VI
verner. Mais si les hommes devenus rares, qui avaient vu les premiers troubles de la révolution el qui avaient entendu les paroles des Gracques, comparaient entre elles les deux époques, ils trouvaient tout changé, pays et citoyens, droit politique et discipline militaire, vie et moeurs, et on pouvait rire en comparant l'idéal de l'époque des Gracques avec la réalité. Cependant de semblables considérations appartenaient au passé. Pour le moment et pour l'avenir, la chute de l'oligarchie était un fait accompli. Les oligar^iues ressemblaient à une armée complètement débandée, dont les masses dispersées allaient renforcer une autre armée, mais qui ne pouvait plus tenir la campagne et livrer un combat pour son propre compte. Mais si l'ancienne lutte était terminée, il s'en préparait une nouvelle : les luttes des deux forces liguées jusque-là pour le renversement delà constiution aristocratique, l'opposition démocratique des citoyens, et la force militaire qui devenait chaque jour plus prépondérante. La situation exceptionnelle de Pompée était inconciliable, selon la loi Manilia, avec la forme républicaine. 11 était, comme le disaient déjà ses adversaires avec raison, devenu par la loi Gabinia non pas l'amiral, mais le régent de l'empire ; ce n'est pas sans raison qu'un Grec familier avec les habitudes de l'Orient l'appelle « le roi des rois. » Si, de nouveau vainqueur et plus glorieux, il revenait de l'Orient avec les caisses remplies, ses troupes éprouvées et dévouées, et s'il mettait la main sur la couronne, qui arrêterait son bras? Le consulaire Quintus Gatulus pouvail-il protéger le sénat contre le premier général du temps ot ses légions aguerries, ou bien était-ce l'édile dc-.gné Gaius César qui venait de tourner vers Im tous Icb regards de la multitude avec ses trois cent vmgt paires de gladiateurs aux armures d'argent? Il faudrait bientôt, dibait Gatulus, s'enfuir de nouveau sur le rochef
du Capitule pour sauver la liberté. Ce ne fut pas la faute du prophète, si la tempête ne vint pas, comme il le croyait, de l'Orient, et si la destinée remplissant son oracle à la lettre au delà de ce qu'il croyait, fit venir la tempête destructive de la contrée des Celtes.