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I. PERTINAX ET SEPTIME SÉVÈRE

PERTINAX ET DIDIUS JULIANUS (193) ; L'EMPIRE MIS A L'ENCAN. — SEPTIME SÉVÈRE RENVERSE JULIANUS; NIGER ET ALBINUS (193-197). — DURETÉ DU GOUVERNEMENT DE SÉVÈRE; GUERRES CONTRE LES PARTHES ET LES BRETONS (197-211).

Pertinax et Dldlu» Jullunu» (f 93).

Ce fut le premier de ces deux généraux, alors préfet de la ville , que le» meurtriers de Commode résolurent de placer

sur le trône : le sénat approuva leur choix , et le 1" janvier 193, les prétoriens, à contre-cœur cependant, prêtèrent serment au nouvel empereur. Plein d'expérience , d'équité et de bonnes intentions, simple dans sa vie privée , décidé à montrer au sénat une déférence que cette assemblée semblait mériter encore, Pertinax eût pris rang, sans doute, parmi les meilleurs princes si son règne eût été plus long. Il voulait remettre Tordre dans l'État et dans les finances, ébranlées par les folies du dernier prince. 11 fit vendre les meubles et les mille inutilités du palais impérial, effaça quelques-unes des entraves qui gênaient le commerce, et exempta d'impôts pour dix ans ceux qui remettraient en culture les terres déjà désertes de l'Italie. Mais cet ordre et cette économie ne faisaient pas le compte des soldats ; ils vinrent l'égorger dans son palais (28 mars).

Alors commencèrent des scènes sans nom et heureusement sans exemple. La soldatesque mit littéralement l'empire aux enchères; deux enchérisseurs se présentèrent , qui luttèrent entre eux de promesses , et la monarchie d'Auguste fut adjugée au vieux consulaire Didius Julianus, au prix de six mille deux cent cinquante drachmes pour chaque soldat. La vente terminée, les prétoriens descendirent une échelle du haut des murs de leur camp : c'est ainsi que le nouvel empereur vint recevoir le serment de ses gardes et les ornements impériaux. Par crainte du peuple les prétoriens avaient tenu fermées les portes du camp, ils les ouvrirent alors et conduisirent, en ordre de bataille, Didius au palais; le sénat accepta l'élu des soldats, il ne pouvait s en défendre, mais en déplorant secrètement la honte infligée à l'empire par cette ambition sans dignité d'un vieillard qui couronnait si tristement une vie inutile; les gardes, au reste, ne lui montrèrent pas le dévouement qui seul aurait pu le sauver des périls qui l'entouraient, car Didius avait promis plus qu'il ne pouvait tenir, et les créanciers furent implacables pour leur imprudent débiteur. Ils l'auraient sans doute eux-mêmes renversé s'ils n'avaient été prévenus par les légions des frontières qui ne pouvaient permettre que ce scandaleux trafic n'eût lieu qu'au profit des prétoriens. Elles voulurent, elles aussi , donner l'empire. Les légions de Bretagne proclamèrent leur chef Albinus; celles de Syrie, Pescennius Niger; celles d'Illyrie, l'Africain Septime Sévère. Celui-ci se

trouvant le plus rapproché de Rome, en prit aussitôt la roule, et le sénat, encouragé par son approche, déclara DiJius ennemi public, le fit tuer, punit les meurtriers de Pertinax et reconnut Sévère empereur.

Septiiuc Sévère renverse Jullnnu»; Niger et Alblnue

Quand Sévère fut arrivé à quelque distance de Rome , il manda auprès de lui les prétoriens, ils vinrent sans armes selon la coutume; alors il les fit entourer par ses légions; puis, leur reprochant la mort de Pertinax et l'élection de Didius, il leur fit arracher leurs insignes militaires et les congédia avec défense d'approcher de Rome de plus près que cent milles. Ainsi tomba cette garde turbulente, qui s'était élevée des plus obscurs commencements presque au droit de disposer de l'empire. Malheureusement Sévère, au lieu de l'abolir, se contenta de la changer; il la rendit même plus nombreuse.

Cette exécution faite, Sévère entra dans Rome, et comme tous les dangers n'étaient point passés puisqu'il avait encore deux compétiteurs aux extrémités de 1 empire, il se montra plein de modération et de douceur. Mais Rome put voir bientôt quel temps commençait pour elle; les soldats des légions d'Illyrie, presque aussi grossiers que les Barbares en face desquels ils avaient toujours vécu, regardaient Rome comme une ville conquise ; ils se logèrent dans les temples, dans les édifices publics, sous les portiques, pillant les maisons quand on ne satisfaisait pas aussitôt leurs exigences. Un jour, pendant que Sévère haranguait le sénat, ils vinrent le sommer d'accorder une gratiBcation de deux mille cinq cents deniers nar tête, et il fut contraint d'accéder en très-grande partie à des désirs qu'il n'était pas assez fort pour mépriser.

Les affaires les plus pressantes achevées, l'empereur s'occupa de la guerre. Pour ne point avoir deux ennemis à combattre à la fois, il avait écrit, avant d'entrer à Rome, à Albinus , en lui donnant le titre de César : c'était comme une promesse de partager l'empire avec lui. Tranuille de ce côté , il s'occupa de Niger, et fit passer des solats en Afrique pour que son rival ne pût causer la disette dans Rome, en arrêtant les convois de Carthage et d'Alexandrie. Niger ne comptait pas sur une expédition rapide, il

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