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LES SYRIENS

jouissait doucement, à Antioche,de son nouveau titre, étourdi par les acclamations des provinces d'Orient sur les dangers de son rôle. Ses troupes, depuis longtemps déshabituées des exercices militaires , n'étaient plus ca pables de lutter contre les valeureuses légions d'Hlyrie. Battu à Cyzique en voulant interdire à Sévère l'entrée de l'Asie, il le fut une seconde fois près de Nicée, en Phrygie; en vain il fortifia les passages du Taurus , son infatigable adversaire pénétra dans la Cilicie, le vainquit une troisième fois près d Issus et le fit tuer près d'Antioche au moment où il voulait fuir vers les Parthes (194). Sur un seul point Sévère rencontra une résistance obstinée. L'ingénieur Priscus , qui s'était jeté dans Byzance, y résista deux années : Sévère, pour punir cette ville, la démantela et la mit dans la dépendance de Périnthe. Antioche perdit aussi ses privilèges.

Avant cette expédition, Sévère avait su adroitement ménager Albinus. On avait, par ses ordres, frappédes médailles à son effigie et il lui avait envoyé les lettres les plus amicales , faisant même écrire par ses enfants aux enfants du nouveau César. Après la mort de Niger, il lui fit porter la nouvelle de sa victoire par des messagers qui étaient chargés de l'assassiner. Albinus s'aperçut trop tard qu'il avait été joué ; mais le sénat l'appelant secrètement, il voulut à son tour prévenir son rival, et passa en Gaule en prenant le titre d'Auguste. 11 avança jusqu'à Lyon, où, le 19 février 197, un combat sanglant s'engagea entre les légions de Bretagne et d'Hlyrie. Albinus fut vaincu et tué. Lyon, qui lui avait ouvert ses portes , fut pillée et livrée aux flammes. Quand Sévère envoya au sénat la tête d'Albinus, il lui écrivit une lettre menaçante; et de retour lui-même à Rome , il y exerça les plus atroces cruautés : on eût dit le retour des proscriptions de Marius et de Sylla; non-seulement les amis d'Albinus périrent . mais encore nombre de citoyens dont le seul crime était leur fortune. Quarante et une familles sénatoriales s'éteignirent sous la bâche du bourreau.

Dureté du gouvernement de Sévère; guerres centre le» Parthes et les Bretons (f 99-tf f ).

Pour jeter un peu de gloire sur ces cruautés, il attaqua les Parthes qui avaient fait alliance avec Niger, et prit Séleucie et Gtésiphon qu'il livra au pillage ; mais ces conquêtes

ne furent pas plus durables que celles de Trajan. L'empire parthe fut encore une fois sauvé des armes romaines par son immensité et ses déserts. A son retour, Sévère visita la Syrie et l'Égypte : quand il rentra dans Rome (199), il ordonna la cinquième persécution contre les chrétiens , malgré les éloquentes apologies de Tertullien et de Minutius Félix. Le principal conseiller de toutes ces cruautés était son ministre Plautien, Africain comme lui , mais de basse extraction ; il avait su prendre sur l'esprit de son maître l'influence qui faisait de lui le second personnage de l'empire ; il en profitait pour satisfaire à tout prix son avidité. Quelque temps après l'expédition contre les Parthes , il obtint que sa tille fût fiancée à Bassien Caracalla, le fils aîné de l'empereur (203). La nouvelle épouse fut entourée d'un faste oriental qui aurait suffi à cinquante reines ; mais le jeune prince haïssait autant la fille que le père, et Plautien, insulté, menacé, conspira contre Sévère; du moins Caracalla l'en accusa, et le fit mettre à mort sous les yeux de l'empereur. Il fut remplacé par le jurisconsulte Papinien, qui avait été avocat du fisc après Sévère, et qui s'aida encore des lumières de Paul et d'Ulpien.

Ce grand homme seconda le prince dans ses réformes. Sévère, tyran cruel, mais actif, entendait mettre dans l'État la même discipline que dans l'armée; il promulgua plusieurs lois pour corriger les mœurs, refusa toute influence aux. affranchis et punit avec rigueur les malversations. Son administration financière fut si économe , qu'à sa mort on trouva du blé pour sept ans dans les greniers de Rome. Sous cette main rigide, les provinces n'avaient pas à craindre les exactions de leurs gouverneurs. Jl fit plus, il les embellit par de splendides et nombreuses constructions ; des ruines encore debout au milieu des déserts de l'Afrique prouvent sa sollicitude pour les plus lointaines régions. Il disait à ses enfants : « Contentez les soldats et ne vous inquiétez pas du reste. Avec eux, vous repousserez les Barbares et vous contiendrez le peuple. »> Il ne voulait pas dire qu'il fallait céder à tous leurs caprices et négliger la discipline. Loin de là, elle ne fut jamais si sévèrement maintenue; mais il leur accordait en même temps des privilèges, une augmentation de solde et des dislinclions pour faire d'eux Tunique appui de son gouvernement. II élisait tout haut et brutalement le principe qu'Auguste et ses

LES PB1NCES SYltIENS (193-235). UÏ9

successeurs avaient caché sous des formes à demi républicaines, le despotisme militaire ; base fragile pour porter un empire d'une si grande étendue! Après quelques années de repos, Sévère fut appelé en Bretagne par une révolte; il n'eut pas de peine à l'apaiser et il voulut profiter de sa présence dans 1 île pour achever de la soumettre. H pénétra fort avant dans les montagnes des Calédoniens; mais harcelé sans relâche , fatigué par de continuelles attaques qui lui coûtèrent jusqu'à cinquante mille hommes, il revint à la politique d'Antonin ; et construisit un mur d'un rivage à l'autre , sur la ligne tracée par Agricola.

Pendant cette expédition, il avait été constamment malade; son fils Bassien , appelé Caracalla, du nom d'un vêtement gaulois qu'il aimait à porter, ne put cependant attendre sa fin prochaine. Un jour que l'empereur se rendait à cheval à une conférence avec les Barbares, Caracalla qui était derrière lui tira son épée pour l'en frapper; mais, au cri d'horreur que jetèrent les gardes, l'empereur se retourna. La conférence terminée, il se retira dans sa tente, appela son fils et lui dit qu'il pouvait maintenant accomplir son parricide. Ces tristes pensées firent empirer son mal. A cette nouvelle, les Calédoniens se révoltèrent, Sévère ordonna que la guerre recommençât et ne finît qu'avec l'extermination de ce peuple; mais les troupes s'effrayèrent de cette lutte acharnée1 : une sédition éclata, et l'on proclama Bassien Auguste. Sévère se fît porter aussitôt à son tribunal, ordonna le supplice des coupables , et eût fait tuer son fils, s'il n'eût senti qu'il ne lui restait que quelques jours à vivre. Il expira en disant : « J'ai été tout, et tout n'est rien. » Son dernier mot d'ordre avait été laboremus (travaillons). Il laissait deux fils, Caracalla et Géta, nés de la Syrienne Julia Domna et qui avaient déjà troublé le palais de leur inimitié.

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