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en sujets, la réorganisation des frontières de l'Orient,. la fondation d'un régime d'unité et de force, étaient des bienfaits pour les gouvernements comme pour les sujets. Les bénéfices financiers que fit Rome furent incalculables : les nouveo-ux tributs que, à l'exception de quelques cités qui en furent affranchies, tous ces princes, ces seigneurs et ces villes avaient à pavera Rome, accrurent les revenus de l'État de plus de moitié.
L'Asie souffrit, il est vrai, beaucoup. Pompée versa en or et en valeurs une somme de 200,000,000 sesterces (52,500.000 francs) dans le trésor public, et pa-'tagea 16,000 talents (91,250,000 francs) entre ses officiers et ses soldats ; si l'on y ajoute les sommes importantes rapportées par Lucullus, les extorsions extra-officielles de l'armée romaine, et la valeur des pertes occasionnées par la guerre, on comprend que le pays ait été épuisé. La taxation imposée par Rome à l'Asie n'était peut-être pas plus considérable en elle-même que sous la domination présente, mais elle pesait plus lourdement sur le pays, parce que les contributions s'en allaient du pays et n'y rentraient qu'en bien faible partie, et elles étaient, dans les nouvelles comme dans les anciennes provinces, basées sur le système du dépouillement complet des provinces en faveur de Rome. Mais la responsabilité en retombait moins sur les généraux que sur les partis aux volontés desquels ils devaient se conformer. Lucullus était énergiquement décidé à réprimer les épouvantables exactions des capitalistes en Asie ; et ce fut même là une des causes de sa disgrâce. Les deux généraux pensaient sérieusement à ramener la prospérité dans les provinces soumises ; ce qui le prouve c'est leur activité dans les lieux où aucune considération politique ne leur liait les mains, en particulier leur souci des villes d'Asie Mineure^
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Quoique bien des siècles après, plus d'un village asiatique en ruines rappelât le temps de la guerre civile, une ère nouvelle commença pour Sinope quand elle fut rétablie par Lucullus, et presque toutes les villes du continent dans ie royaume de Pont doivent leur fondation à Pompée. La réorganisation de l'Asie romaine par Pompée doit, au milieu de bien des erreurs inévitables, être considérée comme intelligente et digne d'admiration : quelque pénibles que fussent les circonstances de leur vie, les Asiatiques tant éprouvés devaient considérer comme un bienfait de pouvoir jouir à l'intérieur et à l'extérieur d'une paix si longtemps désirée et si chèrement achetée.
Ij^Orient après le départ de Pompée, «n
La paix dura effectivement en Orient jusqu'au moment où la pensée indiquée par Pompée avec sa légèreté habituelle de soumettre les contrées à l'est de l'Euphrate à la domination romaine eut été reprise par le triumvirat romain, avec énergie mais sans succès, et la guerre civile répandit bientôt ses fléaux dans les provinces orientales comme dans le reste de l'empire. Le gouverneur de Cilicie eut dans cet intervalle des combats à soutenir avec les populations montagnardes de l'Aman, celui de Syrie avec les hordes du désert, et bien des soldats romains périrent dans cette guerre avec les Bédouins ; mais ces expéditions n'eurent pas d'autre importance. Une circonstance plus grave, ce fut la résistance obstinée que la nation juive opposa aux conquérants. Le fils du roi renversé Aristobule, Alexandre et Aristobule lui-même, qui réussit au bout de quelque temps à sortir do prison, excitèrent, pendant le gouvernement d'Aulus Gabinius, 697-701 (57-53), trois soulèvements contre le nouveau souveram, et le gouvernement rétabli par
Rome du grand prêtre Hyrcan resta sans défense devant eux. Ce n'étaient pas des soulèvements politiques, mais l'invincible répugnance des Orientaux pour un joug contre nature qui les obligeaii à regimber contre l'aiguillon : le dernier et le plus important de ces soulèvements dont l'occasion fut la retraite de l'armée d'occupation qu'avait nécessitée la crise d'Egypte, commença par le mas&acre des Romains établis en Palestine. Ce n'est pas sans peine que l'habile gouverneur put sauver les quelques Romains qui purent s'échapper et qui trouvèrent un refuge sur la montagne Garizin où ils étaient bloqués, et se rendre maîtres de l'insurrection, après plus d'un combat acharné et des sièges de longue durée. En punition, le grand-prêtre fut destitué, et la contrée juive, comme autrefois la Macédoine, fut organisée en cinq districts autonomes gouvernés par des collèges de nobles; Samarie et d'autres localités détruites par les Juifs furent rétablies pour faire contre-poids à Jérusalem ; enfin un lourd tribut fut imposé aux Juifs comme aux autres sujets syriens de Rome.
1.0 roTnuiiie «S'Égypte. — Nous avons encore à jeter un coup d'oeil sur le royaume d'Egypte et sur la dernière contrée qui lui fût restée des conquêtes étendues des Lagides, la belle île de Chypre. L'Egypte était au moins nominalement le dernier État indépendant de l'Orient hellénique. Comme autrefois les Perses, après s'être établis sur la moitié orientale de la Méditerranée, ne conquirent l'Egypte que la dernière, les puissants conquérants de l'Occident hésitaient à soumettre cette riche et originale contrée. La raison en était, comme on l'a déjà fait remarquer, soit la crainte d'une résistance, soit le défaut d'une occasion favorable. L'Egypte était certainement aussi impuissante que la Syr.e, et déjà en 673 (81) elle avait
été a-^éantie par la république romaine avec toutes les formes légales : le gouvernement qui dominait à la cour d'Alexandrie était celui des janissaires, qui renversaient les ministres et quelquefois les rois, prenaient pour eux ce qui leur convenait, et quand on leur refusait une augmentation de solde, assiégeai- ni le roi dans son palais ; mais le gouvernement n'était pas aimé dans le pays ou plutôt dans la capitale (car le pays avec sa population agricole n'était guère consulté) et un parli au moins désirait la conquête de l'Egypte par Rome et faisait des efforts pour l'amener. Mais, moins les rois d'Egypte pouvaient songer à lutter à main armée contre Rome, d'autant plus énergiquement l'or d'Egypte travaillait contre le plan de réunion avec Rome ; et par suite de la centralisation despotique et communiste du gouvernement égypti-n, les revenus de la cour d'Alexandrie étaient presque égaux à ceux de la république romaine, même après que Pompée les eut augmentés. La jalousie de l'oligarchie qui ne voulait confier ni la conquête ni le gouvernement de l'Egypte à un seul homme, y aida. Aussi les maîtres en fait de l'Egypte et de Chypre, en corrompant les hommes principaux du sénat, non seulement purent conserver leur trône ébranlé, mais ils le raffermirent et achetèrent du sénat la confirmation de leur titre royal. Mais ils n'en étaient pas encore à leur but. Le droit public exigeait de plus un décret des citoyens romains : pour l'obtenir, les Ptoléraées dépendaient de l'humeur de tous les chefs démocratiques, et ils avaient aussi à ouvrir une guerre de corruption contre l'autre parti romain qui, comme le plus puissant, demandait un prix beaucoup plus élevé. La lutte était inégale.
Chypre soumise. — La conquête de Chypre fut décidée en 696 (58) par le peuple, c'est-à-dire par les
chefs de la démocratie, et on donna comme motif officiel de cette conquête la faveur que les Cypriotes avaient accordée à la piraterie. Marcus Caton, chargé par les adversaires de l'exécution de cette mesure, arriva dans l'île sans armée ; mais il n'en avait pas besoin. Le roi prit du poison ; les habitants se plièrent sans résistance à subir une destinée inévitable, et furent mis sous les ordres du gouverneur de Gilicie. Le riche trésor, qui contenait 7,000 talents (45.000,000), que le roi aussi avare qu'ambitieux n'avait pu se décider à dépenser pour corrompre les Romains et sauver son royaume, tomba en même temps que lui au pouvoir des envahisseurs et remplit à souhait les coffres vides du trésor.
Ptoléniée cl*Ég:Tpte, reconnu. » Son frère, au contraire, qui régnait en Egypte, eut le bonheur d'être reconnu par décret des nouveaux maîtres du royaume, en 695 (59), qu'il avait achetés ; le prix du marché doit avoir été de 6,000 talents (37,500,000).
Ptoléinéc chassé par ses sujets. ■■ Il est vrai que ses sujets le chassèrent de son pays : ils étaient fatigués de ce roi habile joueur de flûte et mauvais politique, et il avaient été irrités à l'excès par la perte définitive de Chypre et par l'aggravation d'impôts qu'avaient entraînée les transactions avec Rome 696 (5S). Lorsque le roi, comme pour la garantie d'un objet vénal, réclama aupiès de l'acquéreur, ceux-ci furent assez bons pour reconnaître qu'il leur incombait comme hommes d'affaires de rendre à Ptolémée son royaume : seulement les Parthes ne purent s'entendre sur le choix de l'homme qui serait chargé de reprendre l'Egypte à main armée avec les avantages attachés à cftte conquête. Lorsque le triumvirat se fortifia à la conférence de Luca, et que Ptolémée se
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fut encore engagé à donner 10,000 talents (63,500,000), le gouverneur de Syrie Aulus Gabinius reçut du gouvernement le droit de faire les démarches nécessaires pour la restauration du roi. Les citoyens d'Alexandrie avaient, pendant ce temps-là, remis la couronne à Bérénice, fille aînée du roi renversé, et lui avaient donné un époux dans la personne d'un des princes spirituels de l'Asie romaine, le grand-prêtre de Komana, Arche laûs : celui-ci eut assez d'ambition pour risquer sa position tranquille et excellente contre l'espérance du trône des Lagides. Les tentatives pour gagner le gouverneur romain furent vaines ; mais il ne recula pas devant la pensée de défendre son nouveau royaume par la force des armes contre les Romains.
Piolémée ramené par Gabinius. — Gabinius, sans avoir reçu aucun pouvoir ostensible pour commencer la guerre contre l'Egypte, mais qui en avait en réalité la mission, prit pour prétexte la piraterie que favorisaient les Egyptiens et la flotte d'^rchélatis, et franchit sans retard la frontière égyptienne, 699 (55). La marche à travers les sables du désert entre Gaza et Peluse, devant laquelle tant d'invasions de l'Egypte avaient échoué, fut cette fois heureusement accomplie, ce dont on fut redevable au hardi et habile général de la cavalerie, Marcus Antonius. La fortesse frontière de Péluse fut rendue par la garnison juive sans résistance. En avant de cette ville, les Romains rencontrèrent les Égyptiens, les battirent dans un combat où. Antonius se distingua encore, et arrivèrent au Nil : c'était la première armée romaine qui fût venue jusque-là. La flotte et l'armée d'Egypte avaient choisi ce lieu pour y livrer un dernier combat ; mais les Romains triomphèrent encore, et Archélatis trouva la mort en combattant, ainsi qu'un grand nombre des siens Aussitôt après cette bataille, la ca-
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pilale se rendit, et toute résistance finit en même temps. La malheureuse contrée fut soumise à son roi lépcitime restauré par force. Les exécutions par les quelles sans rinter\'ention du chevaleresque A.ntonius, Ptolémée aurait déjà célébré la restauration de son gouvernement à Péluse, allèrent alors leur train, el la première victime qui monta à l'échafaud fut la fille innocente du roi. Le paiement convenu avec les Motenlals de Rome ne put s'effectuer par suite de l'impossibililé de tirer cette somme du pays épuisé, quoiqu'on eût pris aux pauvres gens Jusqu'à leur dernier sou ; mais la tranquillité publique fut confiée à une garnison laissée dans la capitale et composée d'infanterie romaine et de cavalerie celtique et germanique, rui congédia les prétoriens nationaux et rivalisa avec eux L'ancienne hégémonie de Rome sur l'Egypte fut trinsiormée par là en une occupation militaire, et la continuation nominale de la royauté nitionale fut moins un soulagement pour le pays qu'un double fardeau.