‹ Histoire romaineChapitre 109 sur 136 · L NERVA , TRAJAN ET ADRIEN · texte numérisé non relu

L NERVA , TRAJAN ET ADRIEN

NERVA (96-08). — TRAJAN (98-117); SON ADMINISTRATION; GUERRES CONTRÉ LES DACES ET LES PARTHES. — ADRIEN (l 17-138) ; SES VOYAGES; RÉOR- GANISATION DE L'ADMINISTRATION IMPÉRIALE.

fterva (M**).

La famille flavienne était éteinte. Le sénat se hâta de proclamer un des conjurés, le vieux consulaire Coccéius Nerva, originaire de Narnia, disait-on , et à qui les astres avaient promis l'empire. Avec ce prince commence une période de quatre-vingts ans, qu'on a appelée le temps le plus heureux de l'humanité. C'est la période des Antonins. Nerva se hâta de regagner les prétoriens par la promesse d'un donativum. Les légions du Danube voulaient se révolter. Un éloquent exilé du dernier règne, Dion Chrysostome, les retint dans l'obéissance. Le repos ainsi assuré, Nerva montra ses bonnes intentions; il rappela les bannis, qu'il rétablit dans la possession des biens dont ils avaient été dépouillés, fît cesser les persécutions religieuses, diminua les impôts, suspendit toutes les poursuites de majesté , prononça la peine de mort contre les esclaves et les affranchis qui auraient dénoncé leur maître, et défendit de recevoir à l'avenir leur témoignage. Les bons citoyens purent aspirer aux charges. Tacite devint consul. Les pauvres eurent des distributions de terre, et, grâce à une sévère économie /il trouva les ressources nécessaires pour soulager les villes affligées de quelque fléau et pourvoir à l'entretien des enfants abandonnés. 11 les envoya dans les différentes villes d'Italie pour y être élevés. Il voulait enfin n'user de son pouvoir que dans l'intérêt de l'État, et unir ces deux choses jusqu'alors incompatibles : le pouvoir et la liberté. Sur le Irontispice de sa demeure il fit graver ces mots : Palais public.

Comme Titus, il délibérait de toutes choses avec le sénat, et il jura de ne faire mourir aucun sénateur. Un d'eux

ayant conspiré contre lui , il l'exila. Mais ce prince débonnaire manquait de fermeté. Les prétoriens soulevés exigèrent qu'on leur livrât les meurtriers de Domilien, qu'ils firent

I)érir dans les supplices. 11 fut même contraint de remercier es soldats d'avoir puni les coupables. Au moins eut-il le sentiment de sa faiblesse ; ce fut ce qui le détermina à adopter , de préférence à tous les siens , Trajan , le meilleur et le plus renommé général de l'empire ; il commandait alors à Cologne les légions du Rhin inférieur. Trois mois après , Nerva mourut (27 janvier 98).

Trajan (SS-f 1 1) » mon administration ; guerre** contre le» Daccs

et le* rarthe».

Trajan, le plus grand des empereurs romains, avait quarante-six ans quand Nerva l'adopta. Il était Espagnol; mais le mélange des diverses populations de l'empire était si avancé que personne ne songea à reprocher au nouveau prince son origine provinciale. Il manda aussitôt le3 auteurs de la sédition; aucun d'eux n'osa refuser, et il les dégrada, les bannit ou les punit de mort. Cette sévérité montrait à quelles mains l'empire était remis. Après la mort de Nerva, reconnu empereur par le sénat, le peuple et les armées, il resta une année encore sur les bords du Rhin , pour y achever ce qu'il avait si bien commencé, la pacification des frontières et le rétablissement de la discipline. Ce dernierpoint étaitchosefacileà obtenir pour un princenourri dans les camps, qui s'imposait à lui-même les privations et les fatigues qu'il demandait à ses soldats. Lorsqu'il partit

f)Our l'Italie, les légionnaires de son escorte ne donnèrent ieu, tout le long de la route, à aucune plainte. Il voulut entrer dans Rome à pied ; Plotine , son épouse , suivit cet exemple, et, en montant les marches du palais, elle se retourna vers la foule pour dire: « Telle j'entre ici, telle j'en veux sortir. » La haute taille du nouvel empereur et son air martial imposaient; mais son afïabilité, so déférence pour le mérite ou l'âge lui gagnaient bien vite les cœurs, et toute sa conduite le montra comme un des meilleurs princes que Rome ait eus ; aussi le sénat et le peuple lui décernèrent-ils unanimement le surnom d'Optimus avec le titre de père de la patrie.

Comme Nerva, Trajanouvrit sa demeure à tous les citoyens, et le palais reprit l'aspect simple et sévère qu'il avait eu sous

«le

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'espasien. Il répondait à ceux qui lai reprochaient de dimii :er le respect dû aux princes en permettant trop de fami- \ rité: «Je serai avec les autres comme j'aurais voulu, étant

.oyen, que les empereurs fussent avec moi. » Comme Aujuste aussi, il visitait, en simple particulier, ses anciens •mis, et assistait à leurs fêtes de famille. Ou voulut lui in-

r>irer un jour des soupçons contre un sénateur ; il alla sans gardes souper chez lui , disant le lendemain à ceux qui l'accusaient : « S'il eût voulu me tuer, il l'eût fait hier. » Au reste, il chassa les délateurs non-seulement de sa cour, mais de Rome et de l'Italie. La réaction en faveur de l'Italie et des provinces devait se prononcer davantage sous un empereur d'origine provinciale. En effet, contrairement à l'usage , il étendit à l'Italie entière les gratifications promises à chaque nouveau règne; il paya celles du peuple avant celles des soldats, et il supprima les dons de joyeux avènement offerts par les provinces et les villes. Pour encourager la population, il distribua à plusieurs villes d'Italie de l'argent et des revenus destinés à l'entretien des enfants pauvres, et, afin de ramener dans la Péninsule la vie qui s'en éloignait, il exigea que tous les candidats aux charges de l'État eussent au moins le tiers de leur fortune en biensfonds situés en Italie. Les empereurs n'avaient jamais songé qu'à l'approvisionnement de Rome ; Trajan leva tous les obstacles qui gênaient la circulation des grains dans les provinces, et le commerce, débarrassé d'entraves, répandit partout l'abondance. L'Italie y gagna tant que Rome put alors rendre à PÉgypte, réduite à la tamine par l'insuffisance de la crue du Nil , les services qu'elle en recevait tous les ans. ^conome pour lui-même, avare des deniers publics, il put nuer les impôts tout en augmentant les revenus du ^. Il vendit les nombreux palais, les villas que ses prédécesseurs avaient acquis par les confiscations , et l'État se trouva enfin, dit Pline, plus grand que le domaine du prince. Il retrancha les extensions injustes apportées successivement à la taxe du vingtième des héritages. Les procurateurs furent désignés par le sort, et il fut permis, dans les procès avec le fisc, de les récuser, pour obtenir les juges ordinaires. Chaque Romain qui mourait était à peu près forcé de laisser à l'empereur une part de sa succession pour assurer le reste à ses héritiers. Sous Trajan, il n'y eut plus de legs imposé pour le prince. Le sénat pouvait presque se croire revenu à

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son ancienne puissance. Depuis longtemps il ne servait plus guère qu'à proclamer les volontés du chef de l'État, à condamner ses victimes, ou à rendre des décrets adulateurs. Maintenant il délibérait réellement ; nulle charge ne s'obtenait plus que par lui. Trajan rendit même les élections aux comices; du moins , les candidats paraissaient solliciter comme autrefois les suffrages du peuple. Lui-même il briguait au champ de Mars, confondu dans la foule des candidats. A la fin de son troisième consulat, il jura, suivant la vieille formule républicaine, qu'il n'avait rien fait contre les lois. 11 avait dit aussi , en donnant au préfet du prétoire l'épée, signe de son commandement : « Sers-toi de ce glaive pour moi, si je fais bien, contre moi, si je fais mal. »

Sa justice fut plutôt équitable que sévère. 11 aimait mieux laisser un coupable impuni que de condamner un innocent. 11 défendit de prononcer contre un absent lorsqu'il s'agissait d'un cas criminel. Pour comprendre combien sa sollicitude était vigilante et universelle, il n'y a qu'à lire les lettres de Pline le Jeune, qu'il nomma gouverneur de Bithynie, et qui le consultait sur les affaires les plus minimes. Ses réponses brèves mais lucides attestent mieux que tous les témoignages le grand homme d'État. Les monuments au'il éleva eurent pour but l'utilité publique ou l'ornement de Rome, comme la colonne Trajane qui raconte encore ses exploits. Parmi ses constructions les plus importantes furent une grande route qui traversait tout l'empire , du Pont-Euxin jusque dans les Gaules , et un chemin qu'il jeta à travers les marais pontins. Une foule d'autres voies militaires tracées par lui , facilitèrent l'action rapide du gouvernement impérial. C'est lui oui fit creuser à ses frais les ports d'Ancôneet de Civita Vecctiia {Centum Cellœ). Des ponts en Espagne qui existent encore (celui d'Alcantara sur le Tage); des colonies établies en divers lieux , soit comme stations militaires , soit comme places de commerce ; la bibliothèque Ulpienne , qui devint la plus riche de Rome , etc., montrent que son activité s'étendait à tout.

Il y a des ombres à tous les tableaux. Ce grand prince ne sut pas échapper aux vices honteux de ses contemporains, et il fut contraint d'ordonner qu'on n'exéculàtpasles ordres qu'il donnerait après ses longs repas. Sous lui aussi se place une persécution contre les chrétiens. A ne considérer ceuxci qu'au point de vue où un magistrat romain était forcé de

se placer par ses préjugés , ses habitudes d'esprit et les lois de l'empire, ils formaient une secte ennemie du culte public, travaillant dans l'ombre au profit de doctrines inconnues et odieuses , à gagner de nombreux prosélytes , et qui, par ses liens, sa hiérarchie, ses assemblées secrètes, formait un État dans l'État. On confondait volontiers, comme l'avait fait toute l'antiquité grecque et romaine, la vie religieuse avec la vie politique, en subordonnant celle-là à celle-ci , et les empereurs , même les meilleurs , ne se croyant d'autre devoir que celui de maintenir la paix et l'orare , voulaient dans 1 une comme dans l'autre sphère le même silence, la même docilité. Ceux qui réclamaient l'indépendance de leur patrie étaient punis comme ceux qui demandaient la liberté de leur Église, Sabinus comme Simon de Goria, les Druides comme les chrétiens. Pline, qui trouvait un grand nombre de chrétiens dans son gouvernement, demanda au prince la règle à suivre envers eux. Trajan , comme souverain pontife, voulut faire respecterles dieux de l'empire, et comme chef de l'État punir suivant les anciennes lois les assemblées secrètes. 11 défendit qu'on recherchât les chrétiens , mais ordonna de frapper ceux qui se présenteraient. Lui-même il condamna aux lions l'évêque d'Antioche, Ignace : déplorable erreur qui lui faisait confondre des martyrs avec des coupables.

Cependant ces soins fort divers n'occupèrent que la plus petite partie du règne de Trajan. Avant son avènement, il s'était distingué contre les Parthes et les Juifs. Sur le Rhin, il avait rétabli la discipline et condamné au repos les remuantes peuplades qui en habitaient la rive droite, particulièrement les Bructères. Les mesures prises par lui sur cette frontière furent si bonnes que la tranquillité n'y fut pas troublée pendant tout son règne. 11 voulut établir le même ordre sur le Danube ; il dirigea en personne une expédition contre les Daces(lOl). Décébale avait repris les armes depuis que les Romains lui refusaient les sommes promises par Domitien , et il s'était ligué avec les Sarmates et les Parthes. Trajan franchit le fleuve à la tête de soixante mille hommes, vainquit les Daces en trois grandes batailles,

f>rit leur capitale Sarmizégéthusa, et les obligea de demander a paix(i03). Il renvoya, commeaux anciens temps, leurs députés au sénat. En l'année 104, ils se soulevèrent de nouveau. Trajan revint sur les bords du Danube , jeta sur le

fleuve un pont de pierres dont on voit encore les restes1, pénétra à plusieurs reprises en Dacie , vainquit Décébale , qui se tua , et réduisit le pays en province (106). De nombreux colons y furent envoyés, des villes florissantes 2 s'y élevèrent, et aujourd'hui tout un peuple parle encore sur les rives du Danube un idiome qui est presque la langue des contemporains de Trajan. Un triomphe et des fêtes durant cent vingt- trois jours, des combats de gladiateurs où dix mille captifs s'égorgèrent , des chasses où Ton compta jusqu'à ouzc mille bêtes fauves, célébrèrent cette conquête qui , mettant à couvert la Mœsie et la Thrace, permit à la civilisation de faire dans ces provinces les plus rapides progrès.

L'Occident était pacifié. Trajan s'occupa de l'Orient, dont les Parthes menaçaient les frontières. Chosroès, leur roi, avait chassé le priuce qui régnait en Arménie , et mis à sa place son neveu Parthamasiris. Trajan montra les mêmes talents dans cette guerre, et pour en finir avec ces perpétuelles révolutions de l'Arménie comme il en avait fini avec les incursions des Daces, il fit de ce pays une province, après en avoir fait mourir le roi. Les petits princes de l'isthme caucasique, les rois de Colchide et d'Ibérie promirent une obéissance plus entière, et les Albaniens reçurent le prince qu'il leur donna. Un de ses lieutenants, Corn. Pal ma avait aéjà , dès l'an 105, soumis une partie des Arabes. L'empire Parthe , ainsi attaqué sur ses deux flancs , par le sud- ouest et le nord-est, fut enfin envahi. Trajan jeta un pont sur le Tigre, pénétra dans la Mésopotamie et dicta la paix à Chosroès3.

Une nouvelle expédition fut encoreplus brillante. En 115, il conquit Ctésiphon , prit Séleucie , Suze , où il trouva le trône d'or massif des monarques persans. La Syrie et une partie de la Mésopotamie furent réduites en provinces romaines. En souvenir de ces victoires , la ville de Bénévent

• Près de Czernitz, à trois lieues au- Traianopolîs et Plotinopolis en Thrace, dessous des portes de Fer. Il avait UlpiaColoniaetMarcianopolis en Mœsie. cinquante mètres de haut depuis les * La date de ces guerres est incerfondemenis. vingt de large, et un peu taine; elles se placent entre 106 et 1 12. La plus de mille mètres de long, vingt ou chronologie arménienne fait mourir vingt-deux piles en pierres portaient Chosroès en ni. Il est probable, dit les arches qui étaient en bois. D'An- M. S. Martin, qu'à cette époque pluville , Géographie ancienne, 1,305. sieurs prétendants se disputaient l'em-

» 11 parait avoir fonde aussi plusieurs pire, ce qui contribua, à faciliter les

villesdans la Mœsie et la Thrace, comme progrès de Trajan

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lui éleva un arc de triomphe qui dure encore. Toute la région occidentale de l'empire parthique étant soumise, il fit construire une flotte sur le Tigre, descendit jusqu'à l'embouchure de ce fleuve et de l'Euphrate, dans le golfe Persique, et parcourut toute celte mer. « Si j'étais plus jeune , disaitil, j'irais conquérir les Indes ». Le souvenir d'Alexandre , son héros et son modèle, le préoccupait. Il se consola de ne pouvoir marcher sur ses traces, en soumettant une partie de l'Arabie, que les armes du con- ^ quérant macédonien n'avaient pas visitée. Ces rapides et brillantes conquêtes ne pouvaient être durables. Les vaincus se soulevèrent partout durant Téloignement de l'empereur ; et quand il revint à Babylone, il apprit qu'un de ses généraux avait été vaincu et tué. D'autres, plus heureux , reprirent Séleucie , Nisibe et Édcsse ; mais les Romains échouèrent devant Atra et les Juifs se révoltèrent encore une fois de tous côtés , en Mésopotamie, en Chypre, en Égypte , à Cyrène.

Des flots de sang coulèrent, Trajan n'eut même pas la consolation de voir la fin de ce formidable soulèvement. Triste et découragé, il donna un roi aux Parlhes, Parthamaspales, que bientôt ils chassèrent; et laissant Adrien à la tête de l'armée de Syrie , il revint mourir à Sélinonte , en Cilieie (1 1 août 117). On rapporta ses cendres à Rome. Elles furent ensevelies au pied de la colonne oui porte encore son nom1. Le sénat rendit longtemps un éclatant hommage à sa mémoire en souhaitant à chaque nouvel empereur d'être felicior Augusto, melior Trajano.

• Cette colonne d'ordre dorique et haute de cent trente-deux pieds, en a douze a la base, dix au sommet. Elle est formée de trente-quatre blocs de marbre blanc creusés à l'intérieur, ou Ton a pratiqué un escalier à vis de cent quatre-vingt-deux marches qu'éclairent quarante -trois petites ouvertures. Le sommet éiaitsurmonté d'une statue dorée de l'empereur. Des trophées décorent les quatre faces du piédestal, et des

aigles aux quatre angles supportent des couronnes de laurier. Le fût de la colonne porte un bas-relief continué en spirale qui représeute tous les faits de la guerre. On y compte deux mille cinq cents figures de deux pieds de hauteur. C'est le modèle de la colonne Vendôme, et la plus riche mine on les antiquaires aient puisé pour connaître les armes et le.» usages militaires des Homains et des Barbares.

CHAP1TKE XXV11I.

Adrien (tt «e» voyage» i réorganisation de ladmlnl»-

(ration impériale.

Trajan ne laissait point d'enfants, el comme Alexandre, il ne désigna pas de successeur ; mais l'impératrice Plotine déclara que son époux avait, à ses derniers moments, adopté Adrien , dont le père était cousin de Trajan et qui lui-même avait épousé sa nièce Sabine. Elle cacha pendant quelques jours la mort de l'empereur, afin de pouvoir avertir Adrien, qui était àAntioche avec une division de l'armée. Il accourut en toute hâte à Sélinonte, et se fit proclamer par les soldats. Le sénat reconnut sans hésitation l'élu des légions.

Adrien, Espagnol comme Trajan, était doué de qualités éminentes , il s'était distingue dans les dernières guèrres : on pouvait croire qu'il allait continuer le règne guerrier de son prédécesseur. Il n'en fut rien. Auguste succéda encore une fois à César , le prince habile et pacifique au guerrier, le génie de l'administration à celui des conquêtes. « S'il m'arrive malheur, je te recommande les provinces, avait dit Trajan au jurisconsulte Priscus, qu'il jugeait digne de l'empire. » Ce mot, Adrien parutl'avoir toujours présent à l'esprit. Loin de chercher de nouvelles guerres, il se hâta , pour être librede porter tous ses soins sur l'administration intérieure, d'étouffer cellesqui duraient encore. La fin du règne de Trajan avait été tristement marquée par de nombreuses révoltes. Les Juifs étaient encore en armes ; les Maures, les Sarmates et les Bretons les avaient prises. Par un mélange de force et d'adresse, il les leur fit tomber des mains.

Trajatt avait dépassé les bornes fixées par Auguste et par la nature même à l'empire. La conquête de la Dacie pouvait être approuvée , parce qu'à cette frontière si faible du Danube, que chaque hiver l'ennemi pouvait passer sur les glaces, elle substituait la ligne bien autrement difficile à franchir des monts Carpathes. Mais en Orient, aller jusqu'au Tigre était dangereux. Adrien souffrit que les Parlhes reprissent leurs provinces ; seulement il alla trop loin en laissant décliner l'influence romaine dans l'Arménie , oui se donna un roi national. Dans l'Occident , plutôt que d'aller chercher au milieu de leurs montagnes les belliqueux Calédoniens, il éleva, pour arrêter leurs incursions, un mur qui s'étendit des bouches delaTyne au golfede Solway (Val lumAdriani): il en subsiste encore des restes nombreux qu'on appelle le mur des Pietés. Décidé à mettre l'empire sur un pied res-

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