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d'eau avec des rochers aûn qu'elles devinssent inutiles. De là il se rendit dans Télé de 690 (64) en Syrie pour remettre les affaires de cette contrée en ordre.
État de la Syrie. —11 est difficile d'expliquer l'état dans lequel se trouvait, alors la Syrie. Le gouverneur arménien Magadates avait, il est vrai, à la suite de l'attaque de Lucullus, évacué cette contrée, et les Ptolémées, tout en renouvelant les tentatives faites par leurs ancêtres pour ajouter les côtes de Syrie à leur royaume, évitaient d'exciter par l'occupation de la Syrie, les Romains qui non seulement avaient régularisé une fois leurs titres plus que douteux au trône, mais qui les avaient fait reconnaître plus d'une (bis par les princes syriens comme les héritiers légitimes de la maison éteinte des Lagides. Mais si les plus grandes puissances se dispensaient pour le moment d'intervenir dans les affaires de Syrie, le pays n'en souffrait pas moins que s'il avait supporté la guerre la plus pénible, par suite des incessantes et inutiles rivalités des princes, des chevaliers et des villes. Les maîtres réels de l'empire des Séleucides étaient à cotte époque les Bédouins, les Juifs et les Nabatéens. Les steppes sablonneuses, inhospitalières eL desséchées qui, de la péninsule Arabique, se dirigent vers l'ouest jusqu'aux montagnes de Syrie, et les côtes basses qui, du côté de l'orient, atteignent jusqu'aux plaines fertiles de Syrie et de l'Euphrate inférieur, ce Sahara d'Asie, sont la patrie primitive des fils d'Ismaël ; depuis qu'il existe une tradition, nous y trouvons les « Bédouins, » les fils du désert, planter leurs tentes, faire paître leurs chameaux et donner la chasse, sur leurs chevaux rapides, soit au:; hommes des tribus ennemies, soit aux marchands en caravane. Favorisés antérieurement par le roi Tigrane, qui avait besoin d'eux pour un plan commercial, ces
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fils du désert profitèrent du désordre qui privait la Syrie de gouvernement pour s'étendre dans la Syrie septentrionale, et ce furent principalement les tribus qui, grâce au voisinage des Syriens civilisés, avaient reçu les premiers éléments d'une existence régulière, qui y jouèrent le premier rôle politique. Les plus célèbres parmi les Émirs étaient Abgaris. le chef des Mardes, que Tigrane avait établi dans la Mésopotamie supérieure, aux environs d'Édesse et de Karrhee ; puis à l'ouest de l'Euphrate, Sampsikeramos, émir des Arabes d'Hemesse (Hems), entre Damas et Antioche, et maître de la forteresse redoutable d'Arétnuse ; Azizos, chef des hordes qui combattaient dans le même pays, Alchaudonios, prince des Rhambiens, qui était déjà entré en alliance avec Lucullus ; d'autres encore. Outre ces princes des Bédouins, il y avait des compagnies isolées qui égalaient Ie3 fils du désert et les surpassaient dans le noble métier de détrousseurs de grand chemin ; ainsi Ptolémée, fils de Menœos, peut-être le plus puissant de ces chevaliers du \ol et l'un des hommes les plus riches de ce temps, qui commandait au territoire des Ityréens, aujourd'hui les Druses, dans les va.llées du Liban, ainsi que sur les côtes et sur les plaines duMasya, vers le nord avec les villes d'Héliopolis (Baalbeck) et Ghalcis, et qui entretenait à ses frais 8,000 cavaliers ; ainsi Dionysios et Kinyras, maîtres des villes maritimes de Tripoli (Tarablus) et Biblos (entre Tarablus et Beyruth) ; ainsi le juif Silas dans Lysias, forteresse située non loin d'Apameïa surl'Oronte. Au sud de la Syrie, la tribu des Juifs semblait vouloir consolider sa puissance politique. En respectant pieusement et habilement l'antique culte national des Juifs, menacé par l'hellénisme niveleur des rois de Syrie, la famille des Hasmonées ou des Machabées non seulement était arrivée à acquérir une priuiipauté héréditaire et des bon-
neurs royaux, mais ces ponliFes priaces avaient fait des conquêtes au nord, à l'orient et au sud. Lorsque mourut le brave Jannée Alexandre, en 675 (79), le royaume des Juifs s'étendait vers le sud sur tout le territoire philistin jusqu'aux frontières de l'Egypte, vers le sud-est jusqu'au royaume nabatéen de Pélra, sur lequel Jannée avait conquis des portions importantes sur la rive droite du Jourdain et de la mer Morte, vers le nord au delà de Samarie et de la Décapole jusqu'à la mer de Genezarelh ; il se préparait à attaquer Ptolémaïs (Acco) et à repousser l'invasion des Ityréens par la conquête. Les côtes appartenaient aux Juifs depuis la montagne du Gnrmel jusqu'à Rinokorura, en y comprenant la puissante Gaza. Ascalon seule était libre, en sorte que le territoire des Juifs autrefois entièrement séparé de la mer était devenu l'un des ports francs de la piraterie. Vraisemblablement les princes habiles de la famille des Hasraonécs auraient poussé plus loin leurs conquêtes, d'autant plus que la guerre d'Arménie, au iLoment où elle s'approchait des frontières de la Judée en avait été repoussée par l'intervention de LucuUus, si le développement de cette puissance, de ce remarquable état sacerdotal conquérant n'avait pas étô arrêté dans son germe par les discordes intérieures. L'esprit d'indépendance confessionnelle et natioucde, dont l'union énergique avait été l'œuvre des Machabées, se divisa bientôt et entra en lutte.
Pharisiens. — L'orthodoxie juive, nouvellement établie dans le sang dos Machabée^, autrement dits les Pharisiens, se donnait comme but de pratique une communauté juive, formée des orthodoxes de tous les pays et complètement indépendante du gouvernement temporel : ce parti trouvait son point d'union intérieure dans le tribut imposé à tout juif croyant
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pour le temple de Jérusalem ainsi que dans les écoles religieuses et les tribunaux ecclésiastiques, et sa puissance canonique dans le grand consistoire de Jériiso, lem rétabli au temps des Machabées et dont la compétence avait été organisée sur le modèle du collège pontifical romain.
Sadducéens. — Cette orthodoxie qui se desséchait dans l'inanité théologique et dans un formalisme déplorable, rencontrait l'opposition de ceux qu'on appelait les Sadducéens ; celle opposition était en partie dogmatique, en ce sens que ces novateurs ne reconnaissaient aux livres et aux décisions det rabbins, c'est-à-dire à la tradition canonique, que l'autorité et non la canonicité, en partie politique, attendu qu'au lieu d'attendre le salut du bras fort du Dieu des armées, elle l'attendait de la nation, du bras de chair, et surtout de l'affermissement intérieur et extérieur du royaume de David rétabli dans la glorieuse famille des Machabées. Ces orthodoxes trouvaient leur point d'appui dans le sacerdoce et la multitude, et luttaient contre les hérétiques pervers avec cette énergie infatigable que les saints mettent à la possession des biens temporels. Les novateurs s'appuyaient sur les intelligences atteintes de l'influence hellénique, sur l'armée, dans laquelle servaient des mercenaires pisidiens et ciliciens, ot sur les princes habiles qui en Judée, comme des siècles plus tard les Hohenstaufen, luttaient avec la puissance ecclésiastique. Jannée avait réprimé d'une main vigoureuse le sacerdoce : sous ses deux fils, éclata une véritable guerre civile et fratricide ; les Pharisiens s'opposèrent à l'habile Aristobule et cherchèrent à atteindre à leurs fins sous la domination nominale de son frère, le doux et indolent Hyrkan. Ces dissensions non seulement entravèrent les conquêtes des Juifs, mais donnèrent
aux nations étrangères un prétexte pour s'immiscer dans leurs affaii^p'' f^*- se faire uue eituation dans la Sj-rie méridionale.
iVabatéeus. — Il en fut de même des Nabatéens. Cette nation remarquable a été souvent confondue avec ses voisins, les Arabes nomades, mais elle se rattache au rameau araméen plus directement que les fils proprement dits d'Ismaël. Cette peuplade araméenne ou, selon la dénomination occidentale, syrienne, doit avoir établi anciennement une colonie à la pointe septentrionale du golfe Arabique, après avoir quitté ses antiques demeures aux environs de Babylone, probablement pour faire le commerce : ce sont les Nabatéens de la péninsule Sinaïque, entre le golfe de Suez et Aila, et dans le voisinage de Petra (Wadi Musa). Les marchandises de la Méditerranée étaient échangées dans leur port contre celles de l'Inde ; la grande route des caravanes du sud, qui allait de Gaza à l'embouchure de l'Euphrate et au golfe Persique, passait par la capitale des Nabatéens, Petra, dont les riches palais et les sépulcres de rochers encore existants attestent l'ancienne civilisation nabatéenne mieux que des traditions aujourd'hui bien effacées. Le parti des Pharisiens qui, suivant ces habitudes sacerdotales, ne croyait pas acheter trop cher son triomphe au prix de l'indépendance nationale, demanda aide au roi des Nabatéens Aretas contre Aristobule, en lui promettant de lui restituer toutes les conquêtes faites par Jannéo. Aretas était entré sur le territoire juif avec près de 50,000 hommes, et renforcé par la connivence des Pharisiens, il assiégea Aristobule dans sa capitale.
Villes de Syrie. — Ceux qui souffraient surtout de ces luttes et de ces rivalités, c'étaient les grandes
villes d'Anlioche, de Séleucie, de Damas, dont les citoyens se voyaient paralysés dans leur agriculture comme dans leur commerce de terre et de mer. Les habitants de Biblos et de Berji^os (Beyruth) ne pouvaient plus proléger leurs champs et leurs vaisseaux contre les Ytyriens, qui du haut de leurs châteaux, des montagnes et des côtes infestaient la terre et la mer. Ceux de Damas cherchèrent à se défendre contre les attaques des Ytyriens et de Plolémée, en se donnant aux rois des pays lointains des Nabatéens ou dos Juifs. AAntioche, Sampsikeramosct Azizos se mêlèrent aux dissensions civiles des citoyens, et bientôt cette grande cité hellénique était devenue le séjour d'un émir arabe. Cette situation rappelait le temps du moyen âge où il n'y avait plus de rois, quand les villes de Nuremberg et d'Augsbourg ne cherchaient plus leur défense dans les armes et la justice du roi, mais dans leurs murailles : les marchands syriens supportaient avec peine le bras puissant qui leur rendait la paix et la sécurité du commerce. Il ne manquait pas, du reste, en Syrie de rois légitimes. Il y en avait deux ou trois. Un prince Antiochus, de la famille des Séleucides, avait été mis par Lucullus à la tête de la plus septentrionale des provinces syriennes, la Comagène. Antiochus l'Asiatique, dont les prétentions au trône de Syrie avaient été reconnues par le sénat aussi bien que par Lucullus, avait été reçu à Antioche après le départ des Arméniens et proclamé roi. On lui avait, il est vrai, opposé comme prétendant rival un troisième Séleucide, Philippe, et la grande population d'Antioche, remuante et révolutionnaire comme celle d'Alexandrie, avait pris parti dans ces querelles de famille, qui semblaient inséparables de la domination des Séleucides. Fallait-il s'étonner si la légitimité était devenue la risée et le mannequin des sujets, et si les rois légitimes n'avaient pas plus d'importance aux yeux de la nation que les petits princes ou les chefs de bande.
Arranarement des affaires de Syrie. —
Pour meUre l'ordre dans ce chaos, il ne fallait ni des conceptions de génie, ni un immense déploiement de forces, mais une intelligence nette des intérêts de Rome et de ses sujets, et le rétablissement énergique et suivi ainsi que raffermissement des institutions reconnues nécessaires. La politique (îe légitimité du sénat s'était prostituée à satiété : les généraux que lopposi'.ion avait amenés au pouvoir ne pouvaient pas être gouvernés par des idées dynastiques ; il y avait seulement à veiller à ce que le royaume de Syrie ne fût soustrait il la clientèle romaine ni par les rivalités des prétendants, ni par l'ambition des voisins. Il n'y a. ait pour cela qu'un moyen : c'était que la république romaine, par un satrape envoyé par elle, saisît avec une main puissante les rênes du gouvernement que les rois de la maison royale avaient laissé tomber plus encore par leur [.ropre faute que par suite des malheurs extérieurs. C'est ce qui arriva. Antiocbus l'Asiatique, ayant demandé d'être reconnu comme l'héritier légitime de la Syrie, reçut de Pompée la réponse qu'il ne donnerait jamais la couronne à un prince qui ne savait ni conquérir ni garder son trône, quand même ses sujets le demanderaient, et à plus forte raison contre le vœu nettement prononcé de la nation. Cette lettre du proconsul romain fut la ruine de la famille des Séleucides, qui avait régné deux cent cinq ans. Antiochus perdit bientôt la vie par les embûches de Sampsikeramos, comme client duquel il faisait le maître h Antioche : depuis cette époque il n'est plus question de ces ombres de rois ni de leurs prétentions.
Paciacation militaire de la Syrie. Ce qu fl
y avait à faire pour fonder la nouvelle domination romaine et pour établir un ordre quelconque daas
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ces contrées agitées, c'était de pénétrer en Syrie avec un corps d'armée et d'effrayer ou de renverser avec les légions .omaines tous les perturbateurs de la paix publique, que cette longue anarchie avait suscités. Déjà dans le cours de la campagne du Pont et du Caucase, Pompée avait tourné ses regards vers les affaires de Syrie et avait envoyé quelques détachements là où cela était nécessaire. Aulus Gabinius, le même que, comme tribun du peuple, Pompée avait envoyé en Orient, était déjà en 689 sur le Tigre, et avait gagné la Syrie par la Mésopotamie ; pour rétablir l'ordre en Syrie, Damas menacée avait été occupée par Lollius et Métellus. Bientôt un autre adjudant de Pompée, Marcus Scaurus entra en Judée, pour y apaiser les dissensions qui venaient d'éclater. Lucius Afranius, qui pendant l'expédition de Pompée dans le Caucase avait pris le commandement des troupes romaines en Arménie, était passé delà Corduène (Kurdistan du nord) dans la Mésopotamie syrienne, et après avoir, grâce à l'aide des Hellènes établis à Karrhae, accompli son expédition périlleuse à travers le désert, il avait ramené à l'obéissance les Arabes de l'Osroène. Vers la fin de 690 (64) Pompée entra en Syrie, et attendit jusqu'à l'hiver de l'année suivante, marchant résolument et rétablissant l'ordre pour le moment et l'avenir. Retournant aux errements de la royauté dans le meilleur temps de la domination des Séleucides, il avait mis de côté tous les usurpateurs, obligé les brigands à rendre leurs citadelles, renvoyé les scheiks arabes à leur désert, et réglé définitivement les afîaires des communautés particulières. Pour donner plus de force à ses ordres, les légions étaient prêtes à marcher, et leur intervention fut nécessaire pour mettre à la raison les chefs de bandes.
lies bandes ennemies- — Le chei de Lysias
Sila, le chef de Biblos KimTas furent pris dans leurs forteresses et exécutés, les châteaux des montagnes et de la mer des Ityréens furent rasés, le fils de Ptolémée Mennée fut obligé d'acheter sa hberté et sa domination au prix de 1,000 talents (6,434,500). Au reste les ordres du nouveau maître furent généralement obéis sans résistance. Les Juifs seuls hésitèrent. Les négociateurs envoyés par Pompée, Gabinius et Scaurus s'étaient, dit-on, au prix de sommes d'argent considérables, déclarés pour Aristobule, compétiteur d'Hyrkan, avaient obligé le roi Aretas à abandonner le siège de Jérusalem et à retourner dans son pays , dans sa retraite, celui-ci subit une défaite de la part d'Aristobule. Mais lorsque Pompée entra en Syrie, il cassa les ordonnances de ses subordonnés, et persuada aux Juifs de revenir à leur ancienne constitution sacerdotale, telle que le sénat l'avait reconnue, 693 (61), et à renoncer, en même temps qu'à la royauté, à toutes les conquêtes faites par les princes asmonéens. C'étaient les Pharisiens qui avaient envoyé une ambassade de 200 de leurs membres les plus distingués au général romain, et avaient obtenu de lui le renversement de la royauté ; cela non pas en faveur de la nation, mais à l'avantage des Romains qui, vu la nature des choses, devaient revenir là aussi aux anciens errements des Séleucides, et ne pouvaient pas supporter une puissance conquérante telle que celle de Jannée, dans le sein de leurs territoires. Aristobule hésita, pour savoir s'il vaudrait mieux supporter patiemment ce qui était inévitable, ou tenter le sort des armes : il paraissait tantôt décidé à se soumettre à Pompée, tantôt à appeler aux armes le parti national contre les Romains. Lorsqu'à la fin, au moment oii les légions étaient devant les portes, il se rendit à l'ennemi, la portion la plus décidée et la plus fanatique de la nation refusa d'obéir aux ordres d'ua roi
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qui n'était pas libre. La capitale se soumit cependant aux Romains, mais cette troupe obstinée défendit le pocher escarpé du temple avec obstination.Enfîu pendant que les assiégés célébraient le sabbat, les assiégeants pénétrèrent dans la ville, s'emparèrent du temple, et firent tomber sous la hache des licteurs la lôte des fauteurs de celte résistance qui n'avaient pas lUé tués par les Romains. Ainsi finit la dernière résistance dans la contrée nouvellement soumise aux Romains.
Honvelle situation des Roenains en Orient.
— L'œuvre commencée par Lucullus avait été accom- P'ie par Pompée ; les États jusque là indépendants de BiLhynie, du Pont et de la Syrie étaient réunis à ceux des Romains ; le changement reconnu depuis si longtemps comme nécessaire du système des États clients en la domination directe sur les territoires dépendants les plus importants, était enfin accompli, depuis que le sénat était renversé et que le parti des Gracques était arrivé aux affaires. On avait dans l'Orient établi de nouvelles frontières, de nouveaux voisin-, on avait contracté des amitiés et des inimitiés. On avait vu entrer dans le territoire nouvellement soumis aux Romains le royaume d'Arménie et les principautés caucasiennes, puis le royaume du Bosphore Gimmérien, la dernière partie de ce qui restait des conquêtes étendues de Mithridate Eupator, et qui était devenu aujourd'hui sous le gouvernement de son fils et de son meurtrier, Pharnace, un état client des Romains : la seule ville de Phanagoria, dont le commandant Castor avait donné le signal de la révolte, fut reconnue par les Romains comme libre et indépendante.
SiUttes avec les ]Vabatéeus. — On ne pouvait pas se glorifier de pareils succès contre les Nabatéens.
Le roi Aretas avait bien, en se conformant aux désirs des Romains, évacué le pays des Juifs ; mais Damas était encore entre ses mains et le pays des Nabatéens n'avait jamais vu encore de soldats romains. Pour le soumettre ou pour montrer aux nouveaux voisins d'Arabie que les sujets romains commandaient déjà sur rOronte et le Jourdain, et que le temps était passé où les contrées syriennes étaient une proie ouverte à toutvenant. Pompée entreprit en 691 [QS) une expédition contre Petra ; mais retenu par le soulèvement des Juifs, qui éclata pendant cette expédition, il laissa avec plaisir à son successeur Marcus Scaurus la direction de l'entreprise difficile dirigée contre la ville des Nabatéens située dans l'intérieur du désert. En fait Scaurus se vit bientôt obligé de se contenter de combattre les Nabatéens dans le désert, sur la rive gauche du Jourdain, où il pouvait s'appuyer sur les Juifs, mais où il n'eut que des succès peu importants. Enfin l'habile ministre juif Antipatros d'Idumée persuada à Aretas d'acheter du gouverneur romain à prix d'argent le maintien de toutes ses possessions y compris Damas ; et c'est là la paix célébrée sur les monnaies de Scaurus, où le roi Aretas, tenant un chameau parla bride, se prosterne aux pieds du Romain pour prendre le rameau d'olivier.
Différends avec les Partlies. — Une circonstance beaucoup plus importante que ces nouveaux rapports établis par les Romains avec les Arméniens, les Ibères, les Bosphoriens et les Nabatéens, ce fut le voisinage des Parthes que leur créa l'occupation de la Syrie. Quelque souple que se fût montrée la diplomatie romaine à l'égard de Phraate, lorsque le royaume de Pont et celui d'Arménie étaient encore debout, avec quelque bonne volonté que Pompée lui eût concédé la possession de ce pays au delà de l'Euphrate,
le nouveau voisin resta cependant obstinément attaché aux Arsacides, et il devait se rappeler la prophétie de Mithridate, qui lui avait dit qu'en s'alliantavec les Occidentaux contre une nation de même race que la sienne, il préparait la perte des uns et des autres. Les Romains et les Parthes s'étaient alliés pour la ruine de l'Arménie ; lorsque ce royaume fut détruit, Rome, fidèle à son ancienne politique, releva son ennemi abattu aux dépens de ses alliés puissants. Il faut y joindre la faveur que Tigrane trouva auprès de Pompée contre son fils aîné, allié et gendre du roi des Parthes : ce fut bientôt une hostilité déclarée, lorsque, sur l'ordre de Pompée, le jeune Tigrane fut retenu prisonnier avec sa famille, et ne fut pas relâché lorsque Phraate traita pour sa fille et pour son gendre. Mais Pompée ne s'arrêta pas là. La contrée de Gorduène, sur laquelle Phraate et Tigrane avaient également des prétentions, fut, sur l'ordre de Pompée, occupée par les troupes romaines en faveur de ce dernier, et les Parthes qui y étaient établis en furent chassés, poursuivis jusqu'à Arbèle dans l'Adiabène, sans que le gouvernement de Gtésiphon en eût été même averti auparavant, 689 (65). C'était une circonstance des plus importantes que les Romains ne se montrassent nullement disposés à respecter la frontière de l'Euphrate établie par les traités. Plus d'une fois, les divisions romaines envoyées d'Arménie en Syrie traversèrent la Mésopotamie : l'émir arabe Abgaros d'Osroène fut, à des conditions particulièrement favorables, reçu dans la clientèle romaine. Oruros, qui était située dans la Mésopotamie supérieure, à peu près entre Nisibis et le Tigre, et à cinquante milles à l'Orient du passage de l'Euphrate en Comagène, fut désignée commo la frontière orientale de la domination romaine, probablement indirecte, car la partie la plus grande et la plus fertile de la Mé-
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sopotamie, ainsi que la Gorduène, avaient été njouwes parles Romains au royaume d'Arménie. La frontière entre les Romains et les Parihes était ainsi, autour de rFuphrate, le grand désert de la Mésopotamie et de la Syrie, et encore ne paraissait-elle que pro\isoire. Les ambassadeurs parthes vinrent pour signer le traité relatif à la frontière de l'Euphrate, qui n'avait été probablement convenu qu'oralement, et reçurent de Pompée la réponse ambiguë que le territoire de Rome allait jusqu'où allait son droit. Cette parole reçut son commentaire dans les relations du général en chef romain avec les satrapes parthes de la contrée de Médie, et même de la province éloignée d'Elymaïs (entre la Susiane, la Médie et la Perse, le Luristan actuel). Les gouverneurs de ce dernier pays montagneux, guerrier et écarté, avaient antérieurement essayé de se faire une situation aux dépens du grand roi : il était d'autant plus fâcheux et plus menaçant pour le gouvernement parthe, que Pompée reçût l'hommage de ce dynaste. Un fait non moins significatif, ce fut que ce titre de roi des rois, qui avait été jusque-là donné parles Romains nu roi des Parthes,dans les rapports officiels, fut d'un seul coup réduit au simple titre de roi. C'était là une menace plutôt qu'une faute d'étiquette. Depuis que Rome se plaçait en héritière des Séleucides, on semblait tout à !àit revenir on un instant aux temps oii tout l'Iran et le Turan étaient gouvernés par Antioche, et qu'il n'y avait plus de royaume parthe, mais seulement une satrapie parthe. La cour .ie Ctésiphon avait donc eu assez de raisons pour commencer la guerre avec Rome : elle la déclara p'iur commencer, en 690(64), à l'Arménie pour la question des frontières. Mais Phraate n'eut pas le courage, au moment même où le général redouté se trouvait avec sa puissante armée aux frontières du royaume desParthcs, de rompre ouvertement avec les Ruiuaiûs.
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Lorsque Pompée envoya des commissaires pour arranger à l'amiable le différend entre les Parthes et l'Arménie, Phraate se soumit à l'intervention forcée des Romains, et laissa décider par leur autorité que l'Arménie aurait la Corduène et la Mésopotamie septentrionale : bientôt sa fille aînée avec son fils et son mari ornèrent le triomphe du général romain. Les Parthes tremblaient donc aussi devant la domination romaine ; et si, comme les habitants du Pont et de l'Arménie, ils ne furent pas soumis par les armes romaines, la raison en fut qu'ils n'osèrent pas leur jeter le défi.
Ôrg:anisation des proviuces. — Il ne restait plus au général qu'à régler la situation intérieure des contrées nouvellement conquises et à effacer les traces d'une guerre désastreuse de trente années. Le système d'organisation entamé en Asie Mineure par Lucullus et la commission qui lui était adjointe, en Crète par Métellus, reçut de Pompée son complément définitif. La province d'Asie qui avait jusque-là compris la Mysie, la Lydie, la Phrygie, la Carie et la Lycie, devint, de province frontière, province intermédiaire : les provinces de Bithynie et de Pont furent organisées à nouveau : il les forma de l'ancien royaume de Nicomède et de la moitié occidentale de l'ancien royaume de Pont jusqu'à llïalys et au delà ; la province de Cilicie qui était plus ancienne, fut agrandie de manière à mériter son nom, et organisée, et comprit de plus la Pamphylie et l'Isaurie ; la province de Syrie et la province de Crète furent également remaniées. Il s'en fallait de beaucoup, il est %Tai, que ces territoires pussent être considérés comme possessions directes des Romains dans le sens actuel du mot, La forme et l'organisation en restèrent à peu de chose près ce qu'elles étaient : seulement la république ro-
maine prit la place des monarques qui avaient gouverné Jusque-là. Gomme auparavant, ces contrées asiatiques se composèrent d'un riche mélange de possessions domaniales, de territoires urbains efTectivement et légalement autonomes, de seigneuries gouvernées par des princes ou des prêtres, et de royaumes, qui étaient plus ou moins livrés à eux-mêmes pour le gouvernement intérieur, et qui poirle surplus étaient tenus dans une dépendance, tantôt rude, tantôt clémente, de la république romaine et de ses proconsuls, comme autrefois ils étaient gouvernés par le grand roi et par des satrapes. En ce qui concernait le rang, la première place appartenait, parmi les dynastes vassaux, au roi de Cappadoce, dont le territoire avait déjà été étendu par l'adjonction de la contrée de Mélilène (vers Malatia) jusqu'à TEuphrate, et agrandi encore par Pompée, soit vers la frontière occidentale, par des cercles enlevés à Kastabala jusqu'à Derbe d'Iconie, soit vers la frontière orientale, par l'adjonction de la contrée de Sophône située sur la rive gauche do l'Euphrate et qui primitivement avait été attribuée au prince arménien Tigrane : le plus importait passage de l'Euphrate se trouvait par là au pouvoir de ce prince. La petite contrée de Gomagène entre la Syrie et la Cappadoce avec sa capitale Samosate (Samsat), demeura comme royauté vassale au Séieucide que nous avons déjà nommé, Antiochus. Ce fut également à cet Antiochus que furent donnés l'importante forteresse de Séleucie, qui commandait l'Euphrate (près de Biradjik) et les territoires les plus voisins sur la rive gauche de l'Euphrate. et on eut soin aussi que les deux passages principaux de l'Euphrate avec un territoire correspondant sur la rive orientale du fleuve fussent unis entre les mains de deux princes absolument dépendants de Rome. Après les rois de Cappadoce et de
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Comagène, et fort au-dessus d'eux par la puissance efTective, régnait en Asie Mineure le nouveau roi Déjotarus. C'était l'un des quatre princes des Celtes Tolistoboiens établis auprès de Pessinonte. Il avait été appelé à la suite de l'armée avec les autres petits clients de Rome, et contrairement à l'usage des monarques indolents de l'Orient, il avait déployé un tel dévoûment et une telle capacité, que les généraux romains ajoutèrent à ses possessions de Galatie et à celles qu'il avait dans la riche contrée située entre l'Amisos et les bouches de l'Halys la moitié orientale de l'ancien royaume de Pont, avec les villes maritimes de Pharnacie et de Trapézonte et l'Arménie du Pont jusqu'aux frontières de la Golchide et de la grande Arménie. Bientôt après il augmenta son territoire déjà considérable par l'adjonction de la contrée des Trokmes Celles, dont il chassa le roi. Ainsi le petit vassal était devenu l'un des plus puissants dynastes de l'Asie Mineure, à qui on pouvait confier une partie importante de la défense de la frontière de l'empire. Des princes d'une importance moindre étaient les autres nombreux princes galales, dont l'un, le prince des Trokmes, Bogodiatarus, qui pour sa valeur éprouvée par Pompée dans la guerre de Mithridate, reçut en récompense la ville frontière de Mithridation qui avait jusque-là appartenu au Pont; le prince de Paphlagonie, Attalus, qui tirait son origine de la vieille maison princière des Pyleeménides ; Aristarque et d'autres petits seigneurs du territoire colchique ; Tarkondimotos qui commandait dans la Cilicie orientale les vallées montagneuses de l'Amanos ; Ptoléraée, fils de Menneeos, qui continuait à régner à Chalcis du Liban; le roi des Nabatéens Aretas, comme roi de Damas ; enfin les émirs arabes dans les contrées en deçà et au delà de l'Euphrate, Abgaros d'Osroène, que les Romains, pour s'en servir comme sentinelle
avancée contre les Parthes, essayèrent, par tous les moyens, de mettre dans leurs intérêts ; Sampsikeramos d'Hemèse, Alchaudonios des Rhambéens, un autre émir à Bostra.
Princes des prêtres. — A ceux-là se joignirent encore les princes spirituels, qui en Orient commandaient à la terre et aux hommes comme des dynastes temporels — les Romains évitèrent habilement d'essayer d'ébranler leur autorité fondée dans ces contrées sur le fanatisme, non plus que de dépouiller les temples de leurs trésors ; — c'étaient : le giand prêtre de la déesse mère à Pessinonte ; les deux grandsprêtres de la déesse Ma dans la Gomana cappadocienne (sur le Saros supérieur) et dans la vallée cappadocienne du même nom (Gamenek aupp.ls de Tokat), lesquels n'étaient inférieurs qu'au roi en puissance et dont la domination, en s'étendant encore par la suite des temps, finit par comprendre le droit de justice et le gouvernement de six mille esclaves du temple (ce fut Arehélaiis, fils du général de Mithridate quiavaii passé aux Romains, qui recul de Pompée ce pontificat suprême) ; le grand-prêtre de Jupiter dans la Morimine cappadocicnne, dont les revenus annuels s'élevaient à 15 talents (8,437,500); le seigneur et le prêlre du territoire de la rude Cilicie, où Teukros, fils d'Ajax, avait fondé un temple consacré à Jupiter, et dont les descendants se transmettaient héréditairement le gouvernement; le grand-prêtre et seigneur du peuple juif que Pompée, après s'être emparé des murs de la capitale, du trésor royal, et des forteresses de la contrée, avait rendu à la nation sous la condition expresse de vivre en paix et de ne plus songer aux conquêtes. Après ces potentats temporels et spirituels venaient les communautés urbaines. Elles étaient, pour la plupart, organisées en grandes con-
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fédérations, et jouissaient d'une certaine indépendance, comme par exemple la confédération des trois cents cités lyciennes fort bien organisée et qui n'avait, par exemple, pris aucune part à la piraterie ; au contraire, les nombreuses communautés isolées, même celles qui avaient des chartes écrites, étaient devenues en fait dépendantes des gouverneurs romains. Les Romains ne méconnaissaient pas, que pour résoudre la question de protéger l'hellénisme et de conquérir en Orient les frontières d'Alexandre en les portant plus loin encore, il fallait avant tout changer la constitution des villes, car les villes sont les gardiennes des mœurs, et on voyait l'antagonisme oriental et occidental s'y accuser dans toute sa vivacité, par le contraste de la hiérarchie orientale militaire et despotique, et du municipalisme commercial et trafiquant gréco-italique. Lucullus et Pompée , quelque peu disposes qu'ils fussent à niveler en Orient, et surtout ce dernier à altérer et à réformer dans les questions de détail les ordonnances de ses prédécesseurs, étaient cependant d'accord pour renforcer par tous les moyens la constitution des villes de l'Asie Mineure. Cyzique, contre la résistance de laquelle s'était brisé le premier effort de la dernière guerre, reçut de Lucullus un agrandissement considérable de territoire. Héraclée de Pont, quoiqu'elle eût résisté énergiquement aux Romains, garda cependant son territoire et ses ports, et la sévérité barbare de Cotta contre cette ville malheureuse fut blâmée en plein sénat. Lucullus avait souvent regretté, avec raison, que la destinée lui eût refusé le bonheur de sauver Sinope et Amisos de la dévastation par les hordes de Pont et par sa propre soldatesque ; il fit du moins ce qu'il put pour les rétablir, et agrandit considérablement leur territoire, les repeupla, tant avec leurs anciens habitants qui, sur son invitation, revinrent en
foule dans leur chère patrie, qu'avec de nouveaux colons de race hellénique ; il fit reconstruire les monuments détruits. Pompée poursuivit cette œuvre dans le même sentiment et sur une plus grande échelle. Bientôt, après la défaite des pirates, au lieu de faire mettre en croix les prisonniers, dont le nombre dépassait 20,000, comme l'avaient fait ses prédécesseurs, il les établit dans les villes dévastées de la Cilicie inférieure, comme à Mallos, Adama, Épiphanéia, et surtout à Solos, qui roçut depuis cette époque le nom de ville de Pompée (Pompéiopolis), à Dyme, en Achaïe, et à Tarente. Cette colonisation parles pirates fut fort blâmée, parce qu'elle semblait un prix offert au crime ; en fait elle était politiquement et moralement bonne, attendu que, vu sa situation, la piraterie devait ôtre traitée autrement qu'un simple brigandage et les prisonniers devaient l'être suivant les lois de la guerre. Avant tout Pompée s'occupa de réformer la constitution des villes dans la nouvelle province romaine. Nous avons déjà fait remarquer combien le royaume de Pont était pauvre en villes : le plus grand nombre des districts d3 la Cappadoce n'avaient pas de cités un siècle plus tard, mais seulement des citadelles qui servaient de refuge à la population agricole en temps de guerre : il n'en devait pas être autrement à cette éporjue dans toute l'Asie Mineure orientale, à l'exception des rares colonies grecques semées sur les côtes. Le nombre des villes nouvelles fondées par Pompée dans ces contrées doit êlie évalué à trente-neuf, y compris les établissements ciliciens, et le plus grand nombre de ces villes arrivèrent à une haute prosp(^,rité. Les plus remarquables dans l'ancien royaume de Pont sont Nicopolis, « la ville de la victoire, » fondée au lieu où Mithridale avait subi sa dernière défaite, le plus beau monument de la victoire d'un général riche en trophées ; Méga-
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lopolis, nommée d'après le surnom de Pompée, aux fronlières de la Cappadoce et de la Petite Arménie, qui devint plus lard Sébastéia (aujourd'hui Siwas); Ziela, où les Romains livrèrent une bataille malheureuse, localité consacrée au temple d^\naïlis, et jusque-là patrie du grand-prêlre de ce temple, h laquelle Pompée donna une constitution et une législation intérieure ; Diospolis, autrelois Kabeira, plus tard Néo- Césarée (Niksar) , un des refuges de la dernière guerre ; Magnopolis ou Pompéiopolis, l'ancienne Eupatoria, rélablie au confluent du Lykos et de l'Iris, bâtie primitivement par Mithridate, mais détruite par lui, en punition de sa trahison; Néapolis, jadis Phazemon, entre Amasia etl'Halys. Le plus grand nombre de ces fondations de ville n'eut pas lieu au moyen de colons amenés de loin, mais par la destruction des villages et la réunion de leurs habitants dans le nouveau mur d'enceinte : ce fut à Nicopolis seulement que Pompée établit les invalides et les vieillards de son armée, qui préférèrent se faire là une patrie plutôt qu'en Italie. Mais il y eut encore d'autres lieux où, sur un signe de Pompée, s'élevèrent de nouveaux foyers de la civilisation hellénique. En Paphlagonie on vit s'élever une troisième Pompéiopolis, aux lieux où l'armée de Mithridate avait remporté en 666 (88) une grande victoire sur les Bithyniens En Cappadoce, la province qui avait peul-être le plus souffert des maux de la guerre, la résidence de Mazata (plus tard Ceesareia, aujourd'hui Kaisarieh) fut rétablie par Pompée avec sept autres localités et érigée en ville. En Gilicie et en Cœlésyrie, on comptait sept villes fondées par Pompée. Dans les districts abandonnés par les Juifs, on vit Gadara dans la Décapote se relever de ses cendres sur l'ordre de Pompée, et la ville de Séleucis fut fondée. La plus grande partie des lerres domaniales disponibles du continent asiatique
doivent avoir été employées par Pompée pour les nouveaux établissements, tandis qu'en Crète, dont il semble s'être peu ou point préoccupé, le territoire domanial romain paraît être demeuré illimité. Pompée ne se contenta pas de fonder de nouvelles localités, il réorganisa et rétablit les anciennes. Les abus et les usurpations furent réprimés autant qu'on le put'; des constitutions praticables et conçues suivant les besoins de chaque province régirent les municipes. Un grand nombre des cités les plus remarquables reçurent de nouveaux privilèges. L'autonomie fut laissée à Antioche sur l'Oronte, la ville la plus importante de l'Asie romaine et peu inférieure à l'Alexandrie d'Egypte et à la Bagdad antique, ainsi qu'à Séleucie clans le royaume des Parthes ; plus tard à la ville voisi"ne d'Antioche, Séleucie, qui reçut la récompense de son énergique résistance à Tigrane, à Gaza et en général à toutes les villes délivrées de la domination juive, dans l'Asie citérieure, Mytilène, Phanagoria, sur la mer Noire.
Résultat flual. — Ainsi l'édifice de l'État romain d'Asie était terminé avec ses rois tributaires et ses vassaux, ses prêtres, ses princes et le cercle de ses villes entièrement ou à moitié libres, qui le faisaient ressembler au saint-empire germanique. Ce n'était un chef-d'œuvre, ni au point de vue des difficultés surmontées, ni à celui des résultats obtenus, et l'on n'arriva pas à lui donner de la valeur par les grands mots que les grands prononçaient en faveur de Lucullus, et la multitude en faveur de Pompée. Pompée se laissa complimenter et se complimenta de façon à laisser croire qu'il avait la tête plus faible qu'elle ne l'était. Ses inscriptions mentionnent 12 millions d'âmes soumises et 1,538 villes ou forteresses prises d'assaut. La quantité semblait compenser la qualité.
et le cercle de ses triomples s'étendait du Palus Méotide à la mer Caspienne, et de celle-ci à la mer Rouge, quoiqu'il n'eût vu de ses yeux aucune de ces trois mers ; et s'il ne le disait pas ouvertement, il laissait le public présumer que la soumission de la Syrie, qui, en réalité, n'était pas une action héroïque, avait ajouté à l'Empire romain tout l'Orient jusqu'à la Bactriane et l'Inde, tant les frontières de ses conquêtes orientales se perdaient dans les brouillards. La servilité démocratique, qui dans tous les temps a rivalisé avec celle des cours, se laissait imposer par ces mensonges pompeux. Elle ne se contenta pas du triomphe qui, le 28 et 29 septembre 693 (61), quarante-sixième anniversaire de la naissance de Pompée, parcourut les rues de Rome, rehaussé, sans parler d'une foule de particularités, des insignes royaux de Mithridate et des enfants des trois rois les plus puissants de l'Asie, Milhridate, Tigrane et Phraate; elle accorda à son général, qui avait vaincu vingt-deux rois, des honneurs royaux, et lui permit de porter pendant toute sa vie la couronne d'or et les insignes de la magistrature. Les monnaies frappées en son honneur montrent le globe terrestre entre le triple laurier des trois parties du monde, et, au-dessus, la couronne accordée par les citoyens au triomphateur de l'Afrique, de l'Espagne et de l'Asie. Il ne faut pas s'étonner si ces pompes enfantines amenaient de vives protestations. Pour les grands du monde romain, c'était^ une parole courante que la soumission de l'Orient était, en fait, l'œuvre de Lucullus, et que Pompée n'était venu en Orient que pour évincer ce général et attacher à son front des lauriers conquis par un autre.
Les deux assertions étaient fausses : ce n'était pas Pompée, c'était Glabrion qui avait été envoyé en Orient pour remplacer Lucullus, et quels qu'eussent été les exploits de Lucullus, le fait était que, lorsque.
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Pompée prit le commandement suprême, les Romains avaient perdu tous les avantages obtenus et ne possédaient plus un pouce de terrain dans le royaume de Pont. Un trait qui portait avec plus de justesse, c'était celui des bourgeois de Rome, qui ne manquaient pas de donner au puissant vainqueur de l'univers des surnoms empruntés aux grandes nations qu'il avait vaincues, et l'appelaient tantôt vainqueur de Salem, tantôt Émir (Arabarches), tantôt le Sampsikéramos romain. Le juge impartial ne peut se prêter ni à ces exagérations, ni à ces amoindrissements. Lucullus et Pompée, en soumettant et en organisant l'Asie, ne s'étaient montrés ni des héros, ni de grands hommes d'État, mais de vaillants généraux et d'habiles politiques. Gomme général, Lucullus avait fait preuve de talents peu communs, et d'une confiance en lui-même qui touchait à la témérité; Pompée, d'une pénétration militaire et d'une rare modération, car peu de généraux disposant de pareilles forces et ayant une telle liberté d'action auraient été aussi prévoyants que lui en Orient. Les entreprises les plus brillantes venaient s'offrir comme d'elles-mêmes à lui: il pouvait se porter sur le Bosphore Gimmérien et sur la mer Rouge ; il avait l'occasion de déclarer la guerre aux Parthes; les contrées de l'Egypte insurgées l'invitaient à renverser du trône le roi Ptolémée que les Romains n'avaient pas reconnu et à mettre à exécution le testament d'Alexandre ; mais Pompée ne se laissa entraîner ni contre Pantikapa?on, ni contre Petra, ni contre Gtésiphon, ni contre Alexandrie : il ne cueillit que les fruits qui lui tombèrent dans les mains. Il livra les batailles sur terre comme sur mer avec des forces supérieures. Si cette modération avait été dictée par la te neur positive de ses instructions ou par la pensée que les conquêtes de Rome devaient trouver quelque part leur limite, et que de nouvelles extensions do terri-
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toîre ne fussent pas profitables à l'État, il aurait mérité une gloire plus haute que celle que l'histoire accorde aux généraux de talents ; mais dans la situation de Pompée, la modération n'était que le résultat d'un défaut naturel d'audace et d'initiative, défaut qui, dans cette circonstance, fut plus utile à l'État que l'esprit aventurier de son prédécesseur. De graves fautes furent cependant commises par Lucullus comme par Pompée. Lucullus en recueillit lui-même les fruits, attendu que sa conduite imprudente lui enleva les résultats de sa victoire ; Pompée laissa à ses successeurs la tâche de poursuivre les suites de sa fausse politique à l'égard des Parthes. Il pouvait, soit les combattre s'il s'en défiait, soit leur laisser la paix, et reconnaître comme il l'avait promis, l'Euphrate comme frontière ; mais tantôt il était trop modeste, tantôt trop vain, et il en vint, par une véritable perfidie, à rendre impossible, par ses prétentions immodérées, la paix que la cour de Ctésiphon désirait et à laquelle il travaillait lui-même, et à laisser à l'ennemi la faculté de choisir son temps pour en tirer vengeance. Gomme gouverneur de l'Asie, Lucullus avait déjà une fortune plus que princière et Pompée reçut lui-même comme récompense de son organisation, du roi de Cappadoce, de la riche ville d'Antioche, et d'autres seigneurs et cités, de grosses sommes en argent H des engagements écrits plus considérables encore. De semblables extorsions étaient devenues un impôt régulier, et si les deux généraux ne se laissèrent pas complètement acheter pour les questions importantes, ils se faisaient donner de l'argent par le parti dont les intérêts étaient d'accord avec ceux de Rome. Vu les circonstances, le gouvernement de ces deux hommes n'en mérite pas moins une louange relative, et on doit reconnaître qu'ils travaillèrent dans l'intérêt de Rome et celui des provinces. La transformation des clieits