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ORGANISATION DES FRONTIÈRES

EXPÉDITIONS EN ARABIE ET EN AFRIQUE; LES PARTHES RENDENT LES DRA- PEAUX DE CRASSUS (20 AV. J. C.) — EXPÉDITIONS DE DRUSUS ET DE TIBÈRE. — DÉSASTRE DE VARUS (9 De J. C.)

Expéditions en Arable et en Afrique; les Parthe* rendent les drapeaux de C rasa us (»• av. J. C.)

Vers Tan 19 avant Jésus-Christ, époque du dernier voyage d'Auguste en Orient, l'œuvre difficile de la fondation du gouvernement impérial et de l'organisation des provinces était achevée. Depuis six ans le temple de Janus était fermé et le calme régnait au dedans comme à la surface de la société, dans les esprits comme dans les provinces. Cépion et Muréna qui avaient osé conspirer contre une prospérité si grande, n'avaient trouvé ni complices ni défenseurs. Le travail reprenait possession de ce monde d'où il avait été

chassé, et une reconnaissance unanime saluait comme un dieu sauveur l'auteur de tous ces biens.

Auguste n'avait cependant encore accompli que la moitié de sa tâche. Il restait à donner à l'empire, par la politique ou par les armes, des frontières assez fortes pour qu'il ne fût point troublé par des attaques importunes dans son immense travail d'assimilation. En Europe, il fallait forti6er la barrière du Rhin, enfermer les Alpes dans l'empire et porter au Danube les avant-postes des légions ; en Asie placer l'Arménie sous l'influence romaine et intimider les Parthes ; en Afrique contenir les Nomades et rouvrir dans ce vieux monde les anciennes routes de commerce, suivies par Carthage et les Ptolémées. Auguste avait peu de goût pour la guerre ; il trouvait l'empire assez grand , et dans l'histoire militaire de son règne, il faut moins voir des combats et des conquêtes qu'une suite de mesures de police prises sur une grande échelle ; nul prince n'a plus sincèrement que lui cherché la paix dans la guerre.

Dans son premier voyage au delà des Alpes (27-24) , il avait été surtout préoccupé de l'organisation intérieure des provinces. D'ailleurs les Germains étaient alors à peu près tranquilles. En Orient, où la société grecque depuis longtemps soumise et réglée, lui laissait peu à faire, il avait mis à profit son séjour (22-19), pour déterminer les rapports de l'empire avec ses deux voisins, lesÀrméniens et les Parthes. De ce côté, la ligne des frontières , depuis le Pont jusqu'à la mer Rouge, élait couverte, sauf à la hauteur d'Antioche, par des Éiats vassaux. Auguste venait de s'assurer de leur fidélité , ici en déposant les chefs, là en accordant des titres et des faveurs. Ces changements opérés avec autorité, la présence d'Auguste et le voisinage d'une armée romaine, avaient produit sur les Arméniens et les Parthes une si profonde impression qu'ils avaient rendu les armes sans combat. Les premiers lui demandèrent un roi que Tibère leur amena; les seconds lui rendirent les drapeaux de Crassus, succès qui valait mieux qu'une victoire (20). Une tentative sur l'Yémen, pour protéger le commerce de la mer Rouge, avait échoué (24-23). Mais le gouverneur d'Égypte,Pétronius, pénétra à la poursuite de la Candace, jusqu'en Éthiopie (22), et Balbus avait rouvert la route de l'intérieur de l'Afrique, par le Fezzan (19). Aussi lorsque après trois années si bien remplies, il rentra dans Rome, le peuple courut au-devant du prince et lui of-

AUGUSTE

frit le consulat à vie, avec la préfecture des mœurs (19). 11 n'y avait là ni lâcheté ni faiblesse ; tous acceptaient cette domination qui, ne cherchant que la paix, trouvait encore la victoire. Et Ton répétait ces beaux vers où l'ami de Mécène montrait la reine d'Éthiopie fugitive, l'Arménie presque soumise, les Daces vaincus et au milieu d'une cour formée par les députés du monde, un chef parthe à genoux devant Auguste, recevant de ses mains une couronne, comme si Phraate tenait la sienne du bon vouloir de l'empereur.

Expéditions de Dragua et de Tibère.

Le premier coup contre cette prospérité si grande lui vint des lieux d'où viendront tous les dangers de l'empire, des bords du Rhin. Des Germains battirent la cavalerie romaine et enlevèrent à Lollius l'aigle de la cinquième légion. A cette attaque, comme à un signal convenu, répondit tout le long du Danube un long cri de guerre. Le monde barbare semblait se lever tout entier (17 et 16 av. J. C.). Auguste partageant, comme il l'avait déjà fait, l'administration de l'empire avec son gendre Agrippa, en ce moment associé pour cinq ans à la puissance tribunitienne, l'envoya en Syrie pour veiller à ce que ce tumulte n'eût point d'effet en Orient. Lui-même il partit quelques mois après pour la Gaule (16 av. J. C.). A son approche les Sicambres rentrèrent dans leurs forêts, et ses lieutenants rejetèrent au delà du Danube les Barbares qui l'avaient franchi. Pour veiller de plus près sur eux il chargea ses deux beaux-fils , Dru su s et Tibère, de soumettre les Rhétiens et les montagnards des Alpes. Deux places fortes, Augusta Vindelicorum sur leLech etCarnvntum sur le Danube, devinrent dans ces régions les points d'appui de la domination romaine.

Durant ces opérations, Agrippa parcourut les provinces orientales, où il donna le royaume du Bosphore à Polémon. Le calme partout rétabli, les deux chefs rentrèrent presque en même temps dans Rome (13 av. J. €.), Auguste pour y prendre enfin le grand pontificat, Agrippa pour être continué cinq ans encore dans la puissance tribunitienne; mais la vie si bien remplie de ce grand ministre touchait à son terme. Envoyé contre les Pannoniens révoltés, il revenait après les avoir soumis, quand il fut pris d'un mal qui l'emporta en quelques jours (mars 12 av. J. C.). La douleur d'Auguste rut profonde, car il perdait avec Agrippa moins

un lieutenant qu'un ami, qu'un collègue nécessaire, devant qui toute ambition se taisait et qui volontairement s'effaçait et restait dans l'ombre pour renvoyer au prince toute sa gloire.

Deux faits seulement remplissent la seconde partie du règne d'Auguste, qui commence à la mort d'Agrippa; à Rome la question de la succession à l'empire, au dehors l'organisation des frontières du Danube et du Rhin. Ce travail ébauché une première fois demandait à être repris sérieusement. Drusus, laissé en Gaule, s'attacha les provinciaux, qui en reconnaissance de la paix dont ils jouissaient, élevèrent, au confluent de la Saône et du Rhône, une statue colossale du prince, entourée de soixante statues plus petites représentant les soixante cités gauloises. Sûr maintenant des Gaulois, Drusus s'occupa des Germains. Il creusa un canal du Rhin au lac Flevo pour pouvoir attaquer les Barbares par l'embouchure de leur fleuve, et pénétra deux fois jusqu'au Wéser, tandis que Tibère son frère accablait les Pannoniens encore révoltés (11 av. J. C.). L'année suivante Auguste vint lui-même en Gaule et fit construire cinquante forts qui commandaient le passage du Rhin. L'an 9, Drusus se décida à frapper un grand coup, et s'avança, en dispersant

où les Cimbres vinrent lui demander l'amitié de Rome. Les deux peuples s'étaient déjà rencontrés sur les rives du Pô , et au bout d'un siècle ils se retrouvaient encore, celte fois aux confins de la Germanie. L'hiver approchant, Drusus avait repris la route de ses cantonnements lorsque dans une chute de cheval il se blessa mortellement. Tibère, alors à Pavie, franchit les Alpes en toute haie et put recevoir les embrassements de son frère. Il vainquit lui-même les Sicambres et en transporta quarante mille sur la rive gauche du Rhin (8 av. J. C.). Auguste ferma alors pour la troisième fois le temple de Janus, et pendant douze années les portes d'où soriait la guerre ne s'ouvrirent point.

C'est au milieu de ce silence des armées que naquit celui dont la parole devait accomplir ce que les doctrines des sages n'avaient pu faire, la régénération du monde.

Celte paix universelle ne fut pas troublée par une expédition du petit-fils d'Auguste en OrientO av. J. C. et 4 apr.). Caïus César allait moins combaitre que faire voir de ce côté

mes romaines, et mettre paisiblement un vassal de

tout

r les bords de l'Elbe,

AUGUSTE

l'empire sur le trône d'Arménie. Au delà du Rhin, les légions parcouraient aussi chaque année le pays pour y montrer leurs enseignes, et un de leurs chefs osa môme passer l'Elbe. En l'an 4 et 5 de J. C, Tibère revint se mettre à leur lôte et leur assigna des quartiers d'hiver au cœur de la Germanie. Cette nouveauté était plus menaçante que les courses périodiques des légions. Car de ces camps, l'influence romaine allait gagner de proche en proche les tribus voisines.

DésuBtre de Va ru g (• de C).

Pendant que ce travail s'accomplissait au nord, le marcoman Marbod fondait dans la Bohême un royaume que défendaient soixante-dix mille fantassins et quatre mille cavaliers, disciplinés à la romaine, et dont les Suèvés, les Semnons et les Lombards reconnaissaient la suprématie. Auguste s'alarma , et une armée formidable s'apprêtait à franchir le Danube, quand les Pannoniens et les Dal mates se soulevèrent, croyant les légions déjà aux prises avec les Marcomans. La fortune de Rome éloigna ce danger. Marbod consentit à traiter, et Tibère put tomber sur les rebelles. Aidé de Germanicus et soutenu de quinze légions, il vint à bout, après trois campagnes, de leur résistance acharnée. Il était temps; car cinq jours seulement après la soumission définitive des Pannoniens et des Dalmates on apprit à Rome que trois légions, attirées dans une embuscade par un jeune chef des Chérusques, Hermann, y avaient péri avec leur général Varus. Celait la Germanie du nord qui se soulevait et refoulait sur le Rhin la domina* tion romaine (9 de J. C). « Varus! Varus! rends-moi mes légions, » s'écriait douloureusement Auguste. Par bonheur Marbod, jaloux d'Hermann , ne fit aucun mouvement, et Auguste, tranquille du côté du Danube, put envoyer Tibère en Gaule. 11 fortifia tous les châteaux du Rhin, rétablit la discipline, et pour ramener un peu de confiance, il risqua même les aigles au delà du fleuve. Après lui . Germanicus resta à la tête de huit légions qui garnissaient la rive gauche du Rhin. L'ennemi, content d'avoir vaincu, ne passait pas encore de la résistance à l'attaque. L'empire était sauvé, mais la gloire d'un long règne pacifique était ternie par ce désastre.

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