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I. ORGANISATION DU POUVOIR IMPÉRIAL

RETOUR D'OCTAVE A ROME (29 AV. J. C.); IL EST NOMMÉ 1MPERATOR ET PRINCE DU SÉNAT (28). — FEINTE ABDICATION (27) ; IL PREND LE POUVOIR PROCONSULAIRE ( 27) ET TRIBUN1T1EN (23); LE CONSULAT A VIE ET LA PRÉFECTURE DES MOEURS (19); LE GRAND PONTIFICAT (13). — APPARENCES RÉPUBLICAINES DU GOUVERNEMENT , EN RÉALITÉ POUVOIR MONARCHIQUE, NOUVELLES CHARGES ; ARMÉES PERMANENTES.

Retour d'Octave « Rome (t9 «v. J. €.)< Il emt nommé Impe-

rtttor et prince du sénat (ÎS>

Antoine mort et l'Égypte rattachée au domaine de l'empire, Octave regagna l'Asie Mineure , où il reçut des Parlhes une première ambassade. 11 employa tout l'hiver et le printemps de l'an 29 à régler les affaires de la province. Celait la seconde année qu'il passait hors de Rome, mais il n'avait point hâte d'y rentrer. 11 voulait affermir son pouvoir en l'exerçant au loin, et laisser aux Romains le temps de s'habituer à l'idée d'un maître. D'ailleurs Mécène et Agrippa veillaient pour lui dans la capitale, où ils venaient d'arrêter et de punir le complot formé par le jeune Lépide, pour assassiner Octave à son retour.

Le sénat, d'ailleurs, se prêtait à tout. Après Actium il avait voté un triomphe, après la soumission de l'Égypte il en décern a u n au tre. Puis , au commencemen t de l'an 29 , q uand Octave prit possession, en Asie , de son cinquième consulat , à Rome , les sénateurs et les magistrats firent serment d'obéir à ses actes , et lui offrirent la puissance tribunitienne pour sa vie durant, avec le droit d'étendre son inviolabilité sur quiconque l'implorerait. Au mois de Scxtilis qui plus tard prit son nom (août 29), il rentra enfin dans Rome, et il triompha trois fois pour les Dalmates, pour Actium et pour l'Égypte. Les soldats reçurent mille sesterces par tête, les citoyens quatre cents. Les enfants mêmes ne furent pas oubliés , et il y eut tant d'or jeté tout à coup dans la circulation que, par toute l'Italie, l'intérêt de l'argent baissa des

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deux tiers, et que le prix des terres doubla. Octave, pour annoncer solennellement l'ère nouvelle qui commençait, ferma lui-même le temple de Janus , ouvert depuis deux siècles, et déclara qu'il avait brûlé tous les papiers d'Antoine ; quelques mois plus tard , il supprima les ordonnances triumvirales. C'était dire bien hautement qu'il rompait avec le passé. Mais qu'allait-il faire? On dit au'il consulta Agrippa et Mécène ; que celui-là conseilla l'abdication et celui-ci Pempire. De tels conseils ne sont tenus que sur les bancs des rhéteurs. Pour les hommes pratiques, la république était condamnée sans que Mécène eût besoin de plaider contre elle. Mais avec l'exemple de sa vie, César avait laissé à son fils l'enseignement de sa mort. Peusoucieux de se rejeter par des innovations dout les résultats seraient inconnus au milieu des hasards d'où il venait de sortir, Octave s'appliqua à faire, de pièces et de morceaux , une constitution qui est restée sans nom dans la langue politique, et qui pendant trois siècles reposa sur un mensonge. La fraude ne dure pas d'ordinaire si longtemps ; c'est qu'elle n'était ici que dans la forme. Tout le monde s'entendait sur le fond des choses, mais tout le monde aussi voulait garder la décevante illusion , la chère et glorieuse image de l'antique indépendance.

11 ne prit donc ni la royauté toujours odieuse, ni la dicta* ture qui rappelait de sanglants souvenirs. Mais il connaissait assez 1 histoire de son pays, pour savoir qu'il trouverait aisément dans les prérogatives mal définies des anciennes magistratures, de quoi déguiser la monarchie sous des oripeaux républicains, et au'il pourrait défrayer le pouvoir absolu avec les lois de la liberté. Depuis l'an 31 il était consul ; il gardera pendant six ans encore cette charge qui le fait chef officiel de l'État et qui lui donne légalement presque tout le pouvoir exécutif.

Avant tout, il lui fallait l'armée; pour rester à sa lête il se fit décerner par le sénat le nom d'imperator, non pas ce simple titre d'honneurque les soldats donnaient sur le champ de bataille aux consuls victorieux, mais cette charge nouvelle sous un vieux titre, que César avait eue et qui conférait le commandement suprême de toutes les forces militaires de l'empire. Les généraux devinrent ainsi ses lieutenants, les soldats lui jurèrent fidélité , et il exerça le droit de vie et de mort sur tous ceux qui portaient l'épée.

CHAPITBE XXV.

Le sénat subsistait ; il le conserva et résolut d'en faire le pivot de son gouvernement, mais auparavant il se fit donner, avec Agrippa pour collègue, sous le titre de préfecture des mœurs, la censure, qui lui permit de chasser de ce corps tous les membres indignes ou ennemis du nouvel ordre de choses*. Le cens sénatorial était de huit cent mille sesterces, il le porta à douze cent mille, ayant soin de compléter à ses frais le nouveau cens aux sénateurs qui ne l'avaient pas. 11 trouvait à cela le double avantage d'accroître l'éclat extérieur de son sénat et de rendre les grands ses pensionnaires. Puis à cette assemblée , moins nombreuse et plus digne , il fit passer, au détriment du peuple, les plus importantes affaires. L'ordre équestre fut également soumis à une révision sévère. Pour honorer cet ordre, il lui réserva un certain nombre de hautes places , et mit ses petits-fils à sa tête sous le nom de princes de la jeunesse. Octave fit même des patriciens. Ainsi, il paraissait relever les anciennes institutions, parce que, trop faibles maintenant pour le gêner , elles gardaient assez de force et de vie pour devenir, entre des mains habiles, d'utiles instruments.

L'an 28 il ferma le cens, qui marqua quatre millionssoixantetrois mille citoyens. Le dernier démembrement, en l'an 70, en avait donné neuf fois moins , quatre cent cinquante mille. Cette augmentation, due surtout à César, prouve sa libéralité. Octave ne le suivra pas dans cette voie. Le peuple romain compte maintenant plus de dix-sept millions d'âmes. C'est toute une nation. Il la trouve assez nombreuse et assez forte pour porter le poids de l'empire, tout en restant, ce qu'il importe encore de la maintenir vis-à-vis des provinciaux , une classe privilégiée. Sous son règne , le chiffre des citoyens ne s'accroîtra que de trente-quatre mille.

Lorsque les anciens censeurs fermaient le cens, celui dont ils avaient mis le nom en tête de la liste des sénateurs , ordinairement l'un d'entre eux , s'appelait le premier du sénat, princeps senatus, et celte place toute d'honneur lui était laissée sa vie durant. Agrippa donna à son collègue ce titre républicain, et plaça ainsi les délibérations du sénat sous la direction d'Octave; car, d'après l'ancien usage, leprmceps opinait le premier, et ce premier avis exerçait une iufluence qui maintenant sera décisive.

» Il fit trois autres révisions du sénat.

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Feinte abdication H prend le pouvoir proconm» taire (tf )

et trlbunftlen (tS): le consulat a vie et la préfecture des niœur» (*•)$ le grand pontllleat (18).

Aux premiers jours de Tan 27, Octave vint à la curie déposer ses pouvoirs. Ce désintéressement inattendu, qui remettait tout en question, étonna le plus grand nombre. On eut vite le mot de cette partie jouée avec un grand sérieux, à la face de Rome. Ceux qui étaient dans le secret ou à qui on l'avait laissé deviner se récrient contre ce lâche abandon de la république. Octave hésite, mais le sénat le presse ; il accepte, et une loi lui confirme le commandement suprême des armées avec le droit de faire la paix ou la guerre; toutefois le titre d'imperator qu'on lui offre à vie, il ne le veut que pour dix ans.

Le commandement des armées entraînait le commandement dans les provinces, et le sénat les avait toutes placées sous son autorité en l'investissant du proconsulat ; il s'effraye d'une telle charge; qu'au moins le sénat partage avec lui. 11 lui laissera les régions calmes et prospères de Tintérieur ; il prendra pour lui celles qui remuent encore ou que les Barbares menacent. Le sénat se soumet à la nécessité d'administrer la moitié de l'empire. Il est vrai qu'il n'aura pas un soldat dans ces paisibles provinces qu'envelopperont les vingt-cinq légions de Yinwerator. Cependant, dans l«i ferveur de sa reconnaissance, il cherche un nouveau nom pour celui qui ouvre à Rome une ère nouvelle. Munacius Plancus propose celui d'Auguste qu'on ne donnait qu'aux dieux. Le sénat et le peuple saluent de leurs acclamations cette demi-apothéose (17 janv., 27 av. J. C).

A l'époque que nous avons atteinte , le fondateur de l'empire n'avait encore dans les mains d'un façon exceptionnelle que l'autorité militaire ; mais Auguste ne fut jamais impatient d'arriver. A6n de justifier son pouvoir, il quitta Rome pendant trois ans, et alla organiser la Gaule et l'Espagne. Quant il revint, en l'an 24, à la suite d'une maladie qui l'avait frappé à Tarragone, la joie causée par son rétablissement et son retour se traduisit en nouvelles concessions. A propos d'une distribution qu'il voulait faire, on le dispensa de l'observation de la loi cincia, ce qui conduisit plus tard à déclarer que les empereurs n'étaient liés par aucune loi; et on permit à Marcellus, à la fois son neveu

el son gendre, de briguer le consulat dix ans avant l'âge. Après une nouvelle maladie, dont le guérit le médecin Musa, il abdiqua, malgré les sénateurs, le consulat, et se substitua un ancien questeur de Brutus. Rome ne voulut pas demeurer en reste avec lui. 11 abandonnait quelques mois de consulat, on lui donna, pour sa vie durant, la puissance tribunitienne avec le privilège de faire au sénat quelque proposition qu'il lui plût, et l'autorité proconsulaire même dans les provinces sénatoriales. Celte fois c'était bien réellement l'abdication du sénat et du peuple. Car à l'autorité militaire qu'il avait déjà, on ajoutait la puissance civile que les tribuns, grâce à la nature indéterminée de leur charge, avaient plus d une fois envahie tout entière, et on lui donnait l'inviolabilité.

Ainsi, Auguste allait avoir le droit de proposer, c est— a— dire , de faire des lois, de recevoir et de juger les appels, d'arrêter par le veto tribunitien toute mesure, toute sentence c'est-à-dire d'opposer partout sa volonté aux lois et aux magistrats, de convoquer le sénat ou le peuple, et de présider, c'est-à-dire de diriger à son gré les comices d'élection. Et ces prérogatives, il les aura non pas pour une année, mais pour la vie. Nous voici donc en pleine monarchie , et Ton ne peut accuser Auguste d'usurpation , car tout se fait légalement. Il n'est ni roi, ni dictateur, mais seulement prince au sénat , imperator à l'armée , tribun au forum , proconsul dans les provinces; ce qui était autrefois divisé entre plusieurs est réuni dans les mains d'un seul , voilà toute la révolutiou.

Après ce grand pas , Auguste s'arrêta quatre années qu'il employa à organiser les provinces orientales et à convaincre les Romains de l'impuissance de leurs magistratures républicaines. De tous les grands démembrements de la puissance publique il ne restait hors de ses mains que la censure et le consulat. Je ne parle pas du souverain pontificat, qu'il laissait dédaigneusement à Lépide. 11 n'avait pas voulu du consulat pour l'an 22. Le peuple, effrayé par une peste et une disette; menaça de brûler la curie si on ne le nommait dictateur et censeur à vie. Auguste refusa, et, de douleur, il déchira ses vêtements, demandant la mort plutôt que de subir la honte de paraître attenter à la liberté de ses concitoyens. 11 prit cependant l'intendance des vivres, et fit donner la censure à deux anciens proscrits , Plancus et

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Paulus Lepidus , qui déshonorèrent cette charge par leur faiblesse et leur incapacité. Aussi furents-ils les derniers censeurs. En Tan 19 , Auguste se ht revêtir lui-même de cette magistrature sous le nom de préfecture des mœurs (maffister morum).

Le consulat tomba de la même manière. Les élections de Tan 22 avaient été orageuses, celles de Tan 19.1e furent plus encore ; afin d'en finir, Auguste prit pour sa vie durant la puissance consulaire, en se gardant bien toutefois de faire disparaître ce titre illustre. Il fut consul comme il était . tribun , je veux dire qu'il eut sans partage les droits de la charge , mais qu'il permit à d'autres d'en porter le titre et les insignes. Non-seulement il maintint le consulat, mais il le multiplia en quelque sorte, et chaque année il nomma trois , quatre, même un plus grand nombre de consuls (consules suffecti.)

Les consuls comme presque tous les magistrats romains, pouvant promulguer des édits , Auguste à titre de proconsul, de tribun et de préfet des mœurs, avait déjà ce droit, mais limité aux affaires relevant de chacune de ces charges. En lui donnant la puissance consulaire, les sénateurs étendirent pour lui à presque toutes les questions \ejus edicendi des consuls. C'était une grande partie de la puissance législative qui lui était déférée.

11 n'avait accepté que pour dix ans le commandement des provinces et des armées; en l'année 18, il se fit renouveler pour cinq ans ses pouvoirs; ce temps devait suffire, disait-il, pour qu'il terminât son ouvrage. Mais quand il fut écoulé, il demanda une nouvelle prorogation de dix années et continua ainsi jusau'à sa mort, en protestant chaque fois contre la violence qu on faisait à ses goûts au nom de l'intérêt public {sacra decennalia). Cinq ans plus tard, à la mort de Lépide, il se fit nommer souverain pontife. Ce fut sa dernière usurpation, il ne restait plus rien à prendre qui en valût la peine.

Apparences républicaines du gouvernement, en réalité pouvoir monarchique ; nouvelles charges $ armées permanentes.

Cependant à n'y point regarder de bien près, la république subsistait. Il y avait un sénat dont les décrets étaient des lois; des consuls qui gardaient les honneurs de leur rang ; des

préteurs qjri jugeaient en première instance ; des tribuns qui useront de leur veto, peut-être, jusque sous les Antoning, des questeurs enfin et des édiles qui remplissaient leur charge au nom du peuple romain; tandis que les comices par tribus et par centuries se réunissaient pour confirmer les lois , nommer aux magistratures, et rejeter môme, si bon leur semblait, les propositions du prince. S'agissait-il d'une rogation, Auguste venait voter dans sa tribu. D'un jugement , il apportait 6a déposition comme témoin et l'avocat pouvait impunément le prendre à partie. D'une élection , il conduisait au milieu de la foule, pour le recommander à ses suffrages, le candidat qu'il appuyait, en ajoutant toujours, même pour ses proches: «s'il le mérite. « Cet homme nui habite au Palatiu une maison modeste et qui au sénat parle, écoute, vote comme un sénateur ordinaire; qui ne refuse sa porte à personne , ni son appui au plus pauvre de ses clients; qui a des amis; qui s'en va dîner, sans gardes, là où il est prié ; et qui pour sauver un accusé obscur, implore l'accusateur au lieu d'opposer son veto, cet homme quel est-il donc? Non ce n'est pas le maître, mais la paix et Tordre personnifiés.

Pour qu'il réalise et donne ces biens, on a pris pour lui, si j'ose dire, l'essence même de toutes les grandes charges républicaines ; et de la réunion de ces pouvoirs est sortie une autorité encore sans nom dans la cité et qui sera sans limite, parce qu'elle fait d'Auguste le représentant du peuple romain tout entier, le dépositaire et le gardien de sa puissance et de ses droits, Un seul homme a maintenant pour la vie le pouvoir exécutif et la plus grande partie de la puissance législative et judiciaire. Ce qui reste au sénat et au peuple n'est qu'un abandon calculé du prince, qui leur laisse quelques hochets pour amuser leurs loisirs et les aider à oublier leur déchéance.

Que dis-jc, leur déchéance? Mais le peuple fait des lois et donne des charges; mais le sénat impérial a plus de prérogatives cme n'en a jamais eu le sénat républicain. Il gouverne une moitié do l'empire et il a le trésor public sous sa garde. Ses décrets sont des lois, comme au bon temps de la toutepuissance patricienne, et les grands coupables, soustraits au jugement du peuple, rclcventdc sajuridiction. Il est la source de toute légalité, mémo pour l'empereur qui tient de lui ses pouvoirs et qui par lui se les fait proroger. Que lui man-

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que-t-il donc? Ce ne sont assurément ni les droits, ni les titres. Cependant quel conirasle dérisoire entre la pompe des formules et le vide de la réalité! Le peuple souverain n'est qu'un ramas de mendiants, qui se donnent l'air do vouloir ce que veut celui qui les nourrit, qui les amuse et les paye; et les pères conscrits, les sénateurs de Rome parlent et votent comme peuvent le faire des hommes qui n'ont ni la dignité personnelle, ni l'autorité du caractère, ni l'indépendance sociale. Créatures du prince auquel ils tendent chaque jour la main pour échapper à leurs créanciers, ils n'ont pas môme sous leur lalielave, cette liberté que le pauvre garde avec ses haillons, de rire tout haut en face de cette grande comédie que jouent si gravement Auguste et son sénat.

Commcilyavaiten apparence deux pouvoirs, il y eut deux ordres de magistrats, ceux du peuple romain et ceux de l'empereur. Les premiers géraient annuellement les anciennes charges républicaines moins la censure, les autre*, pour un tempsindéterminé, celles qui furent alors établies. En l'an 15, Auguste organisa définitivement la préfecture de la ville, dont le titulaire répondait à l'empereur de la tranquillité de Rome. Plus tard il créa deux préfets du prétoire pour commander les cohortes prétoriennes et de nombreux postes à' inspecteurs des travaux publics, des aqueducs, des routes, des distributions au peuple, etc., etc. Peu à peu aussi il forma de ses amis et des personnages les plus considérables du sénat, un conseil privé qui attira à lui les plus importantes affaires et dont les décisions, depuis l'an 13 de Jésus- Christ, eurent la même valeur quoles sénatus-consultes.

Ces droits conférés à l'empereur lui eussent été inutiles sans l'armée. Il la rendit permanente , et la soumit à une discipline sévère. Il avait vingt-cinq légions, il les rangea le long des frontières. Trois cent mille hommes firent face aux Barbares dans des camps permanents {castra stativa) avec des flottilles sur le Rhin, le Danubeet l'Euphrate. Quatre flottes à Ravenne, à Fréjus, à Misènc et sur l'Euxin firent la police des mers. Pour solder cette armée les anciens revenus 1

' î.es anciens revenus étaient : ceux naires ; i/8 pour les objets de luxe); le qui provenaient du domaine public (sa- i/.»0 des affranchissements, et dan* les line*, fleuves, forêts, champs, mines, provinces l'impôt foncier, ordinairecarrières, etc.) et des douanes (j/40 de ment le 1/1O ûes semailles, le 1/5 des la valeur pour les marchandises ordi- plants, enfin lacapitatfon.

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étaient insuffisants; Auguste rétablit l'impôt autrefois payé par les citoyens, d'après leur fortune, et créa l'impôt du centième de toutes les choses vendues aux enchères, celui du vingtième sur les héritages et celui du cinquantième sur le prix des esclaves. Il eut ainsi trois à quatre cents millions; c'était assez dans un empire qui comptait encore peu de fonctionnaires et où presque toutes les dépenses, dans les provinces, étaient a la charge des villes.

Derrière le gouvernement officiel, tout républicain dans la forme et qui siégeait grave et inoccupé sur les chaises curules , il y avait donc le gouvernement véritable qu'on ne voyait guère à la curie ni au forum, et qui sans pompe ni bruit faisait les affaires de l'empire. Celui-là avait la flotte et les légions qu'il ne congédiait plus et un trésor particulier {ûscus) pour payer ses soldats et ses fonctionnaires. Il nommait directement à la plupart des charges , indirectement à toutes. La moitié des provinces avec leurs revenus lui appartenaient; le reste obéissait à ses ordres quand il voulait bien en donner. Dans la ville l'empereur était le chef du clergé, du sénat et du peuple, et comme préfet des mœurs, il pénétrait jusque dans la vie privée. La puissance consulaire , l'autorité tribunitienne, lui donnaient action sur tous les citoyens qu'il liait par ses édits, que par son droit de grâce il pouvait soustraire à la justice ordinaire. De Borne, de l'Italie, des provinces, les opprimés tendaient les mains vers lui; car, chef de l'administration , tribun et proconsul perpétuel, il recevait tous les appels, de sorte que d'une frontière à l'autre de l'empire il apparaissait comme le gardien du droit, le redresseur des griefs , le refuge des malheureux. Neuf cohortes, chacune de mille prétoriens, et des cavaliers bataves faisaient respecter son inviolabilité. Le préfet de la ville veillait pour lui à la police de Rome avec les quatre mille cinq cents hommes des trois cohortes urbaines , ayant soin que le préfet des vivres tîut les greniers publics toujours remplis, et le préfet des gardes nocturnes les rues toujours sûres. Si d'anciens préteurs tirés annuellement au sort, administraient au nom de l'État le trésor public (œrarium) , le prince se le faisait ouvrir par le sénat; de sorte que l'armée, la justice, la religion, les finances, les fonctionnaires, toutes les ressources, toutes les forces vives de l'empire , étaient dans ses mains. 11 s'était fait l'âme de ce grand corps, afin d'en régler à son gré

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tous les mouvements ; et pour lier tout l'empire par la religion du serment, chaque année, au 1er janvier, le sénat, le peuple, les légions et les provinciaux lui juraient fidélité.

Maintenant que nous connaissons le gouvernement nouveau, voyons-le à l'œuvre.

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