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comme Pompée le droit de s'appeler iraperator ou proconsul, et des grands qui prenaient part à la guerre active avec plus ou moins de bonne volonté. Ceux-ci avaient transporté dans le camp les mœurs de la capitale, et ce n'était pas pour le plus grand bien de l'armée ; les tentes de ces grands étaient des berceaux élégants, le sol en était couvert de frais gazon et les parois étaient revêtues de lierre : sur la table s'étalait de l'argenterie et les coupes y resplendissaient. Ces guerriers élégants faisaient un singulier contraste avec les compagnons de César, dont le pain grossier épouvantait ces délicats, et qui, faute de ce même pain, mangeaient des racines et juraient de mâcher plutôt des feuilles que de lâcher prise devant l'ennemi. Si, déjà auparavant, les égards dus à des magistrats qui étaient ses collègues et qui étaient personnellement malveillants pour lui avaient entravé l'activité de Pompée, cet embarras ne fit que s'accroître, maintenant que le sénat émigré siégeait au quartier général, et que toutes les colères de l'émigration se donnaient cours dans ses séances. Une personnalité supérieure qui aurait pu peser de son propre poids sur tous ces embarras était précisément ce qui manquait. Pompée était intellectuellement trop médiocre et trop timide, trop lourd et trop dissimulé pour y réussir. Marcus Gaton aurait eu pour cela l'autorité morale nécessaire et même la bonne volonté de soutenir Pompée ; mais Pompée, au lieu de l'y aider, le repoussait avec une jalousie défiante, et aima mieux, par exemple, confier le commandement si important de la flotte à Bibulus, si notoirement inférieur à Gaton sous tous les rapports. Si Pompée se comportait, dans la sphère politique de son commandement, avec cette maladresse qui lui était particulière, et contribuait à perdre plus vite ce qui était déjà perdu, il remplissait, d'une part, avec ua
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zèle admirable, la mission qui lui avait été confiée d'organiser des forces militaires importantes, mais dispersées.
Itérions de Pompée. ■- Le noyau en était les troupes amenées d'Italie dont on avait pu former cinq légions en y joignant les prisonniers d'Illyrie et les Romains domiciliés en Grèce. Trois autres arrivaient de l'Orient : deux formées par les débris de l'armée de rra?3us, et une autre formée des deux faibles corps stationnés en Cilicie. Le départ de ces légions n'avait pas d'inconvénient ; car les pompéiens s'entendaient avec les Parthes, et auraient même pu contracter avec eux une alliance, si Pompée n'avait pas refusé le prix qu'ils y mettaient : la renonciation des Romains à la Syrie, qui avait été ajoutée par Pompée lui-même à l'empire romain ; d'autre part, le plan de César d'envoyer deux légions en Syrie et d'appeler les Juifs aux armes en relâchant Aristobule retenu à Rome, avait échoué par suite de la mort de ce prince. On avait de plus formé une nouvelle légion avec les soldats congédiés établis en Crète et en Macédoine, et deux avec les Romains de l'Asie Mineure. En outre, on avait 2,000 volontaires, débris des armées d'Espagne et d'autres corps, et enfin les contingents des contrées sujettes. Comme César, Pompée avait évité de leur demander de l'infanterie ; on n'avait levé les milices épirotes, étoliennes et thraces, que pour la défense des côtes, et en troupes légères on n'avait demandé que 3,000 cavaliers de Grèce et d'Asie Mineure, et 1,200 frondeurs,
Cavalerie. — La cavalerie, au contraire, outre une garde du corps composée de la jeune noblesse de Rome et plus brillante que solide, et les pasteurs à cheval de l'Apulie que Pompée avait enrégimentés,
était formée du contingent dos sujets et des clients de Rome. Le noyau en était formé par les Celtes, soit de la garnison d'Alexandrie, soitdu contingent duroi Déjotarus, qui, malgré son âge avancé, avait paru à la tête de ses cavaliers et des autres dynastes galates. A eux se joignaient les excellents cavaliers parLhes qui en partie étaient conduits par leurs princes Sadala et Rhaskyporis, en partie avaient été levés par Pompée dans ]a province de Macédoine : la cavalerie cappadocienne, les archers à cheval envoyés par le roi Antiochus de Gomagène ; les contingents de l'Arménie en deçà de TEuphrate sous le roi Taxile, ceux au delà de l'Euphrate sous Mégabate, et les hordes numides envoyées parle roi Juba : l'ensemble formait une masse de 7,000 cavaliers.
Flotte. — La flotte de Pompée était également considérable. Elle était formée, en partie, de vaisseaux de transport amenés de Brundisium ou construits depuis, en partie de vaisseaux de guerre du roi d'Egypte, des princes de Gochilde, des dynastes ciliciens Tarkondimotos, des villes de Tyr, de Rhodes, d'Athènes, de Gorcyre, et surtout des villes maritimes d'Asie et de Grèce, et comptait environ 500 voiles, dont les vaisseaux romains formaient le cinquième. En blé et en matériel de guerre, il y avait à Dyrrachium des approvisionnements considérables. La caisse de guerre était pleine, attendu queles pompéiens avaient en leur possession les principales sources de revenus de l'État, et se servaient des revenus des princes clients, de ceux des sénateurs, de ceux des fermiers de l'impôt, et surtout de ceux de toute la population romaine et non romaine qu'ils pouvaient atteindre. Ce que pouvaient en Afrique, en Egypte, en Macédoine, en Grèce, en Asie Mineure, et en Syrie, le prestige du gouvernement légitime et la clientèle des
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peuples et des rois si souvent célébrée de Pompée, était mis en mouvement pour le service de la république romaine ; si en Italie on disait que Pompée armait contre Rome les Gètes, les Golchidiens et les Arméniens, si dans le camp Pompée s'appelait le roi des rois, c'étaient à peine des hyperboles. En somme, il commandait une armée de 7,000 cavaliers et de onze légions, dont cinq, il est vrai, pouvaient seulement être considérées comme habituées à la guei, e, et en outre, une flotte de cinq cents voiles. L'esprit des soldats, dont la paie et l'entretien étaient surveillés par Pompée, et auxquels en cas de victoire des récompenses inouïes avaient été promises, était bon et même excellent dans certaines divisions de l'armée : cependant la plus grande partie de cette armée était composée de troupes nouvellement levées, dont l'instruction et l'exercice, quoique poursuivis avec un grand zèle, demandaient nécessairement du temps. La force militaire était imposante en somme, métis sous quelques rapports, un peu mêlée.
Réunion deis Pompéiens à la côte de l'Épire. — Dans l'intention du général en chef, la flotte devait être, avant l'hiver de 705-6 (49-8), réunie sur les côtes et dans les eaux de l'Épire. L'amiral Bibulus était déjà arrivé avec 110 voiles dans le quartier général. Au contraire, l'armée de terre, dont le quartier général avait été pendant l'été à Berrhoea sur l'Haliakmon, était en retard : la masse se mit lentement en mouvement par la grande route de Thessalonique, vers la côtp occidentale et le futur quartier général de Dyrrachium ; les deux légions que Métcllus Scipion amenait de Syrie étaient encore à Pergame, en Asie Mineure, prenaient leurs quartiers d'hiver et étaient attendues en Europe au printemps. On prenait son temps. Provisoirement les ports
d'Épire n'étaient gardés que par la fiotte et par les milices citoyennes et les contingents du voisinage.
César contre Pot»awée. ^ Ainsi César aTait encore la possibilité, malgré la guerre d'Espagne qui avait éclaté dans l'intervalle, de prendre l'offensive en Macédoine, et il n'hésita pas à le faire. Depuis longtemps il avait ordonné la réunion des vaisseaux de transport et de guene à Brundisium, et après la capitulation de l'armée d'Espagne et la chute de Massilia, il avait dirigé vers ce lieu le noyau des troupes qui y avaiont été employées. Les efforts inouïs que César imposa ? ses soldats avaient plus éclairci les rangs que les combats, et la mutinerie d'une des quatre plus vieilles légions, la neuvième, dans sa marche vers Placentia, était un signe effrayant de l'esprit qui se développait dans l'armée : cependant la présence d'esprit de César et son autorité personnelle avaient fini par dominer le mouvement, et de ce côté l'embarquement ne souffrait pas de difficulté. Mais de même qu'en mars 705 (49), il avait fallu abandonner les poursuites de Pompée, le manque de vaisseaux menaçait encore de faire échouer cette expédition. Les bâtiments de guerre que César avait ordonné de construire dans les havres de Gaule, de Sicile et d'Italie, n'étaient pas encore prêts ou n'étaient pas disponibles : son escadre dans la mer Adriatique avait été anéantie l'année précédente à Curicta ; il ne trouva à Brundisium que douze vaisseaux de guerre, et à peine assez de vaisseaux de transport pour faire passer en une fois le tiers de son armée de douze légions et de 10,000 cavaliers. La belle flotte ennemie dominait exclusivement sur la mer Adriatique, et principalement sur les îles et les ports continentaux des côtes orientales. Dans de pareilles circonstances, on se demande pourquoi César ne prit pas, au lieu de la route de
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mer, celle qui traversait l'Illyrie, qui le faisait échapper à tous les dangers que la flotte lui fai-ail courir, et qui était plus courte que celle de Brundisium pour les troupes venant de Gaule. Les contrées illyriennes étaient incroyablement arides et pauvres, il est vrai, mais elles ont été traversées depuis par d'autres armées, et cet obstacle devait paraître médiocre au conquérant de la Gaule. Peut-être pensa-t-il qu'au milieu d'une marche pénible à travers l'Illyrie, Pompée pouvait faire tr.'iver.^er l'Adriatique à toutes ses forces, ce qui aurait interverti les rôles. César se trouvant en Macédoine et Pompée en Italie ; mais on ne pouvait guère attendra de son adversaire indécis une tentative aussi audacieuse. Peut-être César, en se décidant par la route de mer, avait-il pensé que sa flotte serait mise sur un pied supérieur, et lorsqu'il put se convaincre, à son retour d'Espagne, du véritable état des choses, il devait être trop tard pour qu'il pût changer son plan. Peut-être, avec sa nature prompte à la résolution, pensait-il avec vraisemblance que s'il se trouvait enfermé sur les côtes d'Épire encore inoccupées en ce moment, mais qui devaient être couvertes en peu de jours de troupes enatmies, il serait oblige encore une fois d • traverse, le plan de l'enn.mi par une résolution désespérée.
€^i«ar débarque en Épire. ^ Quoi qu'il en soit, le 4 janvier 705, César avec dix légions afTaiblies parles marches forcées et par les maladies, et ôOO cavaliers, mit à la voile de Brundisium pour les côtes d'Épire. C'était une répétition de la hardie expédition de Bretagne. Cependant le début en fut heureu::. Ce fut au milieu des rochers Acrocérauniens (Chimara) et dans le havre peu fréquenté de Paleassa (Paljassaj qu'il atteignit les côtes. On voyait les vaisseaux de transport tant du port d'Orikon (Avlona), où il y avait
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ynivtrsffaj BJBLIOTHECA
une escadre pompéienne de dix-huit voiles, que du quartier général de la flotte ennemie à Gorcyre ; mais d'un côté on se trouvait trop faible, et de l'autre on n'était pas prêt à prendre la mer, en sorte que le premier transport aborda sans obstacle. Tandis que les vaisseaux retournaient pour en prendre un second, César passa le même soir les montagnes Acrocérauniennes. La milice épirote ne se défendit nulle part, les terrains importants d'Orikon et d'Apollonia, ainsi que les diverses autres petites localités, furent emportés. Dyrrachium, dont les pompéiens avaient fait leur place d'armes, et qui était remplie d'approvisionnements de toutes sortes mais trop faiblement défendue, était dans le plus grand danger.
César coupé de l'Italie. — Mais la suite de la campagne ne répondit pas à ce brillant début. Bibulus répara un peu la négligence dont il avait été coupable, en redoublant d'efforts. Non seulement il captura plus de trente des transports qui retournaient en Italie, et les fit brûler avec tous les hommes qu'ils portaient, mais il établit aussi, le long du district entier de la côte occupée par César, depuis l'île de Sason (Saseno) jusqu'aux ports de Corcyre, une croisière active, bien que cette lâche eût été rendue difficile par la mauvaise saison et par la nécessité de faire venir tous les approvisionnements pour la croisière, même l'eau et le bois de Gorcyre ; en fait, son successeur Libo, car il mourut bientôt de ses fatigues excessives, bloqua un moment le port de Brundisium jusqu'au moment oîi le manque d'eau l'obligea à quitter la petite île devant laquelle il s'était établi. Il n'était pas possible aux officiers de César de faire passer la seconde partie de l'urmée. Il ne réussit pas mieux lui-même à prendre Dyrrachium. Pompée apprit, par un des messagers de paix de César, ses pré-
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paratifs de voyage pour la côte d'Épire, et, accélérant en conséquence sa marche, il se jeta à temps dans cet injportanl arsenal La situation de César était critique Quoique ses lignes s'étendissent en Épire aussi loin que le permettait la faiblesse de son armée, la subsistance resta difficile et précaire, tandis que l'ennemi, en possession des magasins de Dyrrachium et maître de la mer, avait toutes choses en abondance. Avec son armée, forte d'environ 20,000 hommes, il ne pouvait offrir la bataille à celle de Pompée, qui en avait au moins le double, et devait s'estimer heureux que Pompée procédât méthodiquement, et au lieu de lui livrer immédiatement bataille, hivernât entre Dyrrachium et Apollonia, sur la rive droite de l'Apsus, regardant César à gauche, afin qu'après l'arrivée des légions de Pergame au printemps, il pût annihiler l'ennemi avec une force irrésistiblement supérieure. Les mois se passèrent ainsi. Si l'arrivée de la meilleure saison, qui apporta à l'ennemi un grand accroissement de force et le libre usage de sa flotte, trouvait César dans la même position, il était perdu, suivant toute apparence, avec sa faible armée dispersée sur les roches de l'Épire contre l'immense flotte et l'armée de l'ennemi trois fois aussi forte que la sienne : et déjà l'hiver approchait de sa fin. Sa seule espérance reposait encore, sur sa flotte de transport : toute tentative de trouver le passage par force ou par ruse était plus qu'audacieuse, mais après le premier coup de hardiesse qu'il avait fait, celui-ci était devenu nécessaire. Combien désespérée apparut la situation à César lui-même, on le voit par sa résolution : s'apercevant que la flotte n'arrivait pas, il voulut monter une barque de pêcheur, et traversa l'Adriatique jusqu'à Brundisium pour l'aller chercher : ce dessein ne fut abandonné que parce qu'il ne trouva pas de marin pour entreprendre le voyage.
Antoine se reud eu Épire — Mais il n'avait plus besoin de paraître pour décider son fidèle lieutenant qui commandait en Italie, Marcus Antonius, à faire les derniers efforts pour sauver son général. Une fois encore, la flotte de transport avec quatre légions et 800 chevaux quitta le port de Brundisium, et un bon vent la porta au delà de la croisière de Libo. Mais le même vent qui sauva la flotte rendit le débarquement impossible, comme on le devait, sur la côte d'Apollonia, et l'obligea à passer le camp de César et de Pompée, et à gouverner au nord de Dyrrachium vers Lissus, ville qui appartenait heureusement à César. Quand elle eut passé le port de Dyrrachium, les galères rhodiennes se mirent à sa poursuite, et à peine les vaissaux d'Antoine étaient-ils entrés dans le port de Lissus, que l'escadre de l'ennemi parut devant le port. Mais juste à ce moment le vent changea subitement et poussa les galères qui le poursuivaient en pleine mer ou sur la côte rocheuse. Par suite de cette merveilleuse bonne fortune, le débarquement du second envoi put s'effectuer.
jonctioa de l'areiiée de César. — Antoine et César étaient sans doute encore à quatre jours de marche l'un de l'autre, séparés par Dyrrachium et toute 1 armée de l'ennemi ; mais Antoine effectua sa masche périlleuse autour de Dyrrachium par les passes de Graba Balkan, et fut reçu par .César, qui était allé à sa rencontre sur la rive droite de l'Apsus. Pompée, après avoir vainement tenté d'empêcher la jonction des deux armées de l'ennemi, et de forcer le corps d'Antoine à combattre isolément, prit une nouvelle position à Asparagium, sur le fleuve Genusos (Uschkomobin), qui coule parallèllement à l'Apsus, entre ce dernier et la ville de Dyrrachmm, et il y resta immobile. César se trouva alors assez fort pour
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donner la bataille, mais Pompée la refusa. D'autre part, il réussit à tromper Pompée et à se jeter inaperçu avec ses meilleures troupes de marche, comme à Ilerda, entre le camp de l'ennemi et la forteresse de Dyrrachium qui lui servit de base. La chaîne de Graba Balkan, cpii s'étend de l'est à l'ouest vers l'A' driatique, sur la langue de terre étroite de Dyrrachium, détache, à environ six heures de Dyrrachium, vers le sud, un rameau latéral qui s'avance vers la mer en forme de croissant, et la chaîne principale et le rameau enferment entre eux une petite plaine qui entoure un rocher sur le rivage. Ce fut là que Pompée campa, et quoique l'armée de César tînt la route de Dyrrachium fermée, il demeura, à l'aide de sa flotte, constamment en communication avec la ville, et fut amplement et facilement approvisionné de tout ce qui était nécessaire, tandis que parmi les césariens, malgré de forts détachements dans la contrée avoisinanle, et malgré tous les efforts du général pour organiser un système de transport et par là des approvisionnements réguliers, il y avait plus que de la gêne, et la viande, l'orge et même les racines devaient souvent prendre la place du froment auquel ils étaient accoutumés.
César investit le camp de Pompée. —
Gomme son flegmatique adversaire persévérait dans son inaction, César tenta d'occuper la crête des hauteurs qui enfermaient la plaine du rivage occupé par Pompée, dans l'intention d'arrêter les mouvements de la cavalerie plus nombreuse de l'ennemi, et d'opérer avec plus de liberté contre Dyrrachium, et s'il était possible, d'obliger son adversaire ou à se battre ou à s'embarquer. Près de la moitié des troupes de César était détachée vers l'intérieur : il semblait que ce fût une entreprise insensée de se proposer avec le reste
d'assiéger une armée peut-être du double de force, dans une position concentrée, et appuyée sur la mer. Cependant les vétérans de César, par des efforts infinis, investirent le camp de Pompée avec une chaîne de postes longue de seize milles, et ajoutèrent bientôt à cette première ligne intéiieure une seconde extérieure, pour se défendre contre les attaques de Dyrrachium et contre les tentatives de tourner leur position, qui auraient pu si facilement être exécutées avec l'aide de la flotte. Pompée attaqua plus d'une fois une partie de ces retranchements avec l'intention, si cela était possible^ de briser la ligne de l'ennemi ; mais il n'essaya pas d'empêcher l'investissement par une bataille ; il préféra construire à son tour un certain nombre de retranchements autour de son camp, et de les réunir par des lignes. Des deux côtés on s'efforça de pousser les tranchées aussi loin que possible, et les ouvrages en terre avancèrent lentement au milieu de conflits constants. Dans le même temps, les escarmouches continuaient de l'autre côté du camp de César avec la garnison de Dyrrachium ; César espérait s'emparer de la forteresse au moyen d'intelligences avec quelques-uns de ses défenseurs ; mais la flotte de l'ennemi l'en empêcha. Il y avait une lutte continuelle sur différents points, et en un seul jour, sur six points en même temps, et généralement, la valeur éprouvée des césariens avait l'avantage dans ces escarmouches ; une fois, par exemple, une simple cohorte se maintint dans ses retranchements contre quatre légions pendantplusieurs heures, jusqu'àcequ'illuivîntdurenfort. Aucun succès important ne fut remporté de part ni d'autre : mais les effets de l'investissement se firent particullèrrj.ment sentir aux pompéiens. Le barrage des ru'sseaux coulant des hauteurs dans la plaine les obligèrent à se contenter d'eau de puits rare et mauvaise. Ils sentirent plus cruellement encore le manque
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de fourrage pour les bêtes de somme et les chevaux, auquel la flotte était hors d'état de remédier : un grand nombre d'entre eux moururent, et il servit peu que les chevaux eussent été amenés par la flotte à Dyrrachium, attendu que là aussi ils ne trouvèrent pas un fourrage suffisant. Pompée ne pouvait tarder davantage à se délivrer de sa situation désagréable par un coup frappé sur l'ennemi.
EiCS lig:ues de César rompues. -« Il apprît par des déserteurs celtes que l'ennemi avait négligé de défendre la grève entre les deux chaînes de retranchements éloignés l'une de l'autre de 600 pieds par une ligne transversale, et il basa ses opéraiions sur cette faute. Il fit attaquer la ligne intérieure des retranchements de César par les légions du côté du camp, et la ligne extérieure par les troupes légères placées sur les vaisseaux et débarquées en dehors des retranchements de l'ennemi ; une troisième division débarqua dans l'espace resté libre entre les deux lignes, et attaqua en arrière leurs défenseurs déjà suffisamment occupés. Le retranchement voisin de la mer fut pris, et la garnison s" enfuit dans une complète confusion ; ce fut avec difficulté que le commandant de la tranchée voisine, Marcus Antonius, réussit à la maintenir et à arrêter pour un moment la marche de Pompée ; mais outre la perte considérable, le retranchement le plus extérieur le long de la mer demeura entre les mains des pompéiens, et la ligne fut rompue.
César de nouveau défait. — ■ César n'en saisit qu'avec plus d'empressement l'occasion qui s'ofl"rit d'attaquer avec le gros de son infanterie une légion pompéienne, qui s'était imprudemment isolée. Mais les soldats attaqués résistèrent vaillamment, et comme
le teiTaïn sur lequel le combat avait eu lieu avait été employé plusieurs fois au campement de divisions plus ou moins grandes, et était coupé de divers côtés par des buttes et des fossés, l'aile droite de César et la cavalerie se perdirent complètement : au lieu d'appuyer la gauche en attaquant la ligne de Pompée, ces troupes enfilèrent une tranchée étroite qui conduisait de l'ancien camp vers la rivière. Ainsi Pompée qui arrivait en toute hâte avec cinq légions au secours de ses troupes, trouva les deux ailes de l'ennemi séparées, et l'une d'elles dan» une position désespérée. Lorsque les césariens le virent avancer, une panique les prit ; et si l'engagement finit par la perte de 1 ,000 des meilleurs soldats, et si l'armée de César n'éprouva pas une complète défaite, ce fut simplement par suite de la circonstance que Pompée ne put déployer librement ses forces sur ce terrain découpé, et que, craignant un stratagème, il retint ses troupes.
Conséquence» de la défaite de César. »
Mais, quoi qu'il en soit, ces journées furent malheureuses pour César. Non seulementilavaitéprouvé les pertes les plus sensibles et perdu d'un seul coup ses retranchements , résultat d'un labeur gigantesque de quatre mois, mais il était, par les engagements récents, rejeté précisément au point où il était au début. Il était plus séparé que jamais de la mer, depuis que le fils aîné de Pompée, Cnaeus, avait, par une attaque hardie, en partie brûlé, en partie enlevé le peu de vaisseaux de César qui étaient dans le port d'Oricum. et peu après mis le feu à la flotte de transport qui était à l'ancre en arrière du Lissus; toute possibilité de renforcer César, par mer, de Brundisium était ainsi supprimée. La nombreuse cavalerie de Pompée, maintenant dégagée, se répandit dans les contrées environnantes et menaça de rendre l'approvisionnement de l'armée de
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César, de tout temps difficile, désormais impossible. L'entreprise hardie par laquelle César avait voulu prendre l'offensive sans vaisseaux contre un ennemi qui dominait la mer, et qui s'appuyait sur une flotte, avait totalement échoué. Il se trouva sur le théâtre de la guerre, en présence d'une position défensive imprenable, et hors d'état de frapper un coup sérieux, soit contre Dyrrachium, soit contre l'armée romaine. Au contraire, il dépendait maintenant de Pompée d'attaquer dans les circonstances les plus favorables un antagoniste qui était très inquiet sur la subsistance de son armée. La guerre était arrivée à une crise. Jusque-là Pompée avait, suivant toute apparence, joué le jeu de la guerre sans plan spécial et accommodé sa défense aux exigences de chaque attaque ; on ne pouvait l'en blâmer, car la prolongation de la guerre lui pefmettait de rendre ses recrues capables de combattre, de constituer ses réserves, et d'assurer déplus en plus la supériorité à la flotte de l'Adriatique. Les défaites de Dyrrachium n'avaient pas eu, il est vrai, l'effet que Pompée en attendait avec raison : l'énergique esprit militaire des vétérans de César empêcha que les choses n'en arrivassent à uno dissolution immédiate et totale de l'armée par la faim et la mutinerie ; mais César était complètement battu, non seulement au point de vue de la lactique, mais à celui de la straléj:ie,et il semblait qu'il ne pouvait ni se maintenir dans sa position actuelle, ni la changer avec avantage.
Pepspc«*<îves de Pompée. — Pompée avait vaincu : c'était à lui à prendre l'offensive ; et il était résolu à le faire. Trois manières s'offraient à lui de rendre sa victoire utile. La p.emière et la plus simple était d'attaquerl'armée vaincue, et si celle-ci s'éloignait, de la poursuivre. Secondement, Pompée pouvait laisser
César lui-même et ses meilleures troupes en Grèce, et passer la mer en personne, comme il se préparait depuis longtemps à le faire, avec son armée principale, dans laquelle l'esprit était décidément anlimonarchique, et dans ce cas, les forces de César, après qu'il aurait détaché en Grèce ses meilleures troupes et son brave et fidèle lieutenant, ne seraient pas d'une grande importance.
Scipion et CalTiuus.-» Enfin le vainqueur pouvait se tourner vers le continent, effectuer sa jonction avecles légions de Métellus Scipion, et essayer de capturer les troupesde César stationnées dans l'intérieur. Ce dernier avait, aussitôt après l'arrivée du second convoi d'Italie, envoyé de forts détachements vers l'Étolie etlaThessalie, pour procurer à son armée des moyens de subsistance, et il avait fait avancer sur la voie Egnatia vers la Macédoine deux légions commandées par Cnseus Domitius Calvinus, dans le dessein d'intercepter, et, s'il était possible, de défaire en détail le corps de Scipion qui arrivait par la même route de Thessalonica. Calvinus et Scipion s'étaient déjà approchés à peu de milles l'un de l'autre, quand Scipion se tourna subitement vers le sud, et traversant rapidement l'Haliacmon (Jardsch Karasu) et y laissant son bagage sousMarcus Favonius, pénétra en Thessalie, pour attaquer avec des forces supérieures la légion de recrues qui était employée à la réduction du pays, sous les ordres de Lucius Cassius Longinus. Mais Longinus se retira par les montagnes vers Ambracie pour rejoindre le détachement envoyé par César, sous les ordres de Cnseus Calvisius Sabinus, en Etolie, et Scipion ne put que le faire poursuivre par la cavalerie thrace; car Calvinus menaçait sa réserve laissée surJ'Haliacmon, aux ordres de Favonius, du même sort qu'il avait lui-même destiné à Longinus.
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Ainsi Calvinus et Scipion se retrouvèrent sur l'Haliacmon et y campèrent l'un en face de l'autre pendant longtemps.
Retraite de César de Djrrachiam en Tliessnlie. ^ Pompée pouvait choisir entre ces trois plans ; César n'avait aucun choix. Après cet engagement malheureux, il commença sa retraite vers Apol- Jonia. Pompée le suivit. La marche de Dyrrachium à Apollonia le long d'une route difficile traversée par plusieurs rivières n'était pas une tâche facile pourune armée défaite poursuivie parl'ennemi ; mais la conduite habile du général et l'énergie indestructible déployée dans la marche par les soldats obligèrent Pompée, après trois jours de poursuite, à s'arrêter. 11 avait maintenant à choisir entre une expédition en Italie et la marche à l'intérieur. Quelque raisonnable et engageante que pût lui paraître la première, et bien que plus d'une voix s'élevât en sa faveur, il préféra ne pas abandonner le corps de Scipion, d'autant plus qu'il espérait par cette marche voir le corps de Calvinus tomber entre ses mains. Calvinus était en ce moment sur la voie Egnatia, à Heraclia Lyncestis, entre Pompée et Scipion, et après que César eut effectué sa retraite sur Apollonia, plus éloigné de ce dernier que de la grande ar.r.ée de Pompée. Une connaissait pas, en outre, les événements de Dyrrachium et sa position périlleuse, attendu que depuis les succès remportés à Dyrrachium toute la contrée inclinait vers Pompée, et que les messagers de César étaient partout saisis. Ce ne fut que lorsque la force principale des ennemis eut approché de quelques miUes de lui, que Calvinus apprit, par les rapports des postes avancés de l'ennemi, le véritable état des choses. Un prompt départ dans une direction méridionale vers la Thessalie le sauva d'une imminente destruction. Pompée dut se contenter
d'avoir délivré Scipion de sa situation périlleuse. César était pendant ce temps-là arrivé sans encombre à Apollon ia. Immédiatement après le désastre de Dyrrachium, il avait résolu, si cela était possible, de transférer le combat de la côte à l'intérieur, avec l'intention de se mettre à l'abri de la flotte ennemie : cause finale de l'écht^c de ses premiers efforts. La marche sur Apollonia n'avait eu d'autre but que de placer les blessés en sûreté et de payer les soldats là où étaient stationnés les dépôts : des que cette opération fut terminée, il se dirigea vers la Thessalie, laissant des garnisons à Apollonia,Oricum et Lissus. Le corps de Galvinus s'était mis également en mouvement vers la Thessalie, et César put effectuer sa jonction avec les renforts venant d'Italie, cette fois par la route de terre d'Illyrie, deux légions commandées par Quintus Cornificius ; cela était plus facile en Thessalie qu'en Épire. Montant par des sentiers dilûciles dans la vallée de l'Aous, et traversant la chaîne de montagnes qui sépare l'Ëpire de la Thessalie, il arriva au Pénée : Calvinus fut également dirigé sur ce point, et la jonction des deux armées fut ainsi accomplie par la route la plus courte et celle qui était la moins exposée à l'ennemi. Elle eut lieu à iEginium, non loin de la source du Pénée. Gomphi, la première ville de Thessalie devant laquelle l'armée maintenant unie se présenta, lui ferma ses portes ; elle fut bientôt prise d'assaut et livrée au pillage, et les autres villes de Thessalie, terrifiées par cet exemple, ouvrirent leurs portes dès que les légions de César parurent devant les murs. Au milieu de ces marches et de ces conflits, et avec l'aide de ressources plus abondantes que fournissait la région du Pénée, les traces et le souvenir des jours calamiteux qu'on avait passés s'évanouirent lentement.
Les victoires de Dyrrachium n'avaient pas donné de résultats bien immédiats pour les vainqueurs. Pum-
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pée avec son armée peu flexible et sa nombreuse cavalerie n'avait pu suivre son versatile ennemi dans les montagnes ; César, comme Galvinus, avait échappé aux p':ursuites, et tous deux étaient unis en pleine sécurité en Thessalie. Peut-être le meilleur système eût-il été pour Pompée de s'embarquer sans délai avec son corps principal pour l'Italie, oii le succès était à peine douteux. Mais dans le même temps, une division seulement de la flotte partit pour l'Italie et la Sicile. Dans le camp de la coalition, la lutte avec César paraissait complètement décidée par les batailles de Dyrrachium, au point qu'il ne restait qu'à recueillir les fruits de la victoire, en d'autres termes, à suivre et à capturer l'armée vaincue. Leur prudence excessive fut sui\ie d'une arrogance encore moins justifiée par les circonstances : ils ne s'inquiétèrent pas du fait qu'ils avaient en réalité manqué la poursuite, qu'ils n'avaient pas de réserve disponible pour rencontrer une armée complètement remise et réorganisée en Thessalie, et qu'il y avait grand péril à se retirer de la mer en renonçant à l'appui de la flotte, et en suivant leur antagoniste sur le champ de bataille choisi par lui-même. On était simplement revenu à l'idée de combattre à tout prix avec César, et par conséquent à l'atteindre aussitôt que possible et par la voie la plus commode. Caton prit le commandement de Dyrrachium, oïl on avait laissé une garnison de 18 cohortes ; Pompée et Scipion s'occupèrent, le premier à suivre en apparence la voie Egnatia jusqu'à Pella, pour se diriger ensuite sur la grande route du sud, le second de l'Haliacmon, par les passes de l'Olympe, au Pénée inférieur. Ils devaieni se rejoindre à Larissa.
Bataille à Pbarsale. — César campa au sud de Larissa, dans la plaine qui s'étend de la contrée montagneuse de Cynoscéphales à la chaîne de
rOthrys, et qui est coupée par un affluent du Pénée^ l'Énipée, sur la rive droite de ce dernier fleuve, près delà ville de Pharsale ; Pompée campa en face de lui sur la rive droite de l'Énipée, le long des collines de Gynoscéphales. L'armée entière de Pompée était rassemblée ; César attendait encore le corps de près de deux légions détaché vers l'Étolie et la Thessalie, alors stationné, sous Quintus Fufms Calénus en Grèce, elles deux légions de Gornificius qui arrivaient par terre d'Italie, et qui étaient déjà en Illyric. L'armée de Pompée, comptant onze légions ou 47,000 hommes et 7,000 chevaux, était plus que double de celle de Gésar en infanterie, et trois fois aussi nombreuse en cavalerie ; la fatigue et les combats avaient tellement décimé les troupes de Gésar, que les huit légions ne comprenaient pas plus de 22,000 hommes sous les armes, en conséquence à peine la moitié de leur contingent normal. L'armée victorieuse de Pompée, appuyée d'une innombrable cavalerie et de bons magasins, avait des approvisionnements en abondance, tandis que les troupes de Gésar avaient de la difficulté à vivre, et n'attendaient de meilleurs approvisionnements que de la moisson de blé qui n'était pas éloignée. Les soldats de Pompée, qui avaient appris dans la dernière campagne à connaître la guerre, étaient dans la meilleure disposition. Toutes les raisons militaires du côté de Pompée devaient rendre une bataille décisive imminente, puisque ses troupes étaient en face de celles de César en Thessalie, et l'impatience des émigrés, des officiers nobles et des autres qui accompagnaient l'armée avait plus de poids encore que de semblables raisons dans le conseil de guerre. Depuis les événements de Dyrrachium, ces nobles regardaient le triomphe de leur parti comme un fait indibcutablc ; déjà il y avait une concurrence ardente pour le sou-
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verain pontificat de César, et on avait envoyé des instructions à Rome pour louer des maisons au forum pour les prochaines élections. Lorsque Pompée hésita à traverser le ruisseau qui séparait les deux armées, et que César, avec son armée beaucoup plus faible, ne se hasardait pas à passer, il excita une grande indignation; Pompée, disait-on, ne retardait la bataille que pour gouverner plus longtemps tous les consulaires et les prétoriens, et pour jouer plus longtemps le rôle d'Agamemnon. Pompée céda, et César qui, convaincu que la bataille ne serait pas livrée, venait d'imaginer un moyen de tourner l'armée de l'ennemi, et était, pour le mettre à exécution, sur le point de se diriger sur Scotussa, mit ses légions en bataille, lorsqu'il vit Pompée se préparer h la livrer sur la rive du fleuve qu'il occupait.
Ce fut amsi que la bataille de Pharsale fut livrée, le 9 août 706 (48), presque sur le même champ de bataille où, cinquante ans auparavant, les Romains avaient jeté les fondements de leur domination dans l'Orient ; Pompée appuya sa droite sur l'Énipée, César en face de lui sur le terrain coupé qui s'étendait devant l'Énipée ; les deux autres ailes étaient stationnées dans la plaine, couvertes des deux côtés par la cavalerie et les troupes légères. L'intention de Pompée était de tenir son infanterie sur la défensive et de aisperser avec sa cavalerie les faibles bandes de cavaliers qui mêlées, à la façon germaine, avec la cavalerie légère, étaient en face de lui, puis de prendre l'aile droite de César en queue. Son infanterie soutint courageusement la première charge de celle de l'ennemi, et l'engagement fut suspendu sur ce point. Labiénus en même temps dispersa la cavalerie de l'ennemi, après une courte mais valeureuse résistance, et déploya ses forces à la gauche dans l'intention de tourner l'infanterie. Mais César, prévoyant la
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défaite de sa cavalerie, l'avait appuyée, sur le flanc menacé de son aile gauche, de 2,000 de ses meilleurs légionnaires. Gomme les cavaliers de l'ennemi, poussant devant eux ceux de César, galopaient sur le front et les côtés de la ligne, ils rencontrèrent subitement ce corps d'élite qui s'avançait intrépidement contre eux, et, mis en désordre par cette attaque imprévue et nouvelle d'infanterie, quiltèrent à toute vitesse le champ de bataille. Les légionnaires victorieux taillèrent en pièces les archers de l'ennemi maintenant découverts, puis se précipitèrent sur l'aile gauche de l'ennemi et se préparèrent de leur côté à la tourner. En même temps, la troisième division de César, jusque-là tenue en réserve, avança sur toute la ligne pour attaquer. La défaite inattendue de la meilleure partie de l'armée de Pompée, en accroissant le courage des adversaihes, brisa celui de son armée et surtout celui du général. Lorsque Pompée, qui, avant l'action, ne comptait pas sur son infanterie, vit ses cavaliers s'enfuir au galop, il quitta le champ de bataille, et se dirigea sur le camp, sans même attendre l'issue de l'attaque générale ordonnée par César. Ses légions commencèrent à plier et à repasser le fleuve, pour regagner le camp, non sans des pertes considérables. La journée fat ainsi perdue, et plus d'un bon soldat était tombé ; mais l'armée était encore intacte dans l'ensemble, et la situation de Pompée était beaucoup moins périlleuse que celle de César après la défaite de Dyrrachium. Mais tandis que César dans les vicissitudes de sa destinée, avait appris que la fortune se dérobait parfois à ses favoris et voulait être reconquise par la persévérance, Pompée ne l'avait connue jusque-là que comme une déesse favorable; aussi désespéra-t-il de lui et d'elle quand elle se retira de lui ; et tandis que dansla grande nature de César le désespoir ne servait
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qu'à développer l'énergie, l'âme plus faible de Pompée, dans de semblables vicissitudes, tombait dans l'abîme infini du désespoir. Gomme autrefois dans ia guerre de Sertorius, il avait été sur le point d'abandonner la mission qui lui avait été confiée en présence de son adversaire supérieur, maintenant qu'il voyait ses légions repasser le fleuve, il jeta le bâton de commandement, et s'enfuit au plus court vers la mer pour s'y embarquer.
Son armée découragée et sans chef (car Scipion, quoique reconnu par Pompée comme collègue dans le commandement supérieur, n'était général en chef que de nom) espérait se réfugier derrière les retranchements du camp ; mais César ne la laissa pas respirer : la résistance désespérée de la garde du camp, composée de Romains et de Thraces, fut bientôt brisée, et la masse fut obligée de se retirer en désordre sur les hauteurs de Scotussa et de Grannon, au pied desquelles le camp était planté. Elle essaya de marcher le long de ces hauteurs pour gagner Larissa, mais les troupes de Gésar, toutes fraîches et s' avançant par de meilleurs chemins dans la plaine, interceptèrent la route aux fugitifs ; en fait, lorsque tard dans la soirée les pompéiens suspendirent leur marche, leurs vainqueurs firent encore creuser un fossé retranché qui empêchait les fugitifs d'arriver au seul ruisseau qu'on pût trouver dans la contrée. Ainsi finit la journée de Pharsale. L'armée de l'ennemi n'était pas seulement défaite, mais anéantie ; 15,000 pompéiens étaient tués ou blessés sur le champ de bataille, tandis qu'il ne manquait aux césariens que 200 hommes : ce qu'on put rassembler encore, et qui s'élevait à 20,000 hommes, déposa les armes le lendemain qui suivit la bataille : il n'y eut que les troupes isolées, comprenant, il est \Tai, les officiers les plus renommés, qui cherchèrent un refuge dans les
montagnes ; des onze aigles de l'ennemi, neuf furent présentées à César. César, qui le jour même de la bataille avait rappelé à ses soldats qu'il ne fallait pas méconnaître en l'ennemi le concitoyen, ne traifa pas les captifs comme l'avaient fait Bibulu^ et Labiénus ; néanmoins il trouva nécessaire de montrer quelque sévérité. Les soldats furent incorporés dans l'armée ; des amendes et des confiscations de propriétés furent infligées aux hommes du premier rang; les sénateurs et les chevaliers de marque qui furent pris furent rais à mort avec peu d'exceptions. Le temps de la clémence était passé ; plus la guerre civile durait, plus elle devenait implacable et sans remords.
Conséquences politiques de la bataille de Pliarsale. — Quelque temps se passa avant
que les conséquences (hi 9 août pussent être discernées. Ce dont on pouvait le moins douter, c'était de voir passer au parti de César tous ceux qui s'étaient attachés au parti vaincu à Pharsale comme étant le plus puissant ; la défaite était tellement décisive, que le vainqueur vit venir à lui tous ceux qui ne voulurent pas lutter pour une cause perdue ou qui n'y furent pas obligés. Tous les rois, les peuples, les cités, qui jusque-là avaient été les clients de Pompée — TÉgypte, Cyrène, les Celtes de Syrie, de Phénicie, de Cilicie et d'Asie Mineure, Rhodes, Athènes, et généralement tout l'Orient — rappelèrent alors leurs contingents maritimes et militaires, et refusèrent de recevoir les réfugiés du parti vaincu. En fait, Pharnace, roi du Bosphore, poussa le zèle au point qu'à la nouvelle de la bataille de Pharsale, il prit possession non seulement de la ville de Phanagoria, qui, plusieurs années auparavant, avait été déclarée libre par Pompée, et des domaines du prince de Colchide qui lui avaient été assurés par lui, mais même du
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royaume de la petite Arménie que Pompée avait conféré au roi Déjotarus. La seule exception presque à la soumission générale fut la petite ville de Mégara, qui se laissa assiéger et prendre d'assaut par les césariens. Juba, roi de Numidie, qui avait différé longtemps, et qui, après la victoire sur Curion, n'attendait qu'avtîOune plus grande certitude que son royaume fût annexé par César, fut aussi obligé de se joindre comme pis aller au parti romain.
fj'aristocratie après la bataille de Phar< sale. — Le même jour où les cités clientes se soumirent au vainqueur de Pharsale, la queue du parti constitutionnel, tous ceux qui s'y étaient joints à regret ou qui, comme Marcus Cicéron et ses partisans, dansaient autour de l'aristocratie, comme les sorcières sur le Broken, se présentèrent pour faire leur paix avec le nouveau monarque, paix que son indulgence dédaigneuse leur accorda gracieusement. Mais l'élite du parti vaincu ne fit pas de compromis. C'en était fait de l'aristocratie ; mais les aristocrates ne pouvaient être convertis à la monarchie. Les plus hautes révélations de l'humanité sont périssables ; la religion qui a été vraie peut devenir un mensonge ; la politique qui a été bonne peut être maudite plus tard ; mais l'Évangile passé trouve encore des confesseurs, et si une pareille foi ne peut ébranler des montagnes, comme la foi et la vérité vivante, elle demeure constante jusqu'à la fin, et ne quitte pas le royaume des vivants, jusqu'à ce qu'elle ait emporté avec elle ses derniers prêtres et ses derniers partisans, et qu'une nouvelle génération, délivrée de ces ombres du passé, règne sur un monde régénéré et rajeuni. Il en fut ainsi à Rome. Dans quelque abîme de dégénération que fût tombée l'aristocratie, elle avait été autrefois un grand système politique; le feu sacré qui avait fait la conquête de l'Italie et la
défaite d'Hannibal continua à briller, quoique un peiî obscurci, dans la noblesse romaine tant qu'elle exista, et rendit impossible une entente cordiale entre les hommes de l'ancien régime et le nouveau monarque. Une large portion du corps constitutionnel se soumit, au moins extérieurement, et reconnue la monarchie en ce sens qu'elle accepta le pardon'de César, et se retira autant que possible de la vie politique. Gela n'eut pas lieu cependant sans une restriction mentale qui leur permettait de se réserver pour un temps meilleur. Ce système fut surtout suivi par les partisans de second ordre ; l'habile Marous Marcellus, le même qui avait amené la rupture avec César, se trouva parmi ces gens judicieux, et se bannit volontairement à Lesbos. Dans la majorité cependant de la vraie aristocratie, la passion fut plus puissante que la réflexion: il s'y joignait sans doute l'illusion de succès encore possibles et les appréhensions d'ime vengeance sanglante du vainqueur,
Caton, — Personne probablement ne se formait un jugement aussi clair sur la situation des affaires et avec aussi peu d'illusions que Marcus Caton. Complètement convaincu qu'après les jours d'Iierda et de Pharsale la monarchie était inévitable, et assez ferme pour se rendre compte de cette amère vérité et pour agir en conséquence, il hésita un instant sur la question de savoir si le parti constitutionnel devait continuer une guerre qui demanderait nécessairement des. sacrifices à une cause perdue de la part de bien des gens qui ne savaient pas pourquoi ils les feraient. Mais, quand il se résolut à combattre la monarchie, non. pour vaincre, mais pour tomber plus vite et plus honorablement, il chercha, autant que possible, à n'entraîner dans cette guerre personne qui voulût survivre a td chute de la république et se réconcilier avec
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la monarchie. Il pensait que tant que la république avait été simplement menacée, c'était un droit et un devoir d'obliger les tièdes et les mauvais citoyens à prendre part h la lutte ; mais maintenant il eût été absurde et cruel d'obliger ces individus à partager la ruine de la république. Non seulement il congédia lui-même tous ceux qui voulurent retourner en Italie, mais quand le plus ardent des ardents partisans,Gn86us Pompée le jeune, insista sur l'exécution de ces hommes, et de Ciceron en particulier, ce fut Caton seul qui, par son autorité morale, l'en empêcha.
Poiaipcc. -« Pompée ne désirait pas non plus la paix. S'il avait été un homme dig.no de la haute position qu'il occupait, nous pouvons supposer qu'il auraiV compris qu'un homme qui aspire à la couronne ne peut pas retourner aux sentiers battus de la vie ordinaire, et qu'il n'y a plus de place sur la terre pour celui-ci. Mais Pompée avait tout juste l'âme assez élevée pour ne pas demander une faveur que le vainqueur aurait peut-être été assez magnanime pour lui accorder : il avait, d'autre part, l'esprit trop petit pour le faire. Soit qu'il n'ait pu prendre sur lui de se confier à César, ou qu'à sa manière vague et indécise^ après la première impression du désastre de Pharsale, il eût recommencé à espérer. Pompée résolut de continuer la lutte et de chercher un autre champ de bataille que celui de Pharsale.
Conséquences nsilitaires de la hettniUe.
liCSflicfj» «Si^ipcrsés. — Ainsi, quoi que César eût fait, par sa prudence et sa modération, pour apaiser la fureur de ses adversaires et diminuer leur nombre, la lutte continua sans altération. Mais les chefs avaient presque tous pris part à la bataille de Pharsale, et, quoiqu'ils eussent tous échappé, à l'exception de Lu-
cius Domilius Ahénobarbus, qui fut tué dans sa fuite, ils furent cependant dispersés dans toutes les directions, en sorte qu'ils ne purent concerter un plan commun d'opération pour la suite de la campagne. Le plus grand nombre d'entre eux s'enfuirent, soit par les montagnes dénudées de la Macédoine et de l'Illyrie, soit, avec l'aide de la flotte, vers Gorcyre, où Marcus Gaton commandait la réserve. Là il y eut une sorte de conseil de guerre sous la présidence de Gaton, auquel assistèrent Métellus Scipion, Titus Labiénus, Lucius Afranius, Gneeus Popipée, et d'autres ; mais l'absence du général en chef, et l'incertitude pénible qui planait sur son sort, ainsi que les dissensions intérieures du parti, empêchèrent l'adoption d'une résolution commune, et finalement chacun suivit la conduite qui lui paraissait la plus favorable à la cause commune. Il était, en fait, extrêmement difficile de dire quel était le radeau qui se soutiendrait le plus longtemps sur l'eau. La Macédoine et la Grèce étaient perdues par la bataille de Pharsale.
Macédoine et Grèce. — Il est vrai que Gaton^ qui, aussitôt après avoir reçu la nouvelle de la défaite, avait évacué Dyrrachium, conserva encore quelque temps au parti constitutionnel Gorcyre, et Rutilius Lupus le Péloponèse. Il sembla aussi pour un moment que Pompée se disposât à s'arrêter à Patras dans le Péloponèse, mais à la nouvelle de la marche en avant de Galénus, il s'enfuit précipitamment de ce lieu. On n'essaya pas davantage de se maintenir à Gorcyre. Sur les côtes d'Italie et de Sicile, les escadres pompéiennes qui y avaient été envoyées après les victoires de Dyrrachium avaient remporté des succès importants contre les forts de Brundisium, Messana et Vibo, et, à Messana en particulier, on avait brûlé toute la iloiLe qu'on y équipait pour Gésar ; mais les
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'aisseaux occupés à cette besogne, et qui appartelaient surtout à l'Asie Mineure et à la Syrie furent ■appelés par leurs cités, à la suite de la bataille de i'harsale, en sorte que l'expédition tomba d'ellenême. En Asie Mineure et en Syrie, il n'y avait jour le moment aucune troupe de l'un ou l'autre Darti, à l'exception de l'armée dePharnace sur le Bosphore, qui avait pris possession, ostensiblement pour le compte de César, de différents pays appartelant à son adversaire. En Egypte, il y avait encore, 1 est vrai, une armée romaine considérable, formée le troupes qui y avaient été laissées par Gabinius, 3t qui s'était ensuite recrutée de vagabonds et de bandits de Syrie et de Gilicie ; mais il était évident, 3t cela fut bientôt confirmé par le rappel des vaisseaux d'Egypte, que la cour d'Alexandrie n'avait nullement l'intention de s'attacher fermement au parti fomain, ou même de mettre ses forces à sa disposition. Des perspectives un peu plus favorables se présentèrent aux Romains, en Occident. En Espagne, les sympathies pompéiennes étaient tellement fortes dans l'armée et dans la population, que les césariens durent renoncer à l'attaque qu'ils avaient méditée de ce côté contre l'Afrique, et une insurrection semblait inévitable, s'il se présentait un chef marquant dans la péninsule. En Afrique, la coalition, ou plutôt Juba, roi de Numidie, qui y était maître, avait armé sans obstacle depuis l'automne de 705 (49). Tandis que tout l'Orient était perdu pour la coalition par la bataille de Pharsale, elle pouvait honorablement continuer la guerre, probablement en Espagne et certaine^ ment en Afrique, car réclamer l'aide du roi de Numidie, qui avait été longtemps sujet de la république, contre les révolutionnaires de Rome, était une humiliation pénilDle, mais ne ressemblait en aucune façon à, nn acte de trahison. Ceux qui, dans ce conflit désespéré»
ne pensaient ni au droit ni àl'honneur, pouvaient se déclarer hors de la juridiction de la loi et commencer les hostilités comme des brigands, ou ils pouvaient entrer en alliance avec des États voisins indépendants, et faire intervenir l'ennemi public dans cette guerre civile, ou enfin ils pouvaient professer des lèvres la monarchie et poursuivre la restauration de la république légitime par le poignard des assassins.
Hostilités des brig^ancls et des pirates. —
Que le vaincu se retirât et renonçât à la nouvelle monarchie, ce n'était que la conséquence naturelle de sa situation désespérée. Les montagnes et surtout la mer avaient été, de mémoire d'homme, l'asile non seulement du crime, mai's de la misère intolérable et du droit opprimé ; il était naturel pour les pompéiens et les républicains de déclarer une guerre implacable à la monarchie de César, qui les chassait dans les montagnes et sur les mers, et il était particulièrement naturel pour eux d'entreprendre la piraterie sur une grande échelle, avec une organisation plus complète et un but mieux déterminé. Même après le rappel desescadresde l'Orient, ilspossédaient encore une flotte très considérable, tandis que César était encore en fait sans vaisseaux de guerre, et leurs relations avec les Dalmates. qui s'étaient soulevés pour leur propre compte contre César, et leur domination sur les mers et sur les ports les plus considérables, leur ouvraient les perspectives les plus favorables pour une guerre navale entreprise surtout sur une petite échelle, De même qu'autrefois la poursuite des démocrates par Sylla avait fait éclater l'insurrection de Sertorius, qui fut d'abord une guerre de pirates et de brigands, et qui finit par devenir une guerre sérieuse, de même il était possible, s'il y avait dans l'ari^tocra' tie de Caton et parmi les partisans de Pompée autant
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d'ardeur et de flamme que dans la démocratie de Marias, et s'il se trouvait parmi eux un vrai roi de la mer, qu'il se formât, en dehors de la monarchie de César, une république indéoendante et capable de rivaliser avec lui sur la mer encore soustraite à sa domination.
Alliance avec les Partlies. — On doit, par contre, blâmer beaucoup plus sérieusement l'idée d'entraîner un État voisin dans la gaerre civile de Rome, et d'amener par ce moyen une contre-révolution : la loi et la conscience condamnent un déserteur plus sévèrement qu'un brigand, et une bande de brigands devient plus facilement un État régulier que des émigrés ramenés par l'ennemi public. En outre, il était peu probable que le parti vaincu pût parvenir à effectuer ainsi une restauration. Le seul État dont on pût attendre des secours était celui des Parthes, et pour celui-là il était au moins douteux qu'il fît cause commune avec eux, et très improbable qu'il attaquât César. Le temps des conspirations républicaines n'était pas encore venu.
César poursuit Pompée en Egypte. — Tan
dis que les débris du parti vaincu se laissaient ainsi entraîne'' par la destinée, et que ceux mêmes qui avaient résolu de continuer la lutte ne savaient comment et où la poursuivre. César, toujours prompt dans ses résolutions comme dans ses actions, se préparait à poursuivre Pompée, le seul de ses adversaires qu'il respectât comme général, et celui dont la prise aurait probablement découragé la meilleure partie de ses adversaires. Avec quelques hommes il traverse l'Hellespont : sa barque rencontra une flotte ennemie destinée à la mer Noire et fit prisonniers tous les équipages frappés de terreur par la nouvelle de
la bataille de Pharsale, et dès que les préparatifs les plus nécessaires furent terminés, il se mit à lapoursuite de Pompée vers l'Orient. Pompée avait passé à Lesbos après la bataille, en avait ramené sa femme et son second fils Sextus, et après avoir côtoyé l'Asie Mineure, s'était rendu à Chypre. Il aurait pu rejoindre ses partisans à Gorcyre ou en Afrique ; mais la répugnance que lui inspirèrent les alliés aristocratiques et la pensée de l'accueil qui l'attendait après la journée de Pharsale, et surtout après sa fuite honteuse, le décidèrent à recourir à la protection du roi des Parthes plutôt qu'à celle de Gaton. Tandis qu'il s'occupait de rassembler de l'argent et des esclaves par les fermiers des impôts et les marchands de Chypre, et d'armer une bande de 2,000 esclaves, il reçut la nouvelle qu'Antioche s'était déclarée pour César et que le chemin du pays des Parthes n'était plus ouvert. Il changea alors et fit voile vers l'Egypte, où un certain nombre de ses vieux soldats servaient dans l'armée, et où la situation et les riches ressources du pays lui laissaient le temps et l'opportunité de réorganiser la guerre.
En Egypte, après la mort de Ptolémée Aulètes [mai 703 (51)] ses enfants, Gléopàtre, âgée d'environ seize ans, etPlolémée Denys, âgé d'environ dix ans, avaient conjointement hérité du trône, suivant le vœu de leur père ; mais bientôt le frère, ou plutôt son tuteur Pothin, avait chassé sa sœur du royaume et l'avait contrainte de chercher un refuge en Syrie, d'où elle fit des préparai ifs pour rentrer dans le royaume paternel. Ptolémée et Pothin étaient à Péluse avec toute l'armée égyptienne, pour protéger la frontière orientale contre elle, au moment même où Pompée jetait l'ancre au promontoire de Cassium et faisait demander au roi la permission de débarquer. La cour égyptienne, qui était depuis longtemps informée du dé§a»^
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tre de Pharsale, était sur le point de repousser Pompée ; mais le tuteur du roi Théodotus fit remarquer que si on agissait ainsi, Pompée emploierait probablement ses relations avec l'armée d'Egypte à exciter une révolte, et qu'il vaudrait mieux, en ce qui regardait César, saisir cette occasion de se défaire de Pompée. Des raisonnements politiques de ce genre manquaient rarement leur effet parmi les hommes d'État du monde hellénique. Achillus, le général des troupes royales, et quelques-uns des anciens officiers de Pompée, se rendirent dans une barque au vaisseau de Pompée et l'invitèrent à se rendre auprès du roi, et comme l'eau était basse, à entrer dans leur barque.
Hort de Pompée. — Au moment où il touchait le rivage, le tribun militaire Lucius Septimius le frappa par derrière, sous les yeux de sa femme et de sc<i fils, qui furent obligés d'assister au meurtre de Pompée du pont de leur vaisseau, sans pouvoir ni le défendre ni le venger (28 sep. 706 (48). Le même jour où, treize ans auparavant, il était entré en triomphateur dans la capitale après la défaite de Mithridate, l'homme qui, pendant toute une génération, avait été appelé le Grand et avait gouverné Rome, périt sur ces sables inhospitaliers par la main d'un de ses soldats. Bon officier, mais médiocre d'intelligence et de cœur, la destinée l'avait, avec une constance prodigieuse, mis à même d'accomplir pendant trente ans les actions les plus brillantes et les plus faciles ; elle lui avait permis de cueillir tous les lauriers plantés et cultivés par les autres ; elle lui avait offert toutes les conditions exigées pour obtenir le pouvoir suprême, et uniquement pour montrer en sa personne un exemple de fausse grandeur, à laquelle l'histoire ne pouvait apposer rien de semblable. De tous les rôles déplorables aucun ne l'est plus qua de passer pour plus ^v^^^d
qu'on ne l'est réellement, et c'est le destin de la monarchie que d'être exposée inévitablement à ce malheur ; car il se présente rarement dans l'espace de dix siècles un homme qui soit roi de fait, et pas seulement de nom. Si cette disproportion entre l'apparence et la réalité ne s'est jamais mieux signalée que dans Pompée, on ne peut s'empêcher de penser que ce fut précisément lui qui, dans un certain sens, ouvrit la série des monarques romains.
Lorsque César, suivant les traces de Pompée, ar^ riva dans la rade d'Alexandrie, tout était fini. Il s'en retournait profondément agité, lorsque le meurtrier lui apporta à bord la tête de l'homme qui avait été scn gendre et son collègue au pouvoir pendant tant d'années, et qu'il avait été chercher en Egypte pour le prendre vivant. Le poignard d'un assassin le dispensa de se demander ce qu'il aurait fait de Pompée captif ; mais, tandis que la sympathie humaine, qui tenait encore sa place dans la grande âme de César à coté de l'ambition, lui ordonnait d'épargner son ancien ami, son intérêt demandait qu'il se débarrassât de Pompée autrement que par la main d'un assassin. Pompée avait été pendant vingt ans le maître reconnu de Rome ; une domination si profondément enracinée ne périt pas avec celui qui l'a exercée. La mort de Pompée ne supprima pas le parti pompéien, el au lieu d'un chef âgé, incapable et iatigué, elle lui donna dans ses fils Cnseus et Sextus deux généraux également jeunes et actifs, et dont le second était un homme d'une véritable capacité. A cette monarchie héréditaire nouvellement fondée, il s'attachait déjà des prétendants, comme une plante parasite, et il était douteux si César gagnait ou perdait par ce changement de personne.
César organise l'Ég^ypte. — César n'avait plus
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rien à. faire en Egypte, et Ronraàns et Égyptiens pensaient qu'il allait mettre immédiatement à la voile et s'occuper de subjuguer l'Afrique* et d'entreprendre la grande œuvre d'organisation qui l'attendait après la victoire. Mais César, fidèle à la coutume d'organiser définitivement et immédiatement les choses en personne, et fermement convaincu qu'il n'avait à craindre de résistance ni de la garnison romaine ni delà cour, fort gêné d'argent, en outre, débarqua à Alexandrie avec deux légions fondues ensemble et dont l'efi'ectif s'élevait à 3,200 hommes, plus 800 cavaliers celtes et germains. Il se logea au palais royal, et s'occupa de rassembler les sommes d'argent nécessaires et de régler la succession égyptienne, sans se laisser troubler par la remarque ironique de Pothin, qui disait que César ne devait pas s'occuper de ces bagatelles et négliger ses propres affaires si importantes. Dans ses rapports avec les Égyptiens, il était juste et même indulgent. Quoique l'aide qu'ils avaient donnée à Pompée justifiât l'imposition de guerre, la contrée épuisée fut épargnée, et tandis que l'arriéré de la somme stipulée en 705 (49) lui fut remis, après qu'elle en avait payé à- peine la moitié, on ne demanda qu'un paiement final de 10,000,000 de deniers (10,000,000 fr.). Le frère et la soeur reçurent l'ordre de suspendre immédiatement les hostilités, et on les invita à faire examiner leur différend en acceptant un arbitrage. Ils se soumirent; le royal enfant était déjà dans le palais, et Gléopâtre s'y présenta également. César adjugea le royaume d'Egypte, conformément au testament d'Aulètes, au frère et à la sœur mariés, Gléopâtre etPtolémée Denys, et il donna de plus le royaume de Chypre, annulant l'acte primitif d'annexion, comme l'apanage des princes d'Egypte, aux jeunes enfants d'Aulètes, Arsinoë et Ptolémée le jeune.
Bnsnrrection à Alexandrie. — Mais il se
préparait une tempête. Alexandrie était une cité cosmopolite comme Rome, à peine inférieure à la capitale d'Italie, et bien supérieure à elle pour son activité commerciale, en industrie, en goût pour la science et pour l'art : parmi les citoyens il y avait un sentiment d'orgueil national très puissant, et s'il n'y avait pas de sentiment politique, il y avait un esprit turbulent qui les poussait à des émeutes de rues aussi régubèra- DQent que les Parisiens d'aujourd'hui : on peut comprendre quelle fut leur agitation, quand ils virent le général romain régiier. dans le palais des Lagides et leurs rois acceptant les arrêts de son tribunal. Pothin et son roi enfant, tous deux, comme on peut le concevoir, très peu satisfaits de se voir réclamer de vieilles dettes et intervenir dans les compétitions du trône qui devaient se terminer et se terminèrent en faveur de Gléopâtre, envoyèrent, pour se conformer aux demandes des Romains, les trésors des temples et l'argenterie royale, avec une ostentation intentionnelle, pour qu'ils fussent fondus à la monnaie: ce fut avec une indignation croissante que les Égyptiens qui étaient dévots jusqu'à la superstition, et qui s'enorgueillissaient de la magnificence renommée de leur cour comme d'une possession personnelle, virent dépouiller les murs de leurs temples et la vaisselle de bois figurer sur la table de leur roi. L'armée romaine d'occupation, qui avait été essentiellement dénationalisée par son long séjour en Egypte et par les nombreux mariages qui avaient eu lieu entre les soldats et les femmes égyptiennes, et qui comptait en outre une multitude de vieux soldats de Pompée et de criminels italiens en fuite ainsi que d'esclaves, s'indignait de voir César suspendre son action sur la l'rontière de Syrie, et mener avec lui une poignée d'orgueilleux légionnaires. Le tumulte du débarquement, quand la multitude
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vit les faisceaux romains transportés dans le vieux palais, et les nombreux assassinats de soldats dans la ville, avaient montré à César l'immense danger que lui faisait courir l'exiguïté de son armée en présence de cette multitude exaspérée ; mais il était difficile de s'en retourner par suite des vents du nord-est qui régnaient à cette époque de l'année, et les tentatives d'embarquement pouvaient devenir aisément un signal d'insurrection : en outre, ce n'était pas l'ordinaire de César de s'en aller sans avoir accompli son œuvre. Il fit venir en même temps des renforts d'Asie, et jusqu'au moment où ils furent arrivés, il affecta le plus grand calme. Jamais il n'y eut plus de gaîté dans son camp que durant ce repos d'Alexandrie, et tandis que la belle et habile Gléopâtre prodiguait ses coquetteries à tous et surtout à son juge, César semblait mettre au nombre de ses plus belles victoires celles qu'il remportait sur les femmes. C'était un prélude joyeux à un drame sérieux. Sous le commandement d'Achillus, et, comme on le prouva plus tard, par les ordres secrets du roi et de son intime, l'armée romaine d'occupation parut inopinément à Alexandrie, et dès que les citoyens virent qu'elle était venue attaquer César, ils firent cause commune avec les soldats.
César à Alexandrie. — Avec une présence d'esprit qui, sous quelques rapports, justifie sa témérité antérieure, C^sar rassembla à la hâte ses soldats dispersés, s'empara du roi et de son ministre, se retrancha dans la résidence royale et dans le théâtre qui y était attenant, et donna des ordres, attendu que le temps manquait pour mettre en sûreté la flotte de guerre stationnée dans le port principal, devant le théâtre, pour qu'on y mît le feu, et que Pharos, l'île avec la tour du phare, qui commandait le port, fût
occupée par un corps embarqué sur des bateaux; Ainsi, du moins, on s'assura d'une position dé défense restreinte, et on garda une voie ouverte pour recevoir des vivres et des renforts. Dans le même temps, César ordonna au commandant de l'Asie Mineure ainsi que des contrées sujettes les plus rapprochées, les Syriens et les Nabatéens, les Cretois et les Rhodiens, d'envoyop des troupes et des vaisseaux en toute hâte en Egypte. L'insurrection, à la tête de laquelle la princesse Arsinoë et son conOdent l'eunuque Ganyaiède s'étaient placés, se répandait pendant ce temps-là sur toute l'Egypte et dans la plus grande partie de la capitale. Il se livrait chaque jour dans les rues do cette ville des combats, mais sans donner l'avantage ni à César, qui n'arrivait pas au lac d'eau douce de Marea placé derrière la ville, et où il aurait pu trouver de l'eau et du fourrage, ni aux Alexandrins, qui ne conquéraient pas la supériorité sur les assiégés et ne parvenaient pas à les priver complètement d'eau douce ; car lorsque les canaux du Nil, du côté de la ville qu'occupait César, eurent été rendus inutiles par l'introduction d'eau salée, on trouva inopinément de l'eau fraîche dans les puits cpeusés sur la plage. Comme César ne pouvait être vaincu du côté de la terre, les efforts des assiégeants se portèrent sur la destruction de la flotte, et ils essayèrent de le couper du côté de la mer qui lui apportait ses subsides. L'île avec le phare et le môle qui la reliait au continent divisaient le port en deux parties, l'une orientale et l'autre occidentale, qui cCTînmuniquaient l'une avec l'autre par deux arches percées dans le môle. César dominait l'île et le port oriental, tandis que le môle et le port occidental étaient au pouvoir des citoyens, et, comme la flotte alexandrine était brûlée, ses vaisseaux entraient et sortaient sa^is difficulté. Les Alexandrins, après avoir
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ainement essayé d'introduire des brûlots du port ccidental dans le port oriental, équipèrent avec ce ui restait dans leur arsenal, une petite escadre, et barrèrent le passage aux vaisseaux de César, tandis lue ceux-ci remorquaient une flotte de transport avec me légion qui était arrivée d'Asie Mineure ; mais les excellents marins de Rhodes tinrent tête à l'ennemi. î*eu de temps après, cependant, les citoyens s'empaèrent de l'île du phare, et de ce point fermèrent complètement l'étroite et rocheuse embouchure du îort oriental aux plus gros vaisseaux ; en sorte que la olte de César fut obligée de rester dans la rade foi-aine devant le port oriental, et ses communications ivec la mer ne tenaient qu'à un fil.
La flotte de César, attaquée à plusieurs reprises dans ce chenal étroit par les forces navales supérieures de l'ennemi, ne pouvait ni refuser une lutte négale, depuis que la perte de l'île du phare fermait le port intérieur, ni s'éloigner, car la perte du chenal aurait complètement coupé les communicaions de César avec la mer. Quoique les braves légionnaires,aidés de la dextérité des marins rhodiens, eusent jusque-là décidé la lutte en faveur des Romains, les Alexandrins renouveltrent et augmentèrent leurs armements maritimes avec une indomptable persévérance : les assiégés eurent à se battre, toutes les fois qu'il convint aux assiégeants, et si César eût été une seule fois vaincu, il aurait été complètement perdu. Il était absolument nécessaire d'essayer de reprendre l'île du phare. La double attaque qui fut faite par bateaux du côté de la mer mit non seulement l'île, mais aussi la partie inférieure du môle au pouvoir de César; ce futseulement à la seconde arche d'ouverture que César arrêta l'attaque et fit fermer le môle du côté de la ville par un mur transversal. Mais tandis qu'un combat acharné se livrait autour des retranchements,
les troupes romaines laissèrent la partie inférieure du môle qui touchait à l'île vide de défenseurs ; une division d'Égyptiens y débarqua inopinément, attaqua en queue les soldats et les marins romains rassemblés sur le môle et sur le mur transversal, et jeta à la mer dans la plus grande confusion tout ce qui s'y trouvait. Les Romains en reçurent une partie sur leurs vaisseaux; le plus grand nombre se noya. Près de quatre cents soldats et encore plus de marins do la flotte furent sacrifiés en ce jour ; le général lui-même, qui avait partagé le sort de ses soldats, avait été obligé de chercher un refuge sur ses vaisseaux, et comme ce vaisseau sombra parce qu'il était trop chargé, il dut se sauver à la nage pour en gagner un autre. Mais quelque grave que fût ce désordre, il fut complètement compensé par la reprise de l'île du phare, qui, ainsi que le môle jusqu'à la première arche, resta au pouvoir de César.
Armée de secours d'Asie lllaenre. — Enfin, le secours longtemps attendu arriva. Mithridate de Pergame, habile général de l'école de Mithridate Eupator, dont il prétendait être le fils naturel, amena de Syrie une armée mélangée : les IthjTiens du prince de Liban, les Bédouins de Jamblique, fils de Sampsicéramus, les Juifs commandés par Antipater, et, en général,les contingents des petits chefs et des communautés de la Gilicie et de la Syrie. De Péluse, que Mithridate eut le bonheur d'occuper le jour de son arrivée, il prit le grand chemin de Memphis, dans le dessein d'éviter le terrain découpé du Delta et de passer le Nil avant le moment où il se divise; pendant que ce mouvement s'exécutait, ses troupes furent aidées par les paysans juifs qui étaient établis en nombre dans cette partie de l'Egypte. Les Égyptiens, commandés par le jeune roi Ptolémée que Gé-
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sar avait rendu à son jpeuple dans le vain espoir d'apaiser l'insurrection par ce moyen, envoyèrent une armée vers le Nil, pour arrêter Milhridate sur ses rivages. Cette armée en vint aux mains avec l'ennemi au delà de Alemphis, au lieu qu'on appelait le camp des Juifs, entre Onion et Héliopolis; néanmoins Mithridate, habitué à la manœuvre romaine et au système romain de campement, arriva par une suite de combats heureux, sur l'autre rive du Nil à Memphis. César, d'autre part, dès qu'il eut la nouvelle de l'arrivée des troupes de secours, transporta une partie de ses troupes par eau au bout du lac Marea, àl'ouest d'Alexandrie, et marcha autour du lac et le long du Nil pour rencontrer Mithridate remontant la rivière, La jonction eutlieu, sans que l'ennemi tentât de l'empêcher.
Bataille du 1%'il. — Alors César marcha sur le Delta, où le roi s'était retiré, renversa, au premier choc, malgré le canal profond qui la couvrait, l'avantgarde égyptienne et emporta le camp égyptien luimême. Il était placé au pied d'une colline entre le Nil, dont il n'était séparé que par un étroit sentier, et des marais d'un accès difficile. César fit attaquer le camp à la fois en front et en flanc sur le sentier qui longeait le Nil, et pendant cet assaut, il fit avancer un troisième détachement qui, sans être vu, escalada les hauteurs derrière le camp, La victoire était complète ; le camp était pris, et ceux des Égyptiens qui ne furent pas passés au fil de l'épée turent noyés en essayant de rejoindre la flotte du Nil. Avec l'un des bateaux qui sombrèrent sous le poids des naufragés, périt aussi le jeune roi qui disparut dans les eaux du fleuve national. Immédiatement après la bataille, César s'avança à la tête de sa cavalerie du côté de la terre, vers la portion de la capitale occupée par les
Égyptiens. Les ennemis, en vêtements de deuil, et portant dans leurs mains lès images des dieux, vinrent au devant de lui, implorant la paix, et ses troupes, lorsqu'elles le virent revenir vainqueur par le côté opposé à celui par lequel il était sorti, l'accueillirent avec une joie enthousiaste. Le sort de la ville, qui avait osé contrecarrer les plans du maître du monde, et qui avait failli les renverser, était entre les mams de César ; mais il était trop homme d'État pou"' en avoir du ressentiment, et il traita les A'exandrms comme les Massaliotes. César désignant leur cité horriblement dévastée et privée de ses greniers à grain, de sa bibliothèque célèbre et d'autres édifices importants, à la suite de l'incendie de la flotte, exhorta les habitants à cultiver à l'avenir les arts et la paix et à gaérir les blessure^ qu'ils s'étaient infligées à eux-mêmes ; pour le reste, il se contenta d'accorder aux Juifs étabUs à Alexandrie les mêmes droits que ceux dont avaient joui les habitants grecs de la cité, et plaça à Alexandrie, au lieu de l'ancienne armée romaine d'occupation qui obéissait au moins nominalement au roi d'Egypte, une garnison romaine, deux des légions qui y avaient été assiégées, et une troisième qui arriva plus tard de la Syrie, sous un commandant nommé par lui-même. On choisit pour ce poste de confiance un homme que sa naissance devait empêcher d'en abuser, Ruûo, habile soldat, mais fils d'un aff'ranchi. Cléopâtre et son jeune frère Ptolémée obtinrent la souveraineté de l'Egypte sous la suprématie de Rome : la princesse Arsinoë fut emmenée en Italie, afin qu'elle ne s'-rvît plus de prétexte d'insurrection aux Egyptiens qui, d'après les usages orientaux, étaient aussi dévoués à leur dynastie, qu'indifférents aux prétentions particulières : Chypre devint, de nouveau une portion delà province romaine de Cilicie.
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Cours des événements pendant l'absence de César. — Cette insurrection d'Alexandrie, quoique insignifiante en elle-même, et détachée des événements importants de l'histoire du monde, qui se déroulaient dans le même temps, eut cependant assez d'importance pour obliger l'homme tout-puissant, âans lequel rien ne pouvait s'accomplir et rien ne pouvait se résoudre, à négliger ses desseins ultérieurs, depuis le mois d'octobre 706 jusqu'à celui de mars 707, pour lutter avec l'aide de Juifs et de Bédouins, contre la multitude d'une ville. Les conséquences du gouvernement personnel commençaien! à se faire sentir. On avait la monarchie ; mais la plus extrême confusion régnait partout, et le monarque était absent. Les césariens étaient, pour le moment, comme les pompéiens, sans commandement ; l'habileté des officiers particuliers, et par dessus tout le hasard, décidaient partout des événements.
fnsnbordincUion de Phamaoe. — En Asie Mineure, il n'y avait, au moment oii César quitta l'Egypte, aucun ennemi. Mais le lieutenant de César qui s'y trouvait, l'hab'le Cneeus Domitius Calvinus, avait reçu l'ordre d'enlever au roi Pharnace ce que saiis instructions il avait pris aux alliés de Pompée, et comme Pharnace, despote arrogant et obstiné comme son père, refusait avec persévérance d'évacuer la petite Arménie, il n'y avait plus qu'à marcher contre lui. Calvinus avait été obligé d'envoyer en Egypte deux des trois légions formées des prisonniers de guerre de Pharsale, qui avaient été laissés en arrière avec lui ; il remplit les vides au moyen d'une légion de Déjotarus exercée à la guerre, et s'avança dans la petite Arménie. Mais l'armée du Bosphore, éprouvée par de nombreux combats avec les riverains de la mer Noire, se montra plus active que la sienne.
Calvinns battu à IVicopolits. — Dans un engagement à Néopolis, la levée du Pont de Galvinus fut taillée en pièces, et les légion-, galates s'enfuirent ; il n'y eut que la vieille légion romaine qui sut maintenir son terrain avec des pertes modérées. Au lieu de s'emparer de la petite Arménie, Galvinus ne put pas même empêcher Pharnace de reprendre possession de ses États héréditaires du Pont, et de laisser tomber tout le poids de ses caprices haineux de sultan sur leurs habitants, surtout l'infortuné Amisènes (hiver de 706-707). Lorsque César en personne arriva en Asie Mineure, et lui annonça que le service que Pharnace lui avait rendu personnellement en n'aidant pas Pompée ne balançait pas l'injure infligée à l'empire, et qu'en conséquence, a.ant toute négociation, il devait évacuer la province de Pont et rendre les provinces dont il s'était emparé, il se déclara prêt à se soumettre ; néanmoins, sachant bien quelle hâte César devait avoir de se rendre en Occident, il ne fit plus de préparatifs sérieux pour l'évacuation. Il ne savait pas que César finissait tout ce qu'il avait une fois entrepris. Sans négocier davantage. César prit avec lui la légion qu'il amenait d'Alexandrie et les troupes de Calvinus et de Déjotarus, et marcha contre le camp de Ziela.
Victoire de César à Ziela. — Lorsque les Bosphoriens le virent approcher, ils traversèrent hardiment le profond ravin qui couvrait leur front, et chargèrent les Romains sur la colline. Les soldats de César étaient encore occupés à planter leur camp, et les rangs fléchirent pour un moment, mais les vétérans accoutumés à la guerre se rallièrent promptement et donnèrent l'exemple d'une attaque générale qui fut suivie d'une coiuplète victoire (2 août 707). En cinq jours, la campagne fut terminée : c'était un bonheur
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inespéré dans un temps où chaque heure était précieuse. César confia la poursuite du roi, qui s'était rendu par la voie de Sinope, au frère illégitime de Pharnace, le brave Mithridate de Pergame qui, comme récompense des services qu'il avait rendus en Egypte, reçut la couronne du Bosphore à la place de Pharnace. Sous d'autres rapports, les affaires de Syrie et d'Asie Mineure furent pacifiquement réglées ; les propres alliés de César furent richement récompensés, ceux de Pompée furent renvoyés avec des amendes ou des réprimandes. Déjotarus seul, le plus puissant des clients de Pompée, fut de nouveau réduit à ses minces domaines héréditaires, le canton des Tolistoboiens. A sa place, Ariobarzane, roi de Cappadoce, fut investi de la petite Arménie, et la tétrarchie des Trocmes usurpée par Déjotarus fut conférée au nouveau roi du Bosphore, qui descendait, par le côté maternel, de l'une des maisons princières des GalateS; et, du côté paternel, de la famille royale du Pont.
Guerre par terre et par mer en Illyrîe. —
En Ulyrie aussi, tandis que César était en Egypte, des incidents d'une nature grave s'étaient produits. La côte de Dalmatie avait été pendant des siècles, un emban'as pour la domination romaine, et ses habitants avaient été en hostilité déclarée avec César depuis le temps où il était gouverneur ; l'intérieur était également envahi, depuis le temps de la guerre de Thessalie, par une foule de pompéiens. Quintus Gornificius avait cependant, avec les légions qui l'avaient suivi d'Italie, tenu en échec les habitants et les réfugiés, et il s'était tiré en même temps habilement de la tâche difficile d'approvisionner les troupes dans ces contrées sauvages. Même lorsque l'habile Marcus Octavius, le vainqueur de Curicta, apparut dans ces eaux pour y déclarer la "guerre à César par terre et
13n histoire romaine
par mer, Cornificius sut non seulement se maintenir en faisant reposer sa défense sur les vaisseaux et sur les ports des ladertini (Zara), mais il soutint h son tour quelques engagements heureux avec la flotte de son antagoniste. Mais lorsque le nouveau gouverneur de Syrie, Aulus Gabinius, rappelé par César de l'exil, arriva par la route de terre enillyrie, dans l'hiver de 706-707, avec quinze cohortes et trois cents chevaux, le système de guerre changea. Au lieu de se borner comme son prédécesseur à faire la guerre sur une échelle restreinte, cet homme hardi et actif entreprit d'un seul coup, en dépit des rigueurs de la saison, une expédition vers les montagnes avec toutes ses forces.
Défaite dSe Gabinias. — Mais le temps peu favorable, la difficulté de trouver des vivres, et la courageuse résistance des Dalraates, décimèrent l'armée ; Gabinius dut commencer la retraite, fut attaqué en chemin et honteusement battu par les Dalmates, et avec les faibles restes de sa belle armés, il eut de la peine k atteindre Salone, oii il mourut peu de temps après. Le plus grand nombre des villes de la côte illyricnne se rendirent ensuite à la flotte d'Octavius ; celles qui demeurèrent fidèles à César, telles que Salone et Épidaure (Ragusa Vecchia), furent tellement harcelées du côté de la mer par la flotte, et par les Barbares du côté de la terre, que la reddition et la capitulation des débris de l'armée enfermée à Salone semblaient prochaines. Alors le commandant du dépôt de Brundisium, l'énergique Publius Vatinius, privé de vaisseaux de guerre, fit armer de simples bateaux d'éperons et les fît monter par les soldats renvoyés des hôpitaux, et avec cette flotte de guerre improvisée ïl livra bataille à la flotte bien supérieure d'Octavius, à l'île de Tauris (Torcola entre Lésina et Gurzoia) : la
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bravoure du chef et des soldats suppléa à ce qui manquait comme vaisseaux, et les césariens remportèrent une éclatante victoire. Marcus Octavius abandonna ces eaux et se rendit en Afrique, au printemps de 707 (47) ; les Dalmates continuèrent sans doute leur résistance pendant des années avec une grande obstinalion, mais elle ne dépassa pas les limites d'une guerre de montagnes locale. Quand César revint d'Egypte, son hardi lieutenant était sorti heureusement du danger qui menaçait l'Illyrie.
Réorg^aoisatioii de la coalition en Afrique.
— Ces ennuis rendaient d'autant plus grave la situation en Afrique, oii le parti constitutionnel avait dominé absolument depuis le commencement de la guerre, et où sa puissance s'était incessamment accrue. Jusqu'à la bataille de Pharsale, le roi Juba avait, à strictement parler, gouverné absolument dans ce pays : le gouverneur pompéien Varus avait joué à côté de lui un rôle tellement subordonné, qu'il eut à délivrer au roi les soldats de Gurion qui s'étaient rendus à lui, et qu'il dut supporter qu'ils fussent exécutés ou envoyés au fond de la Numidie. Après la bataille de Pharsale, un changement se produisit. A l'exception de Pompée lui-même, à peine un homme de valeur du parti défait songeait-il à s'enfuir auprès des Parthes. On tenta tout aussi peu de tenir la mer avec des forces réunies : la guerre poursuivie par Octavius dans les eaux illyriennes fut isolée, et ne donna lieu à aucun succès important. La grande majorité des républicains comme des pompéiens se rendit en Afrique, oii or>pouvait seulement poursuivre une guerre honorable et constitutionnelle contre l'usurpateur. C'est là que se rassemblèrent graduellement les débris de l'armée qui avait été dispersée à Pharsale, les troupes qui avaient occupé Dyrrachium,.
Corcyre et le Péloponèse, les restes de la flotte illyrienne. C'est là que se rencontrèrent aussi le second commandant en chefMétellus Scipion, les deux fils de Pompée, Cnaeus et Sextus, le chef politique des républicains, Marcus Caton, les habiles officiers Labiénus, Afranius, Pétréius, Octavius et d'autres. Si les ressources des émigrés avaient diminué, leur fanatisme avait augmenté. Non seulement ils continueront à massacrer leurs prisonniers et même les officiers de César venus en parlementaires, mais le roi Juba, chez qui l'exaspération de l'homme de parti se mêlait avec la fureur de l'Africain do mi-barbare, établit la maxime que dans toute cité suspectée de sympathiser avec l'ennemi, les citoyens devaient être massacrés et la ville détruite, et il pratiqua ces maximes aux dépens de quelques villes, telles que la malheureuse Vaga, près d'Hadrumète. En fait, ce fut seulement grâce à l'énergique intervention de Caton que la capitale même' de la province, la puissante Utique, qui comme autrefois Carthage, avait été longtemps regardée d'un œil jaloux par le roi de Numidie, ne fut pas traitée de même par Juba, et que des mesures de précaution furent seulement adoptées contre les citoyens qui, certainement, n'avaient pas été injustement accusés d'incliner vers César.
Comme ni César ni aucun de ses lieutenants ne firent la moindre tentative contre l'Afrique, la coalition eut le temps d'y acquérir une complète organisation politique et militaire. D'abord il était nécessaire de remplir la place de commandant en chef laissée vide par la mort de Pompée. Le roi Juba avait assez l'intention de maintenir la situation qu'il avait eue en Afrique jusqu'à la bataille de Pharsale: il ne se conduisait pas comme un client des Romains, mais comme un allié et même comme un protecteur, et il prit sur lui, par exemple, de frapper de la monnaie
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romaine avec son nom et sa devise ; il réclama même le droit de porter seul la pourpre, et il voulut persuader aux commandants romains de déposer leur manteau de pourpre. Métellus Scipion, de plus, demandait le commandement suprême pour lui-même, parce que Pompée l'avait autorisé, pendant la campagne d'Italie, à se mettre avec lui sur le pied de l'égalité, plutôt en raison de sa qualité de gendre que pour des raisons militaires. La même prétention fut soutenue par Varus comme gouverneur d'Afrique, gouverneur de sa propre autorité, il est vrai^ sous prétexte que la guerre se faisait dans sa province. Enfin l'armée désiraitavoir pour son chef le propréteur Marcus Gaton. En soi-même cela était naturel. Caton était le seul homme qui possédât le dévouement, l'énergie et l'autorilé suffisante pour cette charge difficile; s'iln'était pas un militaire, il étaitinfinimentpréférable de nommer comme commandant en chef un homme non militaire, qui savait obéir à la raison et obliger ses subordonnés à agir, qu'un officier d'une capacité douteuse, comme Varus, ou d'une incapacité notoire, tel que Métellus Scipion, Mais le choix tomba enfin sur ce même Scipion, et ce fut Gaton lui-même qui provoqua cette décision. Il le fit, non parce qu'il se défiait de luimême ou parce que sa vanité trouvait son compte à refuser plutôt qu'à accepter, encore moins parce qu'il aimait ou respectait Scipion, avec qui il était au contraire en froid, et qui, avec son incapacité notoire, avait atteint à une certaine importance, en vertu de sa position comme beau-pôre de Pompée, mais simplement et surtout parce que son fanatisme légal obstiné préférait laisser la république périr que de la sauver par un procédé irrégulier. Lorsque, après la bataille de Pharsale, il rencontra Marcus Cicéron ùGorcyre, il lui offrit de lui livrer le commandement lie cette province, attendu que depuis qu'il avaiL été
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gouverneur de Gilicie, il avait encore le rang de général, comme olficierderang supérieur, et, par cette condescendance, il avait désespéré l'infortuné avocat, qui maudissait maintenant mille fois ses lauriers de l'Amanus ; mais il avait en même temps désespéré tous les hommes d'un discernement raisonnable. Les mê.iies principes étaient appliqués, maintenant qu'il y avait enjeu quelque chose de plus grave ; Caton posa la question de savoir à qui appartenait la place de commandant en chef, comme si l'affaire avait pour objet un champ de Tusculum, et l'adjugea à Scipion. Par cette sentence, sa propre candidature et celle de Varus étaient écartées. Mais ce fut aussi lui, et lui seul, qui résista avec énergie aux réclamations du roi Juba, et qui lui fit sentir que la noblesse romaine venait à lui non en suppliante, comme devant le grand roi des Parthes, dans le but de demander aide à un protecteur, mais comme ayant le droit de commander et de le requérir comme sujet. Dans la situation où étaient les forces romaines en Afrique, Juba ne pouvait se dispenser de baisser .ses prétentions, quoiqu'il eût obtenu du faible Scipion que la paie de ses troupes serait faite par le trésor romain, et que la cession de la province d'Afrique lui serait assurée en cas de victoire.
Le sénat des « trois cents » se montra de nouveau auprès du nouveau général en chef. Il établit son siège à Utique, et remplit ses rangs éclaircis par l'admission des hommes les plus estimés et les plus riches de l'ordre équestre.
Les préparatifs de la guerre furent poussés, principalement par le zèle de Caton, avec la plus grande énergie, et tous les hommes en état de porter les armes, même les affranchis et les Ly bien s, furent enrôlés dans les légions. Cette mesure enleva tant de bras à l'agriculture, qu'une partie des champs resta en friche ; mais on atteignit à un résultat imposante
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L'infanterie de ligne comptait quatorze légions, dont deux étaient déjà levées par Varus, huit autres formées en partie par les réfugiés, en partie par les conscrits de la province, et quatre étaient des légions de Juba armées à la romaine. La grosse cavalerie, qui consistait en Celtes et en Germains qui arrivaient avec Labiénus, et d'autres incorporés dans leurs rangs, était, k l'exception des escadrons de Juba, équipée à la romaine, et s'élevait au nombre de 1,000 hommes. Les troupes légères consistaient en masses innombrables de Numides qui montaient à cheval sans bride et qui étaient armés de javelines ; elles comptaient aussi de nombreux archers à cheval et à pied. Il faut encore y ajouter les 120 éléphants de Juba et la flotte de 55 voiles, commandée par Publius Varus et Marcus Octavius. La pénurie d'argent fut compensée, jusqu'à un certain point, par une taxe volontaire que s'imposa le sénat; elle fut d'autant plus productive que les plus riches capitalistes africains avaient été engagés à y contribuer. Le blé et les autres approvisionnements étaient accumulés dans les forteresses susceptibles de défense; en même temps, les vivres étaient autant qae possible éloignés des villes ouvertes. L'absence de César, l'agitation des légions, les mouvements d'Espagne et d'Italie avaient peu à peu exalté les esprits, et le souvenir de la défaite de Pharsale commençait à faire place à de nouvelles espérances de victoire.
Le temps perdu par César en Egypte ne fut payé nulle part plus durement qu'en Afrique. S'il s'y était rendu immédiatement après la défaite de Pompée, il y aurait trouvé une armée faible, désorganisée et effrayée, et une anarchie complète régnant parmi les chefs, tandis que maintenant il y avait en Afrique, surtout grâce à l'énergie de Caton, une armée égale en nombre à celle qui avait été défaite à Pharsale, sous des chefs distingués et sous une discipline régulière.
IHouTenients en Ëspag^ne. — Cette expédition d^ César en Afrique semblait être entreprise sous une mauvaise étoile. César avait, même avant de s'embarquer pour l'Egypte, pris en Espagne et en Italie, diverses mesures préliminaires et préparatoires à la guerre d'Arrique; mais il n'en était sorti que du mal. D'Espagne, suivant les plans de César, le gouverneur delà province méridionale, Quintus Gassius Longinus, devait se rendre avec quatre légions en Afrique, pour y rejoindre Bogud, roi de la Mauritanie occidentale, et marcher avec lui sur la Numidie et l'Afrique. Mais cette armée destinée pour l'Afrique renfermait en grand nombre des Espagnols et deux légions entières qui avaient été autrefois pompéiennes. Les sympathies pompéiennes prévalaient dans l'armée comme dans la province, et l'inhabile et tyrannique conduite du gouverneur césarien n'était pas propre à les détruire. Une révolte formelle se déclara ; les troupes et les villes prirent parti, pour ou contre le gouverneur; déjà ceux qui s'étaient levés contre le lieutenant de César, étaient sur le point de s'enrôler ouvertement sous la bannière de Pompée ; déjàie fils aîné de Pompée, Ûneeus, s'était embarqué en Afrique pour l'Espagne, pour profiter de ces circonstances favorables, lorsque, en désavouant le gouverneur, les césariens respectables , aidés de l'intervention du gouverneur de la province du Nord, étouffèrent en temps opportun l'insurrection. Gneeus Pompée, qui avait perdu du temps en chemin, en essayant vainement de s'établir en Mauritanie, arriva trop tard ; Caius Tribonius, que César, après son retour de l'Orient, avait envoyé en Espagne pour soutenir Gassius (automne de 707 (47), trouva partout une obéissance absolue. Mais naturellement, au milieu de ces fautes, on ne fit rien d'Espagne pour troubler l'organisaiioa que s'étaient donnée les républicains ea Afii'iqud:
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ea ccnséquence des complications avec Longinus, Bogud, roi de la Mauritanie occidentale, qui était du parti de César et qui aurait pu au moins mettre quelques obstacles sur le chemin du roi Juba, avait été rappelé avec ses troupes en Espagne.
Béirolte militaire en Campanie. — Il s'était
passédes événements encore plus inquiétants parmiles troupes que César avait fait rassembler dans l'Italie méridionale, afin de les embarquer avec lui pour l'Afrique.C'étaient pour la plupart les vieilles légions qui avaient fondé la domination de César en Gaule, en Espagne et en Thessalie. L'esprit de ces troupes n'avait pas gagné à la victoire, et avait été complètement troublé par un long repos dans 1 Italie méridionale. Le travail presque surhumain que le général avait exigé d'eux, et dont l'effet n'avait été que trop apparent par l'effrayante diminution de leur nombre, avait laissé même chez ces hommes de fer un levain de rancune secrète qui ne demandait que le temps et le repos pour fermenter dans les esprits. Le seul homme qui eût de l'influence sur eux avait été absent et presque oublié pendant un an ; les officiers qui étaient à leur tête étaient beaucoup plus sous la terreur de leurs soldats que les soldats sous celle des officiers, et, à l'égard de ces conquérants du monde, ils passaient par dessus tous les outrages et toutes les violations de la discipline. Lorsque les ordres d'embarquement pour la Sicile arrivèrent, et que le soldat dut échanger le bien-être luxueux de la Campanie pour une troisième campagne, qui devait être certainement égale à celles d'Espagne et d'Italie pour les fatigues, les rênes qui avaient été longtemps relâchées, et qu'on voulut resserrer tout à coup, se brisèrent. Les légions refusèrent d'obéir jusqu'à ce que les présents qu'on leur avait promis fussent payés, repoussèrent avec mépris
les officiers envoyés par César, et leur jetèrent même des pierres. Une tentative pour éteindre la révolte naissante en augmentant les sommes promises, non seulement n'eut pas de succès, mais les soldats sortirent en masse pour réclamer Texécution des promesses au général dans la capitale. Plusieurs officiers qui essayèrent d'arrêter en chemin les mutins furent massacrés. C'était un dauger formidable. César fit occuper les postes par le peu de soldats qu'il y avait dans la ville, pour prévenir le pillage imminent, au moins au début, et parut subitement au milieu des bandes furieuses, en leur demandant ce qu'elles voulaient. Elles s'écrièrent qu'elles voulaient leur congé. En un moment on leur accorda ce qu'elles demandaient. Relativement aux présents qu'il avait promis à ses soldats à son triomphe, aussi bien qu'aux terres qu'il ne leur avait pas promises et qu il leur destinait, César répondit qu'ils pourraient les demander le jour où lui et ses soldats triompheraient ; ils ne pouvaient naturellement y participer, puisqu'ils avaient été congédiés auparavant. Les masses n étaient pas préparées à voir les choses prendre ce tour , convaincus que César ne pourrait se passer d'eux pour la campagne d'Afrique, les soldats avaient demandé leur congé dans le seul but, si on le leur refusait, de mettre des conditions à leur service. A moitié ébranlés clans leur confiance qu'ils étaient indispensables, n'osant pas retourner à leur dessein primitif, et remettre dans le droit chemin leur négociation qui avait échoué, honteux, comme hommes, de la fidélité avec laquelle le général tenait sa promesse à des soldats qui avaient trahi leur devoir, et de sa générosité qui leur offrait aujourd'hui beaucoup plus qu'il n'avait promis, profondément émus, comme soldats, de la perspective qu'il leur offrait d'être des spectateurs civils du triomphe de leurs camarades, et de s'entendre appeler non plus,
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« camarades «mais «citoyens», appellation qui semblait SI étrange dans sa bouche et qui détruisait d'un seul coup tout l'orgueil de leur carrière militaire, enfin rentrant sous le charme d'un homme dont la présence avait une puissance irrésistible, les soldats restèrent muets pendant quelque temps ; puis il s'éleva de toutes parts des cris qui demandaient au général de leur rendre sa faveur et de leur permettre de s'appeler de nouveau les soldats de César. César, après s'être fait prier un moment, accorda ce qu'on lui demandait ; mais les chefs de la sédition furent privés du tiers de leurs présents triomphaux. L'histoire ne connaît pas de plus grand chef-d'œuvre de psychologie, et qui ait plus complètement réussi.
César se rend en Afrique. — Cette sédition eut une influence fâcheuse sur la campagne d'Afrique, en ce sens au moins qu'elle en retarda l'ouverture. Lorsque César arriva au port de Lilybée où il devait s'embarquer, les dLx légions destinées à l'Afnque étaient loin d'y être complètement rassemblées, et c'étaient les troupes les plus aguerries qui étaient restées en arrière. C'était à peine si ses légions, dont cinq avaient été récemment formées, y étaient arrivées, et si les vaisseaux de transport de guerre nécessaires étaient sous voile, lorsque César se mit en mer (25 déc. 707 du calendrier non corrigé, 8 oct. du calendrier Julien [47J ). La flotte ennemie qui, en raison des vents de l'équinoxe, était tirée sur la grève à l'île d'iE^imurus, devant la baie de Carthage, ne s'opposa pas au passage ; mais la même tempête dispersa les vaisseaux de César dans toutes les directions, et lorsqu'il profita de l'occasion pour débarquer non loin d'Hadrumète, il ne put pas débarquer plus de 3,000 hommes, qui étaient en grande partie des recrues, et 150 cavaliers. Sa tentative pour prendre
Hadrumète, fortement occupée par l'ennemi, ne réussit pas, mais il s'empara des deux ports rapprochés l'un de l'autre, Ruspina (Sahalil, près de Susa), et Petite-Leptis II s'y retrancha , mais sa situation était si peu sûre, qu'il garda sa cavalerie à bord et tint les vaisseaux prêts à prendre la mer et approvisionnés d'eau, afin de se réembarquer au premier moment, s'il était attaqué par une force supérieure. Cela ne fut pas nécessaire, car les vaisseaux dispersés par la tempête arrivèrent en temps opportun (3 janvier 708 (46). Le lour suivant, César, dont l'armée souffrait par suite des dispositions prises par les pompéiens, à cause du manque de grain, entreprit avec trois de ses légions une expédition dans l'intérieur du pays, mais fut attaqué dans sa marche, non loin de Ruspina, par un corps que Labiénus avait amené pour repousser César de la côte.
Conait à Bnspina. — Comme Labiénus avait exclusivement de la cavalerie et des archers, et que César n'avait que de l'infanterie de ligne, les légions furent bientôt entourées et exposées aux projectiles de l'ennemi, sans pouvoir y répondre ou attaquer avec succès. Sans doute, le déploiement de la ligne tout entière soulagea les flancs, et des charges hardies sauvèrent l'honneur des armes ; mais une retraite était inévitable, et si Ruspina n'avait pas été si près, les javelines des Maures auraient peut-être réussi comme les flèches des Parthes à Carrhes.
Situation de César à Bnspina. — César, que ce jour avait pleinement convaincu de la difficulté de la guerre dans laquelle il s'était engagé, ne voulut pas exposer de nouveau ses soldats inexpérimentés et découragés par cette nouvelle sorte de guerre, mais attendit l'arrivée des légions de vétérans. L'in-
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tervalle de temps fut employé à trouver une espèce de compensation contre l'écrasante supériorité de l'ennemi pour le? armes de trait. L'incorporation des hommes choisis delà flotte comme cavaliers et CDmme archers de terre ne pouvait être d'un grand secours. Les diversions que César put effectuer furent plus utiles. Il réussit à soulever contre Juba les tribus pastorales gétuliennes qui erraient sur les contreforts de l'Atlas vers le Sahara ; les commotions des guerres de Marcus et de Sylla étaient arrivées jusque là, et leur indignation contre Pompée, qui les avait, à cette époque, subordonnés au roi de Numidie, les rendit dès le début favorables à l'héritier du puissant Marius, dont la campagne de Jugurtha faisait encore pour eux un vivant souvenir. Les rois de Mauritanie, Bogud de Tingis et Bocchus de Jol, étaient les rivaux naturels de Juba, et alliés depuis longtemps, en une certaine mesure, avec César. De plus, dans la région mitoyenne entre les royaumes de Juba et de Bocchus, errait encore le dernier des partisans de Catilina ; ce Pablius Sittius de Nuceria, qui, dixhuit ans auparavant, était devenu, de banqueroutier italien, chef de bandes maures, et qui, depuis ce temps, s'était fait une réputation et un parti dans la querelle des Libyens. Bocchus et Sittius tombèrent sur la Numidie, et s'emparèrent de l'importante ville de Cirta, et leur attaque, ainsi que celle des Gétuliens, obligea le roi Juba à envoyer une partie de ses troupes à ses frontières du sud et du midi. La situation de César était cependant encore bien critique. Son armée était rassemblée sur un espace de deux lieues et demie carrées ; bien que la flotte apportât du blé, la cavalerie de César souffrait du manque de fourrage autant qu'en avait souffert celle de Pompée devant Dyrrachium. Les troupes légères de l'ennemi restèrent, malgré les efforts de César, si immense-
ment supérieures aux siennes qu'il semblait impossible de poursuivre des opérations militaires dans l'intérieur, même avec des vétérans. Si Scipion se fût retiré et eût abandonné les villes de la côte, il eût pu remporter une victoire semblable à celle que le vizir d'Orodès avait remportée sur Grassus, et Juba sur Gurion, il eût pu au moins prolonger indéfiniment la guerre. Le plus simple examen conseillait ce plan de campagne ; Caton lui-même, qui était loin d'être un stratégiste, conseilla de l'adopter, et offrit en même temps de passer avec un corps en Italie et d'appeler les républicains en armes, ce qui, au milieu de la confusion complète qui y régnait, pouvait parfaitement réussir. Mais Caton ne savait que conseiller et non commander. Scipion, le général en chef, décida que la guerre serait poursuivie dans les contrées de la côte. C'était une faute, non seulement parce qu'on renonçait ainsi à un plan de campagne qui promettait un résultat, mais aussi parce que la région dans laquelle on transportait la guerre était dans une agitation périlleuse, et qu'une bonne partie de l'armée qu'on opposait à César était dans un état d'insubordination. La levée excessive, l'enlèvement des approvisionnements, la dévastation des petites villes, le sentiment dominant chez leurs habitants qu'ils étaient sacrifiés pour une cause qui, dès l'abord, leur était étrangère, et qui était déjà perdue, avait exaspéré la population indigène contre les républicains romains livrant leur dernier combat pour la liberté sur le sol africain ; de plus, les procédés de terreur employés contre les communautés qui étaient simplement soupçonnées d'indifférence avaient poussé l'exaspération jusqu'à la haine la plus intense. Les villes d'Afrique se déclarèrent pour César, partout oti elles purent le faire ; la désertion se répandait parmi les Gétuliens et les Libyens qui servaient en nombre
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dans les troupes légères et même dans les légions. Mais Scipion, avec l'obstination qui caractérise la folie, persévéra dans son plan, partit avec toutes ses forces d'Utique pour paraître devant les villes de Ruspina et de Petite-Leptis occupées par César, munit Hadrumète au nord et Thapsus au midi (sur le promontoire Ras el Demas) de fortes garnisons, ei de concert avec Juba, qui parut également devant Ruspina avec toutes les troupes qui n'étaient pas nécessaires pour la défense de la frontière, offrit à plusieurs reprises la bataille à l'ennemi ; mais César avait résolu d'attendre ses légions de vétérans. Lorsqu'elles furent arrivées l'une après l'autre, et qu'elles parurent sur la scène du combat, Scipion et Juba perdirent le désir de risquer une bataille rangée, et César n'eut aucun moyen de les y obliger, à cause de la supériorité incontestable de leur cavalerie. •Près de deux mois se passèrent en marches et en escarmouches, dans le voisinage de Ruspina et de Thapsus, et surtout pour découvrir les silos qui étaient répandus dans le pays, et multiplier les postes. César, obligé par la cavalerie ennemie de se tenir le plus possible sur les hauteurs et de couvrir ses légions de lignes retranchées, accoutuma ses soldats, par ce système laborieux et interminable, à la méthode étrangère de combattre. Amis et ennemis reconnaissaient à peine le général rapide dans le général d'embuscade qui faisait manoeuvrer ses hommes soigneusement et souvent même en personne ; et ils étaient surpris de l'habileté singulière qu'il montrait dans la temporisation aussi bien que dans la rapidité de l'action.
Oataille de Tliapsns. — Enfin César, après avoir été rejoint parles derniers renforts, fit un mouvement latéral vers Thapsus. Scipion, comme nous l'avons
dit, mit une forte garnison dans cette ville, et commit ainsi la faute de présenter à son adversaire un objet d'attaque facile à saisir ; à cette erreur il joignit celle encore moins excusable, pour sauver Thapsus, de livrer la bataille que César avait désirée et que Scipion avait jusqu'alors refusée avec raison, sur un terrain qui en assurait la décision à l'infanterie de ligne. Tout à coup, le long du rivage delà mer, et en face du camp de César, on vit paraître les légions de Scipion et de Juba, les rangs de devant prêts pour la lutte, les rangs de derrière occupés à former un camp retranché; en même temps la garnison de Thapsus se prépara pour une sortie. La garde du camp de César suffit pour la repousser. Les légions accoutumées à la guerre, et qui se faisaient déjà jne idée juste de la valeur de l'armée ennemie, en voyant son manque de prévision dans leur ordre de bataille et leurs rangs mal formés, tandis que les retranchements conti-' nuaient encore à s'établir, et avant même que le général donnât le signal de l'attaque, s'avancèrent le le long de la ligne commandée par César lai-même^ qui, lorsqu'il vit ses hommes marcher sans attendre ses ordres, galopa pour aller se mettre à leur tête. L'aile droite, en avant des autres divisions, effraya la ligne d'éléphants qui lui était opposée — etrCe fut la dernière bataille dans laquelle on en employa — en leur jetant des balles et des flèches, en sorte qu'ils se retournèrent sur leurs propre rangs. La force défensive fut brisée, l'aile gauche de l'ennemi fut culbutée, et toute la ligne enfoncée. La défaite fut d'autant plus terrible que le nouveau camp des vaincus n'était pas prêt et que l'ancien était à une distance considérable; tous deux furent successivement capturés presque sans résistance. La masse de l'armée défaite jeta ses armes et demanda quartier'; mais les soldats de César n'étaient plus ceux qui avaient con-
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senti à ne pas combattre à Ilerda, et qui avaient honorablement épargné les vaincus. L'habitude de la guerre civile et la rancune créée par l'insurrection montrèrent leur puissance d'une manière terrible sur le champ de bataille' de Thapsus. Si l'hydre qu'ils combattaient retrouvait toujours une nouvelle énergie, si l'armée était appelée d'Italie en Espagne, d'Espagne en Macédoine, de Macédoine en Afrique, et si le repos tant désiré ne venait pas, le soldat voyait, et non sans quelque raison, la cause de cet état de choses dans la clémence déplacée de César. 11 avait juré de compenser la négligence du général, et resta sourd aux supplications de ses concitoyens désarmés, ainsi qu'aux ordres de César et des officiers supérieurs. Les cinquante mille cadavres qui couvraient le champ de bataille de Thapsus, et parmi lesquels se trouvaient plusieurs officiers de César connus comme adversaires secrets de la nouvelle monarchie et tués pour cette raison par leurs propres soldats, montrèrent comment le soldat se faisait justice à lui-même. L'armée victorieuse, d'autre part, ne comptait pas plus de cinquante morts (6 avril 708 (46).
Cafon à Vtique. — La lutte ne continua pas plus en Afrique, après la bataille de Thapsus, qu'elle n'avait continué en Orient api-ès la bataille de Pharsale. /câton, comme gouverneur d'Utique, convoqua le sénat, montra quels étaient les moyens de défense, et soumit à la décision des sénateurs la question de savoir s'il fallait se rendre ou se défendre jusqu'au dernier homme, les adjurant seulement de se résoudre et de ne pas agir chacun de leur côté, mais tous ensemble. La résolution la plus courageuse trouva des défenseurs ; on proposa d'affranchir, pour le service de l'État, les esclaves capables de porter les armes, ce que Gaton rejeta comme une disposition illé-
gale de la propriété particulière, et il proposa uj appel patriotique aux propriétaires d'esclaves. Mais cet accès de résolution ne dura pas longtemps dans une assemblée composée en grande partie de marchands africains, et ils consentirent à capituler. Aussi lorsque Faustus Sylla, fils du dictateur, et Lucius Afranius arrivèrent à Utique avec une forte division de cavalerie, Gaton essaya encore de s'en servir pour défei^dre la ville ; mais il repoussa avec indignation la demande que lui firent les soldats de les laisser mettre à mort les infidèles habitants d'Utique en. masse, et aima mieux laisser tomber sans résistance le dernier boulevard des républicains que de souiller les derniers instants de la république par un pareil massacre. Après avoir, tant par son autorité que par ses largesses, réprimé autant qu'il le put la fureur de la soldatesque contre les infortunés habitants d'Utique, après avoir, avec une touchante sollicitude, fourni à ceux qui ne voulurent pas se confier à la clémence de César les moyens de s'enfuir, et à ceux qui voulurent rester^ l'occasion de capituler à. des conditions favorables, après s'être convaincu qu'il ne pouvait plus rendre à personne aucun service, il pensa qu'il pouvait se démettre de son commandement, se retira dans son appartement, et se perça de son épée.
S^es cSiefs républicains mis ^ mort. —
Quelques-uns seulement des chefs républicains fugitifs purent s'enfuir. La cavalerie, qui s'enfuit de Thap- ^jis, rencontra les bandes de Sittius, et fut, ou taillée en pièces ou prise par elles : ses chefs Afranius et Faustus furent livrés à César, et comme ce dernier ne se hâtait pas d'ordonner leur exécution immédiate, ils furent tués dans un tumulte par ses vétérans. Le commandant en chef, Métellus Scipion, avec la flotte du parti vaincu, tomba au pouvoir des croiseurs de
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Sittius, et au moment où ils allaient mettre la main sur lui, il se donna la mort. Le roi Juba, qui était préparé aux circonstances, s'était résolu à mourir de la façon qui lui paraissait convenir à un roi, et avait dressé un immense bûcher sur le marché de la ville de Zama, avec l'intention de s'y brûler avec tous les trésors et les cadavres de tous les habitants de Zama, Mais ceux-ci se montrèrent fort peu disposés à servir de décoration au service funéraire du Sardanapale africain, et fermèrent les portes devant le roi, lorsque, fuyant le champ de bataille, il parut accompagné de Marcus Pétréius devant la ville. Ce souverain, qui était une de ces natures qui deviennent sauvages au milieu d'une vie d'éclat et de puissance insolente, et qui cherchait même dans la mort une fête enivrante, se rendit avec un compagnon à l'une de ses maisons de campagne, fit servir un copieux banquet, et à la fin de la fête défia Pétréius à mort dans un combat singulier. Ce fut le vainqueur de GaLilina qui reçut la mort de la main du roi ; alors ce dernier se fit donner la mort par un de ses esclaves. Le peu d'hommes marquants qui avaient échappé, tels que Labiénus et Sextus Pompéius, suivirent le frère aîné de ce dernier en Espagne, et cherchèrent, comme Sertorius antérieurement, le dernier refuge des brigands et de pirates sur les eaux et dans les montagnes de cette terre encore à moitié indépendante.
Org:anisation de l'Afrique. — César put régler sans résistance les affaires de l'Afrique. Gomme Gurion l'avait déjà proposé, le royaume de Massinissa fut divisé. La partie la plus orientale ou région de Sitifis fut unie au royaume de Bocchus, roi de la Mauritanie orientale, et le fidèle roi Bogud de Tingis reçut des dons considérables. Girta (Gonstantine) et le district environnant, qui avait été, jusque-là, sous la su-
prématie de Juba, possédée par Massinissa et son fils Arabion, fut donnée au condottierre Publius Siltius, pour y établir ses bandes à moitié romaines ; mais en même temps ce district, ainsi que la partie de beaucoup la plus vaste et la plus fertile de l'ancien royaume deNumidie, furent unis, comme nouvelle Afrique, à l'ancienne province d'Afrique, et la défense du pays le long de la côte, contre les tribus errantes du désert, que la République avait confiée à un roi client, fut imposée par le nouveau monarque à l'empire même.
lia victoire de lamonarcliie. — La lutte que Pompée et les républicains avaient entreprise contre la monarchie de César se termina ainsi, après avoir duré quatre ans, par la victoire complète de la nouvelle monarchie. Sans doute, la monarchie ne commença pas sur le champ de bataille de Pharsale et de Thapsus ; on aurait pu aisément la faire dater du moment où Pompée et César ligués avaient établi conjointement leur domination et renversé l'ancienne constitution aristocratique. Mais ce furent seulement les baptêmes de sang du 9 août 706 et du 6 avril 708 qui mirent fin à cette domination collective si opposée à la nature du pouvoir absolu, et donnèrent la fixité et une confirmation formelle à la nouvelle monarchie. 11 pouvait naître encore des prétendants et des conspirations républicaines, il pouvait se produire de nouvelles commotions, et peut-être de nouvelles révolutions et restaurations ; mais la tradition républicaine, qui durait sans interruption depuis cinq cents ans, était rompue, et la monarchie était étabhe dans toute l'étendue de l'empire romain par la légitimité du fait accompli.
lia On de la république. — C'en était fait du conflit constitutionnel, etle fait fut proclamé par Caton,
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quand il se donna la mort à Utique. Pendant bien des années, il avait été le champion de la légitimité républicaine contre ses oppresseurs ; il avait continué ce rôle, alors même qu'il n'avait plus aucun espoir de succès. Mais, aujourd'hui, le conflit lui-même était devenu impossible; la république que Marcus Brutus avait fondée était morte et ne devait plus revivre ; que restait-il aux républicains à faire sur cette terre ? Le trésor était finlevé;les sentinelles étaient donc relevées de leur garde ; qui pouvait les b'âmer de partir? 11 y eut plus de noblesse, et surtout plus de jugement dans la mort de Caton que dans sa vie. Caton n'était riei^ moins qu'un grand homme ; mais avec toute cette étroitesse de vues, cette dureté, cette sèche prolixité, et ces phrases plus ou moins authentiques, qui ont fait de lui, de son temps et pour les siècles, l'idéal du républicanisme irréfléchi et le favori de tous ceux dont il est le hochet, c'était cependant le seul homme qui défendit honorablement et courageusement dans la dernière lutte )e grand système condamné à mort. Justement par la raison que le mensonge le plus habile s'annihile devant la simple vérité, et parce que toute la dignité et la gloire de la nature humaine dépendent, en derrière analyse, non de l'habileté mais de l'honnêteté, Caton a joué un plus grand rôle dans l'histoire que bien des hommes supérieurs à lui par l'intelligence. La signification profonde et tragique de sa mort est plutôt relevée qu'amoindrie, par le fait qu'il était un insensé : c'est précisément parce que don Quichotte est fou qu'il est une figure tragique. C'est un événement rrappan* v-i-. dans ce drame de l'histoire du monde, où tant de sages et de héros avaient joué un rôle, l'épilogue dût être prononcé par un insensé. Lui aussi ne mourut pas en vain. Sa mort fut une terrible protestation de la république contre la monarchie : le dernier républicain fit place au pre-
mier monarque : protestation qui ôta d'elle-même toute apparence de sérieux au caractère soi-disant constitutionnel que César voulut doaner à la monarchie, et exposa dans toute son hypocrite fausseté la fable de la réconciliation de tous les partis, sous l'égide de laquelle grandissait le despotisme. La guerre incessante que le fantôme de la république légitime fit pendant des siècles, depuis Brutus et Gassius jusqu'à Thraséas et Tacite, et même plus tard, à la monarchie césarienne, guerre de complots et de littérature, fut le legs que la mort de Gaton fit à ses ennemis. Gette opposition républicaine emprunta à Gaton son attitude majestueuse, transcendante dans sa rhétorique, raide, désespérée et fidèle jusqu'à la mort; aussi, immédiatement après sa mort, commença t-il à être révéré comme un saint, après avoir été souvent dans sa vie le point de mire des plaisanteries et des colères de ce parti. Mais la plus grande de ces marques de respect fut l'hommage involontaire que Gésar lui rendit, lorsqu'il fit une exception à la clémence avec laquelle il traitait ses ennemis, pompéiens et républicains, pour Caton seul qu'il poursuivit de sa haine, même dans le tombeau, avec cette énergie que les hommes d'ÉLat prati-^ ques témoignent à ceux de leurs antagonistes qui les combattent dans le domaine des idées, qui est aussi dangereux à leur point de vue que hors de leur portée.