ET LES PROVINCES
CLASSEMENT DES PERSONNES, DISTRIBUTIONS, JEUX, CONSTRUCTIONS, PO- LICE , RÉFORMES RELIGIEUSES ET CIVILES. — PROVINCES DU SÉNAT ET PROVINCES DE L'EMPEREUR ; DÉPENDANCE DES GOUVERNEURS. — ORGANI- SATION DES PROVINCES OCCIDENTALES. — ORGANISATION l'ES PROVINCES ORIENTALES, MESURES GÉNÉRALES, POSTES, ROUTES, ETC.
Classement des personnes, distributions, Jeun, constructions, police, reforme» religieuses et civile».
Par une sorte d'inslinct monarchique qui dans l'esprit de Constantin deviendra un principe arrête d'organisation sociale, Auguste tâcha de mettre dans l'État des divisions et des rangs pour y ramener la subordination et la discipline. On l'a vu déjà relever la dignité du sénat et des chevaliers par des épurations sévères. Entre ces deux ordres et pour les distancer l'un de l'autre, il plaça les fils des sénateurs, les associant à une partie des prérogatives honorifiques de leurs pères, et leur réservant certaines charges avec le droit d'assister aux débats de la curie. Ces privilèges qui les initiaient aux affaires publiques et qui leur facilitaient l'accès des magistratures donnant entrée au sénat, établissaient pour ce corps une sorte d'hérédité qui répondait assez bien à celle qu'Auguste se proposait d'élablir pour le pouvoir ; ni l'une ni l'autre franchement avouées, mais entrevues comme condition nécessaire de stabililé. Après les chevaliers venaient les bourgeois de Rome tenant le milieu entre l'ordre équestre et la plebs urbana. Un cens inférieur à celui des chevaliers, le privilège de fournir une quatrième décurie déjuges, les constituaient en classe distincte.
Quand César fille recensement de ceux qui étaient nourris aux dépens du trésor, il en trouva trois cent vingt mille. Il en retrancha la moitié et pour le reste il fit de ces distributions une institution permanente; ordonnant que chaque année le préteur remplaçât les pensionnaires morts , par d'autres que le sort désignerait entre les pauvres non inscrits. Mais les progrès de la misère eurent bientôt ramenée
le chiffre primitif, et ce ne fut que dans la seconde moitié de son règne qu'Auguste osa le faire redescendre à envi* ron deux cent mille. — Lcsmagistraturesavaient été bouleversées comme les ordres et Ton avait oublié les vieilles prescriptions sur la hiérarchie des charges. Auguste les fît revivre et reprit ainsi toutes ces gradations que l'aristocratie avait si habilement établies. Son administration lendit partout et en tout à multiplier les différences dans les conditions sociales , soit des personnes, soit des cités et des pays. Ainsi il divisa Rome en quatorze régions, et ces régions par les prérogatives de leurs habitants étaient placées au-dessus des districts suburbicairesy lesquels à leur tour étaient plus favorisés que le reste de l'Italie. Dans l'Italie même malgré le droit de cité, reconnu maintenant à tous les Italiens, il subsistait encore des municipes, des colonies et des préfectures ayant leurs lois particulières. Octave y ajouta vingthuit colonies , qu'il établit sur des terres achetées par lui aux Italiens et dont les décurions (sénateurs) eurent le privilège d'envoyer par écrit leur suffrage a Home, le jour des ôomices. Jusque dans le droit de cité il mit des différences. Le citoyen parvenu n'eut pas la cité au même titre que le citoyen d'origine; et l'Italien, le provincial, décoré de la toge, ne fut ni en droit ni en dignité l'égal du quirite de Rome. Parmi ceux-ci même le juè friuth lïbetorum , la naissance, la fortune, mettaient de graves différences. Ajoutez la grande et permanente distinction qu'il établit entre les quintes et les soldats, dont il forma deux peuples à part afin de s'appuyer sur l'un pour dominer l'autre.
Singulier contraste! la république, qui proclamait l'égalité reposa sur une hiérarchie sérieuse et prolonde, l'empire qui veut des rangs, des conditions, mènera au nivellement le plus complet. Dans les deux époques les noms et les formes dont en contradiction avec l'esprit du gouvernement. Auguste en effet relève bien le sénat, mais il abaisse les sénateurs. Il fait sonner très-haut la dignité des citoyens , mais il prend pour lui tous leurs vieux droits. Qu'imporlent les apparences? Au fond, il n'y a pas de degrés dans la servitude; les plus haut placés seront les plus près du maître, les plus exposés à ses caprices et à ses colères.
A tout ce peuple si bien classé il fallait encore du pain pour le nourrir, des jeux pour le distraire et une police active pour veiller contre le Tibre et le* bandits, contre le
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feu et ta pesté. Auguste n'eut garde d'y manquer. Aussi sa grande affaire fut-elle, après raffermissement de son pouvoir, de nourrir l'immense population qui encombrait la ville.
Le peuple romain n'avait plus qu'un cri : panem et circenses, « du pain et des jeux ! « Comme cela ne coûtait que de l'or, Auguste trouvait encore son compte à le satisfaire. Dans son testament politique il énumère complaisammcnt ses dons en blé, en argent, en bêtes sauvages et en hommes. « J'ai donné, dit-il, des jeux où dix mille gladiateurs ont combattu et j'ai fait chasser trois mille cinq cents bêtes fauves. En uno seule de ces chasses deux cent soixante lions fuVent égorgés. » Une autre fois il tlt creuser un large canal le long du Tibre, et trente galères à trois ou quatre rangs de rames avec un plus grand nombre de petits navires, divisés en deux flottes et montés par trois mille hommes, sans compter les rameurs, donnèrent à la multitude la représentation d'un combat naval. Il y avait une autre manière de faire la cour à la multitude, c'était de décorer sa ville. César lui en avait donné l'exemple, il continua ses grands travaux et put se vanter de laisser de marbre une ville qu'il avait trouvée de briques.
Plusieurs grands personnages l'aidèrent à embellir Rome. Le champ de Mars, autour duquel se groupèrent un grand nombre de constructions splendides , forma comme une cité nouvelle, toute monumentale , qui pour maisons avait des temples , des théâtres etdes portiques. Agrippa , aussi habile * dans ces travaux de la paix que dans ceux de la guerre, éleva, dit Suétone, un nombre infini de beaux édi6ccs; un d'eux subsiste encore , c'est le Panthéon (S. Maria rotonda). Les routes aussi furent soigneusement réparées et la police faite avec un tel soin que le brigandage qui infestait l'Italie disparut. A Rome sept cohortes de gardes nocturnes furent chargées de prévenir ou d'arrêter les incendies , et toute l'Italie, divisée en onze départements, fut placée sous la surveillance d'autant de questeurs. Mais mieux valait prévenir le brigandage qu'avoir à le combattre. Il encouragea le travail, et pour renvoyer à la culture des champs les mendiants de Rome, il songea un moment à supprimer les distributions gratuites, fléau en effet qui ira grandissant et sera une des causes de la chute de l'empire.
Quelque égoïste qu'ait été l'administration d'Auguste, il •entait cependant que ce n'est pas tout pour ceux à qui le
sort des empires est confié que d'endormir doucement la population dans le plaisir, le bien-être et la sécurité. La société romaine était devenue plus calme, il lâcha de la rendre plus digne. Il revisa les livres sibyllins, seul code religieux des Romains, et il éleva des temples à des dieux nouveaux, tous bienfaisants et pacifiques, à la Fortune qui ramène, à la Fortune qui sauve; à la Paix, déesse longtemps délaissée à Rome, mais qui reçut de lui deux autels à la condition de convertir les Romains à son culte. Entre tous les anciens dieux, ceux qui étaient les gardiens de l'État et de la famille , Vesta et les Lares furent les plus honorés.
Il y a un autre culte, celui des gloires nationales. Auguste les accepta toutes sans les craindre. La statue même de Pompée fut placée en face de son théâtre sous une arcade de marbre. Je ne sais s'il abattit celle de Brutus ni s'il releva celle de Cicéron , mais il respecta toujours la mémoire de l'un et le génie do l'autre.
Et tandis que par ces publics hommages rendus aux dieux et aux héros de la ville éternelle, il ranimait le patriotisme éteint, l'éloquence et la poésie réunissaient leurs charmes les plus puissants pour ramener par l'orgueil ces Romains dégénérés aux vertus et à la piété de leurs pères. Tite Live racontant dans son majestueux langage leur glorieuse histoire , et Virgile leur montrant toutes les puissances du ciel et de la terre réunies autour de leur berceau, étaient comme les pontifes du passé. Assis sur les ruines des temples antiques, ils y appelaient encore les peuples à l'accomplissement des rites pieux et au culte des anciennes vertus. Qui oserait dire que ces leçons furent inutiles , que cet enseignement n'était pas écoulé? On aimait trop les lettres pour ne pas subir l'influence de ceux qui étaient les maîtres de la parole. Depuis que le forum avait perdu ses agitations, toute l'activilé des esprits s'était tournée vers le culte des Muses. Les libraires ne suffisaient plus aux demandes. Les lectures publiques des orateurs et des poètes, même les bibliothèques, se multipliaient. Asinius Poliion avait fondé la première dans son Atrium liberlatisy et Auguste en avait ouvert une autre dans le temple d'Apollon, bâti à côté de sa demeure.
Pendant que les lettres accomplissaient leur tâche, le prince faisait la sienne. Une souffrait pas le renouvellement du spectacle scandaleux de sénateurs combattant dans
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l'arène , ou de chevaliers jouant sur le théâtre. Tout le peuple fut plus d'une fois réprimaudé par lui , et pour tarir les sources impures où il se renouvelait, il limita les affranchissements; plus d'une fois il refusa le droit de cité à des protégés de Tibère , même de Livie.
Auguste, occupé à voiler partout la corruption romaine, n'oublia pas les femmes dans ses réformes. Il punit l'adultère en permettant à l'époux outragé qui surprenait les coupables ae les frapper du glaive. 11 tit davantage pour elles en honorant le mariage, en attachant des privilèges aux unions légitimes et fécondes. Ici se place un des actes les
{>lus importants de son administration intérieure, la fameuse oi Papia-Pqppea, le plus grand monument de la législation romaine depuis les lois des Douze tables, car elle réglait non-seulement le mariage, mais le divorce, la dot t les donations entre époux, les hérédités, les legs, etc.
Fidèle écho de cette jpolitique élevée et sage , la poésie en célébra les heureux effets : « Grâce à toi , ô César, le bœuf se promène en sûreté dans ses prairies ; Cérès et l'heureuse abondance fécondent nos campagnes; les vaisseaux voguent sans crainte sur les mers pacifiées , et la bonne foi s'alarme même d'un soupçon. » Faut-il en croire le poète? Auguste réussit-il ; et son peuple redevint-il religieux et moral en vertu des lois? La loi n'a guère à faire en ces choses ; mais cet homme, qui pendant quarante-quatre ans fit peser sur la société romaine une même volonté honnête et sage, y ramena certainement plus d'ordre, plus de dignité et peutêtre çà et là un peu de vertu.
Provinces du sénat et province* de l 'empereur) dépendance
de» gouverneurs.
Auguste entendait bien mettre dans l'empire Tordre qu'il faisait régner à Rome. Pour cela il fallait organiser régulièrement les provinces, y étouffer tous les troubles et garantir les frontières. 11 y avait donc à prendre des mesures de deux sortes, les unes militaires, les autres administratives. Nous avons dit précisément de quels effroyables abus les provinciaux étaient devenus victimes. Auguste ne changea point leur condition légale; ce que les provinces avaient été le lendemain de la conquête , elles l'éiaient encore sous Trajan et les Antonins; seulement il y avait de moins les pillages périodiques des gouverneurs , et de plus
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une sécurité dont le commerce et l'industrie profitaient pour répandre partout un immense bien-être.
On a vu qu'Auguste avait partagé l'empire avec le sénat1; il y eut donc deux sorteâ de provinces : celles que baigne la Méditerranée, contrées paisibles et industrieuses, depuis longtemps conquises et déjà romaines, où, pour être obéi, il n'était pas môme besoin d'une cohorte ; et , derrière cette zone, les barbares et belliqueuses régions de l'Océan, du Rhin et du Danube, ou les pays sans cesse menacés par d'incommodes voisins, comme les rives de l'Euphrale et la vallée du Nil. Dans celles-ci, les armées étaient indispensables,et, pour les commander, il fallait au gouverneur les pouvoirs illimités de l'autorité militaire. Mais les armées et leurs chefs obéissaient au généralissime, à Vimperator. Il y avait donc nécessité de laisser à l'empereur les provinces où stationnaient les légions (27).
Les gouverneurs envoyés par le sénat dans les provinces n'y restaient qu'un an, comme autrefois; le prince prit l'habitude de conserver les siens en place pendant de longues années , pour profiter de leur expérience. Sous la république, les fonctions étaient gratuites, et les gouverneurs se payaient de leurs mains, en pillant les sujets. Auguste leur assigna un traitement régulier, et veilla de près sur leur conduite. Les gouverneurs tombaient par là au rana dé Simples agents d'un pouvoir soupçonneux et redoute, et voyaient maintenant la menace suspendue sur leur tôle. Le traitement fixe qui pourvoyait à toutes leurs nécessités ne laissait plus de prétexte à leurs exactions, et au lieu de passer quelques mois dans une province dont souvent ils connaissaient à peine de nom les principales villes , vôicî qu'ils y sont retenus tout le temps nécessaire pour en étudier les besoins et y contracter des habitudes qui cessent de leur fairo regarder leur province comme une terre d'exil. Je no veux pas dire que les gouverneurs se trouvèrent tout à coup transformés en d'habiles et probes personnages, mais seulement que les excès d'autrefois devinrent impossibles,
1 Le sénat eut l'Afriqoo avec la Nu- . la Narhonaise, la T.ugdnnaise et la Betmidie. 1 Aiiio , 1 iMlade et l'Êpire , U gique, W Cœlésyrie. la Cilicic , C.hyore Dalimlie. la Macédoine, la Sinle, la et l'Êgypte Plus lard Auguste j>i U au sécrète avec la Cyrénaîi|uc , la BUIiynie nat la imlraatie et I -ai donna en échange avec le Pout. la Samaigne etlaBéiique. Chvpre et la N:irbonaise. Toutes les L'empereur garda la Tai raconaiae , la conquêtes nouvelles furent attribuées à Lu&itanlo, MitelaOaule, c'ett-fc-dire l'empereur.
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parce que des crimes trop éclatants auraient attiré bien vite le châtiment, et qu'une fortune trop grande eût tenté l'avidité du prince. La modération et la prudence étaient donc conseillées aux gouverneurs, par leur propre intérêt et par ca despotisme jaloux qui allait passer le niveau sur toutes les têtes en abattant les plus hautes.
Organisation de» province* occidentale*,
Sur les dix-huit années qui suivirent la bataille d'Actium, Auguste en passa au moins onze dans les provinces. Il commença par la Gaule et l'Espagne, où il se rendit à la fin de l'an 29. Dans les régions occidentales de l'empire, où vi* vaient encore les regrets de la liberté récemment perdue ? où subsistait tout entière l'organisation sociale qui avait si héroïquement soutenu la lutte contre Rome, Auguste se roposa trois choses : étouffer tout esprit de rébellion; établir de nouvelles divisions administratives dans le but de créer, parmi les habitants, des relations politiques qui leur fissent oublier leur ancien ordre social, mais surtout muU tiplier dans les provinces la population italienne et y distribuer les privilèges, du manière à faire naître partout un immense désir de devenir romain; en un mot, suivre la vieille politique qui avait si bien réussi au sénat dans l'Italie. Les Belges et les Aquitains s'étaient soulevés du** rant la lutte avec Antoine. Trois armées envoyées en l'an 20 les domptèrent. Ce succès était comme le dernier acte de la premièro conquête, celle du pays ; restait la seconde plus plus difficile, celle des esprits et des mœurs, Auguste s'y appliqua tout entier.
Il conserva à la Narbonaise ses anciennes limites, mais il porta la frontière de l'Aquitaine de la Garonne à la Loire. La Celtique, réduite alors sous le nom de Lugdunaise à la moitié de son étendue, ne comptait que les pays situés entre la Loire, la Saône et la Seine. Le reste, c'esuà-dire le pays des Belges, des Séquanes et des Helvètes, forma la BeU giuue, elle-même démembrée plus tard en trois provinces, Belgique, Première et Seconde Germanie. Dsns celte réorganisation, plusieurs villes perdirent leur nom et leur im~ portance,au profit d'autres que la laveurdu prince tiraàdcsscin de l'obscurité. Dans la Narbonaise, des colons romains furent établis à Orange, à Carpentras , à Cavaillon , à Nîmes et à Valence. Le titre et les droits de colonies latines furent
donnés à Aix, Àpt, Vienne et Viviers. Marseille, punie de sa résistance à César, perdit deux de ses comptoirs , Agde et Antibes, qui furent déclarés l'un cité romaine, l'autre colonie latine; plus funeste encore fut pour elle le voisinage de la nouvelle colonie de Fréjus, qui devint un des grands arsenaux de l'empire. Dans les trois provinces Chevelues, Gergovie, qui avait vu fuir César, fut dépouillée du rang de capitale des Arvernes, attribué aune bourgade voisine, Augusto-Nemetum. Bratuspantinm fut de môme déshéritée au profit de Cœsaromagus (Beau vais). Les capitales des Suessions (Soissons), des Véromandues (Saint-Quentin), des Tricasses(Troyes), des Rauraques ^Augst), des Auskes (Auch), des Trévircs (Trêves), prirent le nom d'Augusta. Tnrones devint Cœsarodunum (Tours), Lemovices s'appela Augustoritum (Limoges) et Bibracte Augustodunum (Autun). Les privilèges furent aussi inégalement répartis; les Edues, les Rèmes, conservèrent le litre d'alliés, qui fut encore concédé aux Carnutes, pour qu'au sud, à l'ouest et au nord il y eût trois peuples puissants intéressés au mainlien du nouvel ordre social. Les Santons, les Arvernes, les Bituriges, clients émancipés des Edues, et les Suessions conservèrent leurs lois. Les Auskes, le peuple le plus puissant de l'Aquitaine, obtinrent le jus Laiii. Enfin, la Gaule fut divisée en soixante circonscriptions municipales , c'est-àdire que le nombre des peuples gaulois reconnus comme constitués en corps de nation , fut réduit à ce chiffre. Cette double mesure facilita singulièrement la police et l'administration du pays ; car chacune de ces soixante cités devint responsable des désordres qui éclataient sur son territoire. Pour leur servir de modèle , Auguste leur donna une capitale toute romaine, Lyon , au confluent de la Saône et du Rhône, et dont il fit le centre de l'administration romaine dans la Gaule. Agrippa se hâta de faire partir de ses murs quatre grandes voies militaires allant à l'Océan, au Rhin, à la Manche et le long du Rhône vers les Pyrénées. La soumission des Salasses, en l'an 25 , permit de jeter à travers leurs montagnes , une route qui mit Lyon à trois jours de marche de l'Italie.
Le druidisme élait encore puissant en Gaule, Auguste l'attaqua d'une manière habile; il fit romains tous les dieux gaulois et leur dressa des autels qui portèrent leur double nom ; ainsi , Belen-Apollon , Mars-Camul , Diane-Ar-
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duinna, elc. De plus, il défendit les sacrifices humains, et ne promit le droit ae cité qu'à ceux qui abandonnerait les rites druidiques. Ces efforts réussirent; car nulle province ne devint si vile romaine.
L'Espagne Tétait déjà. Quand il eut dompté les Astures et les Cantabres, qui ne posèrent les armes au'en Tan 19, il divisa la Péninsule en trois provinces au lieu de deux. La Citérieure devenue Tarraconaise fut agrandie, et l'Ultérieure fut partagée en Lusitanie et en Bétique. Celle-ci jouait depuis longtemps en Espagne le rôle de la Narbonaise en Gaule ; il n'y avait donc là autre chose à faire que de seconder le mouvement qui portait cette province vers les mœurs romaines. De nouvelles colonies y aidèrent , et , quelques années après, Strabon pouvait dire : « Les indigènes de la Bétique ont absolument adopté les mœurs , la langue et la manière de vivre des Romains. Plusieurs avaient reçu déjà le jus Latii. Auguste multiplia encore les concessions de ce genre ; la plupart aujourd'hui le possèdent. Il y a, de plus, beaucoup de colonies; de sorte que peu s'en faut qu'ils ne soient tout a fait romains, aussi les appelle-t-on Togati. » L'influence romaine gagna jusqu'aux Celtibériens. L'hbre f dont les sources étaient captives depuis la soumission delà Biscaye, passait encore entre les murs de trois colonies récentes, Celsa, Cœsar-Augusta elDertona. Une chaîne de postes militaires enveloppa toute la région occidentale : Legio Septima et Asturica veillaient sur les Astures. Les Gallaïques étaient gardés par Braccara, les Lusitaniens par O/tsippo, Ebora, Pax-Augusta, et Augusta-Emerita leur capitale.
Auguste était encore en Espagne quand il donna comme roi aux Maures, qu'il trouvait trop barbares pour la régularité de l'administration romaine, le fils de l'ancien roi de Numidie, Juba, qu'on avait élevé à Rome dans le culte des lettres et le respect de la puissance impériale. Cette même année où il faisait un royaume en Afrique, il en défaisait un en Asie. Amynlas roi des Galates était mort en laissant des enfants. Mais cet État placé au centre des possessions romaines était inutile. Auguste réduisit la Galatie et la Lycaonie en provinces.
Les Astureset les Salasses vaincus, l'empire se trouvasans guerre. Le temple de Janus fut alors une seconde fois fermé (25 avant J. C); et des Indiens, des Scythes, vinrent ren-
dre hommage au chef de cet immense empire qui ne mettait sa gloire que dans les travaux de la paix.
Auguste retourna à Rome prendre la puissance tribuni* tienne à vie. Après un séjour de près de deux années, il Commença par la Sicile la visite des provinces orientales, de là il passa en Grèce , passa l'hiver à Samos , puis traversa l'Asie Mineure et la Syrie, réglant toutes choses souverainement, là remettant des tributs, là en imposant de nouveaux, donnantaux villesou leur retirant la liberté. Les rois alliés, à leur tour, furent selon leurs mérites récompensés ou punis. 11 venait de détruire le royaume mutilé des Galates (25 avant J. C ). Bientôt, au contraire, il donnera au roi de Pont, Polémon, dont la politique romaine avait besoin à cause du voisinage de l'Arménie, un second royaume, celui du Bosphore Cimmérien. Les rois de Judée et de Cappadoce eurent aussi une augmentation de domaines, mais celui de Comagène fut dépoj^é, à cause d'un meurtre. Auguste ne visita pas cette fois l'Égypte, mais il avait si bien réglé l'administration de cette province, après en avoir fait la conquête, que sa présence y était inutile. Pour prévenir la révolte d'un pays si facile à défendre, il avait décidé qu'il n'aurait jamais que de simples chevaliers pour gouverneurs ; et défense tut faite aux sénateurs d'y entrer sans permission expresse. Il y tint prudemment trois légions, neuf cohortes et trois escadrons, car l'Égypte nourrissait Rome pendant quatre mois de l'année, par elle passait tout le commerce des Indes, et elle seule versait dans le trésor l'impôt de six provinces.
Tels étaient les travaux du maître du monde et voilà comme il jouissait de sa victoire. Si tout lui appartenait, son temps aussi, ses soins, sa fortune même appartenaient à tous. Dans ses longs Voyages, il soulageait les villes obérées et rebâtissait celles que quelque fléau avait détruites. Trallcs, Laodicée, Paphos, renversées par des tremblements de terre, sortircut plus belles de leurs ruines. Une année même il paya de ses deniers tout l'impôt de la province d'Asie. Les mesures générales de l'administration impériale s'accordaient avec cette conduite du prince, qui était pour les gouverneurs un exemple et une leçon. Dans l'ordre des
de* province* orientales; mesures générale* ponte m ^ routen ^ etc.
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intérêt! religieut, nulte violence. Toutes le» divinités qui veulententrerdanslcculle romain y sont admises, et clique grande division de l'empire voit son dieu national protégé, enrichi par les lois de Home. Pour le service militaire, Rome était peu exigeante, et cet impôt du sang ne tombait guère que sur les nouvelles provinces. Il ne s'agissait plus de tirer le plus d'or possible des sujets, mais de les régir au double point de vue de leur intérêt propre et de l'intérêt de l'empire. Au système des impôts en nature, généralement suivi par la république, fut substitué en plusieurs pays le système d'impôts en argent, mesure singulièrement lavoraule aux provinces. Mais pour que l'impôt lût établi av^c équité il était nécessaire de dresser un cadastre général : Auguste le fit exécuter. Trois géomètres parcoururent tout l'empire et en mesurèrent les distances.
Ce travail servit à un autre but. L'empire reconnu et mesuré, il fut aisé d'y percer des routes. Auguste répara celles de l'Italie, fit faire celles de la Cisalpine et couvrit de chemins toute la Gaule et la péninsule ibérique. Puis sur toutes tîes routes un service de poste régulier fut organisé. Les messagers du prince et les armées purent se porter rapidement d'une province à l'autre ; le commerce, la civilisation y gagnèrent ; et une vie nouvelle circula. dans cet empire si admirablement disposé pour une grandeet longue existence.