatives des Trévires pour concentrer l'insurrection ne furent pas couronnées de succès ; les contrées puissantes furent contenues par la^présence des troupes romaines, celles qui se soulevèrent ouvertement furent attaquées isolément. Les Trévires furent les premiers écrasés par César lui-même. Les Sénôn ais

et les Carnutes éprouvèrent le même sort. Les Menapiens, le seul canton qui jamais n'avait été soumis aux Romains, fut obligé, par une attaque simultanée dirigée de trois côtés, de renoncer à la liberté si longtemps défendue. Labiénus préparait pendant ce temps-là aux Trévires la même destirjée. Leur premiers atiaque avait échoué, tant par suite du refus des cantons germaniques voisins de leur donnor des meruena.res que par k mort d'Indutiomarus. l'âme de tout le raouvement, qui avait succombé d.ms une escarmouche av-c les cavaliers de Labiénus. Mais ils ne renoncèrent pa? pour cela à leur entreprise. L»^urs recruteurs trouvèrent un meilleur accueil auprès des populations belliqueuses de la Germanie centrale, des Ghatti par exemple, qu'auprès des riverains du Rhin : ils avaient paru avec toutes leurs forces rassemblées devant Labiénus, et attendaient encore des contingents germains Mais comme Labiénus semblait ne vouloir plus attendre leur arrivée, mais «songer à une retraite précipitée, les Trévires, tr-.mpés par ce stratagème, attaquèrent avant même que les Germains fussent ^arrivés, et sur un terrain défavorable, où ils furent complètement défaits. Il ne restait plus aux Germains, arrivant trop tard, qu"à s'en retourner, et au canton des Trévires qu'à se soumettre ; le gouvernement tomba de lui-même aux mains du chef du parti romain, au beau-fils d'induliomarus. Ci ngétorix. Après ces expéditions de César contre "les Ménapiens et de Labiénus contre les Trévires, toute l'armée romaine *e rassembla su le territoire de ces derniers. Pour prévenir le retour des Germains, César s'était décidé encore une fois à traverser le Rhin, et s'il était possible, à livrer une bataille décisive contre un voisin incommode dans l'Ail emr-ne centrale. Mais les Ghatti, fidèles à leur tactiquo nabituelle^ se rassemblèrent pour la défense de la pairie

non pas à la frontière occidentale, mais dans l'intérieur des terres, sur le Harz, paraît-il ; César revint donc et se contenta de laisser un poste au passage du Rhin.

Ri'présailles contre l»"s Éburoiis. — On avait ainsi 'egléles comptes avec les insurgés : les Éburons seuls furent laissés de côté, mais non oubliés. Drpuis que César avait essuyé la catastrophe d'Aduatuca, il portail un vêtement de deuil, et avait juré de ne le quitter que lorsqu'il aurait vengé ses soldats massacrés non dans une bataille honorable, mais dans un guet-apens. Les Éburons restaient inactifs et consternés dans leurs chaumières, attendant, pendant que les cantons voisins se soumettaient l'un après l'autre aux Rom;iins. que la cavalerie romaine arrivât du territoire des Trévires, par les Ardennes, dans leur contréie On était si ^eu préparé à l'attaque, que le roi Ambioi'ix avait été prt^sque saisi dans sa maison et avait eu h peine le temps, tandis que ses gens se faisaient tuer pour lui, de se réfugier dans un bois voisin. Bientôt les cavaliers furent suivis de dix légions romaines. En même temps les populations environnantes reçurent la mission de traquer les Éburons fugitifs en commun avec les soldats romains, et de ravager leur territoire ; et cet appel fut entendu, entre autres par une horde téméraire de cavaliers sicambres qui ne voulaient pas plus de bien aux Romains qu'aux Éburons, et qui avaient failli par une attaque hardie emporter le camp romain à Adualuca. La destinée des Éburons fut misérable. Ils se réfuçrièrent dans les bois et les marais; mais il y avait plus dr> chasseurs que de gibier. Plusieurs se donnèrent la mort comme le vieux prince Caluvolcus : peu d'entre eu.\ purent sauver leur vie et leur liberté, et parmi oux l'homme que les Romains redoutaient le plus, le

LA SOUMISSION DE l'oCCIDENT 32£

prince Ambiorix ; il passa le Rhin avec quatre cavaliers seulement. Après cette exécution contre le canton qui avait été le plus agité, commencèrent dans les autres contrées les procès de haute trahison contre les particuliers. Le temps de la clémence était passé. Suivant la sentence du proconsul romain, un chevalier distingué des Carnutes, Acco, fut décapité parleslicteurs romains, 701 (53), et le règne de la hache et des faisceaux fut ainsi consacré. L'opposition fut muette : le silence régna partout. César passa les Alpes, suivant sa coutume, dans l'arrière-saison de 701, pour consacrer l'hiver à regarder de près les affaires, de plus en plus troublées, de la capitale.

Deux.iènie insurrecliou. ^L'habile calculateur avait mal calculé cette fois. Le feu était assoupi, mais non éteint. Toute la noblesse celte avait ressenti le coup sous lequel Acco était tombé. La situation demandait donc plus de prudence que jamais. L'insurrection du dernier hiver n'avait échoué que parce que César avait paru sur le champ de bataille ; maintenant il était loin, arrêté au Pô par l'imminence delà guerre civile, et l'armée de Gaule, qui était rassemblée sur la Seine supérieure, bien éloignée du général redouté. Si un soulèvement général éclatait en Gaule, l'armée romaine pouvait être cernée, la vieille province romaine,, mal gardée, pouvait être envahie avant que César pût passer les Alpes et lorsque les événements d'Italie l'empêcheraient de s'occuper davantage de la Gaule. Des conjurés de tous les cantons de la Gaule centrale se rassemblaient ; les Carnutes, irrités par l'exécution d'Acco, voulaient prendre les devants. Un jour férié de l'hiver 701-2 (53-2), les chevaliers carnules Gutruatus et Gonconnetodumnus donnèrent à Genabum (Orléans), le signal du soulèvement et massacrèrent les Romains qui s'y trouvaient. La plus grande agitatioa

330 HIsrolUE RÛ.MA'.NK

se répandit dans toute la grande contrée celte, partout les patriotes se soulevèrent. Mais rien n'enleva plus la nation que la levée de boucliors des Arvernes. Le gouvernement de ce canton, qui sous ses rois avait été jadis le premier de la Gaule méridionale et qui même après les malheurs qui avaient suivi sa lutte malheureuse avec Rome était encore un des plus riches, des plus civilisés et des plus puissants de toute la Gaule, avait été jusque-là inébranlablement fidèle à Rome. Le parti patriote était encore en minorité dans le conseil du gouvernement : une tentative de ce parti pour favoriser l'insurrection, échoua. Il dirigea alors toutes ses attaques contre le conseil du gouvernement et contre la constitution elle-même, d'autant plus que le changement conslilulionnel qui avait placé, au lieu d'un prince, un sénat à la tête du pays avait eu lieu après la victoire des Romains et vraisemblablement sous leur influence. Le chef des patriotes arvernes, Vercingétorix, un de ces nobles, comme nous en rencontrons chez les Celtes, avait une situation presque royale dans son canton et à l'étranger, et de plus c'était un homme prudent, brave et habile. Il abandonna la capitale et appela les populations des campagnes, aussi ennemies de l'oligarchie que des Romains, à rétablir la royauté arverne et à déclarer la guerre à Rome. La multitude l'écouta vite ; le rétablissement de la royauté de Lucterius et Betuitus était en même temps la déclaration de guerre contre Rome. L'unité qui avait manqué jusque-là à toutes les tentatives de délivrance du joug étranger se trouvait enfin dans le nouveau roi des Arvernes qui prenait de lui-même le pouvoir. Vercingétorix fut pour les Celtes du continent ce ([ue Cassivollaunus avait été pour les Celtes insulairos : les masses étaient pénétrées du sentiment que 81 jamais un homme pouvait soulever la nation, c'était celui-là. L'insurrection s'était rapidement propagée

LA SOUMISSION DE L'OCCIDENT 33i

de l'ouest vers les bouches de la Garonne à celles de la Seine, et Vercingétorix y avait été reconnu comme général par tous les cantons : quand le conseil du gouvernement s'y opposait, la multitude l'obligeait à prendre parti pour l'insurrection ; quelques cantons seulement, comme celui des Bituriges, se laissèrent forcer à y accéder, et peut-être seulement pour la forme. Le soulèvement trouva des circonstances moins favorables dans les contrées de l'est de la Loire supérieure. Tout dépendait là des Èduens, et ceux-là hési taient. Le parti patriote était très puissant dans ce canton; mais le vieil antagonisme contre les Arvernes les empêchait de se décider, au grand détriment de l'insurrection ; caria résolution des cantons orientaux, les Séquanais et les Helvètes, était subordonnée à celle des Éduens, et dans cette partie de la Gaule tout dépendait d'eux» Tandis que les insurgés tra^'aillaient à décider l'accession des cantons enccire htsitants, et en particulier celui des Éduens, et à s'emparer de Narbo , but en vue duquel Vercingétorix avait déjà repoussé le corps de Lucterius jusqu'au Tarn, au milieu de l'hiver, au moment oii amis et ennemis s'y attendaient le moins, le général romain parut dans la province méridionale. Il fît rapidement non seulement les préparatifs nécessaires pour la couvrir, mais encore il envoya, en lui faisant traverser les Cévennes couvertes de neige, un corps d'armée sur le territoire des Arvernes. Il n'entendait pas rester dans ces lieux où la défection des Éduens pouvait à chaque instant le couper de son armée stationnée vers Sens et Langres. Il se rendit par une marche silencieuse à Vienne et de là, accompagné seulement de quelques cavaliers, par le territoire des Éduens, vers ses troupes. Les espérances qui avaient poussé les insurgés à l'action faiblissaient : il y avait la paix en Italie, et César était toujours à la tête de son armée» ^.j jj^

l,e plan de guerre des GniBSinis. — Mais par où devaient-ils commencer? G'éLail une folie, dans de pareilles circonstances, que de confier tout au sort des armes ; car les armes n'avaient déjà que trop décidé contre eux. Autant eût valu chercher à ébranler ie^ Alpes avec des pierres que les légions riimaines avec des hordes celtes, soit que celles-ci se lussent battues en masses compactes, ou que chacun des cantons se fût sacrifié isolément. Vercingétorix renonça donc à attaquer les Romains. Il prit un système de guerre semblable à celui par lequel Cassivellaunus avait sauvé les Celles insulaires. On n^ pouvait vaincre l'inlanterie romaine ; mais la cavalerie de César était presque exclusivement formée des contingents de la noblesse celte, et était en fait dissoute parla défection universelle. L'insurrection qui venait déjà de la noblesse celte pouvait prendre dans cette arme une telle supériorité, qu'elle pouvait faire un désert de la contrée, incendier les villes et les villages, anéantir les approvisionnements, mettre en péril la défense ef ieb communications de l'ennemi, sans que celui-ci pût s'y opposer sérieusement. Vercingétorix dirigea donc tous ses cfTorts vers l'augmentation de sa cavalerie, et, suivant le système militaire d'alors, des corps d'archers qui opéraient avec elle. Il ne renvoya pas l'inutile infanterie de la milice dont les forces se paralysaient d'elles-mêmes ; mais il ne la laissa pas en présence de l'ennemi, et chercha à lui donner des qualité.»^ de marche et de manœuvre, et à lui apprendre que k soldat n'était pas fait seulement pour croiser le fer. Il apprit de l'ennemi le système de campement romain, qui était le secret de la suprématie de la tactique romaine ; car il réunissait pour un corps romair: tous les avantages de la défense fortifiée avec ceu:: d'une armée ofl'ensive. Ce système était tort bien approprié h la Bretagne, pauvre en villes et à ses rude;.

habitants toujours réunis ; mais il était difficile de l'imposer tel quel aux riches cantons de la Loire et à leurs habitants qui étaient à la veille d'une entière dissolution politique. Vercingétorix comprit qu'il ne fallait pas, comme on l'avait fait jusque-là, essayer de défendre toutes les villes, ce qui faisait qu'on n'en pouvait garder aucune ; il fallait s'entendre pour anéantir, avant qu'on les attaquât, les villes impossibles à défendre, et réunir ses forces pour la défense des villes fortifiées. Le roi des Arvernes fît donc tout ce qu'il put pour lier à la cause nationale les lâches et les faibles par une rigueur impitoyable, les Sidécis par les prières et les représentations, les intéressés par l'argent, Ijes adversaires décidés par la violence, et exalter le patriotisme chez les nobles et la haibc dans la plus vile multitude.

Commencement de la lutte. — Avant que l'hiver fût terminé, Vercingétorix se jeta sur les Boïens, établis par César sur le territoire des Éduens^ pour anéantir les seuls alliés sur lesquels Rome pût compter, avant l'arrivée de ce général. A la nouvelle .de cette attaque. César, laissant en ar.rière son bagage et deux légions dans les quartiers d'hiver de Agedincum (Sens), résolut de marcher contre les insuro-és plus tôt qu'il n'en avait le dessein. Il remédia autant qu'il put au manque de cavalerie et d'infanterie légère, en adjoignant à son armée, peu à peu, des mercenaires germains, qui échangèrent leurs petits chevaux contre ceux d'Espagne et d'Italie, qu'on acheta ou qu'on requit des officiers. César, après avoir saccagé et réduit en cendres la capitale des Carnutes. Genabum, qui avait donné le signal du soulèvement, retourna sur la Loire dans le pays des Bituriges. Il réussit par là à faire renoncer Vercingétorix au siège de la capitale des Boïens et à le faire

marcher vers les Bituriges. Ce fut là pour la première fois qu'on fît, l'épreuve du nouveau système militaire. Sur l'ordre de Vercingéiorix. plus de vingt villes des Bituriges furent livrées aux flammes : la même destinée l'ut réservée par le général aux cantons voisins, aussi loin que les détachements romains pouvaiont parvenir. Il devait en être de même, suivant son avis, de la riche et puissante capitale des Bituriges, Avaricum (Bourges); mais la majorité du conseil de guerre écouta les supplications des magistrats d^- la ville, et ordoimn la défense vigoureuse de la cité. La guerre se concentra donc autour d'Avaricum. Vercingétorix établit son in anterie au milieu des marais voisins de la ville,dans une situation tellementinattaquable, qu'il pouvait la défendre contre les légions romaines sans être couvert par de la cavalerie. Celle des Celtes couvrit donc toutes les routes et coupa toutes les communications. La ville fut fortement occupée et entre elle et l'armée qui était devant ses murs, il y avait une communication complète. La position de César était très difficile. La tentative d'attirer l'infanterie celte au combat échoua : elle ne sortit pas de ses lignes inexpugnables. Avec quelque bravoure que les soldats se retranchassent et combatissent devant la ville, les assiégés rivalisaient avec eux d'habileté et d'ardeur, et ils réussirent presque à mettre le feu au matériel de siège de leurs adversaires. Une telle résistance rendait plus difficile le problème de nourrir une armée da près de 60,000 hommes dans un pays ravagé et parcouru en tous sens par de la cavalerie. Les faibles approvisionnements des Boïens furent bientôt épuisés: le ravitaillement promis par lesÉduens n'arrivait pas; déjà le grain manquait et le soldat ne recevait plus que des rations de viande. Cependant le moment approchait où la ville, quelque résignée à la mort que se montrât lagarnison, ne pouvait tenir plus longtemps.

Il n'était pas encore impossible de faire sortir les troupes nuitamment et de détruire la ville, avant que l'ennemi s'en emparât. Vercingétorix prit ses dispositions à cet effet ; mais les cris que poussèrent les tommes et les enfants au moment de se mettre enmanhe attirèrent l'attention des Romains : l'expédition manqua. Le jour suivant, jour de brouillard et de pluio, les Romains donnèrent l'assaut, et irrités par cette résistance obstinée, ils n'épargnèrent ni le sexe ni l'âge.

ATaricnni prÊse. — La prise d'Avaricum (printemps de 702 (52), fut le premier succès remporté sur l'insurrection, et d'après l'expérience antérieure, César devait penser qu'elle ne ferait plus de progrès et qu'il n'aurait plus qu'à traiter avec des cantons isolés.

César divise son armée. — Après s'être porté avec son armée dans le canton des Éduens, et avoir obligé au silence, par cette imposante démonstration, le parti patriote pour quelque temps, il partagea son armée et envoya Labiénus à Agedincum pour y rejoindre les troupes qui y avaient été laissées et avec quatre légions repousser le mouvement sur le territoire des '"arnutes et des Sénonais qui étaient enc'jre à la tête de l'insurrection, tandis que lui-même avec les six autres légions se dirigeait vers le sud et se préparait à porter la guerre dans les montagnes arvernes, la vraie citadelle de Vercingétorix.

liabiénns devant liiiièce. — Labiéniv; descendit d'Agedincum par la rive gauche de la Seine, pour s'emparer de la ville de Parisiensis Lutetia (Paris), située sur une île do la Seine, et de cette position assurée et placée au milieu de la contrée insurgée, tra-

vailler à la soumettre. Mais il trouva le chemin barré devant Melodunura (Melun) par toute l'armée des insurgés qui, suds le commandement du vieux Camulogène, s'était portée dans des marais inaccessibles. Labiénus se retira un peu en arrière, passa la Seine à Melun, et arriva sans obstacle à Lutèce. Alors Gamulogène fit brûler cette ville et rompre les ponts qui conduisaient sur la rive gauche, et Labiénus prit en face de Camulogène une position qui le mettait hors d'état de l'attirer au combat et de passer le fleuve sous les yeux de l'armée ennemie.

Ccsnr flcvn<!i( Gcrgovie. — L'armée principale des Romains arrivait de son côté à l'Allier et dans les cantons des Arvernes. Vercingétorix chercha à lui barrer le passage du fleuve sur la rive gauche, mais César déjoua son stratagème, et campa quelques jours après devant la capitale des Arvernes, Gergovia. Vercingétorix cependant, déjà môme au temps où il cherchait Gésar sur l'Allier, avait fait approvisionner Gergo^^a, et avait fait établir un camp retranché avec un rempart de pierre sur le haut d'une colline qui dominait la ville, et comme il avait de l'avance sur Gésar, il l'attendit devant Gergovia, dans le camp fortifié et sous ses murailles. Gésar, avec une armée relativement faible, ne pouvait ni assiéger régulièrement la place ni la bloquer d'une manière efficace ; il campa derrière la hauteur occupée par Vercingétorix, et imita l'inactivité de son adversaire. Pour les insurgés, c'était presque un triomphe que de voir Gésar, après avoir marché de triomphe en triomphe, s'arrêter à l'Allier comme à la Seine. En fait les conséquences de ce temps d'arrêt équivalaient pour Gésar à une défaite. Les Éduons, qui avaient hésité jusque-là, parurent se décider à se joindre au parti patriote; déjà le contingent que César avait fait

LA SOUMISSION DE l'OCCIDENI 337

envoyer au camp, s'était çrononcé en route, à l'instigation des officiers, pour l'insurrection : déjà on avait commencé à dépouiller et à massacrer les Romains établis dans le pays. Cependant César avait été, avec les deux tiers de l'armée de blocus, au devant du corps d'armée éduen qui devait le rejoindre devant Gergovia, et sa seule apparition l'avait ramené à une obéissance nominale ; mais c'était là un succès sans valeur et incomplet, dont les conséquences étaient achetées trop cher par le péril qu'il faisait courir aux deux légions placées devant Gergovia. VercingélorLx mettant à profit l'éloignement de César avec promptitude et décision, avait fait une attaque sur le camp : et il s'en fallut de rien qu'il ne fût pris. L'incomparable célérité de César empêcha seule une seconde catastrophe comme celle d'Aduatuca. Les Éduens promettaient une meilleure conduite ; mais il fallait s'attendre, si le blocus se prolongeait sans succès, à les voir se mettre du côté de l'insurrection et forcer par là César à lever le siège : car leur défection romprait les communications entre lui et Labiénus, et il devait assurément courir dans son isolement le plus grand danger. César était décidé à ne pas en venir là, et quelque pénible et dangereux qu'il fût d'abandonner le siège de Gergovia, de le faire puisqu'on ne pouvait l'éviter, et de rentrer sur le territoire des Eduens, pour les empêcher à tout prix de se déclarer formellement pour l'insurrection. En faisant cette retraite peu conforme à sa nature ardente et confiante, il fit une dernière tentative pour sortir par un brillant succès de cette situation difficile.

César battu devant Gergovie. — Tandis que la masse de la garnison de Gergovia était occupée à retrancher ce côté vers lequel on attendait le prochain assaut, le général romain vit jour à se précipi-

ter sur un endroit moins bien gardé. En fait les colonnes d'assaut franchirent la muraille, et occuporent les parties les plus voisines dn camp; mais déjà toute la garnison avait reçu l'alarme et César ne iugea pas prudent de renouveler l'assaut. 11 donna le signal de la retraite ; mais les légions les pius avancées, entraînées par le succès, n'entendirent pas ou ne voulurent pas entendre, et se précipitèrent sur les murailles, quelques soldats même jusque dans la ville. Mais des masses plus épaisses se jetèrent devant eux; les premiers tombèrent, les colonnes s'arrêtèrent : au reste, les centurions et les légionnaires luttèrent avec un héroïsme incroyable ; les assiégeants furent repoussés avec des pertes considérables de la ville et de la montagne; les troupes de César massées dans la plaine les reçurent et empêchèrent un plus grand désastre. La prise attendue de Gergovia s'était changée en une délaite et une perte considérable en morts et blessés. On compta que 700 soldats avaient péri, plus 43 centurions : encore étaitce là la partie la moins importante du désastre. La situation prédominante de César en Gaule tenait surtout à son prestige victorieux, et s-mi prestige commençait à s'évanouir.

SouBëvement des Éduens. — Déjà la bataille devant Avaricum, la tentative vaine qu'il avait faite d'attirer l'ennemi au combat, la défense résolue de la ville et sa prise, due presque au hasard, tout cela avait un cachet fort différent de la première guerre des Celtes, et avait fortifié plutôt qu'ébranlé la confiance des Celtes en eux-mêmes et en leur général. Le nouveau système de guerre qui consistait, sous la protection des forteresses, à présenter le front à l'ennemi dans des camps fortifiés, avait réussi tant à Lulèce qu'à Gergovia. Enfin cette défaite, la pre-

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mière que César eût essuyée de la part des Celtes, couronnait le succès et donna le signal d'une seconde reprise de l'insurrection. Les Éduens rompirent ouvertement avec César et s'allièrent à Vercingétorix. Leur contingent, qui se trouvait encore dans l'armée de César, non seulement l'abandonna, mais enleva, par la même occasion, à Noviodunum sur la Loire, le dépôt de l'armée de César, où les armes, les magasins, une quantité de chevaux de remonte et tous les otages des insurgés tombèrent entre leurs mains.

SoirlèTcment des Belles. — Mais la conséquence la plus grave fut qu'à cette nouvelle les BelQ:es, qui s'étaient tenus jusque-là éloignés du mouvement, commencèrent à s'agiter. Le puissant canton des Bellovaques se disposa à attaquer par derrière le corps de Labiénus, au moment où il rencontrait à Lutèce la levée des cantons de la Gaule centrale. Tout était prêt partout ; la puissance de l'enthousiasme patriotique entraînait les partisans les plus dévoués et les plus favorisés de Rome, comme par exemple le roi des Atrébates Commius, qui à cause de ses fidèles services, avait reçu des Romains, pour lui tt pour les siens, d'importants privilèges, L'étendard de l'insurrection fut levé jusque dans la vieille province romaine : on caressait, non sans raison, l'espérance de soulever contre Rome même les Allobroges. A l'exception des Rémi et des dix districts dépendant d'eux, des Suessions, des Leuces et des Lingones, dont le patriotisme ne se laissa pas gagner par cet enthousiasme universel, pour la première fois et pour la dernière, toute la nation celtique des Pyrénées jusqu'au Rhin était en armes pour sa liberté et sa nationalité : tandis que, chose remarquable, les anciennes communautés germaniques, qui dans les soulèvements précédents marchaient en tête, se

3i0 HISTOIRE ROMAINE

tenaient cette fois dans la réserve. Même les Trévires, et même paraît-il, les Ménapiens, furent empêchés par leurs discordes avec les Germains de prendre une part active à la guerre nationale.

Plau de guerre «le César. — Ce fut un moment décisif que celui où après la retraite de Gergovia et la perte de Noviodunum, on tint conseil dans le camp de César sur les mesures à prendre. Plusieurs voix se prononcèrent pour le retour par les Cévennes dans l'ancienne province romaine , qui était ouverte de toutes parts à l'insurrection et qui avait un besoin pressant, pour se défendre, des légions envoyées de Rome. Alais César rejeta cette tactique dictée non par la situation des choses, mais par les instructions dn gouvernement et la erainte de la responsabilité. Il se contenta d'appeler sous les drapeaux dans la province les milices romaines et de leur iaire garder les frontières autant que cela serait possible,

César se réuuit à Labiénns. «■ Il se dirigea, quant à lui, du côté opposé et arriva par marches forcées à Agedincum, en commandant à Labiénus de se retirer en arrière le plus possible. Les Celtes empêchèrent néanmoins la réunion des deux armées romaines, Labiénus, après avoir par des mouvements habiles, traversé la Seine à Lutèce, en trompant l'ennemi, avait eu à soutenir contre lui, sur l'autre rive, un rude combat ; mais il avait ramené et avec beaucoup d'autres le général celte ; le vieux Gamulogène resta sur le terrain.

Préparatifs de l'invasion à Alésia. ^ Les

insurgés ne parvinrent pas davantage à retenir César sur la Loire. César ne leur donna pas le temps d'y rassembler de grandes masses, et dispersa les milices

des Éduens sans beaucoup de peine. Ainsi la réunion des deux armées s'accomplit heureusement,. Les insurges pendant ce temps-là avaient discuté le plan de la guerre future à Bibracte (Autun), capitale d<îs Éduens : l"àrae de cette assemblée était encore Vercingélnrix, que la nation suivait avec confiance depuis sa victoire de Gergovia. Le patriotisme ne s'était pas éteint. Les Éduens, au milieu de ce duel à mort de la nation, soulevèrimt leurs prétentions à l'hégémonie, et firent à l'assemblée la proposition de donner le commandement à l'un des leurs au lieu de Vercingétor^x. Mais les députés non seulement n'y consentirent pa^î, mais encort» ils confirmèrent Vercingétorix dans Sun commandement, et adoptèrent son plan de guerre sans altération, (''était en somme le même suivant lequel il avait opéré à Avaricum et à Gergovia. La pierr? angulaire de la nouvelle position était la forteresse des Mandubiens, Alésia (Alise Sainte-Reine) près Seraur, Gôte-d'Or), et on devait y établir un camp retranché. D'immi'nses approvisionnements y avaient été rassemblés et les troupes de Gergovia avaient reçu ordre de s'y rendre : la cavalerie, conformément aux résc- .lutions de l'assemblée du peuple, avait été portée à 15,000 chevaux. Lorsque César encore à la tête de dix légions, s'approcha d'Agedincum, pour chasser l'ennemi des anciennes positions romaines, il ne trouva guère rien à faire dans ce sens à l'Bxception d'une incursion sur le territoire des Helviens, sur les contreforts méridionaux des Gévennes, les insurgés n avaient pas opéré dans cette direction. Les préparatifs étaient au contraire terminés à Alésia, et César était obHgé, pour la troisième fois de cette année, de prendre l'ofîénsive contre une armée considérable campée sous une forteresse, bien approvisionnée; et pourvue d'unft innombrable cavalerie. Non loin d'Alésia 1 rencontra larmée des insurgés commandée par Veremgétorix ;

et dans un combat, que les escadrons germains de Uésar, appuyés par l'infanterie romaine placée sur leurs derrières, livrèrent à la cavalerie celte, qui était beaucoup plus nombreuse, celk-ci eut le dessous au grand étonnement de tous.

CésHr derant Alcsîa. — i Vercingétorix ne s'en iiâ;a que plus de se renfermer dan» Alésia; César, marcbant sur ses talons, l'y suivit. Vercingétorix avait le dessein de mettre son infanterie à couvert sous la protection de la forteresse comme à Avaricum et à Gergovia, et de tenir les communications ouvertes au moyen de sa cavalerie qui romprait au contraire celles de l'ennemi. Mais il en arriva auti ement.

Sièg:e d'AlésiiA. — Si les Celtes n'avaient rencontré jusque-là qu'une partie des légiuns romaines, toutes les forces de César étaient réunies dans les lignes d'Alésia. La cavalerie ceite déjà découragée par une défaite infligée par un corps moins nombreux, fut battue par la cavalerie germaine de César dans toutes les rencontres, Lea- lignes de circonvallation des assiégeants avaient plus de quatre lieues d'étendue, et entouraient la ville et le camp retranché. Vercingétorix était décidé à livrer un combat sous les murs, mais non pas à être assiégé dans Alésia. Les approvisionnements de la ville, quoique abondants, n'auraient pas suffi à beauco jp près pour une armée de 80,000 hommes d'infanterie et 15,000 cavaliers, sans compter une population considérable. Vercingétorix dut se convaincre que son plan de bataille tournait cette fois centre lui, et qu'il était perdu, si la nation tout entière ne se hâtait de venir délivrer son général. Lorsque les lignes romaines furent terminées, la ville avait encore pour un mois et quelques jours de vivres ; au dernier moment, lorsque la voie était encore libre pour la cavalerie, Vercingé-

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tcrix renvoya toute la sienne et transmit en môme temp? aux chefs de la nation l'avis d'appeler toute la population aux armes, et de la mener à la délivrance d'Alésia. Lui-même, résolu à porter la responsabilité du plan de guerre qu'il avait proposé, entra dans la forteresse pour partager la bonne ou la mauvaise fortune des siens. César se résolut à assiéger et à être assiégé : il étendit ses lignes de- circonvallation du côté extérieur pour se garder, et se pourvut d'approvisionnements considérables. Les jours passaient : déjà on n'avait plus de blé dans la forteresse, déjà on avait dû expulser les malheureux habitants de la ville, qui erraient entre les deux camps, également repoussés des deux côtés. C'est alors que se montrèrent à la dernière heure, derrière les lignes de César, les innombrables troupes de l'armée celto-belge, 250,000 fantassins et 8,000 cavaliers. Du Canal jusqu'aux Cévennes, les cantons insurgés avaient fait de suprêmes efforts pour sauver la fleur des patriotes et le général de leur choix ; seuls les Bellovaques avaient répondu qu'ils étaient décidés à se battre contre les Romains, mais pas en dehors de leurs ftontiôres.

Bataille devant Alésia. — Le premier assaut que les assiégés d'Alésia et l'armée de délivrance donnèrent aux doubles lignes des Romains fut repoussé ; mais lorsqu'après un jour de répit, on le renouvela, on arriva à un endroit où le retranchement passait sur le contrefort d'une montagne et pouvait être attaqué de la hauteur; on réussit à combler les fossés, et à repousser les assiégés de la muraille. Labiénus, envoyé par César en ce lieu, prit les cohortes les plus voisines et se jeta sur l'ennemi , sous les yeux du général, qui intervint lui-même au moment le plus critique ; les agresseurs furent repoussés dans une lutte désespérée, et la cavalerie tombant d'un auLra

côté et les prenant en queue, compléta la défaite. C était plus qu'une grande victoire: c'en était fait d Alésia. et même de la nation celtique. L'armée celte, complèlement découragée, quitta le champ de bataille pour retourner dans ses fovers. Vercingétorix aurait peut-être pu s'enfuir, ou avoir recours à la dermere ressource de l'homme libre : il ne le fit pas • naais déclara dans le conseil de guerre, que puisqu'il n avait pas réussi à briser la domination étrangère >1 eîail prêt à se sacrifier et à détourner sur sa tête' autant que possible, la ruine de la nation celte. C'est -e qu il fît. Les officiers celtes livrèrent le chef élu de toute la nation à l'ennemi de k patrie, qui devait le punir individuellement. A cheval et en grande armure, le roi des Arvernes parut devant le proconsul romain, et fît le tour du tribunal ; puis il remit ses armes et son cheval, et s'inciina silencieusement aux pieds du vainqueur. Cinq ans plus tard, il fut conduit en triomphe à travers les rues de la c;ipitale. et déclaré traître à la nation romaine, il fut décapité au bas du Capitole au moment même où son vainqueur allumait sur le sommet le sacrifice d'actions de grâces De même que dans les jours pluvieux le soleil paraît au déclin du jour, la destinée voulut donner encore un grand honneur à cette nation qui disparaissait. Comme Hanmhal parut au déclin de l'histoire des Phéniciens, Vercingétorix apparaît à la fin de l'histoire des Celtes. Ni l'un ni l'autre ne put délivrer sa patrie du joug étranger; mais ils lui épargnèrent au moins le dernier des maux, celui de périr honteusement. Vercmgétorix, comme le Carthaginois, avait eu à lutter non seulement contre l'ennemi de sa patrie mais surtout contre l'opposition antinationale, et l'indolence qui accompagne régulièrement une civilisation décrépite : ce qui lui assure une place dans l'histoire, ce ne sont pas ses batailles et ses sièges, mais

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bien d'avoir pu donner à une nation divisée et livrée au particularisme un point d'appui et un ceat-'e en sa personne. Et cependant on ne peut imngin- r de contraste plus frappant que celui qui existe entre l'obstiné citoyen de Carthage suivant pendant quinze ans de grands desseins avec une indomptable énergie, et l'habile prince des Celtes, dont les grandes actions et le généreux sacrifice s'accomplirent dans l'espace d'un été incomplet. Toute l'antiquité ne présente pas un homme plus chevaleresque par les sentiments comme par l'extérieur. C'était le chevalier, ce n'était pas le héros qui refusa de fuir d'Alésia, quand la nation tenait plus à lui qu'à des centaines de mille citoyens ordinaires. C'était le chevalier et non pas le héros qui se livra volontairement, quand ceiLe offre ne pouvait plus servir à rien qu'à déshonorer publiquement la nation qui, avec autant de lâcheté que d'absurdité, laissa décorer du nom de rébellion contre ses maîtres la lutte à mort qu'elle soutint pour sa liberté. Combien Hannibal avait été différent dans une situation semblable ! Il n'est pas possible de juger sans une profonde sympathie historique et humaine lé noble roi des Arvernes; mais tout est dit sur la nation celte, quand on dit que son plus grand homme ne fut qu'un chevalier.

Les derniers combats. — La chute d'Alésia et la capitulation de l'armée qui la défendait étaient pour l'insurrection elle-même un effroyable désastre : cependant la nation en avait supporté d'aussi écrasants, et la guerre avait recommencé. Mais la perte de Vercingétorix était irréparable. L'unité de la nation était née avec lui, il sembla qu'elle dût disparaître avec lui. Nous ne voyons pas que l'insurrection ait fait une nouvelle tentative de défense commune et ait nommé un autre général en chef: la ligue des patriotes

346 HISTOIRE ROMAT"":

tomba d'elle-même, et chaque État resta libre da continuer pour son compte la guerre avec les R imains ou de s'y soustraire. Naturellement on vit prévaloir une soif avide de repos. Mais César avait intérêt d'en finir au plus vite. Des dix années de son gouvernement, il y en avait sept de passées, et la dernière lui était disputée par ses adversaires politiques de la capitale ; il ne pouvait plus compter avec certitude que sur deux étés, et si son intérêt comme son honneur exigeaient qu'il donnât à son successeur les contrées nouvellement acquises \aincues et pacifiées, le temps lui était mesuré étroitement pour y parvenir. La clémence était un besoin aussi grand pour ,e moins pnur le vainqueur que pour les vaincus, et! César dut remercier son étoile de ce que la division et * la légèreté des Celtes fit pour lui la moitié du chemin. Là où il y avait un fort parti romain, comme dans les deux cantons les plus puissants de la Gaule, ceux des Éduens et des Arvernes, aussitôt après la paix d'Alésia, on rétablit les anciennes relations avec Rome, et les prisonniers mêmes, au nombre de 20,000, furent renvoyés sans rançon, tandis que ceux des autres clans servaient desclaves aux légionnaires. De même que les Éduens et les Arvernes, le plus grand nombre des canto.is gaulois se résignèrent à leur destinée, et sans plus d'opposition, ils subirent sans murmurer l'inévitable châtiment. Mais ils n'en demeurèrent pas moins dans l-^ur folle légèreté et leur sombre désespoir, jusqu'au moment où les troupes char-j gées de l'exécution parurent à leurs frontières. Des! expéditions semblables furent dirigées dans l'hive^ de 702-3 contre les Bituriges et les Carnutes. Les Rc mains Irouvèrent une plus vive résistance chez les Bellovaques qui, l'année qui avait précédé le siège d'Alésia, s'étaient déclarés pour l'alliance nvec les Atrébdtes. lus Uimbi-icuaj ie^ Calètes et d'autres cas^

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tons belges : ils semblaient vouloir prouver que ce n'étail pas faute de courage et d'amour de la liberté qu'ils avaient succombé d.sns ces jours d'épreuve. Une part brillante à ces combats fut prise par le roi des Atrébales Gommius, auquel les Romains pardonnaient moins qu'à tout autre sa participation à l'insurrection, et que Labiénus avait tenté traîlreusement de faire assassiner : il amenait aux Bellovaques 500 cavaliers germains, dont ils avaient pu apprendre la valeur l'année précédente. Le Bellovaque résolu et habile, Gorréus, qui avait reçu la direction supérieure de la guerre, la dirigea comme Vercingéto>'ix, et avec un égal succès ; Gésar, quoiqu'il y employât une plus grande partie de l'armée, ne put ni obliger l'inlanlerie ennemie à combattre, ni l'empêcher de prendre une position qui la protégeait mieux contre les forces accrues de Gésar; les cavaliers romains, particulièrement les contingents celtes, eurent beaucoup à souffrir dans différents combats de la cavalerie ennemie, surtout des Germains de GommiUs. Mais après que Gorréus eut trouvé la mort dans une escarmouche avec les fantassins romains, la résistance l'ut brisée ; le vainqueur ofi'rit des conditions supportables que les Bellovaques acceptèrent ainsi que leurs alliés. Los Trévires furent ramenés à l'obéissance par Labiénus, et en même temps le territoire des Éburons était ercore une fois traversé et ravagé. Ainsi la dernière résistance de la conspiration belge était brisée. Les cantons maritimes ligués avec leurs voisins de la Loire firent encore une dernière tentative pour se délivrer de la domination romaine. Des hordes d'insurgés des cantons des Andes, des Garnutes et autres districts environnants, se rassemblèrent sur la Loire inférieure et attaquèrent, à 1 3monum (Poitiers), le prince des Piétons qui favorisuit les Romains. Mais ils rencontrèrent bientôt une força

pomaine considérable : les insurgés durent lever le siège et se retirer pour mettre la Loire entre eux et leurs adversaires ; néanmoins ils furent surpris dans leur marche et battus, ce qui détermina la soumission des Garnutes et des autres cantons soulevés, même ceux de la mer. La résistance était à bout, c'est à peine si çàetlà un chef de bande put relever la bannière nationale. L'habile Drappès et le fidèle compagnon d'armes de Vercingélorix, Luctérius, rassemblèrent les plus résolus de l'armée de la Loire dispersée et se jetèrent avec ces débris dans la ville forte d'Uxellodunum (peut-être Gapednac, non loin de Pigeac sur le Lot), qu'ils parvinrent à approvisionner après une suite de combats pénibles et acharnés. Malgré la perte de leurs généraux, car Drappès avait été fait prisonnier et Luclérius avait été coupé de la ville, la forteresse se défendit jusqu'à l'extrémité; ce fut seulement lorsque César parut en personne, et que sur son ordre les sources qui donnaient de l'eau à la ville furent détournées par des travaux souterrains, que tomba la forleresse, le dernier boulevard de la nation celte. Pour reconnaître les derniers combattants de la liberté. César fit couper la main à tous les hommes de la garnison etlès fit renvoyer chacun en cet état dans leur patrie. Le roi Commius tenait encore dans le voisinage d'Arras et eut plusieurs rencontres avec les Romains jusqu'à l'hiver de 703-704 (51-50); César, qui voulait que toute résistance ouverte cessât, au moins dans la Gaule, lui fit proposer la paix, et permit même que cet homme, irrité et défiant à bon droit, évitât de paraître en personne au camp romain. Il est très vraisemblable que César se contenta de même d'une soumission nominale et d'une paix actuelle des districts presque inaccessibles du nord-ouest et du nord-est de la Gaule.

li» Gaule douiuise. — La Gaule était donc,

depuis le Rhin jusqu'aux Pyrénées, et après une guerre qui n'avait duré que huit ans, soumise aux Romains. Une année à peine après la pacification complète du pays, au commencement de 705 (49), les troupes romaines devaient repasser les Alpes par suite de la guerre civile qui venait enfin d'éclater en Italie, et il ne resta tout au plus dans la Celtique que quelques divisions de recrues. Cependant les Celtes ne reprirent pas les armes contre la domination étrangère, et tandis qu'on luttait contre César dans toutps les anciennes provinces de la répubhque, la contrée nouvellement conquise demeurait dans la soumission de son vainqueur. Les Germains n'avaient pas même renouvelé leurs tentatives de se constituer des principautés sur la rive gauche du Rhin pendant les années décisives. On ne vit pas davantage en Gaule dans les crises qui suivirent, une nouvelle insurrection nationale ou une invasion germanique quoique les circonstances s'y prêtassent. Sd y eut quelques troubles, comme par exemple, en 708 (4b), le soulèvement des Bellovaques contre les Romains, ces mouvements furent tellement isolés et tellement indépendants des troubles d'Italie, qu'ils furent comprimés sans difficultés essentielles, par les gouverneurs romains. Au reste cet état de paix fut vraisemblablement obtenu comme celui qui avait régné en E'^pagne pendant des siècles obscurs, en laissant les contrées les plus pénétrées du sentiment national, telles que la Batavie, les districts de l'Escaut et des Pyrénées, plus ou moins indépendantes de la domination romaine. Néanmoins l'édifice de César, quoique fondé à la hâte et au milieu d'autres travaux plus puissants, et quoiqu'il l'eût laissé sans couronnement, se montra, dans cotte épreuve, suffisant, tant au point de vue de la défense contre les Germains que de la soumission des Celtes.

Or^nnisntioia. — Pour le gouvernement supéri'>uc, les territoires nouvellement conquis par le gouvrneur de la Gaule narbonnaise demeurèrent uin< à la province de Narbo : lorsque César quitta cette charge, 710 (44), on forma du territoire conquis deux gouvernements, la Gaule proprement dite et la Belgique. Les cantons isolés perdirent leur indépen. lance, comme pouvait le faire présager la conquête.

Taxation romaine. — Ils devinrent complètement soumis à la taxation romaine. Le système d'impôt qu'ils subirent n'était pas naturellement celui au moyen duquel l'aristocratie nobiliaire et financière avait dépouillé l'Asie, mais comme en Espagne, une taxe unique fixée à perpétuité et dont la levée était laissée aux habitants. De ce côté l'Étal recevait tous les ans 40 millions de sesterces (10,525,000), et celuici se chargeait volontiers à ce prix de défendre les frontières du Rhin. En outre, des sommes d'or considérables, enlevées dans les temples des dieux, elles trésors des grands, arrivèrent à Rome, par suite de la guerre, cela va de soi-même. Quand on sait que César répandit son or gaulois dans toute la république et qu'il en apporta une telle masse sur le marché que le change de l'or contre l'argent tomba de 25 p.' c, cela fait comprendre quelles sommes la Gaule avait perdues par la guerre.

Respect des lois établies. - Les constitutions cantonales avec leurs rois héréditaires ou leur aristocratie féodale et leur oligarchie demeurèrent debout après la con(iuête dans leurs traits essentiels ; il en fut de même du système des clientèles, qui faisait d'un canton moins fort le vassal du plus puissant, il ne fut pas renversé quoiqu'il eût perdu son importance par la

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ruine de l'indépendance nationale ; César n'avait pas d'autre pensée que de profiter des divisions dynastiques, féodales ou de rivalité, pour organiser les choses dans l'intérêt de Rome, et pour mettre partout à la tête des affaires des hommes favorables à la domination étrangère. César n'épargna surtout aucune peine pour constituer en Gaule un parti romain : ses partisans reçurent des présents considérables en argent et en terres confisquées, et l'influence de César leur assura des places dans les conseils publics et les premières charges de leur pays. Les cantons, dans lesquels existait un puissant parti romain, comme ceux des Rémi, des Langons, des Éduens, furent, par l'extension de la liberté communale — le droit d'alliance, comme on l'appelait, — et par d'autres dispositions, assurés de l'hégémonie. César paraît dès l'abord avoir respecté autant que possible le culte national ; les mesures qui furent prises plus tard contre les druides par les gouverneurs romains, lui furent tout à fait inconnues, et une circonstance qui se rattache à celle-là, c'est que vraisemblablement la guerre de Gaule n'eut pas ce caractère de lutte religieuse que nous rencontrerons plus tard dans la guerre de Bretagne.

Ex4eaisi«n de l'iiifluence romaSgJ©. <« Si

César eut pour la nation vaincue toute sorte d'égards, et respecta ses institutions nationales, politiques et religieuses, autant que ce respect était compatible avec la domination romaine, il ne renonça nullement pour cela à la pensée fondamentale de sa conquête, la romanisation de la Gaule, mais il voulut surtout l'effectuer dans les meilleures circonstances qu'on pût rencontrer. Il ne se contenta pas de donner libre cours dans le nord à l'ordre de choses qui avait amené dans le sud l'extension de la civilisation.

romaine; mais en véritable homme d'État, il suivit le développement naturel, et il sut raccourcir par là la durée d'une pénible transition. Sans parler de l'entrée d'un grand nombre de nobles celtes dans la cité ro-

mame, et peut êtrede quelques-uns même dans lesénat romain, ce fut probablement César qui substitua la langue romame comme langue officielle, à la langue nationale, quoique avec quelques restrictions, et le système des monnaies romaines, à celui des monnaies nationales ; en sorte que 1g droit de battre des pièces d'or ou des deniers demeurait aux fonctionnaires romains, tandis que les monnaies de billon devaient être frappées par les cantons, mais d'après le type romam. On peut rire du latin barbare dont les haoïtants de la Loire et de la Seine tirent usage ; mais il y avait dans ces barbarismes plus d'avenir que dans le latm correct de ta capitale. Peut-être est-ce par l'influence de César que la constitution cantonale des Celtes parut se rapprocher plus tard de celle de 1 Italie et que la capitale du canton ainsi que le conseil commun y prirent prirent plus d'imp.^rtance que dans la constitution primitive des Celtes Ce changement doit être attribué à César. Il était désirable, pour donner à la domination nouvelle au point de vue militaire et politique, un point d appui et de départ pour une nouvelle civilisation, de fonder une série de colonies transalpines et personne ne devait être pénétré de cette idée plu^ que l'hontier politique de Caius Gracchus et de xMarius S'il se borna à établir ses cavaliers celtes ou germains àNoviodunum, et ceux desBoïens dans le canton des Eduens (ce dernier établissement rendit de -rands services dans la guerre contre Vercingétorix) c'est que ses plans ultérieurs ne lui permirent pas d-. mettre lacharrijo au lieu de l'épée aux mains de ses soldats. Ce qu'il at plus tard sous ce rapport dans la

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vieille province romaine sera exposé en son temps ; il n'est pas invraisemblable que le temps seul lui manqua pour en l'aire autant dans les contrées qu'il venait de soumettre.

lia cnfasfrophe de la nation eeltffqiie. — >

C'en était lait de la nation celtique. Son anéantissement politique devint, par l'œuvre de César, un lait accompli, son anéantissement national tu! commencé et poursuivi à pas réguliers. Ce ne fut pas une catastrophe accidentelle, comme la destinée en prépare parfois a des peuples susceptibles de civilisation, ce fut une catastrophe amenée par la faute des Celtes, en quelque sorte historiquement nécessaire. Le cours de la dernière guerre sufïîrait à le prouver, soit qu'on la considère dans son ensemble ou dans ses détails. Lorsque la domination étrangère était à fonder, il n'y eut que des peuplades germaniques où à demi-germaniques qui offrirent une énergique résistance ; lorsqu'elle fut fondée, les tentatives faites pour l'ébranler furent entreprises étourdiment, ou plutôt elles furent l'œuvre de quelques grands, et on en vint aisément à bout avec la mort ou l'emprisonnement d'un Indutiomare, d'un Camulogène, d'un VercingHorix, d'un Gorreus. La guerre de siège ou la petite guerre, dans laquelle se développe ordinairement toute l'énergie morale d'un peuple, furent et demeurèrent, dans cette campagne celtique, vraiment pitoyables. Chaque page de l'histoire des Celtes justifie cette forte parole d'un des seuls Romains qui eût appris à ne pas mépriser les barbares, que les Celtes savaient mépriser le danger futur, mais que leur énergie faiblissait devant le danger présent Dans le tourbillon puissant de l'histoire, qui broie impitoyablement toutes les matières qui ne sont pas dures comme l'airain et malléables comme lui, une semblable nation ne pou*

vait vivre longtemps : les Celtes du continent devaient éprouver de la part des Romains la même destinée çuo ceux de l'Irlande, peuplée de leurs descendants, éprouvent de nos jours de la part de la race saxonne, celle de servir de levier à une civilisation future en perdant leur nationalité. Il ne faut pas oublier du reste que dans les documents anciens que nous possédons sur les Celtes de la Loire et de la Seine, il ne manque guère aucun des traits caractéristiques auxquels on 'reconnaît le paddy irlandais. Tout se retrouve en lui : la paresse à cultiver les champs, la passion du jeu et des querelles; la vanité — nous nous souvenons de cette épée de César, qu'on suspendit dans le sano tuaire des Arvernes après la bataille de Gergovia, que César retrouva en souriant dans le temple consacré et qu'il ordonna de respecter soigneusement ; — la parole pleine de métaphores et d'hyperboles, de ieux de mots et de tournures baroques ; la drôlerie (par exemple, lorsque quelqu'un interrompait un orateur qui parlait en public on faisait à ce trouble-paix un trou large et apparent dans son vêtement) ; la passion des chants et des traditions antiques, avec les dons les plus merveilleux de l'éloquence et de la poésie ; le goût des nouvelles : un marchand ne s'en va pas sans avoir raconté en plein air ce qu'il sait ou ne sait pas de nouvelles ; la légèreté, avec laquelle on recevait de pareils récits, et qui faisait que dans les cantons les mieux administrés, il était défendu sous des peines sévères aux gons errants de communiquer des nouvelles peu croyables à d'autres qu'aux magistrats; la piété enfantine, qui dans le prêtre voit un père, et l'interroge en toutes choses ; la profondeur du sentiment patriotique et l'union do famille de tous les habitants à l'égard des étrangers ; le penchant à se mettre à la solde du premier général distingu»^ et de former des bandes, et par contre l'incapacité com-

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plète de nourrir une ardeur également éloignée de l'enthousiasme et de la pusillanimité, de savoir attendre ou frapper selon l'occasion, enfin de supporter toute organisation, toute discipline militaire ou politique. Elle est et demeura en tous temps et en tous lieux la même nation menteuse et poétique, faible et ardente, raconteuse, crédule, aimable et intelligente, mais politiquement incapable, et sa destinée a été et demeurera toujours la même.

lies eoniineuceineiits de la ciTÎIisafîoei

romaine. — Que César ait complètement soumis par la guerre au delà des Alpes cette grande nation, ce n'est pas ce qu'il y a de plus important dans cette entreprise grandiose. Le résultat positif fut bien plus fécond en conséquences que le résultat négatif. Il n'y a guère de doute que, si le gouvernement sénatorial avait pu prolonger de quelques générations son semblant d'existence, l'invasion des barbares aurait eu lieu quatre cents ans plus tôt, et serait arrivée dans un temps où la civilisation romaine n'était établie ni en Gaule, ni sur le Danube, ni en Afrique ni en Espagne. Tandis que le grand général , le grand homme d'État de Rome reconnaissait clairement dans les peuplades germaniques l'ennemi réel du monde gréco-romain, tandis qu'il fondait le nouveau système de défense offensive d'une main puissante jusque dans ses moindres détails, et protégeait les frontières de l'empire par des fleuves et des murailles artificielles, qu'il colonisait les peuplades barbares les plus voisines pour éloigner les autres, il apprenait à recruter l'armée romaine avec des mercenaires pris sur la terre ennemie et gagnait pour la civilisation hellénoitûlienne le délai nécessaire pour conquérir l'Occident comme elle avait conquis l'Orient. Les hommes ordinaires voient les fruits de leur action, la semence

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