II. ANT0N1N , MARG-AUBÈLE ET COMMODE
ANTONIN LE PIEUX (138-161); PAIX PROFONDE. — MARC-AUHÈLE LE PHILOSO- PHE (IGM80); ATTAQUES DES GERMAINS. — COMMODE (180-191).
Antonln te Pieux (f )) paix profonde.
Les ancêtres d'Antonin étaient originaires de Nîmes; établis à Rome, ils y avaient rempli les plus hautes charges. Antonin lui-même , distingué par Adrien , avait reçu de ce
{)rince l'administration d'une partie de l'Italie, plus tard e proconsulat d'Asie, et il avait été enfin adopté par lui à la condition qu'il adopterait à son tour M. Auréhus , et le fils d'iElius Verus , Lucius. Sous son règne de vingt-trois années (138-161), l'empire jouit d'une paix profonde, due autant à ses vertus qu'à sa modération et au gouvernement habile de son prédécesseur , qui avait écarté pour quelque temps les causes de désordre. Sa renommée s'étendit si loin que les princes de l'Inde, de la Bactriane et de l'Hyrcanie, le choisirent pour arbitre dans leurs querelles : ses contemporains reconnaissants lui donnèrent le beau surnom do Père du genre humain. Il n'éleva jamais aux charges publiques que des hommes expérimentés et justes, et il les laissait mourir dans leurs places , quand il ne pouvait les remplacer par de plus habiles. Une sage économie dans l'administration financière lui donna les moyens de fonder d'utiles institutions ; par exemple, des lieux de refuge où les filles orphelines furent élevées sous la protection de l'impératrice Faustine , et des traitements pour les professeurs instruits qu'il établit, non plus seulement à Rome comme Vespasien, mais dans les grandes villes des provinces. Il put aussi venir au secours des cités frappées par quelque fléau , comme Rome, Antioche, Narbonne et Rhodes, désolées par des incendies ou des tremblements de terre. La richesse d'un prince , disait-il , est la félicité publique. Lui-môme, il vivait simplement, accessible à tout le monde, et prêt à
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faire droit à toutçs les réclamations. Deux conspirations furent découvertes contre lui : les deux chefs seuls périrent. Une apologie du christianisme, composée par le philosophe Justin, et présentée à l'empereur , valut aux chrétiens, déjà nombreux à Rome et dans les provinces, tolérance et protection.
Antonin ne fit aucune guerre , et ne visita môme pas les provinces trop paisibles et trop bien gouvernées pour que sa présence y lût nécessaire. Ses lieutenants livrèrent cependant quelques combats, en Afrique contre les Maures et sur le Danube, aux Alains et aux Quades. Les Lazes et les Arméniens acceptèrent les rois qu'il leur donna. Les Juifs firent aussi quelques mouvements, et les Bretons essayèrent de détruire le mur d'Adrien.
Un fait qui peint la modération d' Antonin est raconté par Appien. Il vint alors à Rome des députés de peuples barbares qui demandèrent à être reçus sujets de l'empire : on refusa. C'était la politique d'Auguste et d'Adrien, et cette politique avait eu dans le bonheur de cent millions d'hommes d'assez beaux résultats pour qu' Antonin la suivît. Mais cette paix amenait aussi l'oubli de l'ancienne vertu guerrière ; les légions, inactives , derrière les remparts de leur camp, ne savaient plus manier les armes, ni supporter les fatigues; et il faudra toute la sévérité d'Avidius Cassius pour arracher les soldats, surtout ceux de Syrie, à leur mollesse, pour les déshabituer « des bains et des voluptés dangereuses de Daphné, pour faire tomber de leurs têtes les fleurs dont ils se couronnaient dans les festins. »