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INTÉRIEUR D'UNE MAISON ROMAINE

Le christianisme, la philosophie, et même les superstitions orientales battaient à la fois en brèche l'ancienne religion, et celle-ci, en tombant, entraînait dans sa chute l'art qui avait grandi à son ombre. Les artistes devenaient rares et désapprenaient les secrets de leur métier. Les troubles qui vont suivre, les courses des Barbares et l'appauvrissement universel achèveront sa ruine. L'arc de Gal-

lien, composé de simple pierre tiburtine, sans marbre ni ornements , montre du'on ne recherchait même plus les matériaux de prix, après les avoir trop employés, comme au temps , par exemple , ou Ton préférait l'or et l'argent dans les statues, à l'airain. La statuaire et la peinture, furent les premières à dégénérer; les médailles seules, les pierres gravées et les mosaïques se soutinrent. De cette décadence sortira un art nouveau , le byzantin , sorte de transition entre l'art ancien qui poursuivait le beau pour la forme elle-même et l'art chrétien qui ne se servira de la forme que pour l'expression de l'idée.

La décadence du goût et de la langue se révèle dans tous les poètes du temps; Lucain, sous Néron, se plaça à quelque distance de Virgile, dans seiPharsale, sinon par 1 élégance de la versification et le charme des épisodes , du moins par l'intérêt de son poème , dont le sujet était bien autrement national que celui de YÉnéide, et par l'énergie de son style, . qui malheureusement aussi est souvent obscur et affecté. Les Argonautiques de Val. Flaccus sont bien pâles à côté de la Phar&ale. Le poème de Silius ltalicus sur la seconde guerre punique n'est que de l'histoire versifiée. La TMbaïde de Stace, autrefois placée à côté de YÉnéide, a tous les défauts d'une littérature qui décline , l'enflure et la subtilité. Le temps était favorable à la satire. Perse (mort en 62) s'en tint à la satire générale. Juvénal flagella sans pitié \es moeurs dépravées qiril avait sous les yeux. Pétrone (m. 66) peignit des débauches sans nom. Martial réduisit la satire a l'épigramme , mais il en écrivit douze cents. Le règne de Domitien , sous lequel vivaient la plupart de ces écrivains , vit aussi une femme poète, la matrone Sulpicia. Phèdre (sous Tibère), qui emprunta à Ésope une grande partie de ses fables, fut le seul qui cultiva cette branche de la littérature.

Dans la littérature en prose, la chute est moins rapide. Veliéius Paterculus (sous Tibère) écrivit encore l'histoire avec une grande élégance. Yalère Maxime (sous Tibère) a déjà le ton déclamatoire des mauvaises époques; mais Tacite (sous Trajan) donne à Rome un grand écrivain de plus. L'époque où vécut Quinte-Curce est incertaine (peut-être sous Vespasien). Son Histoire d'A lexandre serait plus précieuse s'il avait mieux respecté la vérité historique. Suétone (sous Adrien) a laissé une biographie des douze Césars ; Florus

l'empire dans les deux premiers SIÈCLES. 653

(sous Trajan) un Abrégé emphatique de l'histoire romaine. Frontin (sousDomitien) un traité des aqueducs et quatre livres sur la tactique militaire. Sénèque rappelle la facilité de Cicéron , mais non la pureté de son style ; des subtilités et des déclamations refroidissent à chaque instant le lecteur, qui s'abandonne cependant au charme d'une morale presque chrétienne. Sur les dix tragédies qu'on lui attribue, une ou deux peut-être lui appartiennent. Leur défaut de plan , le manque d'action, des déclamations pompeuses et vides, montrent la faiblesse de la muse tragique chez les Romains. Quintilien, Espagnol comme Sénèque, tacha, dans ^Institutions oratoires , d'arrêter la décadence du goût, par de sages préceptes et en donnant lui-même un modèle. Pline le jeune, son élève, ne fut pas toujours aussi discret, surtout dans son Panégyrique de Trajan , et ses Lettres sont trop évidemment écrites pour nous. L'oncle de celui-ci, Pline l'ancien , est célèbre, plutôt par son savoir universel, que par les grâces de son style. Quintilien , Pline le jeune, surtout Tacite, ferment l'ère de la belle littérature romaine, qui s'arrête ainsi à Adrien.

Depuis ce prince , amoureux des expressions nouvelles et des mots surannés , la décadence n'est plus interrompue. Déjà la poésie épique est morte, les divers genres lyriques s'éteignent successivement, l'histoire n'est presque plus que de la biographie , et l'on ne rencontre, dans la poésie commedans la prose, que des noms obscurs. Adrien fit quelques vers , Gordien le père et Gallien en composaient aussi ; mais pour trouver un poète de quelque valeur, il faut aller jusqu à Némésianus , qui vivait sous Numérien. Calpurnius, son contemporain , a laissé quelques églogues estimables. Pour la prose , nous trouvons le rhéteur Fronton (sous Antonin), qu'on osa comparer à Cicéron. Justin, l'abréviateur de Trogue Pompée (sous Marc-Aurèle). Les six compilateurs de l'histoire auguste, Spartien, Trébellius Pollioo, Yopiscus, Lampride, Capitol in et Gallicanus. A côté de ces biographes, on peut placer les panégyristes. Les moins obscurs sont Claudius Mamertinus sous Dioclétien , et Eumeuius sous Constantin. Si l'histoire est négligée, le roman se montre avec éclat sous la plume d'Apulée , et la jurisprudence s'élève à une grande hauteur avec Papinien , Paulus, Gaïus et Ulpien. Ces grands légistes préparèrent , par leurs travaux, la gloire delà jurisprudence romaine, qui fon->

dait le droit sur ces trois préceptes : vivre honnêtement , ne pas léser autrui, et rendre à chacun ce qui lui appartient. Citons encore Julius Obséquens {de Prodigiis), Censorinus (de Die natali); les agronomes Columeilc (sous Claude), Palladius (me siècle); le géographe Mêla (sous Claude); les grammairiens Solin (neou uv siècle) et Aulu-Gelle (vers 130) qui a laissé de précieux renseignements dans ses Nuits attiques.

L'empire , c'est-à-dire le mélange de toutes les races et de toutes les civilisations , avait produit dans les esprits un ébranlement singulier. La raison éblouie avait cédé la place à l'imagination, l'esprit d'examen à )a crédulité; et le su-*

Kerstitieux Orient, débordant sur l'Occident, avait amené i philosophie à la théurgie, la médecine à la magie, l'astronomie et les mathématiques à l'astrologie judiciaire. Galien (sous Adrien) essaya de faire revenir la médecine à la méthode d'observation ; Epictète et Marc-Aurèle , la philosophie à la morale; Ptolémée (sous les Antonins), l'astronomie à un système régulier et scientifique. Mais ces grands hommes eurent peu d'imitateurs; les tendances superstitieuses l'emportèrent; de là naquit le néoplatonisme , belle mais dangereuse doctrine. Cette philosophie, qui faisait au mysticisme une part si grande , essayait de combattre l'Évangile à l'aide de Platon, et prêchait l'austérité pour imiter les mœurs de l'Église, un éclectisme impuissant qui confondait les opinions des philosophes et les croyances du vulgaire, pour rivaliser avec l'unité de sa doctrine, enfin des rites étranges et des opérations magiques pour opposer de prétendus mystères aux mystères du dogme chrétien. Efforts inutiles! car le christianisme grandissait sous le coup des persécutions , et ses docteurs (Justin, Aristide, Tertullien* Cyprien, Iréttée, Théophile, Clément, Origène, etc., l'historien Jules l'Africain) héritaient du savoir et de l'éloquence que n'avaient plus les auteurs païens , présage certain de leur prochain triomphe,

1 Quant aux écrivains grecs, j'ai déjà Dion Cassius et Ilérodien (sous Alexan-

nommé ( sous Auguste ) : Strabon , De- dre Sévère), l'antiquaire Pamanias,

nys d' 11 alicar nasse, Diodore de Sicile, les polygraphes Plutaroue , Diogèm

Nicolas de Damas, et peut-être le nota- Laerce, Athénée, Lumen (tous du

niste Dioscoride: Gahen et Ptolémée 11e siècle); les sophistes, Dion CAry-

(sous Marc-Aurèle); ajoutons les hîs- sostome (sous les Flaviens). Hermo-

toriens -.Joseph (sous les Flaviens), gène ( sous Marc-Aurèle), Pnilostrat$

Appienet Arrien (sous les Antonins), (sous les princes Syriens) Polémon,

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