‹ Histoire romaineChapitre 130 sur 136 · FAMILLE VALENTIMENNE ET 1HÉ0D0SE · texte numérisé non relu

FAMILLE VALENTIMENNE ET 1HÉ0D0SE

Nous y touchons après l'avoir vue depuis près de deux siècles constamment menaçante. Le peuple qui la décida était étranger à la race germanique, c'étaient les tribus hunniques qui appartenaient à la race mongole, autant qu'on peut le conclure de la description que les anciens écrivains nous ont laissée de la figure et des coutumes de ces hordes féroces. Les Huns étaient nomades, et ils connaissaient à peine les liens sociaux. Leurs tribus suivaient dans leurs expéditions des chefs particuliers, qui quelquefois cependant s'entendaient pour de communes entreprises. Attila, l'un d'eux, fut le premier qui sut faire reconnaître de la nation entière son autorité. Tous les Huns étaient cavaliers, et n'avaient d'autres demeures que leurs tentes ou des huttes. Avides et cruels autant que ces Mongols du moyen âge qui, sous Dienguyz-Khan , tuèrent cinq ou six millions d'hommes , ils ravissaient l'or et l'argent , non pour s'en servir, car ils n'en connaissaient pas l'usage, mais pour l'enfouir; et entreprenaient, dans le but d'augmenter ces inutiles trésors, poussés aussi par leur humeur vagabonde , de désastreuses expéditions contre les peuples civilisés. Leurs incursions , rapides et imprévues, répandaient la terreur plus que celles d'aucun autre peuple barbare de ce temps ; car partout où ils passaient ils détruisaient pour le seul plaisir de détruire. Attila, leur grand chef, se vantait plus tard que l'herbe ne repoussait pas là où son cheval avait passé. On les disait nés au désert du commerce des démons et des sorcières, et leur cruauté envers les femmes, que les Germains dans leurs ravages du moins respectaient, semblait confirmer cette origine impure.

Quelle fut leur primitive demeure et quelle cause amena leur migration vers l'Ouest? on l'ignore. Seulement il semble établi qu'au temps où commencèrent les mouvements des tribus Scandinaves et germaines, les hordes nomades de l'Asie occidentale levèrent elles-mêmes leurs tentes et se rapprochèrent de l'Ouest. Leur marche plusieurs fois interrompue et pendant de longs intervalles, par l'opiniâtre résistance de quelques tribus , reprenait son cours quand ils avaient renversé l'obstacle ou entraîné avec eux le peuple qui les arrêtait. Ce fut ce qui arriva au temps de Valens. Les Huns franchirent l'Oural et subjuguèrent les Alains qui habitaient entre le Volga et la mer Noire. Une partie de

ce peuple s'enfuit derrière le Caucase, où leurs descendants habitent encore sous le nom d'Edeki Alan, l'autre suivit les vainqueurs qui , débouchant dans les vastes plaines de la Sarmatie, se trouvèrent en face du grand royaume des Gotha.

Celte nation germanique, peu à peu descendue des bouches de l'Oder, sur le Danube et le Pont-Euxin, était restée longtemps divisée entre un grand nombre de chefs. Mais Ermanarich avait réuni la plupart de ses tribus et fondé un puissaut État, le royaume des Ostrogoths ou Goths de l'Est, qui s'étendait de la Baltique à la mer Noire; nombre de peuples lui étaient soumis. Ce royaume barrait tout le continent et eût arrêté sans doute l'invasion s'il ne se fût trouvé déjà en pleine dissolution. Quand le vieil Ermanarich apprit l'approche de l'ennemi, malgré ses cent dix ans il fit de grands préparatifs. Mais les tribus vassales montrèrent peu de zèle pour cette guerre redoutée. Deux chefs roxolans dont il avait fait périr la sœur sous les pieds de ses chevaux , parce que son époux refusait de s'armer pour lui, tentèrent de l'assassiner. D'autres chefs encore lui refusèrent obéissance et le vieux roi désespéré se jeta sur son épée. Son successeur Withimer fut vaincu et tué. Il laissait un fils enfant, qui fut sauvé par Alatheus et Saphrax, deux guerriers goths qui avaient longtemps servi dans hs armées romaines. Laissant le gros de la nation faire sa soumission aux vainqueurs, ils gagnèrent par des marches habiles, avec l'enfant royal, l'intérieur du pays et échappèrent à la poursuite des Huns, occupés à combattre un nouvel ennemi. Athanaric, chef des Goths de l'Ouest, s'était avancé jusqu'au Dniester pour en défendre le passage; mais leur cavalerie traversa le fleuve durant la nuit et vint le prendre à dos. 11 fallut reculer encore jusqu'au Pruth ; là, Athanaric voulait élever, des Carpathes à la mer, des fortifications qui eussent arrêté les Huns; son peuple découragé préféra aller mendier un asile sur les terres de l'empire. Ce brave chat refusa pour lui-même cette honte, ou n'osa se confier à l'hospitalité de Valens , et se jeta dans les montagnes avec quelques guerriers fidèles (375).

Quand on apprit à l'empereur que ce qui restait de la nation des Goths lui tendait des mains suppliantes, son orgueil flatté lui fit oublier la prudence , et il ouvrit l'empire à cette multitude qui comptait encore deux cent mille corn-

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battants. La seule condition qu'il leur imposa fut de livrer leurs armes et de donner en otages une partie de leurs en* fants, qui furent envoyés dans les petites villes de l'Asie- Mineure. Les Barbares se soumirent à tout. Mais les officiers impériaux les voyant désarmés ne leur livrèrent des vivres qu'au plus haut prix. Toutes leurs ressources y passèrent d'abord, puis leurs esclaves , puis encore leurs enfants qu'ils vendirent. Quand ils n'eurent plus rien , ils furent bien réduits à prendre de force ce qu'on leur refusait, en maraudant dans le pays. Us n'avaient pas livré toutes leurs armes, ils en firent d autres; Alalhéuset Saphrax qui, vers le même temps, forcèrent le passage du Danube et vinrent les rejoindre avec leurs compagnons, augmentèrent leur nombre et leur confiance. Toute la Thrace fut alors livrée au pillage. Des Huns, des Alains, accoururent môme pour prendre part à la curée.

Valens réunit ses forces pour les combattre et invoqua l'aide de son neveu. Gralien promit des secours; mais un jeune Aleman de sa garde, en congé parmi les siens, ayant parié de ces préparatifs , les Alemans crurent l'occasion favorable pour attaquer les frontières dégarnies, et leur mouvement força de retenir les troupes deslinées à Valens. Cependant le péril augmentait chaque jour pour ce prince. Tous les Barbares établis dans les provinces du Danube, tous les captifs germains que les empereurs y avaient transportés couraient rejoindre leurs frères. Pendant une année entière les légions essayèrent vainement d'arrêter cette dévastation. Entin, en 318, Valens arriva avec une partie de l'armée d'Orient; Gratien aussi était en marche. Mais Valens voulut prévenir la concentration des Barbares en un seul corps et s'avança contre eux. Friligern, leur chef, l'abusa quelque temps par de feintes négociations; puis ayant réuni toutes ses forces, il attaqua l'empereur, le 9 août 378, près d'Andrinople. Ce fut une défaite plus désastreuse que celle de Cannes. Un tiers à peine de l'armée romaine s'échappa; l'empereur lui-même, blessé, fut porté dans une cabane à laquelle les Barbares mirent le feu ; il y périt au milieu des flammes. Puis tout le plat pays jusqu'aux murailles de Constantinople fut livré a la plus affreuse désolation. L'impératrice Dominica défendit la capitale avec l'aide de quelques troupes de Sarrasins appelés d'Asie. Ces enfants du désert d'Arabie se trouvèrent pour la première

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fois aux prises avec les hommes du Nord ; ils devaient se rencontrer encore deux siècles et demi plus tard à l'autre extrémité de la Méditerranée.

Gratien (S9ft-S9S) et Théodose (399-89*).

Gratien, plus heureux, battait en ce même temps les Aiemans près de Colmar. Mais l'empire d'Orient était sans chef, Gralien ne pouvait songer à réunir cette lourde couronne à cell î qu'il portait déjà; et pour la tâche difficile de réparer l'immense désastre que l'empire pleurait, il jeta les yeux sur le fils du valeureux comte Théodose. Après la fin malheureuse de son père , Théodose s'était retiré dans l'Es-

f»gne, sa patrie. Gratien l'en rappela, et, le 19 janvier 379, ui donna avec le titre d'Auguste les deux préfectures d'Orient et d'IUyrie. Théodose se mit hardiment à l'œuvre. L'Asie était tranquille , grâce à une mesure atroce. Tous les Goths envoyés comme otages dans les provinces avaient été convoqués à un même jour, dans les métropoles , pour y recevoir des dons en argent et en terres; mais des troupes les y attendaient, surpris sans défense, ils avaient été massacrés. Dans la Thrace, leurs frères, leurs pères les vengeaient. Théodose avait à refaire une armée, surtout à relever le courage des soldats , il y réussit en leur fournissant l'occasion de livrer mille petits combats où il eut soin de leur assurer l'avantage. C'était la vieille tactique de Fabius Cunctator contre A nui bal; elle eut ici un plus rapide succès. 11 ne laissa aucune place forte tomber au pouvoir de l'ennemi , dont il diminua le nombre en provoquant des défections ; de sorte que sans avoir gagné une grande victoire , il amena les Goths à traiter. Fritigern , le vainqueur d'Andrinople, était mort, le brave Athanaric, son successeur, se laissa attirer à Constantinople; et là, ébloui par l'éclat de cette cour pompeuse, il décida son peuple à accepter les offres de l'empereur (oct. 382). Au fond Théodose leur donnait ce qu'ils voulaient. Il les établit dans la Thrace et la Mœsie avec la charge de défendre le passage du Danube; quarante mille de leurs guerriers furent admis dans les troupes impériales. C'était leur livrer l'empire; car ces Goths demeurés en corps de nation , sous leurs chefs nationaux, avec leur organisation militaire, sentirent bientôt se réveiller en eux les instincts de pillageet le besoin d'aventures. Dans trente ans ils prendront Rome après avoir ra-

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vagé la Grèce et l'Italie, et la guerre qu'ils porteront ainsi au cœur même de l'empire , fera tomber les barrières pardessus lesquelles le flot de l'invasion passera.

Pour le moment, Théodose avait mis fin à une situation désastreuse par un expédient déjà employé , quoique jamais dans d'aussi vastes proportions. L'empire qui se croyait sauvé lui en marqua sa reconnaissance. Les tristes événements dont l'Occident fut le théâtre et qui amenèrent pour quelques jours encore la réunion sous son autorité de tout 1 héritage d'Auguste, augmentèrent sa renommée. L'Église surtout, qu'il délivra de T'arianisme , vit en lui un nouveau Constantin ; et l'épilhète de Grand est restée attachée au nom du dernier maître du monde romain.

Gratien , actif, intelligent et brave , fut cependant renversé par un usurpateur. Passionné pour la chasse , il en oubliait les devoirs d'un prince; et on ne le voyait pins qu'entouré d'archers alains qui avaient toute sa faveur. Les soldats s'irritèrent de cette préférence et les légions de Bretagne proclamèrent leur chef Maxime , un des habiles compagnons du comte Théodose. Maxime passa aussitôt en Gaule; Gratien marcha à sa rencontre. Mais il manquait d'argent, ses troupes l'abandonnèrent. 11 essaya de s'échapper et de gagner les Alpes; atteint, près de Lyon, il fut mis à mort (25 août 383). Pour cette expédition Maxime avait retiré de la Bretagne les légions et toute la milice du pays, de sorte que l'île, restée sans défense, fut bientôt désolée par les courses des Pietés et des Scots , et par les descentes des Saxous et des Frisons.

Théodose aurait voulu venger son bienfaiteur , mais le calme n'était pas encore rendu à l'Orient et une guerre civile eût peut-être tout perdu. Il traita avec l'usurpateur et le reconnut pour maître de la préfecture des Gaules , à condition qu'il laisserait celle d'Italie au jeune Valentinien II (385). La mère de Valentinien II, Justine, zélée pour l'arianisme, cherchait à propager l'hérésie dans les provinces de son fils qui lui étaient peu favorables. A Milan surtout, l'opposition était vive. Elle voulut la vaincre en exilant l'archevêque de cette ville , saint Ambroise , mais la population repoussa ses gardes barbares. A ces nouvelles, Maxime crut l'occasion favorable, il franchit les Alpes et Valeutinien II s'enfuit à Thessalonique (387), auprès de Théodose , qui venait de repousser victoricuse-

CHAPITllE XXXIII.

ment une tentative des Ostrogoths, pour passer le Danube.

Ce prince s'était déjà vivement prononcé contre les ariens. Dès l'année 380 il avait reçu le baptême et promulgué des édits en faveur de l'orthodoxie. Le patriarche Damopbile avait été chassé de Sainte-Sophie; son siège fut donné à Grégoire de Naziance, et un concile réuni dans Conatantinopïe (381) condamna de nouveau l'hérésie et confirma le symbole de Nicée. Justine devait ses malheurs à son zèle arien, mais Théodose avait épousé sa fille , la belle Galla; l'impératrice pouvait donc malgré ses imprudences compter sur l'appui de son gendre. Il hésita pourtant près d'une année jusqu'à ce qu'il eût appris que Maxime soulevait par sa dureté tous les Italiens contre lui.

Théodoso entra en Pannonie l'an 388, et fit faire en Gaule une diversion par les Saxons et les Francs ; Maxime usa contre lui des mêmes armes et tenta la fidélité de ses troupes barbares. De dangereuses défections eussent éclaté s'il ne les avait prévenues par de sévères mesures. L'nsur* pateur vaincu sur les bords de la Save, fut livré par ses propres soldats et mis à mort dans Aquilée ; mais sa vieille mère et ses filles furent honorablement traitées. Théodoso ne garda rien de sa conquête qu'il abandonna à Valentinien. Pour affermir le pouvoir du jeune prince et extirper avec l'hérésie les derniers restes de paganisme qui se conservaient encore dans les provinces occidentales , il demeura trois ans dans le gouvernement de son beau-frère. A son départ il lui donna, comme principal ministre, le Franc Arbogast, qui venait de délivrer la Gaule des Germains et qui remplit de Barbares tous les offices civils et militaires. Valentinien ne supporta pas longtemps cette tutelle, il voulut retirer au comte tous ses emplois. « Je tiens ma charge de Théodose, répondit Arbogast, en présence de toute la cour, lui seul peut me Pôter. » Valentinien saisi d'une violente colère se jeta sur lui l'épée à la main. Quelques jours après il fut trouvé mort dans son lit (15 mai 392).

Arbogast ne pouvait espérer que Théodose laisserait ce meurtre impuni , il essaya de faire un empereur et n'osant se proclamer lui-même , il ieta la pourpre sur les épaule9 d'un de ses secrétaires, le rhéteur Eugène. Théodose, le vengeur de l'orthodoxie, avait pour lui le clergé catholique, Arbogast et Eugène cherchèrent à rallier à leur cause ce qui restait de païens. Cette imprudente conduite souleva

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