CHAPITRE IV
POMPÉE ET l'orient
Pompée réprime la piraterie. —Nous avons vu précédemment comble., était précaire la situation des afTaires de Rome en Orient sur terre et sur mer, lorsque Pompée prit en 689 itj5) le commandement de la guerre contre les pirates avec des pouvoirs à peu près illimités. Il commença par diviser le territoire qui lui était assigné, en trois circonscriptions qu'il confia à trois de ses lieutenants, avec mission d'y lever des hommes, d'armer des vaisseaux, de croiser sur les côtes, de capturer les bateaux pirates ou de les forcer à se jeter dans les filets d'un de leurs collègues.
Lui-môme avec la plus grande partie des vaisseaux dont il pouvait disposer, parmi lesquels se trouvaient ceux des Rhodiens, se mit de bonne heure en mer et purgea immédiatement les eaux de la Sicile, d'Afrique et de Sardaigne, pour, avant tout, rétablir les arrivages du blé de ces provinces en Italie. Il laissa à ses lieutenants le soin de délivrer les côtes d'Espagne et de Gaule. Ce fut en cette occasion que le consul Caius Pison essaya d'empêcher de Rome les levées que le légat de Pompée, Marcus Pomponius, faisait dans laNarbonnaise, en vertu de la loi Gabinia ; c'était un début maladroit, et Pompée revint à Rome pour y mettre ordre et pour retenir dans les limites de la légalité l'excitation de la foule contre le consul. Lorsque, quarante jours après, la navigation fut rétablie
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dans le golfe oriental de la Méditerranée, Pompée se rendit avec ses soixante meilleurs transports dans la mer Orientale, puis vers le repaire primitif et principal de la piraterie, les eaux de Lycie et de Ciiicie. A la nouvelle de l'approche de la flotte romaine, non seulement les canots des pirates disparurent entièrement de la mer ; mais les forteresses Lyciennes d'Anti-Kragos et de Kragos se rendirent après une faible résistance. La douceur de Pompée servit plus que la crainte à lui ouvrir les portes de ces forteresses presque inaccessibles. Ses prédécesseurs avaient fait mettre en croix tous les pirates qu'ils prenaient : ii leur accorda à tous la vie sans condition et traita avec une mansuétude inaccoutumée les rameurs vulgaires pris sur les bateaux pirates. 11 n'y eut que les gens tardis de la mer Gilicienne qui osèrent tenir tête aux Romains dans leurs propres eaux : après avoir renvoyé leurs femmes, leurs enfants et leurs riches trésors dans les forteresses du Taurus, ils attendirent la flotte romaine sur le rivage occidental do la Gilicie, à la hauteur de Korakesion. Mais les vaisseaux de Pompée bien équipés et pourvus de toutes les ressoui'ces de guerre remportèrent une victoire complète. Il débarqua sans nouvel obstacle et commença à prendre et raser les forteresses des corsaires, tandis qu'il promettait la liberté et la vie s'ils se rendaient. Bientôt le plus grand nombre renonça à soutenir dans les forteresses une guerre inutile et se décida à se rendre. Quarante-neui' jours après que Pompée eut paru dans la mer Orientale, la Gilicie était soumise et la guerre terminée. La victoire rapide sur la piraterie était un grand soulagement, mais non une grande action : avec les ressources de l'État romain qu'on avait prodiguées à cette occasion, les corsaires ne pouvaient pas plus se mesurer avec Pompée que des banaes de voleurs réunies avec la police bien
organisée d'une grande ville. C'était une naïveté que de célébrer une semblable razzia comme un triomphe. Mais quand on la comparait avec l'existence déjà ancienne et le développement incessant d'un fléau qui prenait chaque jour de l'extension, on comprend que la soumission rapide dos pirates redoutés ait rait sur le public la plus profonde impression ; d'autant plus que c'était la première épreuve du gouvernement centralisé dans une seule main, et que les parlis l'attendaient là pour voir s'il s'en tirerait mieux que le gouvernement collectif. Près de 400 vaisseaux et barques, parmi lesquels se trouvaient 90 bateaux de transport spéciaux furent ou pris par Pompée, ou livrés h lui; il y eut en somme plus de 1,000 voiles pirates détruites, et en outre les riches arsenaux des pirates et des docks des flibustiers furent livrés aux flammes. Il y eut plus de 10,000 pirates faits prisonniers, plus de 20,000 tombèrent vivants aux mains des vainqueurs, tandis que Publius Clodius, l'amiral de la flotte attachée à l'armée de Gilicie, el une foule d'autres officiers enlevés par ces pirates et dont plusieurs passaient pour morts depuis longtemps reçurent de Pompée leur liberté. Dans l'été de 687 (67), trois mois après le commencement de la campagne, le trafic avait repris son cours habituel, et au lieu de la disette, il y avait en Italie excès d'abondance.
Différends entre Poiii^iéc et Slétellu!» en Crète. — Un difl'érend déplorable au sujet de l'île de Crète troubla tous les résultats favorables des campagnes romaines. Là Métellus était déjà occupé depuis deux ans à terminer la soumission déjà en partie accomplie de l'île, lorsque Pompée parut dans les eaux orientales. Une collision était imminente, car d'après la loi Gabinia, le commande-
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ment de Porapée s'étendait concurremment avec celui de Métellus sur l'île étendue toute en longueur et n'ayant que vingt milles allemands de large. Cependant Pompée n'avait pas eu le soin de l'attribuer ù un de ses lieutenants ; mais les cités Cretoises qui luttaient encore, et qui avaient vu traiter avec une extrême violence leurs compatriotes soumis par Métellus, tandis qu'elles connaissaient les conditions anodines que Pompée avait dictées aux cités du midi de l'Asie Mineure qui s'étaient rendues, voulurent traiter de leur reddition collective avec Pompée. Celui-ci reçut leurs ambassadeurs en Pamphylie, où il se trouvait alors et les mit en relation avec son lieutenant Lucius Octavius pour annoncer à Métellus la conclusion du traité et recevoir la soumission des villes. Cette conduite n'était pas celle d'un collègue ; mais le droit formel était du côté de Pompée, et Métellus était complètement dans son tort, lorsque, ne tenant pas compte du traité conclu par les villes avec Pompée, il continua aies traiter en ennemies. Octavius protesta vainement ; en vain il fit venir d'Achaïe, étant lui-même sans troupes, le lieutenant de Pompée Lucius Sisenna: Métellus, sans se préoccuper d'ûctavius ni de Sisenna, assiégea Éleutherna et prit d'assaut Lappa, où Octavius lui-même fut fait prisonnier et relâché ignominieusement, tandis que les Cretois pris avec lui furent livrés au bourreau. On en vint à un combat formel avec les troupes de Sisenna, qui depuis la mort de leur chef étaient commandées par Octavius ; lorsque ces troupes furent rappelées en Achaïe, Octavius en commun avec le Cretois Aristion continua la guerre, et Hierapytna où tous deux tenaient fut prise par Métellus après uue vive résistance.
En fait, Taristocrate zélé Métellus avait formellelement déclaré la guerre civile au général de la démo-
cratie; une marque de IMndescriptible désordre des afÎHires à cette époque, c'est que ces conflits ne conduisirent qu'à une correspondance amère entre les d^'ux généraux, qui deux ans après se retrouvaient au sénat en bonne amitié.
Pompée prc îïcl le eoniiMandcniciit en chef contre llilbriilate. ^ Pompée était pendant ces préliminaires en Cilicie : pour l'année suivante, il préparait, en apparence, une campagne contre les Cretois ou plutôt contre Métellus ; mais en fait, il attendait une circonstance qui lui permît d'intervenir dans les affaires troublées de la péninsule. Ce qui re?îtait encore de l'armée de Lucullus après les pertes qu'il avait faites, et le départ des légions de Fimbria était inactif sur l'Halys supérieur dans la contrée des Trocmeri aux frontières du Pont. C'était toujours Lucullus qui y commandait, attendu que son successeur désigné, Glabrion, continuait à s'attarder dans l'Asie citérioure. Les trois légions commandées en Cilicie par Quinlus Marcius Rex étaient également inactives. Le territoire du Pont était encore tout entier au pouvoir du roi Mithridate qui faisait payer chèrement leur défection aux particuliers et aux cités qui s'étaient rendus aux Romains. comme, par exemple, la cité d'Eupaloria. Les rois d'Orient n'en vinrent pas à une offensive sérieuse contre les Romains, soit que cette attaque ne fût pas dans leur plan, soit que, comme on le prétendait, le débarquf^ment de Pompée en Cilicie eût décidé Mithridate et Tigrane à rester sur la défensive. La loi Manilia favorisa les espérances secrètes de Pompée plus vite qu'il ne l'eût luimême désiré. Glabrion et Rex avaient été rappelés et le gouvernement du Pont-Bithynien et de la Cilicie avec les troupes qui y étaient cantonnées, ainsi que la conduite la guerre d'Arménie et du Pont avec la
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mission de faire à son gré la guerre ou la paix avec les rois d'Orient avaient été confiés à Pompée. Avec la perspective de ces grands honneurs et de ces riches dépouilles, Pompée oublia volontiers la colère d'une aristocratie de mauvaise humeur et jalouse de ses lauriers, il renonça au commandement de la guerre de Crète et à la poursuite des corsaires, et destina sa flotte à aider l'attaque qu'il méditait contre les rois de Pont et d'Arménie. Mais, en faisant cette guerre continentale, il ne perdit pas de vue la piraterie qui relevait de nouveau la tête. Avant de quitter l'Asie 691 (63), il établit en permanence une flotte contre les corsaires ; sur sa proposition on prit une mesure semblable l'année suivante pour l'Italie, et les sommes nécessaires furent accordées par le sénat. On continua à couvrir les côtes de petits détachements de cavalerie, et on fît croiser de pntites escadres ; et quoiqu'on n'eût pu, comme le prouvaient les expéditions que nous allons bientôt mentionner contre Chypre en 696 (^58,i, et contre l'Egypte, se rendre complètement maître de la piraterie, elle ne releva cependant jamais la tête au même point après l'expédition de Pompée au milieu des révolutions et des crises de Rome, et les Romains ne furent jamais exclus des mers, comme ils l'avaient été sous le gouvernement d'une aristocratie corrompue.
Ppéparatifas de giserre de Pompée. — Les
quelques mois qui restaient encore après le commencement de la campagne d'Asie Mineure furent employés par le nouveau général, avec une activité redoublée, en préparatifs diplomatiques et militaires. On envoya des ambassadeurs à Mitnridate, plus pour temporiser que pour demander une association sérieuse. A la cour du Pont, on espérait que le roi des Parthes, Phraate, par suite des derniers succès im-
porlants que les alliés avaient conquis sur Rome, se laisseraient décider à entrer dans l'alliance de l'Arménie el du Pont. Des envoyés romains parvinrent h la cour de Ctésiphon pour contrecarrer ces projets, et ils trouveront un appui dans les troubles intérieurs qui divisaient la cour d'Arménie. Le grand roi Tigrane avait un fils du même nom qui s'était révolté contre son père, soit qu'il ne pût attendre la mort du vieillard, soit que le mauvais caractère du père, qui avait déjà coûté la vie à plusieurs de ses frères, ne lui fît entrevoir de soulagement que dans la pleine révolte. Vaincu par son père, il s'était enfui avec un certain nombre d'Arméniens distingués à la cour des Arsacides et y intriguait contre lui. C'était en partie à son instigation que Phraate avait reçu le prix de son accession ; c'est-à-dire la possession assurée de la Mésopotamie, de la main des Romains et qu'il avait renouvelé avec Pompée le traité déjà conclu avec Lucullus pour les frontières de l'Euphrate, et même qu'il consentit à opérer en commun avec les Romains contre l'Arménie.
Dififéreud entre llitliridate et Ti«:ranc. —
Un dommage plus grand encore que l'alliance des Romains avec les Parthes fut causé par le jeune Tigrane à son père et à Mithridate, ce fut le différend que sa révolte souleva entre les deux rois. Le grand roi réprimait avec peine son ressentiment de ce que le beau-père, au moment du soulèvement de son petit-ûls — la mère du jeune Tigrane, Cléopâtre, était la fille de Mithridate — avait pu avoir la main dans le jeu, et s'il n'en vint pas avec lui à une rupture complète, la bonne entente des deux monarques lut détruite au moment même oîi ils en avaient le plus besoin.
Dans le même temps, Pompée poursuivait ses pré-
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paratifs avec énergie. Les cités asiatiques alliées et clientes durent fournir des contingents. Les vétérans congédiés des légions de Fimbria reçurent des proposftions directes pour rentrer sous les drapeaux comme volontaires, et grâce à de grandes promesses et au nom de Pompée, un grand nombre d'entre eux se décidèrent à répondre à l'appel. L'ensemble des forces réunies sous les ordres de Pompée pouvait être estimé, en dehors des alliés, entre 40 et 60,000 hommes.
Pompée et I.uc«ll«s. — Au printemps de 688, Pompée se rendit en Galatie pour prendre le commandement des troupes de Lucullus et pour entrer avec elles sur le territoire du Pont, où les légions de Cilicie durent le suivre. A Danala, village des Trocmeri, les deux généraux se rencontrèrent, mais la réconciliation qu'on espérait des deux côtés n'aboutit pas. Les oolitesses dégénérèrent bientôt en aigreur et celles-ci' en paroles vives: on se sépara plus brouillé qu'auparavant. Lorsque Lucullus proposa, comme ■ s'il était encore en charge, de donner des gratifications et de partager les terres, Pompée déclara nuls tous les actes accomplis par son prédécesseur depuis que lui Pompée avait été nommé. 11 avait pour lui le droit strict; mais il ne fallait pas lui demander du tact moral envers un adversaire disgracie et plus qu'humilié.
Marche daos le Pont. - Autant que le permettait la saison, les troupes passèrent les frontières du Pont Ils y trouvèrent le roi Mithridate avec 30,000 fantassins et 3,000 cavaliers. Abandonné par ses alliés et attaqué avec plus de puissance et d'énergie par Rome, celui-ci fit quelques tentatives pour obtenir la paix ; mais Pompée parla de soumission sau»
condition, et Mithridate ne pouvait en entendre parler : qu'est-ce que la campagne la plus malheureuse pouvait lui apporter de pire ? Pour ne pas exposer son armée composée en majeure partie d'archers et de cavalerie au choc formidable de l'infanterie romaine, il plia lentement devant l'ennemi, et obligea les Romains à le suivre dans ses marches et contre-marches, et lorsque l'occasion s'en présentait, il arrêtait l'ennemi avec sa cavalerie plus forte que la sienne et préparait de grandes souffrances aux Romains par la difficulté des approvisionnements. Pompée impatienté renonça à la fin à accompagner l'armée du Pont, et au lieu de poursuivre le roi, il soumit la contrée ; il retourna sur l'Euphrate supérieur, le franchit, et occupa les provinces orientales du royaume de Pont. Mais Mithridate le suivit sur la rive gauche du fleuve, et arrivé dans la contrée anaitienne ou achilisenienne, il coupa le chemin aux Romains auprès de la ville de Dasteira bien fortifiée, et avec ses troupes légères, il commandait les marais. Pompée privé de ses légions de Cilicie, et trop faible sans elles pour se maintenir dans cette position, dut retourner sur l'Euphrate, et chercher un abri sur le terrain de l'Arménie pontinienne boisée, rocheuse et coupée de profondes vallées, contre les cavaliers et les archers du roi. Lorsque les troupes arrivèrent de Cilicie, et rendirent possible la reprise de l'offensive, Pompée marcha de nouveau en avant, entoura le camp du roi d'une chaîne de postes de près de quatre milles de longueur, et l'y tint bloqué, tandis que des détachements romains combattaient aux alentours La famine était grande dans le camp de Mithridate ; bientôt on dut tuer les bêtes d'attelage : enfin après quarante-cinq jours d'attente, le roi, ne pouvant sauver les malades et les blessés, et ne voulant pas les laisser tomber entre les mains des RomainS; les fit massacrer, et décampa
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la nuit et en grand silence pour marcher vers l'Orient. Pompée le suivit avec prudence à travers une contrée inconnue ; sa marche approcha bientôt des frontières qui séparaient l'un de l'autre les royaumes de Mithridate et de Tigrane. Lorsque le général romain reconnut que Mithridate ne voulait pas livrer un combat décisif, dans l'intérieur de son territoire, mais attirer derrière lui l'ennemi dans les régions inexplorées de l'Orient, il résolut de ne pas s'y prêter.
Bataille de ^'icopolig. — Les deux armées étaient fort rapprochées l'une de Tauire. L'armée romaine survint pendant le repos du milieu du jour, sans être aperçue de l'ennemie, l'entoura, et s'empara d'une hauteur éloignée qui dominait un défilé étroit par lequel devait passer l'ennemi, sur le rivage méridional du fleuve Lykos (leschil Irmak), non loin de l'Enderes de nos jours, au lieu où on bâtit plus taM Nikopolis. Le lendemain matin, l'armée. de Mithridate se mit en marche comme à l'ordinaire, et croyant avoir comme auparavant l'ennemi derrière elk, elle campa précisément dans la vallée, dont les Romains dominaient les hauteurs. Tout à coup on entendit retentir de tous côtés dans le silence de la nuit le redoutable cri de guerre des légions et les traits commencèrent à pleuvoir de toutes parts sur les hordes attaquées, chez lesquelles soldats et bagages, chariots, chevaux et chameaux étaient entassés pêle-mêle, en sorte que dans cette masse serrée tous les coups portaient. Lorsque les Romains eurent épuisé leurs projectiles, ils se précipitèrent des hauteurs sur les bandes que le clair de lune, qui venait sur ces entrefaites de paraître, leur découvrait entièrement et qui étaient pour eux une proie facile : ce qui ne tomba pas sous le fer, dans cette effroyable confusion, fut écrasé sous les pieds des chevaux ou sous les roues. Ce fut
!a dernière bataille que le vieux roi livra aux Romains. Suivi de trois compagnons, d'une concubine qui avait l'habitude de suivre dans la mêlée en habits d'homme et de combattre vaillamment à ses côtés, il s'pnfuit de là vers la citadelle de Sinoria, où se trouvait une partie de ses partisans. Il partagea entre eux les trésors qui s'y trouvaient, 6,000 talents (29,250,000), se munit de poison et leur en donna, et se hâta, avec ce qui lui restait de troupes, de se réunir à son allié, le grand roi d" Arménie.
Tig;raiic rompt avec llitliridate. — Cette espérance même était vaine : l'alliance sur laquelle Mithridate comptait en se dirigeant vers l'Arménie n'existait plus. Pendant la bataille que nous venons de raconter entre Mithridate et Pompée, le roi des Parthes, cédant aux conseils des Romains et surtout à ceux des princes fugitifs, était tombé à main armée sur le royaume de Tigrane, et l'avait obligé à se réfugier dans des montagnes inaccessibles. L'armée d'invasion commença le siège de la capitale Artaxale; mais comme ce siège traînait en longueur, le roi Phraate se rôtira avec la plus grande partie de ses troupes. Cependant Tigrane vainquit les corps de Parthes restés en arrière et les émigrés d'Arménie commandés par son fils, et rétablit sa domination dans tout son empire. On comprend qu'en présence de semblables circonstances le roi lui peu disposé à recommencer la lutte avec les armées romaines victorieuses, et de se sacriiier à Mithridate, auquel il se fiait moins qu'auparavant depuis qu'on lui avait annoncé que son fils rebelle avait l'intention de se réfugier auprès de son grand-père. Il entra donc on négociation avec les Romains, pour conclure une paix séparée, mais il n'attendit pas la conclusion des côgociations pour rompre l'alliance qui l'attachait à
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Mithridate. Celui-ci arrivé à la frontière d'Arménie, apprit que le grand roi d'Arménie avait mis sa tête à prix pour 100 talents, qu'il avait emprisonné ses envoyés et les avait livrés aux Romains. Il vit dès ce moment son royaume entre les mains de l'ennemi, ses alliés prêts à le livrer à eux ; il n'était plus possible de continuer la guerre ; il lui fallait veiller beaucoup sur lui, s'il voulait atteindre les rivages orientaux et septentrionaux de la mer Noire ; peut-être réussirait-il à chasser du royaume du Bosphore son fils Macharès qui s'était révolté contre lui et qui était dans l'alliance des Romains, et à trouver sur le Maeotis un nouveau terrain pour de nouveaux projets. 11 se dirigea donc vers le nord.
Slithridale sur le Phasis. — Lorsque le roi, dans sa fuite, eut franchi l'ancienne frontière de l'Asie Mineure, le Phasis, Pompée arrêta la poursuite ; mais au lieu de retourner sur le territoire arrosé de TEuphrate, il se dirigea au sud vers la contrée de l'Araxe, pour en finir avec Tigrane.
Pompée à Artaxate. — Sans trouver presque de résistance, il arriva dans le voisinage d'Artaxate (non loin d'Eriwan), et campa à trois milles de la ville. Là il trouva devant lui le fils du grand roi qui. après la chute de son père, espérait recevoir le diadème d'Arménie de la main des Romains, et voulait, pour cette raison, empêcher son père de traiter avec eux. Le grand roi était d'autant plus décidé à acheter la paix à tout prix. A cheval et sans vêtement de pourpre, mais ceint du diadème royal et du turban, il parut à l'entrée du camp romain, et demanda à être amené devant le général romain. Lorsqu'à l'appel du licteur, il eut rendu, suivant la police des camps romains, son cheval et son épée, il se jeta, suivant la
mode barbare, aux pieds du proconsul et en signe do soumission complète, il mit son diadème et sa tiare dans ses mains.
Paix avec Ti;;rnnc. — Pompée ra\i de ce triomphe facile, releva le roi des rois humilié, lui rendit les insignes de sa dignité et lui dicta la paix. Outre un paiement de 33.500,000 francs et d'un présent aux soldats qui devaient recevoir chacun 50 demers (52 fr. 50), le roi renonça à toutes ses conquêtos, non seulement à celles de Phénicie. de Syrie, de Gilicie. de Cappadoce, mais à la Sophène et à la Corduènc sur la rive droite de l'Euphrate ; il était de nouveau réduit à l'Arménie proprement dite, et c'en était fait de son grand empire. En une seule campagne Pompée avait anéanti les deux puissants rois de 1 Orient, celui du Pont et celui de l'Arménie.
Au commencement de l'année 688 (G6', il n'y avait pas un seul soldat romain eu delà des frontières des anciennes possessions romaines : à la fin de la même année, le roi Milhridate errait en fugitif et sans armée dans les défilés du Caucase, le roi Tigrane n'était plus le roi dos rois sur le Irône d'Arménie, mais seulement un prince vassal des Romains. L'ensemble du territoire de l'Asie Mineure à l'orient de l'Euphrate obéissait absolument aux Romains : l'armée triomphante prit ses quartiers d'hiver à l'est de la plaine sur le territoire arménien, dans la contrée du haut Euphrate jusqu'au fleuve Kur, dont les chevaux d'Italie burent les eaux pour la première fois.
liCs peuples du Taucnse. — Cependant le nouveau territoire, que les Romains traversaient alors, leur préparait de nouveaux combats. Les braves populations du Caucase central et oriental vireni avec déplaisir les Occidentaux camper sur leur terriLuire.
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ibères. •»■ H y avait, sur ces plateaux de la Géorgie actuelle, fertiles et arrosés de nombreux cours d"eau, les Ibères, population brave, policée et agricole, dans laquelle les clans, sous le commandement des anciens, possédaient la terre en commun,, sans que chacun eût de propriété particulière. Peuple et armée ne faisaient qu'un ; à la tête du peuple se trouvait d'une part le clan des seigneurs, dont le plus ancien servait aux Ibères de roi et celui qui venait après de juge et de général ; d'autre part les familles de prêtres à qui incombait la charge de faire les traités avec les autres peuples et de veiller à leur exécution. La masse des hommes non libres appartenait au roi : sur une bande de terre cultivable plus basse se trouvaient leurs voisins orientaux, les Albani ou Alani, qui occupaient le territoire du Kur inférieur jusqu'à la mer Caspienne. Peuple pasteur, ils promenaient à pied ou à cheval leurs nombreux troupeaux sur les plaines supérieures du Shirwan actuel ; les rares champs étaient cultivés avec la charrue de bois sans éperons de fer. Les monnaies étaient inconnues et on ne savait pas compter au delà de cent. Chacune de leurs tribus, au nombre de vingt-six, avait son chef et parlait un lan-. gage dilTérent. Très supérieurs en nombre aux Ibères, les Albani ne pouvaient le disputer en bravoure avec eux. Le système de combat des deux nations était à peu près semblable : ils luttaient avec des flèches et d'autres armes de trait qu'ils lançaient à la manière des Indous en s'abritant derrière des arbres, ou de la cime des arbres. Les Albani avai:ïnt aussi de nombreux cavaliers cuirassés lourdement à la façon médoarménienne ou couverts d'armures. Les deux nations vivaient sur leurs champs et leurs pâturages dans une indépendance complète et immémoriale. La nature elle-même semble avoir placé le Caucase entre l'Europe et l'Asie comme une digue contre le flot des
peuples ; les armées de Gyrus comme celles d'Alexandre y avaient trouvé leur point d'arrêt : la valeureuse population qui tormaii ce mur de séparalion voulut détendre aussi son indépendance contre les Romains. .
Les .VIBtanî vaincus par Poitipée. i-* Épouvantes par la nouvelle que le général romain voulait, le printemps suivant, passer les montagnes et poursuivre le roi de Pont au delà du Caucase (car Milhridate, disait-on, hivernait à Dioskurias (Iskuria entre Suchum Kale et Anaklia, sur la mer Noire), les Albani le passèrent pour la première fois sous le commandement de leur prince Oroizès au cœur de l'hiver de 688-689 (66-65), et se jetèrent sur l'armée romaine divisée en trois grands corps sous Quintus MétcUus Celer, Lucius Flaccus et Pompée lui-même. Mais Celer, qui reçut le choc principal fit bonne contenance, et Pompée, après s'être débarrassé de la troupe -envoyée contre lui, repoussa jusqu'au Kur le^ barbares battus sur tous les points. Le roi des Ibères Arlokès se tint tranquille et promit amitié et paix ; mais Pompée instruit des préparatifs qu'il faisait en secret pour attaquer les Romains dans les défilés du Caucase, retourna, au commencement de 689 (65), avant de reprendre la poursuite de Mithridate, vers les forteresses à peine séparées d'un demi-mille allemand d'Harmozika (Horumziche ou Armazi) et Seusamora (Tsumar), qui, un peu au-dessus de la Tiflis actuelle, séparaient les vallées du Kur et de son atfîuent l'Araguaet commandaient les passages entre l'Arménie et les Ibères. Artokès avant de se laisser prévenir par l'ennemi, brûla à la hâte le pont du Kur et se retira dans l'intérieur des terres. Pompée occupa les forteresses et suivit les Ibères sur l'autre rive du Kur, espérant amener par là leur soumission. Mais Artokès se retira toujours
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plus loin dans l'intérieur des terres, et lorsqu'il s'arrêta enfin au fleuve Peloros, ce fut non pour se rendre, mais pour combattre. Mais les archers ibères ne tinrent pas un instant devant l'élan des légions, et lorsque Artokès vit que le Peloros était franchi parles Romains, il accepta enfin les conditions que le vainqueur dictait et envoya ses enfants comme otages : Pompée passa, conformément à son plan, par la passe de Sarapana, du territoire du Kur dans celui du Phasis, et de là se rendit du fleuve jusqu'à la mer Noire, où la flotte commandée par Octavius l'aUendait. Mais cette expédition pénible à travers des contrées inconnues et pour la plupart hostiles montrait de plus en plus combien la route était difficile, combien était vague et nul le but pour lequel on avait amené l'armée et la flotte aux rivages légendaires de la Golchide. Si l'on réussissait à mener l'armée de l'embouchure du Phasis h. la Grimée, à travers des peuplades barbares, belliqueuses et pauvres, dans des eaux inhospitalières et inconnues, loin d'une côte oîi en certains endroits les rivages étaient à pic sur la mer et qu'il faudrait longe? par mer, si l'on réussissait à accomplir cette expédition, plus pénible que celles d'Alexandre et d'îiannibal, que pouvait-on espérer qui répondît en rien aux peines et aux dangers qu'on allait courir ? La guerre n'était pas finie, tant que le vieux roi serait vivant ; mais qui pouvait répondre qu'on atteindrait le repaire royal, pour lequel on organisait cette chasse sans exemple ? Ne valait-il pas mieux, au risque de voir Mithridate rallumer la guerre en Asie Mineure, s'interdire une poursuite qui promettait si peu de profits et tant de dangers ? Bien des voix à l'armée et surtout à Rome demandaient à Pompée de continuer la poursuite sans relâche et à tout prix ; mais c'étaient des conseils, soit d.y têtes chaudes, soit d'amis perfides, qui voulaient à tout prix voir le général loin de Rome et occupé en
Orient à des entreprises interminables. Pompée était un ol'ûcier trop expérimenté pour risquer sa renommée et ses armées dans une expédition si absurde ; une révolte des Albani sur les derrières de l'armée donna un prétexte peur renoncer à poursuivre le roi, et pour ordonner la retraite. La flotte eut pour mission de croiser dans la mer Noire, de couvrir la côte septentrionale de l'Asie Mineure contre toute attaque de l'ennemi, de bloquer le Bosphore Cimmérien avec menace de mort pour tout capitaine marchand qui romprait le blocus. Pompée conduisit l'armée de terre non sans grandes difficultés par le territoire de l'Arménie et de la Golchide vers le cours impétueux du Kur et au delà, en passant le fleuve dans la plaine des Albani. L'armée romaine dut, par une chaleur brûlante, marcher par des marais pleins de roseaux sans rencontrer l'ennemi : ce fut sur la rive gauche de l'Abas (vraisemblablement le fleuve autrefois appelé Aliizonios et aujourd'hui AJasan) que l'armée des Albani, sous le commandement de Kozes, frère du roi Oroizes, rencontra les Romains ; elle devait compter, en y comprenant les habitants des steppes Transcaucasiennes, 60,000 hommes de pied et 12,000 cavaliers. Cependant elle ne se serait pas risquée à accepter la bataille si elle n'avait pas cru n'avoir affaire qu'à la cavalerie romaine, mais les cavaliers ne formaient que l'avant-garde, et en se retirant ils démasquèrent l'infanterie romaine. Après une lutte rapide, l'armée barbare fut dispersée dans les bois. Pompée les fît entourer et y mit le feu. Les Albani se décidèrent alors à demander la paix, et suivant l'exemple des peuplades les plus puissantes, toutes celles qui habitaient entre le Kur et la mer Caspienne traitèrent avec le général romain. Les Albani, les Ibères, et toutes les populations établies sur le Caucase et au-dessous acceptèrent pour le moment la domination de Rome. Si au contraire les
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peuples entre le Phasis et le Palus Meotide, Colchidiens, Soani, Heniochiens, Jaziggi, Achaei, ainsi que les Bastarnes placés plus loin, furent compris dans le catalogue des nations soumises par Pompée, on ne pouvait entendre par là une soumission sérieuse. Le Caucase se montra pour la première fois avec son importance historique : les Romains, comme les Grecs et les Perses, y trouvèrent la limite de leurs conquêtes.
Uifhriflnte à Pantikapéc. — Mithridate demeura donc abandonné à lui-même et à ses angoisses. Comme autrefois son ancêtre, le fondateur de la monarchie du Pont, avait pour la première fois parcouru son empire futur en fuyant devant les archers d'Antigone et accompagné de six cavaliers seulement, le petit-neveu passait aujourd'hui les frontières de son empire, et laissait derrière lui toutes ses conquêtes et toutes celles de son père. Mais personne n'avait subi plus souvent les vicissitudes de la fortune, ses faveurs et ses dédains, que le vieux sultan de Sinope, elles choses changent vite d'aspect en Orient. Mithridate pouvait, au soir de sa vie, accueillir ce nouveau caprice en songeant qu'un nouveau reflux pouvait se préparer et qu'il n'y avait d'immuable que les éternelles variations de la destinée. La domination romaine était foncièrement intolérable pour les Orientaux, et Mithridate était en bien comme mal, le premier prince de l'Orient : avec le régime relâché que le gouvernement sénatorial imposait aux provinces, et avec les partis de Rome toujours agités et pr'êts à en venir aux coups, Mithridate pouvait, s'il savait attendre les circonstances, rétablir son ancienne domination. Il effraya donc les Romains tant qu'il vécut, et de son côté, tant qu'il vécut, il espéra et rêva, vieillard fugitif, comme au temps oii il était à la tête de centaines de mille hommes, d'arracher la Grèce et la
IGO HISTOIRE ROMAINE
Macédoine aux Romains. L'infatigable vieillard arriva de Dioskurias, à travers d'innombrables difficultés, par tcr:e et par mer, dans le royaume de Pantikapée, renversa par sa seule présence et avec la suite nombreuse qui s'était jointe à lui, un fils rebelle, et l'obligea à se donner la mort. De là, il essaya encore une fois de traiter avec les Romains. Il demandait son royaume patrimonial et se déclarait prêt à reconnaître Ihégémonie romaine, et à devenir prince tributaire. Mais Pompée refusa de donner au prince une situation dans laquelle il pouvait recommencer son ancien jeu, et lui demanda de se soumettre en personne.
Oeruicrs préparatifs contre 3cs L»oinains.
— Mithridate ne ■ oulait point se livrer entre les mains de son ennemi, mais il méditait des plans nouveaux et plus étendus. Avec toutes les ressources que les trésors qu'il avait sauvés et que le reste de ses États lui fournirent, il leva une nouvelle armée formée en pai'tie d'esclaves et qui s'élevait à 36,000 hommes, armés h la romaine, et exercés, ainsi qu'une flolto de guerre ; on dit qu'il voulait marcher vers l'Occident par la Thrace, la Macédoine et la Pannonie, entraîner avec lui les Scythes des steppes sarmales et les Celtes du Danube, et se jeter sur l'Italie avec ce torrent de peuples On a trouvé cela grandiose, et comparé le plan du roi de Pont avec la campagne d Hannibal, mais la même entreprise, qui est une œuvre de génie de la part d'un homme de guerre est une folie, quand elle vient de l'impuissance. L'invasion projetée des Orientaux en Italie était simplement risiblu et n'était qu'une fantaisie du désespoir impuissant. Grâce au sang-f.oid de leur général, les Romains évitèrent de poursuivre un adversaire en se faisant eux-mêmes aventuriers, et de combattre dans la lointaine Crimée une entreprise qui, si elle n'échouait pas d'elle-même, pouvait
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toujours être arrêtée à temps au pied des Alpes. Mais, tandis que Pompée, sans se préoccuper davantage du roi, s'appliquait à réorganiser le territoire conquis, ces entreprises lointaines tombèrent d'elles-mêmes, et la destinée du vieux roi se termina dans le nord. Ses préparatifs militaires démesurés avaient excité le plus vif mécontentement chez les Bosphoriens, dont on violait les maisons, dont on prenait les 'oœufs à la charrue pour les machines de guerre et leurs attelages. Les soldats eux-mêmes marchèrent avec répugnance pour l'expédition contre l'Itahe. Mithridate vivait dans le soupçon et la trahison : il n'avait pas le don de s'assurer l'amour et la fidélité des siens. De même qu'il avait jadis obligé un général distingué, Archélaiis, à chercher un refuge dans le camp romam, de même que dans la campagne- de Lucullus, ses officiers les plus estimés, Dioklès, Phoenix, ainsi que les plus distingués parmi les émigrés romains avaient passé à l'ennemi, aujourd'hui que son étoile pâlissait et que le vieux sultan aigri n'était plus abordable qu'à ses eunuques, il éprouvait défection sur défection. Le commandant de lu frontière de Phanagoria (sur la côte d'Asie en face de Kertsch), Castor, leva le premier l'étendard de la révolte ; il proclama la ville indépendante, et livra entre les mains des Romains les fils de Mithridate qui se trouvaient dans la citadelle. Lorsque la révolte se propagea parmi les cités du Bosphore, Chersonèse (non loin de Sébastopol), Theudosia (Kaffa) et d'autres se joignirent aux Phanago riens. Le roi se livra à son ressentiment et à sa cruauté. Sur la dénonciation d'un eunuque, ses amis les plus chers furent mis en croix : les propre:? fils du roi étaient menacés dans leur existence.. Gelr.i d'entre eux qui était son favori et qui était véritabloment désigné pour lui succéder, Pharnace, fit défection et se mit à la têle des insurgés. Les agents que
Mithridate envoya pour repousser les troupes dirigées contre lui se déclarèrent en sa faveur : le corps des transfuges d'Italie, peut-être la plus précieuse des troupes de Mithridate et probablement peu disposée à participer à l'expédition d'Italie, aventureuse et peut-être dangereuse pour les transfuges, se déclarèrent en masse pour le prince ; les autres divisions de l'armée et la flotte suivirent l'exemple qui leur était donné. Après que le pays et l'armée eurent abandonné Mithridate, la capitale Pantikapée ouvrit enfin ses portes aux insurgés et leur livra le vieux roi renfermé dans ses murs.
Hort de Mithridate. «> Du haut de son palais, il demanda à ses fils de lui épargoer au moins la mort et do ne pas tremper leurs mains dans le sang de leur père ; mais cetie prière était mal placée dans la bouche d'un homme dont les mains dégouttaient encore du sang de leur mère et de son fils innocent Xipharès, et Pharnace surpassait encore son père en inhumanité et en insensibilité. Puisqu'il fallait mourir, le sultan voulait mourir du moins comme il avait vécu, et ordonna à tout son harem de prendre du poison ; ses femmes, ses concubines et ses filles, et parmi celles-ci la jeune fiancée du roi d'Egypte et de Chypre, durent souffrir la mort avant que la coupe de poison arrivât à lui, et comme ce poison n'opérait pas assez vite, il se lit achever par un soldat celte. Betuitus. Ainsi mourut en 691 i63j Mithridate Eupator, à l'âge de soLxante-huit ans, après avoir régné cmquante-sept ans, vingt-six ans après le moment où il avait pris les armes pour la première fois contre les Romains. Son cadavre, que le roi Pharnace envoya aux Romains comme témoignage de son dévoûment et de sa loyauté, fut sur l'ordre de celui-ci, enseveli dans le tombeau royal de Sinope : la mort de Mithridate
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valait pour les Romains une victoire : couronnés de lauriers comme s'ils avaient un triomphe à annoncer, ]es envoyés chargés d'annoncer au général la catasirophe parurent dans le camp de Jéricho. C'était un grand ennemi qu'on venait d'ensevelir en lui, plus grand qu'aucun des adversaires que les Romains eussent rencontrés en Orient. La multitude le sentit instinctivement : comme autrefois Scipion avait triomphé plus d'Hannibal que de Garthago, la défaite des nombreuses peuplades de l'Orient et du grand roi luimême fut presque effacée par la mort de Mithridate, et dans le triomphe de Pompée, rien n'attira plus les regards de la multitude que le tableau qui représentait le roi Mithridate fuyant en tenant la bride de son cheval à la main, puis mourant au milieu des cadavres de ses filles. Quelque jugement qu'on porte sur l'obstination de Mithridate, c'est une figure historique importante dans toute l'étendue du mot. Ce n'était pas une nature de génie ni même très richement douée, mais il avait les dons respectables de haïr et avec cette haine il avait pu soutenir un combat inégal contre un ennemi plus puissant, sans succès, il est vrai, mais avec honneur. Son individualité était moins importante encore que la place que l'histoire lui donne: il avait été Tavant-poste de la réaction de l'Orient contre l'Occident, et commença aussi la lutte de l'Orient contre TOccident, et vainqueurs comme vaincus comprirent que sa mort était non la fin, mais le commencement de cette lutte.
Poinpéo euSyrie. — Sur ces entrefaites. Pompée après avoir consacré l'année 689 (65) à combattre avec les peuples du Caucase, était revenu dans le royaume de Pont, et avait forcé la résistance des derniers châteaux- qui furent rasés pour ne plus pouvoir servir aux pirates, et dont on combla les sources