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pectable de défense partout où les frontières naturelles manquaient, il acheva sur les bordsdu Rhin les fortifications qui couvraient les terres décumates. 11 aurait même voulu abandonner la Dacie, mais trop de colons romains avaient été établis dans cette province pour qu'il pût sans injustice les en retirer, ni sans cruauté les laisser exposés à l'épée des Barbares. Du moins, comme mesure de prudence, il détruisit une partie du pont que Trajan avait construit; et il obtint par des subsides annuels que les Roxolans et les Sarmates qu'il chassa de i'Illyrie conservassent la paix avec l'empire.
Son règne n eut qu'une seule guerre, mais atroce. Adrien, témoin de l'ébranlement que les Juifs avaient causé à tout TOrient, voulut les arracher à leur culte, pour les soustraire à ces éternelles espérances d'un vengeur promis par Jéhova à leur race, U effaça le nom de la cité de David, qui devint ALWa Capitolina; il y dressa des autels à tous lesdieux et il défendit aux Juifs de pratiquer leur baptême sanglant. Il s'agissait donc pour ceux-ci de perdre leur nationalité religieuse, comme ils avaient perau leur nationalité politique. À la voix du docteur Akiba, ils tentèrent encore une fois le sort des armes. Ils prirent pour chef (133) Barcochébas, le fils de l'Étoile, qui se faisait passer pour le messie toujours attendu. Les horreurs de la dernière guerre juive sous Vespasien se renouvelèrent. Cinq cent quatre-vingtdeux mille Juifs périrent, toute la Judée fut dévastée, et ce qui resta du peuple fut jeté en esclavage L'approche de Jérusalem leur fut interdite; seulement une fois chaque année ils pouvaient venir chanter les lamentations de leurs prophètes sur les ruines de la cité sainte.
A l'intérieur, Adrien s'efforça de régulariser l'administration. 11 apporta à cette œuvre un remarquable espril d'oranisalion et de justice. « Te voilà sauvé, » disait-il à un e ses ennemis qu'il rencontra après son avènement. Et un jour qu'il refusait d'entendre une pauvre femme : u Pourquoi es-tu empereur? » lui demanda-t-elle : il l'écoula patiemment. Les postes étaient aux frais des villes : il les prit à sa charge; le fisc avait de vieilles créances: il déchargea les provinces de tout ce qu'elles restaient lui devoir depuis seize ans, et il fit brûler les registres sur le forum.
Adrien, venu après les excès de la tyrannie et ceux de la gloire, fit deux choses : il condamna la politique belliqueuse de Trajan et il essaya de rendre un nouveau Domitien im-
possible en donnant à l'empire une organisation meilleure. 11 effaça les formes républicaines qui depuis Auguste s'étaient perpétuées, et rendit le gouvernement plus monarchique. 11 divisa tous les offices en charges de l'État , du palais et de l'armée , les magistratures civiles ayant le premier rang, et les fonctions militaires le dernier. Les affranchis furent éloignés du palais , et les charges de cour , graduées suivant une hiérarchie rigoureuse, furent confiées à des chevaliers. Pour l'expédition des affaires , il institua quatre chancelleries (scrinia) , et les préfets du prétoire, investis d'une autorité à la fois civile et militaire, formèrent une sorte de ministère supérieur. A l'exemple d'Auguste, Adrien réunit les jurisconsultes les plus honorés pour en former un conseil secret de l'empire, qui fut définitivement investi de l'autorité législative, de sorte que les décrets du sénat commencèrent à tomber en désuétude. Les lois , les édits, les sénalus-consultes , toutes les sources enfin du droit, formaient un pêle-mêle de décisions souvent contradictoires. Salvius Julianus, par ordre de l'empereur, réunit les anciens édits prétoriens, coordonna leurs dispositions, et forma une sorte de code qu'on appela Yédit perpétuel, et qui reçut en l'année 131 force de loi. Les préteurs durent en adopter tes dispositions, sauf à ajouter, suivant les besoins, des règles de forme et des articles accessoires.
L'armée fut, comme le palais et la haute administration, soumise à une réforme sévère. Adrien fit pour la discipline, les exercices, l'âge où l'on devenait capable d'obtenir les grades , un grand nombre de règlements qui lui survécurent. Il donna lui-même à ses soldats l'exemple de la sobriété et du courage à supporter les fatigues, faisant des routes de vingt milles à pied, tête nue, au milieu des troupes, et vivant de leur nourriture. Suivant l'axiome si vis pacem , para bellum , pour conserver la paix, il mettait l'armée sur un pied formidable.
L'activité d'Adrien s'étendit à toutes les provinces. Il les visita les unes après les autres, l'ouest d'abord, l'orient ensuite, voyageant la plupart du temps à pied , sans pompe, entouré seulement ae quelques jurisconsultes : ses voyages durèrent, sauf quelques interruptions, onze années, de 121 à 131. Mais en voyant ainsi toutes choses par lui-même , il put connaître les besoins réels des pays, corriger les abus,
punir les coupables , supprimer des charges inutiles, etchanger beaucoup pour améliorer. Ces voyages, qui ne coûtaient rien aux provinces, leur profitaient, car il laissait partout des marques de sa munificence. Nombre de villes furent décorées par lui de monuments splendides, comme Nîmes, où il éleva peut-être les arènes en l'honneur de Ploline, Athènes, où il passa deux hivers, Alexandrie, et Rome qui lui doit son château Saint-Ange (Moles Adrianï) , et le pont qui le réunit à la ville1. Il en fonda quelques-unes, comme Andrinople en Thrace, et Antinoopolis en Égypte; et dans plusieurs, il accepta le titre d'une charge municipale. A Athènes, il fut archonte, à Naples, démarque, à Italica, magistrat quinquennal. Aussi, les inscriptions, les médailles, qui cette fois ne sont pas mensongères, l'appellent le restaurateur de l'empire , restitutor orbis. S'il montra une vanité déplacée en voulant briller dans toutes les sciences et dans tous les arts; s'il écrivit des poèmes, des ouvrages d'histoire et d'éloquence, on ne saurait lui reprocher ces distractions élevées, et des goûts qui l'engagèrent à protéger les arts, et à favoriser par des établissements publics l'instruction de la jeunesse. Il n'oublia, dans ses encouragements, ni le commerce, ni l'industrie, pas même les esclaves, qu'il rendit justiciables des seuls tribunaux et non plus des caprices et de la colère de leurs maîtres. Les ergastula furent fermés.
La paix, l'ordre, le bien-être que l'empire dut à ce prince, firent oublier ses faiblessses coupables, ses mœurs, qui ne valaient pas mieux a^ue celles de son temps, l'influence qu'il laissa prendre sur lui à Antinous, dont il fit un dieu, et aussi son caractère irascible qui le rendit plusieurs fois cruel. Le célèbre constructeur du pont de Trajan, Apollodore de Damas paya de sa vie un jugement trop sincère sur les talents d'Adrien comme statuaire. Dès les premiers jours de son règne , quatre consulaires , accusés de conspiration, et parmi eux Corn. Palma, et le Maure Lusius Quietus que Trajan avait songé à choisir pour son sucx cesseur, furent condamnés et exécutés. Sur la fin de sa vie , lorsqu'il eut adopté iElias Verus et , à la mort de celui-ci, Titus Antoninus, les complots ou ses soupçons rc-
1 Près de Tibur il se construisit une l'avaient frappé dans ses voyages, le villa célèbre où l'on voyait la rcproduc- Lycée , l'Académie , la vallée de Temtioti des lieux et des monuments qui * pé,etc.
commencèrent. Son beau-frère, Servianus, périt avec son petit-fils : peut-être d'autres victimes encore succombèrent. Aussi le sénat , irrité d'ailleurs contre un prince qui faisait tout par lui-même, hésita longtemps lorsqu'il fut mort à Baies, le 12 juillet 138, s'il ne condamnerait pas sa mémoire. La justice, cependant, et les pieuses prières d'Antonin l'emportèrent.