‹ Histoire romaine (volume 2)Chapitre 16 sur 27 · VI · texte numérisé non relu

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je{< >■ par l'homme de guerre va plus loin. Il fallut des siècles pour qu'on comprît qu'Alexandre non seulement avait conquis un royaume éphémère en Orient, mais avait porté l'hellénisme en A^ie ; il fallut également des siècles pour qu'on comprît que César non seulement avail conquis une nouvelle province poulies Romains, mais fondé la civilisation romaine dans l'Occident. Ce sont les descendants de celle génération qui ont compris le sens de ces expéditions en Allemagne et en Angleterre qui furent sans importance militaire, et par suite sans résultai. Un nombre incroyable de peuples dont les marins et les marchands savaient à peine l'existence et la situation, et qu'ils citaient en mêlant beaucoup de poésie à la vérité, furent ainsi introduits dans le monde grécoromain. « Chaque jour, dit une lettre romaine de mai 698 (56), des lettres et des messagers de Gaule nous annoncent le nom de quelque peuplade, de quelque canton, de quelque pays inconnu. » Cet agrandissement de l'horizon historique qu'ouvrit l'expédition de César au delà des Alpes fut un immense événement hislorique, comparable à la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb. Les peuples du centre et du nord de l'Europe entrèrent dans le système des États méditerranéens. Il ne s'en est pas fallu de beaucoup qu'Arioviste ait accompli ce qui arriva plus tard au Golh Théodoric. Si cela était arrivé, notre civilisation aurait été à peu près, avec celle du monde gréco-romain, dans le même rapport qu'avec celle de rinde et de l'Assyrie. La grandeur effacée de la Grèce et de l'Italie fut comme un pont qui menait à l'édiflce plus majestueux de l'histoire moderne ; c'est ce qui fait que l'Europe occidentale est romaine, que l'Europe germanique est classique, que les noms de Thémislocle et de Scipion sonnent autrement h nos oreilles que ceux d'Asoka et de Salmanasar, quHo-

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mère et Sophocle ne sont pas comme les Vedas et Kahdasa des curiosités pour les botanistes littéraires mais fleurissent dans notre propre jardin. C'est là

I œuvre de César, et si la création de son grand pré-

.^ffr^Tr'^ ?"^".^ ^ P^" ^^^^ ^' ^éï"g^ du moven âge, 1 édifice de César a défié les siècles, il a chan-é

pour des générations d'hommes la religion et l'Étal

II a déplacé la base de la civilisation, et reste debout pour ce que nous appelons l'éternité.

Contrées du Dan«be. — Pour compléter la peinture des relations de Rome avec les peuples du Nord à cette époque, il nous faut jeter un regard sur les contrées, qui au nord de la Péninsule italique et grecque s étendent des sources du Rhin à la mer Noire. Dans le roulis de peuples qui eut lieu dans cette région, le flambeau de l'histoire s'allume difficilement, et les quelques lueurs qui tombent sur ce domaine sont comme de faibles clartés dans une obscurité profonde, plus propres à nous égarer qu'à nous guider. Cependant, il est du devoir de l'historien d indiquer les lacunes de l'histoire du monde • il ne doit pas, devant la grandiose entreprise de défense opérée par César, oublier les faibles dispositions par esquelles les généraux du sénat essayèrent de protéger les frontières de l'empire de ce côté.

Peuples des Alpes. - L'Italie du nord-est demeura, avant comme après, exposée aux attaques des population^ alpines. La puissante armée romaine cantonnée en 695 (59), à Aquilée, et le triomphe du gouverneur de la Gaule cisalpine, Lucius Afranius font supposer qu'il y eut à cette époque une expédition dans les Alpes; par suite, sans doute, nous trouvons bientôt après les Romains en alliance étroite avec un roi des Noriques. Mais ce qui prouve que

l'Italie n'était pas garantie de ce côté, c'est la chute de la puissante ville de Tergeste, prise par les Barbares en 702 i52), lorsque l'insurrection transalpine de César obligea à dégarnir complètement l'Italie du nord de troupes.

Illyrîe.— Les peuples turbulents, qui possédaient les côtes de l'IlhTie, donnaient toujours beaucoup à faire à leurs maîtres romains. Les Dalmates, qui avaient été déjà autref'ois le peuple dominant de cette contrée, augmentèrent leur puissance par une alliance avec leâ peuples voisins, à tel point que le nombre de leurs villes s'accrut de vingt à quatrevingts. Ils eurent à démêler avec les Romains au sujet de la ville de Promone (non loin du fleuve Kerka), qu'ils avaient enlevée et qu'ils refusaient de rendre, et battirent les milices que César envoya contre eux : la guerre civile empêcha d'en tirer vengeance. Par là la Dalmalie devint une place d'armes pour le parti opposé à César, et les habitants, alliés aux pompéiens et aux pirates, firent aux généraux de César sur terre et sur mer une vigoureuse résistance.

I^a Hacédoinc. — La Macédoine enfin, avec l'Épire et la Grèce, était ravagée et déchirée, plus qu'aucune autre partie de l'empire. Dyrrachion, Thessalonique, Bvsance, avaient encore de l'activité commerciale ; Athènes attirait encore les voyageurs et les étudiants dans ses murs par son nom et ses écoles de philosophie ; en somme, cependant, la Grèce, dont les villes étaient jadis si peuplées rt les ports si encombrés, jouissait maintenant de la paix des tombeaux. Mais si les Grecs ne se soulevèrent pas, les habitants des montagnes inaccessibles de la Macédoine continuèrent, selon leur usage, leurs brigandages et leurs hostilités [années 697-8 (57-6)] :

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lesAgréens et les Dolopes tombèrent sur les villes étoliennes, en 700 (54), ils attaquèrent les Pimstes qui habitaient le sud de l'Illyrie. Les Dardani à la frontière septentrionale, comme les Tliraces de l'est, avaient été abattus par les Romains dans une guerre de huit ans, de 676 à 683 (78-71): le plus puissant des princes thraces, le seigneur de l'ancien royaume des Odryses, Gotys, était entré dans la clientèle royale de Romf\ Mais néanmoins la contrée pacifiée avait eu à soufifrir des incursions du nord et de l'est. Le gouverneur Gains Antonius fut rudement traité par les Dardani, et les peuplades établies dans la Dobrutscha actuelle, avec les redoutables Baslarnes qui vinrent de la rive gauche du Danube pour les aider, lui firent éprouver une défaite éclatante à Istropolis (Islera, Don loin de Kustendjie, 692-3 (62-1) ). Gains Octavius lutta avec plus de bonheur contre les Besses et les Thraces, en 694 (60). Au contraire, Marcus Pison, en 69~ 8 (57-6), ne fut pas heureux, ce qui n'était pus étonnant, attendu que pour de l'argent, amis et ennemis obtenaient de lui ce qu'ils voulaient. Les Deuthélètes de Thrace (sur le Strimon), ravagèrent sous son gouvernement la Macédoine dans tous les sens, et établirent leurs postes jusque sur la grande route militaire qui mène de Dyrrachion à Thessalonique ; à Thessalonique on eut à soutenir contre eux un siège, tandis que la forte armée romaine de la province semblait n'être là que pour voir comment les montagnards et les peuples voisins molesteraient les paisibles sujets de Rome.

liC nouveau royaume «les Daces. -■- De semblables attaques ne pouvaient être un péril sérieux pour la puissance romaine, et il n'y avait là que li honte et rien de plus. Mais déjà à cette époque, en deçà du Danube, dans les vastes plaines de la Dacie

se constituait politiquement un peuple qui était destiné à jouer un autre rôle dans l'histoire que les Bessi et les Denthélètcs. Chez les Gètes et les Daces il y avait eu jadis auprès des rois du pays un homme, nommé Zamolxis, qui après avoir appris à connaître, dans de longs voyages à l'étranger, les voies et les prodiges des dieux et sondé la sagesse des Egyptiens et des Pythagoriciens de Grèce, était revenu dans sa patrie, pour terminer sa vie en solitaire dans une caverne de la montagne sacrée. Il n'était abordable qu'au roi et à ses serviteurs, et lui dévoilait, et par lui au peuple, ses oracles dans toutes les circonstances importantes Pour ses concitoyens il était d'abord le prêtre du grand Dieu, mais il passa bientôt pour Dieu lui-même, comme on dit de Moïse et d'Aaron, que Dieu avait donné Aaron comme prophète, et Moïse comme dieu du prophète. C'était devenu une institution puissante : à côté du roi des Gètes, il y avait toujours un dieu semblable, dont la bouche révélait ou semblait révéler tout ce que le roi ordonnait. Cette constitution particulière, dans laquelle l'idée théocralique s'était mise au service d'une royauté qui paraît avoir été ab-olue, faisait au roi des Gètes a l'égard de ses sujets une situation à peu près semblable à celle que les califes ont eue chez les Arabes, et la conséquence fut la réforme religiosopohiique de la nation, qui fut effectuée vers cette époque par le roi des Gètes Bœrebistas et le dieu Dekseneos. Ce peuple que la débauche avait fait tomber moralement et politiquement dans la dernière décadence, fut comme transformé par un nouvel Évangile de tempérance et de bravoure; avec ses hordes disciplinées à la persistance et enthousiastes, le roi Bœrebistas avait fondé en peu d'années un puissant royaume qui s'étendait sur les deux rives du Dauube et au sud jusqu'au centre môme de la Thrace,

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de rillyrie et de la contrée Norique. Il n'y av&it pas encore eu un contact direct avec les Romains, et personne ne pouvait dire ce que deviendrait ce royaume dont les commencements rappellent ceux de l'Italie ; mais il n'était pas besoin d'être prophète pour dire que ce n'était pas des proconsuls tels que Antonius et Pison aui étaient fiùts pour lutter avec les dieux.

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